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  • : 13/10/2007
Mercredi 5 janvier 3 05 /01 /Jan 12:01

Bonjour à ceux qui passent encore par ici.

Pour commencer je vous souhaite à tous une très bonne année. J'espère que 2011 vous apportera beaucoup de bonheur.

 

Une longue absence pour ma part (sans déconner...) qui s'explique par une année assez difficile qui s'est bien terminée avec l'obtention de mon diplôme. Néanmoins, étant un peu maso sur les bords, j'ai passé un concours, que j'ai eu également et j'enchaine donc pour une année de spécialisation... la galère ne s'arrête donc pas là pour moi.

 

Malgré beaucoup de boulot et quelques soucis de santé, je vous prie de croire que je n'arrête pas pour autant l'écriture. je sais bien que c'est très long et je sais aussi qu'en tant que lecteur c'est très frustrant. Je pourrais vous pondre un chapitre par semaine très médiocre si je le voulais...en fait non, je ne pourrais pas. Parce que ce n'est pas ainsi que j'envisage les choses. Parce que mes histoires avant d'être publiées, sont pensées, modifiées, écrites, triturées, repensées, parfois supprimées par chapitres entiers... avant d'enfin vous les soumettre. Je passe parfois des heures devant mes feuilles à m'arracher les cheveux... je pense que l'écriture est avant tout une question d'envie, de motivation et "d'illumination"... ce n'est pas tous le sjours le cas.

 

Je tenais à vous remercier de votre patience et de vos encouragements qui arrivent encore de temps en temps. C'est pour moi la meilleure motivation.

 

Pour cette année, le programme est chargé. Comme prévu, je vais terminer les histoires commencées. "Une petite parcelle de bonheur" touche à sa fin et "dépendance" s'en approche également, même si il reste encore un peu de travail dessus. Suite à cela je pourrais reprendre "Royale destinée" et entamer mes nouvelles histoires.

 

J'ai également pour projet la correction de "coeur figé"... c'est ma première histoire et quand je la lis aujourd'hui, je me rends compte qu'il y a quand même un certain chemin parcouru... je ne la supprime pas car elle fait partie de moi, mais j'ai un peu honte quand même. Néanmoins, elle est criblée de fautes et j'ai donc l'intention, déjà, d'en supprimer le plus possible. Je pense également qu'il me faut retravailler un peu l'histoire, mais ça risque de faire beaucoup pour le peu de temps que je vais avoir. Donc déjà, si j'arrive à corriger, ce sera pas mal.

 

Enfin, une séquelle de "c'est toi et moi" est en cours d'écriture. Je ne sais pas si elle sera postée un jour car je ne veux pas dénaturer mon two-shot. Si ça ne me convient pas, elle ne sera pas mise en ligne... mais pour le moment nous n'en sommes pas là. Le premier chapitre est écrit, le deuxième est en cours... je ne sais pas exactement combien il y en aura, mais en tout cas, cela ne sera publié que lorsque tout sera fini pour éviter les attentes entre deux chapitres.

 

Voilà un petit programme... je ne peux certes rien promettre sur les dates et les avancées, mais je peux vous assurer que je n'abandonne rien et que j'essaie autant que possible d'écrire quand je le peux...

 

J'espère que vous avez passé de très bonnes fêtes de fin d'année. Et encore une fois, je vous souhaite plein de bonnes choses pour 2011.

A bientôt.

Meryl.

Par Meryl - Publié dans : Petits potins
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Samedi 31 juillet 6 31 /07 /Juil 13:56

Ouahou, plus d'un an depuis le dernier chapitre de cette histoire... j'espère qu'il y aura encore des amateurs. J'ai eu énormément de difficultés à écrire une partie de ce chapitre, d'où l'attente, mais j'ai eu le déclic il y a quelques jours seulement, comme quoi, il ne faut pas désespérer. Donc voilà, il m'a fallu un peu de temps pour reprendre mes repères et rentrer à nouveau dans les personnages, j'espère que le résultat vaut quelque chose de pas trop mal. Je suis vraiment désolée pour l'attente. J'ai fini ce chapitre cette nuit à 2h30.?.. mais je me suis dit qu'il valait mieux attendre un peu pour poster car je n'étais pas bien fraîche et effectivement, j'ai du modifier certaine chose aujourd'hui. J'espère qu'il vous plaira.

Pour ce qui est de ma p'tite vie, j'ai validé ma dernière année d'étude, il me reste mon mémoire, trois stages et bien sur les épreuves du diplôme... si tout va bien, j'aurais fini fin novembre et je compte bien me prendre de loonngues vacances, pendant lesquelles je compte bien écrire... d'ici là je ferai mon possible, mais je ne peux rien vous promettre...

Merci à celles qui sont encore là et surtout à celles qui laissent une trace de leur passage. C'est vraiment encourageant pour moi et motivant pour écrire.

A bientôt et bonne lecture!

 

 

Riley m’embrasse une dernière fois passionnément, puis s’éloigne doucement. Il se retourne une dernière fois aux grilles du centre. Il me fait un petit signe de la main et disparaît dans la nuit. J’ai l’impression de le perdre. Je ne suis pas bien du tout.

J’ai envie d’un gros shoot !

 

 

Je reste un moment devant la porte, sans bouger, comme si il allait réapparaître d'un instant à l'autre.

 

-Eh, ça va?

 

Je sursaute au son de la voix. Je ne l'ai pas entendu venir.

 

-Désolé, je ne voulais pas te faire peur.

 

-C'est rien Criquet, c'est rien. J'étais... juste un peu dans la lune.

 

-Oui, j'ai vu ça. Dit-il avec un sourire. Alors... tu as passé un bon après midi?..

 

Sa question pourrait sembler bien innocente si elle ne contenait pas tant de sous-entendu.

 

-Tu dois t'en douter...

 

-Oui... faut dire que vous n'avez pas été très discret dans le genre...

 

Je rigole doucement mais n'arrive pas à empêcher le rouge de monter à mes joues.

 

-Si tu dois rougir à chaque fois qu'on en parle, tu n'as pas fini. Je crois que tu vas en entendre parler un certain temps!

 

-Moui, bon, ça va, hein... j'ai oublié que les murs étaient si fins...

 

-Je me doute que tu avais autre chose en tête.

 

Je grommelle encore un peu pour la forme. De toutes évidences, je n'échapperai pas aux sous entendus vaseux pendant un certain temps.

 

-Je suis sûr que Jordan aurait adoré être là. Il ne t'aurait pas loupé!

 

Je crois que je rougis encore plus... si c'est possible. Car effectivement, si il avait été là, je l'aurai entendu.

 

-Ne sois pas rassuré trop vite, je compte bien lui faire un compte rendu détaillé à son retour!

 

Le regard malicieux du Criquet ne me laisse aucun doute sur son intention de réellement tout lui dire.

 

-Mais qu'ai-je fais pour mériter ça?!

 

-Tu t'es envoyé en l'air?!

 

Nous éclatons de rire dans un bel ensemble puis nous partons vers la salle vidéo. Le sujet est clos... pour le moment. Du moins entre nous, car dès que nous croisons du monde, les vannes sont bien présentes et les sous entendus plus imagés les uns que les autres. Une fois dans la salle, je me pose dans un recoin de fauteuil et je me fais tout petit... ce qui ne semble absolument pas fonctionner. Heureusement, rien de bien méchant. Je connais la plupart des résidents et je m'entends bien avec nombre d'entre eux. Les autres me sont aussi indifférents que je le suis pour eux. Enfin les derniers sont nouveaux et n'osent pas encore trop se moquer et se contentent de me lancer de petits coups d'œil qu'ils espèrent discrets. Tout ça pour dire que je passe une bonne partie de cette soirée à me faire charrier. Et le repas ne semble pas calmer les affaires. Au contraire, j'ai l'impression que le menu, qui est, comme par hasard à base de saucisse et merguez ne fait que renforcer l'ambiance grivoise qui semble avoir contaminé chaque personne présente. Même les éducateurs ont des petits sourires en coin, bien qu'ils ne fassent aucun commentaire. Je remarque qu'Alix est absent et je me sens soulagé. Je n'aurais pas aimé qu'il entende tout cela, et encore moins qu'il y participe. Je revois ses yeux tristes lorsqu'il m'a trouvé dans les bras de Riley, un peu plus tôt. Mon cœur se serre à cette idée. Je sais que je suis en train de m'attacher à lui... sans doute plus qu'il ne le faut. Mais je ne veux pas y penser. J'occulte le plus possible. Il n'y a rien entre lui et moi et il n'y aura jamais rien. Il est mon éducateur et je suis un de ses... un de ses quoi d'ailleurs? Un patient? Un camé... un ex camé en manque d'affection? Tu parles, l'image qu'il doit avoir de moi doit être bien sale. Et puis j'aime Riley. Il est clean, je le suis aussi. Nous allons y arriver, j'y crois... je crois. Je décide de chasser mes idées sombres pour le moment et de profiter de l'ambiance festive, même si celle-ci a pour principal but de ne pas me laisser oublier les cris que j'ai pu pousser.

 

Après le repas, nous sommes seulement quelques uns à retourner dans la salle audiovisuelle. Depuis quelques temps, j'ai retrouvé le goût de suivre les informations. Chose qui ne m'était pas arrivé depuis... depuis très longtemps. Le monde qui nous entoure n'est pas bien glorieux mais le fait de me tenir informé de l'actualité me raccroche encore un peu plus les pieds sur terre. Et effectivement, une fois de plus, nous avons droit à un reportage de guerre. Celui-ci vient du conflit israelo-palestinien et en particulier de la bande de Gaza. Les dégâts sont considérables au sein de la population. Les civils sont toujours les plus touchés, c'est bien connu. Et même si je sais que les images sont choisies exprès pour toucher les gens, je ne peux empêcher un profond sentiment d'injustice et d'impuissance envahir ma poitrine. De plus en plus souvent, je sens le désir de me rendre utile et en particulier lorsque je tombe sur ce genre de reportages. Qui sait, un jour, peut être, je pourrai apporter ma pierre à l'édifice. Il faudrait que je me renseigne. J'ai déjà des idées de projet... qui pour l'instant me paraissent assez farfelus, vu ma situation, mais je me rends compte que c'est une projection que je fais dans l'avenir. Chose qui ne m'était pas arrivé depuis plus de six années, maintenant. Je souris, seul devant la télévision qui est déjà passé à l'actualité suivante. Je crois que j'ai trouvé un nouveau but...

 

C'est la musique de fin du journal télévisé qui me sort de mes plans. Je n'ai rien écouté de la fin des actualités, trop ancré dans mes projets. Ils me paraissent bien loin et sûrement peu réalisables, mais je veux me dire que peut être il y aurait une possibilité de rendre tout cela concret un jour. Un jour... je ne suis pas pressé.

 

Je finis par aller me coucher, mais le sommeil ne semble pas vouloir de moi. Les images de la journée repassent en boucle dans ma tête. Riley m'a fait un magnifique cadeau de noël en venant me voir aujourd'hui. Et clean, qui plus est. Alors pourquoi je sens ce malaise au fond de moi? Ces promesses qu'il m'a faites auront-elles le même résultat que toutes celles qu'il m'a faites auparavant? Sommes nous condamnés, comme le pense le psy, à replonger un jour ou l'autre dans ce cercle vicieux qui a fait ma vie pendant si longtemps?

 

J'ai beau me tourner et me retourner dans mon lit, impossible de m'endormir. Finalement j'envoie valdinguer les couettes. J'aimerais pouvoir rejoindre Jordan dans sa chambre et lui parler, mais il n'est pas là. Tant pis, je vais regarder la télé, ça m'occupera l'esprit. J'enfile un pull par dessus mon tee-shirt et un jogging et me dirige vers la porte. Mais un doute m'assaille. Ai-je le droit de sortir de ma chambre en plein milieu de la nuit? Le couvre feu est passé depuis deux bonnes heures maintenant. J'ai la flemme d'aller recherche le petit livret que j'ai eu à mon arrivée. Pourtant il doit être quelque part dans ma table de nuit. Tant pis, j'y vais. Je ne sais pas qui est de garde cette nuit, je vais tenter de faire le moins de bruit possible.

 

Mais en passant dans le couloir pour rejoindre la salle audio, je constate avec surprise que la lumière est allumée dans le bureau d'Alix et que la porte est entrouverte. J'hésite... mais il semblerait que mes jambes aient décidé à ma place car je suis déjà face à la porte. Au point où j'en suis, je tape doucement trois coups et pousse la porte en grand. Alix lève les yeux et semble très étonné de me voir. Puis ses sourcils se froncent et lorsqu'il parle sa voix est assez froide.

 

-Tyler? Que fais-tu là à cette heure?

 

-Euh... je n'arrivais pas à dormir. Je ne savais pas qu'il ne fallait pas sortir de la chambre... désolé... j'y retourne...

 

Alors que je fais demi-tour, j'entends Alix soupirer.

 

-Attends. Viens, entre.

 

Je me retourne et avance de quelques pas. Alix me désigne un siège et je m'y installe alors qu'un silence assez pesant s'installe. C'est finalement lui qui le brise.

 

-Quelque chose ne va pas?

 

Je hausse les épaules. Je crois que je ne sais même pas par où commencer tant une multitude de questions m'assaillent.

 

-Sais-tu pourquoi tu n'arrives pas à dormir?

 

A nouveau je hausse les épaules. Je crois que mon manque de participation l'énerve car il pose le stylo qu'il avait à la main assez sèchement.

 

-Pourquoi es-tu ici si tu ne veux pas me parler?

 

Mes épaules se soulèvent une troisième fois et je crois qu'Alix perd patience.

 

-Très bien, fais ce que tu veux. Je n'ai pas de temps à perdre.

 

Il reprend son stylo et se replonge dans ses papiers. Le silence reprend ses droits dans la pièce. Aucun bruit ne vient troubler cette fausse paix, à part les grattements rageurs du stylo d'Alix sur ses feuilles.

Son ton me noue les entrailles. Je ne veux pas qu'il m'en veuille. Je décide de me jeter à l'eau. Il est temps de m'ouvrir à lui.

 

-Je n'aime pas noël...

 

Alix relève la tête et ses yeux plongent dans les miens. Sa bouche reste close, mais je sais que j'ai son attention. Nous savons tous les deux qu'à cet instant, se joue un moment clé de nos futurs rapports.

 

-Je n'aime pas noël parce que à noël, il y a sept ans, j'ai été foutu à la porte. Par un homme qui n'était même pas mon père...

 

Alix pose son stylo. La tension qui s'était installée entre nous s'estompe et je le vois attentif est prêt à entendre ce que j'ai à lui dire.

 

-Que s'est-il passé?

 

-C'est une longue histoire... En fait tout remonte à bien plus loin que ça.

 

Je sens ma respiration s'accélérer légèrement. Je pensais avoir enfouie tous ces sentiments et pourtant ma gorge se serre. Je ne suis pas certain d'être prêt à tout lui dire finalement... mais j'ai commencé, alors j'irai jusqu'au bout. Et advienne que pourra.

 

-J'avais huit ans quand mon père est mort... un accident de voiture... il n'avait pas bu, il n'était pas en excès de vitesse... c'est en tout cas ce que dit le rapport de police. En fait il ne devait rentrer que le lendemain mais je l'avais eu au téléphone et je l'avait supplié de revenir vite. Alors il a pris la route... il devait traverser la moitié de la France alors qu'il venait d'enchainer une semaine difficile de travail. Apparemment, il se serait endormi au volant...

 

A nouveau le silence s'installe entre nous. Je sens qu'Alix est prêt à parler mais il n'ose pas, ne voulant certainement pas me couper dans mon élan. Voyant que je n'ouvre plus la bouche, il se décide.

 

-Ce n'est pas de ta....

 

-Ce n'est pas ma faute! Ouais, on me l'a suffisamment répété... ce n'est pas moi qui l'ai fait s'endormir, si il l'avait vraiment voulu il aurait passé la nuit là bas... il n'empêche que si il avait dormi quelques heures avant de prendre la route... Je vivrais pour toujours avec ça sur la conscience.

 

Alix hoche la tête doucement.

 

-En plus de devoir faire le deuil de mon père, j'ai vu ma mère sombrer petit à petit. Le chagrin lui avait fait perdre le bébé qu'elle portait, ce qui l'a enfoncé encore plus dans sa dépression... et petit à petit je l'ai perdu...

 

Je fais une petite pause et je lève les yeux au plafond pour ne pas laisser couler mes larmes. L'histoire n'est pas fini, si je pleure maintenant, je n'arriverais jamais à la terminer.

 

-Lorsqu'elle a rencontré Charles... j'avais un peu plus de douze ans... Très vite, nous nous sommes installés chez lui... il avait une maison immense... il était très riche. Entre lui et moi, le courant n'a jamais passé. Il était méprisant et sec et j'étais la preuve que ma mère avait eu une vie avant lui, chose qu'il détestait. Les photos de mon père et même les photos de famille que ma mère avaient précieusement gardés jusque là, ont peu à peu disparu de nos vies, le simple fait d'évoquer mon père le rendait fou de rage. Alors nous avons aussi arrêté de prononcer son nom.

 

Alix hoche à nouveau la tête. Je lui suis reconnaissant de ne pas m'interrompre. Pour le moment je suis lancé, je ne sais pas si une autre occasion de lui parler de moi se représentera un jour.

 

-Il m'a donné ma première gifle parce qu'il trouvait mes résultats scolaires insuffisants. De toutes manières, rien de ce que je pouvais faire ne lui convenait. J'ai rapidement arrêté de tenter de le rendre fier de moi, c'était peine perdue. J'avais le grand tort d'être le fils de mon père, j'avais le tort d'accaparer une partie des attentions de ma mère... Après... après il n'y a pas eu grand chose à dire... il ne me battait pas vraiment, vu que la plupart du temps je n'existait pas à ses yeux, mais parfois, je faisais quelque chose qui ne lui plaisait pas et je passais un sale quart d'heure...

 

-Ta mère n'est jamais intervenue?

 

Je sursaute à son intervention. J'avais presque oublié qu'il était là, plongé dans mes souvenirs. Je secoue la tête doucement de droite à gauche, tentant un petit sourire rassurant.

 

-Je ne lui ai jamais dit à quel point je pouvais le haïr... elle... elle avait l'air tellement heureuse avec lui... elle renaissait, je la voyais sourire et je l'entendais chantonner pour la première fois depuis quatre années... je ne pouvais pas lui demander de choisir entre lui et moi...

 

-Et les coups?!

 

-Je te l'ai dit, ça n'arrivait pas si souvent. Et puis Charles lui reprochait d'être trop coulante avec moi, de ne pas savoir m'éduquer comme il fallait. Que l'éducation de mon père ne valait rien et qu'il fallait m'apprendre les bonnes manières. Il a réussit à la convaincre que c'était le meilleur moyen pour me remettre dans le droit chemin... je crois qu'il a compris très vite que j'étais gay... peut être même avant moi... je n'étais pas assez mec, pas assez viril... Je ne sais pas vraiment si il croyait vraiment pouvoir me faire changer à coups de poings ou si il fallait juste qu'il se défoule pour se prouver que le fait de vivre sous le même toit que moi ne voulait pas dire qu'il puisse l'être également...

 

-C'est lui qui t'a mis à la porte?

 

Je hoche la tête.

 

-Très vite il a dit à ma mère qu'il me soupçonnait d'être homo et cela lui a fait une raison de plus de pouvoir me cogner en toute impunité. Ma mère... je crois qu'elle était aveuglée par son bonheur pour se rendre compte de ce qu'il se passait vraiment. Et puis l'année de mes quinze ans, elle est tombée enceinte... ça a été le début de la fin. Je crois que Charles avait la hantise que je puisse contaminer son gamin... d'autant plus lorsqu'il a appris que c'était un garçon... Les coups ont redoublés... accompagnés d'insultes en tout genres... je crois, après coup, qu'il cherchait à ce que je parte de moi même, que je m'enfuis de la maison... peut être avait-il peur que ma mère réagisse si il me mettait dehors lui même.

 

A nouveau j'inspire profondément. J'essaie de raconter tout cela le plus objectivement possible, mais les émotions me remontent en plein visage. Même Riley n'est pas au courant de toutes les parties de mon passé... c'est la première fois aujourd'hui que je pose les mots sur ce qu'il s'est passé.

 

-Cette année là, le jour de noël, ils étaient partis tous les deux passer le réveillon dans sa famille à lui. J'ai fait la grossière erreur d'inviter mon petit ami de l'époque à la maison... nous voulions... enfin, c'était notre première fois, nous voulions être tranquilles... ma mère ne s'est pas sentie bien et il sont rentrés plus tôt... il a déboulé dans ma chambre alors que nous étions... sur le point de... enfin bref... ce jour là il m'a cogné tellement fort que je n'ai pas pu me lever pendant plusieurs jours. Ma mère a eu interdiction de me voir mais lui passait tous les jours me demander si j'avais changé d'avis sur mon orientation sexuelle... il ne le disait pas comme ça, bien sûr, ses mots étaient plus... imagés, mais l'idée était là. Si ma réponse ne lui plaisait pas, il en remettait une couche, s'attendant à ce que je cède... je n'ai jamais plié dans son sens... mais il a bien fallu qu'il arrête de me frapper quelques jours avant la rentrée des classes... sinon je n'aurais pas été en état de me rendre en cours. Le lundi, après ma journée de boulot, j'ai trouvé un sac avec des affaires... je n'ai même pas cherché à rentrer, j'ai pris le sac et je suis parti....

 

Les mains chaudes d'Alix se posent sur les miennes, nouées sur le bureau. Je n'ose pas croiser son regard, les yeux fixés sur nos mains enlacées.

 

-Tu n'es pas obligé de continuer si c'est trop difficile, tu viens déjà d'en faire beaucoup, tu sais...

 

Je hoche la tête.

 

-Je veux que tu saches.

 

Et c'est la vérité. J'ai besoin que cet homme connaisse ma vie, besoin qu'il me connaisse en entier. Et je ne veux pas que ses mains lâchent les miennes.

 

-Je me suis retrouvé à la rue... j'avais seize ans et quelques billets en poche. Quelques jours plus tard, j'ai appris dans les pages « naissances » du journal, la venue au monde de mon petit frère, Tristan. Je crevais la dalle... j'avais dépensé mon fric les premiers jours pour bouffer un peu, mais j'avais vraiment pas grand chose. La nuit, je dormais à la gare, mais un jour, une patrouille de police est venue m'interroger. J'ai mitonné un truc comme quoi j'avais raté mon train et que le prochain ne partait que le lendemain matin et ils m'ont laissé tranquille... mais je savais que je ne pouvais pas rester là. Je me suis éloigné dans la ville, m'approchant des bas-quartiers... j'ai trouvé une vieille bicoque abandonnée pour y passer la nuit... grossière erreur, elle était déjà occupée... je me suis fais casser la gueule bien comme il faut cette nuit là... J'étais démoli de partout et ils m'avaient tout volé. Je n'avais plus que mes fringues sur le dos... et encore, ils m'avaient pris mon blouson et mes pompes... C'est là que Riley m'a trouvé. Il m'a ramené avec lui et il m'a plus ou moins remis sur pied... il m'a prêté des fringues et a partagé sa bouffe... Ca peut sembler con, mais pour quelqu'un qui vit à la rue, chaque centime compte et Riley n'a pas hésité une seule fois avant de partager avec moi, tout ce qu'il avait. Il m'a sauvé la vie.

 

-Et en contre partie?...

 

Son insinuation me met légèrement en colère.

 

-NON! Non, il ne m'a jamais touché avant que je ne lui demande... Je... je voyais bien que je lui plaisais... et il me plaisait aussi... C'est moi qui ai pris l'initiative... plus tard.

 

-Ok, ok. Excuse moi.

 

Je me calme un petit peu. Je sens bien qu'Alix n'aime pas beaucoup Riley, mais je refuse qu'il salisse notre relation. Alix reprend la conversation, ne voulant sûrement pas briser cet instant fragile de confidences.

 

-Pourquoi plus tard? Si il te plaisait, pourquoi ne pas être sorti avec lui dès le début?

 

Je reste un instant silencieux et je revois Riley à nos débuts. Si beau, leader du groupe, qui me faisait des avances et qui ne s'en cachait pas. Combien de fois ai-je failli lui céder avant de me reprendre... combien de tentatives avant que je ne lui cède enfin?

 

-Il se droguait... et je savais ce qu'il faisait pour gagner son argent... je n'arrivait pas à me dire que je pouvais sortir avec quelqu'un qui passait ses nuits à... à baiser avec n'importe qui.

 

-Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?

 

Je hausses les épaules, un petit sourire aux coins des lèvres.

 

-Il m'a séduit... je suis tombé amoureux de lui... et alors le reste n'avait plus d'importance...

 

Mon sourire retombe.

 

-Mais il nous faisait vivre tous les deux sur ses économies et je ne pouvais pas le laisser faire ça... Alors...

 

Je m'arrête, une boule gonflant dans ma gorge. Quel regard portera-t-il sur moi lorsqu'il saura?

 

-Tu t'es prostitué aussi? Me demande Alix doucement, tout en resserrant ses mains autours des miennes.

 

Je ne peux que hoche la tête, incapable de parler. J'avale ma salive avec difficultés.

 

-Quand j'en ai parlé à Riley, il est devenu dingue. Il m'a interdit de le faire, il m'a vraiment hurlé dessus. J'ai même cru qu'il allait me frapper...

 

-Il ne l'a pas fait?

 

-Non. Non, jamais il ne me ferait de mal. Mais j'ai insisté encore et encore et il a bien du admettre que ses seuls revenus ne suffisaient plus. Avec sa drogue et le prix de la vie, même en travaillant beaucoup plus, il ne gagnait pas suffisamment. Alors il a fini par abdiquer et m'a conseillé à ses clients les plus... doux.

 

Alix hoche la tête.

 

-Et... et la drogue?

 

-Ca c'est une stupidité... J'ai commencé juste pour essayer... dans le dos de Riley. Quand il l'a su, il m'a fait une autre crise, encore plus forte que la précédente. Il m'a interdit d'en reprendre, il disait que c'était une merde et qu'il ne voulait pas que je me bousille la vie. Mais ma vie était trop misérable et les effets m'avaient semblé si bons la première fois... que j'en ai repris... pour oublier ce qu'était devenu mon existence... pour oublier ce que j'étais devenu. Parce que à part Riley, il n'y avait rien dans ma vie qui ne soit pas gangréné... Je ne supportais plus de me regarder dans un miroir, c'était soit ça, soit la mort... et bien sur, comme tous les autres, je suis vite devenu accro et après... après c'est la spirale infernale telle que tu l'as sans doute déjà vu un millier de fois... Plus de drogue donc plus de passes... et ainsi de suite. Jusqu'au jour où j'ai décidé d'arrêter... une énième fois... la dernière chance à laquelle j'acceptais de m'accrocher... et je suis venu ici... Si j'échoue maintenant, je ne pense pas que je retrouverai un jour la force nécessaire pour m'en sortir...

 

Le silence reprend ses droits dans le petit bureau, alors que son pouce caresse doucement ma paume, diffusant une chaleur rassurante.

 

-Voilà... tu sais tout...

 

Il me fait un petit sourire triste.

 

-Merci.

 

-Je t'ai dis que tu étais la seule personne à qui j'aurai envie de me confier.

 

Il hoche la tête.

 

-Pourquoi aujourd'hui?

 

Je hausse les épaules.

 

-C'est la visite de... Riley, qui t'a perturbé?

 

-Sûrement... il m'a demandé de repartir vivre avec lui.

 

Je sens les mains d'Alix resserrer leur prise autour des miennes.

 

-Qu'as-tu répondu?

 

Je secoue la tête et laisse échapper dans un sanglot.

 

-Je ne peux pas...

 

-Pourquoi, tu ne peux pas?

 

-Parce que... parce que je ne suis pas assez fort... parce que si je pars maintenant, je replonge... je ne veux plus jamais faire le trottoir... plus jamais! Mais... mais c'est tellement difficile parce que... parce que...

 

-Parce que tu l'aimes...

 

Je hoche la tête, incapable de continuer la conversation, alors que les larmes roulent sur mes joues. Je lâche les mains d'Alix pour venir cacher mes yeux, les coudes posés sur le bureau. J'entends la chaise d'Alix qui racle le sol et bientôt, je le sens s'asseoir sur le bord du bureau juste à côté de moi. Tout doucement, il m'attire contre lui et je pose mes bras surs ses cuisses, la tête par dessus, laissant ses mains courir dans mes cheveux d'un geste rassurant. Après quelques minutes de larmes et un énième reniflement peu élégant de ma part, Alix, finit par me redresser la tête et me tend un mouchoir. Après avoir vidé mon nez trop plein, je reprend ma position sur les cuisses de mon référent. Après un instant de surprise où je le sens se crisper, il finit par se détendre et sa main retrouve le chemin de mon crane.

 

-Tu es sur la bonne voie Tyler. Tu as de la volonté et tu sais ce que tu veux. Je ne dis pas que ça va être facile, mais ça tu le savais déjà avant de venir n'est-ce pas?

 

Je hoche vaguement la tête, râpant ma joue sur son jean.

 

-J'ai confiance en toi, je sais que tu vas y arriver. Ne baisse pas les bras, tu es presque au bout de tes efforts, ne lâche pas maintenant.

 

A nouveau je hoche la tête doucement, ma main s'agrippant à son jean. La sienne continue à me caresser la tête. Si je m'écoutais, je m'endormirais ainsi, bercé par son odeur et ses caresses, rassuré par sa présence et ses paroles. Malheureusement, ce n'est pas fini. Il faut encore que j'aborde un sujet important avec lui. Un sujet que je n'ai pas le droit de passer sous silence.

 

-Si il se passait quelque chose ici. Quelque chose de grave. A qui est-ce que je devrais m'adresser?

 

Sa main s'immobilise dans mes cheveux et la deuxième vient sous mon menton pour me relever la tête.

 

-Qu'est-ce que tu appelles grave? Il t'est arrivé quelque chose?

 

Il a l'air vraiment inquiet et sans vraiment comprendre pourquoi, cela me touche beaucoup. Alors je décide de lui faire confiance car je sais que Jordan a raison. Si on ne fait rien, le psy recommencera ses actions, ici ou ailleurs.

 

-Viens avec moi.

 

Je me lève et Alix m'imite aussitôt. Il a l'air préoccupé par mes révélations. Je me dirige vers ma chambre, Alix, toujours sur mes talons. Une fois arrivé, je ferme la porte derrière nous et me dirige vers ma table de nuit à l'intérieure de laquelle j'ai caché l'enveloppe craft contenant les photos que j'ai prises dans le bureau du psy. Je tends l'enveloppe à Alix qui me regarde soupçonneux. Sans un mot, il la décachette et retire les photos pour pouvoir les regarder. Je peux voir ses yeux s'écarquiller à la vue des images qui se présentent à lui et pâlir au fur et à mesure qu'il passe les photos.

 

-Bon sang... mais... mais qu'est-ce que c'est que ça? Comment as-tu eu ces photos?

 

-Je les ai prises.

 

-Quoi?

 

-Je me suis caché dans une armoire et j'ai pris des photos pendant une partie de la journée.

 

Le visage d'Alix est tendu par l'effroi et la colère alors qu'il parcourait les photos, accélérant le mouvement, ne pouvant poser son visage plus d'une seconde sur les images criantes de vérité. Lorsque soudain il releva le visage vers moi, des éclairs dans le regard.

 

-Est-ce qu'il t'a fait quelque chose?

 

Je reste saisi par sa question.

 

-Quoi?

 

Il avance d'un pas et sa main vient enserrer mon épaule. Il semble fulminer.

 

-Est-ce qu'il t'a fait quelque chose? Est-ce qu'il t'a touché?!

 

Je sens mon ventre se contracter.

 

-Que... quelle importance? Tu en as suffisamment pour agir, non?

 

Ma réponse ne semble pas convenir car il s'approche un peu plus et prend mon visage en coupe. Il est tout proche maintenant et je sens son odeur et une envie me taraude les reins. J'ai envie de lui. Là, maintenant, aussi saugrenue soit la situation, je bande.

 

-Tyler, s'il te plait...

 

Sa voix me sort de mes pensées déplacées.

 

-Il ne m'a rien fait de plus qu'aux autres...

 

Je vois sa mâchoire se contracter et sa main tient mon bras fermement. Ses yeux me fixent, mais il semble plongé dans ses pensées. Je n'ose pas le déranger jusqu'à ce que je n'en puisse plus.

 

-Alix... tu me fais mal...

 

Il sursaute et aussitôt desserre sa prise.

 

-Je suis désolé. Dit-il précipitamment. Je ne voulais pas te blesser.

 

-Ca va, c'est pas grave.

 

Je frotte légèrement la zone sinistrée de mon bras, je suis bon pour un bleu. Alix, lui, est à nouveau plongé dans ses pensées. Il fait les cent pas devant son bureau. Au bout d'un moment, il pose l'enveloppe et les photos sur son bureau et se tourne vers moi.

 

-Va te coucher Tyler. Tu dois avoir besoin de repos, demain tu vas choisir ton stage. Je m'occupe de... de ça... finit-il en me désignant les photos du regard.

 

Je hoche la tête doucement mais avant de partir, je lui demande.

 

-Il ne viendra plus n'est-ce pas?

 

Malgré moi, ma voix tremble un peu.

 

-Non. Je te jure que non. Je veillerai personnellement à ce qu'il paye pour tout ça.

 

Le nœud qui pesait sur mon estomac se défait comme par magie. Je me sens libéré d'un grand poids et c'est un peu plus serein que je pars me recoucher. Cette fois, je le sais, le sommeil va venir vite. Je suis épuisé.

Par Meryl - Publié dans : Dépendance
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Dimanche 13 juin 7 13 /06 /Juin 01:04

Attention, ceci est la deuxième partie du chapitre 2. Pour le début du chapitre, c'est ici, pour le début de l'histoire, c'est .

 

 

Il saisit deux capes chaudes à capuche, il sortit d'un pas rageur de sa chambre pour rejoindre celle du brun. Là, il entra violemment sans frapper et fut frustré de constater que le brun n'avait même pas sourcillé.

Il leva néanmoins le regard vers lui et Drago lui tendit une des capes. Potter fronça les sourcils et s'en saisit, doucement, semblant chercher une réponse à ses questions muettes. Drago se contenta d'un:

 

-Les nuits sont fraîches, Potter!

 

Le brun lui envoya un sourire resplendissant et Drago soupira de désespoir en constatant que son estomac venait de faire un looping. Ils se vêtirent et Drago prit Potter par la main pour l'emmener dehors. Ils arrivèrent à la zone de transplanage et Drago serra Harry contre lui, peut être un tout petit peu plus que nécessaire et il les fit transplaner. Ils arrivèrent dans une petite ruelle très peu éclairée à quelques rues seulement de l'hôpital pour sorciers. Drago entama la marche et fut agréablement surpris de constater que la main de Potter ne cherchait aucunement à se libérer de la sienne. La traversée des quelques centaines de mètres se fit en silence. Drago avait sa deuxième main fermement agrippée à sa baguette et il avait l'impression qu'à chaque seconde, un des sbires du Lord allait leur tomber dessus. Le blond s'aperçut alors de l'état dans lequel les rues étaient. Il avait l'impression que tout n'était que ruine et destruction. Il reconnaissait à peine les chemins empruntés et pourtant, il connaissait le Londres sorcier comme sa poche. Des traces de brûlé marquaient les murs, restes de sorts qui avaient manqué leur cible... et cela, quand les murs étaient encore debout. Presque une maison sur deux était détruite et Drago s'aperçut avec horreur que des cadavres jonchaient le sol dans des positions parfois totalement en désaccord avec le fonctionnement anatomique du corps humain. Il n'y avait pas un chat à l'extérieur. Il semblait que Potter l'avait remarqué aussi car sa prise fut plus ferme et son corps se rapprocha du sien. Drago avait l'impression de s'éveiller après une longue sieste. Il vivait depuis quelques semaines dans sa bulle avec pour unique compagnie Potter et son corps à damner un saint et au fur et à mesure qu'il avançait, il découvrait le monde qu'avait créé son maître. Drago se surprit à frémir d'horreur en repensant au Lord. Il se rendit compte que la folie de celui-ci allait tous les conduire à leur perte. Lord Voldemort était en train de réduire l'Angleterre en cendre et Drago ressentit alors un élan patriotique qu'il ne se connaissait pas. Il n'avait jamais pris conscience qu'il aimait son pays. Et maintenant qu'il était en ruine, il se dit que si il avait su... si il avait sur rien du tout. Il aurait fait exactement pareil, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait pas eu le choix. Drago accéléra le pas. Pour le moment, il devait veiller à ne pas se faire surprendre en compagnie de Potter.

 

Ils arrivèrent sans encombre en face de l'hôpital. Là, ils se cachèrent derrière une rangée de buissons, accroupis. Quelques mangemorts montaient la garde en riant bruyamment. Ils avaient sans doute abusé de quelques boissons et Drago aurait sans doute pu les mettre hors jeu assez facilement. Mais il ne savait pas si d'autres mangemorts étaient dans le coin et il ne voulait vraiment pas laisser de traces de son passage. Heureusement pour lui, Potter le tira par le bras.

 

-Suis-moi...

 

Drago se laissa entraîner et Potter les fit contourner l'entrée principale et s'engouffrer dans une ruelle adjacente. Là, Drago eut la grande surprise de découvrir une porte que Potter lui montra du doigt. On pouvait facilement passer devant sans la voir tant les jointures étaient bien intégrées au mur. Drago sortit sa baguette.

 

-Alohomora. chuchota-t-il.

 

La porte s'ouvrit sans résistance et Potter le tira à nouveau derrière lui, accélérant.

 

-Doucement Potter, elle ne va pas s'envoler ta belette! murmura le blond en tirant légèrement Potter en arrière.

 

Celui-ci ralentit un peu l'allure ce qui permis à Drago de vérifier rapidement les alentours. Il n'y avait personne. Mais quelle était donc cette institution dans laquelle n'importe qui pouvait rentrer comme dans un moulin? Drago se fit la réflexion que le seigneur des ténèbres n'avait vraiment pas insisté sur la qualité de ses recrues de mangemorts. Il était évident qu'un incompétent de plus se trouvait à la direction du plus grand hôpital magique d'Europe. Drago était maintenant persuadé que l'égo sur-dimensionné de son maître finirait par causer sa perte.

 

Potter se dirigeait avec assurance dans les couloirs du bâtiment.

 

-Tu es déjà venu là pendant la guerre, je suppose? demanda le blond.

 

Harry acquiesça, un petit sourire attristé aux lèvres. L'avancée jusqu'au troisième étage fut un jeu d'enfant et Drago fut soulagé quand soudain, une personne se dressa sur leur chemin.

 

-Qui est là?

 

C'était une infirmière, au vu de sa blouse. Drago serra la main sur sa baguette. Elle approchait, elle allait donner l'alerte, ils allaient être arrêtés, Potter serait exécutés et lui... lui devrait subir le courroux du Lord. L'infirmière braqua sa baguette vers eux, puis apercevant leur visage, elle ne fit qu'un petit « oh », éteignit sa baguette et passa devant eux, lançant un clin d'œil à Potter. Drago, dont les pulsations s'étaient brutalement accélérées la regardait sans comprendre. Pourquoi n'appelait-elle pas à l'aide? Peut être allait-elle directement chercher du secours? Fallait-il qu'il la ligote?

 

Il n'eut pas le temps de se poser d'avantage de question, Potter le tira à nouveau par le bras.

 

-Ne t'en fais pas, c'est Solène. Nous n'avons rien à craindre, elle est avec nous, je la connais bien.

 

Drago sentit sa crainte disparaître pour être aussitôt remplacée par le serpent vicieux de la jalousie.

 

-Comment ça tu la connais bien?

 

Potter le regarda un petit sourire amusé, sur les lèvres.

 

-J'ai fait plusieurs séjours ici pendant la guerre, Solène a fait partie d'une des équipes qui se sont occupées de moi. Elle est cool.

 

Voyant que le visage du blond ne se déridait pas, il ajouta.

 

-Son mari est aussi très sympa et ils ont un petit garçon adorable...

 

Drago sentit son ventre se relâcher et se sentit bêtement soulagé. Il fit même un petit sourire à Potter, rapidement réprimé lorsqu'il constata que le brun arborait un air moqueur. Drago renifla dédaigneusement et reprit sa marche, ignorant le rire étouffé du brun. Après quelques déambulations dans les couloirs du troisième étage, Harry, qui avait repris la tête de la marche s'arrêta devant la tapisserie de Geoffroy le bègue, célèbre mage de magie blanche qui avait tenté d'offrir aux peuples moldus des avancées magiques pour améliorer leur qualité de vie, notamment en médecine et qui avait finit sur un bûcher pour sorcellerie. Ces moldus étaient vraiment des imbéciles heureux. Certes Drago ne les méprisait pas au point d'en faire une chasse ouverte, mais il trouvait vraiment qu'ils étaient assez arriérés. Quoique, à cet instant, ils étaient au courant de l'existence des sorciers et ils avaient plutôt de bonnes raisons de s'en méfier.

 

-Ronald Weasley.

 

Drago sursauta en entendant Potter prononcer le nom du rouquin. Le tableau ne bougea pas et Drago crut qu'il y avait un problème, mais Potter resta là et bientôt, la tapisserie devint légèrement phosphorescente. Drago crut qu'il se trompait tant la modification était légère, une personne au bout de couloir serait incapable de s'en apercevoir et c'était très bien comme cela. Drago n'avait vraiment pas envie de se faire repérer en train d'entrer dans la zone spéciale résistants de Saint mangouste en compagnie de Saint Potter qui était sensé avoir disparu de chez lui depuis un bon moment.

 

Potter s'avança et Drago eut l'impression qu'il se fondait à la tapisserie. Il écarquilla légèrement les yeux. Il ne savait pas qu'une porte pouvait être ainsi dissimulée; il faudrait qu'il fasse quelques recherches. C'était très astucieux! Drago avança à la suite du brun mais alors qu'il approchait, la tapisserie reprit sa couleur originelle et le blond se heurta au mur. Il étouffa un juron et posa ses main en face de lui, pour tenter à nouveau de passer. Alors que ses poings ne rencontraient que la surface dur du mur sous la tapisserie, Drago sentit son cœur s'accélérer subitement. Potter lui avait mentit! Il s'était joué de lui pour pouvoir s'enfuir à nouveau! Il ne pouvait pas passer. Il était bloqué dans un immeuble remplit de mangemorts et Potter venait de l'abandonner...encore. Alors qu'il sentait la panique l'envahir, il entendit la voix de Potter qui chuchotait.

 

-T'énerve pas Malfoy, nous ne pouvons passer qu'un par un. Il faut que tu prononces la nom de la personne que tu viens visiter.

 

-Je ne viens visiter personne, répondit le serpentard énervé. Je ne suis là que par bonté d'âme, pour t'accompagner. Alors fais moi entrer tout de suite Potter!

 

Drago tenta de faire passer toute son exaspération dans sa voix tout en restant le plus discret possible, ce qui n'était pas une mince affaire. Heureusement, il était plutôt doué dans le domaine. Et puis Potter lui avait foutu la trouille à disparaître comme ça!

 

-Je ne peux rien faire Malfoy. Si tu veux entrer, il faut que tu prononces le nom d'un patient et que la tapisserie juge si tu es digne d'entrer ou pas.

 

-Je n'ai absolument pas l'intention de prononcer le nom de ta belette de copain, Potter...

 

-Bon, très bien, tu n'as qu'à m'attendre ici, alors...

 

Drago soupira exagérément. Pour le coup, il trouvait que Potter avait un côté très serpentard. Il regarda à droite et à gauche pour être certain qu'aucun témoin ne pourrait rapporter ce qu'il s'apprêtait à faire.

 

-Ronald Weasley...

 

Il n'en revenait pas. Il l'avait dit... La tapisserie changea à nouveau de couleur. Drago resta un instant immobile, indécis sur la conduite à tenir, puis tenta à nouveau de passer. Il fut surpris de se sentir presque aspiré dès qu'il fut en contact avec la tapisserie. En un instant, il était de l'autre côté du mur.

 

-Tu vois, c'était pas si difficile...

 

Potter était adossé au mur, les bras croisés et avait à nouveau cette petite flamme moqueuse dans les prunelles. Drago sentit son estomac faire un petit looping de bonheur, mais il réussit à ne pas sourire. Il était étonné. La tapisserie l'avait laissé passer... ses intentions n'étaient donc pas nocive envers la belette? Il fut le premier et au vu du regard de Potter, le seul, à en être surpris.

Potter détourna le regard et son visage se fit plus sombre. Il semblait chercher des yeux quel couloir emprunter. Il n'y avait pas âme qui vive à cette heure ci. Drago se disait qu'il n'y avait sans doute pas grand monde non plus dans la journée si ils voulaient éviter de se faire remarquer. Voyant que Potter n'arrivait pas à se décider, il sortit sa baguette et la posa à plat sur la paume de sa main.

 

-Pointe au nord, souffla-t-il, Ronald Weasley.

 

Personne ne pourrait dire qu'il n'avait pas fait énormément d'effort durant cette nuit. La baguette fit plusieurs tours avant de s'immobiliser vers le couloir central.

 

-Allons-y...

 

Potter n'ajouta rien et se contenta de suivre. Il passèrent un certain nombre de chambre avant que la baguette de Drago ne se fige sur l'une d'entre elle.

 

-Finite, prononça Drago d'une voix basse avant de remettre sa baguette dans sa poche.

 

Drago jeta un coup d'œil derrière lui. Potter était pâle et semblait aller mal. Le blond ouvrit la porte de la chambre. Il ne s'attendait pas à y trouver Zabini à cette heure ci de la nuit et visiblement la surprise était réciproque. Après une demi seconde de stupeur, ils dégainèrent leur baguette en même temps, se tenant en joug mutuellement. La tension était brusquement montée d'un cran et Drago avait déjà un nom de maléfice sur la langue.

 

Potter passa à côté de lui et posa sa main sur la sienne. Zabini en l'apercevant sembla se détendre légèrement, mais ne baissa pas sa baguette. Drago tourna très légèrement la tête pour voir Potter, sans pour autant baisser sa garde. Le brun le regardait avec ses grands yeux trop verts qui semblaient le supplier de ne pas empirer la situation. Drago jeta un nouveau coup d'œil vers Zabini et revint une dernière fois sur Potter. Il finit par baisser son bras et ranger sa baguette. Zabini en fit autant.

 

Harry lui adressa un petit sourire de remerciement et s'avança dans sa chambre.

 

-Comment va-t-il? Questionna Potter en s'adressant au black et en se rapprochant du lit.

 

Zabini jeta un dernier coup d'œil vers Malfoy avant de se recentrer sur le brun. Il haussa les épaules, le regard malheureux.

 

-Les médicomages ne veulent pas se prononcer... son état est critique mais les premiers pronostics avaient annoncé qu'il ne passerait pas la première nuit et il est toujours là... alors... je ne sais pas...

 

Harry hocha la tête et s'installa sur le bord du lit, prenant la main du rouquin dans la sienne. Drago ne se sentait pas du tout à sa place ici, mais pour rien au monde il n'aurait quitté Potter, aussi, il s'adossa contre le mur, juste à côté de la porte et attendit, jouant négligemment avec sa baguette, la faisant tourner entre ses doigts. Drago releva la tête lorsqu'il sentit une ombre s'approcher. En effet, Blaise avait laissé Potter en tête à tête avec le rouquin et s'était adossé au mur, à quelques pas de lui. Drago put s'apercevoir à quel point le black semblait affecté par les évènements. Ses yeux étaient cernés et vides, il avait maigri et ses lèvres était bien abimées à force d'avoir été maltraitées par ses dents. Drago s'aperçut que Zabini l'observait également de son côté. Mais lorsqu'il ouvrit la bouche, Drago le devança.

 

-Pas un mot, Zabini...

 

Le black referma la bouche, hocha la tête et se contenta de reposer ses yeux sur Potter qui parlait doucement à l'oreille de Weasley. Curieusement, Drago n'en fut pas jaloux. Il savait que Potter considérait Weasley comme un frère...et puis le rouquin était à Zabini, depuis cinq ans....et puis, il allait bientôt mourir... Drago sentit sa mâchoire se contracter. Il n'était pas sûr que la mort de Weasley soit une bonne idée. Certes, il s'en fichait...mais Potter... Drago se demanda si Potter pourrait un jour se remettre de la perte de son ami. Probablement que non. Et Blaise? Drago jeta un rapide coup d'œil à son voisin. Non plus... Merlin, cinq ans qu'ils étaient ensemble... une éternité. Non, décidément, Drago trouvait que c'était une très mauvaise idée que Weasley meurt maintenant. Malheureusement, il avait beau être un puissant sorcier, il ne pouvait rien pour lui.

 

Près de trois heures plus tard, Drago se décida à interrompre Potter dans son recueillement.

 

-Potter, il faut y aller. Le jour ne va pas tarder à se lever et les patrouilles seront plus importantes.

 

Le brun se releva du lit, sécha ses yeux embués et hocha la tête distraitement. Il déposa un baiser sur le front du rouquin et à la grande surprise de Drago, il serra Zabini dans ses bras. Une fois fait, Drago saisit la main du brun assez sèchement et le traina à sa suite. Le retour se fit sans anicroche et en silence. Potter encore sous le choc de l'état de son ami et Drago bien trop en colère de ne pas avoir le droit à ce que Potter le serre dans ses bras aussi naturellement qu'il l'avait fait avec Blaise.

 

Une fois au manoir, Drago lâcha la main du brun, lui laissant ainsi l'occasion de retourner dans sa chambre ou de le rejoindre dans la sienne. Sans attendre une quelconque réponse, il alla se préparer. Alors qu'il était torse nu, Potter fit irruption dans sa chambre. D'un pas ferme, il s'avança vers Drago et passa une main derrière sa nuque pour l'embrasser à pleine bouche. Il attrapa la chemise que le jeune Malfoy tenait encore à la main et l'envoya balader au loin. Drago ne réagit même pas. Peu importait son prix, elle ne valait rien face à l'ardeur du baiser de Potter. Rapidement, les mains du brun descendirent dégrafer son pantalon et Drago en profita pour déboutonner sa chemise en même temps. Harry s'écarta une seconde de ses lèvres et lui souffla:

 

-Merci pour ce soir...

 

Lorsqu'il voulut reprendre le baiser, Drago lui bloqua les épaules et le tint violemment à bout de bras, le fusillant du regard. Il sentit monter en lui une rage sourde.

