Et voici le chapitre 16, le dernier de la première partie qui marque un tournant de l'histoire !
En plus il est assez long (environ 2,5 fois plus que les chapitres habituels...lol, c'est normal, j'ai fait fusionner (fuuuuuuusion) les deux derniers
chapitres pour vous éviter un suspens à couper le souffle...lol !
J'espère d'avance qu'il vous plaira. Quelques indications sur la suite des évènements à la fin du chapitre !
Bonne lecture à tout le monde !
Une douce paix régnait entre les deux époux qui apprenaient à se connaître un peu plus chaque jour. Le passé tumultueux et violent disparaissait petit à petit pour faire place à une relation plus
épanouie. Il arrivait encore à Philippe d'avoir des coups de sang, surtout lorsque les affaires du royaume n'allaient pas aussi bien qu'il le souhaitait, mais il tentait au maximum de ne pas
reporter ses colères et ses frustrations sur Louis. De son côté, le jeune homme doutait encore fréquemment de sa capacité à plaire à son époux et de l'engagement de celui-ci à son égard, mais
Lothaire était toujours là pour le rassurer et Philippe à grand renforts de tendresse et de patience remontait chaque jour d'avantage dans l'estime de Louis et de son entourage.
Cependant les bonnes choses durent rarement et ce fut également la cas pour eux. La nouvelle tomba le lendemain de l'équinoxe d'été : Adélaïde avait accouché. Elle avait mis au monde un beau
bébé bien portant : un garçon. Elle refusa de lui attribuer un nom sans la présence de Philippe et la reine Anne imposa à son fils la corvée de prendre soin de la mère de son enfant.
Philippe fulmina mais obéit. Cependant il refusa de s'impliquer plus qu'il ne le fallait. Il promis à Adélaïde une rente suffisante pour subvenir aux besoins de son fils. Elle n'en avait certes,
pas besoin, mais le prince avait pour habitude d'assumer ces erreurs, aussi grosses soient-elles, et celle-ci battait à coup sur tous les records. Adélaïde était prête à hurler de frustration
lorsqu'elle se rendit compte que Philippe ne choisirait pas de prénom pour son enfant. Aussi elle le baptisa seule et le petit Léopold put être intégré à la cour royale. Adélaïde fut coincée dans
sa couche trois jours durant, pendant lesquelles les médecins lui interdirent de se lever. Elle eut tout son temps pour ruminer sa rage. Elle avait fait tout ce qu'il fallait, elle avait attiré
le prince dans ses filets, elle était tombée enceinte de lui et elle lui avait donné un fils ! Pourtant Philippe semblait encore préférer ce jeune étranger venu d'un pays si ridiculement
petit qu'elle se demandait comment il pouvait encore exister. Et lui aussi portait ses enfants. Il était fragile, certes et elle pourrait sans aucun doute l'écraser, mais il était également bien
surveillé. Philippe était en sa compagnie dès que ses affaire le lui permettaient. Son valet, un bon à rien de domestique aussi insignifiant que dégoûtant était à son chevet et surtout, François
la surveillait elle. Où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse, il se trouvait toujours quelque part dans son sillage. Il avait l'air, lui aussi de tenir à ce petit fils de nulle part au sourire
ravageur. Car elle ne pouvait se mentir, Louis était très beau et portait sur lui une innocence presque enfantine qui renversait bien des têtes. Nombreux étaient les jeunes gens de la cour qui
auraient bien aimé goûter un peu cette tendre chaire fraîche, mais Louis ne semblait même pas s'en apercevoir et Philippe veillait au grain. Adélaïde abandonna alors l'idée de pousser Louis dans
les bras d'un autre. Ce faux jeton était bien incapable de tromper son époux. Mais Adélaïde n'était pas femme à laisser tomber. Elle voulait la place qui lui était due. Elle avait tout fait pour
l'atteindre depuis sa plus tendre enfance et ce n'est pas si près du but qu'elle allait y renoncer. Et puis, elle avait une alliée de taille en sa faveur. Certes, la reine semblait légèrement en
froid avec Philippe ces derniers temps, mais elle restait sa mère et la reine du royaume. Elle pouvait encore l'aider pour un certain temps. Adélaïde se mit alors en quête d'un plan visant à lui
restituer son trône. Elle donnerait une dernière chance au prince de lui offrir sa place de son plein gré, sous peine de quoi elle agirait. Le quatrième jour, en sortant de couche, Adélaïde sut
exactement quoi faire et quand le faire. Et elle s'en fit la promesse, le prochain roi de Mésancourt serait Léopold 1er et elle serait derrière pour tirer les ficelles !
Les effets de la naissance de Léopold sur Louis en se firent pas attendre. Et si il put cacher pendant quelques jours les crampes qui le clouaient parfois sur place, il fut rapidement démasqué
par Lothaire et Philippe. A nouveau le prince prit sa monture un matin pour aller chercher le druide, tandis que le valet restait aux côtés de son maître. Louis restait allongé, légèrement
recroquevillé sur lui même pour tenter d'apaiser les douleurs de son ventre tandis que Lothaire tournait en rond comme un lion en cage.
-Lothaire, prends un siège, tu me donnes le tournis.
Le valet s'arrêta juste au pied du lit et posa une fesse sur le matelas.
-Je m'inquiète Louis. Tu n'as pas pu desserrer les dents une seule minute depuis deux jours tant la douleur est présente.
-Ca va aller.
-Je sais bien que toute cette histoire te pèse.
-Elle lui a donné un fils Lothaire, un fils ! Et moi je ne suis même pas capable de lui promettre que l'un de ses enfants arrivera à terme !
-Tu sais bien ce que le prince a dit sur cet enfant. Il n'en veut pas pour héritier.
-Parce que j'en porte deux en moi. Comment réagira-t-il si je les perds, hein ? Crois tu qu'il va risquer de laisser son trône vaquant au profiteurs extérieurs ?
-Ca n'arrivera pas, Louis. Le druide va arriver et il va arranger cela, comme d'habitude. Tu n'as pas à t'en faire pour ce qu'il peut se dire à l'extérieur et...
-Qu'est-ce qui se dit à l'extérieur ?
Lothaire écarquilla les yeux quand il se rendit compte de son erreur.