 

-Je... je n'ai pas fait ça pour... pour ça... fit-il en les englobant d'un geste. Je n'ai pas fait ça pour te baiser, Potter!

 

Le gryffondor resta très calme alors que Drago serrait la mâchoire et les poings. Comment Potter osait-il le... payer de cette manière pour ce qui s'était passé plus tôt? Ce n'était pas pour le baiser qu'il l'avait emmené là bas, c'était... c'était... il ne savait pas trop pourquoi, mais ce n'était pas pour le baiser. Comme si il avait besoin de ça, Potter était à lui!!!

Le brun se rapprocha de lui doucement et posa ses mains sur ses épaules, l'attirant près de lui.

 

-Pourquoi l'as-tu fait, Drago?

 

-Je...

 

Oui, pourquoi? Il avait fait quelque chose de complètement stupide, quelque chose que seul un gryffondor aurait pu tenter. Mais il ne s'en expliquait toujours pas les raisons... à part le fait que voir les yeux de Potter si malheureux et si déçus lui avait broyé l'estomac.

 

-Je ne sais pas...

 

Potter sembla comprendre son désarroi.

 

-Peut être parce que tu en avais envie?

 

Souffla le brun, en posant son front contre celui de Drago.

 

-Peut être bien, oui!!! répondit rapidement Drago, heureux que le brun lui offre une réponse toute faite, qui ne voulait pas dire grand chose.

 

Harry hocha la tête.

 

-Bien... alors dis-toi simplement que moi aussi j'en ai envie.

 

Et sur ces mots, il reprit sa bouche tendrement. Drago, d'abord stupéfait, finit par réagir et répondre positivement, son corps s'étant décontracté à l'entente du brun et l'abandonnant lâchement entre ses mains. Potter le voulait. Qui était-il pour lui refuser cela?

 

Rapidement, Drago emmena Harry sur le lit où ils continuèrent leur exploration, s'effeuillant lentement pour finir nus. Alors que Drago ne s'y attendait pas, Potter inversa leur position et se retrouva au dessus du blond, stoppant le baiser et le regardant dans les yeux, une main dans ses cheveux blonds. Ils restèrent quelques instants ainsi et Drago se tendit légèrement, le regard de Potter avait quelque chose de profondément bouleversant. Puis le brun baissa les yeux et dessina de ses lèvres un chemin pour aller prendre son sexe en bouche. Ca n'avait rien d'habituel, Potter prenait son temps, il s'appliquait à le faire languir et gémir et bientôt, il inséra un doigt en lui, faisant légèrement crier Drago de surprise. Certes il l'avait déjà fait auparavant, mais cette fois, Drago sentit que c'était différent. Effectivement, Potter arrêta sa fellation et remonta vers sa tête, en maintenant son doigt en lui. Il l'embrassa et Drago sentit un deuxième doigt venir fouiller son intérieur. Aussitôt il rompit le baiser et sa main vint enserrer l'épaule de Potter alors qu'il redressait légèrement sa tête et ses épaules..

 

-Potter, arrête, qu'est-ce que tu fous?!..

 

Le brun, sans retirer ses doigts, ancra ses yeux trop verts dans les siens. Il se lécha les lèvres, semblant chercher ses mots avec soin.

 

-Je voudrais... que tu te laisse faire...

 

Drago écarquilla les yeux. Potter n'était pas en train de lui demander de... il n'allait pas?... Mais les yeux de Potter maintenaient le contact et ils étaient tout ce qu'il y a de plus sincère.

 

-... juste une fois...

 

Drago voulut s'insurger et crier qu'il n'en était pas question. Que Potter lui appartenait et pas l'inverse. Mais aucun mot ne franchit ses lèvres et Drago se rallongea doucement, relâchant progressivement la poigne de sa main sur le bras du brun. Il ne lâcha pas le gryffon des yeux et inspira profondément, cherchant à se détendre alors qu'il sentait les doigts commencer à se mouvoir en lui. Malgré lui, Drago n'arrivait pas à se laisser aller. La seule personne à l'avoir jamais pris était le seigneur des ténèbres. Et Merlin pouvait en témoigner, cela ne faisait pas parti de ses meilleurs souvenirs. Il n'avait jamais ressenti le moindre plaisir, comment cela pourrait-il en être autrement? Il n'était pas fait pour être pénétré, voilà tout. Alors pourquoi se laissait-il faire?

 

Lorsque Potter inséra un troisième doigt, Drago siffla de douleur. Il était beaucoup trop crispé, rien de plus ne pourrait passer. Et le blond savait que le sexe de Potter était bien plus imposant que trois misérables doigts. Il ne pouvait rien y faire, son corps refusait toute entrée. Le Lord l'avait rendu complètement réfractaire à la place de dominé.

 

Et là, Potter fit un truc auquel Drago ne s'attendait pas du tout. Il pencha doucement sa tête dans son cou et l'embrassa à plusieurs endroits pour finir par venir susurrer à son oreille des paroles magiques, échappées dans un gémissement peu contrôlé.

 

-Merlin, j'ai tellement envie de toi...

 

Sa voix était partie vers les aigus à la fin, comme si il ne pouvait plus se contenir et au même moment, Drago sentit ses doigts caresser une zone en lui qui lui envoya des décharges dans les reins.

 

-Merlin Potter, recommence ça!

 

Drago se sentit à nouveau traversé par une vague de plaisir et sa bouche s'ouvrit en un cri silencieux. Potter continua à glisser en lui, sa bouche dévorant tour à tour son cou, son visage et sa bouche et Drago ne maîtrisait plus ses hanches qui partaient à la rencontre de la main du brun. Il bougeait de plus en plus vite et ne retenait plus ses gémissements et si Potter n'avait pas retiré ses doigts, Drago aurait pu jurer qu'il aurait fini par jouir sans même avoir besoin d'être caressé. Il sentait son corps s'embraser. Potter le désirait, il allait le prendre. Merlin il allait laisser Potter le baiser et il en était tellement excité! Drago sentit sa respiration se couper alors que le brun amorçait l'entrée de son sexe. Le blond se cambra et laissa échapper un cri de douleur. Il savait bien que la queue de Potter n'était pas adaptée à son cul! Mais au lieu de le repousser comme il l'aurait du, Drago agrippa ses bras autour du cou du gryffondor, plantant ses ongles dans ses épaules, le rapprochant au plus près de lui.

 

-Attends!... Merlin, Potter... Harry, attends un peu...

 

Le brun s'immobilisa et revint chercher ses lèvres. Drago lui offrit le souffle court avant de détourner la tête pour la poser contre son cou. Il était trop occupé à atténuer la douleur qui lui brûlait les fesses pour pouvoir embrasser Potter correctement. Celui-ci avait légèrement dégagé sa tête et pouvait ainsi le regarder, passant sa main dans ses cheveux. Drago se fit la réflexion que Potter avait les yeux qui scintillaient. Réflexion qu'il trouva on ne peut plus stupide après coup, mais c'était pourtant tellement vrai. Potter ne le quittait pas des yeux et il semblait le dévorer du regard, n'attendant qu'une autorisation pour se mouvoir en lui. Et Drago sentit sa chair écartelée s'habituer petit à petit à ce corps étranger.

 

Toujours sans le quitter des yeux, Potter se retira très légèrement et revint au plus profond de lui pour s'immobiliser à nouveau. Drago laissa échapper un petit gémissement mais la douleur était beaucoup moins vive. Ne voyant pas d'objection apparaître, le brun reprit le même mouvement. Petit à petit, les mouvements de Potter se faisaient plus amples et les bruits de Drago perdaient toute trace de douleur.

 

-Merlin, Harry... Harry...Harry...

 

Il aurait pu continuer toute la nuit à murmurer son prénom, en rythme avec les coups de rein du brun, mais il fut interrompit par son propre cri alors que le sexe de Potter percutait la zone qu'il avait découvert avec ses doigts un peu plus tôt. Comme un signal, ce cri permit à Potter de se libérer de sa retenue et d'enchainer à un rythme beaucoup plus soutenu et plus vif ses mouvements. Drago sentit son corps se couvrir de sueur alors que Potter en était déjà pas mal recouvert. Et il était si beau ainsi, au dessus de lui, à le prendre encore et encore avec une impétuosité qu'il avait connu autrefois à travers leurs combats. Alors qu'il perdait des forces, le gryffondor se reposa sur ses coudes en enfouissant sa tête dans le cou du blond, sans pour autant arrêter sa danse. Drago perdit de vue ses yeux, mais put respirer son odeur, dont il s'enivra sans honte, posant sa main sur son crâne, le nez dans ses cheveux. Drago ferma les yeux et enroula ses jambes autour des hanches de son amant, se laissant emporter par la fougue de Potter et appréciant le plaisir qui semblait avoir pris corps dans chacune de ses cellules d'autant plus lorsqu'une main vint s'activer sur son sexe déjà très éveillé et au bord de l'explosion.

 

Et alors que les coups de reins se faisaient plus pressants et que le brun n'en finissait plus de gémir contre son oreille, Drago se rendit compte qu'à aucun moment Potter ne recevrait sa semence en lui. Il n'était donc pas en manque. Potter lui faisait l'amour en ayant pleinement conscience de ses actes et en maîtrisant son corps. Et à cette idée, Drago se sentit décoller et partir très haut alors que son corps rendait les armes en quelques spasmes!

 

Lorsqu'il se remit de ses émotions, Drago était toujours allongé au travers de son lit. Potter n'était plus en lui, mais il était toujours allongé à moitié sur son corps, sa respiration retrouvant doucement un rythme normal. Drago pouvait sentir que le brun ne dormait pas... pas encore tout du moins, mais il ne voulut pas briser cet instant qui semblait si irréel. Aussi, il se contenta de caresser paresseusement les mèches rebelles de Potter, le gardant bien serré contre lui. Il avait l'impression d'avoir fait un pas de géant avec Potter... et il se dit aussi qu'il était foutu!

 

oO00Oo

 

Cet événement n'eut pas de suite. Aucun des deux hommes ne reparla de cette nuit dans les jours qui suivirent et leur routine se réinstalla. Drago retourna au manoir du Lord tous les jours afin de continuer malgré tout son travail, qu'il devait bien un jour terminer si il ne voulait pas se retrouver sous la baguette d'un seigneur des ténèbres en colère. Heureusement pour lui, il était plutôt de bonne humeur. La cachette que Severus avait découverte avait porté un gros coup au moral des résistants et le Lord sentait sa victoire proche. L'Angleterre allait de plus en plus mal. Drago ne reconnaissait plus son pays. Lorsqu'il sortait, il n'y avait que très peu de monde dehors. Seuls les sang purs pouvaient déambuler où bon leur semblait sans aucun risque. Et il valait mieux ne pas les croiser si l'on avait la moindre chance d'avoir un peu de sang non sorcier dans les veines.

 

Malgré ce que prétendait son maître, Drago savait que les caisses de l'Etat étaient vides. Il avait longtemps travaillé dessus et il ne restait plus rien. Gringotts avait repris ses activités, les gobelins étant maintenant esclaves du Lord, mais peu de sorciers avaient conservé leur coffre. Ceux qui l'avaient pu avaient retiré leurs fonds et les autres... avaient été dévalisés depuis longtemps. La guerre avait déjà coûté une petite fortune à l'ancien gouvernement, mais les pillages et les massacres engendrés par la victoire des ténèbres n'avaient fait que réduire les restes à néant. Heureusement, Drago, en bon stratège avait déjà placé la majorité de ses biens à l'étranger et ses actions étaient florissantes. Il avait pris le soin de cacher toutes ces transactions afin que le Lord ne les découvre pas en ne lui impose pas de tout lui remettre

 

Des exodes massifs s'organisaient un peu partout. La population sorcière et moldue faisaient front main dans la main pour tenter de rejoindre la France grâce à des embarquements de fortune ou des portoloins. Malheureusement pour eux, le Lord en eut vent et la répression fut immédiate. Il y avait désormais un choix pour les Anglais: mourir en restant ou mourir en tentant de s'enfuir. La troisième option consistait à accepter d'être un esclave pour un sang pur et au final, cela se terminait souvent par la mort également, sans compter les sévices subis pour en arriver là.

 

Si Drago avait jusque là fermé les yeux sur les conditions de règne du Lord, il n'y arrivait plus depuis qu'il était allé visiter Weasley avec Potter. Ce n'était pas Weasley en lui même qui l'avait bouleversé. Il ne l'avait jamais aimé. Mais il avait vu Potter profondément malheureux et affecté et se sentant coupable de la situation. Et plus encore, il avait vu Zabini détruit. Et Drago ne cessait de s'interroger. Blaise était un sang pur. Il aurait eut droit à tous les privilèges si il était resté du côté du Lord. Personne n'aurait jamais su qu'il avait un jour fricoté avec les résistants. Et il aurait bien fini par oublier la belette et se trouver quelqu'un d'autre. Au lieu de cela, il avait rejoint les résistants, vivant dans la clandestinité et la peur, risquant sa vie... pour un cause qui était perdue d'avance. « Je l'aime, Drago. Je l'aime à en crever et je n'en ai pas honte. Parce que j'ai appris que l'amour existe... même pour nous... même pour toi! ». Drago secoua la tête. L'amour était vraiment une belle connerie!

 

oO00Oo

 

Un soir, en rentrant chez lui, Drago souffla de fatigue. Le lendemain il serait obligé de rendre son rapport au Lord. Il n'avait que trop repoussé l'échéance et si il tardait davantage, il serait suspecté. Ce qui l'ennuyait était que même en ayant donné les solutions les moins efficaces et des conseils parfois assez limites, Drago apportait tout de même au Lord un aménagement de sa politique sur un plateau d'argent et il lui facilitait énormément son avancée dans la domination du pays. Quelque semaines plus tôt, Drago aurait haussé les épaules et aurait accepté ce fait sans plus se poser de question, tant que sa place était sauvegardée. Mais il devait admettre que depuis que Potter était là, il avait adopté une autre vision des choses et si il était tout à fait franc, il devrait admettre que le règne du Lord était un règne d'horreur et Drago ne l'acceptait plus. Il voyait son pays sombrer et ses habitants meurtris et une boule de révolte grondait parfois en lui.

 

Il se frotta l'arrête du nez et retira sa veste, la confiant à Paky. Il alla ensuite dans la chambre de Potter, il avait envie d'être à ses côtés après cette rude journée. Il ne l'y trouva pas. Il allait se décider à aller du côté des jardins où Potter aimait passer du temps lorsqu'un petite pile de parchemins coincés sous les oreillers attira son attention. Il y en avait juste un petit bout qui dépassait et Drago était curieux de savoir ce que Potter avait réussi à lui cacher. Il s'approcha et récupéra les parchemins et lorsqu'il les parcourut, ses yeux s'écarquillèrent. Devant lui, dans un ordre chronologique, une liste de noms et de dates se succédaient. Potter avait ramassé chaque page nécrologique de la gazette du sorcier que Drago recevait tous les jours par hiboux et y avait découpé les noms de personnes qu'il connaissait. Pour la plupart des résistants ou des anciens camarades de dortoir. La méthode utilisée pour prendre la vie de chaque personne était indiquée à la suite de sa date de mort. Ces listes avaient été une « brillante » idée du seigneur des ténèbres pour démoraliser les résistants. Et Potter les collectionnait.

 

Drago entendit du bruit derrière lui et se retourna. Potter était face à lui, son chat dans les bras et il le regardait. Il ne paraissait pas en colère... juste las. Après avoir croisé le regard du blond, il baissa la tête, caressant délicatement celle de sa bestiole qui ronronnait de bien être. Il fit quelques pas à l'intérieur de la chambre, se baissa pour déposer le chaton et s'approcha de Drago, récupérant les parchemins et les regardant un moment.

 

-Ces gens sont mes amis... j'ai... j'ai besoin de ça pour me sentir auprès des miens, tu comprends?

 

Drago hocha doucement la tête. Potter eut un petit sourire triste, les yeux fortement embués. Il tenta de paraître enjouer en reprenant.

 

-C'est ma résistance à moi... une minable petite résistance...

 

Et il éclata en sanglots. Drago stupéfait, resta quelques secondes les bras ballants, puis s'approcha pour serrer Potter contre lui. Le brun ne le repoussa pas et accepta au contraire l'étreinte en entourant ses bras autour de ses hanches. Drago passa sa main dans son dos, tentant d'apaiser sa peine, mais cela n'avait pas grand effet.

 

-Ce n'est pas de ta faute Potter. Tu n'es pas responsable de cela...

 

Les sanglots redoublèrent et ce n'est qu'après un long moment que le brun put à nouveau prendre la parole, toujours blotti entre ses bras.

 

-Tu ne comprends pas, ces gens meurent par ma faute! Plus je reste éloigné des combats, plus la chance de victoire de mon camp s'éloigne.

 

-Arrête, Potter, ces gens peuvent se débrouiller sans toi. Tu en as assez fait pour la communauté sorcière comme ça! Il faut... il faut vraiment que tu arrêtes de te croire indispensable à cette guerre parce que tu vas finir par en mourir!

 

Drago s'était énervé au fur et à mesurez qu'il parlait, l'idée de perdre Potter s'imposant à son esprit.

 

-Malfoy, ces gens ont besoin de moi!

 

-MOI, J'AI BESOIN DE TOI!!!

 

Un lourd silence suivit la déclaration de Drago. Potter le regardait avec de grands yeux et Drago lui même ne savait pas comment il avait pu sortir une telle énormité. Drago lâcha Potter et sortit précipitamment de la chambre. Comment avait-il pu dire cela....et devant Potter en plus! Comment avait-il même pu le penser?! C'était faux! C'était...

Drago n'arrivait plus à penser convenablement. Il devait être fatigué par les derniers évènements voilà tout! Le blond se mit à faire les cent pas dans le petit salon. Brusquement, il saisit une poignée de poudre de cheminette mais son bras s'immobilisa en l'air avant de la lancer. A qui voulait-il parler? Severus? Blaise? C'était fini tout ça, ils n'étaient plus dans le même camp. Techniquement ils ne l'avaient même jamais été! Il ne pouvait pas faire appel à eux. Il était seul. Il n'avait plus que Potter...et Drago se rendit compte qu'effectivement il avait besoin de lui. Ironie du sort, il avait crée une potion pour rendre Potter dépendant de lui et voilà que c'était lui qui ne pouvait plus se passer du brun. Le destin avait un sens de l'humour bien cruel.

 

Drago se morigéna mentalement. Il était un mangemort, il ne faisait que son travail, point! Alors pourquoi avait-il permis à Blaise de s'enfuir? Pourquoi n'avait-il pas dénoncé Severus? Pire, pourquoi le laissait-il continuer à jouer double jeu en sachant pertinemment où allait réellement sa loyauté? Pourquoi à chaque mission du Lord, il faisait tout pour la ralentir et faire en sorte qu'elle ne soit pas parfaitement exécutée? Et surtout, pourquoi était-il à ce point désespérément accro à Potter?

 

Potter avait toujours été son ennemi. Lors de la victoire du Lord, son plan était parfait. Qu'est-ce qui avait changé? Comment avait-il pu passer du désir de le détruire à celui de le sauver? Parce que c'est de cela dont il était question. Drago voulait à tout prix épargner la vie de Potter. Il l'avait éloigné du manoir du Lord, protégé des mangemorts, empêché de retourner se battre... Que s'était-il donc passé dans sa tête pour qu'il ne puisse plus respirer à l'idée que Potter perde la vie? Drago s'imaginant à Sainte Mangouste, au chevet de Potter comme Blaise avait été au chevet de la belette... Un bouffée d'angoisse lui monta à la gorge. Bon au moins, ce point là était clair. Il ne souhaitait pas la mort de Potter. Il voulait également le garder auprès de lui et continuer à pouvoir lui faire l'amour tous les jours si possible. Il voulait sentir sa peau, caresser son corps, plonger dans ses yeux et ébouriffer sa tignasse!

 

Drago sentit un malaise l'envahir alors que dans sa tête, un mot apparaissait petit à petit. Cela ne pouvait pas être ça, l'amour? C'était... c'était vraiment ridicule. Il ne pouvait pas être amoureux de Potter, hein? Il ne savait même pas ce que c'était, comment aurait-il pu en ressentir? « j'ai appris que l'amour existe... même pour nous... même pour toi! ». Drago sentit son ventre se nouer. Il décida de repousser la réponse à une date ultérieure. Il fallait qu'il y réfléchisse, la tête froide...longuement.

 

Le soir, au repas, Drago était tendu. Il ne savait pas comment Potter allait réagir et il devait admettre que c'était uniquement parce qu'il n'avait pas trouvé d'excuse suffisamment crédible qu'il était là. Il ne savait même pas si le brun viendrait le rejoindre comme à leur habitude ou si il devrait se contenter de manger seul. Finalement, alors qu'il commençait à perdre espoir de le voir arriver, Potter arriva dans la salle à manger, un parchemin à la main. Il ne prit pas la peine de s'installer, lui tendit la feuille et lui dit:

 

-Voilà la raison pour laquelle je suis indispensable à cette guerre, Malfoy!

 

Déconcerté, Drago saisit le parchemin et le lut.

 

 

« Celui qui a le pouvoir de vaincre

le Seigneur des Ténèbres approche...

il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié,

il sera né lorsque mourra le septième mois...

et le Seigneur des Ténèbres le marquera,

en fera ainsi son égal.

Mais il aura un pouvoir

que le Seigneur des Ténèbres ignore...

et l'un devra mourir de la main de l'autre

car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit...

Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres

sera né lorsque mourra le septième mois... »

 

Ne comprenant pas le sens de ces phrases, Drago recommença sa lecture. Puis, il leva la tête vers Potter, inquiet de comprendre ce que cela signifiait. Potter prit la parole.

 

-L'enfant, c'est moi....enfin ça pouvait être Neville Londubat ou moi, Voldemort a choisi que ça soit moi. Par moment... je me surprends à penser que j'aurai préféré que ça tombe sur Neville... et puis je m'en veux, parce que sincèrement, je ne souhaite à personne de porter cette charge sur ses épaules. C'est Trelawney qui a fait cette prophétie. Elle a eu seulement deux réelles prophéties dans son existence et il a fallu que celle-ci en face partie...

 

Potter poussa un petit soupire de lassitude, mais ne s'arrêta pas là.

 

-Le fait est, Malfoy, que je suis le seul à pouvoir vaincre le seigneur des ténèbres. Ca n'a rien à voir avec de l'héroïsme ou d'autres conneries, c'est comme ça c'est tout. Et ce n'est pas en restant ici avec toi que je vais pouvoir y arriver! C'est pour ça qu'il faut... que tu me laisses partir...

 

-Je ne peux pas... souffla le blond.

 

Non, il ne pouvait pas. C'était au dessus de ses forces. Il ne pouvait pas laisser partir le brun en sachant qu'il irait se jeter dans la gueule du loup! Il avait déjà perdu une fois, il ne pouvait pas vaincre le seigneur des ténèbres, prophétie ou pas!

 

-Regarde autour de toi, Malfoy! Je ne sors jamais de ce manoir ou de ses jardins et pourtant je sais quand même que dehors, c'est l'hécatombe. Alors comment toi, qui peux en sortir, tu peux l'ignorer? C'est ça la vie que tu veux Malfoy? Servir un mégalomane tellement traumatisé par son enfance qu'il choisit pour quête de détruire toutes les personnes qui sont comme lui? Parce que Voldemort est un demi-sang, Malfoy. Tu le savais? Ce n'est pas un Dieu, il n'est qu'un sorcier, comme toi et moi... Certes il est puissant, mais pas invincible. Je ne veux pas que d'autres enfants naissent dans ce monde là, sans savoir ce que veulent dire les mots amour, amitié, loyauté, insouciance ou joie de vivre! Et si il faut mourir pour cela, alors je suis prêt car ce sont mes idéaux et que j'y crois. Et toi... toi, Malfoy, si un jour, dans ta vie tu as eu pour moi un minimum de... respect... alors, tu n'as pas le droit de m'en empêcher...

 

Drago resta silencieux un long moment. Si longtemps que Potter, convaincu d'avoir échoué à le convaincre finit par s'en aller, tête basse, dépité. Mais Drago resta toujours immobile, les mots de Potter tournant dans son esprit. Et des flash envahirent son esprit. Il s'imagina les scènes de crimes que les mangemorts avaient tant de plaisir à raconter, les tortures, les viols sur des enfants, sous les yeux de leurs parents avant de les tuer ou de les laisser agoniser pendant des heures. Drago n'y avait jamais assisté mais les mangemorts étaient si fiers d'avoir été encore plus cruel que le voisin... et ils le racontaient avec tellement de détails que Drago pouvait parfaitement s'imaginer la scène.

 

Puis, il revit son enfance, ses parents qui n'avaient jamais pu lui donner la moindre affection alors qu'il n'attendait que cela de leur part. Les coups de son père, le soutien de son parrain. Blaise et ses vannes à deux mornilles dans leur dortoir. Et Potter. Potter et ses grands yeux trop verts qui avaient fini par l'envouter et le rendre dépendant. Potter qui était prêt à tout sacrifier pour des idées auxquelles il croyait. Potter qui avait des amis sincères et fidèles sur qui il pouvait compter. Potter qui lui avait fait l'amour de la plus belle des manières.

 

Drago repoussa son assiette. Il n'avait plus faim. Il monta dans sa chambre et se déshabilla, enfila un pyjama et alla se coucher, sachant qu'il dormirait seul cette nuit la. Il aurait pu aller rejoindre Potter et même le prendre de force, la potion l'empêcherait de se débattre, mais il n'en avait pas envie. De toutes manières, il y avait un petit moment déjà que Drago s'était rendu compte qu'il était incapable de faire du mal à Potter. Il s'endormit, l'esprit agité.

 

Drago ouvrit les yeux, se sentant étrange. Il sut rapidement, pour l'avoir déjà vécu, qu'il était à nouveau dans une sorte de rêve et il n'aima pas cela. Il avait peur de ce qu'il allait pouvoir trouver cette fois-ci. Drago se vit encore une fois avec Potter, ils semblaient heureux, ils vivaient ensemble et étaient bien. Puis l'image se modifia et il se vit attablé à côté de Potter avec la belette et Blaise, Granger, le loup garou, d'autres têtes rousses, sûrement des Weasley, donc et même Severus était là. Et il avait un petit sourire aux lèvres. Drago ricana, il avait la preuve que c'était bien un rêve! L'autre Drago semblait très heureux de partager ce repas avec tous ces gens et l'ambiance était légère. Chacun paraissait détendu et à l'aise, pas de faux semblant, ni de manières. Comme une grande famille.

 

Soudain, l'autre Drago tourna la tête à l'entente d'un bruit. Drago se retourna, suivant son regard et tomba sur un petit garçon, dans un pyjama bleu marine, un petit poing frottant ses yeux et l'autre tenant fermement un doudou usé par le temps. Le cœur du blond s'arrêta. Ce gamin... ce gamin avait une tignasse brune ébouriffée, mais pour le reste... Merlin en soit témoin, pour le reste il était son portrait craché!

 

Le petit, semblant très mal réveillé s'avança à petits pas vers la tablée, marmonnant quelque chose à propos d'un cauchemar et Drago fut effaré de le voir se diriger vers l'autre lui, en tendant les bras en l'air. L'autre Drago prit le petit garçon sur ses genoux et avec ses bras forma une alcôve rassurante et protectrice. Le petit se roula en boule, plaçant son pouce dans sa bouche et ferma les yeux. L'autre Drago eut un sourire tendre qu'il partagea avec Potter. Drago était jaloux de ce regard qu'avait le brun. Attendri, amoureux... L'autre lui même se leva précautionneusement avec le petit paquet dans ses bras et se pencha légèrement vers Potter pour que celui-ci baise le front du garçon. Avant que l'autre Drago n'ait eut le temps de repartir, Potter avait attrapé sa nuque et déposait un baiser possessif sur ses lèvres. « je t'aime ». Trois mots murmurés tendrement. « je t'aime aussi, Harry ». Et l'autre Drago se redressa, tenant toujours le petit homme entre ses bras, veillant à ne pas faire de gestes brusques. Il sortit de la pièce et Drago le suivit, empruntant un escalier qu'il connaissait bien. Ils étaient donc au manoir Malfoy. Ils entrèrent dans une chambre joliment décorée et remplie de jouets d'enfants. Drago fit rapidement le tour de la pièce, découvrant un univers innocent et débordant d'amour. Mais rapidement, son attention fut reportée sur l'autre Drago qui avait allongé le petit garçon dans son lit et qui rabattait les couvertures sur lui, le bordant consciencieusement. Puis il s'assit sur le bord du lit et se mit à chantonner tout doucement un air enfantin au petit déjà à moitié endormi. C'était ridicule, tellement ridicule! Drago ne savait même pas chanter...et il ne connaissait aucune chanson pour enfant, aucune! La comptine, assez brève, prit fin et l'autre Drago embrassa tendrement le petit garçon sur la tête et se leva, sortant de la chambre. Il regarda une dernière fois le gamin, un sourire tendre aux lèvres avant de refermer la porte derrière lui.

 

Drago resta là, dans une chambre noire, tout juste éclairée par une petite luciole qui brillait et qui virevoltait tout doucement dans la chambre, éloignant les ténèbres qui pourraient effrayer le petit garçon. Drago s'approcha du lit à pas feutrés et entendit une filet de voix sortir de la bouche fine de l'enfant.

« je t'aime, papa ».

 

Drago se réveilla d'un seul coup, les yeux grands ouverts. Il sentit son estomac se tordre et se leva précipitamment pour rejoindre ses toilettes. Il y arriva de justesse et se mit à vomir de la bile, n'ayant rien avalé la veille au soir. Les haut-le-cœur lui tiraient les entrailles alors que la bile lui brûlait la gorge. Lorsqu'il eut finit, il s'effondra en larmes, accoudé sur le battant des W.C, pleurant un rêve qui ne deviendrait jamais réalité. Après un long moment à sangloter, assis dans ses toilettes, Drago sécha ses larmes et se releva, le corps courbaturé. A pas trainants, il alla se passer de l'eau sur le visage alors qu'il revoyait les scènes de son rêve lui revenir en boucle. Bien malgré lui, il comparait ce qu'il avait vu au comportement de son père dans sa propre enfance. Drago revoyait la chambre accueillante et remplie de jouet du petit brun tandis que la sienne était vide et froide. La chambre d'un parfait petit sang-pur, où rien ne dépassait, où rien ne vivait. Drago se revoyait dans un lit beaucoup trop grand, tentant de se réchauffer en se roulant en boule, attendant sans trop y croire que sa mère vienne lui donner un baiser avant de se coucher. L'autre Drago avait semblé faire cela avec tant de naturel... Il revoyait le petit garçon se diriger vers son double, les bras tendus, en toute confiance, sachant qu'il allait y trouver la chaleur et la tendresse nécessaire à son apaisement. Drago n'osait imaginer la volée qu'il aurait reçu si il avait une seule fois levé les bras vers son père pour qu'il le porte... surtout devant des invités.

 

Quant à sa mère, elle avait déjà bien du mérite de l'avoir mis au monde, elle n'allait tout de même pas gaspiller son temps à l'éduquer. C'était un travail pour les elfes... et pour Lucius en ce qui concernait la discipline.

 

Drago revisitait son passé avec une rapidité impressionnante et il pouvait compter sur les doigts d'une main les personnes qui avaient réellement compté pour lui. Severus, son parrain, son père d'adoption. Blaise, son appui au sein des serpents. Potter... ce foutu Potter qui s'était infiltré dans chacune des cellules de son corps à son insu. Celui sans qui la vie aurait été si terne! Il se sentait tellement vivant entre ses bras! Dumbledore, le vieux fou citronné qui aurait aimé que l'amour unisse tous les Hommes... celui qu'il avait été chargé de tuer. Il n'avait pas pu... et Dumbledore semblait avoir compris avant lui même qui il était. « Tu n'es pas un tueur Drago... Nous pouvons te protéger mieux que tu ne l'imagines... Rejoins notre camp... ». Il ne l'avait pas cru à l'époque. Persuadé que personne ne pourrait rien pour lui et Severus était arrivé et l'avait protégé, une fois de plus. A cause de lui, Severus avait tué l'homme pour qui il travaillait depuis vingt ans et qu'il respectait au plus haut point. Comme il regrettait à présent de ne pas avoir écouté le vieux barbu...

 

Drago revit le regard que posait son parrain sur lui pour l'encourager, les rires partagés avec Blaise, les yeux de Potter, Weasley, à moitié mort sur un lit blanc, Crivey qui avait acceptait de lui donner sa vie pour en protéger des centaines d'autres...

 

Drago jeta un « tempus » en l'air. Il était près de trois heures du matin et le blond sut que jamais il ne pourrait se rendormir. Tant mieux, il avait bien d'autres choses à faire. Les idées affluaient par dizaines dans son cerveau qu'il n'avait pas autant mis à contribution depuis longtemps. Il avait un plan... un plan parfait! Cette nuit là Drago Malfoy fit un choix.

 

Drago passa des journées entières dans son laboratoire à s'arracher les cheveux. La potion qu'il avait créée était vraiment difficile et trouver un antidote se révélait presque impossible. Heureusement, contrairement à son parrain, Drago avait connaissance de tous les ingrédients et donc il savait qu'avec de la patience et du travail, il arriverait à un résultat. Après tout il avait mis deux ans à concocter la première. Il ne pouvait pas réussir celle là en quelques heures.

 

Il ne croisait que peu Potter, il l'évitait, ne voulant pas croiser son regard lourd de reproche qu'il avait depuis qu'ils avaient eu leur petite discussion. Mais un jour, alors que Drago était sorti exceptionnellement de sa cave et qu'il revenait des toilettes, le brun lui sauta dessus et le plaqua contre le mur, lui imposant un baiser dominateur. Après quelques temps, il s'éloigna de lui et le regarda dans les yeux, avec colère.

 

-Je te rappelle, Malfoy, qu'à cause de toi, j'ai besoin de ton corps! Et je trouve ça particulièrement puéril et cruel de me punir de cette manière tout ça parce que tu n'as pas apprécié mon envie de rejoindre le camp de tes ennemis. Même de ta part, c'est très mesquin!

 

Drago resta perdu un instant.

 

-Désolé...

 

Potter haussa les sourcils et réduisit sa prise, surpris de cet aveu.

 

-Je... j'ai beaucoup de travail en ce moment... j'ai pas vu le temps passer... Je n'ai jamais eu l'intention de te priver de quoique ce soit...

 

Potter le regardait droit dans les yeux et il sembla le croire car il hocha doucement la tête. Il n'était plus en colère.

 

-Tu sais bien que j'ai... besoin que tu...

 

-Oui, je sais, donne moi deux minutes, j'arrive...

 

Potter hocha à nouveau la tête et lui lâcha les épaules qu'il avait jusque là maintenues contre le mur. Drago descendit rapidement et il jeta un sort de conservation sur la décoction qu'il était en train de préparer. Ce n'est qu'ainsi qu'il se rendit compte à quel point il était fébrile. Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas touché Potter et bon sang, il avait tellement envie de son corps. Drago se dépêcha de remonter et lorsqu'il retrouva Potter, il l'embrassa avec fougue. Potter l'entraina dans la salle de bain et Drago eut un petit sourire. Il ne devait effectivement pas sentir la rose. Peu importait, en fait, car Potter vint dans le bain avec lui et ils firent l'amour à plusieurs reprises. Et Drago n'enivra de Potter jusqu'à ce qu'il n'ait plus la force de le prendre. Alors, il se laissa aller contre lui, se laissant porter par l'eau chaude et parfumée.

 

-Es-tu malade? lui demanda Potter à un moment.

 

-Non... pourquoi?

 

-Tu as les traits tirés... tu ne manges pas beaucoup...

 

Drago fut bêtement heureux que Potter remarque ces détails.

 

-Je te l'ai dit, j'ai beaucoup de travail. Je vais faire plus attention.

 

Potter hocha la tête et cala son visage dans son cou.

 

-D'accord.

 

A partir de ce jour, Drago continua à travailler des heures dans son laboratoire, mais il avait mis un système d'alarme en place qui sonnait tous les jours en fin d'après midi. Alors, il mettait ses travaux en suspens, allait se laver et passait la fin de la journée et une grande partie de la nuit avec le brun. Au petit matin il retournait dans son laboratoire et plongeait dans ses recherches et ses tentatives. Drago profitait de chaque seconde passée en compagnie du brun, sachant pertinemment qu'il ne pourrait bientôt plus en profiter. Il lui faisait l'amour avec ferveur, s'appliquant à lui donner le plus de plaisir possible, gravant dans sa mémoire ses traits et ses gémissements, le regardant dormir avant de se lever.

 

Drago retourna de temps en temps au manoir du lord, mais il n'avait plus beaucoup de temps pour lui. Il tomba un jour sur une sorte de débat entre deux mangemorts et Severus. Les deux hommes reprochaient à son parrain de ne pas être assez rapide dans ses informations sur les caches des résistants. Alors qu'il allait leur répondre une réplique sans doute bien cinglante d'un ton ennuyé, Severus croisa son regard. Il reprit, sans le quitter des yeux.

 

-Si au moins les informations que je vous apportais étaient utilisées efficacement... mais non! Je vous sers les résistants sur un plateau d'argent et vous ne parvenez pas à les éradiquer comme il faut. Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous même, bande d'incapables! Même les résistants que l'on croyait morts finissent par revenir à la vie pour nous empoisonner l'existence...

 

Drago hocha la tête discrètement en signe d'assentiment. Le message était passé: Weasley était réveillé, ses jours n'étaient plus en danger. Drago sentit des petits picotements d'anticipation à l'idée d'annoncer la nouvelle à Potter. Il allait être fou de joie. Il ne pouvait malheureusement pas s'éclipser tout de suite. Il avait des compte-rendus à remettre. Il croisa la route de sa tante, ce qui gâcha considérablement son humeur.

 

-Eh bien, eh bien, Drago! On ne te voit plus beaucoup par ici... le seigneur des ténèbres commence à se poser des questions, tu sais! Tu ne nous fais pas faux-bond, j'espère, mon neveu préféré?!

 

Drago frissonna d'effroi à l'entente de cette voix glaciale et cruelle. Et il se souvint de ce que cela faisait d'être sous la baguette de Bellatrix Lestrange. Comme si elle lisait dans ses pensées, elle reprit.

 

-Ne t'en fais pas, si tu continues dans cette voie, nous aurons l'occasion très bientôt de nous revoir...

 

Et elle s'en alla en éclatant d'un rire aigu. Un rire qui peuplait parfois encore les cauchemars du blond. Drago resta un petit moment seul, au milieu du corridor, à tenter de réguler sa respiration. Cette femme était complètement folle! Mais au moins, une chose était claire. Si le seigneur des ténèbres avait réellement des doutes sur sa loyauté, alors il ne lui restait que très peu de temps. Il fallait qu'il tienne encore un peu, la potion était presque prête. Drago s'isola dans une pièce du manoir, ouvrit ses dossiers et modifia quelques données. Ensuite il se rendit près du Lord et lui confia le tout, lui expliquant la démarche à suivre pour améliorer les performances de ses attaques et de sa domination sur ses esclaves. Cette nuit là, plusieurs villages du nord de l'Angleterre furent attaqués en simultané. Les mangemorts étaient répartis en plusieurs groupes qui encadraient les sorties des villages. Il y eut des centaines de morts, des milliers de prisonniers... qui allaient devenir les nouveaux jouets des mangemorts. Drago se sentait coupable, mais il devait à tout prix garder la confiance de son maître encore quelques temps. Juste quelques temps. Il n'avait pas eut le choix. Ou plutôt, il avait choisi de sacrifier ces gens, pour pouvoir sauver Potter.

 

Lorsqu'il rentra chez lui ce soir là, Drago était démoralisé à l'idée de ce qui allait se passer dans la nuit. Mais lorsqu'il annonça à Potter la nouvelle transmise par Severus, il put voir son visage s'animer et dans un élan spontané, le brun le serra contre lui. Drago profita de l'étreinte le temps qu'elle dura. Puis Potter s'éloigna, gêné de s'être laissé aller. Drago ne fit aucun réflexion. Bientôt il allait le perdre et tout son être se révoltait contre cela. Potter fut lumineux toute la soirée et la nuit fut fabuleuse. Drago n'avait plus qu'un mot d'ordre, profiter de Potter, le plus possible.

 

Quelques jours plus tard, Drago contempla son chaudron. La mixture cessa de buller et passa d'un bleu clair à une couleur eau de roche, parfaitement indétectable, inodore. Il avait réussi. L'antidote était là, devant lui. Il inspira profondément. Il lui restait trois choses capitales à faire. Il ne fallait plus qu'il se pose de question, sinon, il savait qu'il abandonnerait tout cela pour garder Potter près de lui.

 

Le lendemain, Drago Malfoy avait un rendez-vous important à la banque de Gringotts. Il allait devoir jouer serrer, mais foi de Malfoy, il allait y arriver. Finalement tout cela s'avéra beaucoup plus facile que prévu. Les gobelins, avec leur caractère emporté et rancunier, ne supportaient pas leur condition d'esclaves et faisait un peu ce que Drago faisait avec le Lord, à savoir: en faire le moins possible et le moins correctement possible. Personne ne posa la moindre question à Drago sur ses agissements. Il ressorti de la banque londonienne moins d'une heure après y être entrée. La première chose était faite!

 

La deuxième s'avérait être assez compliquée. Drago se rendit au manoir du seigneur des ténèbres en plein milieu d'un raid de mangemorts, s'assurant ainsi une certaine liberté dans le château. Il sentait son cœur battre à une vitesse phénoménale. Il était à deux doigts de se laisser paralyser par la peur. Seule l'image de Potter lui permettait de rester debout. Il ne devait pas échouer, il ne pouvait pas. Si il se faisait prendre, il risquait très gros. Drago pénétra dans le bureau du Lord, vérifiant bien que personne n'était aux alentours. Une fois à l'intérieur, il s'appuya contre la porte, tentant de réguler sa respiration et épongea son front. Il s'approcha ensuite du secrétaire et fouilla ses tiroirs, tentant de ne rien déranger. Il ne trouvait pas. Il se dirigea alors vers un placard et entreprit alors la même fouille méthodique, en faisant le moins de bruit possible. Il commençait à désespérer. Enfin il se tourna vers un buffet et elle était là. A la vue de tous, sous une cloche, exposée comme un trophée. La baguette du garçon qui a été vaincu. Drago sentit un petit rire nerveux lui traverser la gorge. Il avait eu raison. L'égo du lord allait causer sa perte! Il se dirigea vers le socle et prit sa baguette.

 

-Lashlabask!

 

Les liens se défirent. Il n'y avait donc aucune protection supplémentaire?! Drago souleva la cloche et se saisit de la baguette. Il la rangea dans sa poche et sortit le plus rapidement possible de la pièce et du manoir. La deuxième chose était accomplie.

 

Une fois chez lui, Drago eut du mal à calmer sa nervosité et son excitation. L'adrénaline qui lui avait parcouru les veines était encore présente dans son corps et il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'accomplir. Il aurait payé cher pour voir la tête du Lord en constatant la disparition de son trophée de guerre...non, à la réflexion il préférait être loin, très loin, même!

 

Drago repris ses esprits. Ce n'était pas le moment de perdre du temps, il avait une dernière chose à faire. Il s'attabla à son bureau et écrivit un parchemin qu'il attacha à la patte de son hiboux grand duc et il l'amena près de la fenêtre.

 

-Va voir Severus. N'attends pas de réponse, mais ne revient plus. Tu lui obéira, maintenant.

 

Le hiboux s'envola dans le ciel orangé, annonçant le coucher du soleil et une belle nuit. Troisième chose, faite.

 

Enfin, il y était. Il avait accompli tout ce qu'il pouvait faire. Il lui restait le plus difficile de tout: affronter Potter. Mais là encore, Drago avait un plan. Il lui restait la soirée pour profiter du brun.

 

Lorsque le gryffondor arriva dans le salon, il fut surpris d'y trouver déjà Drago. La lumière était tamisée, un feu de cheminée ronflait et une couverture épaisse et moelleuse était étendue sur le sol. Drago lui tendit la main et Harry posa la sienne à l'intérieur, un petit sourire étonné aux lèvres.

 

-Malfoy?

 

Drago ne répondit rien. Il lui sourit en retour et pris possession de sa bouche, refermant ses bras autour de lui. Le brun ne tarda pas à lui répondre et Drago l'attira pas à pas vers l'épaisse couverture. Là, le baiser s'arrêta. Drago se déchaussa, invitant Potter à en faire de même, puis, ils s'installèrent au milieu, face au feu. Drago revint près du brun et reprit sa bouche, l'allongeant doucement sur le dos et recouvrant son corps. Il s'amusa à lentement le découvrir, embrassant chaque nouvelle parcelle de peau dénudée, profitant des sons qu'il laissait échapper. Lorsque le brun s'activa pour à son tour le déshabiller, Drago se laissa faire volontiers, avant de reprendre sa position initiale et de retrouver la bouche de Potter qu'il adorait parcourir avec la sienne.

 

Drago était positionné au dessus du brun, une jambe entre les siennes et il frottait doucement son bassin, leur sexe se rencontrant à plusieurs reprises. Harry appuyait sur ses fesses pour approfondir ce contact, gémissant de plus en plus fort à chaque fois. Lorsque le brun commença à se crisper sous lui, Drago se décida à s'écarter légèrement, arrachant un cri de protestation à son amant. Mais il n'avait pas l'intention de les faire venir si vite. Ce soir, il voulait tout. Il prépara donc lentement le brun, attendant son autorisation pour le prendre, ce qui arriva rapidement. Lorsque Drago le pénétra, Harry rejeta sa tête en arrière, lui griffant légèrement les omoplates. Drago ne le quittait pas du regard, il le mangeait des yeux et Harry s'en aperçut, il leva sa main brune et la posa sur sa joue, la caressant doucement puis la passa derrière la nuque du blond pour l'attirer contre lui et l'embrasser. Drago lui fit l'amour lentement, s'abreuvant à ses lèvres, caressant ses cheveux, ne rompant jamais le contact entre leur corps. Il voulait graver cette fois et donner au brun tout ce qu'il avait de meilleur. Finalement Blaise avait raison... peut être était il bien amoureux de Harry Potter. Drago, sentant son contrôle se fissurer, finit par accélérer la cadence pour le plus grand plaisir du brun qui le réclamait à corps et à cri.

 

Après avoir atteint les sommets ensemble, Drago se retira du corps du brun et s'allongea à côté de lui. Harry vint se blottir dans ses bras et Drago caressa distraitement son épaule avec sa main. Après quelques minutes de silence entrecoupé de leur respiration, Harry finit par relever la tête, la posant sur sa main, le coude au sol.

 

-Qu'est-ce qu'il y a Malfoy?

 

Drago tourna la tête vers lui et contempla son visage. Des petites rides de contrariété barrait son front, contrastant avec la lueur de ses yeux qui témoignaient du plaisir partagé peu de temps auparavant. Il faisait avec ses lèvres une petite moue contrariée qui fit sourire Drago. Le blond se redressa et l'embrassa doucement, posant une main sur sa hanche. Puis il passa un doigt sur son front pour dérider les plis soucieux du gryffondor.

 

-Il n'y a rien, rhabille toi, je vais chercher à manger.

 

Drago se redressa et attrapa ses vêtements avant de se diriger vers la cuisine. Lorsqu'il revint, faisant léviter les couverts derrière lui, Harry était habillé et contemplait le feu. Drago le trouva magnifique. Ils s'assit aux côtés du brun et ils mangèrent calmement, picorant dans les plats et discutant de tout et de rien, évitant bien sûr, les sujets fâcheux.... s'embrassant parfois. De temps en temps ils envoyaient un petit morceau de viande au chaton qui s'était incrusté sur un coin de la couverture, au plus prêt de la cheminée, prenant ses aises. Et Drago eut le bonheur de voir briller dans les yeux verts de Potter un sentiment de bien être. Il n'avait vu cette flamme que lorsque Potter était avec ses amis et cela lui réchauffa le corps.

 

Une fois qu'ils eurent fini, Drago fit disparaître les restes du repas puis il regarda Harry, les yeux emplis de tristesse.

 

Le brun posa une main sur sa cuisse et lui parla d'une voix douce.

 

-Malfoy... vas-tu te décider à me dire ce qui ne va pas?

 

Drago lui fit un petit sourire forcé.

 

-J'ai... j'ai un...cadeau pour toi...

 

Harry ouvrit grand les yeux.

 

-Un cadeau?

 

Drago hocha la tête. Doucement, il pointa sa baguette vers lui. Harry sembla paniquer.

 

-Malfoy?... Qu'est-ce que tu fais?...

 

-Pétrificus totalus!

 

Le corps de Potter se figea et retomba sur la couverture molle. Potter le regardait avec des yeux effrayés et en colère, se demandant certainement ce qu'il comptait lui faire. Le chaton releva la tête, surpris par le brusque changement d'atmosphère. Il s'approcha du brun et le poussa légèrement avec le museau pour tenter d'obtenir une réaction, sans succès. Il finit par s'asseoir et regarder Drago, la tête légèrement penchée sur le côté, comme attendant des réponses à cet événement particulier.

 

-Je suis désolé pour ça, Harry... j'ai besoin de te parler... et surtout, j'ai besoin que tu m'écoutes sans être interrompu.

 

Le brun, bien sûr, ne répondit pas.

 

-Voilà, hum... Merlin, c'est plus difficile que je ne l'imaginais... j'ai tellement de choses à te dire, Potter...

 

Drago se passa une main dans les cheveux, cherchant ses mots, Potter le suivant du regard.

 

-Si... si Severus n'a pas trouvé de potion te concernant, c'est parce qu'il lui manquait un ingrédient essentiel. Cet ingrédient, Harry, c'est un poil de licorne. Ils sont très puissants et très rares et surtout, ils sont indétectables une fois intégré à une potion... même avec un « spécialis révelio », comme je suppose que Severus l'a fait... Donc, forcément, il ne pouvait pas créer un antidote adapté... Remarque, il n'en était pas loin vu le temps qu'il a réussi à te faire tenir... il est vraiment doué.

 

Drago laissa échapper un petit rire nerveux.

 

-Tu pourras le lui dire... parce que je suis certain qu'il se penche encore sur le problème, à se demander pourquoi il a échoué à cette potion... il a du me maudire!... C'est un grand homme, Severus, tu sais?! Sans lui, je serais sûrement mort depuis longtemps... Je... j'ai beaucoup d'admiration pour lui... j'aurai aimé qu'il soit mon père... tu pourras lui dire ça aussi...