-Oh, rien, tu sais, des rumeurs, sans fondement...
-Lothaire, dis moi ce qu'il se dit hors de cette chambre !
Le valet semblait très mal à l'aise. Les rumeurs que la reine et Adélaïde faisaient courir dans le château n'avaient rien de réjouissantes pour Louis et il avait peur de voir son maître encore
plus mal que depuis quelques jours. Mais il savait également qu'il en avait trop dit pour pouvoir se taire maintenant. Et il préférait en informer Louis lui même plutôt que celui-ci les entende
par hasard, au détour d'un couloir.
-La reine annonce à qui veut bien l'entendre que tu n'es pas capable d'assumer le rôle qui t'attend si tu n'es pas capable de porter un héritier quelques mois. Et elle...
Le valet s'arrêta, jetant un coup d'œil anxieux à son maître qui palissait à vue d'œil.
-Lothaire, parle !
-Elle n'hésite pas à annoncer à qui veut l'entendre qu'elle souhaite que le prince te... te répudie...et épouse dame Adélaïde.
Louis se redressa d'un bond dans son lit, les yeux brillants de colère. Il repoussa les draps qui le recouvraient et s'apprêta à se lever.
-C'en est assez, je commence à en avoir plus que marre ! Elle va voir si je n'en suis pas capable !
Lothaire essaya de le retenir, mais Louis était déjà debout.
-Louis, attend, c'est dangereux, reste allongé..
-NON ! Il est hors des question que je la laisse me prAAAaaaaaahhhh...
Louis tomba à genoux à quelques pas à peine du lit, se tenant le ventre et Lothaire se précipita à ses côtés pour le se soutenir. Louis éclata en sanglot dans les bras de son ami.
C'est ainsi que Philippe et le druide les trouvèrent lorsqu'ils entrèrent dans la chambre. Philippe s'empressa d'aider Lothaire à recoucher Louis et il sentit un poids remplir son estomac en
voyant le visage ravagé par les larmes de son époux. Il s'approcha du bord et saisi sa main comme à son habitude mais son étreinte ne lui fut pas rendue. Et ce fut pire encore quand Louis ouvrit
la bouche.
-Je voudrais que ce soit Lothaire qui reste cette fois-ci... s'il vous plait.
Philippe resta muet de stupeur et quand Louis refusa de croiser son regard, il sentit ses entrailles se serrer. Il lâcha la main de son époux et sortit sans un mot. Une fois dans le couloir il
sentit ses yeux le piquer désagréablement et leva les yeux au plafond pour endiguer les larmes qu'il sentait proches. Il décida de faire quelques pas pour ne pas avoir à attendre devant la porte
et commença à déambuler dans les couloirs, s'appliquant à repasser régulièrement devant leur chambre.
Au détour d'un couloir, il croisa sa mère.
-J'ai vu que vous aviez à nouveau fait appel à ce druide ! Votre époux serait-il encore souffrant ?
Philippe souffla longuement par le nez pour tenter de ne pas s'énerver et ainsi perdre la joute verbale face à sa mère.
-Il est effectivement souffrant. Que voulez-vous, mère ?
-Avez vous réfléchi à notre dernière conversation ?
Philippe serra les dents. Toutes les récentes conversations qu'il avait eu avec sa mère récemment avait le même thème : le renvoi de Louis et la « montée en grade » d'Adélaïde, et
finissait invariablement en dispute.
-Non, et je n'ai absolument pas envie de m'y attarder. Maintenant, excusez moi, je vais rejoindre mon époux.
-Je croyais que vous assistiez aux consultations ? lança-t-elle d'un ton ironique.
Philippe qui avait fait quelques pas s'immobilisa et se tourna vers sa mère.
-Il... il n'a pas voulu.
-Qui, le druide ? insista-t-elle faussement innocente.
-Non, Louis. Louis n'a pas voulu que j'y assiste.
-Oh, il préfère assumer cela tout seul, voilà qui change de sa couardise habituelle.
-Il n'a rien d'un couard, mère. Et Lothaire est avec lui !
-Tsss, son valet ! Comme c'est... étrange qu'il le préfère à vous.
La voix de la reine débordait de mépris et moquerie, chacune de ses phrases était remplie de sous-entendus déplaisants et malfaisants. Philippe serra les poings.
-Ils sont amis, et Louis a eu besoin de son soutien.
-Biens sur, bien sur... enfin vous ne viendrez pas vous plaindre que je n'ai pas essayé de vous prévenir !
-Qu'insinuez-vous à la fin ?!
- Mais rien. Simplement, vous savez aussi bien que moi que ce jeune homme n'est pas à la hauteur de la tache qui lui incombe. Vous vous devez de le répudier. Et le plus tôt possible !
-Mais bien sûr et provoquer ainsi une guerre !
-C'est une guerre que nous gagnerions aisément. Dois-je vous rappeler la taille de son pays ?
-Et dois-je vous rappeler à combien de grandes puissances ils sont alliés ? Nous ne pouvons pas nous permettre cela. Nous avons déjà risqué de fortes représailles lorsque le prince Jean de
Castille est rentré chez lui. Nous ne devons la paix qu'à la diplomatie de nos envoyés accompagnée d'excuses officielles. Et je crois bien que même tout cela n'aurait servi à rien si Louis
n'avait pas de lui même envoyé des missives à sa famille pour les rassurer sur son état.
-Je vois que vous lui faites tellement confiance que vous surveillez son courrier !
- Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Je vous l'ai déjà dit : j'ai fait des erreurs.
-Peut importe tout cela ! Ces noces n'étaient absolument pas ce que nous avions prévu. Vous deviez épouser Adélaïde. Tout cela est la faute de votre père ! Quand allez-vous ouvrir les
yeux sur ce qui est bon pour vous ?
-Non mère, le mariage avec Adélaïde était ce que VOUS aviez prévu. Pas moi. Je n'ai jamais eu l'intention de l'épouser. Jamais ! Elle ferait une mauvaise épouse mais également et
surtout une mauvaise reine ! Et c'est vous qui êtes aveugle de ne pas voir qu'elle vous manipule pour arriver à ses fins.
-Jamais personne ne m'a manipulé, mon fils. Et jamais personne n'y arrivera. Je vous prie de croire que j'ai absolument toute ma raison et que je suis seule maîtresse de mes actes.
-Alors c'est encore pire que ce que je craignais !
-Comment osez-vous me parler ainsi. N'oubliez pas que je reste votre mère !
-JUSTEMENT !
Philippe s'adossa contre le mur du couloir et passa une main lasse sur son visage. Il aurait tant aimé revenir quelques années en arrière et juste se blottir dans les bras de sa mère et croire
aveuglement tout ce qu'elle pouvais lui dire. Il avait toujours pris pour argent comptant ses paroles car il savait qu'elle le faisait pour son bien. Depuis son mariage, il avait perdu la seule
complicité qu'il avait eu avec elle. Anne n'avait jamais été une mère particulièrement aimante, laissant l'éducation de son fils aux nourrices et aux précepteurs. Leur seule relation se limitait
au projets qu'Anne avait pour son fils et qu'il avait jusqu'alors toujours respecté, s'accrochant à ce mince lien entre eux. Son enfance était bien loin et Philippe sut qu'il ne pouvait plus
compter sur sa mère désormais. Il secoua la tête et reprit d'une voix triste.
-Ne pourriez vous pas être juste heureuse pour moi ?
Anne de Mésancourt sembla un instant déstabilisée par les paroles de son fils. Ne comprenait-il pas qu'elle faisait tout cela pour lui ? Comment pourrait-elle être satisfaite de laisser son
fils dans les mains de cet homme qu'elle considérait de seconde classe ?
-Tout ce que je fais est en votre intérêt. Un jour vous m'en remercierez.
Philippe secoua à nouveau la tête.
-Vous ne le connaissez pas. Louis est quelqu'un de bien. Je sais qu'il fera un très bon roi. Et il est un très bon époux. Je vous en prie, donnez lui une chance...
Anne grinça les dents en entendant son fils supplier. Il ne s'était jamais abaissé à prier quiconque d'accéder à ses requêtes, ce qui l'alerta sur le degré d'importance que son gendre avait pour
son fils.
-Vous vous êtes entiché de lui ! lui cracha-t-elle.
-Et quand bien même ce serait le cas ! Où serait le mal ? Mère, il est mon époux, il porte mes enfants ! Mon père a fait un excellent choix et le fait que j'apprenne à l'aimer
devrait vous combler ! s'emporta Philippe.
En entendant son fils parler d'amour, la reine grimaça.
-Adélaïde vient de vous offrir un fils.
-Je me moque d'Adélaïde et de son fils ! Louis porte mes enfants, les héritiers de la couronne. J'assume la paternité de cet enfant que je n'ai jamais voulu et je prendrai en charge son
éducation, mais jamais il n'approchera le trône ! J'en suis désolé pour lui car il n'y est pour rien, mais il restera un bâtard !
Les éclats de voix faisaient échos dans le couloir et un lourd silence succéda aux paroles de Philippe. Le prince, qui avait quelques minutes auparavant montré quelques signes de faiblesse face à
la seule femme dont il aurait aimé recevoir de l'amour, s'était repris et Anne ne faisait maintenant plus face à son petit garçon, mais au futur roi de Mésancourt. Implacable et sûr de lui !
-A présent je vous laisse, mon époux doit sans doute avoir besoin de moi.
Anne ne put rien y répondre, Philippe s'éloignait déjà.
Lorsqu'il arriva devant la porte de leur chambre, Philippe croisa le druide qui en sortait. Il en profita pour lui demander des nouvelles de son époux.
-Je dois avouer que je suis inquiet ! Sa douleur est atténuée, mais je ne peux pas continuer à lui fournir de la potion comme cela, elle serait plus néfaste que bénéfique... Il doit rester
allongé maintenant. Il ne doit plus se lever, sous aucun prétexte et il faut espérer que vos enfants s'accrochent. Faites attention à lui jeune homme, je lui avais préconisé du repos et pas
de stress !
Philippe regarda le vieil homme sans vraiment savoir comment prendre sa dernière phrase. Le druide était bien la seule personne du royaume à lui parler comme s'il était un gamin des
champs et pourtant il y avait une intonation presque paternelle dans sa voix. A quel point connaissez-t-il la vie du château ? Il vivait à l'écart de tout et pourtant il semblait
toujours au courant des moindres évènements !
-Croyez bien que j'aimerai pouvoir le protéger de tout, monsieur. Mais il est plus têtu qu'une mule. Et cela va déjà être un clavaire de le garder allongé jusqu'au terme de la grossesse !
Le druide eut un petit sourire amusé.
-Je n'en doute pas un seul instant ! Pourtant il va le falloir. Si une telle crise devait se reproduire, je serai impuissant...
Philippe hocha la tête gravement. L'insinuation était suffisamment explicite et il avait bien trop à perdre !
-Bonne journée jeune homme !
-Bonne journée à vous. Merci d'être venu.
Le druide écarta les remerciements de Philippe d'un revers de la main et s'éloigna en sifflotant une chanson paillarde. « Vraiment spécial » pensa Philippe.
Le prince ouvrit la porte de la chambre, une légère boule au ventre. Lothaire était assis sur le bord du lit, tenant la main d'un Louis toujours recroquevillé sur lui même. Lothaire leva la tête
vers lui et lui fit un petit sourire triste. Louis, quant à lui, restait immobile, amorphe.
-Lothaire, laisse nous, veux-tu ?
Le valet hocha la tête et se leva, faisant glisser sa main en dehors de celle de Louis qui n'eut aucune réaction, puis il sortit de la pièce. Philippe se tritura nerveusement les doigts quelques
instants. A nouveau il se trouvait gêné de la situation. Il n'avait pas l'habitude de réconforter les gens et ne savait pas comment s'y prendre. Il s'approcha doucement de son époux qui ne réagit
pas, puis délicatement, il s'allongea face à lui et passa un bras autour de sa hanche. Enfin, Louis posa ses yeux sur lui et alors que Philippe cherchait ses mots pour apporter son soutien à son
époux, celui ci le prit de court en enfouissant son visage dans le creux de son épaule. Philippe resserra son étreinte et sa main glissa dans les boucles soyeuses de Louis, geste qu'il avait
adopté depuis que son époux s'était révélé à lui le soir du bal. Depuis ce jour, il ne cessait de contempler la beauté innocente de l'homme qui partageait sa vie, tentant de graver à jamais ses
traits dans son esprit, à tel point que lorsqu'il fermait les yeux, il pouvait sans difficulté continuer à l'admirer, le dessin de son corps se formant sous ses paupières.