 

Potter fronça les sourcils, se demandant certainement où Drago voulait en venir. Il reprit.

 

-Bref... si ces derniers temps j'ai été si occupé, c'était pour te fournir un antidote, le bon cette fois... cet antidote, tu viens de le boire... il était dans ton jus de citrouille... tu vas te dire que c'est une sale manie que j'ai de verser des potions dans le verre des gens...

 

Potter ouvrit grand les yeux. Drago reprit, la voix tremblante.

 

-Elle fera effet très vite... dans quelques heures tu seras libéré. Cela risque de ne pas être agréable par contre. Tu risques d'avoir des crampes, des nausées, des tremblements... mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Après, tu seras libre, Potter, je te le jure! Et tu pourras reprendre ta vie.

 

Un silence s'installa quelques secondes, puis Drago détacha le médaillon qu'il portait toujours autour du cou, arborant les armoiries des Malfoy, et le passa autour de celui de Potter.

 

-Je... je l'ai transformé en portoloin, il va te mener dans une petite ruelle, un peu à l'écart de Londres dans quelques minutes.

 

Drago s'aperçut de l'inquiétude dans les yeux du brun.

 

-Ne t'en fais pas, j'ai envoyé un hiboux avec les coordonnées à Severus. Il sera là pour te réceptionner et lever le maléfice de saucissonnage. Il te ramènera chez toi.. .enfin... là où se trouve le reste de l'ordre, je suppose...

 

Drago plongea à nouveau dans ses pensées, cherchant ce qu'il devait encore dire à Potter avant qu'il parte.

 

-J'ai aussi transféré tout ce que je possède sur un compte à ton nom à Paris. La France n'est pas encore dominée par le Lord et c'est suffisamment proche pour que tu puisses t'y rendre sans trop de difficulté. Le médaillon te servira aussi de clé pour entrer dans le coffre. J'espère que cela pourra vous aider un peu dans votre lutte...

 

Drago souffla un long moment, clignant des yeux pour éviter qu'ils ne débordent.

 

-Voilà... je crois que j'ai fait le tour... En fait, non. J'ai une petite question à te poser Potter et je voudrai vraiment que tu me répondes en toute franchise. Tu me réponds oui avec un battement de paupière et non avec deux battements, ok?

 

Potter cligna une fois.

 

-Bien... je voulais... Je voulais savoir... Est-ce que c'est vrai que, à Poudlard, tu étais amoureux de moi?

 

Potter sembla stupéfait, ses yeux restant fixés sur lui, sans ciller. Et alors que Drago allait lui dire d'oublier sa question, le brun ferma lentement les yeux... une seule fois. Drago ferma ensuite les siens, laissant couler quelques larmes et souffla un:

 

-Ok...

 

Drago se pencha alors vers Potter et posa délicatement ses lèvres sur les siennes.

 

-Tu es la meilleure chose qui me soit arrivé, Potter. Déjà à l'école tu m'étais indispensable... j'ai juste mis beaucoup de temps à m'en rendre compte et à comprendre que ce n'était pas de la haine... Et je voulais vraiment que tu saches que ces quelques semaines avec toi valaient vraiment toutes les souffrances endurées avant.

 

Drago se redressa légèrement.

 

-Je t'ai dit que j'avais un cadeau pour toi.

 

Il sortit de sa poche la baguette de Potter. Celui-ci écarquilla les yeux de surprise, quelques larmes s'échappant à son tour de ses yeux.

 

-Je t'ai menti. Le Lord ne l'avait pas détruite, il est bien trop orgueilleux pour cela... il la gardait dans son bureau, comme preuve de sa victoire... elle te va bien mieux qu'à lui.

 

Drago coinça la baguette dans la main du brun, lui faisant refermer ses doigts dessus. Ils pleuraient maintenant tout les deux, toujours éclairés par le feu de cheminée.

 

-Je veux que tu fasses quelque chose pour moi, Potter. Tue-le! Tue-le et rends à l'Angleterre le pays qu'elle mérite. Tu avais raison je veux que les enfants naissent dans un pays libre... où l'amour est possible... Je veux que tu aies la chance d'avoir des enfants Potter... crois moi, ils seront magnifiques...et adorables... je le sais, je l'ai vu... en rêve...

 

Drago aperçut le chaton, toujours aux côtés de Potter et se pencha pour l'attraper. S'en apercevant, la bestiole voulut s'échapper mais ne fut pas assez rapide et la main du blond se referma sur lui avec douceur. Il le coinça dans l'autre main de Potter et au contact du brun, le chaton sembla se calmer et se blottit contre lui.

 

-Emmène le aussi. Je ne pourrais surement pas m'en occuper très longtemps, ici... Vu que tu ne lui as pas trouvé de nom, je te suggère Potty... c'est comme ça que je l'appelle quand tu n'es pas dans les parages... Il est vraiment aussi têtu et fonceur que toi... tu ne vas pas t'ennuyer avec lui!

 

Drago se tut, perdant le faux sourire qu'il avait essayé de maintenir jusque là. Puis, il se pencha et posa à nouveau ses lèvres sur celle du brun. Le médaillon se mit à scintiller de bleu et Drago se recula, veillant à ne pas toucher le corps du brun. Il lui souffla:

 

-Adieu, Harry Potter...

 

Et le brun disparu de son salon dans un tourbillon, les yeux écarquillés et brouillés de larmes.

 

oO00Oo

 

Drago était allongé sur le sol, les bras en croix, tentant vainement de retrouver un souffle régulier, ne détectant pas une seule partie de son corps qui ne le fasse pas souffrir.

 

Il avait été stupide... réellement stupide de croire que le Lord n'avait pas protégé d'avantage la baguette de Potter. Et encore plus stupide de s'être servi de sa baguette pour la récupérer. Son empreinte magique avait été laissée partout dans le bureau et le seigneur des ténèbres s'en était aperçu dès son retour. C'était son père qui était venu le chercher et Drago n'eut pas le temps de réagir, il fut immobilisé à coups de « doloris » et emmené aux pieds de son maître. Là, il ne put que crier pendant un long moment sous les sorts du seigneur des ténèbres, qui lui racontait comment il avait découvert sa trahison. Lucius en rajouta une couche en disant que l'aura magique de Potter imprégnait tout son manoir et qu'il ne devait pas l'avoir quitté depuis aussi longtemps que l'avait prétendu Drago car elle était très fraiche. Et pour cause, Potter était parti la veille de sa capture. Drago remercia mentalement Merlin de lui avoir donné juste le temps nécessaire pour pouvoir sortir Potter de là avant de se faire prendre. Bon, certes, il était dans une très fâcheuse posture, mais au moins, Potter était hors d'atteinte.

 

Alors c'était ça l'amour? Etre prêt à souffrir mille maux si on avait la certitude en échange que la personne aimée allait bien et était en sécurité? Il avait raison, alors, l'amour c'était vraiment stupide... et très douloureux. Et Drago savait maintenant qu'il était raide amoureux de Harry Potter. Il fut secoué d'un petit rire, crachant un peu de sang. Ca, c'était mauvais signe. Il faut dire, les mangemorts n'avaient pas été tendre. Après que son maître eut passé ses nerfs sur lui devant une assemblée de capuchons noirs, Drago avait été trainés vers les cachots. Il avait juste eut le temps de croiser les yeux noirs de son parrains remplis d'inquiétude. Sans savoir comment, il avait réussi à lui faire un petit sourire pour le rassurer. Puis il avait retrouvé sa cellule... cette bonne vieille cellule dans laquelle il pourrissait depuis, recevant les visites de nombreux partisans en quête de défoulement. Et cette fois ci, son parrain ne put rien pour lui et les mangemorts ne se contentèrent pas de sorts pour le briser.

 

Pourtant, Drago n'arrivait pas à regretter son geste. Il avait mis Potter en sécurité et c'était la seule chose qui comptait. Il était carrément en train de virer poufsouffle, mais peu lui importait. Après tout, personne ne le saurait jamais. Il n'allait pas tarder à mourir... tout ce qu'il souhaitait c'est que la grande faucheuse vienne assez rapidement. Il en avait assez de subir les assauts répétés de sa tante folle à lier qui avait retrouvé son jeu favori, de son père qui croyait encore que ses insultes pouvait l'atteindre psychologiquement et de Nott sénior, qui avait réclamé vengeance pour la mort de son fils. Lorsqu'il était venu la première fois, il lui avait dit qu'il n'avait jamais douté de son enfant et qu'il allait payer pour avoir causé sa mort. Drago avait alors répondu que dans ses souvenirs, il avait été le premier à cracher sur la mémoire de son cher enfant qui avait osé trahir le seigneur des ténèbres. Après avoir abusé de son corps de la plus brutale des manières et avoir passé de longues minutes à le torturer, Drago se dit que l'avoir provoqué n'était pas une très bonne idée. Depuis il faisait parti de ses visiteurs réguliers.

 

A cet instant, Lucius venait de sortir de sa cellule, il avait du reprendre en main les affaires de la famille, vu que son fils ne le pouvait plus et quelle n'avait pas été sa surprise en constatant qu'ils n'avaient plus rien. Fou de rage, il avait alors rendu visite à son fils pour le faire parler, car si Lucius ne récupérait pas ses biens pour les mettre à la disposition de son maître, il passerait un très mauvais moment! Un autre rire reprit Drago dans un spasme peu contrôlé et à nouveau il expulsa du sang. Il fallait qu'il arrête de rire. Comme si son corps n'avait en tête que l'intention de le contrarier, un rire nerveux le traversa. Merlin que c'était douloureux... il avait vraiment mal partout!

 

Si Drago allait mal, il était presque heureux car pour la première fois de sa vie, il ne regrettait pas son choix d'avoir laissé partir Potter. En fait, c'était même la première fois qu'il avait eu la possibilité de faire un choix. Et même si les jours précédents avaient été très douloureux et que les jours suivants s'annonçaient tout autant catastrophiques, Drago savait que si c'était à refaire, il referait exactement pareil. Car il était amoureux de Harry Potter. Drago laissa un petit sourire s'inscrire sur le visage. Il ne se lassait pas de répéter cette phrase. Merlin, il devenait niais... mais c'était si bon.

 

Les jours passèrent lentement pour Drago, du fin fond de sa cellule, il subissait la cruelle folie des mangemorts dans cette cellule froide et sale. Il avait l'impression d'être revenu au tout début et l'ironie du sort avait voulu qu'il soit dans la même cellule que la dernière fois... Drago sentait peu à peu son corps rendre les armes et il sut qu'enfin, la mort était proche. Il ne survivrait pas à une nouvelle visite, peu importe de qui... D'ailleurs, quelqu'un arrivait... il entendait du bruit.

 

Mais alors que les sons se précisaient, Drago fronça légèrement les sourcils. Il reconnaissait ces bruits... cela n'avait rien d'habituel. Et les sons se rapprochaient encore. On aurait dit des bruits de lutte... Puis Drago entendit précisément des voix qui criaient. Des insultes, des sorts, des cris de douleur... Il voyait par le rai de lumière que laissait passer la porte des sorts de couleur se répercuter sur les murs. Et il se demandait si il était déjà entrain de mourir pour halluciner ainsi.

 

Soudain, il entendit une voix puissante et ferme qu'il reconnut immédiatement. Severus!

 

-C'est ici!

 

Et alors, la porte de sa cellule explosa violemment, lui envoyant quelques gravats de pierre et de la terre. Et Drago aperçut une silhouette imprécise, la lumière de l'extérieur agressant ses yeux. Il voyait juste une tignasse échevelée. Et Drago sentit son cœur s'accélérer brutalement. Etait-ce à nouveau un rêve?

 

-Bien joué, Potter, je croyais que vous vouliez le sauver, pas le tuer!

 

-Oh, ça va!

 

Merlin tout puissant. Ce n'était pas possible... Potter s'approcha de lui et le prit dans ses bras.

 

-Drago... tu m'entends?

 

Il l'avait appelé par son prénom... alors qu'il avait toujours refusé de le faire jusque là... Cette fois, c'était sûr, Drago était en train de rêver... ou de mourir.

 

-Ca va aller, Drago, je suis là...

 

Oui, c'était vraiment parfait comme rêve pour mourir. Il pouvait partir sereinement si il croyait être dans les bras de Potter. Il enjoignit son corps à se laisser aller et à enfin abdiquer.

 

-Par merlin, Potter, ce n'est pas le moment de jouer la scène des retrouvailles émouvantes! Je vous rappelle que nous sommes dans un repère de mangemorts!

 

-Oh fermez-la! entendit-il maugréer Potter.

 

C'était une bien étrange conversation pour un rêve... Soudain la lumière se fit. Bon sang, il n'était pas dans un rêve. C'était la réalité! Potter était là et il allait l'emmener loin d'ici... Alors il ne devait pas mourir, surtout pas! Son corps sembla comprendre l'ordre car la scène se fit plus claire aux yeux de Drago. Plusieurs personnes se battaient dans le couloir... des gens qu'il ne connaissait pas... Ah, si, Blaise était là... et il faisait pas mal de dégâts... voilà ce qu'il en coûtait de toucher à son rouquin! Severus, donc, qu'il avait bien entendu, se tenait dans l'embrasure de la porte, admonestant Potter à propos de sa lenteur. Et Potter, bien sûr qui le serrait contre lui en insultant le maître des potions.

 

Et peu importait la suite des évènements. Drago n'avait plus peur, il savait que cela ne pourrait que s'améliorer, car Potter avait défoncé la porte de sa cellule et était enfin venu le sauver.

 

« Je t'aime aussi, Harry ».

 

 

FIN

Par Meryl - Publié dans : C'est toi et moi (Two-Shot, DM/HP)
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Dimanche 13 juin 7 13 /06 /Juin 01:01

Bonsoir, bonsoir!

Voici la suite du HP/DM (enfin, plutôt DM/HP pour les puristes). J'espère que ça vous plaira. Merci beaucoup pour les personnes qui ont laissé un commentaire sur la première partie. Cette histoire était à l'origine un OS, elle devient un two-shots... mais s'arrêtera normalement ici... (enfin qui sait, un jour peut être mon esprit trouva le moyen de faire une séquelle... mais rien de prévu pour le moment). J'espère vous retrouver bientôt pour la suite de mes histoires originales!

Bonne lecture!

Bisous

 

Attention, ceci est la deuxième partie d'un two shots. Pour lire le début de l'histoire, c'est ici.

 

 

Drago Malfoy était allongé dans son lit, la tête sur sa main, le coude sur l'oreiller, ses draps de soie recouvrant la partie inférieure de son corps, jusqu'au nombril. Les rayons du soleil filtraient doucement à travers les épais rideaux de sa chambre. Tout doucement, pour ne pas le réveiller, il passait le bout de ses doigts sur l'épaule légèrement découverte de Potter.

 

Lorsqu'il était jeune, il était rare que Drago soit levé après le soleil, son père lui avait suffisamment répété que l'avenir appartenait aux gens qui se lèvent tôt... et au seigneur des ténèbres. Drago se souvenait d'une fois où il avait eu une grosse poussée de fièvre. Il était encore enfant, sept ans, huit tout au plus et il avait profité d'une absence de ses parents, la veille, pour aller jouer dans le jardin. La pluie s'était mise à tomber mais le blond était subjugué par une famille escargot qu'il suivait du regard et ne pensa même pas à aller se mettre à l'abri. Paky était venu le chercher et il avait été si fier de lui montrer la petite cabane en bois qu'il avait construite pour protéger le papa escargot et sa famille de la pluie! L'elfe le pressa de rentrer mais Drago voulait être certain que ses petits protégés seraient en sécurité en son absence. Aussi, il attrapa chaque escargot un par un et les plaça sous la petite cabane, assez peu imperméable aux intempéries. Malheureusement, les escargots n'avaient semble-t-il pas bien compris ses intentions car au fur et à mesure qu'il remplissait sa maisonnette, les escargots ressortaient.

 

-Non, reste là, escargot! Je te l'ordonne.

 

Drago était assez agacé. L'escargot ne l'écoutait pas. Pourtant il avait pris sa voix la plus menaçante possible, comme son père. Mais les escargots n'avaient apparemment pas bien saisi à qui ils avaient à faire.

 

-Stupides bestioles! Pourquoi ils ne restent pas à l'abri? Paky, oblige les à rester dans la maison!

 

L'elfe, embarrassé lui avait alors expliqué que les escargots aimaient l'eau et qu'ils souhaitaient sûrement rester un peu dehors pour en profiter, qu'ils rentreraient plus tard... Drago l'avait regardé un petit moment, interdit, puis il avait acquiescé. Il avait enlevé la maisonnette et avait continué à observer la famille de mollusques gastéropodes, s'amusant parfois à en toucher un du bout du doigt pour l'observer se ratatiner dans sa coquille. Cela le faisait beaucoup rire. Mais Paky le pressait de plus en plus de rentrer et Drago ne semblait vraiment pas pressé d'obéir. L'elfe dut lui dire avoir entendu ses parents rentrer pour que celui-ci, comme frappée par l'éclair, déguerpisse du jardin et se précipite dans sa chambre, Paky sur les talons.

 

-Vite, vite, Paky, aide moi à changer mes affaires.

 

La petite elfe l'aida du mieux qu'elle put et bientôt, le jeune Malfoy fut à nouveau présentable, dans des vêtements secs. Il s'apprêta à redescendre pour accueillir ses parents lorsqu'elle le retint. D'un sort, elle lui sécha les cheveux et Drago lui fit un grand sourire, dévoilant deux trous dans sa dentition en pleine construction.

 

-T'es la meilleure, Paky!

 

Puis il disparut dans le couloir et adopta une démarche digne d'un Malfoy pour aller à la rencontre de ses parents, préparant déjà des réponses sur ses éventuelles activités de l'après midi, tout en sachant pertinemment qu'il y avait très peu de chance pour qu'une telle question lui soit posée. Paky ramassa ses affaires et s'occupa de les laver, les sécher et les ranger à leur place. Mais le soir, en se couchant, Drago avait senti sa gorge le piquer et son nez semblait plein. Il n'avait rien dit, ne voulant pas être traité de faible, comme lorsqu'il s'était écorché le genoux quelques semaines auparavant.

 

Le lendemain matin, en se réveillant, Drago avait un forte fièvre et avait des courbatures dans les jambes et les bras. Sa tête semblait avoir accueillie au cours de la nuit une armada de tambourins qui lui résonnaient violemment dans les tempes. Connaissant les règles, Drago avait voulu se lever quand même, mais il trébucha et se retrouva à genoux par terre, pris d'un gros vertige. Paky l'avait alors recouché et Drago s'était rendormi comme une masse, appréciant le repos offert. Son père ne l'ayant pas vu descendre prendre son petit déjeuner, avait ouvert la porte de sa chambre violemment, l'envoyant frapper contre le mur dans un vacarme assourdissant et Drago s'était réveillé en sursaut, la gorge brûlante et les yeux bouffis. Son père le regardait d'un air sévère et une fois de plus, Drago se sentit complètement misérable face à lui.

 

-Maître Malfoy, monsieur, s'empressa d'intervenir Paky, maître Drago est brûlant de fièvre, monsieur!

 

Lucius fusilla l'elfe du regard et Paky se tut, courbant l'échine et s'éloignant à reculons, posant ses grands yeux inquiets sur le petit corps du blond, crispé sous ses couvertures. Drago serra les dents, attendant avec angoisse la pluie de sorts qui allait s'abattre sur lui mais à sa grande surprise, rien ne vint.

 

-Suis moi Drago. E

 

Et sur ces mots, Lucius, fit volte-face et sortit de la chambre.

 

Stupéfait par l'attitude de son père, Drago dégagea ses couvertures avec empressement et malgré le tremblement de ses jambes, il se leva. Il n'avait pas du tout l'intention de faire attendre son père, même si il pensait ses jambes incapables de soutenir le reste de son corps. Il arriva tout de même à aligner les pas, trébuchant parfois, mais se rattrapant toujours à la dernière seconde. Lorsqu'il rejoignit son père, celui ci était dans une des salle de bains du manoir.

 

-Déshabille-toi, Drago et monte dans la baignoire.

 

Le cœur de Drago se mit à battre de toutes ses maigres forces. Son père allait lui donner un bain? Son père allait s'occuper de lui, son petit garçon malade. Fébrile à l'idée de partager enfin avec son modèle, un moment de partage et même peut être, de tendresse, Drago s'exécutât et retira son pyjama qu'il plia soigneusement. Il n'allait tout de même pas gâcher cet instant de bonheur pour une histoire de vêtement mal entretenu. Alors qu'il enjambait le rebord de la baignoire pour s'installer, le petit blond sentit son cœur gonfler dans sa poitrine. Depuis combien de temps attendait-il que son père s'intéresse un peu à lui? Et enfin il était là... il allait le soigner, passer du temps à ses côtés et peut être qu'ils pourraient même discuter un peu. Drago pourrait lui dire qu'il avait réussi une nouvelle potion avec Severus, même qu'elle était tellement bien faite, que son parrain l'avait mise en fiole avec les siennes pour remplir sa réserve. Si il lui disait cela, son père serait sûrement fier de lui et il pourrait raconter partout que son petit garçon deviendrait un jour un maître en potions! Ou bien il pourrait lui parler de son balai miniature et lui dire qu'il avait pulvérisé son record de vitesse en faisant le tour de la propriété. Et son père serait impressionné!

 

Tout à ses pensées, Drago ne remarqua que trop tard que son père avait sorti sa baguette et il ne put qu'assister impuissant au sort bleu qui arrivait vers lui. En à peine quelques secondes, il se retrouva entouré de glaçons. Le froid brutal qui envahit son corps le fit crier et la gifle qui suivit le fit taire. Lucius Malfoy le regardait de haut, un air dégouté inscrit sur ses traits aristocratiques.

 

-Tu avais interdiction de sortir dans le jardin Drago; si tu es malade, tu ne peux t'en prendre qu'à toi même! Maintenant, tu vas peut être comprendre, gare à toi si tu bouges de là avant que je ne t'en donne l'autorisation.

 

Et il sortit de la salle de bain. Drago resta quelques secondes immobile, trop secoué pour réagir, sa main passant doucement sur sa joue pour tenter d'atténuer la douleur. Puis il sentit les larmes couler sur ses joues. Il pleura en silence, ne voulant surtout pas être pris sur le fait et se recroquevilla sur lui même, tentant d'emmagasiner un peu de chaleur, alors que déjà, son corps se mettait à grelotter. Et l'attente commença. Drago ne sut pas combien de temps il passa dans cette baignoire gelée, à attendre que son père daigne lever la punition. Lorsque Paky était venu le voir, elle l'avait supplié de sortir du bain car il était bleu et que c'était dangereux. Mais Drago n'avait pas levé le moindre orteil. Tout d'abord, la punition serait sûrement encore plus douloureuse pour avoir désobéi et en plus de cela, il ne sentait de toutes façons plus beaucoup de parties de son corps. Il savait juste qu'il avait très très froid et que sa tête était lourde. Il finit par perdre connaissance. Lorsqu'il se réveilla, il était à Sainte Mangouste et il entendait le médicomage parler à un homme. Il tourna doucement la tête, tentant d'apercevoir son père, mais la personne parlant avec le docteur était un brun. Son parrain sembla s'apercevoir qu'il était réveillé car il écourta la conversation avec l'homme en blouse blanche et il vint s'asseoir à ses côtés, lui tenant la main. Drago le fixa, attendant une réponse et Severus eut l'air ennuyé.

 

-Il t'a oublié... finit-il par lui avouer d'une voix basse.

 

Et voilà, c'était tout. Son père l'avait puni en le laissant dans une baignoire de glace puis il était parti s'occuper de ses affaires et le petit garçon lui était sorti de la tête, tout simplement. Drago sentit quelques larmes s'échapper de ses yeux... son père n'aimerait pas voir cela, un Malfoy ne pleure pas! Mais son père n'était pas là...seul Severus était à son chevet. Et Severus le laissait pleurer lorsqu'il n'arrivait plus à se contenir. L'homme brun à ses côtés ne fit aucun commentaire en voyant les perles salée dévaler les joues encore très fraiches du jeune garçon. Avec sa seconde main, il les essuya délicatement puis il la passa dans ses cheveux. Drago avait l'impression que sa gorge avait au moins triplé de volume, sans compter sa tête, cependant, il trouva quand même la force de lui poser d'une voix rauque, la question qui lui tenait à cœur.

 

-Tu restes?

 

Severus secoua doucement la tête, l'air à nouveau gêné.

 

-J'ai beaucoup de travail, Drago...

 

Drago sentit sa gorge se serrer davantage.

 

-Bien. se contenta-t-il de répondre en redressant sa tête sur son oreiller.

 

Drago avait mal au cœur, mais il ne fit aucune réflexion. Il finit par s'endormir, vaincu par la fatigue et la douleur. A sa grande surprise, Severus était toujours là à son réveil et ce dernier ne quitta pas son poste de toute l'hospitalisation de son filleul. Il fut son unique visiteur. En sortant de Sainte mangouste, une semaine après son entrée, Drago avait pris deux grandes décisions. La première était qu'à partir de maintenant, dans son cœur, son père serait Severus. La deuxième était qu'il détestait les escargots et qu'il écraserait chacune de ces bestioles qu'il croiserait.

 

Drago sortit de ses pensées en sentant le corps de Potter remuer sous ses doigts. Aussitôt, il les retira et se leva du lit sans faire de bruit, afin de se diriger vers la salle de bain. Le brun était revenu vers lui depuis près d'une semaine et les premiers jours n'avaient été qu'une succession de rapports sexuels torrides et intenses. Le corps de Potter, sacrément en manque n'avait cessé de réclamer sa part et Drago avait même cru un petit moment, qu'il n'arriverait pas à suivre la cadence imposée par le gryffondor. Il n'était qu'un homme par Merlin! Mais finalement, Potter s'était calmé et leurs activités commençaient à retrouver un rythme un peu plus espacé, un peu comme avant l'arrivée « inopportune » des mangemorts dans son manoir. A la différence que Potter n'avait de cesse de le toucher et de se serrer contre lui ou de l'embrasser, à tout moment, comme si son corps avait encore peur de devoir vivre un sevrage forcé et qu'il s'assurait par ces... câlins... que Drago restait toujours près de lui. Ces réactions spontanées qu'il ne pouvait contrôler rendait Potter rouge de gêne à chaque fois, mais Drago lui accordait toujours l'étreinte demandée sans jamais faire un commentaire, jusqu'à ce que le corps de Potter, rassuré, lui permette de le lâcher ce que le brun s'empressait de faire. Les seules fois où Potter ne partait pas, c'était après avoir couché avec lui. Ils avaient toujours quelques minutes de battements pendant lesquelles, l'un comme l'autre, profitaient pleinement de l'instant, s'autorisant même quelques caresses. Comme si ils étaient un couple, comme si leur relation était on ne peut plus banale. Deux amants qui se retrouvent et font l'amour, oubliant la guerre, oubliant la peur... Et puis l'un des deux bougeait, ou bien un bruit se faisait entendre et l'instant se brisait, le corps de Potter s'éloignant à l'autre bout du lit, quand il n'en sortait pas directement. Ces instants, ils n'en parlaient jamais. C'était un sujet bien trop brûlant et qui aurait sans doute dévié beaucoup trop loin... mais Drago les aimait, bien plus qu'il ne l'aurait jamais avoué, bien plus qu'il n'aurait dû. Alors il fermait les yeux et respirait l'odeur de Potter, laissant courir ses doigts sur le corps chaud blotti contre lui.

 

Cela faisait donc près d'une semaine que Potter était revenu et trois que Blaise était déclaré déserteur. La récompense pour sa capture mort ou vif était astronomique. Le seigneur des ténèbres ne plaisantait pas avec les traîtres et Drago évitait de penser à ce qu'il subirait si celui-ci apprenait qu'il cachait Harry Potter chez lui. Lorsqu'il le faisait, il ressentait un long frisson d'horreur remonter le long de sa colonne et les visions d'une cellule froide et humide où s'écoulait son sang lui revenaient en flash. Heureux sont les ignorants! Ce jour là, en sortant de la salle de bain, Drago fut surpris de trouver Paky qui l'attendait sagement devant la porte.

 

-Maître Drago, monsieur Severus Snape est venu rendre visite au maître. Il est dans le petit salon, comme d'habitude, monsieur!

 

Drago sentit une multitude de sentiments contradictoires l'envahir. Il n'avait pas revu son parrain depuis qu'il avait compris qu'il était un traître. Il allait se retrouver face à cet homme qu'il admirait le plus au monde. Un traître! Face à l'homme qu'il considérait comme son père. Un traître! Face à celui qui avait tenté d'aider Potter à s'éloigner de lui. TRAITRE!!! Mais pourquoi n'arrivait-il pas à le haïr?

 

Drago se rendit au petit salon, où Severus l'attendait debout, face à la cheminée, le regard perdu dans les flammes. En entendant la porte se refermer, le maître des potions se retourna et Drago eut l'impression que son parrain avait sérieusement vieilli. Il avait un visage encore plus pâle que d'habitude, les joues émaciées, les cernes creusées. Il était clairement tourmenté. Drago eut un petit rire sans joie.

 

-On dirait que bosser pour le clan des gentils ne te réussit pas, parrain...

 

Severus écarquilla les yeux pendant une petite seconde et Drago vit tous ses membres se tendre, sans doute à l'affut de la moindre attaque.

 

-Rassure toi, Severus. Il n'y a que toi et moi ici... et dans un duel, je n'ai aucune chance face à toi...Je te propose plutôt de t'asseoir, nous allons boire un verre et après, il me semble nécessaire d'avoir une petite conversation, tous les deux...

 

Pour la deuxième fois en moins d'une minute, Snape laissa apparaître sa surprise. Il devait être vraiment usé pour être aussi lisible. Drago fit apparaître deux verres et en fit léviter un jusqu'à son parrain qui s'installait précautionneusement sur un fauteuil. Drago vit le brun regarder son verre d'un œil critique et le glisser discrètement sous son nez pour en sentir l'effluve. Un œil non exercé ne s'en serait même pas aperçu, mais Drago connaissait bien l'homme qui lui faisait face. Il l'avait observé pendant des années et avait appris ses méthodes. Il aurait agi exactement de la même manière si il soupçonnait quelqu'un de l'empoisonner. « Les poisons mortels ont tous une odeur bien spécifique, Drago. Si tu ingères un poison qui n'a pas d'odeur, tu as une chance de t'en sortir en prenant l'antidote à temps. Si tu repères une odeur de caramel, de mangue, de charbon, de pomme, de rose ou de menthe forte dans quelque chose qui n'en contient pas une miette, alors éloignes t'en très vite car tu n'aurais même pas le temps de réagir en te rendant compte du poison qui coule dans tes veines ».

 

Drago laissa glisser un petit rire froid et avala une partie de son verre, attendant que son parrain se décide. Finalement, Severus en prit à son tour une petite gorgée, la gardant quelques temps en bouche pour finalement l'avaler après être certain de ne rien risquer de plus qu'une migraine en cas d'abus.

 

-La paranoïa te va si bien, Severus...

 

Le brun ne releva pas le sarcasme et se contenta de toiser son filleul, montrant clairement qu'il ne se sentait pas en position de faiblesse.

 

-Que veux-tu, Drago?

 

Le blond regarda quelques instant son parrain, cherchant une nouvelle fois à se convaincre qu'il fallait prévenir le Lord... idée une nouvelle fois rapidement écartée.

 

-Je veux comprendre, Severus.

 

L'homme hocha la tête et eut un petit sourire en coin.

 

-Commence par me dire ce que tu sais... ou ce que tu devines et je pourrai t'éclairer sur le reste.

 

Drago haussa les épaules.

 

-Je ne sais pas grand chose en réalité. J'ai l'impression que tu joues sur tellement de tableaux...

 

-Comment as-tu découvert tout cela?

 

-Potter... il n'aurait jamais tenu quinze jours sans une potion efficace... et nous connaissons tous les deux le niveau en potion des gryffondors.

 

-Miss Granger?!

 

-Non. Elle... elle a beau être... douée... Merlin, pourvu que personne ne sache jamais que j'ai dit ça, elle n'a pas suffisamment de connaissances du monde magique pour connaître toutes les spécificités des ingrédients que tu as dû trouver...

 

Snape hocha la tête.

 

-Cela reste assez faible comme indice...

 

Drago haussa les épaules.

 

-Je ne sais pas. Ca m'est apparu comme une évidence. Tu as sauvé la vie de Potter devant le Lord, tu ne l'as pas touché lorsque tu es venu le voir, au contraire, on aurait dit que tu lui avais insufflé un nouveau souffle... tu ne m'as jamais raconté à quel point tu adorais voir les moldus se tortiller de douleur sous tes sorts, comme j'ai pu l'entendre au manoir du Lord, alors que puissant comme tu l'es... les pauvres ont dû en baver...

 

-Je tue vite et proprement. J'ai en horreur ces pratiques barbares dignes du monde moldu moyenâgeux! Les seules fois où j'ai dû m'y plier, c'était pour faire mes preuves au sein des mangemorts, plus jeune. Depuis, j'évite au maximum. Nous retirons déjà la vie à ces gens, je ne vois pas l'intérêt de faire durer le moment.

 

Drago hocha la tête.

 

-Toujours est-il que tu n'as jamais dénigré les moldus devant moi... Enfin tout cela a fait que j'ai deviné... mais c'est surtout la potion qui m'a convaincu.

 

Le silence se fit dans le petit salon. Et Drago remplit leur verre qui s'étaient vidés entre temps.

 

-Depuis combien de temps tu joues double jeu, Severus? Demanda au bout d'un moment le blond, le regard un peu perdu dans le vague?

 

-Depuis que tu as un an...

 

-... Effectivement...et je suppose que tu as l'intention de continuer?...

 

-Oui... Dois-je comprendre que tu n'as pas l'intention de me donner au seigneur des ténèbres?

 

-J'ai bien laissé partir Zabini, je ne suis plus à ça près...

 

-Oui, je suis au courant de cela. Je dois avouer avoir été plutôt... étonné.

 

-Et par quoi, cher parrain?

 

-Je t'avoue que je ne sais pas bien où tu te situes exactement dans cette guerre, Drago... Es-tu avec le seigneur des ténèbres ou bien contre lui?

 

Drago se tut quelques instants pour réfléchir à la question.

 

-Ni l'un ni l'autre. Qu'il gagne ou perdre m'importait peu. Maintenant que c'est fait, j'y trouve mon compte, mais ça ne va pas plus loin.

 

-Monsieur Zabini m'a fait part de ton...faible engagement dans les missions que le seigneur des ténèbres te confie...

 

-Zabini parle trop! Je me demande comme il a pu être envoyé à Serpentard!

 

Snape eut un petit sourire amusé. Il retrouvait son filleul à travers ces mots pas réellement pensés.

 

-Quand je pense qu'il sort avec la belette...

 

Drago avala le reste de son verre et d'un coup de baguette le remplit à nouveau.

 

-Si au moins il avait choisi un gryffondor avec un minimum de classe....

 

-Comme Potter?

 

Drago serra les dents et les poings. Il avait tendance à oublier que son parrain savait repérer la moindre faille et s'y engouffrer à la moindre occasion.

 

-Je n'ai pas envie de parler de Potter, Severus.

 

-Alors de quoi veux-tu parler?

 

-Qu'est-ce qui a motivé ta décision de passer à l'ennemi?

 

Severus eut un petit sourire.

 

-Je suis tombé amoureux... et d'une gryffondor en plus de cela! Mais rassure-toi, elle avait beaucoup de classe!

 

Drago eut un pauvre sourire.

 

-Qui?

 

-Lily Evans...

 

-La mère de Potter?

 

-La mère de Potter.

 

-Ceci explique cela...

 

-En quelques sortes, oui.

 

-Et tu adhères vraiment aux idées du vieux fou?

 

-Pas toutes. Mais je me retrouve plus dans les siennes que dans celles du seigneur des ténèbres. Regarde autour de toi Drago. Notre monde court à sa perte et...

 

-Je m'en fous, Severus. Le monde peut bien crever, je n'en ai rien à battre. Le monde n'a pas fait un geste pour moi lorsque j'en ai eu besoin. Qu'il ne compte pas sur moi pour sortir de la crise!

 

-Alors qu'est-ce que tu veux? Qu'est-ce que tu attends de moi exactement?!

 

-Je te l'ai dit, je veux comprendre.

 

-Comprendre quoi?

 

-Je veux comprendre pourquoi tu m'as trahi?!

 

Sans s'en rendre compte, Drago avait crié ces mots et c'est toujours sans le moindre contrôle qu'un flot de paroles sortirent de sa bouche.

 

-J'avais confiance en toi, Severus! Tu étais le seul... le seul... et tu as tout gâché! Je t'aurais confié ma vie sans hésiter! Je croyais... j'avais l'impression que... Pourquoi a-t-il fallu que tu me trahisses, toi aussi, hein?! Tu étais... Te rends-tu seulement compte de tout ce que tu représentais pour moi?! Par Merlin, tu étais plus important que mon propre père à mes yeux!!! Et j'apprends que tout ça... c'était du vent?! Alors comment je dois réagir, Severus? Comment je dois réagir en sachant que mes moindres paroles, mes moindres faits-et-gestes étaient rapportés à ton ordre de mes deux et décortiqués à la loupe! Qu'est-ce que tu leur as dit sur moi? Ca te faisait marrer de me faire parler pour ensuite aller raconter tout ça à tes petits copains? Ca te faisait marrer de raconter comment je me faisais baiser par le seigneur des ténèbres jour après jour?!

 

Drago sentait les larmes monter à ses yeux, mais il n'arrivait plus à s'arrêter. C'était comme ci une vanne s'était ouverte et que la seule manière d'arrêter le flot était d'attendre la fin du déluge. Aussi, il continua, la gorge serrée et des sanglots dans la voix.

 

-Je suis quoi, pour toi Severus? Pour une fois dans ta vie, sois franc avec moi! Je suis quoi? Un ennemi? Un informateur à mon insu? Un filleul? Un...

 

-Un fils...

 

Severus l'avait coupé et Drago sentit les larmes couler sur ses joues. A bout, il secoua doucement la tête.

 

-Pourquoi te croirais-je?

 

Severus baissa les yeux.

 

-Tu n'as aucune raison de le faire...

 

Drago enfouit son visage dans ses mains et tentât d'endiguer les sanglots qui lui montaient à la gorge. Il entendit son parrain se lever de son fauteuil.

 

-Ne t'approche pas, Severus!

 

Le brun s'immobilisa à quelques pas de lui. Drago avait deviné son geste. Et il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas le laisser s'approcher et le prendre dans ses bras parce qu'alors il aurait craqué... complètement craqué... et il avait peur de ce que cela aurait pu donner.

 

-Je veux que tu t'en ailles, maintenant.

 

Severus le regardait tristement et Drago fut étonné que son parrain le laisse lire si facilement la souffrance qu'il semblait éprouver. Si Drago ne le connaissait pas si bien, il aurait pu parier qu'il était au bord des larmes également. Le brun tendit une main vers lui.

 

-Drago... je t'en prie...

 

Le jeune homme détourna la tête. Il ne devait pas céder. Il devait être fort. Il était un Malfoy!

 

-Nous ne sommes pas dans le même camp, Severus...Tu l'as dit toit même, j'obéis au seigneur des ténèbres, je suis donc un mangemort. Marque ou pas. Il vaut mieux que tu partes...

 

Le brun baissa le bras en secouant doucement la tête.

 

-Depuis vingt ans, Drago, la seule personne avec qui j'ai toujours été franc, c'est toi. Je te promets sur ce que j'ai de plus cher... sur ta vie, que j'ai toujours été sincère. Et jamais, tu entends, jamais je n'ai rien révélé sur toi. Ni à Dumbledore avant sa mort, si à aucun membre de l'ordre après.

 

Le blond ne répondit rien et Severus reprit plus doucement.

 

-Si un jour tu changes d'avis Drago. Tu sais comment me joindre. Je serai toujours là pour toi. Toujours! Quelque soit ton camp.

 

Et sur ses paroles, il s'en alla. Drago resta un long moment à essayer d'arrêter ses pleurs et quand enfin il y parvint, il dut se lancer un sort de rafraîchissement pour ne rien laisser paraître de son état. Il ne manquerait plus que Potter le voit comme ça...

 

En parlant de Potter, Drago ressentit le besoin d'être à ses côtés... juste au cas où le brun aurait besoin de sa présence, bien sûr. Il partit donc à sa recherche à travers le manoir. Potter ne fréquentait que peu de pièces et parmi celles-ci, sa chambre, la cuisine et la bibliothèque. La première fois qu'il avait vu cette dernière, Potter avait ouvert grand la bouche de stupéfaction et après s'être remis de sa surprise, marmonna quelques chose que Drago ne comprit pas. Il crut saisir le nom de Granger et lorsqu'il vit la mine du brun s'assombrir, il sut que cela devait effectivement être le cas.

 

Potter n'était nul part, mais Drago ne s'inquiétait plus. Les mangemorts ne savaient rien de sa présence ici et l'ordre du phénix savait qu'il risquait la mort à être loin de lui. Potter lui même ne s'éloignait jamais volontairement trop longtemps. Drago sut alors qu'il ne restait qu'une option: le jardin.

 

Potter avait eut le regard d'un gamin émerveillé lorsqu'il l'y avait emmené la première fois. Il faut dire que le jardin Malfoy contenait des spécimens d'arbres, de plantes et de fleurs plus variés les uns que les autres, dans un assortiment de couleur qui rendait l'endroit féérique. Plutôt ironique lorsque l'on connaissait le caractère et les activités de ses parents, mais rien de bien surprenant. Dans les hautes sphères de la société sorcière anglaise, les apparences primaient sur toute chose. Depuis, Potter y retournait régulièrement, souvent seul, parfois accompagné du blond. Et Drago, comme à son habitude, le laissait faire à sa guise. Il avait laissé à Potter la liberté de circuler où il voulait dans le manoir et dans le jardin. Potter ne s'était pas plaint. Il faut dire que l'espace du manoir ajouté à celui du jardin représentaient déjà une grande superficie, même si parfois, Drago pouvait apercevoir son regard vert qui se perdait au loin, vers un horizon qui lui était défendu. Dans ces cas là, Drago sentait son ventre se contracter douloureusement. Mais ce n'était pas à cause de la peine de Potter, non, il devait juste avoir faim, voilà tout. Il avait souvent faim quand Potter était malheureux.

 

Drago descendit les quelques marches qui permettaient la communication entre la terrasse de marbre et les allées du jardin. Le temps était nuageux et humide, la pluie n'allait pas tarder à tomber. Drago parcouru les allées, à la recherche de la tignasse brune qui ne daignait pas se montrer, écrasant au passage les rares escargots qu'il rencontra, appréciant le craquement de leur coquille sous ses pieds. Il finit par croiser Potter alors que celui-ci semblait revenir vers le manoir. Lorsqu'il l'aperçut, il sursauta, visiblement surpris de le voir là et très vite, il sembla embarrassé. Il tenait une cape chaude enroulée dans ses bras, le temps était trop lourd pour cela.

 

-Malfoy?

 

-Tu attendais quelqu'un d'autre, Potter?

 

-Non, non! répondit le brun un peu trop rapidement. Il est déjà parti?

 

-Qui ça?

 

-Snape.

 

Ainsi il l'avait vu. Peut être même avait-il écouté leur conversation. A cette idée, Drago se tendit. Comme si il lisait dans ses pensées, Potter enchaîna aussitôt.

 

-C'est Paky qui m'a dit qu'il était là au moment où j'ai voulu descendre pour prendre mon petit déjeuner.

 

Drago hocha la tête. Son elfe avait la langue trop pendue.

 

-Ne la gronde pas, c'est moi qui lui ai demandé pourquoi je ne pouvais pas te rejoindre.

 

Drago sentit un sourire fleurir sur ses lèvres. Potter avait souhaité prendre le petit déjeuner à ses côtés. Certes, ils avaient l'habitude de le prendre ensemble, mais là, Potter avait attendu qu'il ait fini son occupation pour pouvoir être avec lui. Grand progrès. Et la manière dont il tentait de protéger Paky...

 

-Saint Potty, grand défenseur des opprimés...

 

Les sourcils du brun se froncèrent un instant et il ouvrit la bouche pour se défendre lorsqu'il constata que le sourire était toujours en place sur le visage du blond et que les paroles n'avait pas été agressives. Il haussa les épaules.

 

-On ne se refait pas!

 

-C'est bien vrai. Allez, viens, allons manger.

 

Alors qu'il faisait demi tour, Drago entendit un drôle de bruit du côté de Potter. Il fit volte-face et surpris le brun, les joues rougies par la gène.

 

-C'était quoi, ça, Potter?

 

-C'était rien! C'était... moi...

 

-Toi?

 

-Hmm hmm...

 

Le brun hochait la tête frénétiquement. Décidément, il ne savait vraiment pas mentir.

 

-Depuis quand tu miaules, Potter?

 

Le rouge sur les joues du gryffondor s'étendit un peu plus et Drago enfonça ses ongles dans ses mains pour ne pas le prendre dans ses bras. Potter était bien trop... mignon... pour son propre bien!

Drago s'amusa à voir le gryffondor tenter de se dépatouiller pour trouver une excuse valable, alors qu'il devinait déjà ce qu'il lui cachait.

 

-Eh bien... je ne sais pas.. .tu sais il y a des choses comme ça... En deuxième année j'ai appris que je parlais fourchelang, eh bien, maintenant je parle aussi euh... aux chats...

 

Drago se mordit la joue pour ne pas éclater de rire et il fut heureux que Potter ait la tête baissée pour ne pas le voir. Malheureusement pour le brun, la chance semblait être contre lui car un autre miaulement se fit entendre en même temps que la cape se mit à bouger. Drago ravala son rire et s'obligea à prendre une voix très sérieuse.

 

-Tu as de drôle de pouvoir, Potter. Parler aux chats... faire bouger des vêtements tout seuls...c'est impressionnant...bien que, il faut l'admettre, assez peu utile...

 

Potter releva enfin la tête et constata que le blond n'avait pas l'air fâché du tout. Il semblait même bien s'amuser. Le brun se mordilla la lèvre inférieure et vaincu, il écarta les pans de la cape pour dévoiler une petite tête brune et deux yeux d'un bleu éclatant. Drago s'approcha d'un pas et fut tout près de Potter. Il en profita pour sentir son parfum discrètement et attrapa le chaton par la peau du cou, le soulevant face à son visage.

 

-Alors c'est pour toi que Potter fait tant de mystères... Tu m'as l'air d'un vrai fauve, dis-moi!

 

Le chaton, les pattes en l'air, ne semblait pas plus effrayé que cela et observait le blond, attendant patiemment qu'il se décide à bien vouloir le reposer.

 

-Il n'est pas très farouche ton chaton, Potter.

 

Le brun haussa les épaules, une petite moue sur le visage. Et Drago dut respirer profondément pour ne pas l'allonger directement sur le sol. Potter tendit les mains pour récupérer la bestiole et leurs doigts se frôlèrent, envoyant des frissons dans les reins du blond.

 

-Aucune bestiole n'a jamais été admise au manoir, Potter...

 

Potter soupira, sans paraître vraiment surpris.

 

-Je m'en doute... mais sa mère est morte.

 

Drago failli lui répondre du tac au tac que la sienne aussi, mais il se reprit juste à temps. Certaines vieilles habitudes avaient la vie dure... mais il n'avait pas l'intention de gâcher la paix relative et fragile qu'il avait réussi à construire avec Potter. Le brun semblait plus à l'aise à ses côtés, surtout depuis qu'il avait acquis la certitude que plus aucun mangemort ne viendrait « lui rendre visite ». Drago se souvenait que les premiers temps après son retour, Potter sursautait au moindre bruit et il semblait toujours à l'affut de la moindre présence étrangère.

 

Le blond finit par hausser les épaules.

 

-Il lui faudrait un nom à ta bestiole...

 

-C'est vrai, tu veux bien?

 

-Bah, ce n'est pas comme si... peu importe... « ce n'est pas comme si je pouvais te refuser quoique ce soit ». Par contre, je te préviens Potter, tu t'en occupes, ne compte pas sur moi pour le prendre en charge.

 

Le brun acquiesça très vite, ravi d'avoir un nouveau compagnon. Puis alors que Drago s'éloignait pour enfin aller prendre son premier repas de la journée, une main douce lui attrapa le poignet et en se retournant, c'est la bouche de Potter qui s'accola à la sienne. Aussitôt, ses mains se posèrent sur les hanches du gryffon, l'attirant contre lui et c'est avec délice qu'il partit à la rencontre de sa langue. Le baiser s'approfondit et Drago sentit son sexe réagir positivement à cette étreinte et il eut un sourire en constatant qu'il n'était pas le seul. Pourtant, Potter finit par s'éloigner et plutôt que de croiser son regard, il s'occupa de la boule de poile entre ses bras, tout en reprenant le chemin pour rentrer.

 

Drago le suivit, quelques pas derrière. Il n'avait pas perdu l'idée de faire en sorte que Potter retombe amoureux de lui. Il pensait être sur la bonne voie, mais n'ayant jamais eu de réel exemple, il avançait un peu à tâtons. En tout cas, pour lui, cette semaine en tête à tête avec Potter avait ressemblé à une lune de miel. Il avançait pas à pas vers le brun et n'était que très rarement repoussé. Mieux encore, Potter venait de lui même chercher son contact et se montrait plus entreprenant pour tout ce qui avait rapport au sexe. Drago se demandait parfois si c'était uniquement la potion qui agissait car Potter pouvait être très demandeur, alors même que son corps semblait apaisé... et lorsque le brun le touchait, Drago se prenait parfois à rêver qu'il n'était pas contrôlé par sa potion et qu'il était là de son plein gré, à gémir et supplier qu'il le prenne. Et depuis le retour du brun, Drago se sentait apaisé et à sa place. Il savait que ça ne pouvait pas durer. Il le sentait au plus profond de lui. Mais il s'en fichait, parce que, Merlin, chaque minute en compagnie de Potter valait tous les sacrifices! Et pendant que l'Angleterre, à feu et à sang, sombrait dans une folie meurtrière, Drago Malfoy prit son petit déjeuner avec Harry Potter.

 

Le soir même de cette petite entrevue, Drago était allongé sur son canapé, sur le côté, sa main tenant sa tête. La pluie menaçante du matin avait finalement éclatée en début d'après midi et le feu de cheminée juste en face chauffait agréablement la pièce. Il feuilletait un livre de potions, sans réellement avoir besoin de se concentrer car le niveau y était assez faible. Lorsque Potter entra dans la pièce, il se dirigea vers lui et s'assit sur un petit espace libre, posant ses coudes sur ses genoux et tapotant ses doigts les uns contre les autres. Il jeta un regard sur le livre que lisait le blond et fit une petite grimace significative. Sans plus attendre, il attrapa le livre et le posa sur la table basse. Drago ne fit pas de commentaire il commençait à reconnaître les signes avant coureur. En effet le brun ne mit pas plus de dix secondes à s'allonger contre lui et enfouir son visage au creux de son cou. Drago resserra ses bras autour du corps blotti contre lui et il laissa son nez trainer dans les cheveux bruns, se laissant enivrer par leur odeur. Il sentit les doigts de Potter caresser sa peau que sa chemise avait laissée à nu en levant les bras, juste à la limite de la ceinture et il sentit son corps se réchauffer d'une chaleur qui n'avait rien à voir avec la cheminée. Il n'y pouvait rien, son corps devenait un brasier à chaque fois que Potter posait les mains sur lui. Il sentait son sexe se gonfler et au vu de la position de la jambe de Potter, il ne pouvait pas l'ignorer. Drago prenait rarement les initiatives des rapports sexuels. Il préférait lorsque c'était Potter qui venait à lui, évitant ainsi tout rejet. Parfois seulement, il se laissait aller aux désirs qui envahissaient ses sens et ce soir là en fit partie. Il redressa la tête de Potter pour pouvoir atteindre ses lèvres qu'il embrassa sans précipitation. Il mettait un point d'honneur à ne jamais pousser le brun si celui-ci ne voulait pas de lui. Aussi, il attendit sa réaction pour voir si il pouvait continuer ou non. Lorsque Potter passa une main derrière sa nuque pour approfondir le baiser, il sut qu'il avait carte blanche et il sentit ses épaules se libérer d'un poids. D'un habile mouvement de hanche, Potter se retrouva sur lui, le chevauchant et Drago put contempler son visage. Les joues rougies, les yeux brillants et les lèvres gonflées, Potter le toisa un instant et doucement attrapa le pan de son tee-shirt et le remonta pour enfin le retirer. Drago laissa ses yeux glisser sur le torse mate et ses mains partir à sa découverte. Le blond sentit les abdominaux se contracter au passage de sa main et il recommença, juste pour le plaisir d'entendre la respiration de son partenaire s'accélérer. Potter avait fermé les yeux et effectuait un léger mouvement de bascule avec son bassin, frottant sans vergogne l'anatomie de Drago qui n'avait pas besoin de cela pour se sentir bien éveillée. Le blond, fit glisser ses mains un peu plus bas mais lorsqu'il voulut dégrafer le bouton du pantalon du brun, celui-ci lui bloqua les mains et les monta au dessus de sa tête, son visage se rapprochant ainsi inexorablement du sien. Et ce qui devait arriver, arriva, leurs lèvres furent trop près pour s'éviter et un baiser les unit. Drago sentit les mouvements de Potter s'accélérer tandis que sa bouche se faisait plus vorace et qu'il poussa un petit gémissement entre ses lèvres. Il essaya de libérer ses mains, mais Potter tenait fermement ses poignets. Il se frottait toujours plus et Drago se dit que si Potter ne ralentissait pas, il ne se donnait pas trente secondes avant de venir, ce qui aurait été un manque de correction... Tout d'un coup, les hanches disparurent et Drago ne put retenir un souffle contrarié face à cette perte brutale. Il ouvrit ses yeux, se demandant à quel moment il les avait fermé et tomba à nouveau dans les émeraudes flamboyantes. Potter était à quatre pattes au dessus de lui, tenant toujours ses mains... il le dominait. Et Drago sentit son sexe se gonfler un peu plus. Potter transpirait un air animal et sauvage et il avait la nette impression d'être une proie et Merlin en était témoin, c'était bandant à souhait. La joute visuelle dura quelques secondes puis Potter baissa à nouveau la tête vers lui, esquivant ses lèvres au dernier moment pour plonger dans son cou qu'il attaqua sans cérémonie, alternant l'utilisation de ses lèvres, de sa langue et parfois de ses dents. Brusquement Drago se cambra dans un feulement... Potter venait de trouver un point qu'il ne s'imaginait pas aussi sensible. Constatant sa réaction, le brun revint à la charge plusieurs fois, ne laissant aucun repos à son partenaire. D'une main, il solidifia sa prise sur les poignets du blond tandis que l'autre partit explorer une zone bien plus au sud. Lorsque Drago sentit la main du brun passer le barrage de ses sous-vêtements, il souleva son bassin dans le but d'aller à sa rencontre et de soulager cette délicieuse tension qui lui ravageait le ventre. A nouveau, il voulut intervenir, mais ses poignets étaient toujours prisonniers. Drago pensa qu'il aurait sans doute des bleus, mais il n'en avait que faire. Tout ce qu'il voulait pour le moment c'était toucher Potter, le caresser et lui faire subir les derniers outrages. Au lieu de cela, il était condamné à subir les assauts du brun, sans aucun contrôle. Drago refit plusieurs tentatives pour libérer ses mains, se soldant par un échec à chaque fois. Potter trouvait toujours un moyen de l'affaiblir et les rares fois où il y arriva presque, Potter revenait planter ses dents et aspirer sa peau sur cette fine partie de peau juste au dessus de la clavicule et le blond ne pouvait lutter contre cela. Finalement, il rendit les armes et laissa ses bras en arrière, ne cherchant plus à se débattre et il sentit la poigne de Potter se faire moins ferme. Le brun leva les yeux vers lui alors qu'il jouait avec sa langue dans son nombril et Drago dut faire preuve d'un énorme self-contrôle pour ne pas jouir à cette vision.

 

-Enfin, tu comprends. murmura-t-il.

 

Pour être honnête, Drago ne comprenait pas vraiment, non. Mais peu importait, après tout. Il laissait les rennes à Potter, pourvu qu'il ne s'arrête jamais de lui envoyer des frissons des cheveux aux orteils. Potter finit par relâcher doucement ses poignets, mais Drago les laissa en arrière. Rassuré par la passivité du blond, Potter caressa à nouveau son torse puis son ventre avec ses mains et sa bouche, descendant petit à petit pour finir par arriver à la lisière du pantalon. Le brun attrapa le vêtement et le sous-vêtement des deux mains et tira dessus. Drago souleva légèrement son bassin pour l'aider, avide d'avoir la suite du menu. Menu dont il semblait être le met principale. Potter se leva et Drago crut qu'il allait partir mais il se contenta d'enlever ses propres vêtements. Puis le gryffon revint s'allonger doucement sur lui, laissant glisser sa langue le long de sa cuisse jusqu'à l'aine, évitant soigneusement son sexe pourtant bien visible. Il resta là à picorer quelques temps, passant de l'aine à la cuisse, remontant sur le pubis et Drago perdait peu à peu pied.

 

-Potter... vas-y...

 

-Hmm... ch'ais pas...

 

-Putain, Potter, te fais pas prier...

 

Le brun eut un sourire sardonique.

 

-Au contraire, Malfoy, je crois que c'est ce que tu vas devoir faire...

 

Drago laissa échapper un petit son, entre le rire et le sanglot de frustration. C'était de bonne guerre. A son tour, il allait devoir supplier car potion ou pas, Potter n'était pas suffisamment en manque pour ne pas être capable de le planter là si il n'obéissait pas... Et Drago était persuadé qu'il le ferait! Il ne lui en voulait même pas. Il était plutôt heureux de retrouver le tempérament revanchard et compétitif du brun et c'est presque avec plaisir qu'il lui offrit ce qu'il souhaitait.

 

-S'il te plait...

 

Potter sembla agréablement surpris, autant par la facilité avec laquelle Drago avait cédé que par l'absence d'amertume qu'il ressentait dans sa voix. Il lui offrit un grand sourire et baissa à nouveau la tête pour engloutir ce sexe qui semblait l'appeler à corps et à cris. Sous l'assaut des sensations, Drago se cambra fortement et ses mains vinrent s'agripper à l'accoudoir derrière sa tête. Potter suçait comme un dieu et il mettait vraiment du cœur à l'ouvrage. Pourtant au moment de se déverser dans sa bouche chaude et accueillante, la main du brun vint enserrer la base de son pénis et Drago ne libéra qu'un cri de douleur à la hauteur de sa frustration. Drago regarda le brun, interrogateur et ce dernier déposa un petit baiser sur ses lèvres.

 

-Pas tout de suite...

 

Puis il attrapa la main du blond et porta ses doigts à sa bouche. Tout de suite, Drago comprit et rapidement, il alla insérer ses doigts au plus profond du brun, détendant cette zone fragile, prenant sur lui pour ne pas le pénétrer violemment directement. Heureusement pour lui, le brun lui repoussa le bras assez rapidement et vint s'installer au dessus de lui, attrapa son sexe et se laissa glisser pour s'y empaler doucement. Drago se redressa en position assise et vint entourer les hanche du brun de ses bras tandis que ce dernier enlaçait son cou. Drago attendit encore quelques instants, voulant faire disparaître la grimace d'inconfort du visage de Potter, puis n'y tenant plus, il lui fit soulever le bassin pour revenir, accélérant peu à peu la cadence, sentant la sueur recouvrir son corps. Drago se fit la réflexion que c'était très étrange de faire l'amour à Potter dans cette position. Ils étaient face à face, les yeux dans les yeux et... non, il ne rêvait pas, c'était bien la main de Potter qui caressait sa joue et ses cheveux. Puis Drago arrêta de penser et profita juste de la montée puissante de l'orgasme qui promettait d'être dévastateur. Il fit accélérer Potter et finit par se tendre à plusieurs reprises en gémissant tandis que le brun suivait, plantant une dernière fois ses dents dans son cou pour étouffer ses cris.

 

Drago laissa glisser son front contre le torse de Potter. Merlin qu'il était bien, ainsi. Pour son plus grand plaisir, Potter ne brisa pas l'étreinte à part pour libérer le sexe de Drago qui retomba entre ses cuisses. Il continua à s'agripper à son cou, sa main passant parfois doucement dans ses cheveux. Dans d'autres circonstances, Drago aurait trouvé ce geste très peu hygiénique si on considérait qu'ils étaient tout les deux dégoulinant de sueur, mais pour le moment, il n'avait qu'une envie, c'était se laisser aller à ces caresses et respirer l'odeur de Potter après l'amour. C'était une odeur dont il était certain de ne jamais se lasser. Lentement, il se recoucha sur le dos, prenant bien soin de garder Potter contre lui pendant toute la descente et ils restèrent ainsi allongés un long moment. Drago pouvait déjà voir ses poignets se teinter de bleu là où Potter l'avait maintenant et son cou était à coup sûr couvert de suçons. Cela ne le contraria en rien alors que la moindre marque laissée par le Lord l'horrifiait au plus haut point. Lorsqu'il sentit la chaire de poule sur les bras et les jambes de Potter, Drago appela une couverture d'un « accio » et les recouvrit. Potter nicha sa tête dans son cou et inséra une jambe entre les siennes. Drago eut un petit sourire et apprécia que Potter ne puisse pas le voir. Il referma ses bras autour du brun et se laissa doucement bercer par sa respiration.

 

Lorsqu'il se réveilla, Potter était toujours niché tout contre lui, mais la pièce s'était nettement refroidie. Drago retint un petit rire en constatant qu'un passager clandestin s'était incrusté entre eux deux. Ainsi la petite boule de poils que Potter avait recueillie était blottie contre son torse, sous le menton de Potter...un parfait abri. Sans geste brusque, Drago récupéra sa baguette et relança le feu dans la cheminée. Ces quelques mouvements suffirent à réveiller le brun qui se frotta les yeux, regardant vaguement autour de lui pour finir par replonger la tête dans le cou du blond, ayant visiblement décidé qu'il n'avait pas fini sa nuit. En s'installant, il s'aperçut à son tour de la présence du chaton et un petit rire le secoua.

 

-Ta bestiole est sans gène Potter. lui fit remarquer Drago, faussement contrarié.

 

Potter releva la tête.

 

-C'est un chat gryffondorien...

 

--Sans aucun doute!

 

Ils partagèrent brièvement un sourire complice mais très vite, le brun se renfrogna et Drago sut qu'ils avaient été trop loin. Il ne pouvait qu'imaginer vers quoi les pensées du brun avaient dérivées. La plupart de ses amis étaient des gryffondors. Il crut que Potter allait partir et le laisser là, mais il n'en fit rien, continuant même les légères arabesques que ses doigts traçaient sur son torse.

 

-Malfoy?

 

Drago déglutit. Ils ne parlaient jamais habituellement après avoir couché ensemble. Et il n'était pas vraiment certain que la conversation qui allait suivre lui plairait. Ou plutôt, il était certain du contraire.

 

-Qu'est-ce qui te tracasse, Potter?

 

Le brun le regarda un moment dans les yeux puis secoua la tête et baissa les yeux.

 

-Non, ce n'est pas grave, laisse tomber.

 

Drago soupira doucement et avec ses deux doigts, il remonta le menton de Potter vers lui.

 

-Parle Potter, maintenant que tu as commencé...

 

Le brun se mordilla un moment la lèvre, semblant chercher les mots adéquats.

 

-Malfoy, dehors... c'est la guerre...

 

Drago sentit ses muscles se tendre. Il avait eu raison, il n'allait pas du tout apprécier la suite de la conversation.

 

-La guerre est finie Potter... dois-je vraiment t'en rappeler le vainqueur?

 

Le brun baissa la tête, mais pas assez rapidement pour que Drago n'aperçoive pas la lueur blessée dans ses yeux verts. Le blond se traita d'idiot et passa une main dans la tignasse brune.

 

-Qu'est-ce que tu voulais dire par la?

 

-Mes amis me manquent... et là, juste dehors, la vie est devenue un combat quotidien. Et au lieu de me battre aux côtés de mes amis pour une cause que je crois juste, je suis ici et je ne fais strictement rien. Je me sens complètement inutile...

 

-Potter, si tu mettais ne serait-ce qu'un pied hors de ma propriété, tu serais abattu aussitôt. N'oublie pas que les mangemorts contrôlent le pays. Et Voldemort a mis une sacrée somme d'argent pour ta capture. Sans compter que la plupart d'entre eux le feraient même sans récompense. Tu veux vraiment retourner dans les cachots du Lord?

 

Harry frissonna et se blottit un peu plus contre le corps du blond.

 

-Non...mais je veux me battre.

 

-Tu oublies à qui tu parles, Potter.

 

-Tu n'es pas un mangemort!

 

-Bien sûr que j'en suis un.

 

Potter attrapa son bras et le remonta à la hauteur de leur visage.

 

-Tu n'as pas la marque!

 

-Je sers le seigneur des ténèbres, je lui obéis et si il me dit de te tuer, je le ferai illico, tu m'entends?!

 

Un silence s'abattit, les yeux de Potter défiant les siens.

 

-Tu mens...

 

-Absolument pas.

 

-Tu m'as protégé d'eux!

 

-Je l'ai fait uniquement pour mon plaisir personnel! Sache que je n'aime pas passer après d'autres personnes, Potter. J'avais envie de te baiser, point barre! Je te l'ai déjà dit, ne va surtout pas t'imaginer que je suis un allié pour toi, c'est clair?

 

Le chaton, réveillé par le haussement des voix s'étira et sauta du canapé, devenu indésirable pour aller se rouler en boule devant le feu de cheminée.

 

-C'est très clair!... Je te hais Malfoy!

 

Sur ces mots, le brun se releva en s'enroulant dans la couverture et commença à s'éloigner, lorsque Drago, l'attrapa par le poignet et le tira violemment vers lui, faisant tomber la couverture. Le brun se retrouva allongé sur le dos, nu, Malfoy le chevauchant et attrapant ses cheveux pour lui soulever la tête.

 

-Tu oublies que tu m'appartiens, Potter! Je vais te le rappeler...

 

-No...

 

Mais déjà le blond avait recouvert sa bouche et lui ravageait les lèvres, tandis que d'une main, il serrait son cou. Les bras du brun passèrent derrière le dos du blond, acceptant la violente étreinte et ce n'est qu'en relevant la tête que Drago s'aperçut des yeux grands ouverts d'effroi et des larmes qui glissaient sur les joues de Potter. Aussitôt il se redressa et s'éloigna toujours à quatre pattes, mais à reculons, pour aller s'asseoir sur le tapis, adossé contre le canapé, les bras entourant ses genoux. Il était sur le point de violer Potter... comme les mangemorts l'avaient fait... comme Nott l'avait fait. Il revoyait le sourire moqueur et l'air de profonde satisfaction qu'avait le serpentard quand il ressortait du cachot où était enfermé Potter et le regard de profonde lassitude et de tristesse sans nom lorsqu'il venait chercher le brun pour l'emmener se laver après une de ses « visites ». Puis il revint à l'incident qui venait de se produire et revit les mêmes grands yeux verts le supplier d'arrêter tandis que les bras du gryffondor, contrôlés par la potion, se refermaient sur son corps, prêts à l'accueillir, même de la plus violente des manières. Merlin, non! Il ne voulait pas ça. Il n'était pas un violeur, il n'était pas Nott, il n'était pas...un mangemort...

 

Drago sentit la bile remonter le long de sa gorge et il eut tout juste le temps de se tourner sur le côté pour rendre son repas, de violentes crampes au ventre le clouèrent sur place et lorsqu'il put relever la tête, Potter avait disparu de la pièce. Drago appela un elfe de maison pour qu'il nettoie le salon tandis qu'il se trainait jusque dans sa chambre, sachant déjà qu'il passerait la nuit seul. Il se lança un sort pour se rafraichir la bouche et s'enroula dans ses draps, tentant d'apaiser ses douleurs.

 

Quelques heures plus tard, au milieu de la nuit, Drago, qui ne trouvait pas le sommeil, entendit la porte de sa chambre s'ouvrir et vit Potter apparaître dans l'encadrement. Le brun resta un instant sans bouger, jusqu'à ce que Drago, qui s'était redressé sur un coude, n'écarte un peu de drap. En quelques pas, le brun fut à ses côtés et grimpa dans le lit, venant se blottir dans les bras du blond qui l'accueillit avec soulagement. Drago embrassa la tempe de Potter et caressa doucement son dos. Rapidement, il sentit le sommeil le gagner et il s'endormit, sans aucune douleur au ventre.

 

oO00Oo

 

Quelques temps plus tard, Drago profita quelques minutes de la chaleur du corps de Potter avant de se forcer à se lever. Il fallait qu'il aille au manoir du Lord. Cela faisait plusieurs jours qu'il n'y avait quasiment pas mis les pieds et cela pourrait paraître suspect. Drago n'avait pas envie que qui que ce soit vienne vérifier ce qu'il faisait chez lui. Bien sûr, Potter savait qu'il devait se cacher si une personne autre que lui pénétrait dans le manoir Malfoy et Paky l'aiderait, mais une aura magique, surtout celle de Potter, était difficilement dissimulable aux sens d'un mangemort expérimenté. Aussi il se prépara et partit par cheminette. Le manoir avait bien changé depuis la victoire du seigneur des ténèbres. Les richesses s'entassaient dans tous les coins, récupérées à droite ou à gauche, souvent chez les moldus tués, voire même dans les poches des cadavres. Drago croisa quelques mangemorts qui semblaient excités. En général, cela n'annonçait rien de bon. Il décida de les suivre et se retrouva dans une salle de réception, un cercle de mangemorts avait été formé, créant une arène humain au milieu de laquelle Lord Voldemort s'adonnait à un de ses passe-temps favoris: la torture. A l'autre bout de la pièce, il croisa le regard de son parrain qui semblait assez mal. Et lorsque Drago posa ses yeux sur le prisonnier au milieu du cercle, il compris pourquoi. Il connaissait cet homme... enfin, ce jeune homme. Ils avaient été à Poudlard à peu près en même temps... une année ou deux de moins que lui. Ce gamin était toujours dans les pattes de Potter... comment s'appelait-il, déjà?.. Crivette! Ou quelque chose dans ce goût là. Le regard de Drago fut soudain happé par deux prunelles bleues qui croisèrent sa route. Ces yeux laissaient transparaître toute l'horreur qui traversait le garçon, sans parler de la douleur.

 

-Je te le demande une dernière fois, où est Potter?

 

-Je... je ne sais pas!

 

Les yeux bleus s'encrèrent dans ceux de Drago. Et le blond sut qu'il savait parfaitement.

 

-ENDOLORIS!

 

Le corps du châtain gesticula au sol tandis que des cris s'échappaient de sa gorge. Drago sentit son estomac se tordre. Il revoyait comme un flash son propre corps se tordre de douleur dans une cellule miteuse. Et le rire aiguë de sa tante résonnait à ses oreilles... ah non, il résonnait réellement dans la pièce! Cette femme était complètement cinglée! Les yeux du châtain ne le quittaient plus et Drago eut peur que cela se voit. Il eut raison. Le seigneur des ténèbres tourna soudainement les yeux vers lui.

 

-Mon petit Dragon, susurra-t-il, tu nous fait l'immense honneur de nous visiter!

 

Drago s'inclina et le lord l'attira à lui au centre du cercle.

 

-J'ai beaucoup travaillé sur votre mission, maître!

 

-... Bien, bien... dis moi, jeune Malfoy, peux-tu me dire pourquoi cette vermine te fixe depuis tout à l'heure? Auriez-vous un lien quelconque?

 

Drago sentit une frisson glacé lui parcourir l'échine alors que la main de Lord se faisait plus ferme sur son épaule. Aussitôt, toutes ses barrières mentales furent en place, se concentrant essentiellement sur Potter, Severus et Blaise. Aussitôt, une multitude de réponses possibles fourmillèrent dans sa tête et Drago sélectionna ses mots avec soin...

 

-Il me semble... que nous étions à Poudlard... à peu près en même temps... mais je n'en suis pas sûr...

 

Voldemort fit semblant de méditer sur sa réponse en se grattant le menton du bout de sa baguette.

 

-Est-ce vrai? demanda-t-il au châtain, qui acquiesça tout en cherchant à retrouver une respiration normale après tous les sévices subis.

 

-Dis moi, Drago, tu as de drôles de fréquentations... un membre de l'ordre du phénix... je pourrais presque être amené à douter de toi.

 

Drago sentit ses pulsations cardiaques accélérer brutalement. Il fallait trouver une réponse et vite. Mais le blond fut devancé et un petit rire cynique se fit entendre venant du châtain.

 

-Fréquenter un chien pourri de mangemort? Jamais! Je me disais juste que ça ne m'étonnait pas de le trouver là... dans la lie de la socié....

 

-ENDOLORIS! Misérable insecte, je ne t'ai pas autorisé à parler! ENDOLORIS!!! ENDOLORIS!!!!

 

Le corps du châtain continua à faire quelques soubresauts après que le sort ait été arrêté et Drago se sentit très mal. Voldemort tourna autour du jeune homme.

 

-La seule parole que je t'autorise est celle qui m'indiquera où je peux trouver Potter!

 

Les yeux du châtain n'avait pas quitté ceux de Drago depuis le début, à part lorsqu'il était touché par les sorts et il ne sourcilla pas lorsqu'il répondit au Lord.

 

-Je n'en ai aucune idée.

 

Le Lord soupira d'une manière grandiloquente.

 

-Bien, puisque nous n'en tirerons rien.... Je commence à m'ennuyer. Drago, tue le!

 

Le blond se figea. Tuer? Il n'avait jamais fait ça! Il s'y était toujours refusé... il n'avait pas pu tuer Dumbledore, il n'avait jamais retenté depuis...

 

Mais Drago savait que c'était une manière comme une autre de le mettre à l'épreuve. Une manière de prouver sa fidélité après le doute qu'avait eu son maître quant à ses relations avec ce gryffondor. Drago avança encore de quelques pas, toujours les yeux dans ceux du jeune homme et sa main serra compulsivement sa baguette dans sa poche. Il la sortit doucement et la pointa vers la tête du châtain. Drago fut plus que surpris quand il aperçu au fond des yeux bleus une lueur de soulagement. Il savait que sa souffrance allait s'arrêter... et il n'avait rien avoué... il faisait parti des héros de guerre. Comme rassuré par cette décision, le châtain se détendit et le blond eut même l'impression qu'il lui avait fait un imperceptible hochement de tête. Une autorisation à le libérer. Drago l'avait toujours dit: valait mieux mourir que d'être prisonnier par les mangemorts...Et il sut que c'était sans doute la meilleure chose qu'il pouvait faire pour lui.

 

-Avada Kedavra.

 

Et Drago Malfoy tua.

 

Le corps sans vie échoua sur le sol, les yeux bleus, devenus vitrés étaient restés ouverts. Il s'en souvenait maintenant... il s'appelait Colin Crivey et il venait de lui sauver la vie.

 

La main du seigneur des ténèbres passa dans ses cheveux.

 

-Bon petit.

 

Drago serra les dents. Il ne devait en aucun cas laisser ses sentiments être dévoilés, aussi, il concentra toute son attention sur son masque, bien mis en place. Les rires des mangemorts s'estompèrent tandis qu'ils quittaient un à un la pièce. Avant de sortir, le Lord se tourna une dernière fois vers Drago.

 

-Occupe toi de ça, dit-il en désignant le corps, cela fait négligé...

 

Drago resta un moment seul, interdit. Puis il prit à nouveau sa baguette et fit léviter le corps du châtain jusqu'à une pièce où il était sûr de ne pas être déranger. Là, il fit apparaître une bassine qu'il remplit d'eau, puis déshabilla le jeune homme, lui laissant ses sous-vêtements. Il fit apparaître une éponge et comme avec Potter quelques semaines plus tôt, il commença à nettoyer son corps, enlevant le sang frais ou coagulé ainsi que la poussière qui s'était amassée sur sa peau. Sans vraiment s'en rendre compte, Drago essuya une larme qui coulait sur sa joue. Il avait tué un homme... un jeune homme, plus jeune que lui, même. Il avait suffit d'un ordre et d'une seconde. Un mouvement de baguette et une formule... il était si facile de tuer un être humain... Il sentit sa main se crisper autour de l'éponge, alors que d'autres larmes se frayaient un chemin sur son visage. Décidément, sa promesse de ne plus pleurer était de plus en plus mise à mal depuis quelques temps. Pour éviter de croiser les prunelles figées, il lui baissa les paupières. Lorsqu'une main se posa sur son épaule, Drago sursauta violemment et se retourna pour affronter un éventuel agresseur. Il se retrouva face à son parrain qui abordait un visage inexpressif. Et sans trop savoir pourquoi, Drago sentit en lui monter l'angoisse palpable de l'avoir déçu.

 

-Je n'avais pas le choix. dit-il d'une voix basse pour parer toute accusation.

 

Severus le regarda, l'air étonné, comme si il ne lui était pas venu à l'esprit de lui faire le moindre reproche.

 

-Je sais.

 

Drago hocha la tête, un poids en moins sur ses épaules et sans plus se préoccuper de son parrain, il reprit son nettoyage. A sa plus grande surprise, le brun, après avoir lancé quelques sorts de protection autour de la pièce, s'agenouilla à son tour et fit apparaître une éponge. Ils s'occupèrent du jeune homme en silence. Lorsque ce fut fini, Drago resta à genoux, ne sachant pas vraiment quoi faire.

 

-Laisse le moi, Drago.

 

Le blond jeta un regard perdu à son parrain.

 

-Laisse moi le ramener à sa famille. Il mérite bien ça.

 

-Le...le Lord m'a demandé...

 

-Il t'a demandé de t'en débarrasser. Tu n'auras qu'à dire que tu as brûlé le corps pour ne pas t'encombrer même si je doute que qui que ce soit te pose la question. Laisse lui la chance de ne pas finir dans une fosse...

 

Drago jeta un coup d'œil au corps devant lui puis il hocha la tête. D'un sort, Severus le rhabilla et à nouveau, le silence s'installa entre eux.

 

-C'était une embuscade.

 

Drago regarda Severus, surpris qu'il prenne la parole. Il n'était pas vraiment sûr d'avoir envie de savoir comment Crivey avait été fait prisonnier. Mais il se tut, attendant la suite.

 

-Une expédition de mangemorts avait été organisée dans un village moldu ou les résistants avaient caché un certain nombre de personnes.. des enfants pour la plupart. Ils ont voulu intervenir pour tenter de sauver le plus de monde possible... mais les mangemorts se doutaient de leur venue et sont venus un peu plus tôt que prévu. Cela a été une véritable boucherie...

 

Drago secoua la tête.

 

-Severus... s'il te plait... je ne veux pas...

 

-Weasley a été grièvement blessé, Drago...

 

Le blond se figea et Severus reprit.

 

-Il est entre la vie et la mort à Sainte Mangouste...

 

-Quoi? Mais ces crétins n'ont-ils pas une once de bon sens? Sainte mangouste est aux mains du Lord. Ca grouille de mangemorts là-dedans. Ils ne doivent pas rester là!

 

Snape eut un petit sourire en coin.

 

-Cette guerre est bien plus vieille que toi, Drago. L'ordre du phénix, à sa création, a crée une aile secrète à Sainte Mangouste. Même les aurors ne sont pas au courant de son emplacement. Ils peuvent ainsi être soignés au nez et à la barbe de tous.

 

-Pourquoi tu me dis cela à moi?

 

Severus haussa les épaules.

 

-Pour rien. Tu avais l'air de t'inquiéter, je voulais juste t'assurer de la sûreté des lieux. Personne ne sait que pour y accéder il faut monter au troisième étage et passer derrière le tableau de Geoffroy le bègue, au nord du couloir F. De plus, pour passer, il faut prononcer le nom de la personne à visiter et le flux magique ne laisse passer que les personnes dont les intentions ne sont pas mauvaises.

 

Drago eut un sourire triste, comprenant parfaitement le message.

 

-Je n'irai pas...

 

-Ai-je dit le contraire?

 

Drago secoua la tête.

 

-Nous sommes d'accord. A bientôt Drago.

 

Severus leva les sorts de protections de la pièce, jeta un sort de camouflage sur Crivey et le fit léviter derrière lui. Drago se mordilla la lèvre. Il ne pouvait pas le laisser partir sans lui demander.

 

-Severus!

 

Son parrain s'arrêta juste devant la porte et le regarda, attendant la suite. Drago sentit son ventre se serrer.

 

-Comment... comment va Blaise?

 

La mine du brun s'assombrit.

 

-Pas très bien... il reste à son chevet...

 

Drago hocha doucement la tête et Severus s'en alla. Le jeune Malfoy rentra chez lui le cœur lourd. Il savait que Severus l'avait averti pour que Potter soit au courant, mais il n'avait aucune idée de la manière dont il pouvait s'y prendre pour atténuer le choc. Il n'y avait sans doute aucun moyen d'annoncer à quelqu'un en douceur le futur probable décès de son meilleur ami.

 

Drago demanda à Paky où était Potter et le rejoignit dans la bibliothèque. Il était assis en tailleur, un livre à la main, ses lunettes sur le nez et à disposition un verre de lait et des cookies faits par l'elfe. Il arborait un air concentré et Drago sourit tristement à cette image. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, Potter releva la tête et lui fit un petit sourire. Le cœur de Drago manqua un battement et le visage de Potter se tendit. Drago se dit qu'il devait avoir une tête à faire peur. Il alla s'installer auprès du brun et laissa couler les mots qui lui venaient à l'esprit. L'embuscade, les mangemorts, les dégâts... et Weasley qui était au plus mal. Au fur et à mesure qu'il parlait, il vit Potter blanchir et se décomposer. Et lorsqu'il prononça le nom de son meilleur ami, les larmes débordèrent de ses paupières, une main se posant sur sa bouche, étouffant un cri muet d'horreur. Lorsqu'il eut fini, Drago se tut. Il lui semblait bien inutile d'ajouter des mots superflus. Il avait transmis le message. Et maintenant?

 

Potter se recroquevilla, plongeant sa tête dans ses genoux et serrant ses bras autour, laissant échapper de longues plaintes. Drago observait le dos du brun se secouer à intervalles irréguliers et hésitait à s'en aller. Il était plus que mal à l'aise face à cette détresse aussi explicite et en même temps voir Potter ainsi lui rongeait les entrailles. Il finit par se décider et posa sa main sur l'épaule du gryffondor qui s'en dégagea aussitôt. Drago attendit quelques secondes puis la reposa, plus fermement, cette fois, et il attira Harry contre lui. Le brun finit par se laisser faire et Drago le berça ainsi un long moment, caressant ses cheveux, cherchant à apaiser sa peine. Pas un mot ne fut prononcé.

 

Au bout d'un long moment, les sanglots se firent un peu moins présents, mais Potter ne se détacha pas du blond. Il continuait à se laisser bercer, semblant presque amorphe. Mais le silence ne dura pas.

 

-Je dois y aller.

 

Cela n'avait été qu'un murmure, mais Drago avait parfaitement entendu.

 

-Tu ne peux pas, Potter. C'est beaucoup trop dangereux!

 

-Ron est mon meilleur ami, il va peut être mourir et il a besoin de moi. Je t'en prie Malfoy, tu ne peux pas me priver de ça!...

 

Drago décolla Harry de son torse et le regarda droit dans les yeux. Il s'aperçut que c'était alors une erreur stratégique car les yeux mouillés de Potter semblaient briller d'un éclat particulier, et les traits plissés semblaient directement atteindre le cœur du blond. Malgré cela, il prit une profonde inspiration et tentât d'en faire abstraction.

 

-Ecoute moi bien, Potter. Dans l'état où il est, tu ne peux rien pour lui. Sainte Mangouste est remplie de mangemorts, c'est un des premiers lieux publics que le seigneur des ténèbres a pris sous sa coupe. Si tu vas là-bas, Potter, tu es un homme mort...

 

Les yeux de Potter se remplir de déception et Drago sentit la culpabilité courir dans ses veines. Mais laisser Potter aller à Sainte Mangouste était de la folie furieuse. Il n'était pas prêt à risquer la vie du brun... ni la sienne.

 

-C'est non, Potter. Et c'est catégorique!

 

oO00Oo

 

Drago tournait en rond dans sa chambre. Le brun n'avait rien répondu à sa dernière phrase et s'était muré dans un silence buté. Le repas s'était déroulé dans une ambiance glaciale, aucun des deux hommes n'avaient ouvert la bouche pour autre chose qu'avaler la nourriture. Potter était allé se réfugier dans sa petite chambre et lorsque Drago était passé à côté, il avait entendu des sanglots étouffés. Et maintenant, il n'arrivait pas à se poser. Les idées allaient et venaient dans sa tête, toutes plus loufoques les unes que les autres. Et il revoyait le regard déçu du brun qui semblait lui reprocher toute la misère du monde, il se souvenait de la manière dont il s'était accroché à sa chemise en pleurant le sort de son rouquin d'ami. D'ailleurs la chemise de Drago était foutue... le pire étant qu'il n'en avait rien à faire. Et Drago ne pouvait s'empêcher de vouloir à tout prix redonner le sourire à Potter. Il avait donc passé les dernières heures à tourner en rond pour trouver une idée. Malheureusement, dans une telle situation, il n'avait pas trente-six solutions et Drago se dit qu'il était sur le point de faire une grosse connerie.

 

Pour la deuxième partie, c'est ici.

Par Meryl - Publié dans : C'est toi et moi (Two-Shot, DM/HP)
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Dimanche 30 mai 7 30 /05 /Mai 09:47

Attention, ceci est la 2ème partie de l'OS. Pour voir la première partie, allez ICI.

 

 

Les jours qui suivirent furent chargés et Drago en fut satisfait, il pensait moins à Potter. Enfin, il pensait à lui dès qu'il s'arrêtait de travailler, quand il mangeait, quand il dormait même, mais au moins, quand il travaillait, son esprit était occupé. Comme Drago l'avait remarqué, beaucoup de mangemorts étaient purement incompétents dans les domaines où ils avaient été affectés et il se demanda un moment comment son maître avait pu remporter la guerre avec une telle organisation. La réponse vint d'elle même... c'était grâce à lui... ou à cause de lui... en fonction du camp où l'on se trouvait. Il passa donc des heures à mettre en place un semblant d'ordre dans les affaires sans pour autant y mettre son maximum. Sans vraiment savoir pourquoi, Drago n'avait pas particulièrement envie que le règne du Lord soit une sinécure. Tout cela ne le regardait pas. Il avait voulu Potter, il l'avait eu, son rôle s'était arrêté le jour ou Potter avait été fait prisonnier. Si Lord Voldemort était si puissant, il se débrouillerait pour faire marcher sa boutique, sans lui.

 

En parlant du brun, Drago savait qu'il ne tiendrait plus longtemps. En effet, trois jours après avoir quitté Potter, Drago rentra du manoir du Lord assez tendu tant l'ignorance de certains mangemorts frôlait la stupidité. Et dire que Severus avait choisi de rester auprès d'élèves... la thèse du masochisme se confirmait. A peine fut-il arrivé que Paky se rua sur lui. Drago commença à le rabrouer mais l'air de panique de l'elfe le rendit plus attentif.

 

-Paky, tu te calmes tout de suite et tu m'expliques clairement ce qu'il se passe.

 

-C'est le prisonnier, maître Drago, il frappe contre la porte et contre les murs...

 

Drago eut un petit rire.

 

-Eh bien qu'il frappe, ça lui fera les pieds.

 

-Mais il crie aussi, maître Drago. Il crie et il frappe de toutes ses forces depuis cet après midi, maître Drago.

 

Drago fut soudain prit d'un doute.

 

-Tu lui as bien apporté à manger comme je te l'avais demandé, ces derniers jours?

 

L'elfe se courba jusqu'à toucher le sol.

 

-Oui, maître Drago, bien sûr, Monsieur. Paky à amené les plateaux trois fois par jour et le prisonnier à bien mangé, Monsieur. Il a dit à Paky que c'était bon, monsieur!

 

Drago eut un petit sourire. Il se doutait que Potter était du genre à faire ami-ami avec les elfes de maison. Il semblait considérer tout être vivant comme un semblable. Mais sil il avait réellement mangé comme il fallait, il ne pouvait y avoir qu'une raison pour pousser Potter à se jeter contre les murs.

 

-Je sais ce qu'il se passe. Je m'en charge Paky, tu peux vaquer à tes occupations. Veille à ce qu'on ne nous dérange pas.

 

-Bien maître Drago, Monsieur.

 

Drago se déchargea de sa veste et descendit dans les cachots. Rapidement il entendit les cris de Potter qui hurlait son nom à s'en écorcher les cordes vocales. Lorsqu'il pénétra dans la cellule, le silence se fit enfin. Potter était à genoux ,à ses pieds, les mains ensanglantées à force d'avoir frappé les murs. Mais ce qui frappa le plus Drago, ce fut la pâleur de son visage et les tremblements de son corps. Il n'avait vraiment pas l'air en forme et Drago fut fier d'avoir si bien réussi sa potion. Il était totalement dépendant.

 

-Eh bien, Potter, tu en fais, du bruit! Que se passe-t-il?

 

La voix enrouée et les larme aux yeux, Potter parla, la voix rauque d'avoir trop crié.

 

-C'est bon, Malfoy, tu... tu as gagné...

 

Drago s'approcha de lui et s'accroupit à sa hauteur, il releva sa tête de deux doigts pour regarder ses yeux.

 

-Intéressant... et que veux tu?

 

Potter plissa les yeux, semblant lutter encore pour ne pas laisser échapper les mots qui lui brulaient la langue. Son poing s'agrippa au pantalon du blond, au niveau de sa cuisse. Leur visage étaient très proches, mais Drago ne le laissa pas s'approcher d'avantage. Ce soir, il aurait sa victoire!

 

-Je veux... je veux que tu... tu sais bien...

 

-Dis le moi Potter, sinon, je t'assure que je repars d'ici illico et que je te laisse trois jours de plus.

 

Le poing de Potter se serra un peu plus sur sa cuisse et le deuxième vint agripper l'autre jambe, comme pour l'empêcher d'exécuter sa menace. Son visage se rapprocha encore et ses yeux brillèrent de détermination.

 

-Baise moi... souffla-t-il.

 

Drago sentit son sexe pulser et son ventre bouillir à ces mots. Il se lécha les lèvres d'anticipation.

 

-Je n'ai pas bien compris... je crois qu'il manque quelque chose, Potter... murmura-t-il tout contre les lèvres du brun, en restant quand même hors de portée.

 

Et dans un sanglot retenu, Potter le lui dit.

 

-S'il te plait...

 

Drago sentit son cœur battre dangereusement au creux de sa poitrine et un grand sourire s'inscrivit sur son visage. Il avait gagné définitivement... et ils le savaient tous les deux.

 

-Bonne réponse, Potter.

 

Et seulement à ce moment là, il relâcha le menton du brun et happa ses lèvre avec avidité. Aussitôt, les bras de Potter vinrent entourer son cou et son corps vint se coller au sien. Le baiser était sauvage et brulant et Drago se sentit emporté dans un tourbillon de sensations indescriptibles alors que Potter s'installait à califourchon sur ses cuisses. Rapidement, la chemise du brun ne fut qu'un souvenir et Drago s'attaqua à son cou, mordillant ou léchant les parcelles de peau à sa portée. Mais le gryffon ne semblait pas de cette avis et revenait à chaque fois chercher sa bouche avec plus de férocité encore que la fois précédente. Le corps de Potter se frottait contre lui et sa main descendait déjà pour ouvrir le pantalon du blond. Drago savait que Potter avait besoin de cela, les baisers qu'ils échangeaient depuis plusieurs minutes lui avaient déjà redonné des couleurs, mais c'était loin d'être suffisant. A force de lutter, le corps du brun devait vraiment être en manque de lui et il réclamait sa part. Aussi, Drago décida qu'il était inutile de le faire souffrir plus longtemps et s'attela à le déshabiller rapidement. Une fois nu, il allongea Potter sous lui et tout en continuant à l'embrasser, il le prépara rapidement.

 

-Viens... viens, s'il te plait! gémit le brun au bout de quelques minutes.

 

Drago déboutonna son pantalon et le fit glisser jusqu'à mi-cuisse puis guida son sexe jusqu'à l'entrée de l'étroit fourreau de chaire qui semblait être fait pour lui. Il s'y enfonça jusqu'à la garde en fixant ses yeux dans ceux de son vis-à-vis.

 

-Oh, putain, Potter!...

 

Le brun ouvrit la bouche sous l'intrusion, mais ne sembla pas en souffrir outre mesure. Il semblait même au contraire apprécier sa présence. Cela signifiait pour lui l'arrêt imminent de ses souffrances. Il respira une ou deux fois profondément puis attrapa les fesses du blond pour lui donner un rythme. Drago le laissa mener la danse au début, une main, s'accrochant à la cuisse du brun pour la garder en hauteur et l'autre caressant ses cheveux, il ne se lassait pas de le regarder dans les yeux alors qu'il allait et venait en lui, mélangeant leur souffle, aspirant leurs soupirs. Drago était persuadé que si il existait un paradis, cela devait ressembler à cela. Lui en Potter, en symbiose parfaite... Mais Drago savait aussi que si le paradis existait, cela ne serait certainement pas pour lui. Au bout de quelques minutes d'une danse langoureuse, la cadence s'accéléra et bientôt, ils rendirent les armes l'un après l'autre. Drago remonta sa seconde main rejoindre la première dans les cheveux de Potter et machinalement, alors qu'il était toujours en lui, il l'embrassa paresseusement. Harry lui répondit de la même manière, laissant sa langue rejoindre sa consœur et ses mains glisser sur le dos du blond. Puis le corps rendit les rennes à l'esprit et il le repoussa immédiatement. En poussant un petit soupir, Drago se retira du corps dans lequel il se sentait si bien et se rhabilla, après s'être nettoyé d'un sort. Harry se releva également et alla chercher ses vêtements. A nouveau il se roula en boule dans son coin sans jeter un seul regard à Malfoy. Le blond soupira une deuxième fois. Il savait que la potion était de plus en plus efficace car les réactions de rejet du brun était de moins en moins vives et plus lentes à arriver, mais elles étaient pour le moment toujours présentes et cela l'ennuyait. Il devait reconnaître que Potter avait une force de caractère assez impressionnante pour son âge. Lui n'aurait jamais tenu aussi longtemps.

 

-Arrête de lutter autant Potter, tu te fais du mal pour rien. Bientôt tu n'y pourras plus rien faire du tout, alors essaie de l'accepter dès maintenant.

 

Le brun, toujours dans son coin ne répondit rien. Drago sortit de la cellule et prenant soin de refermer derrière lui. A nouveau il s'arrêta à quelques mètres de la porte et s'assit au sol. Il aimait cette idée de se poser à quelques pas de Potter après avoir couché avec lui. Une sorte de débriefing... quelques instants pour redescendre doucement sur terre après être monté si haut... Cela ne faisait que deux fois qu'il le prenait et pourtant Drago savait qu'il ne pourrait plus jamais se passer du corps de Potter... il ricana silencieusement... à croire que c'était lui qui avait pris une potion! Mais ça n'était pas le cas et Drago se demanda si le fait de ne pas pouvoir s'imaginer avoir une vie à nouveau vide de Potter était normal. Alors qu'il s'apprêtait à se relever et à aller prendre un verre bien mérité qui lui éviterait de penser des idioties pareilles, Drago entendit de drôle de reniflement venant de la cellule. Aussitôt il s'immobilisa et tendit l'oreille. Après quelques secondes d'incompréhension, la lumière se fit. Potter pleurait. Il avait sans doute attendu d'être sûr que Drago soit loin pour se laisser aller, sans se douter qu'il s'était arrêté tout juste à quelques pas de lui. Et lorsque les petits gémissements se transformèrent en gros sanglots incontrôlables, Drago sentit une chape de plomb s'abattre sur son estomac. Pourquoi Potter pleurait-il? Est-ce qu'il lui avait fait mal? Il avait pourtant fait attention. Et ses cris n'étaient pas des cris de douleur...si? Non, il était certain que non. Drago n'était peut être pas un expert en matière de plaisir de la chaire, mais il était incollable sur tout ce qui avait trait à la souffrance. Et les cris que Potter avaient poussé ne reflétaient en rien une éventuelle douleur. Alors pourquoi pleurait-il? Et avait-il pleuré la dernière fois aussi? Et surtout, pourquoi le fait de le savoir si malheureux par sa faute ne l'emplissait pas d'allégresse? Alors qu'il aurait du se précipiter sur la porte pour prendre Potter en flagrant délit et l'enfoncer un peu plus, Drago se releva sans bruit et s'éclipsa le plus discrètement possible. Il n'aimait pas ça, mais alors, pas du tout.

 

Les jours passèrent. Potter ne cherchant plus l'affrontement, Drago passait tous les jours le voir. Il lui apportait son plateau le matin et le soir; le midi, Paky s'en occupait. Le matin, il déposait le plateau et partait au manoir du Lord, effectuer les tâches qui lui avaient été assignées... avec plus ou moins de zèle... Mais le soir, il restait le plus souvent en compagnie du brun pendant que celui-ci mangeait. Après, et aussi étonnant que cela puisse paraître, c'était Potter qui décidait. Lorsqu'il commençait à le déshabiller, Drago savait qu'il avait le droit de le prendre, ce qu'il s'appliquait à faire avec douceur. Sans bien en saisir la raison, il avait la hantise de refaire pleurer Potter et faisait donc en sorte que le gryffondor prenne au moins autant de plaisir que lui, même si il se doutait que pour lui, c'était uniquement physique. Mais parfois, lorsque le corps du brun avait été suffisamment comblé la veille, il se contentait de rester contre lui, à sentir son odeur, lui accordant de temps en temps un baiser. Harry avait bien compris que résister ne servirait qu'à repousser l'échéance à une fois ultérieure et que celle-ci serait beaucoup moins agréable à supporter. Les efforts de Malfoy pour être doux avec lui étaient visibles et si il s'en étonnait, il se garda bien de le faire remarquer, pour éviter que cela ne change. Malgré cela, dès que son corps considérait qu'il avait assez de réserve, le brun s'éloignait toujours et retournait dans son coin. Et Drago savait que cela correspondait à son renvoi. Il ne s'assit plus à côté de la porte en partant. Il ne voulait pas savoir si le brun continuait à pleurer en son absence, malgré tous ses efforts. Un jour, Drago venait de prendre Harry et celui-ci était allongé contre lui, la tête contre son torse, laissant son corps s'abreuver des caresses dans ses cheveux ou de l'odeur de Malfoy. Il aurait pu la reconnaître entre mille cette odeur. Boisée, fraiche... envoutante aussi...Ce jour là, Harry sentit son corps lui laisser l'occasion de repartir, une fois le plein de Drago fait. Et le brun se surprit à ne pas bouger. Il sut qu'à partir de ce jour, sa dépendance n'était plus seulement physique et il fut partagé entre un désespoir total et une résignation passive. Une larme coula sur sa joue et il souffla doucement:

 

-Si tu savais comme je te hais...

 

Le corps du blond, si paisible jusque là, se crispa immédiatement et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il s'était rhabillé et avait quitté la cellule. Harry se réfugia dans son coin et laissa couler ses larmes. Pour son plus grand malheur, la chaleur du blond lui manquait et il pensa qu'il aurait bien aimé rester plus longtemps contre lui. Il se détesta pour ça. Jamais Malfoy ne devrait deviner qu'il commençait à apprécier leurs rencontres. Après tout, il n'avait jamais été brusque avec lui. Certes, ses méthodes avaient été fourbes et la potion l'avait forcé à faire un acte qui le répugnait au départ. Mais le blond avait toujours attendu que ce soit lui qui se décide et il ne le forçait jamais quand le corps d'Harry n'avait pas envie de plus que quelques caresses. Le soucis était que Harry commençait à avoir du mal à différencier les besoins de son corps et ses propres envies. Et cela, il devait à tout prix le cacher. Il avait bien fait de dire au blond qu'il le haïssait. Il avait remis les choses à leur place. Il y a avait eu beaucoup trop de... tendresse entre eux ces derniers temps. Après tout, ils étaient ennemis.

 

Le hasard voulu que le lendemain, au manoir du Lord, Drago fut retenu un peu plus tard. Une histoire de harpie qui refusait de prêter allégeance au Lord. Une négociation qui avait duré presque cinq heures. Drago rentra chez lui fourbu, mais aussitôt la porte passée, il sut qu'il y avait eu un problème. Il y avait des intrus chez lui. Son inquiétude fut confirmée lorsque Paky apparut devant lui, l'air paniqué.