-Pourquoi faites-vous cela ?
Philippe resta interloqué par la question.
-Pardon ?
-Pourquoi ne faites-vous pas ce que votre mère vous demande ? Après tout, elle a raison, Adélaïde vous a donné un fils que je n'arrive même pas à faire naître et elle est sans aucun doute
bien plus à même d'occuper le poste de reine que moi. Pourquoi continuez-vous à refuser ?
La voix de Louis était atone, comme s'il était anesthésié, son débit était lent et il mâchait un peu le début de ses phrases. Philippe pensa que le druide devait lui avoir donné un anti-douleur
assez puisant. Cependant, il avait peur que ces paroles irréfléchies soient le véritable fond de pensée de son époux.
-Louis, je...
-Est-ce pour éviter un conflit avec mon père ? Vous savez, je ferai en sorte que cette histoire reste discrète. Je disparaîtrai de votre vie sans heurt, je peux même lui dire que c'est une
décision commune et ainsi il vous laissera en paix.
-Louis...
-Je ne comprends pas...
-Je vous en prie, vous ne savez pas ce que vous dites.
-...nous savons tous les deux que je n'y arriverai pas...
-Louis, s'il vous plait...
-...à quoi puis-je bien vous servir, vous avez déjà tout ce qu'il vous faut...
-Louis...
-Une femme, un fils, un royaume...
-Taisez-vous maintenant !
Philippe avait saisi les épaules de son époux et l'avait secoué fortement, le faisant sursauter et ouvrir brusquement les yeux, comme s'il sortait d'une transe connue de lui seul. En croisant les
yeux furieux et malheureux de son époux, Louis ne put empêcher les larmes de rouler sur ses joues et de longs sanglots sortirent de sa gorge. Philippe, complètement perdu face aux réactions de
son époux fut tenté de fuir. Mais alors qu'il s'apprêtait à se lever et à aller chercher de l'aide auprès du valet de son époux, Louis serra convulsivement ses vêtements en replongeant dans son
cou. Sans réellement savoir pourquoi, Philippe eut la profonde conviction que si il partait maintenant, il perdrait son époux à jamais. A cette idée, il sentit son ventre se contracter violemment
et il du faire un gros effort pour contenir la nausée qui l'envahissait. Ses bras se refermèrent fermement sur le corps de Louis, tentant de lui communiquer toute sa chaleur et son affection.
Mais en voyant que les pleurs de son époux ne se tarissaient pas, Philippe sut que cette fois, les gestes ne seraient pas suffisants.
-Je ne fais pas ça par devoir, Louis. Je ne fais pas ça pour éviter une guerre ou pour favoriser les accords économiques que nous avons mis en place avec votre pays. Je ne fais pas ça parce que
j'ai peur de la réaction de votre père. Au début, peut être que tout cela entrait en compte, mais aujourd'hui, je le fais parce que je le veux. Je vous veux près de moi, je veux partager mon
royaume et ma vie avec vous. Je le fais parce que je crois que vous êtes la personne qui est faite pour moi et que pour rien au monde je ne veux vous perdre. Est-ce que vous comprenez cela ?
Louis qui s'était calmé au fur et à mesure des paroles de son époux, hocha la tête en silence, mais resta enfoui dans le cou de Philippe.
-J'ai peur...
En disant cela, sa main s'était posée sur son ventre.
-A chaque fois que j'y pose ma main, j'ai peur de ne plus les sentir bouger. J'ai l'impression de marcher sur un fil tendu au dessus du vide et que le moindre faux pas pourrait leur être fatal...
Philippe posa sa main à côté de celle de son époux et ne put empêcher un doux sourire de flotter sur son visage en sentant les mouvements et les coups qui venaient de l'intérieur.
-Regardez, ils sont en pleine forme !
Louis hocha à nouveau la tête, mais cette fois ci, il se recula légèrement pour pouvoir regarder les petites bosses se formant à la surface de son ventre. Lorsqu'il releva le regard, il croisa
celui de Philippe et d'un sourire de son époux, il se sentit légèrement rassuré. Et lorsque sa bouche fut attrapée par les lèvres tendres, son cœur se réchauffa. Philippe décida d'oublier ses
affaires royales pour le reste de la journée dans le but de la passer à câliner et cocooner son époux.
O0o0O__________O0o0O
Philippe tournait en rond devant le lit conjugal. Louis allongé par dessus les draps à cause de la chaleur boudait pour la forme.
-Louis, nous en avons déjà parlé, vous n'avez pas l'autorisation de vous lever.
-Mais c'est son mariage, Philippe ! Je ne peux pas manquer cela, pas après tout ce qu'il a fait pour moi.
-Il est parfaitement d'accord avec moi sur ce point, vous ne pouvez pas y aller.
-Je lui ai promis...je resterai assis...
-Louis...
Le jeune homme poussa un soupir. Trois semaines qu'il était cloué au lit et si en temps normal, il pouvait à peu près prendre sur lui pour le bien de ses enfants, il avait été plus que déçu en se
rendant compte que sa condition ne lui permettrait pas d'assister au mariage de son valet et ami.
-Je n'ai même pas de cadeau pour eux.
-Vous n'avez pas eu le temps de vous en occuper, vous ne pouviez pas prévoir que vous seriez alité. Ce sont des choses qui arrivent et Lothaire le sait. Il ne vous en tiendra pas rigueur.
-Je le sais bien, simplement... j'aurai au moins aimé faire cela pour lui. Il m'a été d'une aide précieuse.
Philippe soupira en voyant le visage déconfit de son époux et au moment ou il croisa ses yeux embués, il sut qu'il ferait tout son possible pour lui redonner le sourire.
-Ecoutez, si vraiment, cela vous tiens à cœur, je peux me débrouiller pour leur trouver une présent.