 

-Maître Drago, Paky a essayé de les en empêcher, mais Paky n'a rien pu faire...

 

-Où sont-ils, Paky?

 

-Dans les sous-sols, maître Drago, Monsieur.

 

Drago se précipita dans les escaliers qui menaient vers les cachots et arrivé en bas, il croisa trois mangemorts qui revenaient vers la sortie. Drago reconnu Théodore Nott, son ancien camarade de dortoir, accompagné de Macnair, un mangemort aguerri. Quant au troisième il ne le connaissait que de vue. Aussitôt, Drago dégaina sa baguette.

 

-Que faites-vous là? Qui vous a permis d'entrer?!

 

Ce fut Macnair qui prit la parole en levant doucement les mains d'un air amusé.

 

-Tout doux Malfoy, nous avons l'autorisation du seigneur des ténèbres pour faire joujou avec ton cadeau!

 

En entendant ces mots, Drago sentit ses tripes se tordre. Qu'est-ce qu'ils avaient fait à Potter?

 

-Prouvez le! cracha-t-il, à deux doigts de commettre un triple meurtre.

 

Macnair sourit en dévoilant les quelques trous dans sa dentition et lui tendit un parchemin. Drago y jeta un coup d'œil et lança un sort d'authenticité. La signature du mage noir était irréfutable.

 

-Alors, satisfait, Malfoy? demanda Macnair goguenard.

 

-Dégagez d'ici siffla-t-il entre ses dents. Et vous pouvez faire passer le message que quiconque s'introduira chez moi sans mon accord préalable et ma présence devra dorénavant répondre de ma baguette, autorisation du maître ou pas!

 

Macnair avait perdu de sa superbe en voyant le jeune Malfoy si en colère, aussi, il ne chercha pas à s'attarder davantage. Seul Nott se permit un petit commentaire dans l'oreille du blond au passage.

 

-Tu dois bien t'amuser Malfoy, c'est une vraie petite pute ton Potter! Si j'avais su cela plus tôt, j'aurai mieux travaillé... mais t'en fais pas, c'est ce que je vais faire maintenant. Tu peux être sûr que je reviendrai très vite avec une nouvelle récompense signée du maître. Et j'attendrai que tu sois là, vu que tu semble vouloir en profiter. Bye, Malfoy!

 

Les mangemorts disparurent dans l'escalier, laissant flotter dans l'air leur rire gras et Drago envoya son poing s'écraser contre le mur dans un cri de rage. Il se releva aussitôt et se précipita vers la cellule de Potter. Il se demanda pourquoi la porte avait laissé l'entrée libre à ses trois la jusqu'à ce qu'il se souvienne des conditions de son maîtres. Ils avaient fait un pacte magique et donc, la porte s'ouvrait face à ceux qui avaient l'autorisation magique du Lord. Drago s'insultât mentalement de ne pas avoir été là. Il avait peur de ce qu'il allait trouver. En effet, Potter était allongé par terre, le corps roué de coups, des traces évidentes de spermes et de sang se mélangeaient sur et sous lui. Ses vêtements étaient déchirés et quelques larmes silencieuses coulaient sur ses joues. Drago s'approcha de lui, mais lorsqu'il voulut pauser la main sur son épaule, Potter sursauta brusquement et se tendit. En ouvrant les yeux et en apercevant Drago, il se redressa et se réfugia dans son coin, le fusillant du regard. Drago pris ce rejet en plein cœur et il se sentit vraiment mal. Il avait l'impression d'être revenu trois semaines plus tôt, alors qu'il venait de récupérer Potter. Ne voulant pas le braquer davantage, Drago ne s'approcha pas plus de lui. Il se releva et lui indiqua la sortie d'un geste de menton.

 

-Suis moi... souffla-t-il doucement.

 

Drago s'éloigna dans le couloir. Il ne regarda pas si il était suivi. Potter n'avait pas le choix. Ils montèrent les marches et se retrouvèrent dans un long corridor. Le bruit des pieds nus de Potter sur le carrelage rassurèrent Drago et celui-ci l'emmena dans la salle de bain qui lui avait servi la première fois. Il lui indiqua l'intérieur et le laissa passer, toujours sans effectuer le moindre geste envers lui. Harry entra dans la pièce et sembla un peu perdu. Et Drago se revit au milieu de la salle de bain du Lord, paralysé, sans savoir ce qu'il devait faire. D'un coup de baguette, il fit couler l'eau.

 

-Tu vas prendre un bain, ça devrait te faire du bien. Je vais te chercher une serviette et des fringues de rechange.

 

Drago s'éloigna. Il n'avait pas peur que Potter s'enfuit, c'était impossible avec la potion. Même si il avait tenté de le faire, il aurait été contraint et forcé de revenir de lui même pour chercher sa dose tôt ou tard. Et Drago était sûr que Harry le sentait au plus profond de lui. Il ne pouvait pas fuir. Lorsqu'il revint dans la salle de bain, Potter était dans l'eau, les bras croisés autour de ses genoux. Il avait séché ses larmes et ses yeux semblaient vides. Il ne regrettait pas d'avoir emmené Potter prendre un bain, cela lui ferait le plus grand bien. Après tout cela faisait trois semaines qu'il le nettoyait à coup de récurvite, c'était insuffisant. Il regrettait seulement que cela se fasse dans ces conditions. Comme le premier jour il prit une éponge et la passa délicatement sur le visage du brun. Mais cette fois ci, ce dernier ne le laissa pas terminer et se saisit de l'éponge pour finir lui même.

 

-Laisse moi...

 

Drago hocha la tête, déposa la serviette, les affaires et une fiole de potion sur une chaise proche de la baignoire.

 

-En sortant, prend ça, c'est pour les douleurs...

 

-Tu ne penses quand même pas que je vais boire une de tes potions après ce que tu m'as fait avec la dernière!

 

Drago soupira.

 

-Ecoute, Potter, tu vas sans doute avoir du mal à me croire, mais... je ne te veux pas de mal... Je sais de quoi ces types sont capables. Et tu as ma parole de Malfoy que c'est juste une potion anti-douleur qui a des effets cicatrisants et apaisants. Rien d'autre.

 

Un silence s'installa et Drago finit par sortir de la pièce. Juste avant de fermer la porte, il entendit faiblement:

 

-Ta parole ne vaut rien Malfoy...

 

A nouveau le blond eut l'impression de se prendre un coup de poignard dans le thorax. Il avait du mal à comprendre ce qu'il ressentait exactement. Il avait pourtant l'habitude que Potter le repousse... Malgré ses paroles, lorsque le brun sortit, la fiole avait été vidée. Drago ne sut jamais si Potter l'avait effectivement prise ou bien vidée dans le lavabo. Il s'arrêta devant lui, tête baissée, attendant les ordres.

 

-Viens, je te ramène.

 

Potter le suivit sans protester. Une fois dans sa cellule, que Paky avait nettoyé pendant que le brun prenait son bain, il retourna dans son coin et s'allongea comme à son habitude, dos à Drago. Le blond remercia Merlin d'avoir eu un rapport avec Potter la veille car sinon, le corps de Potter aurait surement réclamé sa part ce soir et Drago ne pensait pas en être capable. Pas après ce qu'il s'était passé. Il remonta le cœur lourd et partit se coucher sans dîner. Comment avait-il pu oublier le contrat passé avec le Lord. Tout lui avait paru tellement parfait pendant un temps que tout le reste lui avait semblé très loin... et la réalité venait de défoncer sa porte sans prévenir. La chute était rude et bien plus encore pour Potter.

 

Le lendemain il rentra chez lui le soir avec une boule au ventre. Le matin, il avait envoyé Paky porter le plateau repas et il ne savait pas trop quelle attitude adopter avec le brun. Une fois descendu au cachot, il lui fallut un long moment de réflexion avant de se décider à pousser la porte. Il s'approcha du brun et celui-ci vint vers lui automatiquement. Mais alors qu'il voulut parler, la bouche tant aimée se posa sur la sienne. Il voulut protester mais le corps de Potter en avait décidé autrement. Ses mains s'activèrent sur sa braguette et c'est seulement à ce moment qu'il aperçu dans quel état de détresse était le brun qui commençait à paniquer.

 

-Oh non, pas ça... s'il te plait, pas ce soir... fais quelque chose, je t'en prie...

 

Drago était complètement dépassé. Il n'avait pas non plus envie de coucher avec le brun dans ses conditions, mais la potion faisait agir le corps de Potter en fonction de ses besoins. Et les évènements de la veille avait sans doute accéléré le processus. Alors que Potter commençait à le masturber puis à s'agenouiller pour le prendre en bouche, Drago s'agenouilla à son tour et lui attrapa les mains pour les empêcher d'aller trop loin.

 

-Embrasse moi.

 

-Quoi?

 

-Embrasse moi, Potter. C'est le seul moyen de combler le lien sans avoir à faire plus. Concentre toi sur ça.

 

Aussitôt, Potter lui ravit les lèvres et Drago le fit rouler sous lui, lui coinçant les bras au dessus de la tête pour ne pas qu'ils s'activent ailleurs. Le baiser se prolongea longtemps, s'interrompant à peine quelques secondes entre chaque pour reprendre sa respiration et finalement, lorsque Drago relâcha les bras de Potter, ceux-ci vinrent se fourrer dans ses cheveux, ne cherchant plus à approfondir d'avantage le lien. Mais même si le corps de Potter semblait se satisfaire de cela, il n'était pas calmé pour autant et Harry continuait à l'embrasser avec force, pendant un long moment. Si long que Drago finit par avoir une crampe à la mâchoire. Enfin au bout d'un temps qui lui parut interminable, il interrompit l'étreinte, gardant son front contre celui de Potter. Puis le brun se détacha de lui et retourna s'allonger dans son coin, sur sa couche. Ce soir là, Drago décida qu'il était temps qu'il trouve un moyen de se débarrasser des mangemorts qui, il en était certain, allaient bientôt se bousculer pour pouvoir profiter du corps de Potter.

 

Et une fois de plus il eut raison. Les mangemorts semblaient en grande forme et le Lord de bonne humeur, ce qui faisait que les récompenses arrivaient un peu trop souvent au goût de Drago. Le seul point positif à tout cela était que le corps de Harry étant fortement meurtri par la brutalité des mangemorts, il ne réclamait à Drago rien de très sexuel. Il se contentait la plupart du temps de baisers et d'être tout contre lui et une fois, Harry éprouva le besoin urgent de le sucer. Pour palier à ce manque, Drago avait trouvé en un temps record une potion dans laquelle il mettait de son sang. C'était à l'origine une potion destinée aux vampires qui se refusaient à boire du sang humain. Il l'avait modifié et avait ainsi permis au corps de Harry d'avoir sa dose d'essence de lui même, sans pour autant être obligé de coucher avec lui. Mais cette potion n'était que temporaire car comme il l'avait expliqué à Harry le premier jour, la potion avait non seulement un côté aphrodisiaque qui pousserait bientôt le brun à revenir vers lui, mais en plus, elle finirait par faire la différence et voudrait le vrai corps de Drago. La point positif étant que cette potion permettait au corps d'Harry de s'habituer plus rapidement aux intrusions et d'en souffrir moins, malgré la brutalité de certains mangemorts. De plus, le message de Drago était bien passé et plus personne ne tentait d'aller rendre visite à Potter sans passer par lui auparavant. Aussi, il pouvait tenter de contrôler un peu les activités qui se passaient dans la cellule. Cet exercice, plus que n'importe quel autre lui rongeât les nerfs. Entendre Potter se faire baiser par n'importe qui devenait insupportable et l'entendre crier ou pleurer de douleur sous les assauts de certains le rendait malade. Après chaque passage de mangemorts, Drago conduisait Harry à la salle de bain où il le laissait avec des serviettes, des vêtements et une potion. Grâce à cela, Potter n'avait pas trop de séquelles physiques. Mais Drago pouvait apercevoir la lueur qu'il aimait temps s'effacer progressivement des yeux verts.

 

Théodore Nott était sans doute la personne qui avait pris la place d'ennemi personnel numéro un dans l'esprit de Drago. Cela ne faisait même pas une semaine qu'il l'avait croisé pour la première fois dans son sous-sol et il était déjà revenu trois fois. A croire qu'il faisait des miracles pour le Lord tous les jours. Le garçon discret du dortoir de serpentard était devenu un mangemort sadique et assoiffé de violence. Drago avait du mal à penser qu'un jour ils avaient été plus ou moins proche. Mais Nott suivait les traces de son père avec brio et en général, les expéditions auxquelles il participait ne laissait que de rares survivants. Et Nott semblait prendre un plaisir particulier à rendre des « petite visites de courtoisie », selon ses propres mots, à Potter. A chaque fois, le brun avait fini en sang et en larmes et Drago se sentait impuissant! Le lendemain de sa dernière visite, les potions de complément que Drago administrait à Potter ne suffirent plus et lorsqu'il entra dans la cellule, le brun ne lui laissa pas d'autre choix que de le prendre à nouveau. Et malgré tous ses efforts, pour la première fois, Drago ne ressentit qu'un plaisir minime en couchant avec Potter.

 

Le lendemain, un visiteur se présenta au manoir. Drago eut la surprise de voir Blaise Zabini à sa porte. Il ouvrit avec méfiance.

 

-As-tu un parchemin avec la signature magique du Lord? demanda-t-il d'emblée.

 

Le black sembla interloqué.

 

-Je ne savais pas qu'il fallait tant de cérémonies pour rendre visite à un ami!

 

Drago sentit ses épaules se décontracter. Zabini n'était pas là pour Potter. Il invita le jeune homme à entrer et à s'installer dans le salon.

 

-Ca faisait longtemps, Zabini. Content de te revoir!

 

Drago fut surpris de constater qu'il était sincère. Le black sembla un instant surpris puis lui offrit un grand sourire.

 

-Je suis heureux de te revoir aussi, Drago.

 

-Je te serre un verre?

 

-Oui, volontiers.

 

-Que veux-tu boire?

 

-La même chose que toi, ça ira.

 

Le blond fit apparaître deux verres remplis d'un liquide ambré et en fit voleter un jusqu'aux mains de Zabini tendais qu'il saisissait le deuxième. Ils dégustèrent les premières gorgées en silence puis Drago entama la conversation.

 

-Alors, Blaise, que deviens-tu?

 

-Pas grand chose... mon père m'a trouvé un job au ministère.

 

-Etonnant.

 

-Ah oui?

 

-Oui, si mes souvenirs sont bons, tu étais plutôt intéressé par le droit à Poudlard.

 

Cette fois, ce fut une franche surprise qui s'inscrivit sur le visage du black.

 

-Je... oui, effectivement... je ne pensais pas que tu te souviendrais de ça, nous n'en avons discuté qu'une fois...

 

-Ne me sous-estime pas, Zabini... après tout, je suis un Malfoy.

 

Il avait prit le ton que son père adorait prendre en haute société et Blaise éclata de rire. Et pendant un bref instant, les deux jeunes hommes redevinrent deux adolescents assis au pied d'un grand chêne sur le bord d'un lac, avec en arrière plan un grand château rempli d'étudiant. Leur avenir était incertain et la guerre grondait, mais au pied de cet arbre, ils n'étaient rien de plus que deux enfants qui jouaient à « devine qui j'imite »... et ils avaient eu leurs plus gros fous-rires. Drago se surprit à avoir une bouffée de tendresse pour ce garçon qu'il n'avait jamais vraiment osé appeler son ami de peur qu'il ne soit à sa botte que pour son nom, comme tous les autres et qui pourtant avait su prendre soin de lui au moment où il était le plus bas. Drago aurait du s'en douter, le père de Blaise n'avait jamais été mangemort, il travaillait dans un petit département au ministère et, comme une grosse majorité de la population sorcière, il avait simplement du s'adapter à un nouveau patron. Et le fait que son fils se rapproche de lui n'avait donc jamais été un quelconque plan pour acquérir plus de notoriété ou pour monter les marches de la hiérarchie. Ils avaient juste été deux gamins pris dans une guerre bien plus vieille qu'eux et qui les dépassait et à qui on avait demander de grandir trop vite. Comme Potter... Et Drago n'avait jamais réellement su pourquoi Blaise Zabini s'était fait enrôler chez les mangemorts. Il avait toujours pensé qu'il avait un côté un peu trop gryffondor pour torturer et tuer des gens.

 

-Toujours est-il, reprit Zabini, que pour le moment, je n'ai pas vraiment la même définition de la justice que le seigneur des ténèbres... et puis de toutes évidences, il préfère la rendre lui même... je n'ai donc aucune chance d'accéder un jour à ce poste.

 

Drago cru sentir un profond mépris dans ses paroles. Il devait se tromper, ça n'avait pas de sens.

 

-De toutes façons, je crois que le seigneur des ténèbres est très occupé pour le moment. Quand on voit qui sont les dirigeants de ce pays et comment ils s'y prennent, on comprend que ce soit le bazar partout et que la résistance puisse s'organiser au nez et à la barbe de tous.

 

-Mais dis moi, Drago. Tu n'étais pas sensé participer à ce vaste programme de « diriger le monde »?

 

Drago eut un petit sourire à la manière dont le black avait prononcé cela. Cette fois, pas de doute, c'était de l'ironie mordante.

 

-Eh bien, je considère que le Lord sait qui il place dans ses différentes institutions. Qu'il assume ses choix. Je lui ai dit dès le premier jour que le pouvoir ne m'intéressait pas et que je cédais ma place volontiers. Alors effectivement, il a fait appel à moi à plusieurs reprises, mais... je crois bien qu'il s'attendait à un peu plus d'efficacité de ma part!

 

Les deux hommes rigolèrent ensemble.

 

-Mais... sérieusement, tu pourrais faire mieux?

 

-Sache mon très cher Blaise que si j'avais réellement pris les choses en main, comme me l'a demandé le Lord, le pays aurait été contrôlé en quelques jours. Et la chasse aux résistants aurait pu commencer sérieusement depuis longtemps

 

Blaise avait retrouvé son sérieux.

 

-Donc tu contrecarres ses plans...

 

Drago perdit son sourire. Il n'avait pas contrôlé ses paroles. Il avait été tellement détendu en retrouvant son ancien camarade d'école qu'il ne s'était plus rendu compte d'où il était et de ce qu'il disait.

 

-Je n'ai jamais dit ça!

 

-Que tu l'admettes ou non, tu lui mets des battons dans les roues Drago. Tu es un résis...

 

-TAIS-TOI!... Je n'ai jamais dit ça. Je suis au service du seigneur des ténèbres. C'est juste que j'ai suffisamment à faire de mon côté sans avoir en plus à me coltiner les problèmes de tout un état. Je ne suis pas un traître, Zabini, c'est clair?!

 

Le black hocha la tête.

 

-Je n'ai jamais prétendu le contraire Drago... ça aurait juste été... amusant...

 

Drago ne répondit rien, mais trouva que Zabini avait une drôle de conception de l'amusement.

 

-Bon et finalement, ton projet d'être le riche beau gosse le plus prisé d'Angleterre, ça en est où?

 

Drago retrouva le sourire. Il retrouvait leurs délires d'étudiants.

 

-Comme tu le vois, je suis magnifique!

 

Le black éclata à nouveau de rire et Drago se fit une nouvelle fois la remarque que Blaise avait bel et bien un côté gryffondor en lui. La discussion continua un long moment et Drago ne vit pas le temps passer. Mais au bout d'un moment, Drago sentit que Blaise était plus mal à l'aise. Pas franchement décidé à gâcher cette journée, il se décida à crever l'abcès immédiatement.

 

-Tu veux me demander quelque chose, Blaise?

 

Le black eut le regard fuyant quelques secondes avant de le regarder à nouveau droit dans les yeux.

 

-En fait... oui... j'ai une question pour toi...et un service à te demander.

 

Drago fronça les sourcils. Blaise était nerveux et il n'aimait pas vraiment la tournure que prenait leur conversation.

 

-Je t'écoute.

 

-Est-ce que c'est vrai ce qu'on dit à propose de toi et Potter?

 

Drago se crispa aussitôt sur son siège.

 

-Et que dit-on?

 

-On dit que... que le seigneur des ténèbres te l'a offert en cadeau et que tu le... enfin que tu le fais tourner aux autres mangemorts...

 

Drago serra son poing et de l'autre main, se pinça l'arrête du nez. Il respira un grand coup pour garder son calme.

 

-Potter m'a effectivement été... confié... Pour le reste, le seigneur des ténèbres m'a imposé une close qui stipulait qu'il se réservait le droit d'envoyer ses mangemorts méritants chercher un peu de... bon temps auprès de lui. Mais si tu es si inquiet pour Potter, sache que je cherche activement un moyen de les empêcher à continuer ce petit manège. Satisfait?

 

Blaise hocha la tête.

 

-Je ne m'inquiétais pas, je voulais juste savoir...

 

Drago fronça les sourcils, mais hocha la tête, assez sèchement.

 

-C'était ta question?

 

-Oui.

 

-Bien... quel est ce service?

 

-Est-ce que je peux le voir?

 

-Qui?

 

-Potter!

 

-Quoi? Pourquoi ça?

 

Blaise haussa les épaules.

 

-Je voudrai juste le voir.

 

-Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes? Tu ne le connais même pas....je te préviens je ne te laisserai pas le toucher?!

 

Blaise eut un petit rire.

 

-Rassure toi, je n'en avait pas l'intention. Je voudrai juste le voir... je te jure que je ne le toucherai pas... je ne lui parlerai même pas. Je voudrai juste le voir de mes propres yeux...

 

-Mais à quoi ça va te servir, par Merlin?

 

-Je... c'est personnel...

 

Drago resta stupéfait. C'était sans doute une des demandes les plus farfelues qu'on lui avait jamais faite.

 

-... Ok.

 

-C'est vrai?

 

Le black parut vraiment surpris d'avoir une réponse positive.

 

-Oui, j'accepte. Pour la simple et bonne raison que je t'en dois une Zabini... et une belle. Alors aussi loufoque soit ta demande, je vais te l'accorder... et je vais même faire mieux que ça car je ne vais pas chercher à savoir tes réelles motivations. Satisfait?

 

Blaise hocha la tête vivement.

 

-Bien suis moi.

 

Il 'avait suivi dans les méandres du manoir pour arriver finalement aux cachots. Là, Drago lui ouvrit la porte et Blaise put apercevoir le brun qui dormait sur sa couche, dans le fond de la cellule. Il resta quelques secondes à le regarder puis, il recula et fit un signe de tête à Drago qui referma la porte. Ils remontèrent au salon et reprirent leur discussion, sans plus aborder le sujet Potter. Lorsque Drago se coucha ce soir là, il avait la tête remplie de questions.

 

Quelques jours plus tard, Nott était revenu accompagné d'un autre mangemort qui ne devait pas être beaucoup plus âgé qu'eux. Et les cris plaintifs de Potter traversait la porte comme si elle était en papier. Drago tentait de respirer calmement et d'isoler ses pensées par occlumancie. Il ne devait pas aller contre les ordres du Lord. Il ne pouvait pas. Il risquait la mort si il entrait pour étriper Théo. Il décida de s'éloigner sinon, il ne se retiendrait pas. Ses pas le menèrent dans les jardins où il tentât de profiter du paysage pour s'apaiser. Mais les cris de Potter résonnait encore dans sa tête et il imaginait Nott aller et venir en lui, avec sauvagerie, il imaginait les yeux verts de Potter remplis de larmes et de détresse lorsqu'il croiserait son regard... Il ne pouvait pas continuer comme ça. Il n'y arrivait pas!

 

Aussitôt, Drago fit volte-face et se mit à courir jusqu'au cachots. Tant pis pour ce que dirait le Lord, tant pis pour les conséquences, Potter lui appartenait et il ne laisserait plus personne le toucher. Il tuerait pour cela. Il arriva enfin à la cellule de Potter et défonça la porte. Nott revêtait sa ceinture alors que Potter, nu, à ses pieds, tremblait de tout son corps, du sang coulant sur ses cuisses, se mélangeant au sperme des deux hommes.

 

-Tiens, Malfoy! Tu voulais participer? Dommage c'est un peu tard, la prochaine fois peut être? Dis moi, tu le prends toujours seul? Crois moi tu devrais essayer à deux, c'est encore meilleur et cette petite chienne adore ça! dit-il en désignant Potter du menton.

 

-Attend Jo', t'en as encore un peu là, poursuivit le serpentard à son coéquipier à qui il restait un peu de sperme sur le bas ventre.

 

Nott attrapa Potter par les cheveux et le tira violemment vers lui.

 

-Lèche.

 

Soumis et épuisé, Potter sortit sa langue et nettoya la peau du mangemort sous les rires des deux hommes.

 

-Putain, Malfoy, tu l'as vraiment bien dressé! Chapeau! Une petite chienne comme lui, on en voudrait tous une à la maison, pas vrai Potter?! et il éclata de rire.

 

Puis Nott souleva un peu plus Potter, toujours par les cheveux et chercha à l'embrasser en regardant Malfoy droit dans les yeux, par pure provocation. Mais le brun se raidit et mordit férocement sa langue et il fut éjecté par terre alors que Théo criait sa douleur, portant les mains à sa bouche. Lorsqu'il vit qu'il saignait, le visage de Théodore vira rouge brique de rage et il se précipita vers le brun, toujours à terre, le poing levé. Instinctivement Drago se plaça immédiatement entre les deux et pointa sa baguette sur la gorge du serpentard.

 

-Je te le déconseille Nott.

 

-Cette petite pute m'a mordu, il aura la correction qu'il mérite!

 

-Ecoute moi bien, Nott. Potter est à moi et je t'interdis de me l'abimer. Si je te revois une seule fois poser la main sur lui, je te tue, est-ce bien clair?

 

Drago avait retrouvé un ton polaire et tranchant. Il avait cru qu'il exploserait devant son ancien camarade, mais les réflexes de la guerre étaient encore bien présent. Il était Drago malfoy et en croisant son regard, Nott se souvint de quoi il était capable. Il se calma légèrement et regarda le brun qui s'était réfugié derrière les jambes du blond et qui s'y agrippait de toutes ses maigres forces restantes. Il fit signe à son collègue de le suivre. Il s'en alla rapidement, lançant tout de même à Drago une menace.

 

-C'est pas fini Malfoy. Tu me reverras et tu regretteras d'avoir pointé ta baguette sur moi.

 

Drago ne prit pas la peine de répondre. Machinalement, il avait posé sa main sur la tête de Potter qui serrait toujours sa jambe.

 

-C'est bon, il est parti.

 

-Arrête... lui répondit le brun d'une voix si faible qu'il eut du mal à l'entendre.

 

-quoi?

 

-Arrête... s'il te plait. Je... je suis désolé d'avoir dit que je te détestait, d'accord?...

 

Drago était complètement perdu et le brun semblait vraiment au bord du gouffre.

 

-Mais de quoi tu parles?

 

Harry éclata en sanglots.

 

-J'ai fait tout ce que tu voulais, tout! Alors pourquoi tu continues à me les envoyer... je suis désolé...je ne le dirais plus...

 

La portée des paroles de Potter frappèrent Drago de plein fouet et une foule de liens se firent dans sa tête.

 

-Tu... tu crois que c'est moi qui demande aux mangemorts de venir?!

 

Harry hocha la tête doucement.

 

-Et qui d'autre, hein? demanda-t-il aigrement. Après tout... je suis à toi, non?! C'est ce que tu as dit!

 

-Tu penses que j'ai demandé à ces types de venir te... te...baiser...et te cogner parce que tu m'as dit que tu me haïssait?

 

-Ca a commencé le lendemain....

 

-Comment ça?

 

-La première fois qu'ils sont venus, c'était le lendemain du jour où je te l'ai dit....

 

Drago fut comme frappé par la foudre. Il se rappelait ce jour, Potter, allongé contre lui qui, en se sentant rendre les armes définitivement, l'avait insulté dans un dernier sursaut d'orgueil. « si tu savais comme je te hais... ». Son coeur avait fait un bond douloureux dans sa poitrine et il était sorti précipitamment. Mais comment Potter pouvait-il croire qu'il était à l'origine de ces violences à répétitions? Il s'agenouilla auprès du gryffondor en larmes et tout doucement l'attira dans ses bras. Le brun, las, se laissa faire et Drago lui murmura à l'oreille tout en lui caressant les cheveux:

 

-Je n'ai jamais voulu ça. C'est... c'est le seigneur des ténèbres qui l'a ordonné... je n'ai pas eu mon mot à dire... si je pouvais, je te jure que si je pouvais...ils ne te toucheraient jamais... jamais! Je vais trouver un moyen Potter... je ne les laisserai plus t'approcher. Je te le jure!

 

Et Drago n'avait jamais cru aussi fort à l'une de ses promesses. Rassuré sur le rôle du blond dans cette affaire, Harry laissa parler son corps; il enfouit sa tête au creux de son cou et passa ses bras derrière son dos pour le serrer contre lui. Ils restèrent ainsi un long moment dans un silence entrecoupé de quelques reniflements du brun. Puis Drago sentit la bouche du gryffondor parsemer de doux baiser sur son cou et il baissa la tête pour pouvoir l'embrasser. Lorsque leur langue se retrouvèrent, Drago sentit une décharge électrique lui parcourir le corps, il n'avait plus eut envie du brun à ce point depuis que les mangemorts avaient fait leur entrée chez lui pour souiller son corps. Rapidement, le baiser s'enflamma et Drago commença à allonger le brun par terre lorsque celui-ci l'arrêta. Surpris, Drago l'interrogea du regard. Harry baissa les yeux, rouge de gène.

 

-Je suis sale... souffla-t-il.

 

-Tu n'es pas sale. Tu ne le seras jamais.

 

Mais il comprenait son besoin de se laver. Lui même l'avait fait un noùbre incalculable de fois lorsqu'il était la petite pute attitrée du Lord noir. Il passa ses mains sous ses fesses et l'attira contre lui pour le porter et ainsi ne pas rompre le contact. Harry enroula ses jambes autour de ses hanches et se laissa porter jusqu'à la salle de bain. Une fois sur place, Drago le laissa un peu seul. Potter ne mit pas longtemps à ressortir de la pièce, toujours nu, mais propre. Il attrapa le poignet de Drago et l'attira à sa suite dans la baignoire, l'eau ayant été changée par ses soins. Sans vraiment saisir les gestes du brun, Drago se retrouva dans la baignoire, habillé, Potter lui dévorant la bouche. D'un sort, il se débarrassa de ses vêtements et il s'allongeât sur Potter, explorant sa bouche toujours plus passionnément. Au bout d'un moment, alors qu'il sentait qu'il perdrait bientôt le contrôle, Drago releva légèrement la tête.

 

-Tu es sûr?... Après ce qu'il s'est passé?

 

-Je n'ai pas le choix... j'ai besoin...

 

Un éclair de culpabilité traversa les yeux gris. Il savait que la potion agissait comme il l'avait prévu, mais Potter venait d'être violenté et il n'avait pas vraiment envie d'être comparé à Nott et son acolyte.

 

-La potion répare mon corps, je n'ai déjà plus mal... S'il te plait, viens, tu me ferais plus de mal en ne venant pas, tu le sais bien.

 

Oui, il le savait. Mais ça ne soulageait en rien sa conscience. Il allait trouver un moyen de se débarrasser de Nott, rapidement. Il s'en fit la promesse. En attendant, il avait un Potter chaud bouillant qui bandait contre lui et il avait bien l'intention de le faire crier, de plaisir, cette foiset de lui faire oublier les mangemorts. Pour la première fois, Drago prit Potter en bouche et le fit venir sans même penser un instant à se retirer, appréciant les mains qui tiraient ses cheveux et lui imposaient un rythme soutenu. Et lorsqu'enfin il le pénétra, ce ne fut que sous les suppliques insistantes du brun qui n'en pouvait plus de gémir. Lorsque Potter s'endormit, ce fut dans ses bras, dans l'eau chaude et Drago se sentit parfaitement à sa place. Lorsque l'eau commença à se refroidir, il se détacha du brun délicatement, et en quelques sorts, il vida la baignoire, sécha leur corps et leur enfila des pyjamas. Puis il prit Potter dans ses bras et le souleva contre lui. Avec un sourire, il se rappela sa réaction le premier jour de l'arrivée de Potter. Jamais il ne se serait imaginé porter Potter... surtout de cette façon. Il ne savait pas ce qu'il perdait à l'époque. Potter était tout ce qu'il y a de plus agréable à porter. Il marcha dans le couloir et prit la direction de la chambre qui lui avait servi à soigner Potter. Là, il posa le corps endormi sur le lit et rabattit les couvertures. Sans chercher à se retenir, il embrassa Potter sur la bouche, puis sur la tempe et enfin, il s'éclipsa, refermant la porte de la chambre et posant le sort de protection qu'il avait mis sur celle du cachot.

 

Quelques jours passèrent et ce furent des jours de calme. Un des ministres du Lord avait fait une belle boulette et avait perdu une petite fortune au profit d'un pays étranger qui de plus, n'avait aucun accord avec l'Angleterre. Drago se sentit soulagé mais son répit fut de courte durée. En effet, peu de temps après, Snape dénicha une poche importante de résistance et la brigade spéciale fut envoyée sur place en pleine nuit. Ce fut un véritable massacre. Il n'y eut ni survivant, ni prisonnier. Et le Lord avait retrouvé une certaine bonne humeur. C'est ainsi qu'un après midi, Severus frappa à la porte de son filleul. Drago lui ouvrit, surpris, mais heureux de le revoir, jusqu'à ce que d'un geste sec, Severus lui tende une parchemin signé du Lord. Le visage du blond se décomposa.

 

-Non... Severus, pas toi...tu... tu ne peux pas me faire ça!

 

-C'est ma récompense Drago.

 

-Je... je refuse, tu entends!

 

-Tu as un accord avec le Lord, tu n'es pas en droit de refuser. Amène moi à Potter où je le trouve moi même.

 

Drago, hors de lui prit le chemin de la chambre sans cesser la négociation.

 

-S'il te plait parrain, ne fait pas ça.

 

-Pourquoi pas?

 

-Parce que je ne veux pas... je ne supporte pas qu'on le touche!

 

-Tu ne t'en prives pas, il me semble.

 

-POTTER EST A MOI!!!

 

Le blond avait perdu le contrôle et il tremblait, cherchant à trouver un argument imparable.

 

-Je te préviens, je suis juste à côté, tu n'as pas envie de faire ça alors que je suis à côté, Severus, n'est-ce pas?!

 

-Rien ne t'oblige à rester, Drago. Maintenant tu m'excuseras, j'ai à faire avec Potter.

 

Sur ces mots, il entra dans la pièce et referma la porte au nez de son filleul.

 

Drago resta là, les bras ballant, tremblant de rage et d'incompréhension. Dès qu'il reprit ses esprits, il se colla à la porte, tentant d'entendre quels sévices son parrain infligeait à son prisonnier. Peine perdue, Snape avait protégé la pièce avec différents sorts et Drago sut qu'il lui faudrait tellement de temps pour les ôter que Severus aurait sans doute déjà terminé lorsqu'il y parviendrait... si il y parvenait un jour. Comment pouvait-il faire ça? Comment pouvait-il lui faire ça à lui, son filleul?! Il ne voyait donc pas que Drago était en train de devenir fou à voir tous ces hommes prendre la place qui était la sienne au creux de son corps. Sans bien comprendre pourquoi, il se mit à frapper de toutes ses forces contre la porte et à hurler à son parrain de sortir de là immédiatement. Connaissant les sorts de Severus, il savait pourtant qu'à l'intérieur, ils ne l'entendraient même pas. Après s'être épuisé contre la porte et les murs et avoir essayé une palette de sorts aussi inefficaces les uns que les autres, il s'effondra sur le mur d'en face, attendant la fin du calvaire. Il n'osait pas penser à l'état dans lequel serait Potter après le passage de son parrain. Enfin au bout d'un temps qui lui sembla interminable, la porte s'ouvrit et Severus sortit de la pièce. Aussitôt, Drago se précipita à l'intérieur et trouva Potter, assis sur son lit, qui le regardait étonné de son entrée fracassante. Il avait l'air parfaitement bien. Secoué, Drago reparti immédiatement dans l'autre sens et couru rejoindre son parrain. Il l'attrapa par le bras pour le forcer à s'arrêter. Severus lui envoya un regard noir et Drago relâcha sa prise.

 

-Je ne comprends pas.

 

-Tu ne comprends pas quoi?

 

-Tu... tu ne lui as rien fait?

 

-Tu devrais revoir tes fréquentations, Drago, tous les hommes ne sont pas des barbares. Je n'ai jamais eu l'intention de faire quoique ce soit à Potter. Et si tu ne m'avais pas hurlé dessus dès mon arrivée, tu l'aurais su et n'aurais pas eu besoin de t'écorcher les mains pour tenter d'entrer.

 

Honteux, Drago cacha ses mains derrière son dos avant de se souvenir qu'il faisait exactement la même chose lorsqu'il était enfant et que son parrain le grondait pour une bêtise. Il se reprit et inspira profondément avant de parler à nouveau.

 

-Tous les mangemorts qui sont venu ici depuis quinze jours ne sont venu que pour une seule chose... Si ce n'est pas ton cas, alors pourquoi es-tu là?

 

-Potter et moi avions un vieux compte à régler.

 

-Quoi, et c'est tout?

 

-C'est tout. Maintenant que c'est chose faite, rassure toi, je ne viendrai plus le voir.

 

-Mais... il faut avoir obtenu une récompense pour pouvoir voir Potter...

 

-J'ai délogé un groupe de résistants... des anciens camarades à toi... et à Potter. Ils sont tous morts.

 

L'air de profonde lassitude qui s'inscrivit sur le visage de son parrain inquiéta Drago. Jamais il n'avait pu lire autant de sentiments chez cet homme qu'il admirait plus que tout.

 

-Tu veux en parler?

 

Severus sembla retoucher terre et s'aperçut qu'il n'était pas seul. Aussitôt, son masque refit surface et il secoua la tête.

 

-Non. Je vais bien. J'ai toujours détesté ces morveux.

 

-...Oui... bien sûr...

 

Ni l'un, ni l'autre ne fut dupe.

 

-Je suis trop vieux pour tout ça... bien trop vieux... Je voudrai que tout s'arrête...

 

Drago le regarda sans comprendre et Severus fit un signe de la main pour éloigner le sujet. Puis il prit congé. Le blond resta perplexe. Son parrain avait un comportement de plus en plus étrange. Lorsqu'il fit demi tour, il aperçut Harry Potter qui était dans l'encadrement de la porte qui menait vers sa chambre. Il avait été perturbé au point d'oublier de fermer la porte. Drago ne sut jamais ce que son parrain avait pu dire à Potter ce jour là, mais la lumière était à nouveau présente dans les yeux verts et elle flamboyait! Drago ne sut pas vraiment comment réagir. Potter tentait-il de prendre la fuite? Il n'en fut rien. Le brun resta quelques secondes à le regarder fixement puis tourna les talons. Lorsque Drago le rejoignit, il était dans sa chambre, allongé sur son lit, un bras couvrant ses yeux. En entendant du bruit, Potter souleva son bras et lorsqu'il aperçu Drago, il se releva et s'approcha de lui. Avant que Drago ait pu parler, sa bouche était occupée par celle du brun et déjà les mains expertes dégrafaient son pantalon. Potter se laissa tomber à genoux, face aux membre imposant du blond et docile, il ouvrit la bouche pour l'engloutir le plus profondément possible. Drago laissa échappé un jappement de plaisir. Il y avait longtemps que Potter ne l'avait pas sucé. Et il était décidément particulièrement doué avec sa bouche. Drago l'arrêta avant de venir, provoquant un gémissement frustré de la part du brun. Mais celui ci se releva et recula vers son lit en regardant toujours Drago dans les yeux. Il avait aux lèvres un petit sourire aguicheur, que Drago ne lui avait encore jamais vu et qui l'excita au plus au point. Harry fit glisser ses vêtements doucement, l'invitant d'un doigt à venir le rejoindre. Drago ne se fit pas prier et une fois face au brun, celui-ci saisit sa main et la porta à sa bouche, suçant ses doigts langoureusement, les yeux toujours encrés dans les siens. Drago était dur comme jamais et sa respiration saccadée prouvait la difficulté qu'il avait à ne pas jouir sur le champs. Une fois que Potter jugea ses doigts suffisamment humides, il l'attira tout contre lui et plongea sa langue dans sa bouche tout en conduisant sa main vers ses fesses. Drago en enfonça deux d'un coup et Harry lâcha un petit cri de surprise, passant ses bras autour de son cou pour s'accrocher à lui. La préparation fut sommaire. Rapidement, Harry se détacha du blond et grimpa à quatre pattes sur le lit, le dos cambré, la croupe offerte.

 

-Viens, dépêche toi!

 

Drago ne se fit pas prier et il pénétra le brun d'une poussée, enchainant immédiatement de rapides et puissants coups de reins, provoquant des gémissements bruyants chez le brun qui s'accrochait aux draps, tentant de garder un minimum de contrôle sur son corps. Drago se cramponnait quant à lui aux hanches de Potter et laissait échapper des paroles et des cris qu'il n'avait pas préparé et auxquels le brun répondait aussi spontanément.

 

-Putain... Potter! Vas-y, bouge, ouais...

 

-Oh Merlin... continue, oui, vas-y, plus...pluuuss

 

-Tu aimes, Potter... dis moi que tu aimes...

 

-Oui! Ouiii, j'aime... ne t'arrête pas... plus vite,plus vite!

 

Drago obéit à la demande expresse de son amant et sentant sa délivrance proche, il saisit le sexe du brun et le masturba fermement, lui faisant pousser des cris d'extases encore jamais entendu dans la bouche du gryffondor. Peu de temps après, ils se libéraient ensemble. Harry se laissa glisser sur le lit, Drago toujours sur lui et ils restèrent quelques minutes sans bouger, le blond veillant quand même à ne pas trop appuyer son poids sur le brun. Lorsqu'enfin il trouva la force de se retirer, ce ne fut que pour se déplacer légèrement sur le côté et se rallonger, le bras toujours autour de la taille de Potter. En très peu de temps, il sentit la respiration du brun se faire plus régulière et Drago colla sa tête dans son cou et glissa à son tour dans les bras de Morphée.

 

Il était avec Potter. Il était dans un lit avec Potter, ils faisaient l'amour et le brun lui susurrait des mots doux à l'oreille. Ils vivaient ensemble au manoir, il n'y avait plus de guerre, ils étaient heureux. Et Drago revoyait en boucle l'épisode de la chambre et les lèvres de Potter qui bougeait lentement tout contre son oreille « je t'aime ». Ils étaient dans le jardin, le temps était magnifique et l'autre Drago disait quelque chose à Potter et Potter éclatait de rire et le regard qu'il posait sur l'autre lui... ce regard pour lequel il aurait tout donné. « je t'aime ». Drago se voyait cette fois assis sur un canapé, un soir d'hiver, il lisait un livre, une tasse de thé fumante déposée sur la table basse. Potter endormi auprès de lui, la tête posée sur ses cuisses et l'autre Drago passait distraitement sa main dans les boucles brunes. Et les lèvres de Potter qui murmurait encore. « je t'aime ». L'autre Drago respirait la joie de vivre, pas de masque à porter, pas de rôle à jouer, Drago ne savait même pas si lui était capable de sourire avec autant de bonheur dans les yeux que cet autre lui qu'il jalousait. Encore et toujours cette scène dans la chambre et les lèvres de Potter contre son oreille. « je t'aime ». Et cette fois, ses lèvres à lui qui répondaient « je t'aime aussi, Harry ».

 

Drago se réveilla en sursaut, la sueur dégoulinant lentement sur ses tempes et sur sa nuque. Ce n'était qu'un rêve... juste un putain de rêve... Un cauchemar... Drago regarda autour de lui. Potter dormait encore, toujours sur le ventre, il n'avait pas changé de position depuis qu'il s'était endormi. Le bras du blond qui était resté autour de lui y était peut être pour quelque chose. « je t'aime » En constatant qu'il le tenait fermement contre lui, Drago retira aussitôt son bras. Précautionneusement, il s'écarta un peu du corps du brun et s'assit sur le lit. Il se prit la tête entre les mains. Il revoyait sans cesse cette bouche et ce murmure semblait résonner dans sa tête. « je t'aime ». Le blond secoua la tête et se leva du lit. Il couvrit le corps du brun avec une couverture et sortit de la chambre sans bruit. Il referma la porte, hésita, puis s'éloigna sans poser le sort. Il alla dans sa salle de bain et prit une douche, utilisant à plusieurs reprise du savon. Il avait l'impression que l'odeur de Potter lui collait à la peau. Elle s'infiltrait dans ses narines et ne voulait plus partir. « je t'aime ». Après trois savonnages, Drago estima que l'odeur de menthe couvrait suffisamment l'odeur fruitée du brun et il sortit. Il alla dans son lit qu'il trouva trop grand et trop froid. Ce rêve était absurde! Totalement absurde. Potter était son prisonnier et toute cette histoire n'était qu'une sombre histoire de guerre, de victoire d'un camp... et de vengeance. Et pourquoi le Drago de son rêve avait-il le droit d'être si heureux? Quel choix avait-il fait pour en arriver à vivre avec Potter et à le faire rire. A lui faire l'amour sans avoir besoin de recourir à une potion. « je t'aime ». Peut être que le Potter de son rêve avait défoncé la porte de la cellule du cachot des seigneurs des ténèbres et qu'il avait emmené l'autre Drago dans un endroit sûr. Là il aurait repris des forces et alors, petit à petit, ils auraient appris à se connaître. Et Drago aurait rejoint le côté de la lumière et Potter aurait vaincu le mage noir. Et il lui aurait avoué qu'il...

Drago serra les dents de colère. Il fallait qu'il oublie tout cela. Ca ne voulait absolument rien dire. Potter était son prisonnier. Le seigneur des ténèbres avait gagné la guerre et jamais Potter ne lui sourirait à lui de cette manière, douce et tendre, amoure... Hérésie! Si il y avait bien une constante dans la vie de Drago Malfoy, c'était que Potter le détestait... et lui aussi détestait le brun... évidemment.... Oui, évidemment...

Enfin, après une longue attente, Drago s'endormit.

« je t'aime aussi, Harry »

 

Le lendemain, Drago se réveilla de très mauvais humeur. Ce foutu rêve l'avait hanté toute la nuit et les cernes qu'il voyait sous ses yeux n'y avaient pas du tout leur place. Cela lui rappelait trop le jour où il était sorti de son cachot. Dans la salle de bain du Lord, en sortant du bain où Zabini l'avait aidé à se laver, il se retrouva face à un grand miroir de plein pied. C'était une magnifique pièce, travaillée finement et dont les montures auraient pu faire pâlir de jalousie les plus belles sculptures de ce siècle. Mais ce qui avait marqué Drago, c'était la forme qui se reflétait au centre du miroir. Un cadavre. Un cadavre ambulant et presque squelettique, dont la peau était recouverte de plaies et de bleus. Il n'avait plus rien d'un Malfoy... il n'avait plus rien d'un humain. Si il n'avait pas su qu'il avait un miroir en face de lui, Drago n'aurait jamais pu affirmer que cet homme au regard vide était lui. Voyant son immobilisme, Blaise avait posé sa main sur son épaule et l'avait attiré à un endroit où il ne pouvait plus voir son reflet.

 

-Ca va aller, tu verras... lui avait-il soufflé.

 

Drago secoua la tête. Il avait retrouvé son corps d'avant. Seul la lumière ne daignait pas revenir éclairer ses yeux. Et le fait d'avoir des cernes aussi visibles pour un maudis rêve qui concernait Potter ne lui plaisait pas du tout. Pour compléter le tout, Drago reçut une missive du seigneur des ténèbres lui enjoignant de se présenter au manoir à la première heure. Drago souffla de mécontentement. Si Nott avait été raconté leur petite altercation de la veille, il était mal. Il faudrait jouer serrer pour s'en sortir sans casse, cette fois-ci. Drago était presque certain que son maître n'apprécierait pas vraiment qu'il ait pris la défense de Potter contre un mangemort... surtout si le dis mangemort était présent avec son autorisation. Drago se prépara rapidement et sortit de chez lui, avant même le réveil de Potter. Il transplana pas très loin du manoir et finit la route à pied, voulant se calmer les nerfs avant l'affrontement. Une fois à l'intérieur, il se dirigeât directement vers l'office où le Lord le recevait habituellement, mais il n'y trouva personne. Agacé, il regarda aux alentours dans les couloirs. Vu l'heure matinale, il ne fut pas surpris de les voir vides. Il entreprit alors de fouiller le château à la recherche de son maître. Malgré ses recherches, il ne le trouva nul part. Un mauvais pressentiment lui entoura les tripes. Il accéléra le pas, fouillant frénétiquement les pièces qu'il croisait sur son passage. Il ne pouvait pas fouiller la totalité du manoir, il en aurait pour la journée entière... au bas mot. Heureusement au bout d'un moment, il croisa un jeune mangemort. Il ne le connaissait pas, sans doute une toute jeune recrue, vu son âge.

 

-Toi!

 

Le jeune homme se figea, cherchant quel pouvait bien être sa faute pour être interpelé ainsi.

 

-Oui, monsieur?...

 

-Malfoy!

 

Le jeune homme écarquilla les yeux et Drago fut satisfait de son petit effet.

 

-Qu'est-ce que je peux faire pour vous monsieur Malfoy?

 

-Je cherche le seigneur des ténèbres sais-tu où il est?

 

Le jeune eut l'air dérouté.

 

-Eh bien... en France, monsieur...

 

Le blond sentit le sang déserter son visage.

 

-Il m'a convoqué ici ce matin même!

 

-Je suis désolé, monsieur Malfoy, il est en France depuis deux jours... il n'est prévu qu'il rentre que ce soir...je suis vraiment désolé...

 

Malfoy resta un instant stupéfait. Qu'est-ce que cela voulait dire... pourquoi quelqu'un aurait voulu le faire venir ici...

 

Soudain, la lumière se fit et sans prendre le temps de rajouter quoi que ce soit, il fit volte face et se mit à courir vers un des salons principaux. Il se jeta sur la poudre de cheminette et la lança dans l'âtre.

 

-Manoir Malfoy!

 

Aussitôt, il fut aspiré dans un tourbillon de flammes vertes. Il arriva dans son salon et s'extirpa rapidement de sa cheminée. L'endroit était désert et silencieux. Drago se précipitât vers la chambre qu'occupait Potter, elle était vide. Sans vraiment y croire, il s'élança dans les escaliers pour aller vérifier la cellule, vide également. Drago laissa échapper un cri de rage en constatant que Potter avait bel et bien disparu. Plus par acquis de conscience qu'autre chose, il vérifia d'autres pièces du manoir, sachant parfaitement que cela ne servirait à rien. Drago finit par retourner dans son salon et se mit à faire les cent pas, le cerveau en plein ébullition. Pour entrer chez lui, il fallait que le manoir reconnaisse l'emprunte magique, c'était donc quelqu'un qui était déjà venu assez récemment. Et pour rentrer alors qu'il était absent, il fallait soit avoir un lien magique puissant, soit avoir eu une autorisation du seigneur des ténèbres. Mais pourquoi n'avait-il pas jeté un sortilège d'authenticité sur le parchemin?! Il y avait un traître dans son entourage. Il avait le choix entre son parrain en qui il avait toute confiance et....

 

Un sourire mauvais étira ses lèvres. Drago Malfoy venait de découvrir le traître et de mettre au point un nouveau plan. Le soir même, il transplana à nouveau au manoir du Lord et demanda une entrevue spéciale et urgente avec lui. Il n'eut pas à attendre longtemps avant d'être reçu.

 

-Sache, petit Dragon, que je n'aime pas qu'on me force la main, tu as donc tout intérêt à avoir une très bonne raison de m'avoir demandé cet entretien « de toute urgence ».

 

-Potter a disparu!

 

-Quoi?! Tu n'est donc qu'un incapable, ENDOLORIS!!!

 

Drago se retrouva par terre, terrassé par la puissance du sort. Il avait prévu que cela se passerait ainsi et avait pris quelques potions avant de partir pour atténuer la douleur, mais le Lord était un sorcier très puissant. De plus il avait limité les doses pour ne pas que son maître découvre la supercherie. Pendant encore de longue minutes, le seigneur des ténèbres s'acharna sur lui, l'insultant copieusement et lui lançant des sorts quand il était à court de mots. Enfin, il s'approcha de lui, le souleva par le col et lui pointa la baguette entre les deux yeux.

 

-Si cela n'était pas toi, Drago Malfoy, tu serais déjà mort. Alors tu vas m'expliquer immédiatement comment tu as fait pour le perdre.

 

Drago prit tout juste le temps de réguler sa respiration après les vagues de douleur. Il avait tout préparé à l'avance. Son plan était parfait... tout du moins, en théorie.

 

-Monseigneur, je suis désolé de vous l'apprendre, mais il y a un traître dans vos rangs.

 

Le seigneur des ténèbres s'immobilisa et regarda le blond droit dans les yeux.

 

-Et as-tu une preuve de ce que tu avances?

 

-Les barrières de mon manoir n'ont pas été forcées, cela signifie donc que c'était forcément un mangemort qui avait reçu l'autorisation de passage. De plus, Potter n'était pas en état de s'échapper, la barrière magique l'en aurait empêché. C'est donc une personne qui avait la possibilité d'aller et venir chez moi sans que cela ne déclenche les alarmes. Une personne qui est déjà venu à plusieurs reprises depuis que vous m'avez accordé Potter et qui paraissait fortement intéressé par lui. Il a très vite attiré mes soupçons mais je n'avais aucune preuve. Aujourd'hui, cela est chose faite.

 

Le Lors baissa doucement sa baguette et lui parla d'une voix doucereuse.

 

-Je suppose que tu as un nom, petit Dragon...

 

Drago s'empêcha de laisser transparaître un sourire triomphant.

 

-Oui, maître. Le traître est Théodore Nott.

 

oO°°Oo

 

Drago rentrait chez lui, faisant bien attention de ne pas paraître pressé ni victorieux. Il garda son masque impassible sur son visage jusqu'au salon du Lord où il s'infiltra dans la cheminée après avoir jetée la poudre. Le seigneur des ténèbres avait dit qu'il s'occuperait de tout. Drago avait précisé au lord que Potter n'était plus en état d'agir contre lui. Il ne savait pas réellement pourquoi il lui avait mentit de cette manière. Potter avait toutes ses capacités, mais cela lui avait semblé naturel. Et puis, après tout, Potter n'avait plus de baguette. Faire passer Potter pour quelqu'un de diminué pouvait peut être le protéger de la fureur du Lord si un jour il le retrouvait. Mais le plan de Drago était bien huilé et si tout roulait, plus jamais le Lord ne mettrait la main sur Harry Potter.

 

Deux jours plus tard, l'invité de Drago sonna à sa porte. Il fit entrer Zabini et l'invita à passer au salon. Lorsque Blaise se retourna vers lui, Drago avait sorti sa baguette et un air menaçant s'était inscrit sur son visage. Le black tenta d'attraper la sienne pour se défendre mais le blond fut plus rapide.

 

-EXPELIARMUS!

 

Drago récupéra la baguette du black tendit que celui ci était expulsé contre le mur. Il se releva tant bien que mal, se frottant la tête à l'endroit où il s'était cogné.

 

-Mais qu'est-ce qui te prend, Drago?

 

Le blond pointa sa baguette vers lui.

 

-Tu t'assois, Zabini et tu la fermes, sinon je te jure que tu vas savoir quels sont les premiers sorts que l'on apprend dans la famille Malfoy!

 

Blaise sembla réfléchir une seconde puis alla s'asseoir sur le bord du canapé.

 

Drago s'approcha et s'installa sur le fauteuil en face de lui, pointant toujours sa baguette vers lui.

 

-Traître.

 

Blaise écarquilla les yeux.

 

-Qu'est-ce que tu racontes?

 

-Je sais que c'est toi qui copine avec les résistants Zabini. Je sais que c'est toi qui est passé du côté de l'ordre du Phénix.

 

Blaise pâlissait à vue d'œil.

 

-Mais enfin, Drago, Théodore a été arrêté par le lord, il a avoué et a été exécuté!

 

Drago eut un sourire mauvais.

 

-J'ai dénoncé Nott au lord car il devenait bien trop demandeur auprès de Potter et que cela m'arrangeait bien. Mais c'est toi le traître.

 

-Il.. il a avoué! répéta le black.

 

-Pauvre et naïf petit Zabini...sous la torture, tout le monde avoue tout ce que tu veux. Et crois-en ma longue expérience, certains mangemorts sont des spécialistes pour cela... à commencer par ma chère tante, Bella!

 

Blaise déglutit et laissa planer un long silence.

 

-Comment as-tu deviné?

 

-Tu me prends pour un imbécile, Blaise? Tu crois que je n'ai pas vu à Poudlard, à quel point tu bavais sur Weasley?! Tu n'étais pas très discret, crois moi, je me demande comment j'ai pu être le seul à m'en apercevoir! Un serpentard amoureux... et d'un gryffondor en plus! Mais tu veux savoir ce qui est le plus pathétique, Blaise?! C'est que lui n'a jamais eu d'yeux que pour la sang de bourbe!!!

 

A nouveau un lourd silence se fit. Puis Drago sembla exploser.

 

-LA BELETTE, BLAISE!!! COMMENT AS-TU PU TRAHIR TON CAMP POUR LA BELETTE?!!

 

Zabini avait les dents serrées, le temps des mensonges était révolu, il savait qu'il allait mourir ce soir, de la main de la personne qu'il avait un jour considéré comme son meilleur ami et que la guerre lui avait pris.

 

-Il s'appelle Ronald, Drago.

 

Drago laissa échapper un petit ricanement!

 

-Il a du tirer une drôle de tronche ton rouquin quand il a vu ta marque, mon petit Blaise!

 

Blaise ne réagit pas et Drago eut soudain un doute.

 

-Attend... ne me dis pas que.... bon sang... tu étais avec eux depuis le début... tu t'es... tu t'es enrôlé auprès du Lord noir uniquement pour servir d'informateur... tu es devenu espion pour la belette!!

 

Il laissa échapper un petit rire qui ressemblait plus à un sanglot.

 

-Et moi qui me demandait quelles avaient pu être les raisons qui t'avaient poussées à devenir mangemort....

 

A nouveau, le silence se fit. Drago semblait plongé dans ses réflexions.

 

-C'est pour ça que tu as voulu voir Potter, n'est-ce pas? C'est ton rouquin qui s'inquiétait?!

 

Blaise hocha la tête puis le silence se fit quelques instants.

 

-Pourquoi tu ne me livres pas? Pourquoi tu ne m'as pas dénoncé à Voldemort?

 

Drago sentit un frisson traverser son échine. Si il doutait encore, Blaise venait de lui donner la preuve du camp auquel il appartenait. Jamais un vrai mangemort n'oserait appeler le maître ainsi. Ils avaient bien trop peur du châtiment. Et soudain, Drago fut las de tout ça.

 

-Je ne sais pas... peut être en souvenir de l'estime que je te portais autrefois...

Tu n'en as peut être pas conscience, mais tu m'as sauvé la vie Zabini. Alors, disons que maintenant nous sommes quitte. Casse-toi!

 

Blaise se leva lentement, pas vraiment certain qu'il avait l'autorisation de partir, sans aucun dommage. Puis il se ravisa et se rassit sur la canapé. Il avait là peut être la dernière occasion de sa vie de parler en toute honnêteté avec Drago, il ne voulait pas passer sa chance. Il était maintenant presque persuadé que le blond ne lui ferait pas de mal.

 

-Pourquoi avoir gardé Potter?

 

-Ne joue pas avec ma patience Blaise, je peux aussi bien appeler le Lord maintenant et s'en est fini de toi!

 

Le black soupira.

 

-Très bien, je m'en vais... de toutes façons, maintenant, ça n'a plus d'importance. Il est en sécurité.

 

Drago laissa échappé un gloussement.

 

-Que tu crois Zabini, que tu crois!

 

L'inquiétude s'inscrivit sur le visage de Blaise.

 

-Qu'est-ce que tu veux dire?

 

-Ecoute bien Zabini parce que je ne répèterai pas. Tu vas passer un petit message à ton ordre à la noix de ma part! J'ai donné quelque chose à Potter, une chose que personne à part moi ne connaît et que personne ne peut maîtriser. Cette chose est devenue vitale pour lui et je suis le seul à pouvoir l'empêcher de crever la bouche ouverte! Cela fait deux jours qu'il est avec vous, il doit déjà commencer à ressentir les effets, je ne lui donne pas longtemps avant d'être en très piteux état. Alors si toi et ton... clan de la lumière ne voulez pas voir disparaître votre dernier petit rayon d'espoir, vous avez plutôt intérêt à me le ramener ici et fissa!

 

Blaise déglutit, pas vraiment certain de la véracité des propos de son ancien camarade. Il tenta la diversion.

 

-Je trouve ton obsession pour Potter bien prononcée pour quelqu'un sensé le détester... Tu vois, si tout cela n'était pas aussi malsain, je pourrais presque croire que c'est de l'amour.

 

Cette fois, Drago éclata de rire. Un rire faux et sans joie.

 

-Je ne sais pas ce qu'est l'amour Zabini et j'en suis très satisfait! Crois moi Blaise, il n'y a rien de plus jouissif que de voir Potter à mes genoux et d'avoir sa vie entre mes mains. Il me hait, je le hais... il n'a jamais été question d'amour. Jamais! Je rêvais de cela depuis des années et tu sais quoi, ça valait le coup d'attendre et de souffrir... parce qu'aujourd'hui, Potter m'appartient et vous ne pourrez rien y faire, tous autant que vous êtes!

 

Blaise sourit tristement.

 

-Effectivement... dit comme ça, ça ne ressemble pas à de l'amour. Remarque, c'est sans doute mieux ainsi car si tu l'avais aimé, votre histoire aurait pu dépasser toutes les tragédies shakespearienne! Parce que tu vois, Drago, Potter, lui, était amoureux de toi depuis la quatrième année... mais je suppose que après tout ce que tu as du lui faire subir, ce n'est plus du tout le cas... Tu imagines? Tu imagines, Drago, si tu avais été amoureux de lui? Tu aurais juste voulu jouer au plus malin et tu aurais tout perdu alors qu'il te suffisait de tendre une main vers lui pour attraper le bonheur à pleines mains. Ca aurait été un vrai gâchis, tu ne penses pas?!... Alors, finalement, je pense que oui, c'est une bonne chose que tu ne saches pas ce qu'est l'amour...

 

Drago sentait son cœur battre tellement fort qu'il semblait vouloir transpercer sa cage thoracique. Il serrait les dents et sentait ses yeux s'embuer malgré lui. Potter était amoureux de lui... non, Potter avait été amoureux de lui... pendant tout ce temps... « je t'aime ».

 

-Va-t-en Blaise! dit Drago d'une voix blanche.

 

-Drago...

 

-TIRE TOI D'ICI ESPECE DE TRAITRE!!! hurla le blond en lui lançant sa baguette.

 

Blaise soupira, ramassa sa baguette et se leva, il se dirigea vers la porte du salon mais avant de sortir, il se tourna une dernière fois vers son ancien ami.

 

-Je sors avec Ron depuis plus de Cinq ans, Drago. Depuis le milieu de notre sixième année en fait. Hermione et lui jouaient la comédie pour ne pas éveiller les soupçons.

 

Drago resta bouche bée à cette information. Zabini et Weasley... plus de cinq ans qu'ils étaient ensemble et il était passé à côté...

 

-Je l'aime, Drago. Je l'aime à en crever et je n'en ai pas honte. Parce que j'ai appris que l'amour existe... même pour nous... même pour toi! Et si réellement tu ne sais pas ce que c'est, ce dont je doute sérieusement vu l'obsession que tu nourris pour Potter depuis toutes ces années... alors je te plains, Drago. Je te plains sincèrement.

 

Et sans attendre une réponse qui, il le savait, n'arriverait jamais, il s'en alla.

 

Drago resta un long moment assis sur son fauteuil. La tête vide. Il était perdu. Et lorsqu'il sentit une larme glisser sur sa joue, il l'essuya rapidement. Il se l'était promis. Il avait juré qu'il ne verserait plus une larme. Mais dans son grand salon vide, Drago Malfoy s'effondra sur le sol, de longs sanglots résonnant longtemps contre les murs de pierre.

 

Quelques jours plus tard, Drago était inquiet. Potter devait être dans un très mauvais état maintenant et il n'était toujours pas revenu. Les combattants de la lumière allaient-ils le laisser mourir plutôt que de revenir vers lui? Drago sentit ses entrailles se nouer à cette idée. Il ne voulait pas que Potter meurt. C'était juste impensable. Ou alors, ils avaient trouvé une sorte de remède provisoire. Oui, provisoire, car il n'existait aucun remède pour cela. Il y avait veillé. Mais peut être avaient-ils réussi à créer quelque chose de subsidiaire, un peu comme il l'avait fait lui même avec son sang... mais dans les deux cas, cela ne pouvait pas durer bien longtemps. Une chose était sure, si Potter ne revenait pas rapidement vers lui, il mourrait. Puis, le blond avait beaucoup médité. Il était maintenant persuadé que l'ordre du phénix ne laisserait pas Potter mourir et donc ils devaient effectivement avoir trouvé une sorte d'antidote provisoire, pensant trouver bientôt un remède. Jusque là, rien de bien inquiétant, sauf que Drago savait qu'il était particulièrement doué dans le domaine des potions. Et il savait aussi que l'une des rares personnes à pouvoir effectuer cette potion transitoire était la même que celle qui lui avait appris tout ce qu'il savait et lui avait montré la voix de cet art délicat. Cet homme en qui il avait toujours cru et en qui il avait, jusque là, entièrement confiance. Cet homme qu'il considérait comme son père: Severus Snape. Alors comme ça, même Severus était un traître... Drago ne savait pas depuis quand, il avait peur de le découvrir. Mais il ne dit rien. Comment aurait-il pu condamner à mort la seule personne pour qui il était prêt à risquer sa vie... avec Po... non, la seule personne. Et Drago se rendit compte que cette fois-ci, il était vraiment seul.

 

L'Angleterre allait mal. Le seigneur des ténèbres avait enfin réussi à mettre plus ou moins en place un gouvernement, mais il avait instauré un régime de terreur. Les moldus avaient été mis au courant de l'existence des sorciers d'une manière radicale. Le Lord avait pour projet de les réduire en esclavage. Les premiers moldus s'étaient moqué et l'avaient envoyé paître, ils avait hurlé de souffrance jusqu'à ce que leur corps ne les lâche. Et depuis, c'était la panique. Les mangemorts avaient carte blanche et les massacres se faisaient nombreux, sans compter les viols, les pillages, les humiliations et les tortures... Les résistants, comme l'avait prévu Severus n'avaient pas vraiment tenu et seuls les plus acharnés continuaient la lutte. Parmi eux, sans aucun doute les amis de Potter... et Blaise. Les autres, avaient tenté de trouver une place dans l'ordre que proposait le seigneur des ténèbres, cherchant à être épargné par sa folie dévastatrice. Les sang-purs, bien sûr avaient été les premiers à se faire connaître et ils jouissaient de presque tous les droits tant que cela n'allait pas à l'encontre des désirs du Lord. Pour les sangs-mêlés, une sorte de test était prévu pour vérifier si ils étaient suffisamment puissants pour être qualifiés de sorciers, sinon, ils étaient relégué au même rang que les enfants nés moldus. Les tests se faisaient dès la petite enfance et le seigneur des ténèbres prévoyaient déjà de faire ces tests dès la naissance, pour un tri plus rapide et efficace. Pour les autres, les demi-sangs non sélectionnés aux tests, les nés-moldus, les moldus et les cracmols, les jours étaient devenu une lutte constante pour la survie. Ils étaient considérés comme des être inférieurs, sous humains et n'avaient aucun droit. Ils étaient à la merci des sang-purs et la cruauté humaine semblait ne pas avoir de limite. Les pays européens qui n'avaient pas été colonisés par le mage noir commençaient déjà à menacer le Lord de ce qu'ils appelaient une troisième guerre mondiale. Lord Voldemort leur avait rit au nez et avait fait exploser les émissaires en petits morceaux pour toute réponse. Drago avait l'impression que son pays s'enfonçait lentement dans une horreur indéfinissable et pourtant, rien ne lui importait plus. Car Potter n'était toujours pas revenu. Cela ferait quinze jours dans un peu plus de quarante-huit heures.

 

Ce soir là, il pleuvait fortement et Drago, pour ne pas se mouiller, utilisa la poudre de cheminette pour rentrer chez lui. Il fut surpris de voir Paky l'attendre, dansant d'un pied sur l'autre.

 

-Que se passe-t-il Paky?

 

-Maître Drago, monsieur... il y a une personne qui a frappé à la porte très longtemps...

 

-Qui est-ce?

 

-Paky ne sait pas, monsieur, maître Drago lui a ordonné de ne plus ouvrir la porte depuis la disparition du prisonnier du maître.

 

Drago eut un soupir las.

 

-Je n'entends rien, il a du s'impatienter et partir. La prochaine fois, tu pourras ouvrir.

 

L'elfe hocha la tête, mais resta là, se dandinant de plus en plus...

 

-Dis moi ce qu'il y a, Paky, qu'on en finisse!

 

-Maître Drago... Paky croit que c'était le prisonnier qui était revenu, monsieur. Paky a cru reconnaître son aura magique.

 

-Quoi?!

 

-Mais Paky n'avait pas le droit d'ouvrir, monsieur...

 

Mais Drago n'écoutait déjà plus et s'était précipité vers la porte d'entrée qu'il ouvrit à la volée. Là, sur le perron, roulé en boule, gisait Harry Potter, trempé et considérablement affaibli. Pendant un instant Drago le crut mort et son cœur bondit violemment dans sa poitrine. Mais en entendant du bruit, le brun releva la tête. Il avait le visage émacié et des cernes creusaient ses yeux. Il semblait être vidé de toutes ses forces. Lorsqu'il l'a perçut, Harry leva une main vers lui...

 

-Drago... prononça-t-il faiblement... s'il te plait...

 

Aussitôt, Drago l'attrapa par les épaules et le tira à l'intérieur. Là, Harry se releva en s'agrippant à lui et se jeta sur sa bouche. Le baiser fut plus violent que jamais, le brun semblait vouloir aspirer les forces vitales du blond, tandis que ses main déboutonnaient son pantalon. L'une d'elle s'infiltra à l'intérieur pour le masturber, mais Drago n'avait pas besoin d'être très stimulé pour bander. Potter était là, tout contre lui, il sentait son odeur et son cœur et son corps entier se réchauffaient et il l'embrassait encore et encore, s'abreuvant à sa source, tout comme le brun s'abreuvait de lui. Très vite, Harry se détacha de son visage et se laissa tomber à genoux, il se mit à sucer Drago énergiquement. Il n'avait qu'un seul but, récupérer enfin la semence du blond, qui lui redonnerai vie. Lorsque Harry baissa de lui même son pantalon et commença à se préparer seul pour accueillir le blond en lui, Drago crut qu'il allait jouir sur place. De plus, les lèvres du gryffondor allaient et venaient sur son sexe à une vitesse impressionnante et cela en fut presque douloureux .

 

-Oh merlin, Potter!... Harry!! Vas-y, continue... oui.. vas-y, bébé!

 

Rapidement, il saisit le brun par le col et le tira en arrière, lui arrachant une cri de protestation. Mais Drago ne lui laissa pas le temps de se plaindre davantage. Il le releva, le souleva en passant ses mains sous ses cuisses, le plaqua contre la porte et le fit redescendre, l'empalant sur sa verge dressée dans un long gémissement partagé.

Sans attendre, Drago ressortit du corps du brun pour revenir avec plus de force encore. Harry sembla apprécier car il ordonnait au blond de recommencer, toujours plus fort. Puis il sembla incapable de prononcer plus de paroles alors il se contenta de pousser des cris de plaisirs, en rythme avec les pénétrations du blond. Il passa ses bras autour du cou de l'homme qui le portait et enfouit sa tête dans son cou, cherchant à approfondir toujours plus le contact. Déjà son odeur lui faisait du bien. Mais il était encore loin d'être rassasié. Lorsque Drago se libéra, quelques temps après lui, il ressentit comme un courant d'énergie lui traverser le corps. Il se sentait renaître. Drago posa sa tête sur l'épaule du brun qu'il portait toujours lorsque ce dernier murmura à son oreille.

 

-Encore...

 

Drago hocha la tête.

 

-Je sais!

 

Effectivement, il savait. Lorsqu'il avait « puni » le brun et qu'il ne l'avait pas vu pendant trois jours, il avait eu une réaction déjà exagérée à son retour. Il s'imaginait ce que cela allait donner après presque quinze jours de séparation. Drago leur lança à tous les deux un sort de nettoyage et pour la première fois, l'emmena dans sa chambre et l'allongea sur le lit, recouvrant son corps. A sa grande surprise, le brun, d'un mouvement de bassin, inversa leur position et se retrouva au dessus de lui, le chevauchant. Avec un petite sourire, il se recula et se pencha pour avaler son sexe et lui redonne de la vigueur. Drago le laissa faire entièrement à sa guise. Le corps de Harry savait exactement ce dont il avait besoin et lui ne voulait pas le faire souffrir davantage. Rapidement, son sexe retrouva la forme et les gémissements que poussaient le brun n'y étaient pas étrangers. Drago baissa son regard et croisa les yeux de Potter. La lueur était là, encore affaiblie, mais qui reprenait vie peu à peu. Et observer Potter avaler son sexe tout en se masturbant l'excitait énormément. Il fut brusquement surpris lorsque Potter, tout en accélérant la succion introduisit un doigt en lui. Cherchant à le retirer, Drago s'immobilisa soudain lorsqu'il caressa en lui une zone qui lui envoya une décharge de plaisir. Et au lieu d'un désaccord, c'est un long cri de plaisir qui franchit ses lèvres. Cette fois, les yeux de Potter luisaient de plaisir et Drago abandonna, se laissant totalement faire. Et c'est à l'aide de sa bouche, de sa langue et de son doigts que Potter le fit éjaculer cette fois la, n'en perdant pas une goutte. Drago, qui s'était crispé sous l'orgasme, se laissa retomber sur le matelas et il referma ses bras sur Potter qui était venu se blottir tout contre lui. Leur bouche se retrouvèrent et ils s'embrassèrent passionnément.

 

-Encore... lui murmura à nouveau le brun.

 

Drago sourit.

 

-Je sais... laisse moi quelques minutes, ok? Ca va aller?

 

Le brun hocha la tête et reprit le baiser. Drago lui rendit puis, après un petit moment à butiner ses lèvres, lui attrapa le menton et l'écarta pour encrer ses yeux aux siens.

 

-Tu es parti!

 

Le brun nia de la tête.

 

-Ils m'ont emmené.

 

-Tu n'es pas revenu.

 

Cette fois, le brun ne dit rien mais amena ses poignets devant les yeux du blond, sur lesquels on pouvait clairement apercevoir des marques assez profondes de liens.

 

-Ils t'ont attaché?! demanda Drago stupéfait.

 

-Pour me protéger... quand ils ont vu que ça ne servait à rien et que j'allais mal, ils m'ont libéré.

 

-Et tu as réussi à transplaner tout seul, jusque chez moi, dans ton état?

 

Le brun secoua à nouveau la tête.

 

-Zabini m'a fait transplaner, mais il n'est pas resté, il pensait que tu n'aimerais pas le voir là.

 

Drago hocha la tête doucement.

 

-Tu es là, maintenant.

 

-Oui, je suis là.

 

-Tu ne partiras pas?

 

-Je ne peux pas partir...

 

Drago hocha la tête doucement. Une drôle de pointe au cœur. Il aurai aimé une autre réponse, mais à quoi s'attendait-il. Potter était contraint et forcé de rester auprès de lui. Qu'il s'estime déjà heureux de le voir à ce point accommodant. D'autres que lui auraient pu faire de sa vie un enfer, malgré leur soumission. Et Drago se souvint des paroles de Blaise et un relent d'espoir lui étreignit le cœur. Potter l'avait aimé. Peut être pourrait-il le faire retomber amoureux de lui. Il allait essayer, il mettrait le temps qu'il faut, mais il ferait en sorte que Potter n'ait plus besoin de la potion pour avoir envie d'être contre lui.

 

-Malfoy?

 

-Drago, c'était bien aussi...

 

Harry eut un petit sourire qu'il réprima bien trop vite au goût du blond. Cependant, il n'utilisa pas son prénom.

 

-Je voulais savoir... les mangemorts...

 

Drago sentit les muscles du brun se tendre à ce sujet. Il se maudit de ne pas avoir pu agir plus tôt contre cela. Mais maintenant il était tranquille.

 

-Le seigneur des ténèbres te croit disparu, plus personne ne viendra.

 

-Tu es sûr?

 

-Sûr et certain. C'est rien que toi et moi, maintenant...

 

Et Drago l'embrassa, à nouveau en forme, le faisant rouler sous lui dans le but de combler au maximum ce corps qui lui avait tant manqué. Il le pénétra sans aucun difficulté et le brun l'accueillit en lui avec un gémissement de plaisir, s'accrochant à ses épaules et enroulant ses jambes autour de ses hanches.. Drago s'appliqua à lui faire perdre la tête, pour une nuit qui s'annonçait très sportive. Cette fois, Potter était à lui et rien qu'à lui et il avait bien l'intention de passer le reste de sa vie à lui faire l'amour dans cette chambre qui devenait la leur.

 

« je t'aime aussi, Harry »

Par Meryl - Publié dans : C'est toi et moi (Two-Shot, DM/HP)
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Dimanche 30 mai 7 30 /05 /Mai 09:43

Bonjour les gens! (y-a-t-il encore des gens?!)

Comme je vous l'ai déjà dit il y a quelque temps, en ce moment, ma vie est un champs de bataille... Mes histoires n'ont donc pas avancé d'un poil. Cependant, unjour de déprime, je me suis mis à penser à cette fiction... j'ai tapé les bases sur mon ordi pour pouvoir me libérer la tête, pensant ne jamais l'écrire... et puis finalement, elle est devenue une sorte d'obsession... j'y pensais tout le temps, je la créais petit à petit... donc finalement, je me suis dit pourquoi pas. Et voilà ce que ça donne. Cette histoire est à l'origine un OS, mais il peut y avoir une suite.... d'ailleurs il va y avoir une suite, même si elle n'était pas prévue au départ...

 

Ceci est donc une fanfiction Harry Potter, un DM/HP pour être précise. Ce n'est pas du tout celui dont je vous avais déjà parlé. C'est vraiment un truc qui m'est tombé dessus et que je n'ai pas eu d'autre choix que de coucher sur le papier...

Par contre il est trop long donc je le coupe (ouais, 57 pages word, en même temps, ça pardonne pas sur OB...), mais la suite est juste derrière, pas d'attente entre les deux... après tout, ça reste un OS.

 

J'espère que ça vous plaira.

A bientôt!

Meryl qui pense bien à vous même si elle n'a vraiment pas le temps de vous offrir plus pour le moment.

P.S: Bonne fête à toutes les mamans du monde (ouais, je sais bien, fête pétiniste et commerciale et blablabla, mais je trouve qu'on ne dit jamais assez à nos mamans qu'on les aime!).

 

 

     Drago Malfoy traversait les couloirs du manoir de Lord Voldemort, la tête droite, l'air hautain, le visage impassible. Les mangemorts qu'il croisait le regardaient avec envie ou avec crainte, mais toujours avec un respect bien trop grand pour oser lui demander quoique ce soit. Drago avait largement dépassé son père dans l'échelle hiérarchique des mangemorts; d'ailleurs, il avait dépassé tout le monde. Tout le monde sauf une personne. Severus Snape restait, et sans doute à tout jamais, le préféré du seigneur des ténèbres. Son unique espion, ses yeux et ses oreilles au sein du côté de la lumière. Mais Drago arrivait juste derrière lui et cela lui convenait pour ses ambitions. Il n'avait jamais eu pour but de prendre la place de Severus. Il avait bien trop de respect pour son parrain et de toutes manières, son attention était tournée sur tout autre chose.

 

Il était pourtant parti de loin. Après son échec cuisant lors de sa sixième année, le retour auprès de son maître avait était une brutale descente aux enfers. Il avait cru que cette année d'angoisse était terrible, il n'avait pas encore goûté à la cruauté et à la colère du Lord noir. Les mois qui avaient suivi n'étaient dans ses souvenirs qu'une succession de sorts plus douloureux et vicieux les uns que les autres entrecoupés de moments d'inconscience salvatrice. Et parfois, encore, dans ses cauchemars, résonnait le rire aiguë et dément de sa tante, mangemorte aguerrie, briseuse d'être humain professionnelle, entrecoupé de ses propres cris, ses suppliques et ses sanglots. Il y avait aussi le froid. Ce froid humide qui vous glace au plus profond des entrailles et qui semble ne jamais vouloir vous quitter. Ce froid qui vous fait espérer que la mort est proche mais qui jamais ne répond à vos prières. Et puis un jour, le lord était entré dans son cachot. Pas pour lui parler, non, il n'était plus rien à ses yeux, mais pour interrompre Bellatrix, en grande forme ce jour là, pour lui demander de partir d'urgence avec quelques autres mangemorts pour renforcer une attaque du côté de Manchester, d'après ce qu'avait compris Drago. Tout aurait pu s'arrêter là et Drago aurait pu respirer jusqu'à son retour ou jusqu'à ce qu'un autre mangemort ait l'envie subite de venir se défouler sur lui, mais le blond, suite à ces nombreux sévices était à moitié nu sur le sol poussiéreux et les yeux que posèrent sur lui le Lord noir ne lui laissèrent aucun doute sur les idées qui lui passaient par la tête. Avant même que le seigneur des ténèbres n'ouvre la bouche, Drago sut quelle serait la suite de son destin. Effectivement, même pas une demi heure plus tard, il avait été emmené dans une salle de bain et lavé... récuré même, au vu de la méthode utilisée par le mangemort, peu ravi de service de nourrice, soigné, et était en train de se faire pilonner par le sorcier le plus puissant depuis Grindelwald. Ce jour là, Drago, en perdant sa virginité, laissa une fois de plus couler quelques larmes et se jura qu'elles seraient les dernières qui franchiraient ses paupières.

 

Le temps avait passé lentement. Drago avait une petite chambre attenante à celle du Lord, pour « être sous la main en cas d'envie pressante », il n'était plus torturé et la douleur qui avait été si longtemps sa compagne semblait n'être qu'un mauvais rêve, comme si elle n'avait jamais existé. Un jour, Drago se demanda si sa position actuelle était plus enviable. Etre la pute de Lord Voldemort était une sacrée atteinte à sa dignité. Mais alors même qu'il pensait ces mots, Drago se fustigeât mentalement. Il n'avait plus de dignité depuis longtemps et il était prêt à tout faire pour ne jamais, plus jamais se retrouver sous la baguette de sa tante. Aussi, il accéléra ses mouvements de succion, bien décidé à ne pas lasser son maître, pour qu'il ne le renvoie pas dans les cachots et lorsque sa semence envahit sa bouche, il retint un haut le cœur et s'appliqua à ne pas en laisser une goutte. Oui, il était prêt à tout.

 

Petit à petit, Drago reprenait du poil de la bête. A partir du moment où il avait accepté de n'avoir plus rien d'humain en lui, tout devenait beaucoup plus facile. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le lord noir n'était absolument pas brutal dans ses rapports sexuels. Il aurait même pu faire un bon amant si Drago n'éprouvait pas une telle aversion à se laisser toucher par lui. Il avait beau faire tous les efforts du monde, jamais il ne réussit à prendre aucun plaisir et pire encore, le lord noir s'en rendait compte. Bien sur il bandait lorsqu'il était touché, bien sur il éjaculait lorsqu'il était suffisamment stimulé... réactions purement mécaniques, sans aucun désir, sans aucun plaisir et sans gémissement. Si au début, Voldemort avait prit cette réaction comme un challenge, il finit par se lasser de ne pas réussir à faire jouir un post-adolescent à peine défleuré, lui, un homme expérimenté. Alors, Drago paniqua, déjà il revoyait le cachot et son sang sur le sol et le froid et les larmes... non, plus jamais! Il se l'était promis. Pendant quelques jours, Drago réfléchit à tous les moyens qu'il pourrait trouver pour ne pas retrouver son ancienne place. Et de fait, la solution s'offrit à lui un jour de printemps, presque un an jour pour jour après son retour au manoir, tête basse. Ce jour là, une équipe de mangemorts devait attaquer un village moldu sur les côtes écossaises. L'ordre du phénix leur avait réservé un beau comité d'accueil et les pertes avaient été sévères. Ce jour là, les fesses encore brulantes de la brutalité inhabituelle du Lord, Drago l'observa faire des va-et-vient réguliers dans la salle où il préparait habituellement ses attaques. Drago était déjà venu plusieurs fois, mais bien évidemment, il n'avait jamais eu son mot à dire, il n'avait même pas tenté malgré certaines idées complètements loufoques, voire dangereuses de certains mangemorts quant aux opérations à mener. Mais cette fois ci, nombre des partisans du seigneur des ténèbres étaient en missions à un coin ou un autre du pays, ralliant des alliés, tuant des moldus, cherchant un moyen de détruire l'ordre du phénix pour rentrer dans les petits papiers du Lord. Drago pencha discrètement la tête vers la carte étalée sur la table. Des mini-mangemorts animés étaient répartis à différents endroits et mimaient des combats face à d'autres mini-personnages vêtus de rouge pour la plupart, des membres de l'ordre, ou de violet, des aurors. Alors Drago sut qu'il avait là sans doute son unique chance de s'en sortir. Il allait devoir jouer serrer pour pouvoir émettre son opinion sans vexer le Lord et se prendre un doloris accidentel.

 

-Pardonnez-moi Monseigneur, dit-il d'une voix basse et rauque d'avoir si peu parlé ses derniers mois, se gardant bien de lever les yeux plus haut que le bout de ses chaussures.

 

Il sentit le Lord arrêter les cent pas et se tourner vers lui.

 

-Qu'est-ce que tu veux, Drago?

 

Le jeune Malfoy fut surpris de la voix douce de son maître. Il n'était pas en colère. Du moins pas contre lui. Il fallait en profiter. MAINTENANT!

 

-Je suis désolé, maître, mais je n'ai pu m'empêcher de voir la disposition de vos troupes sur la carte et...

 

Drago se lécha les lèvres, sentant une perle de sueur couler le long de sa tempe.

 

-...et, avec tout mon respect, Monseigneur, une meilleure organisation serait... plus propice à... à votre avancée et... et causerait sans doute beaucoup moins de perte dans notre camp...

 

Drago se tût. C'était le moment de vérité. Il allait soit payer pour son impudence, soit se glisser dans une brèche qui pourrait peut être, à long terme, devenir une porte de sortie. Le Lord s'approcha de lui et resta quelques minutes silencieux. Drago supposa qu'il regardait sa carte, cherchant où était ses points faibles, mais il n'osa pas lever les yeux et ne put donc l'affirmer. Finalement, deux doigts relevèrent son menton et le Lord encra ses yeux rouges dans les siens.

 

-Je t'écoute.

 

Alors Drago exposa ses idées, mettant en avant les failles évidentes des plans d'attaque des mangemorts, améliorant les points de défense, divisant certains groupes pour en former d'autres, plus puissants, plus efficaces. Le Lord écouta patiemment, posant quelques questions, donnant quelques idées, pour finalement se ranger de l'avis de Drago. Et ce fut le début d'une succession de pertes fracassantes pour l'ordre du phénix et les aurors. Quant au ministère, n'en parlons pas, il était gangréné jusqu'à la moelle et le Lord contrôlait déjà presque la totalité du pays. Il attendait juste le bon moment pour le rendre officiel. Ainsi, Drago fut de plus en plus souvent appelé pour les réunions de ce type et à chaque fois qu'il émettait un avis, il faisait mouche. Et si au début, il n'osait pas trop s'opposer aux mangemorts plus âgés et expérimentés que lui, qui pour la plupart étaient ses anciens bourreaux, il prit rapidement de l'assurance face aux résultats rapides qu'il obtint. Et puisque le Lord n'arrivait toujours pas à déclencher cher lui de plaisir charnel, il finit par ne plus le toucher du tout, le laissant se concentrer uniquement sur les plans des prochaines attaques. Il avait désormais carte blanche et n'hésitait plus à remettre à leur place certains mangemorts à la langue bien pendue mais aux idées irréalistes et saugrenues pour un plan de bataille.

 

Drago commença à prendre du galon. Le seigneur des ténèbres lui faisait confiance et appuyait toujours ses décisions, qui étaient à chaque fois les plus brillantes et les plus efficaces sur le terrain. Il eut à nouveau une chambre à lui, assez éloignée de celle du Lord, il retrouva sa baguette et eut même à disposition un laboratoire de potions, sa passion, transmise par son parrain. Il se mit donc à confectionner avec lui des potions pour les mangemorts, en perfectionnant certaines, en inventant d'autres... Drago retrouvait peu à peu sa classe, sa superbe et son mordant, puis il finit par retourner chez lui, au manoir Malfoy, revenant chaque jour travailler, mais préférant garder sa demeure, contrairement à ses parents. Mais sa soudaine notoriété ne lui apporta pas beaucoup d'amis au sein des mangemorts, où chaque place est chèrement acquise. Il sentait les regards hostiles et il entendait les ragots à peine camouflés qui courraient sur lui. Un jour, un mangemort le provoqua et devant toute une assemblée lui rappela sa condition de catin et de « vide-couilles », comme il l'avait si joliment appelé.

 

Ce jour là, le 31 juillet 1997, alors que dans une maison protégée du fidélitas, Harry Potter fêtait ses 17 ans, Drago Malfoy tortura un homme pour la première fois. Lentement, cruellement et avec un plaisir non dissimulé. Lorsqu'il s'interrompit, il regarda l'assistance autour de lui et demanda si il y avait un autre volontaire. Personne n'esquissa un geste. Pour la première fois depuis sa naissance, Drago vit son parrain baisser la tête tristement lorsqu'il le vit et il ressentit une drôle de boule au fond de son ventre. Puis il croisa les yeux du Lord, qui avait un petit sourire et lui fit un petit signe de tête.

 

-On dirait que le dragon sait sortir ses griffes... je vous suggère à tous de ne pas l'oublier... dit-il d'une voix mielleuses et amusée au reste de l'assemblée avant de s'éloigner.

 

A ces mots, Drago sentit la boule de culpabilité diminuer un peu dans son ventre. Il avait la vie sauve et venait d'imposer sa place. Il avait fait le bon choix, même si le prix à payer était une perte d'estime de son parrain! Drago sortit de la salle en prenant bien soin de ne pas croiser cet homme qu'il considérait comme son père et qui portait dans ses yeux une cruelle lueur de déception. Plus jamais aucun mangemort n'osa évoquer devant Drago son passé de prisonnier ou de prostitué. Et Drago continua son ascension jusqu'à arriver à la tête des mangemorts, en compagnie de son parrain et pour la plus grande fierté de son père. Il n'était jamais sur le terrain, il était, selon le seigneur des ténèbres, un stratège bien trop doué pour mourir bêtement sur un champ de bataille. Sa place était donc aisée et enviée, mais personne n'osait plus jamais s'attaquer à Drago Malfoy.

 

Mais si Drago était enfin à respecté au sein de son « clan » et pouvait maintenant agir librement, il était rongé, au plus profond de lui par un sentiment de haine qui ne le quittait plus. Cette haine avait un visage et un nom: Harry Potter. Le sauveur. Sauveur du monde sorcier, mon cul. Lui, il ne l'avait pas sauvé, il n'avait même pas essayé. Il était là pourtant. Il avait vu sa détresse tout au long de leur sixième année et sa déchéance ultime lorsqu'il l'avait trouvé dans les toilettes des filles. Mais à aucun moment il n'avait levé le petit doigt et il l'avait regardé s'enliser petit à petit, sans doute avec un plaisir non dissimulé, devant certainement se gausser de son sort avec ses amis, en haut de leur tour rouge et or. Et encore les premiers temps, du fond de sa cellule froide et humide, entre deux sorts cuisants de sa famille, Drago priait mentalement pour que Potter vienne. Pour que Potter vienne et le sauve, en l'emmenant loin d'ici. Après tout, il n'avait tué personne, il n'avait simplement pas pu. A cette époque, peu lui importait de devoir côtoyer la famille entière des Weasley, la sang-de-bourbe, ou même le lycanthrope. Il était prêt à passer du côté de la lumière, à renier sa famille et son nom. Tout ce qu'il voulait c'est que ce foutu Potter avec ses yeux trop verts vienne défoncer la porte de son cachot et l'emmène loin de l'enfer qui rythmait son quotidien et si au passage il pouvait tuer le seigneur des ténèbres, cela aurait été un plus. Et Drago s'était accroché à cet espoir. Longtemps. Bien trop longtemps et aujourd'hui il se dégoutait pour cela. Car Potter n'était pas venu. Personne n'était venu et les sorts avaient continué à pleuvoir sur lui, sous les rires de sa tante et les insultes de son père. Drago était persuadé que si la belette avait été dans ce cachot à sa place, Potter n'aurait pas mis deux jours à tout dégommer, quitte à y perdre quelques plumes au passage. Après tout il était un gryffondor. Mais il n'était pas la belette. Il était Drago Malfoy. Et apparemment, Drago Malfoy n'était pas suffisamment bien pour être sauvé par Harry Potter et sa clique. Ironie du sort, c'est le Lord noir, celui dont il avait souhaité si ardemment la mort, qui lui avait sauvé la vie. Il l'avait sorti de cette cellule et en avait fait sa pute avant d'en faire son stratège en chef. Drago Malfoy, n'avait pas choisi son camp. Le destin l'avait fait pour lui.

 

Et Drago en avait voulu à Potter. Beaucoup, énormément. Peu importait qu'il ne soit pas rationnel. Le Lord noir était responsable de son malheur? Hérésie! Il était celui qui lui avait sauvé la vie. Il ne pouvait pas être en même temps son sauveur et son bourreau. Non, il fallait un coupable. Et ce coupable, c'était Potter. Potter et sa belle gueule. Potter et ses beaux idéaux qui ne sont pas valables pour un fils de mangemort comme lui. Et il allait payer! Oui, aujourd'hui, quatre ans après son humiliante défaite au sommet de la tour d'astronomie Drago Malfoy traversait le manoir du Lord avec toute l'assurance qui le caractérisait car aujourd'hui,, il allait avoir sa vengeance sur Harry Potter. Depuis quelques jours maintenant, le Lord noir avait remporté la guerre. Le ministère était tombé, Poudlard était tombé.... Potter était tombé! Potter avait été fait prisonnier du Lord et pourrissait depuis quelques temps au fond d'une cellule. Une cellule que Drago connaissait par cœur. Et sous sa couche d'impassibilité, Drago jubilait!

 

-Drago! Je t'attendais!

 

-Bonjour, maître! Pardonnez mon retard. répondit-il en s'agenouillant.

 

Il était loin d'être en retard, il était même en avance. Mais on ne doit pas faire attendre le seigneur des ténèbres. Il aurait été n'importe qui, il se serait sûrement pris un doloris, mais Drago avait l'impression que son maître avait pour lui une sorte d'affection... si cela n'avait pas été le lord, il aurait même pu parler de tendresse. Bref, il était rarement atteint par la folie destructrice de son maître. Et cela ajouté au reste ne contribuait pas à faire de Drago quelqu'un d'aimé parmi les mangemorts. Ça et le fait qu'il n'était pas marqué. Le Lord le savait, mais semblait s'en accommoder. Et lorsque Drago regardait ses avant bras, vierges de tout tatouage, il ne pouvait s'empêcher de repenser aux moments passés entre les bras du Lord qui lui murmurait combien sa peau semblait pure et combien il aimait le voir nu. Drago était certain que c'était l'unique raison pour laquelle il n'avait pas reçu « l'immense privilège » de ne pas être tatoué comme du bétail. Non pas qu'il le souhaitait, mais il avait été surpris d'être considéré comme un précieux conseiller sans devoir prouver sa fidélité auparavant. Peut être les nuits passées entre ses draps faisaient office de contrat. Drago ne le savait pas trop et ne cherchait surtout pas à poser la question au Lord.

 

-Approche Drago!

 

Le jeune homme se releva et se dirigea vers le seigneur des ténèbres.

 

-Comme tu le sais Drago, nous avons maintenant la totalité du ministère entre nos mains...nous avons même la totalité de la Grande-Bretagne!

 

Drago hocha la tête, sachant pertinemment où il voulait en venir.

 

-Et pour gouverner mon pays, vois-tu, j'ai besoin d'hommes de confiance. Qui, même une fois au pouvoir, sauraient m'obéir et répandre ma parole, sans chercher à avoir plus. Peu de gens en sont capables. Et beaucoup de mes mangemorts convoitent les postes importants.

 

Drago le savait. Depuis quelques semaines maintenant, avant même la bataille finale, les mangemorts avaient commencé à percevoir la victoire de plus en plus proche et les ambitions de grandeur s'étaient révélées. Chacun devenant encore plus fourbe et traître que son voisin pour pouvoir obtenir des grâces du Lord et ainsi choisir un poste haut placé au sein de la future société anglaise.

 

-J'ai déjà fait cette proposition à Severus, il m'a dit vouloir réfléchir un peu. Je voudrais que toi aussi, de ton côté, tu penses au poste que tu souhaiterais occuper. Tu peux me demander ce que tu veux, tu l'auras.

 

-Tout ce que je veux?

 

-Absolument. Tu as été un atout majeur dans cette guerre Drago. Et tu as mené notre camp à la victoire. Alors tu peux me demander n'importe quoi, j'accepterai ta requête, sauf si Severus convoite le même poste. Je me dois de lui laisser le privilège du choix. Comprends-tu?

 

Des grognements discrets se firent entendre parmi les mangemorts, que Voldemort fit taire d'un simple regard. Drago savait qu'il se faisait encore plus détesté par ses « confrères » en étant ainsi privilégié, mais il n'en avait rien à faire. Son parrain était également passé par là et s'en sortait très bien. Il était un puissant sorcier et ne craignait pas les attaques. Et puis son plan, qu'il fomentait depuis des mois n'allait, à priori causer de tort à personne.... à part Potter.

 

-Bien sur, maître. Mais je n'ai pas besoin de réfléchir. J'ai déjà choisi.

 

-Tiens donc? Et quel est donc le poste que tu convoites?

 

Le silence se fit dans la salle. Chacun était suspendu aux lèvre du jeune Malfoy.

 

-Je ne veux pas de poste... je veux Potter!

 

Le silence perdura encore quelques secondes dans la salle avant que n'éclate un tollé de protestations et d'insultes diverses.

 

-Silence!

 

Voldemort avait à peine haussé le ton, mais plus un bruit ne se faisait entendre. Il ne faisait pas bon contrarier le seigneur des ténèbres. Même après une victoire.

 

-C'est une requête étrange que tu me fais là, petit dragon. Pourrais-tu t'expliquer?

 

-C'est bien simple mon maître. Je ne souhaite pas m'impliquer dans la vie politique du pays. Je ne suis pas suffisamment diplomate ni suffisamment expérimenté pour cela. Je suis sûr que nombre de vos suivants s'acquitteront de cette tache bien mieux que moi.

 

Drago pu sentir une vague secouer la foule autour d'eux. Il laissait sa place, ce qui signifiait que quelqu'un d'autre allait pouvoir la prendre. Drago pouvait presque voir les frétillements d'impatience chez les mangemorts les plus proches de lui. Ils étaient tous tellement pathétiques!

 

-Vous m'avez dit que je pouvais choisir n'importe quoi. Mon ultime requête, c'est Potter, maître. Je ne vous demanderai rien d'autre pour ma participation à votre triomphe.

 

Le Lord noir réfléchit un instant. Il avait là l'occasion d'éloigner un futur potentiel homme dangereux. Car le seigneur des ténèbres n'était pas dupe et malgré l'apparente docilité du jeune homme, il sentait le sang qui courait dans ses veines et distinguait parfois une lueur brut de passion dans ses yeux. Si Drago Malfoy décidait un jour de profiter de son poste pour tenter quelque chose contre lui, son charme, sa puissance et son nom lui apporterait un grand nombre de partisans. Et le blond s'éloignait tout seul du pouvoir... après tout, cela lui rendait service.

 

-Pourquoi veux-tu Potter?

 

-J'ai... un vieux compte à régler avec lui.

 

Et la lueur dans ses yeux gris refit surface, plus puissante que jamais et le rictus sur ses lèvres plurent au Lord noir.

 

-Je comptais le tuer... je ne voudrais pas que Potter interfère à nouveau dans mes affaires, comprends-tu?