-C'est vrai, vous feriez cela ?! Et... vous iriez là-bas en mon nom ?
Le visage de Louis avait retrouvé son éclat habituel et Philippe se rendit compte avec un petit sourire qu'il s'était fait avoir. Louis arrivait toujours à avoir ce qu'il voulait. Heureusement,
il n'était pas exigeant et n'abusait jamais de ce système d'attaque auquel Philippe n'arrivait pas à résister.
-Je le ferai, si c'est ce que vous souhaitez et à la condition que vous restiez sagement ici.
-Je vous le promets. Merci beaucoup !
-Je vous en prie. Pour être honnête, j'ai déjà pensé à quelque chose. Je peux leur offrir un petit terrain à quelques pas du château et un petit pécule pour y construire leur maison. C'est un
endroit agréable et Lothaire sera suffisamment proche pour venir vous voir et même continuer à travailler pour vous si vous le souhaitez...
Les yeux de Louis brillaient de reconnaissance.
-C'est une excellente idée. Merci !
Philippe hocha la tête et s'éloigna.
-Je m'en charge immédiatement.
O0o0O__________O0o0O
Ce jour la, Adélaïde se leva de fort bonne humeur. Son plan était prêt à être exécuté. Elle se leva et s'habilla comme d'habitude, fit exactement les mêmes gestes que chaque matin. Rien dans son
attitude ne laissait paraître le moindre signe de tension, d'anxiété ou d'énervement. Elle était sereine et prête à prendre sa revanche.
___
Philippe desserra légèrement son col, la chaleur était étouffante. Il était mal à l'aise.Louis avait énormément insisté pour que Philippe le représente au mariage de Lotahire et il avait cédé. Il
avait réussi à convaincre François de l'accompagner sans trop de problème et le valet avait été ravi de les accueillir tous les deux. Le cadeau et le message de Louis avait beaucoup ému son
valet, tout allait bien ! Les gens l'avaient regardé avec assez d'insistance au début, étant légèrement déplacé au milieu des villageois, mais cela il pouvait s'y faire, c'était plutôt
logique. Mais malgré cette bonne humeur festive et estivale, quelque chose gênait Philippe. Il n'aurait pas su dire exactement quoi. Il avait comme une drôle de boule au ventre. Il s'était levé
avec le matin même et elle n'avait pas voulu se déloger depuis. Philippe sentit une goutte de sueur couler dans sa nuque. Il faisait vraiment très chaud et pourtant il se sentait glacé de
l'intérieur. Il avait du attraper un petit rhume. Il but une gorgée d'un breuvage alcoolisé qu'on lui avait servi et se concentra sur ce que lui disait François, tentant de reléguer au fond de
lui ses pensées désagréables.
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A l'orée du bois, dans sa petite maison isolée, le druide passa une main fatiguée sur ses yeux las. Combien de fois aurait-il voulu intervenir sur le destin pour ne pas briser des vies ?
Encore aujourd'hui, il était contraint à rester assis, à attendre que les évènements se passent. Il revoyait sa première rencontre avec le nouveau jeune prince de Mésancourt, puis toutes celles
qui suivirent. Une fois de plus il se jura de ne plus s'attacher autant à ses clients. Surtout avec un si lourd destin. Il se leva et avança vers une petite armoire qui débordait d'objets
hétéroclites. Il prépara son sac. Au moins, quand on viendrait le chercher, il serait prêt tout de suite. Une bien maigre consolation qui, le druide le savait, serait complètement inutile pour la
suite des évènements.
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Louis somnolait à moitié, allongé torse nu sur son lit, sans rien pour le couvrir. La chaleur était étouffante et il avait sur son front un tissus imbibé d'eau que Philippe lui avait déposé avant
de partir pour le mariage. Louis eut un petit sourire alors que son esprit divaguait entre rêve et réalité, en repensant à son époux. Inconsciemment, sa main passa sur son ventre et passa au
endroits où il sentait ses enfants bouger. Ces petits gestes quotidiens lui apportaient une sérénité qu'il n'avait jusque là que peu connu. Il avait tellement hâte de pouvoir les voir et les
serrer contre lui.
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Adélaïde regardait au loin par la fenêtre, la place du village ou un nombre assez impressionnant de personnes était réuni pour fêter le mariage de deux domestiques. Philippe avait décidément de
bien drôle de fréquentations. Elle lui pardonnait. Elle le remettrait dans le droit chemin lorsqu'elle serait son épouse. A cette pensée, elle s'aperçut qu'elle n'avait pas été rendre visite à
son fils depuis deux ou trois jours. Qu'importe, des nourrices étaient payées pour cela. Elle avait bien mieux à faire que de s'occuper d'un marmot braillard. Son regard se tourna à nouveau vers
l'horizon. Le prince était là bas, elle le savait. Elle avait assisté de loin à son départ et François l'avait accompagné. Le champs était libre. Un sourire cruel se dessina sur son visage et
elle s'éloigna de son poste d'observation pour se diriger vers une autre aile du château.
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Philippe posa son verre sur une table formée par une longue planche plate et quelques tréteaux. La boule qu'il avait au ventre s'était transformée en une douleur lancinante qui ne le quittait
plus. Sa gorge était serrée, il était inquiet. Il tituba légèrement et fut rattrapé par deux bras solides.
-Eh bien mon ami, as-tu déjà tellement bu que tu ne tiens plus debout ?
Mais en voyant la pâleur du prince, François perdit aussitôt sa jovialité.
-Philippe, quelque chose ne va pas ?
Philippe posa une main sur l'épaule de son ami.
-Louis...
-Quoi, Louis ?... Réponds!
-Je ne sais pas... il faut que j'y aille, je dois le trouver. Dis à Lothaire que je suis désolé, mais je dois y aller, maintenant !
Philippe s'éloigna à grand pas de son ami. Et François décida d'aller prévenir leur hôte avant de s'éclipser à son tour. Il n'avait pas l'intention de laisser son ami seul dans cet état.
L'alcool ne lui réussissait pas vraiment. Mais François se fit la réflexion que Philippe n'avait bu que très peu au court de l'après midi. Une drôle d'impression lui comprima l'estomac. Il devait
trouver Lothaire rapidement pour l'informer de leur départ.