 

-Bien entendu maître. Ne vous inquiétez pas pour cela. J'en fait mon affaire personnelle! Potter ne sera plus jamais un grain de sable dans votre rouage.

 

Voldemort eut un petit sourire en coin. Il était bien loin le temps où le jeune Malfoy tremblait, terrorisé entre ses bras. Oui, c'était une bonne idée de l'éloigner immédiatement du pouvoir. Cependant, il n'allait pas lui céder si facilement. Il restait son maître, il voulait provoquer chez lui l'incertitude et l'attente.

 

-Je vais y réfléchir. Reviens dans deux jours, je te donnerai ma réponse. D'ici là, repose toi et savoure notre victoire.

 

Drago serra les dents mais courba la tête avant de s'éloigner et de rentrer chez lui. Il était presque certain que le Lord savait déjà quelle réponse il allait lui donner. Il voulait s'amuser encore un peu avec lui. Il n'était qu'un pion, ils n'étaient tous que des pions. Cela aussi il l'avait accepté depuis longtemps. Une fois au manoir Malfoy, Drago enleva sa cape et ses chaussures, prit un verre de whisky pur feu et alla s'asseoir dans un fauteuil moelleux. Il était bien chez lui. Ses parents avaient choisi de rester auprès du Lord, il avait donc le manoir pour lui tout seul. Les elfes de maison étaient à ses ordres et surtout, il était libre de préparer sa vengeance contre Potter. Et depuis près de deux ans maintenant, dans les sous-sols du manoir, dans son atelier de potion, Drago Malfoy mettait au point la potion qui serait à la hauteur de sa vengeance. Il l'avait inventé lui même, pas à pas. Ayant un objectif précis en tête. Elle n'était répertoriée dans aucun ouvrage et il n'en avait parlé à personne, pas même à son parrain, pourtant expert dans le domaine, pas même à Blaise Zabini qui se rapprochait le plus de l'idée que Drago se faisait d'un ami. Non, il avait préparé sa vengeance seul, la nourrissant de rancœur et de haine. Et aujourd'hui, tout était prêt. Il ne manquait que le personnage principal, la pièce centrale de son jeu: Potter! Et c'est pour cela qu'il n'admettrait aucun refus de la part du Seigneur des ténèbres.

 

 

 

-J'ai bien réfléchi Drago.

 

Voilà, il y était. Les deux jours précédents lui avaient paru interminables, mais la patience avait été de mise. Il était à nouveau face au Lord, mais seul à seul cette fois, dans le bureau du seigneur de Grande Bretagne. Il attendait sa réponse, cachant habilement son inquiétude quant à un éventuel refus.

 

-J'accepte...

 

Imperceptiblement, Drago se détendit, ce qui n'échappa pas au seigneur des ténèbres.

 

-...à deux conditions.

 

Drago sentit ses épaules se crisper légèrement.

 

-Quelles sont-elles?

 

Le Lord noir eut un sourire malsain.

 

-Eh bien, vois-tu, depuis que Monsieur Potter est parmi nous, beaucoup de mes hommes semblent assez heureux de lui rendre des petites visites dans sa cellule.

 

Drago serra les dents. Ils avaient touché Potter! Ça n'allait pas! Ça n'allait pas du tout! Potter était à lui!

 

-Et je pense qu'ils seraient fort contrariés si ils n'avaient plus à disposition cette petite... distraction...Donc, ma première condition est que lorsque je jugerai que mes hommes méritent une... récompense, ils puissent venir réclamer leur dû...

 

Drago contrôla du mieux qu'il put sa voix pour pouvoir répondre.

 

-Et comment saurais-je qu'ils viennent réellement avec votre autorisation?

 

Voldemort ricana.

 

-Un parchemin portant ma signature magique te conviendrait-il, petit dragon?

 

Sachant que ces conditions n'étaient en aucun point discutables, Drago hocha la tête, sèchement.

 

-Et la deuxième condition?

 

Voldemort sourit à nouveau. Et Drago n'aima pas du tout son sourire.

 

-Eh bien, j'ai entendu dire que Harry Potter offrait beaucoup à mes hommes lorsqu'ils allaient le voir. J'ai donc voulu le tester à mon tour...

 

Drago rentra ses poings dans les manches de sa robe pour pouvoir les serrer sans risque.

 

-... et il s'est avéré que... bien que son corps soit effectivement assez attrayant... et ses pleurs assez jouissifs... il ne m'a pas apporté ce que je souhaitais.

 

Drago tentait désespérément de ne pas sauter sur son maître et le rouer de coups. Sa respiration était irrégulière et rapide et il sentait sa magie bouillonner à l'intérieur de son corps, cherchant un échappatoire.

 

-Ma dernière condition, reprit le seigneur des ténèbres, c'est toi, Drago.

 

Stupéfait le jeune homme releva la tête rapidement.

 

-Je vous demande pardon?

 

-Depuis toi, j'ai du mal à trouver des amants capables de me satisfaire comme il faut!

 

Drago déglutit. Le Lord ne l'avait pas touché depuis près de trois ans.

 

-Je veux que tu te donnes à moi cette nuit. Pendant ce temps, mes mangemorts conduiront Potter dans tes cachots. Si j'ai ce que je veux, tu reviendras me voir lorsque je le souhaiterais, tout comme j'enverrais mes mangemorts s'amuser avec Potter. Sinon, je te laisserai tranquille définitivement.

 

-Et que voulez-vous, maître?

 

-Je veux te voir jouir Drago. Tu es quelqu'un de magnifique... tu dois être vraiment sublime en plein orgasme. Je veux te voir alangui et tremblant, je veux te voir me supplier.

 

Drago ne chercha pas à comprendre pourquoi le Lord était tellement obsédé par le fait de lui donner du plaisir, mais il hocha la tête sans même s'en rendre compte. Son corps ne lui appartenait plus depuis longtemps... et puis, il aurait Potter. Et il savait que le Lord finirait par le laisser tranquille; effectivement, pas un son ne franchit ses lèvres cette nuit là. Au petit matin, Lord Voldemort le congédia assez sèchement en rétorquant qu'il devait être frigide et que personne ne pourrait rien pour lui. Drago baissa la tête et réprima un petit sourire. Si il savait... si il savait à quel point il bandait quand il pensais à sa vengeance sur Potter, si il savait à quel point il perdait le contrôle lorsqu'il se caressait en y pensant...

 

Drago rentra chez lui, impatient. Mais avant toute chose, il alla prendre une douche pour effacer les dernières traces de son maître. Ensuite il se fit servir un verre de whisky pur feu et s'installa dans son fauteuil. Potter était là, chez lui, dans son cachot, à sa merci. Drago sentit son sexe se gonfler à cette idée. Il mourrait d'envie de descendre et d'aller contempler sa victoire... sa presque victoire car tout n'était pas fini. Au lieu de cela, il attendit, dégustant son verre et prenant son temps. Il se demanda ce que pensait Potter. A quel point était-il terrifié? Il avait été transféré et sans doute qu'il n'avait aucune idée de là où il se trouvait... Drago aurait voulu être une souris pour s'infiltrer discrètement dans sa cellule et contempler l'angoisse latente de sa némésis.

 

Le jeune Malfoy inspira longuement pour se remettre les esprits en place et monta dans son bureau pour gérer les affaires courantes de sa famille. Son père avait laissé de côté un certain nombres de choses lorsqu'il était parti s'installer définitivement auprès du Lord. Vaine tentative pour retrouver un prestige perdu. Il était si désespéré à l'idée de ne plus être un favori de son maître qu'il en devenait risible. Depuis son retour chez lui, c'était donc Drago qui gérait le tout et malgré la guerre, les différentes actions réparties un peu partout dans le monde étaient florissantes. Drago était aussi bon gestionnaire que stratège. Ce n'est qu'en fin de journée que le serpentard, n'y tenant plus, céda à son envie de descendre dans ses cachots pour y retrouver sa future victime. Il descendit les marches, tentant de réguler sa respiration. Son impatience ne devait surtout pas se voir. Il devait rester maître de la situation. Mais les battements affolés de son cœur lui semblaient bien trop bruyants dans le calme des lieux. Il s'imaginait toutes sortes de commentaires qu'il pourrait lancer à Potter pour lui prouver sa supériorité, pour lui prouver qu'il avait réussi à s'en sortir sans lui. Sans lui! Il avait gagné et Potter avait perdu et il allait pouvoir contempler sa réussite du fond de son cachot. Drago sentit son ventre se contracter d'anticipation. Bon sang, comme il était pressé de voir la tête que ferait Potter en constatant qu'il était son prisonnier. Qu'il était à lui. A lui! Il pouvait en faire ce qu'il voulait. Drago s'arrêta un instant et s'appuya contre le mur froid des sous sols. Il fallait qu'il se calme. Il ne pouvait pas se permettre de sautiller comme un enfant à l'idée d'avoir Harry Potter à sa merci... à ses pieds... Bien malgré lui, il sentit à nouveau son sexe durcir et se fustigea... il fallait qu'il arrête de bander à chaque fois qu'il pensait à Potter, c'était... inapproprié... Drago s'imagina la correction qu'il aurait reçu de la part de son père si plus jeune il avait manifesté une telle excitation pour quoique ce soit. Aussitôt, la pensée fugace de lanières de cuir fouettant sa peau lui traversa l'esprit. Pour un sang pur fier de son rang, son père avait pourtant trouvé les tortures moldues très efficaces et satisfaisantes à son goût. Certes, le doloris était cruel et sans pitié, mais Drago avait l'intime conviction, au fond de lui, que son père avait apprécié de voir le sang couler suite aux châtiments qu'il lui administrait. Et pour cela, rien de mieux que des méthodes barbares. Des méthodes moldues.

 

Les battements de son cœur avaient retrouvé un rythme normal. Rien de tel qu'un petit souvenir familial pour refroidir les ardeurs les plus récalcitrantes! Il reprit sa route et arriva devant la porte du cachot qu'il avait réservé à Potter. Il resta là, sans bouger, pendant quelques secondes, guettant un bruit, une présence, si possible un sanglot... mais rien. Et pendant un instant il paniqua. Le seigneur des ténèbres lui avait menti, il ne lui avait pas fait livrer Potter, il lui avait fait croire qu'il acceptait juste pour le mettre dans son lit une dernière fois. La nausée le prix et le plus rapidement possible, Drago posa sa main sur la porte, posant son empreinte magique et le loquet céda. Il ouvrit la porte en grand, la faisant claquer contre le mur et avança d'un pas dans la cellule. Potter était là, inconscient. Pour l'entrée fracassante, il repasserait! Drago serra les dents! Potter devait même pourrir sa victoire. Il avait vraiment un don pour foutre sa vie en l'air. Méfiant, Drago s'approcha du corps à priori endormi de son prisonnier et du bout de sa chaussure, il lui donna un petit coup. La cellule étant peu éclairée, il ne pouvait pas voir distinctement son visage, mais il n'eut pas l'air d'avoir de réaction. Alors Drago s'approcha un peu plus et c'est là qu'il s'aperçut de l'état dans lequel Potter se trouvait. Ses vêtements n'étaient que des lambeaux et les parties visibles de son corps étaient salement amochées. Les mangemorts qui l'avaient amené ici avaient apparemment bien profité de ce petit moment d'intimité. A moins que cela ne date d'avant son arrivée chez lui... « depuis que Monsieur Potter est parmi nous, beaucoup de mes hommes semblent assez heureux de lui rendre des petites visites dans sa cellule ». Drago serra les dents. L'envie subite de se précipiter au manoir du seigneur des ténèbres et de dépecer les premiers mangemorts qu'il trouverait le démangea. Il inspira et expira longuement avant de retrouver le contrôle de son corps et d'arrêter de trembler. Il n'avait aucune raison de se mettre dans cet état. Ce n'était que Potter après tout. Oui, mais Potter était à lui! Personne d'autre n'avait le droit de poser sa main sur lui. Juste après avoir pensé cela, Drago se souvint de la condition que le lord lui avait imposé et à nouveau il sentit ses membres s'agiter de légers tremblements. Tout cela ne faisait pas du tout parti de son plan. Tout allait de travers. Il voulait Potter pour lui. Pour lui tout seul! Il fallait qu'il trouve un moyen de ne plus faire de Potter la récompense des mangemorts. Peu importe le temps que ça prendrait, il trouverait un moyen. En attendant, il devrait serrer les dents et espérer que les mangemorts seraient suffisamment incapables pour ne pas trop satisfaire leur maître.

 

Une fois cette résolution prise, Drago appela un elfe de maison pour emmener Potter dans une salle de bain. Il n'allait certainement pas s'abaisser à le transporter lui même. Et pourquoi pas le porter pendant qu'il y était. Drago gloussa légèrement en s'imaginant porter Potter comme une princesse et envoya balader au loin la partie de sa tête qui n'arrivait pas à trouver cette idée dérangeante. L'elfe qui faisait léviter Potter devant lui le regarda étonné de cette démonstration d'amusement et Drago le fusilla du regard. L'elfe baissa aussitôt les yeux et continua sa tâche à savoir, faire léviter le jeune homme là où son maître lui avait ordonné. Après, il irait se pincer les oreilles et les doigts dans une porte pour avoir contrarié son jeune maître.

 

Une fois sur place, Drago regarda son elfe s'occuper de faire couler un bain à bonne température. Il se demanda pourquoi il faisait ça. Depuis quand les prisonniers étaient-ils emmenés dans une salle de bain pour se laver? Drago se rappela son propre enfermement. Pendant tous les mois passés dans sa cellule, il n'en était jamais sorti. Quand les mangemorts qui venaient s'amuser avec lui avec quelques sorts spécifiques trouvaient l'odeur trop peu supportable, il lui jetait un seau d'eau glacé et se contentaient de cela. Drago se souvint de son premier bain après sa captivité. Enfin le deuxième. Car le premier, il avait été accompagné d'un mangemort qui avait exécuté sa tâche le plus vite possible et après, l'avait envoyé dans les bras de son maître. Mais le deuxième... le deuxième avait été un vrai plaisir. Une petite bulle de bonheur dans l'enfer qu'était devenu sa vie. C'était juste après que le lord noir ait eu fini de lui prendre sa virginité...un certain nombre de fois. Il lui avait montré la salle de bain et l'avait invité à « faire comme chez lui ». Drago s'était retrouvé devant la baignoire dont il était sorti quelques heures plus tôt, nu, sans oser faire le moindre geste. Il ne savait pas exactement combien de temps il était resté là, mais il avait très froid et il sentait que la semence du lord qui avait coulé sur ses cuisses était presque sèche.

 

C'est ainsi que Zabini l'avait trouvé. Il avait appris que sa « punition » avait été levée et voulait retrouver son ami. Les quelques indications qu'il avait glané l'avaient amené à entrer en toute discrétion dans la chambre du lord, priant pour ne pas se faire prendre et ne voyant personne, il avait poussé l'expédition jusqu'à sa salle de bain privée. Il risquait quelques sorts plutôt désagréables pour cela, mais il voulait vraiment retrouver Drago. Lorsque ce fut fait, il resta un moment la bouche ouverte, contemplant son ami qui ressemblait à un cadavre. Lorsque qu'il posa sa main sur l'épaule blanche du jeune homme, Drago se souvint qu'il avait fait un bond et il était presque certain qu'il avait crié de surprise et de peur. Il s'était recroquevillé dans un coin comme un chien... comme la chienne qu'il était. Mais Zabini s'était approché avec douceur en levant les mains pour ne pas l'effrayer. Drago avait honte à se souvenir. Zabini l'avait approché comme on approche une bête blessée. Il était bien incapable de se rappeler des paroles que le black lui avait soufflé ce jour la, mais cela avait marché. Il avait fixé ces grands yeux chocolats, autrefois remplis de rires et lorsque Blaise lui avait tendu sa main, il l'avait saisi et s'était accroché à lui, le laissant le bercer doucement pendant que d'un geste de baguette, il avait fait couler un bain. Et Zabini l'avait lavé et habillé et lui avait tenu compagnie jusqu'au soir, le forçant à manger un peu de bouillon, respectant son silence et lui assurant que le jour où Drago serrait prêt, il serait là pour l'aider à s'en sortir et même à partir si il le voulait. Il n'avait pas bien compris cette dernière parole mais n'avait pas cherché plus loin. Le lord était revenu et Drago devait le satisfaire. Blaise et Drago n'avaient jamais reparlé de cette journée et très vite, le blond avait retrouvé ce masque impassible et froid malgré la douleur et la lassitude qui l'emplissaient. Mais parfois, quand Drago était prêt à craquer et à se jeter du haut de la première tour qui passait, une main brune se posait sur son épaule et restait un petit moment, transmettant sa chaleur. Puis elle repartait comme elle était venu, en silence et alors Drago se disait que peut être, il pouvait tenir encore un peu...jusqu'à ce que Potter vienne le sauver... Puis, Drago avait commencé à se frayer un chemin auprès du lord. Un chemin autre que celui menant à sa couche. Et la main se posa de moins en moins souvent sur son épaule. Et le regard chocolat fut de moins en moins rieur. Et alors que Drago montait les marches de la hiérarchie mangemorienne, la haine pour Potter devint de plus en plus intense et Blaise Zabini s'éloigna de lui.

 

Drago secoua la tête. Il n'aimait pas replonger dans son passé. Si Zabini n'avait pas su profiter de son ascension pour lui aussi devenir un favoris, ce n'était pas son problème. Drago reconcentra ses pensées sur Potter et la vision qu'il eut faillit le faire hurler.

 

-Mais que fais-tu, idiot?!

 

L'elfe sursauta et se tourna vers son maître, les yeux globuleux grand écarquillés, cherchant sa faute.

 

-Pardonnez-moi, maître Drago. Paky croyait que maître Drago avait demandé à Paky de donner un bain à son prisonnier. Paky va se punir, vilain Paky qui n'a pas compris les ordres du maître!

 

Et alors que l'elfe commençait déjà à se cogner la tête contre le mur de la salle de bain, Drago fut interloqué. C'était effectivement ses ordres.

 

-Ca suffit, arrête!

 

Aussitôt l'elfe se retourna vers lui, attendant le moindre désir de son maître pour se faire pardonner sa faute.

 

-Je t'ai bien demandé le bain, mais je peux savoir pourquoi tu... tu le touchais?!

 

L'elfe le regarda, interloqué.

 

-Mais... maître... pour le déshabiller...

 

-Tu voulais le déshabiller?!!!

 

La voix de Drago partit dans les aigus et une lueur féroce s'inscrivit dans ses yeux. L'elfe, complètement perdu face à cette réaction tenta de se justifier.

 

-Pour prendre le bain, maître Drago... Paky voulait le déshabiller pour le bain...

 

Drago ouvrit la bouche... puis la referma. Il savait ça réaction exagérée et l'attitude de son elfe non seulement parfaitement justifiée mais également dénuée de tout vice, mais c'était plus fort que lui. Il allait déjà devoir supporter que les mangemorts le touche, c'était déjà beaucoup trop.

 

-Je... laisse nous Paky! Je vais m'occuper du reste! Je ne veux pas que tu le touches à nouveau, c'est compris? Sauf si je t'en donne l'ordre.

 

-Bien maître Drago, comme vous voudrez, maître Drago.

 

Et l'elfe, toujours décontenancé, disparut dans un pop sonore. Drago se frotta l'arrête du nez avec ses doigts, tic qu'il avait emprunté à son parrain depuis son enfance. Potter le rendait dingue. Complètement dingue. Même inconscient, il parvenait à lui faire faire n'importe quoi. Comment pouvait-il encore lui faire perdre son self-contrôle légendaire alors même qu'il était plein de crasse et abîmé...et presque nu... et très attirant... Drago se morigéna. Il était hors de question qu'il bave sur le corps de Potter. Il était son prisonnier et il serait son esclave personnel... C'était juste une histoire de vengeance. Cela serait brutal et avilissant... et bientôt, Potter n'aurait plus rien d'attirant. Drago faillit rappeler Paky pour qu'il finisse de le laver mais l'idée de revoir les mains de l'elfe sur le corps de Potter suffit à le faire renoncer. Drago prit alors une grande inspiration et s'accroupit à côté de la baignoire. Doucement, il enleva les bouts de vêtements qui tenaient encore sur Potter et enfin il fut complètement nu. Drago laissa ses yeux glisser sur le corps de son ennemi, n'épargnant aucun détail et il sentit une chaleur traitresse s'infiltrer dans ses veines pour aller à nouveau réveiller son anatomie, bien trop sollicitée ces derniers temps. Prit d'un pressentiment, Drago releva rapidement les yeux sur le visage de Potter. Mais il était toujours inconscient, toujours couvert de bleus... et bien malgré les efforts de Drago, toujours très attirant. Le jeune Malfoy saisit alors une grosse éponge en mousse et commença à la passer sur son corps. Il prenait son temps, ne cherchant pas à savoir d'où lui venait cette douceur. Personne ne lui avait appris à être doux. Personne ne l'avait été avec lui... pas même sa mère qui avait bien d'autres choses plus intéressantes à faire que de câliner son petit garçon ou lui donner le bain. Les elfes étaient là pour ça et puis Drago n'avait pas droit aux câlins. Cela rendait faible, dixit Lucius Malfoy lui même. A bien y réfléchir, Severus avait parfois été tendre. Tout du moins, autant que possible pour ne pas éveiller les soupçons. Lorsque Drago se blessait ou quand il était malheureux, son parrain avait toujours une petite parole réconfortante à lui souffler. Il le touchait assez peu. Une main dans les cheveux, une main qui serrait son épaule. Rien qui ne puisse alerter Malfoy sénior si il devait un jour les surprendre. Mais Drago pouvait lire dans les yeux de son parrain. Il savait qu'il était le seul à pouvoir se vanter de déclencher cette flamme de tendresse, furtive et maladroite, mais bien réelle, dans les yeux de la terreur des cachots. Mais Severus ne pouvait guère faire plus pour son filleul, même les cadeaux qu'il lui offrait finissaient par être confisqués par son père. Il se contentait d'être une présence rassurante et aimante... mais de loin. Et Drago lui en était tout de même reconnaissant. Il n'osait imaginer le nombre de coups qu'il aurait reçu si un jour son père l'avait vu être bercé par son parrain. Alors il s'adapta à cette relation tendre et cachée, gravant chaque sourire encourageant de son parrain dans un coin de sa mémoire pour se rappeler qu'il n'était pas tout seul. Pourtant il y avait bien eu un contact. Une seule fois. Drago n'était plus un petit garçon, il était depuis peu devenu la pute officielle du seigneur des ténèbres et Severus rentrait d'une mission qui avait duré plusieurs mois. Ils s'étaient croisés par hasard, dans un petit salon. Lorsqu'il l'avait vu, le cœur de Drago s'était serré. Leur dernière rencontre s'était terminée dans la douleur, lui au cachot et Severus bien amoché sous les doloris pour avoir exécuté sa mission à sa place. Severus sembla au moins aussi surpris que lui. Et quelques secondes après, sans trop savoir comment, il se retrouva le visage contre le torse de son parrain, les bras puissants de celui ci l'enserrant fortement. L'étreinte dura à peine quelques secondes et Severus lui souffla un « je suis terriblement désolé » rauque avant de le lâcher précipitamment et de s'éloigner de lui. Un instant plus tard, la porte s'ouvrait sur un petit groupe de mangemorts. Drago était heureux que le contact n'ait pas duré plus longtemps car il était persuadé qu'il aurait éclaté en sanglot si tel avait été le cas. Et il avait juré de ne plus verser une larme. Sans parler du tableau que les mangemorts auraient trouvé en entrant dans la salle. Ainsi, la présence chaude et silencieuse fut à nouveau près de lui. Et Drago se sentit plus fort.

 

Non, en fait, si Drago reprenait toute sa vie, la seule personne à avoir jamais été tendre envers lui, réellement tendre, ce fut Blaise Zabini. Le même jour où il l'avait découvert grelottant devant la baignoire du Lord. Lorsqu'il l'avait lavé, les gestes avaient été doux et attentionnés, ne descendant jamais suffisamment bas pour l'inquiéter. Et inconsciemment, Drago reproduisait ces gestes avec Potter. L'éponge passait sur son visage, son cou, ses épaules et Drago se revoyait dans cette grande baignoire, bien trop grande pour lui, les larmes encore fraîches sur son visage, sa main agrippée à celle de son ex camarade de dortoir. Il repensa au bien être que cette petite incartade lui avait procuré et à la reconnaissance qu'il avait ressenti pour le jeune homme qui ne le quittait pas des yeux, cherchant le moindre signe de gêne ou de rejet, lui adressant parfois un petit sourire encourageant. Alors Drago décida qu'il fallait arrêter là les questions et il s'autorisa à être tendre avec Potter. Juste pour cette fois, juste ce soir la. Après tout, le brun était inconscient, il n'en saurait jamais rien. Et Drago fut satisfait de réussir à laver Potter en entier sans que plus aucune manifestation physique intempestive ne se fasse sentir. Malheureusement, cette furtive victoire ne dura pas longtemps. Une fois Potter sorti du bain et installé sur une couche, Drago entreprit de le sécher et à sa grande horreur, ce fut cette fois le corps de Potter qui réagit à son toucher. Potter bandait. Potter était inconscient et il bandait. Drago voulait bien être fort, mais cette vision lui renvoya de plein fouet le désir qu'il avait ardemment combattu. L'instant de calme et de sérénité du bain fut immédiatement rompu et Drago sentit qu'il perdait le contrôle. Il fallait qu'il se calme. Il devait encore soigner Potter. Il avait un plan, il ne pouvait pas se permettre de tout foutre par terre maintenant en se laissant guider par ses pulsions. Son regard ne se détachait pas de ce sexe turgescent qui l'hypnotisait. Il semblait l'appeler, il le provoquait et le défiait. Et c'est avec un mélange d'horreur et de satisfaction morbide que Drago vit sa main aller enserrer doucement le sexe de Potter et commencer à le caresse. Il grossissait petite à petit et devenait dur et Drago sentit son propre corps brûler et son sous-vêtement devenir bien trop petit. Plus ou moins consciemment, il accéléra le rythme et lorsqu'il entendit Potter gémir il perdit les pédales et dégrafa son propre pantalon, attrapant son sexe et y appliquant la même vigueur que celui qu'il avait dans l'autre main. Bien trop vite, il sentit la jouissance le gagner et il se laissa aller lorsque le sexe de Potter se mit à cracher sa semence. Il se laissa glisser à côté de la couche sur laquelle était allongé le survivant. Et lorsqu'il retrouva ses esprits, Drago sentit le rouge envahir ses joues. Il avait branlé Potter. Il avait branlé Potter alors que celui-ci était inconscient et il avait pris son pied. Pire encore, il n'avait qu'une envie, c'était de recommencer, mais cette fois, de retourner Potter et de le prendre, sauvagement, de s'enfouir au plus profond de lui et de se vider dans son corps, au son de ses gémissements et de ses cris. Putain, il allait péter un câble. Ce n'était pas ça le plan. Pas du tout. Décidément, tout allait à vau l'eau dans cette histoire. Cela ne devait pas se passer comme ça. Potter devait être conscient, Potter devait être soumis à sa volonté. Il avait travaillé sur sa potion, il avait passé des mois dessus... Drago se releva prestement et d'un coup de baguette, il les nettoya tout les deux. Il couvrit la zone intime de Potter avec une serviette et il sortit précipitamment de la pièce. Il s'adossa à la porte et tentât de retrouver son souffle. Il fallait qu'il se reprenne. Il fallait à tout prix qu'il arrive à se contrôler ou alors, il n'arriverait jamais au bout de son plan. Tout n'était pas perdu. Potter était inconscient. Il avait surement été drogué trop fortement lors de son transport ici et il ne se souviendrait de toutes évidences de rien de ce qu'il s'était passé. Il pouvait encore faire ce qu'il avait prévu. Maintenant, il ne devait plus approcher Potter tant qu'il ne serait pas conscient et prêt à subir son plan.

 

Drago se précipita dans un petit salon adjacent et jeta de la poudre dans la cheminée.

 

-Manoir Prince!

 

La flamme verte s'intensifia et Drago n'eut pas à attendre longtemps avant de voir apparaître son parrain.

 

-Drago, que se passe-t-il?

 

-Peux-tu venir, s'il te plait. Je... j'ai besoin de ton aide.

 

Snape n'eut pas à réfléchir longtemps. Si son filleul demandait de lui même de l'aide, ça ne pouvait être qu'important.

 

-Ecarte toi, j'arrive. lui répondit-il.

 

Drago se releva et attendit quelques secondes avant que les flammes de la cheminée se remettent à grossir, accueillant dans leur antre Severus Snape.

 

-Merci d'être venu.

 

-Que puis-je pour toi?

 

-Viens avec moi.

 

Et Drago emmena son parrain dans la petite chambre où dormait Potter. En ouvrant la porte, il se dit qu'il avait été inconscient et que Potter aurait pu se réveiller pendant son absence. Il avait été bien trop chamboulé par ses actes pour s'en inquiéter. Heureusement, le brun semblait toujours profondément endormi. Lorsque Severus posa ses yeux sur le corps du jeune homme, tout juste couvert d'une serviette, ses yeux s'ouvrir légèrement avant de retrouver un aspect impassible.

 

-J'avais entendu dire que tu avais demandé Potter en récompense... je pensais que ce n'était qu'une rumeur stupide... et je pensais encore moins que le seigneur des ténèbres pourrait t'accorder cette... faveur... Puis-je savoir pourquoi une telle demande?

 

-Non... Je voudrai que tu le soignes!

 

-Pardon?

 

-Tu as bien compris.

 

-Que lui est-il arrivé?

 

-Tes compagnons ne sont pas des tendres, voilà ce qui est arrivé.

 

-Ce sont aussi tes compagnons Drago!

 

-Je n'ai pas la marque!

 

-Tu es au service du seigneur des ténèbres, tu lui obéis. Tu es donc un mangemort, marque ou pas. Tache de t'en souvenir et de surveiller tes paroles face aux autres si tu ne veux pas retourner au cachot.

 

Drago baissa la tête. De telles pensées seraient effectivement rapportées au seigneur des ténèbres si n'importe qui les entendait et déformées aussi, sans aucun doute. Il serait considéré comme un traître et retournerait croupir dans un cachot... loin de Potter. Plus jamais!

 

-Désolé. grommela-t-il.

 

Mais Severus s'était déjà détourné de lui et était penché vers Potter.

 

-Pourquoi ne le soignes-tu pas toi même? Tu en as largement les compétences.

 

-Je ne peux pas...

 

Son parrain leva un sourcil, montrant clairement que la réponse ne le satisfaisait pas du tout.

 

-Je... je ne peux pas le toucher... sans perdre le contrôle...

 

Drago sut qu'il s'était déjà bien trop dévoilé. Et à voir le regard de son parrain, il devait sérieusement cogité sur le sens profond de ses paroles. Cela n'avait pourtant rien de compliqué. Drago voulait dominer Potter entièrement et en voyant celui-ci conscient de sa défaite. Ce n'était pas sa faute si son corps en avait décidé autrement et qu'il était si pressé de... faire souffrir Potter. Drago se rendit compte que jamais son parrain ne le laisserait s'en tirer avec une telle explication.

 

-Severus, s'il te plait, ne pose pas de question et soigne le... fais le pour moi...

 

Snape encra ses yeux dans les siens. Drago s'attendit à ce qu'il force le passage de son cerveau et mit en place de solides barrières, mais rien ne vint. A force de côtoyer les mangemorts, Drago avait oublié qu'il était face à son parrain. Le seul homme qui ne lui voudrait jamais de mal. Alors il abaissa ses barrières et se contenta de maintenant le contact visuel, laissant son parrain méditer à sa guise. Finalement, après un petit moment, Severus prit sa baguette et commença quelques sorts de diagnostic.

 

-Va me chercher les onguents de soin, les cicatrisants, celui pour les hématomes également...ces brutes n'y ont pas été de main morte. Prend aussi un anti-douleur... assez puissant.

 

Drago s'exécutât rapidement et lorsqu'il fut de retour, Severus était toujours auprès de Potter.

 

-Il avait quelques côtes brisées et une épaule démise. Je les ai réparé et les baumes devraient consolider les anciennes fractures. Je peux savoir ce que tu vas faire de lui Drago?

 

Il avait parlé tout en appliquant des baumes sur les différents bleus décorant la peau de Potter. Il travaillait avec délicatesse. Drago était étonné de la douceur qu'il y mettait.

 

-N'es-tu pas sensé détester Potter? Demanda-t-il.

 

Severus leva les yeux vers lui et Drago fut surpris d'y voir une certaine douleur.

 

-Ce que je n'oublie pas, Drago, c'est que si c'était l'autre camp qui avait remporté la guerre, cela pourrait être toi, allongé sur le sol, brisé et en attente de soins. Alors effectivement, je ne porte pas Potter dans mon cœur, mais il reste un gamin. Comme toi.

 

Drago inspira longuement.

 

-Nous n'avons rien en commun! Et je te remercie, mais pour ce qui est d'être brisé, j'ai donné... Et je ne me souviens pas que tu sois venu à mon chevet...

 

Severus s'immobilisa.

 

-J'ai essayé Drago, par tous les moyens, de te faire sortir de là. Lorsque j'ai vu que cela était impossible, j'ai voulu venir te voir pour t'apporter un soutien, aussi futile soit-il. Mais cela aussi m'a été interdit. Après j'ai été envoyé en mission et lorsque je suis rentré, tu n'étais plus prisonnier... ou tout du moins, pas de la même manière.

 

Drago avait sentit de légers trémolos dans la voix de son parrain et il sentit ses yeux le piquer.

 

-Je sais que tu as essayé, Severus. Je ne t'en veux pas.

 

Severus hocha la tête et repris ses soins. Après avoir fait le haut du corps et les jambes, il se décida enfin à soulever la serviette qui cachait le reste du corps du jeune homme. Il avait, semble-t-il, repoussé au maximum cet événement et le spectacle n'avait rien de réjouissant. Severus poussa un petit soupir et, résigné, il s'attela à la tache.

 

-Viens m'aider à le retourner.

 

Drago s'approcha, pas vraiment certain de vouloir retenter l'expérience de toucher à nouveau Potter. Mais il se reprit. Tant que son parrain était présent, il ne perdrait pas le contrôle. Ils le retournèrent donc délicatement et Drago huma bien malgré lui l'odeur des cheveux de Potter. Il ferma brièvement les yeux et s'installa de manière à cacher son érection. Heureusement pour lui, son parrain était déjà occupé à soigner le dos du brun. Lorsque Severus atteignit les fesses rondes de Potter, Drago détourna le regard et se répéta comme un mantra que Severus était son parrain, qu'il était là à sa propre demande et qu'il ne représentait pas une menace. Il ne se retourna pourtant que lorsqu'il fut certain que son parrain avait fini.

 

-Et maintenant?

 

-Je vais me débrouiller. Tu peux rentrer chez toi, Severus. Merci encore.

 

Son parrain hocha la tête et jeta un discret coup d'œil sur Potter avant de tourner les talons. Drago trouvait bien étrange son comportement. Il détestait Potter et Potter avait perdu la guerre. Alors pourquoi n'avait-il vu aucune joie, ni aucun plaisir sur le visage de son parrain à la vue du jeune homme amoché? Certes, il n'était jamais très expressif, mais Drago sentait qu'il y avait autre chose. Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Après tout, lui non plus n'avait pas bondi de joie en voyant Potter à moitié mort sur le sol de sa cellule. Oui, mais lui, c'était différent, il avait un plan à mener et pour cela, Potter ne devait pas être agonisant.

 

-Fais attention Drago. lança Severus avant de sortir de la pièce.

 

-A moi ou à lui? répondit le blond en désignant Potter du menton.

 

-... A toi, bien sûr... Et il sortit de la chambre.

 

Drago eut la subite impression que son parrain se faisait du soucis pour Potter. Idée qu'il balaya rapidement tellement elle était grotesque! Il n'y avais absolument aucune raison pour laquelle Severus pourrait être un jour amené à s'inquiéter pour Potter. A moins qu'éventuellement, comme il le lui avait dit, celui-ci ne fasse le lien avec lui même... mais là encore, Drago sentait que ça ne collait pas. Il se passait autre chose... mais quoi?

 

Après avoir ramené Potter dans sa cellule, Drago s'affala dans son fauteuil. Paky lui apporta aussitôt un verre et l'informa que le dîner était servi. Difficilement, Drago se remit debout et alla s'installer à table. Il picora quelques morceaux de viande mais rapidement, il abandonna. Il avait la tête remplie de Potter et cela l'insupportait au plus haut point. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Certes il allait enfin pouvoir accomplir cette vengeance qui le rongeait depuis si longtemps, mais cette vengeance, si elle comportait un aspect sexuel bien explicite, devait avant tout être tournée sur le destruction pure et simple de Potter. Elle devait l'anéantir, le réduire à néant. Lui enlever toute dignité et ensuite le désintégrer pour n'en faire qu'un pantin entre ses doigts. Alors pourquoi la seule vision qu'il arrivait à avoir était celle d'un Potter alangui entre ses bras... et consentant. Drago alla se coucher rapidement. Et après un long moment à se tourner et se retourner sous ses couvertures il capitula et activa sa main sur son sexe pour le libérer d'une tension désagréable qui l'empêchait de trouver le sommeil. Une fois nettoyé, il put enfin se laisser aller dans les bras de Morphée.

 

Le lendemain, Drago avait retrouvé ses esprits. Il avait pris une bonne douche qui lui avait remis les idées en place et s'installa pour un copieux petit déjeuner qu'il engloutit sous l'œil ravi de Paky.

 

-Maître Drago veut-il encore un peu de bacon, monsieur?

 

-Non, ça ira, débarrasse la table et veille à ce que personne ne me dérange. J'ai à faire.

 

-Bien maître Drago!

 

Beaucoup de gens trouvaient étonnant que l'elfe des Malfoy se permette d'utiliser son prénom sans même y ajouter son nom de famille derrière. Mais Paky était l'elfe qui l'avait quasiment élevé et lorsqu'il était enfant, c'est comme cela qu'elle l'appelait. Lorsqu'il avait grandi et qu'il était entré à Poudlard, son père avait ordonné à l'elfe de le traiter désormais comme un adulte et de l'appeler maître Malfoy, comme lui. Lorsque Drago était revenu pour les vacances d'hiver, cette appellation l'avait étonné et lui avait déplu. Il avait demandé à l'elfe de ne plus l'utiliser et de continuer à l'appeler comme avant. Son père l'avait traité de faible et avait trouvé cette appellation grotesque et honteuse. Mais Drago n'avait pas flanché, même sous les coups. Il n'aurait jamais pu se faire à ce que Paky l'appelle juste Malfoy. Maître Malfoy, c'était son père. Et il y avait bien longtemps que Drago avait refusé d'être cet homme. Etre simplement Drago lui allait très bien. Son père n'avait pas beaucoup insisté, se fichant pas mal de ses elfes et pensant que le ridicule de la situation en société ferait changer son fils d'avis, mais rien n'y avait fait. Paky avait gardé « maître Drago » et tout le monde s'y était fait.

 

Drago finit de se préparer et se dirigea ensuite vers la cellule de Potter, un plateau à la main que l'elfe avait préparé. Il y avait glissé un peu de sa potion avant de rentrer. Sa vengeance était en route. Lorsqu'il ouvrit la porte, Potter était assis dans le coin le plus reculé, les genoux entre ses bras, les yeux rougis.

 

-Malfoy?

 

-Potter.

 

Ils restèrent un moment immobiles, chacun de son côté de la pièce, sans trop savoir quelle démarche adopter. Drago finit par faire un pas et déposer le plateau devant son prisonnier. Le brun eut l'air un instant surpris puis, laissant parler sa faim, s'attaqua à la nourriture. Drago se fit la réflexion qu'il n'avait pas du être nourri beaucoup dans les cachots du lord. Quand il y était, il pouvait passer plusieurs jours avant que quelqu'un se souvienne qu'un corps avait besoin de nourriture, même celui d'un paria. Et alors il avait droit à un bout de pain ou à quelques restes de repas. Parfois la soif était telle qu'il léchait les parois humides de son cachot pour apaiser le feu de sa gorge. Drago s'adossa à la porte de la cellule, toujours en silence, observant Potter qui semblait ne pas vouloir laisser une miette de son repas passer à côté de sa bouche. De temps en temps il jetait un coup d'œil interrogatif vers lui, mais il était clair que sa priorité était de remplir son estomac. Un vrai gryffondor!

 

Une fois qu'il eut terminé, il reposa le plateau devant lui et ses yeux s'encrèrent dans ceux de son geôlier. La lueur que Drago y vit ne lui plut pas du tout.

 

-Euh... merci...

 

-Même pas en rêve Potter!

 

-De quoi tu parles?

 

-Ne t'imagine pas que je pourrai être un allié. Je vais faire de ta vie un enfer et tu vas regretter de ne pas être mort sur le champs de bataille avec tes petits copains gryffondors!

 

Aussitôt les yeux verts se plissèrent et le début d'espoir qui avait commencé à apparaître s'éteignit. A nouveau, Drago retrouvait cette haine flamboyante dans les yeux du brun et pour la première fois depuis très longtemps, il se sentit à sa place.

 

-Je ne t'ai jamais pris pour autre chose que ce que tu étais Malfoy, un putain de mangemort!

 

En quelques pas, Drago se retrouva devant Potter et l'attrapa par les cheveux, s'accroupissant à sa hauteur et relevant son visage face au sien. Le brun posa ses main sur la sienne, tentant d'apaiser la douleur, mais Drago ne lâcha pas prise.

 

-Qu'est-ce que tu veux Malfoy? Tu n'es même pas capable de m'affronter en combat singulier, il faut que tu m'isoles pour être certain d'avoir le dessus?!

 

Drago esquissa un petit sourire. Maintenant qu'il retrouvait les confrontations avec Potter, il se rendait compte à quel point elles lui avaient manqué. Et malgré les sévices qu'avait subi le gryffondor, la flamme rebelle était toujours présente dans ses yeux et elle flamboyait plus que jamais. Et Drago aima cela.

 

-Ce que je veux Potter, je l'ai dans la main! Quant à avoir le dessus sur toi, ne t'en fais pas, ça sera effectivement le cas.

 

Drago eut le plaisir de voir une lueur de peur dans les yeux de son ennemi. Ils étaient si proches l'un de l'autre! Il aurait suffit qu'il se penche un peu pour attraper ses lèvres. Et c'est ce qu'il fit. Il eut à peine le temps de goûter Potter que celui-ci lui administra un coup de poing puissant dans la mâchoire.

 

-Qu'est-ce que tu fous Malfoy?!

 

Drago ricana en se relevant. Maintenant c'était la panique qui était clairement présente dans les yeux émeraudes et le blond profitait de chaque seconde. Il lécha sa lèvre enflée et lapa le mince filet de sang.

 

-Dis moi, Potter, c'est vrai ce qu'on dit du côté du seigneur des ténèbres? Il paraît que t'es un très bon coup!

 

Le brun pâlit dangereusement et Drago sut qu'il avait fait mouche. Mais l'image des mangemorts profanant son corps s'imposa à son esprit et l'empêcha de savourer l'instant.

 

-A Poudlard, tu n'étais qu'un petit puceau gryffondor sans cervelle... si il est vrai que tu es devenu un tel pro de la baise, tu ne crois pas qu'il faut que je vérifie ça?!

 

Le brun était tellement collé dans son coin qu'on aurait dit qu'il tentait de le traverser.

 

-Plutôt crever, Malfoy! Je ne te laisserai pas me toucher!

 

Drago sourit sadiquement. Ils en arrivaient exactement là où il avait souhaité aller. Il se rapprocha du brun qui sembla se recroquevillé encore plus, en position de défense, mais il ne fit pas le moindre geste vers lui, il se contenta de s'accroupir à une petite distance.

 

-Ecoute moi bien, mon petit pote Potty, j'ai une histoire pour toi. Et je suis certain que tu vas l'adorer.

 

La respiration saccadée, le brun ouvrit malgré lui grand ses oreilles, certain du contraire.

 

-Alors voilà, ce plat que tu as avalé dans sa totalité n'était pas un plat ordinaire. Vois-tu, il y a très longtemps que j'attends de t'avoir à mes côtés. Et j'ai eu tout le temps de te préparer une petite surprise!

 

Le visage de Potter se décomposa lentement.

 

-Un poison?

 

-Tt tt tt, voyons, ça serait vraiment stupide de t'attendre si longtemps pour au final te tuer si rapidement.

 

-Qu'est-ce que tu m'as fait, Malfoy?!

 

La peur semblait se transformer petit à petit en colère.

 

-J'ai crée une potion, Potty. Une potion juste pour toi! Tu devrais en être honoré! Et tu l'as ingurgité sans avoir besoin que je te force à le faire.

 

Voyant le brun mettre aussitôt ses doigts au fond de sa gorge, il l'interrompit.

 

-Ne te fatigue pas à vomir, tu n'auras pas d'autre repas. La potion est déjà dans ton sang et commence déjà son travail. Laisse moi t'expliquer ses effets!

 

Sa voix trahissait son excitation, mais pour le moment il n'en avait que faire. Il attendait cet instant depuis si longtemps!

 

-Vois-tu Potter, cette potion a été faite avec toutes sortes d'ingrédients très complexes... je ne vais pas t'embêter avec la préparation, je connais ton niveau de potion! Mais ce qui est intéressant, c'est qu'en plus de tous ces ingrédients, il y a un petit bout de moi! Rassure toi, pas grand chose. Un cheveux, en fait. C'est fou ce qu'on peut faire avec un simple cheveux n'est-ce pas? Du polynectar, par exemple... Non, non, je ne vais pas te transformer en moi, quelle horreur. Vois-tu Potter, cette potion est une sorte d'aphrodisiaque avec... comment dire... une dépendance progressive.

 

Drago laissa quelques secondes de flottement pour laisser le temps au brun d'intégrer ses paroles.

 

-Tu m'as dit tout à l'heure que tu préférais crever plutôt que je te touche. Et ce qui est comique, Potter, c'est que c'est toi qui va me toucher.

 

-JAMAIS!

 

-Chut, tu n'as pas bien compris. Cette potion va te forcer à le faire. Tu seras dépendant de moi, entièrement. Tu auras besoin que je te touche Potter, ça sera vital pour toi. Oh, bien sur, tu vas résister, je te connais bien! Peu importe, la victoire n'en sera que plus grande. Car plus tu me résisteras et plus ton corps auras besoin d'augmenter la dose lorsque enfin tu céderas. Car tu céderas Potter, tu ne pourras pas y échapper! Et alors que ton esprit te criera que tu n'es pas d'accord, ton corps me suppliera de te baiser toujours plus fort!

 

Potter semblait défiguré par la peur et la haine.

 

-Jamais je ne te supplierai pour quoique ce soit. Je résisterai!

 

-Bien sûr que oui, quelques jours tout du moins. Mais ça sera de plus en plus dur. La potion prendra chaque jour un peu plus d'ampleur et chaque minute qui passe te fais perdre un peu plus de contrôle.

 

-Va te faire foutre! Va te faire foutre Malfoy!

 

Drago éclata d'un rire mauvais en se relevant et en s'éloignant.

 

-Ne sois pas si pressé Potter, tu vas bientôt me supplier de le faire! Je te souhaite une bonne journée!

 

Sur ces mots, Drago sortit de la cellule, un grand sourire aux lèvres. Il entendit Potter se jeter sur la porte et la rouer de coups en hurlant toute la haine qu'il avait pour lui. Drago remonta tranquillement les marches pour retourner dans son salon boire un verre. Il bandait! Certes il n'avait pas dit toute la vérité au gryffondor, mais il savait le principal. Cette potion fonctionnait effectivement comme il l'avait décrit au brun, à savoir que Drago allait devenir vital pour le gryffon. Ou plutôt, l'essence de Drago allait devenir vital. Son sang, sa salive et surtout son sperme deviendraient à l'avenir des éléments nécessaires à la survie de l'organisme de Potter. Mais si Potter le tuait pour lui prendre son sang, il mourrait rapidement après, vu que Drago ne serait plus en mesure de lui fournir une part de lui. Il restait donc le sperme et la salive et cela, Drago se ferait un plaisir de lui donner lorsque le moment se présenterait. Le point sur lequel il avait menti était la dose de potion. En effet, la seule dose du matin serait insuffisante pour agir si efficacement. Il faudrait une accumulation de repas pour que cela soit vraiment optimal. Et surtout, l'effet était pour le moment encore réversible. Dès que Potter serait à bout, il réclamerait à Drago son corps et seulement lorsque le blond viendrait en lui, le lien serait définitif. Drago frémit d'impatience. Il était un génie! Potter allait être à lui, pour toujours!

 

Drago Malfoy passa une belle journée. Il continua ses affaires, comme à son habitude et se rendit au manoir du seigneur des ténèbres pour un débriefing post-guerre. Severus avait finalement demandé d'avoir la direction de Poudlard et plus généralement de l'éducation des jeunes sorciers. Drago fut étonné de ce choix et il ne fut pas le seul. Mais le lord avait donné sa parole et Severus Snape fut désigné ministre de l'éducation et de la jeunesse ainsi que directeur de Poudlard. Drago se dit que son parrain avait sûrement une idée bien précise derrière la tête et se promit d'éclaircir ce mystère au plus vite... enfin, juste après avoir profité de Potter. La seule ombre à son tableau ce jour là fut sa fameuse tendance à devoir s'isoler aux toilettes pour calmer ses érections intempestives. Il fallait qu'il arrête de penser à Potter tout le temps, cela finirait par se voir! Son père obtint un poste important au niveau des finances. On aurait dit un coq dans sa basse-cour tant il était fier. Il n'avait pourtant pas retrouvé sa place de meneur auprès du lord... simplement, la plupart des mangemorts étaient plus doués sur le terrain que dans des bureaux et sur un sujet aussi important que l'économie, le lord ne pouvait pas se permettre de placer un incompétent notoire. Ainsi, une fois de plus, Lucius Malfoy arrivait à tirer son épingle du jeu. Vers la fin de l'après midi, le lord noir lui intima de le suivre pour un entretien en privé. Drago eut peur de devoir encore passer entre ses draps et fut assez crispé. Mais le seigneur des ténèbres s'installa derrière un bureau et lui indiqua une chaise.

 

-Alors Drago, comment se porte... ton invité?

 

Drago, ne sachant pas trop ce que son maître tentait d'amener sur le tapis, haussa les épaules et joua l'innocence.

 

-Les idiots qui l'ont amené chez moi l'ont drogué trop fortement... à l'heure qu'il est, il doit encore dormir comme un bébé... remarquez, il vaut peut être mieux, vu ce qui l'attend au réveil!