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Le druide prit quelques fioles et les rangea précautionneusement dans sa sacoche en cuir. Il alla couper quelques plantes fraîches à l'extérieur et en fit deux tas distincts. Il tria et rangea le
premier tas enveloppé dans un mouchoir dans une petite poche de sa sacoche et il pila le deuxième tas avant d'en verser dans quelques unes des fioles à disposition. Peut être que cette fois ci,
il se serait trompé. Peut être qu'il pourrait effectivement faire quelque chose. Il secoua la tête douloureusement. Il commençait à se faire trop vieux pour toute cette souffrance. Parfois, il
haïssait son don.
___
Louis se retourna dans son lit, faisant glisser le tissus de son front. Il faisait bien trop chaud pour pouvoir dormir et l'inactivité lui manquait beaucoup. Cependant, pour rien au monde il ne
voulait désobéir au druide. Rien n'était plus important à ses yeux que la survie de ses enfants. La porte de sa chambre grinça, lui faisant ouvrir un œil. Les seules personnes qui entraient dans
sa chambre sans frapper n'étaient pas sensées être au château actuellement. Il se redressa légèrement et un frisson glacé lui parcouru l'échine lorsqu'il croisa le regard à moitié fou d'Adélaïde.
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La jeune femme était extatique. Elle était enfin seule avec lui et personne pour l'empêcher de mener son plan à exécution. Elle put reconnaître avec un frisson d'excitation la peur se refléter
dans les yeux du jeune homme qui lui faisait face.
-Bonjour Louis.
-... Bonjour, Dame Adélaïde... Puis-je faire quelque chose pour vous ?
Le sourire d'Adélaïde s'agrandit d'avantage.
-Bien sur que vous le pouvez...
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Philippe marchait à vive allure sur le chemin de terre. Mais pourquoi n'avait-il pas pris son cheval ? Ils avaient voulu suivre la procession avec tout le monde, tentant de se fondre parmi
les invités. Quel idiot il avait été. Avec sa monture, il aurait été au château en quelques minutes seulement. Louis était en danger. Il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas comment. Il avait
juste l'intime conviction que son époux avait besoin d'aide, sur le champs. Le prince accéléra le pas jusqu'à se mettre à courir, un nœud puissamment serré au niveau de ses tripes.
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Le druide faisait des vas et viens dans sa petite chaumière. Il avait déjà vérifié trois fois ses affaires, tout y était. Il regarda par la fenêtre le soleil commencer à décliner lentement à
l'horizon. Il lui faudrait attendre encore un long moment avant que quelqu'un n'arrive pour le chercher. Après un soupire, il rouvrit sa sacoche et se mit à vérifier ses ustensiles pour la
quatrième fois.
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Louis s'était figé. Il n'avait jamais été à l'aise en présence d'Adélaïde. Elle dégageait quelque chose d'inquiétant. Mais jamais encore Louis ne s'était senti physiquement en danger. Hors à cet
instant précis, la menace était bien réelle. Pourtant Adélaïde semblait sereine. Ses gestes étaient mesurés, sa voix posée. Mais Louis avait plongé ses yeux dans les siens et il n'y avait trouvé
que de la folie. Une folie qu'il ne pouvait qualifier que de meurtrière. Plus aucune trace d'humanité n'émanait de cette femme.
-Bien sur que vous le pouvez...
-Je vous écoute.
-Vous devez disparaître.
Elle avait dit cela d'une voix banale, comme si elle parlait du beau temps.
-Je vous demande pardon ?
-Ecoutez, je n'ai pas envie de vous faire du mal. Alors soyez gentil et partez. Ce serait dommage que vous perdiez ces enfants n'est-ce pas.
Son regard fixait le ventre de Louis et celui ci regretta de ne pas avoir de haut sur le corps. Ses mains se placèrent instinctivement autour pour le protéger. Adélaïde eut un petit rire et
continua.
-Ecoutez, c'est très simple en réalité. Philippe va m'épouser. C'est comme cela que c'était prévu, depuis avant même votre naissance !
-Philippe m'a épousé, moi.
-Oui, vous avez, je l'avoue, légèrement contrarié mes plans. Mais ce n'est que partie remise, je saurai être magnanime avec lui. Il s'est légèrement égaré, le pauvre. Sans doute, vos formes
affriolantes y sont pour quelque chose. Mais avouez que cela ne l'a pas empêcher de passer du bon temps avec moi. Quoiqu'il en soit, je lui ai donné ce dont il avait besoin et il n'a absolument
pas besoin de vous ! C'est pour cela que je vous demande de partir.
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Philippe courait de toutes ses forces et il avait l'impression de faire du sur place. Il n'avait pourtant pas autant marcher à l'aller, si ? Il venait de sortir du village et voyait le
château se rapprocher à une allure bien trop lente à son goût. A bout de souffle, il tenta d'accélérer encore le rythme. Il pénétra dans les jardins du palais et continua sa course sous l'œil
stupéfait des jardiniers et des promeneurs. Ses poumons semblaient prêts à éclater et sa gorge le brûlait, mais pour rien au monde il n'aurait ralenti.
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Louis sentait la rage grondait en lui. Et, ignorant la douleur qui le lançait dans le ventre, il bondit du lit pour se retrouver face à son ennemie. Il ne la laisserait pas le dominer !
-Je n'ai pas l'intention de partir. Philippe est mon époux et il m'a clairement fait comprendre qu'il ne souhaitait pas mon départ.
-Bien sur que non, le pauvre chéri, il n'a pas voulu vous blesser. Il est comme cela, bien trop gentil. Mais je vous garantis que vous n'êtes qu'une gène pour lui. Un caillou dans les bons
rouages du royaume. Vous savez que je finirais tôt ou tard par prendre votre place et que vous serez répudié. Quelqu'en soit les moyens. Mais voyez-vous, je suis bonne joueuse, je vous laisse
l'occasion de partir de vous même, et en vie !
-Non.
Adélaïde serra les poings et grinça des dents.
-Partez Louis. Partez, sinon je peux vous assurer que votre mort sera extrêmement lente et douloureuse. J'arracherais de mes propres mains les immondices qui se cachent dans votre corps et vous
aurez le temps de les voir découpés en morceau avant de me supplier d'achever votre misérable vie.
Louis sentit une terreur sans nom le clouer sur place. Elle en était capable. Il le savait, elle était sincère. La panique le gagna, faisant trembler légèrement ses membres, et en même temps il
sentit une force inconnue gronder en lui. Elle venait de menacer ses enfants !
-Ecoutez, je commence à en avoir plus qu'assez de vous et de vos piètres tentatives pour me séparer de mon époux. Au début j'y ai cru. J'avoue, vous avez bien mené votre barque. Mais Philippe est
bien plus sensé que cela. Je n'ai aucune raison d'être répudié. Je n'ai rien fait de mal, je porte les héritiers de la couronne et j'ai bien l'intention de les élever dans les traditions de la
famille royale de Mésancourt.
A ses mots, Adélaïde éclata d'un rire froid. Louis s'en retrouva décontenancé et son ventre qui devenait de plus en plus tendu et douloureux ne l'aidait pas à se concentrer.
-Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.
Il criait presque maintenant. Il se sentait épuisé, physiquement et moralement. Adélaïde arrêta de rire et le regarda méchamment.
-Vous croyez vraiment à ce que vous venez de dire ? Vous êtes pathétiques ! Vous pensez vraiment que vous serez la personne qui s'occupera de vos enfants ? Ne rêvez pas mon pauvre.
Dès leur naissance ils seront confiés à une nourrice, vous aurez droit à une heure de visite quotidienne jusqu'à l'âge de trois ans, après quoi la reine mère prendra en charge leur éducation avec
des précepteurs et vos visites se restreindront à une par semaine, si leur emploi du temps le permet.
Louis tremblait de tous ses membres maintenant. Il savait qu'il avait changé de couleur et il sentait son front s'embraser tandis qu'un marteau tapait sur une enclume au milieu de sa tête. Il
avait l'impression que son ventre était aussi dur que la pierre.
___
Philippe traversa le jardin à toute vitesse, renversant quelques personnes au passage mais sans prendre la peine de s'excuser. Il franchit les portes d'entrée en trombes et se précipita dans les
escaliers qui menaient à ses quartiers. Il se mit à supplier toutes les divinités qu'il connaissait pour ne pas arriver trop tard, pour que tout ceci ne soit qu'un mauvais pressentiment sans
importance et que Louis, en le voyant arriver si essoufflé, se moque gentiment de lui, avec ce petit sourire sur le côté et ses dents mordillant sa lèvre inférieure. Et alors il pourrait
l'embrasser encore et encore en lui racontant la peur stupide qui l'avait pris aux tripes en plein milieu du mariage de son valet. Et peut être, si Louis s'en sentait capable, il lui ferait
l'amour, tout doucement, pour ne pas le blesser ni l'épuiser, s'appliquant à le faire crier son nom de cette voix si particulière qu'il avait lorsque l'orgasme le terrassait et dont Philippe se
délectait. Le prince arriva à son étage. Encore quelques couloirs et il y serait, ses pas claquaient sur le sol de marbre.
___
-VOUS MENTEZ !
-Pourquoi mentirais-je ? Vous vouliez vivre votre vie royale, je ne fais que vous exposer ce qui vous attend ! Mais peut être Philippe ne vous avait-il pas mis au courant de ces petites
formalités !
Un sourire jubilatoire ne quittait plus le visage d'Adélaïde, maintenant entièrement en position de supériorité. Louis se tenait à moitié courbé, les mains plaquées sur le ventre, cloué sur place
par de longues crampes abdominales.
-Je ne vous crois pas !... Allez vous-en !... PARTEZ !!!
Louis perçu le regard d'Adélaïde sur ses pieds et il en suivit le cheminement. Du sang coulait abondamment le long de ses jambes, tachant son pantalon et formant une flaque à ses pieds. Louis
sentit la nausée lui monter à la gorge et il vacilla.
-NOOOOOOOONNNNN !!!
Il s'écroula.
___
Le druide ferma les yeux douloureusement et son cœur se serra. Il ne s'était jamais trompé... Il ferma son sac et se tint prêt, devant la porte de sa maison. Il leva la tête vers les étoiles et
tenta d'endiguer les quelques larmes qui montaient à ses yeux.
___
Philippe entendit un « NON » déchirant et il reconnut sans peine la voix de son époux suivit d'un bruit sourd. Il accéléra encore et ouvrit les portes de sa chambre avec fracas. Ce
qu'il vit le terrifia. Louis était allongé par terre, torse nu, baignant dans une mare de sang. Il se précipita sur lui et constat qu'il avait toujours un pouls. Il se releva et agrippa Adélaïde
par les épaules.
-Que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu lui as fais ?
-Mais rien, mon amour. Il nous empêchait de vivre notre vie, je l'ai juste encourager à prendre le large. Voilà qui est résolu, tu n'as plus à faire semblant maintenant. Je suis là et notre fils
a nous attend ! Je peux parfaitement prendre sa place ! Je serai une bien meilleure reine !
Ivre de rage, Philippe lui asséna un violent soufflet qui la propulsa par terre.
-Toi et ton bâtard, je veux que vous quittiez immédiatement ce château, je vous bannis ! Estime toi heureuse de ne pas être pendue haut et cour pour trahison envers la famille royale!
Maintenant DISPARAIS !
A ces mots, le visage d'Adélaïde se crispa en une hideuse grimace, elle éclata en sanglot et pleine de rage, fit volte face et s'éloigna en courant. Philippe se précipita auprès de Louis.
-DE L'AIDE ! VITE !
Alertés par les bruits de dispute et l'appel au secours, rapidement un certain nombre de personnes arrivèrent dans la chambre du couple. François, qui avait couru presque autant que Philippe
arriva à ce moment la et Philippe l'aperçu.
-François, va chercher le druide, vite ! Je t'en prie, dépêche toi !
Aussitôt, le baron fit demi-tour et se précipita en direction des écuries. Philippe porta précautionneusement Louis sur le lit, faisant fi des taches de sang que cela engendrerait.
-Que les femmes de chambre les plus expérimentées restent avec moi dans cette chambre, vous pourrez aider le druide. Toutes les autres personnes, tenez vous à leur entière disposition et préparez
tout ce dont elles pourraient avoir besoin ainsi que le druide lorsqu'il arrivera ! Allez, exécution !
Malgré l'urgence, Philippe savait que le druide ne serait pas là avant un petit moment et il était absolument impuissant. Dans le cas d'une grossesse féminine, il aurait pu agir, ou au moins
laisser les femmes de chambre travailler, mais la, seul le druide pouvait les aider. Il s'attarda un instant sur le visage de son époux, inconscient mais contracté par la douleur et brûlant.
Malgré sa pâleur et ses traits tirés, Philippe ne pouvait s'empêcher de l'admirer et il se maudit mille fois de s'être privé d'un si beau visage pendant si longtemps. Il avait été un piètre mari
et il ne pouvait que prier pour qu'on lui laisse la chance de profiter plus longtemps de son époux.
O0o0O__________O0o0O
Louis ouvrit brusquement les yeux, ouvrit la bouche et après quelques longues secondes de silence, un cri guttural en sortit. Malgré l'immense douleur qui lui coupait la respiration, il se
redressa immédiatement sur son lit, ses mains se posant sur son ventre. Il le tâta, la respiration rapide, sanglotant. Il était plat, désespérément plat et vide.
-Non, non, non, non......
Philippe qui était assis au bord du lit attrapa les poignets de son époux pour le forcer à le regarder. Ses yeux étaient cernés et rougis.
-Louis...
-Où sont-ils ? Philippe où sont-ils ?
Louis avait les yeux brillants de larmes et de fièvre et le front bouillant, cependant, Philippe savait qu'il ne pouvait pas retarder la nouvelle.
-Je vous en prie, dites moi qu'ils vont bien, dites le moi ! Par pitié !
La voix entrecoupée de sanglot et les mains s'agrippant convulsivement à celles de Philippe, Louis s'accrochait à la moindre parcelle d'émotion que son époux laissait filtrer. Et il n'arrivait à
y lire que de la peine et de la souffrance. Il sentit une angoisse sourde et indicible se diffuser dans ses veines et les larmes dévalèrent ses joues.
-Je vous en prie... je vous en supplie...
Louis secouait la tête, tout en parlant, à moitié sanglotant, à moitié délirant, mais quand Philippe ouvrit la bouche, il se tut, attentif au paroles de son époux.
-Le druide est arrivé et il m'a dit que si vous gardiez les enfants en vous, vous alliez mourir. Il fallait les faire sortir alors il vous a ouvert, mais la grossesse n'était pas assez avancée,
les bébés n'étaient pas suffisamment matures...
Philippe fit une courte pose, le temps de ravaler un sanglot.
-Aliénor...
-Une petite fille ?
Philippe hocha la tête douloureusement.
-Elle est décédée dès qu'elle est sortie, elle n'a pas eu le temps de pousser un seul cri. Elle s'est éteinte dans mes bras.
Louis se courba à nouveau de douleur autant physique que psychologique, expulsant un cri silencieux puis il tenta de reprendre une goulée d'air après de longues secondes en apnée. Son visage
était ravagé par la douleur et le chagrin.
-... le deuxième ?...
-Philippe.
-Un petit garçon ?
A nouveau Philippe hocha la tête.
-Il a mis un peu de temps mais il a crié. Le mage s'en est occupé au maximum, mais il dit que le pronostic est très mauvais. Il pense qu'il ne devrait pas passer la nuit. Ils.. ils sont
merveilleusement beaux, tous les deux !
A son tour, Philippe ne put retenir ses sanglots et ses larmes. Louis repoussa violemment les couvertures et tenta de se lever, mais la douleur le fit s'effondrer dans les bras de son époux.
-Vous ne devez pas bouger, votre corps doit se rétablir.
-Je dois les voir ! Il faut que je les vois !
-Je vous les amènerai, je vous le promets. Pour le moment restez, allongé, vous avez besoin de repos.
Louis à bout de force et encore violemment lancé par sa cicatrice se laissa retomber sur son lit et se roula en boule, laissant échapper un long sanglot déchirant. Philippe s'allongea à ses côtés
et le serra fort dans ses bras.
O0o__________o0O
Deux jours plus tard, le tout jeune Philippe III de Mésancourt cessa de respirer au milieu de son sommeil. Cette nuit la, un cri de désespoir déchira le ciel.
...Euh... hé hé... amusant, hein, comme fin ! *esquive un frigo*
Vous trouvez pas ?! * esquive un four*
Eh ben, vous en avez des munitions !! *se prend une poêle à frire, aïeuh !*
Mais euh, je vous avez prévenu que vous alliez me haïr à la fin de la première partie, ce n'est donc pas une surprise ! Vous n'aviez qu'à pas lire,
na ! * se prend une brique, ouch*
Bon rassurez vous, l'histoire ne se finit pas là ! La suite viendra dans la partie 2...je dis pas qu'elle sera plus drôle par contre...lol Quoi sadique !
Non, pas sadique, c'est juste un peu d'action. Sinon vous vous seriez ennuyé et vous seriez plus revenu et j'aurai été triste. * qui a dit bien fait ?!*
Donc comme prévu, je fais maintenant une pause dans cette histoire, juste le temps de bien organiser la partie 2 et de prendre un peu d'avance sur l'écriture. Par
contre je vais reprendre UPPDB et Dépendance. Les MAJ ne seront pas régulières, elles viendront comme elles pourront (comme avant quoi), en essayant tout de même de respecter un certain rythme
d'écriture, en fonction de ce que me permettra le boulot. Sachez juste que les 3 prochaines semaines sont déjà remplies et donc je ne pense pas pouvoir écrire du tout. Après, ça devrait être
jouable.
Je vous embrasse donc, et merci d'avance de me laisser vos impressions sur ce chapitre mais également sur toute cette première partie, une sorte de petit
bilan ! Si je pouvais ne pas avoir que des promesses de mort lente et douloureuse, ça serait sympa ! mdr
Bisous à tous et à toutes, je vous nem très fort (si, si, c'est vrai...après tout, qui aime bien, châtie bien... donc vous voyez, je vous adore !). Merci de
me suivre et merci à ceux qui laissent leur trace!