 

Le seigneur des ténèbres eut un petit rire froid.

 

-Bien, bien. Tu n'oublies pas notre contrat petit Dragon, mes mangemorts se languissent déjà de l'absence de leur nouveau jouet.

 

-Je n'oublie pas, maître... Potter reste à votre disposition.

 

-Très bien. Tu peux y aller.

 

Drago se leva de sa chaise, s'inclina et sortit de la pièce. Il allait devoir trouver un moyen d'éloigner les mangemorts de Potter et rapidement. Il était le seul à pouvoir le toucher...le seul! Heureusement, il avait adapté la potion pour qu'elle n'agisse qu'avec lui seul. Il eut un frisson d'horreur à l'idée de voir Potter dépendant de tous les mangemorts qui passeraient... parce-qu'ils seraient nombreux, il n'y avait aucun doute la dessus... depuis le début de l'après midi, il avait déjà beaucoup entendu parlé du « p'tit cul de Potter », comme disait certains, de la « p'tite chienne » ou « p'tite pute » comme disaient d'autres. Drago sentit son corps se contracter. Il n'était pourtant pas inhabituel que les prisonniers servent de poupées gonflables aux mangemorts. Que l'on soit homme ou femme, il valait souvent mieux mourir que d'être fait prisonnier par le camp des ténèbres. Du fond de sa cellule, Drago entendait souvent d'autres prisonniers hurler sous les coups de reins des uns et des autres, parfois plusieurs en même temps et les rires gras fusaient entre les coups... et Drago fut bien content de n'avoir plus été prisonnier lorsque ce fut le tour de Potter. Il était certain qu'il aurait reconnu ses cris entre mille et il n'était pas sûr qu'il aurait pu le supporter. Il n'y avait guerre que lui pour n'avoir eut à subir aucun assaut sexuel... à part ceux du lord, bien sur. Mais en tant que prisonnier, Drago n'avait subi aucune tentative de qui que ce soit. Seulement des sorts... certes cruels et douloureux, mais jamais personne n'avait posé un seul doigt sur lui. Même son père s'était toujours servi d'accessoire pour le battre. Drago n'avait aucune preuve, mais il était certain que son parrain avait du mettre les choses aux clair avec tous les mangemorts avant son départ en mission. Et il était bien connu au sein des mangemorts qu'il ne fallait pas provoquer Severus Snape... même lorsque celui-ci était à l'autre bout du monde.

 

Drago Malfoy finit par rentrer chez lui, plus fatigué que ce à quoi il s'attendait. Il avait beau avoir spécifié au Lord son désintérêt pour la communauté anglaise et la société à bâtir, il semblait que tout le monde avait tout de même besoin des ses services et conseils. Les mangemorts étaient sans aucun doute des guerriers hors pairs et redoutables, mais ils ne valaient pas une mornille pour ce qui était de l'organisation d'un groupe... alors d'un état entier...

 

Il avait à peine fermé la porte que Paky se précipitait pour l'aider à enlever sa veste. Puis il alla s'asseoir dans son fauteuil. L'elfe lui apporta son verre sans qu'il ait à le demander. Drago le dégustât avec plaisir et se détendit enfin. Le dîner fut assez vite expédié, Drago avait un invité à aller voir. Comme le matin, il avait demandé à son elfe de préparer un plateau repas qu'il apporta lui même à Potter. Il s'attendait à être sauvagement attaqué, mais Potter était assis dans un coin, les mains posées sur ses genoux en tailleur et ses yeux le fixaient avec détermination. Drago ne fit aucun commentaire et déposa le plateau devant lui. Il recula de quelques pas. Il n'était tout de même pas assez stupide pour lui tourner le dos. Lorsqu'il fut suffisamment éloigné, il fit volte face et se dirigea vers la sortie. Il allait franchir la porte lorsqu'il fut interrompu par la voix de Potter.

 

-Bats-toi comme un homme Malfoy! Un duel tous les deux; Si je perds, alors je serai ton prisonnier. Si je gagne, tu me donne l'antidote et tu me laisses partir!

 

Drago se retourna lentement et sourit de côté. Le gryffondor avait gagné en maturité; au lieu de lui sauter dessus et de tenter de lui arracher les yeux, il tentait la négociation, avec un certain calme apparent! La Granger devait sans doute y être pour beaucoup... à moins que ce ne soit la guerre... ou les deux!

 

-Et avec quelle baguette, Potter. Tu n'est donc pas au courant? Le lord noir a brisé la tienne...marrant je pensais qu'il aurait pris un malin plaisir à le faire devant toi... tu devais être trop occupé à pomper quelques mangemorts!

 

Le visage du gryffondor se décomposa en entendant la nouvelle.

 

-Ma... ma baguette est brisée?...

 

-Eh oui, Potter. Tu n'es plus qu'un demi sorcier maintenant! As-tu réfléchis à mon offre de ce matin?

 

-JAMAIS!

 

-Tant mieux, ça m'aurait déçu que tu abandonnes si vite. Si tu savais comme je suis pressé de te voir suppliant...

 

Potter tenta de se jeter sur lui mais Drago l'envoya bouler d'un mouvement de baguette.

 

-Vilain Potter, tu attaques la main qui te nourrit... tu mériterais que je te retire ton plateau, tu sais! Mais je suis de bonne humeur ce soir! Je te souhaite donc un bon appétit! A très bientôt!

 

Et il ressortit de la cellule. Juste avant de fermer, il ajouta:

 

-Oh fait, Potter, il n'existe aucun antidote!

 

Et il ferma la lourde porte derrière lui. Les journées à venir s'annonçaient vraiment délicieuses!

Drago alla se préparer pour la nuit et s'installa dans son lit avec un livre. Ce n'est que tard dans la nuit qu'il le reposa et éteignit la lumière. Pour la première fois depuis plus de cinq ans, Drago Malfoy s'endormit avec le sourire aux lèvres.

 

Les jours passèrent avec lenteur pour Drago. Potter était plus résistant qu'il ne le pensait au début. Et même si il savait que la victoire n'en serait que plus grande, il avait parfois de violentes pulsions qui lui ordonnaient de plaquer Potter à terre et de le faire sien de gré ou de force. Aussi, il passait assez peu de temps dans la cellule du gryffondor. Il lui apportait ses plateaux et repartait assez rapidement, n'oubliant pas de verser un peu de potion à chaque fois. Le gryffondor pensant que la première dose était unique ne se méfiait pas et mangeait souvent ses plats en totalité. Le troisième jour, alors que Drago allait sortir, Potter lui attrapa la cheville et posa son front contre son genoux. Drago fut assez décontenancé jusqu'à ce qu'il se rende compte que le brun était en train de humer son odeur. Très rapidement, Potter se reprit et le rejeta violemment, mais le mal était fait. La potion commençait à agir et Harry, malgré toute sa volonté commençait à plier. Ce jour là, Drago sortit avec un grand sourire aux lèvres. Le lendemain, Drago réitéra la scène du baiser qu'il avait initié le premier jour et Harry lui répondit ardemment, ses mains s'accrochant à ses cheveux. Ce fut un baiser sauvage et désespéré car Potter luttait pour sa survie et son corps s'affaiblissait un peu plus chaque jour.. Drago eut bien du mal à ne pas lui arracher ses vêtements, mais c'était une victoire de plus. A nouveau, au bout de quelques instants, Potter le rejeta et s'éloigna le plus possible de lui dans un gémissement de désespoir, constatant sa propre chute. Il n'y eut pas d'autre scène de ce genre pendant les trois jours qui suivirent. Le baiser avait donné à Potter une sorte de répit supplémentaire, apaisant momentanément son corps, mais il était à nouveau sur la brèche. Son corps était en train de le lâcher et il savait qu'il allait bientôt mourir. Il sentait également que son corps luttait pour survivre et que bientôt, il ne pourrait plus le contrôler. Et il avait très peur de ce que cela allait donner.

 

Enfin, au bout d'une semaine de lutte acharnée contre lui même, Harry Potter abandonna. Et lorsque Drago vint dans sa cellule, le soir, il s'approcha de lui à quatre pattes et ses mains se mirent à déboutonner ses robes. Au fond de lui, un relent d'amour propre se rebella et les mains s'immobilisèrent un instant. Drago posa sa main sur la tête du brun.

 

-Allez Potter, tu sais ce qu'il te reste à faire...

 

Le corps reprit le contrôle et les mains écartèrent les pans de la robe, dégrafèrent le pantalon et rapidement, Harry se retrouva face à un membre déjà partiellement gonflé. Sans réfléchir d'avantage, il le prit en bouche et se mit à le sucer activement. Lorsque Drago sentit les lèvres de Potter se refermer sur son sexe, il ne put retenir un gémissement de plaisir et tout son corps se tendit. Il pouvait mourir maintenant, cela serait sans aucun doute la plus merveilleuse des morts. Jamais, au grand jamais, Drago n'aurait pu croire qu'une telle sensation existait. La tête penchée en arrière, Drago tentait tant bien que mal de ne pas s'écrouler ni d'éjaculer. Et il ressentait, cette bouche, cette langue qu'il avait goûté quelques jours avant et qui s'activaient avec fièvre autour de sa queue. C'était juste trop bon et les gémissements que poussaient Potter n'aidaient en rien Drago à garder le contrôle de lui même. Lorsqu'il baissa la tête, il vit le brun, la bouche légèrement déformée par la taille de son sexe qui allait pourtant aussi loin que possible à chaque mouvement; cette vision déclencha en lui un tourbillon de plaisir qu'il ne put s'empêcher d'évacuer dans une gémissement profond. Drago s'accrochait avec force à ses cheveux, manquant de les arracher, accompagnant les mouvements, accélérant la cadence jusqu'à ne plus pouvoir se retenir et enfin il se libéra dans un gémissement rauque alors que Potter avait posé les mains sur ses fesses et les appuyait contre lui pour ne pas perdre une goutte de la précieuse semence, devenue nécessaire à sa survie. Drago dut se retenir d'une main au mur pour ne pas s'écrouler. Ca y était. Il venait de créer le lien. Sa vengeance était totale. Potter était à lui, il lui appartenait... pour toujours! Il eut à peine le temps de penser aux conséquences que Potter se jeta à nouveau à ses jambes. Prenant cela pour une attaque, Drago saisit immédiatement sa baguette, dans la poche de sa robe, avant de constater que Potter s'était simplement remis à le sucer énergiquement. Le blond resta un instant décontenancé avant de comprendre. Potter avait trop lutté et maintenant que son corps avait pris le contrôle, il compensait la semaine de privation en réclamant beaucoup plus que prévu. Effectivement, dès que Drago eut à nouveau le sexe érigé, Potter arrêta la succion et, toujours à quatre pattes il se tourna, cambrant les reins. L'invitation était claire!

 

Ne croyant pas sa chance, Drago s'accroupit et baissa le pantalon en toile sur les cuisses du brun. Alors qu'il mourrait d'envie de s'enfoncer brutalement dans les chaires attirantes, il se surpris à saisir sa baguette pour lancer un sort de lubrification. Il ne se souvenait même pas qu'il le connaissait. Comme quoi, être la pute du Lord lui avait finalement servi à quelque chose. Il inséra un doigt dans la cavité du brun et fut impressionné par sa propre douceur. Dans ses rêves les plus fous, il baisait son ennemi violemment et Potter pleurait et gémissait de douleur. Au lieu de cela, il s'appliquait à le préparer comme il fallait pour l'accueillir en lui. Mais Drago ne chercha pas à comprendre son comportement contradictoire. Il ne voyait que Potter qui se cambrait encore et encore et qui venait à la rencontre de ses doigts et qui gémissait, toujours plus et le blond eut mal de ne pouvoir se libérer maintenant. Un instant il faillit demander au brun si il était vierge dans le but de lui éviter une trop grande douleur lors de la pénétration imminente puis il se souvint qu'il avait été le jouet des mangemorts pendant plusieurs jours. Si Potter avait été vierge avant la bataille, il était clair que ce n'était plus le cas. L'image du gryffondor écartant les cuisses pour les mangemorts lui sauta au visage et pris d'une rage subite, il retira ses doigts et s'enfonça violemment dans l'orifice offert. Harry cria sous l'intrusion brutale, mais très vite entama des mouvements de balanciers, les effets de la potion se chargeant d'éliminer la douleur. Son corps réclamait la semence de Malfoy et l'aphrodisiaque faisant son effet, il n'était plus en état de penser à autre chose que cette queue qui allait et venait en lui et qui délivrerait bientôt ce nectar nécessaire à sa survie. Drago commença par suivre le rythme imposé par son ennemi puis, n'en pouvant plus, il lui saisit les hanches pour accélérer la cadence. Il sentait la sueur perler le long de sa tempe et ses robes le gênaient dans ses mouvements, mais la seule chose qui comptait à présent était les cris que Potter poussait à chaque butée. Le brun avait attrapé son propre sexe et se masturbait en rythme avec les mouvements que lui imposait le blond. Se sentant venir, Drago s'accrocha d'une main à l'épaule du gryffon pour venir encore plus profondément en lui et avec ses dernières forces, accéléra de plus belle. Lorsque Potter se libéra dans un cri, éclaboussant sa propre main et le sol de la cellule, Drago se relâcha enfin et après quelques vas-et-viens supplémentaires, il vint à son tour, au plus profond du corps chaud de son prisonnier.

 

Drago resta quelques secondes sans bouger, profitant pleinement de l'instant post-orgasmisque, avant de se retirer doucement du brun. Il attrapa sa baguette et lança un sort de nettoyage sur chacun d'eux avant de remonter son pantalon et de reboutonner sa robe. Potter, toujours à quatre pattes, gardait la tête basse. Il attrapa à son tour son pantalon et le remonta et retourna dans le coin où Drago l'avait trouvé à l'arrivée puis, se roula en boule, ignorant superbement le blond. Malfoy, encore sous l'effet du plaisir dévastateur qu'il venait de vivre ne voulut pas briser l'instant et sortit de la cellule, refermant derrière lui. Il fit quelques pas et se laissa glisser le long du mur, posant sa tête sur les pierres froides, cherchant à se rafraichir le corps et l'esprit. Il avait pris un pied pas possible. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'un rapport sexuel soit si... bouleversant. Le corps de Potter était bandant à souhait et ses cris... ses cris auraient pu le faire jouir à eux seuls. Drago revit le corps du brun sous lui, se balançant, cherchant un contact toujours plus profond, toujours plus rapide... il posa sa main sur son entre jambe pour éviter de bander à nouveau... trop tard. Il ne savait même pas qu'il était possible pour un homme d'avoir autant d'érections en si peu de temps, ni autant d'orgasme. Il n'avait jamais considéré l'acte sexuel comme un moment agréable et il pensait qu'un homme, si il arrivait à jouir une fois dans la journée, devait déjà s'estimer bien heureux. Et voilà que Potter s'amenait avec sa bouche ourlée et son corps attirant et qu'il arrivait à le faire jouir deux fois d'affilée... et il bandait encore... Il aurait voulu retourner immédiatement dans la cellule et le prendre à nouveau, mais il savait que le corps de Potter était pour le moment comblé et qu'il lui faudrait un peu de temps avant de pouvoir l'approcher à nouveau sans se faire violemment rembarré. Le brun devait avoir reprit ses esprits. Il faudrait quelques temps d'adaptation pour qu'il ne puisse plus jamais se débattre contre lui. Bientôt, même repu, le corps de Potter ne se débattrai plus. Drago eut la pensée fugace qu'il pourrait à sa guise le prendre dans ses bras... Ridicule! Comme si c'était son intention.

 

Drago se surprit à repenser aux nuits et aux journées qu'il avait passé dans les bras du seigneur des ténèbres. Telle était la raison pour laquelle il pensait que les rapports sexuels étaient si fades. Le Lord noir était la seule référence qu'il avait eu en la matière et il n'y avait vraiment rien de plaisant à ses contacts. Il avait beau être doux, tout du moins, la plupart du temps, il n'avait jamais apprécié réellement ses attouchements. Et c'est pourquoi il ne comprenait pas tous ces gens qui parlaient du sexe comme d'une chose exceptionnelle et qui ne pensaient qu'à recommencer au plus vite. Pour lui et pendant de longs mois, les rapports sexuels n'étaient qu'une succession de mouvements mécaniques qui permettaient d'éventuellement libérer une tension trop présente au niveau anatomique... et qui pouvait également être utile en cas de procréation. Point. Mais maintenant il avait goûté Potter et plus rien n'était pareil. Drago ferma les yeux et sourit, il avait gagné. Potter était entièrement à lui et il allait pouvoir profiter de son corps à sa guise. Le lien étant finalisé, il n'avait plus besoin de se servir de la potion. La quantité ingérée au fil des jours et la finalisation du lien suffisaient à faire le reste. Il décida donc de s'en débarrasser. Drago n'avait pas crée d'antidote volontairement, pour que personne ne puisse jamais lui enlever Potter et en se débarrassant de la potion et de ses ingrédients, il serait presque impossible de réussir à la comprendre et donc, impossible de trouver un remède. Tout allait bien, son plan était à nouveau sur les rails. La nuit de Drago fut excellente et au petit matin, il se leva de bonne humeur.

 

Après s'être préparé comme à son habitude, il descendit apporter son plateau au brun. Celui-ci était toujours dans son coin. Son visage ne laissait rien transparaître de ses émotions. Drago posa le plateau au sol et s'éloigna de quelques pas.

 

-Tu as perdu Potter!

 

Harry tira le plateau vers lui et releva la tête pour encrer ses yeux dans ceux de son vis-à-vis. Un sourire mauvais étira ses lèvres alors que dans ses yeux luisait une flamme de haine féroce.

 

-Au contraire Malfoy, j'ai gagné. C'est toi qui a perdu.

 

Drago, fut décontenancé une seconde devant une telle assurance, mais n'en laissa rien paraître. C'était forcément du bluff!

 

-Je crois que tu as la mémoire courte, Potter. Il me semble bien t'avoir baisé, hier!

 

-C'est vrai. Tu m'as effectivement baisé. Mais rappel toi bien ce que tu m'as dit l'autre jour... je n'ai pas souvenir de t'avoir supplié une seule fois. J'ai gagné Malfoy. Une fois de plus, je suis plus fort que toi!

 

Le masque de Drago se fissura lentement pour laisser place à une grimace de colère. Potter se jouait de lui, il le narguait alors qu'il était en position de faiblesse. Foutu courageux gryffondor! Drago inspira lentement pour ne pas se laisser emporter. Potter était doué pour le faire sortir de ses gonds, mais il n'entrerait pas dans son jeu. A son tour, il laissa un sourire pervers s'inscrire sur son visage. Et le balafré perdit un peu de son arrogance.

 

-J'avais l'intention d'être gentil avec toi aujourd'hui, Potter. Mais puisque tu as décidé de jouer au héros, je vais te traiter comme tu le mérites. Alors je te dis à dans une semaine!

 

Et sur ces mots, il s'en alla en claquant la porte. Si Potter voulait jouer, ils allaient être deux. Et avec la potion, Drago ne pouvait pas perdre. En effet, celle-ci étendait son action de jour en jour et encore plus depuis que le lien était consolidé. Potter ne tiendrait jamais une semaine complète sans le voir ni le toucher. Le tout était que Drago tienne également de son côté. Après avoir passé une partie de la matinée à tourner en rond dans son manoir, il se rendit chez le Lord. Il avait besoin d'occuper son esprit pour ne pas se précipiter dans la cellule de Potter. Une fois là-bas, il se rendit compte que sa venue n'était pas inutile. En effet, les mangemorts n'étaient vraiment pas doués pour gérer un empire. De plus, contrairement à ce que croyait le seigneur des ténèbres, la fin de la guerre n'avait pas annoncé la fin des combats. Le Lord noir était persuadé que sa victoire et surtout, la chute de Potter ferait rendre les armes à tous ses opposants. Or, alors qu'il n'avait gagné la guerre que depuis une quinzaine de jours, des poches de résistance semblaient naître partout en Angleterre et même en France, en Irlande et dans les pays scandinaves. Les combattants du côté de la lumière n'avaient jamais été aussi nombreux. Au lieu de réduire les ardeurs, la perte de Potter semblait avoir déchainé les foules et les groupes ne semblaient vouloir cesser de croître. Lorsque le Lord fut seul avec Drago et Severus, il avoua à demi mot qu'il avait du mal à garder la maîtrise des évènements. Il pensait qu'une fois Dumbledore mort et Potter sous sa coupe, plus personne n'oserait le défier. Il avait eu tort. Et pour la première fois de sa vie, Drago se fit la réflexion que l'orgueil démesuré du seigneur des ténèbres finirait un jour ou l'autre par causer sa perte.

 

-Drago, l'interpella Lord Voldemort alors que ses pensées divaguaient. Tu as bien fait de venir. Je veux que tu m'apportes Potter. Je vais préparer son exécution publiquement. Voilà qui devrait calmer les foules.

 

Il avait annoncé cela comme il aurait énoncé un menu. Un long frisson de sueur froide envahit brusquement le dos du blond. Il voulait tuer Potter. Il voulait- tuer- Potter! Son Potter... JAMAIS! Potter était à lui. Potter ne pouvait pas mourir! Il ne le laisserait pas le lui prendre, tout mage noir qu'il était. Alors qu'il allait exprimer son mécontentement en des termes surement fort peu appréciés de son maître, Drago fut coupé par Son parrain.

 

-Pardonnez moi, maître, mais je pense que c'est une très mauvaise idée.

 

D'un mouvement de baguette, le seigneur des ténèbres envoya un doloris puissant sur Severus. Drago sursauta et du se retenir pour ne pas porter secours à son parrain.

 

-De quel droit me dis-tu ce que j'ai à faire, Severus! Tu n'es même pas capable de me donner la localisation précise du groupe de résistants principal. Tu étais pourtant sensé être proche d'eux!

 

Snape se redressa lentement.

 

-Pardonnez moi, mon maître, je n'ai pas voulu vous froisser. L'endroit des résistants change tous les jours et ils se méfient de moi depuis votre victoire, laissez moi encore un peu de temps et je vous promets des résultats satisfaisants.

 

Le seigneur des ténèbres renifla d'un air méprisant et commença à effectuer les cent pas. Severus prit à nouveau la parole sans autorisation et Drago se demanda si à force d'être sous les coups de baguette de son maître, son parrain n'était pas devenu masochiste.

 

-Maître, pardonnez mon audace, mais je vous assure que l'exécution de Potter n'est pas la chose à faire.

 

Le regard du Lord le fusilla, mais cette fois, sa baguette resta à sa place. Severus avait toujours eu un pouvoir de persuasion certain auprès de son maître et en général, lorsqu'il parlait, ce qu'il avait à dire valait le coup d'être entendu. Comme Drago lorsqu'il était stratège.

 

-Je t'écoute, lui lança-t-il.

 

-Maître, pour le moment, les poches de résistances se font certes beaucoup remarquer, mais leurs actions sont assez limitées et ont, au final, assez peu d'impact sur votre règne. Je suis persuadé que le fait d'avoir gardé Potter vivant est un moyen efficace de les contenir. C'est une sorte de monnaie d'échange. Tant qu'il sera vivant, ils ne tenteront rien de très grandiose de peur de lui porter préjudice. Mais si vous l'exécutez, alors ils n'auront plus rien à perdre et là, ils pourront s'avérer extrêmement dangereux.

 

Le Lord avait arrêté ses pas et semblait réfléchir aux paroles prononcées par son bras droit. Severus en profita pour en rajouter une couche.

 

-Croyez moi, Monseigneur, je les ai côtoyé pendant suffisamment longtemps pour les connaître. La majorité d'entre eux sont des gryffondors qui réagissent à l'instinct. Si vous tuez Potter, vous mettrez le feu au poudre.

 

Le Lord vint se poster juste en face du maître des potions et le toisa un moment.

 

-Que ferais-tu à ma place, Severus?

 

Drago s'attendait à voir son parrain sourciller, ou même avaler un peu fortement sa salive... mais il resta de marbre et le blond se sentit fier d'être le filleul d'un homme suffisamment courageux pour ne pas baisser les yeux face au seigneur des ténèbres. Il était certain que lui aurait baissé les yeux en quelques secondes à peine!

 

-Je laisserai pour le moment les rebelles de côtés. Vous pourriez détacher une équipe de jeunes mangemorts pour continuer à faire pression sur eux, mais la priorité pour le moment est d'imposer votre gouvernement et votre place de souverain suprême. Lorsque cela sera fait, beaucoup de résistants se retireront d'eux même de la bataille et reprendront le cours de leur vie en s'adaptant à vos règles. Pour les autres, il sera toujours temps de frapper un coup fatal en plein cœur de leur organisation. Je vous jure que d'ici là, j'aurai trouvé un moyen de les infiltrer et de les piéger... définitivement.

 

Le Lors sembla peser chaque mot que prononçait Severus et soudain, se tourna vers Drago.

 

-Qu'en penses-tu petit Dragon?

 

Drago fut surpris de cette question. C'était la première fois qu'il voyait un conseil de Severus être remis en cause. Drago savait une seule chose, il ne pouvait accepter de perdre Potter. De plus, Severus avait toujours été un précieux allié. Son seul allié. Drago croisa une demi seconde le regard de son parrain et il eut l'impression que celui-ci l'appelait à l'aide. Mais à peine se fit-il cette réflexion que les yeux de Severus étaient redevenu indescriptibles et qu'il avait tourné la tête.

 

-Je n'aurais pas pu trouver plus ingénieux, mon maître.

 

Le seigneur des ténèbres garda un instant le silence et sembla les juger du regard tous les deux. Aussitôt, Drago mit en place ses barrières d'occlumencie et il aurait presque pu sentir Severus en faire de même.

 

-Vous avez raison. La priorité est d'asseoir mon autorité sur le pays. Cette bande de miséreux et de traîtres à leur sang ne méritent pas que je m'y attarde pour le moment. Drago, tu vas monter une équipe d'une cinquantaine de mangemorts qui seront affectés à la recherche des résistants. Prend les plus jeunes recrues, les moins expérimentés. Ils ne serviraient à rien d'autre de toutes façons. Je veux également que tu apportes ton aide aux mangemorts récemment placés à de hauts postes qui auraient besoin de conseils en matière d'organisation.

 

Drago hocha la tête.

 

-Quant à toi, Severus, je veux que tu trouves un moyen de regagner la confiance de ces résistants. Tu m'avais bien dit que le loup garou était influençable, alors rapproche toi de lui. Ne les fais pas douter de toi. Ne reviens pas ici avant d'être certain de m'amener des informations. Comme cela, même si ils te suivent, ils ne pourront rien prouver. Si j'ai besoin de toi, je te contacterai moi même.

Allez, tous les deux!

 

Drago et Severus s'inclinèrent ensemble et sortir du bureau de contrôle de Lord Voldemort. Une fois dehors, Drago sentit un poids libérer ses épaules. Il avait eu chaud. Il marcha un peu aux côtés de son parrain en silence. Puis celui-ci prit la parole.

 

-Comment vas-tu, Drago?

 

-Je vais bien. Et toi? Ca avance tes recherches sur les résistants?

 

-J'avance, oui. Doucement, mais j'avance.

 

Drago hocha la tête. Il ressentait comme un malaise qu'il n'arrivait pas à définir. Mais Severus reprit la parole.

 

-Et avec Potter?

 

-Quoi Potter?

 

-Comment ça se passe avec lui?

 

Drago eut un sourire narquois.

 

-Il est en train de comprendre à qui il a à faire.

 

Severus n'esquissa même pas un sourire et Drago fut légèrement frustré de ne pas avoir ne serait-ce qu'un brin de félicitations. Ils étaient arrivés à la limite de la zone de transplanage.

 

-D'accord. Je dois y aller. A bientôt. Prend soin de toi et ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter.

 

Avant d'avoir pu demander des explications supplémentaires sur cette phrase énigmatique, Severus avait transplané. Drago trouva le comportement de son parrain assez curieux, mais haussa les épaules et revint sur ses pas. Il avait du boulot qui l'attendait. En effet, il passa le reste de sa journée à réparer les erreurs des mangemorts responsables de différents services du ministère. En rentrant chez lui ce soir là, Drago se fit l'étrange réflexion que Severus Snape avait sauvé la vie de Harry Potter.

 


La suite de l'OS   ICI

Par Meryl - Publié dans : C'est toi et moi (Two-Shot, DM/HP)
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Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:18

Attention, ceci est la deuxième partie de la suite alternative de RD par Skorpan, pour la première partie, c'est ICI

 


Le reste du chemin se fit en silence et après un petit quart d'heure de marche rapide, De Rauthien s'arrêta. Il fit signe que deux soldats se trouvaient juste derrière le tournant, gardant la porte menant aux cachots. De Magnien sortit la potion de ses jupons et en aspergea trois morceaux de tissus, chacun un, et prit également un poignard. Il vérifia que les deux autres avaient leurs armes à la main, puis il se lança. Les deux victimes furent endormies sans problème, la porte ouverte, les deux autres soldats qui se trouvaient à l'intérieur subirent le même sort et ils furent tous ramenés à l'intérieur du couloir menant au cachot, dans un recoin, de telle sorte à ce qu'ils soient moins visibles depuis la porte.

 

Puis les trois hommes avancèrent rapidement mais avec prudence le long du couloir. Betslat, plus expérimenté en corps à corps et plus rapide, venait en premier. Suivait ensuite De Rauthien, puis De Magnien, qui avait quelques difficultés à se déplacer avec agilité à cause de sa robe. Parmi la trentaine de soldats qu'il y avait entre la porte d'entrée et les cachots, six avaient résisté avec violence et avaient dû être égorgés, et Betslat et De Rauthien avaient réussi l'exploit de ne pas tâcher leurs uniformes et De Magnien était passé en soulevant les pans de sa robe. Quant aux autres, soit ils avaient été endormis par surprise, soit ils avaient préféré se rendre, et De Magnien avait veillé à ce qu'ils soient correctement drogués.

 

Ils arrivèrent enfin aux cachots et découvrirent avec horreur que les premiers étaient vides. Ils coururent le long des différents couloirs, appelant leur roi, puis découvrirent trois gardes, probablement les derniers remparts contre une possible évasion. Ils les égorgèrent sans hésitation, le temps commençant à manquer, et ils récupérèrent au passage les clefs des cellules à la ceinture de l'un d'entre eux. Alors qu'ils se demandaient dans quelle direction aller, ils entendirent du bruit à leur gauche. Ils se précipitèrent vers là-bas, et virent enfin Philippe dans l'un des cachots, affaibli et mal en point, mais vivant. Betslat ouvrit la porte, et De Magnien se précipita à l'intérieur. Il posa une main sur l'épaule de son roi et le regarda dans les yeux.

 

-Philippe, c'est moi, Fabian, tu te souviens?

-Pour qui tu me prends? Bien sûr que je me souviens! rétorqua-t-il. J'ai pas encore perdu toute ma tête malgré mon emprisonnement. En tout cas, je suis rudement content de te voir.

-Moi aussi, mais faut qu'on se tire d'ici le plus vite possible. On n'a pas beaucoup de temps. Est-ce que tu sais s'il y a d'autres personnes emprisonnées ici?

 

Philippe réfléchit rapidement avant de déclarer.

 

-On a été environ cinq à être enfermés ici. J'en ai vu passer trois, je sais pas où ils ont été emmenés. Donc a priori, il ne devrait rester qu'une seule personne, et si mes souvenirs sont exacts, ce devrait être François.

-D'accord. De Rauthien, file-lui sa veste et tiens, mets ça comme pantalon.

 

De Magnien souleva tous ses jupons et retira le pantalon qu'il avait mis en dessous tandis que De Rauthien enlevait sa veste d'apparat pour laisser apparaître une autre veste, plus simple, en dessous. Il donna cette dernière à Philippe, qui la mit à même la peau.

 

-Pour les chaussures, tu te débrouilles pour en trouver à ta taille, y'a trois morts là bas, fit De Magnien avant de repartir dans le couloir à la recherche du baron.

 

Il ne tarda pas à le trouver et le ramena en guenilles auprès des autres.

 

-Betslat, De Rauthien, je crois qu'on a un problème. On ne pourra jamais sortir du château avec un clochard pareil, fit-il en désignant François.

-Eh! Je te remercie, c'est pas toi qui a été enfermé sans raison, répliqua-t-il, la sensibilité à fleur de peau depuis son arrestation.

-Et ce n'est pas toi qui dois tous nous sortir d'ici vivants. Bon, Philippe, tu as l'air d'un valet comme ça, donc je pourrais te faire passer pour quelqu'un de ma suite. Quant à toi François... soupira-t-il.

-Il pourrait prendre l'uniforme d'un des soldats qu'on a endormi.

-Trop dangereux. Il serait reconnu trop facilement dans un uniforme du royaume. D'ailleurs, De Rauthien, donne de quoi attacher ses cheveux à Philippe, et aussi la fausse moustache. Et essaie de le raser, qu'il soit un peu présentable. Pendant ce temps, on va essayer de trouver une solution pour François. Raaah! Pourquoi on n'avait pas la place pour emporter de quoi habiller un deuxième homme?!

-Commandant, intervint Betslat, le baron De Devrant et moi-même avons à peu près la même stature. Je peux lui donner mon uniforme, comme ça il fera partie de votre garde, et moi je passe un uniforme du royaume. Je suis moins reconnaissable que le baron, et je connais les habitudes de la garde royale. Je pourrais plus facilement m'en sortir si je suis pris.

 

Ne trouvant aucune autre solution, De Magnien accepta.

 

-Betslat, vous partez devant trouver de quoi vous changer, et vous nous attendez. Si jamais il y a un problème, vous revenez nous prévenir.

 

Le Capitaine fit signe qu'il avait compris et partit au pas de course. Pendant ce temps, François quitta ses habits troués de partout et enfila l'uniforme d'apparat qu'on venait de lui donner. Alors qu'il boutonnait sa veste, De Magnien récupéra le rasoir des mains de De Rauthien, qui avait fini, et entreprit de le raser rapidement. Quelques coups de rasoir grossiers plus tard, ils remontèrent le couloir en courant, De Magnien remontant ses jupes pour ne pas les tâcher, et ils retrouvèrent Betslat au premier tournant. Ils coururent ensuite jusqu'à la porte et là, les dernières instructions furent données.

 

-François, tu es un soldat de ma garde personnelle, donc tu fais exactement comme De Rauthien, et tu dois m'obéir, commença De Magnien. Philippe, tu es mon valet, donc tu me suis de près, et vous deux, vous serez juste derrière. Betslat, tu te mets devant, comme si tu me guidais parce que je me suis perdu. Compris?

-Oui, dirent-ils à l'unisson.

-Bien, Betslat, on peut y aller. Tu nous conduis directement à l'extérieur, par la petite porte.

-Entendu, Commandant.

 

Il posa une oreille sur la porte, écoutant attentivement les bruits du couloir, puis il l'ouvrit, et après avoir vérifié qu'il n'y avait personne, il sortit. Les autres le suivirent, et De Rauthien ferma la porte à clef, grâce au trousseau qu'il venait de récupérer sur l'un des gardes endormis. La petite troupe se mit alors en marche parcourant des centaines et des centaines de mètres de couloir le plus calmement possible. Mais le stress se faisait sentir, ainsi que la fatigue, en particulier pour les deux anciens prisonniers, et à chaque fois qu'ils croisaient quelqu'un, leur taux d'adrénaline atteignait des sommets. Cependant, il n'y eut aucun incident majeur et personne ne leur demanda de s'arrêter.

 

Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent à la porte de sortie que la difficulté se dressa dans toute sa splendeur: deux gardes, à l'air renfrogné, faisaient le planton devant. Mais Betslat n'hésita pas, et imitant son commandant lors de l'entrée au château, demanda à sortir sans sourciller à aucun moment. L'un des soldats, malheureusement, tiqua à sa demande et ne les laissa pas s'échapper à si bon compte.

 

-Et pourquoi vous ne sortiriez pas par la grande porte, camarade?

-Mademoiselle que j'accompagne a été la cible de plusieurs hommes du peuple, qui la harcèlent depuis plusieurs jours. Certains ont réussi, on ne sait comment, à s'introduire dans le château. J'ai donc reçu ordre direct de mes supérieurs de la mener, elle et sa suite, jusqu'à sa calèche, et cela sans incident, répondit-il sans se démonter, en insistant bien sur les mots "ordre direct de mes supérieurs" et "sans incident".

 

Le soldat allait encore protester lorsque le second l'en empêcha. Ils se consultèrent du regard, puis les laissèrent passer, à leur plus grand soulagement. Les cinq comparses se retrouvèrent alors dans l'un des jardins du château, et en courant, ils rejoignirent le mur d'enceinte. Ils trouvèrent la petite porte de service, forcèrent la serrure et sortirent. Philippe et François exultèrent alors, se retrouvant complètement libre pour la première fois depuis plusieurs jours. Mais De Magnien tempéra leur joie immédiatement.

 

-On n'est pas sorti d'affaire, alors évitez de nous faire repérer.

 

Betslat, qui était parti en éclaireur, revint vers le petit groupe, la mine déconfite.

 

-La calèche n'est pas là.

-Merde! Il nous a fait faux-bond, le salaud!

-Que se passe-t-il? s'alarma Philippe.

-On avait payé une calèche pour nous attendre dans une rue adjacente, mais apparemment, le bonhomme a pris l'argent mais n'a pas fait son boulot. Bon, De Rauthien et Betslat, vous filez récupérer nos chevaux et les deux autres empotés, on se tire tout de suite. On se retrouve le plus vite possible rue de la Ferronnerie, au niveau du grand porche. Et si vous pouviez me ramener un pantalon et une chemise, ça m'arrangerait.

 

Les deux hommes ne se le firent pas dire deux fois, et partirent aussitôt. Les trois autres rejoignirent la rue de la Ferronnerie en moins de dix minutes, et lorsqu'ils furent au point de rendez-vous, les deux rescapés commencèrent à poser nombre de questions à voix basse. De Magnien leur imposa le calme d'un geste.

 

-Une question chacun. Vous demanderez le reste lorsqu'on sera en sécurité. François, tu commences.

-Est-ce vrai que Mésancourt est en guerre?

-Oui.

-Merde!

-Comme tu dis. A ton tour Philippe.

-Louis, est-ce que Louis est vivant?

 

De Magnien sourit en entendant la question: Louis avait décidément réussi à rendre Philippe très amoureux.

 

-Oui, il est vivant. Et il va bien. Il a d'ailleurs insisté pour nous accompagner sur cette mission, avec son valet Lothaire. Donc il nous rejoindra en même temps que Betslat et De Rauthien. Et Henri va bien, aux dernières nouvelles. Je l'ai laissé au campement, entre de bonnes mains. Et ton bébé aussi va bien.

-Mon bébé? répéta-t-il, étonné.

-Oups, je crois que j'ai gaffé.

 

Mais il ne pouvait s'empêcher de rire et Philippe ne tarda pas à comprendre.

 

-Louis est de nouveau enceinte? Il attend un autre enfant?

-Oui, mais calme ta joie, c'est pas le moment. Et il va me décapiter net s'il sait que je te l'ai dit. Déjà qu'il ne m'aime pas beaucoup...

-Ah bon? Je pensais pourtant que vous seriez plutôt faits pour vous entendre, chuchota François, prenant part à la conversation.

-Disons que j'ai dû le remettre à sa place quelques fois. Et que vu comment je suis, je l'ai pas fait spécialement en douceur.

 

Les deux autres rirent doucement face à l'explication, imaginant très bien la scène que cela pouvait donner. Puis le silence retomba sur la rue, et une demi-heure plus tard, le bruit de plusieurs chevaux au trot se fit entendre. Les trois hommes sortirent de leur cachette, et De Magnien récupéra aussitôt le pantalon et la chemise voulus des mains de Betslat. Tandis qu'il se changeait, il observa avec attention les effusions de joie silencieuses entre Louis et Philippe.

 

Ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre et Louis pleurait à chaudes larmes. Philippe, plus maître de ses émotions, ou alors ne réalisant pas encore pleinement ce qu'il se passait, ne pleurait pas. Mais il serrait fort son mari contre lui, comme s'il avait peur qu'il parte. Quelques unes des paroles échangées entre deux baisers parvinrent à De Magnien, étouffées, et il distingua surtout des "Je t'aime" et des "Tu es en vie!". Le soldat boutonna le dernier bouton de sa chemise, cala sa robe dans un coin du porche, puis entreprit de séparer le couple. Ce fut plus difficile que prévu et il dut les menacer de castration pour qu'ils obtempèrent. François attrapa Philippe et l'obligea à monter sur un cheval tandis que De Magnien s'occupait de Louis. Il vérifia ensuite que tout le monde était à cheval, et résuma ce qui allait se passer dans les prochaines minutes.

 

-On va sortir par la porte Ouest, au grand galop et en comptant sur l'effet de surprise pour qu'ils nous ouvrent la porte. Notre camp se trouve à une journée de cheval environ à l'Ouest.

-Mais si c'est à l'Ouest... opposa François.

-On est rentré par le Nord, on sort à l'Ouest, jamais cela ne leur effleurera l'esprit qu'on sort du côté où on veut aller alors qu'on est dans une situation de fuite avec protection de personnes importantes. Ils ont une manière de penser bien trop archaïque pour ça.

 

Sur ces quelques paroles, il lança son cheval au galop et les autres durent suivre. Arrivés près de la porte, Betslat, qui était juste derrière De Magnien, cria à l'adresse des gardes.

 

-Ordre du roi! Laissez passer! Laissez passer!

 

Les soldats, probablement trop éberlués pour réfléchir, s'empressèrent d'ouvrir les portes, et les sept cavaliers sortirent sans problème. Ils galopèrent pendant une demi-heure sans s'arrêter, puis imposèrent un trot soutenu à leurs montures. Chacun préservait son souffle, et n'osait rompre le silence de la nuit, alors ils restèrent silencieux jusqu'à leur arrivée au camp, dans la matinée. Mais dès qu'ils en franchirent l'entrée, ils furent assaillis par plusieurs soldats qui leur demandèrent comment cela s'était passé. Ils commencèrent à répondre mais De Magnien mit fin à ce cirque d'une voix cinglante.

 

-Soldats! Ce n'est pas ainsi qu'on accueille des gradés en retour de mission, et éreintés par une nuit sur les routes.

 

Les soldats se reculèrent aussitôt du petit groupe et se mirent au garde à vous.

 

-Je veux sept repas chauds dans la grand tente, deux lits et deux couvertures supplémentaires. Le plus vite possible! Rompez!

 

Les hommes partirent aussitôt vaquer à leurs occupations, et le groupe rejoignit la tente sans souci. Leurs chevaux furent récupérés pour être soignés, et ils entrèrent se poser à l'intérieur. Aussitôt, trois "Papa!" bruyants se firent entendre, et l'on vit Henri se précipiter sur Louis, Hector sur Lothaire et Leriel sur Fabian De Magnien. Les deux premiers furent rejoints par leur moitié, et on assista à de grandes effusions de joie, notamment du côté du trio Louis-Philippe-Henri. Le petit garçon ne comprenait pas très bien pourquoi ses parents pleuraient alors il essayait de les consoler comme il pouvait, en les embrassant partout sur le visage. Les deux adultes en rirent et l'embrassèrent lui aussi, les larmes aux yeux, heureux d'être en vie et ensemble. De Magnien, après avoir un peu parlé avec son fils, intervint pour mettre fin à ces embrassades.

 

-Messieurs, le repas est servi.

 

Peu à peu, ils prirent place autour de la table improvisée, Louis à côté de Philippe, Lothaire à côté de Suzanne, François à un bout de table, seul, et les deux soldats en face de lui, côte à côte. De Magnien resta debout.

 

-Madame Buys, je suppose que vous avez déjà mangé et les enfants aussi.

-Oui, ne vous inquiétez pas pour nous, Commandant, répondit-elle beaucoup plus chaleureusement qu'elle ne l'avait jamais fait avec lui: le retour de son homme en vie, ainsi que celui des otages, avait provoqué un genre d'élan de gentillesse pour le militaire.

-Tant mieux. Leriel, tu veux bien t'asseoir à ma place à côté de François et commencer à couper la viande pour moi? J'ai quelques petites choses à régler avant le repas.

 

Leriel acquiesça et courut se mettre à la place indiquée tandis que De Magnien se dirigea vers la sortie. Betslat le rejoignit en quelques enjambées. Ils échangèrent quelques chuchotement inaudibles pour les autres, puis Betslat revint à table et De Magnien sortit. Ce dernier revint une dizaine de minutes plus tard, et prenant son fils sur ses genoux, il entama son repas.

 

-Fabian, commença Philippe, qui avait déjà presque fini son assiette, tellement il était affamé, nous te remercions du fond du cœur pour ce que tu as fait. J'ai vraiment cru que j'allais mourir au fond de ces cachots et je crois que François aussi.

 

Le jeune homme hocha la tête en signe d'assentiment.

 

-Alors vraiment, merci. En plus, tu as réussi à sauver Louis et Henri aussi. Et Lothaire ainsi que sa famille. C'est beaucoup plus que je n'osais espérer dans mes rêves les plus fous. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi...

 

De Magnien l'interrompit d'un geste de la main, et après avoir avalé sa bouchée, prit la parole.

 

-Je ne crois pas que le moment soit judicieux pour parler de ça. Il nous reste encore beaucoup de choses à faire. De plus, je n'ai fait que mon travail. Tu m'as nommé à la tête de ce bataillon parce que tu me faisais confiance. J'espère juste en avoir été digne.

 

Philippe ouvrit la bouche pour lui répondre, mais Louis fut le plus rapide: Philippe l'avait remercié, était prêt à beaucoup pour lui, et De Magnien rejetait tout cela! Il lui disait d'une voix froide, presque méprisante, que ce que Philippe venait de lui proposer n'avait aucun sens.

 

-Commandant! Je ne tolère plus que vous... s'emporta-t-il.

 

Mais Philippe attrapa sa main et lui ordonna d'un regard de se taire, ce qu'il fit malgré son étonnement.

 

-Louis, Fabian et moi, nous nous connaissons depuis longtemps, et il a le droit de me parler comme ça. Je dirais même qu'il en a le devoir, ajouta-t-il en se tournant vers l'homme en question.

-Tout juste! rit-il. Bon, avant que vous ne me demandiez quoi que ce soit, voici le programme de la journée. Aujourd'hui, repos. Et quand j'entends repos, c'est repos, pas galipettes avec son chéri, d'accord Philippe?

 

Le jeune roi fit semblant de ne pas comprendre pourquoi cette remarque s'adressait à lui et tout le monde rigola.

 

-Parce que demain on marche sur la capitale. J'ai vu ça tout à l'heure avec De Pessey. Tout est en place comme je l'avais demandé.

-Papa? fit Leriel, lorsque de Magnien eut fini de parler.

-Oui mon chéri.

-Est-ce que le François qui est là c'est le François dont tu m'as parlé?

-Oui, c'est le même, confirma-t-il en caressant sa tête blonde. Je t'avais bien dit qu'il était très ami avec Philippe.

-Donc c'est pour ça qu'il arrête pas de te regarder depuis tout à l'heure.

François se mit à rougir furieusement tandis que De Magnien éclata d'un rire doux. Les autres les regardaient surpris, hormis Philippe et Betslat.

-Oui, probablement. Tu es décidément très observateur, remarqua son père. C'est une grande qualité.

 

Leriel sourit de toutes ses dents, fier du compliment, puis demanda s'il pouvait sortir: Arthur lui avait promis une leçon d'escrime. La permission fut accordée, et aussitôt, les deux autres petits monstres demandèrent à sortir pour pouvoir suivre leur aîné. Ils aimaient bien assister à ses cours. Permission leur fut également accordée.

 

Peu de temps après, le repas fut terminé et De Magnien encouragea tout le monde à aller prendre un peu de repos. Lothaire, Louis, Philippe et François ne se firent pas prier et gagnèrent rapidement la seconde partie de la tente. Suzanne partit à travers le camp rejoindre les enfants, et les trois soldats restèrent un peu plus longtemps à discuter des modalités du départ du lendemain.

 

Du côté chambre de la tente, Lothaire et François se glissèrent chacun sous leur couverture et s'endormirent aussitôt. Louis et Philippe, dans la même couche, mirent un peu plus longtemps. Ils échangèrent de longs baisers et se répétèrent de doux mots d'amour. Cependant, quelque chose turlupinait Louis.

 

-Philippe?

-Oui mon amour?

-Est-ce que François est amoureux de De Magnien?

 

Philippe pouffa et répondit par l'affirmative.

 

-Et De Magnien?

-Est amoureux de François.

 

Louis poussa un petit soupir de soulagement.

 

-J'ai cru qu'il était amoureux de toi. Parce qu'après qu'on ait appris que tu étais vivant, il s'est isolé et il a pleuré dans les bras de Betslat, heureux que tu sois en vie. Mais en fait il devait parler de François, puisqu'il a dû apprendre en même temps que lui aussi était en vie.

-Probablement. Mais tu étais jaloux? fit-il, amusé.

-Oui, un peu. Et dis-moi, si c'est réciproque, pourquoi ils ne sont pas ensemble?

-C'est... compliqué. C'est surtout dû à la famille de François qui ne veut pas accepter Fabian. Et puis Fabian a fait des choix pas forcément très judicieux pour être compatible avec une vie amoureuse.

-Comme?

-S'engager dans l'armée. C'est toujours difficile pour les soldats d'entretenir une vraie vie de famille. Surtout pour les soldats de ce bataillon. Ils sont toujours un peu en vadrouille, d'abord parce que je fais beaucoup appel à eux, et ensuite parce que Fabian est un vrai perfectionniste.

-Et Leriel? C'est leur enfant à tous les deux ou...? Et puis De Magnien n'est pas un peu jeune?

-Il a le même âge que moi, vingt-trois ans. On a partagé la même nourrice, ce qui fait de lui mon frère de lait.

-Ah bon? Je le voyais plus jeune, avoua-t-il, passant sous silence que les deux hommes étaient frères de lait: il comprenait maintenant mieux leur proximité.

-Eh non! Quant à son fils, je ne peux pas te dire. Je ne savais même pas qu'il en avait un. Je lui demanderai tout à l'heure.

-T'es pas obligé... souffla Louis.

-Ne t'inquiète pas, ça m'intrigue aussi. Mais je crois que le plus intrigué c'est François, et c'est lui qui aura droit aux premières explications si tu veux mon avis. Et je crois aussi qu'il est temps de dormir, je tombe de sommeil.

-Moi aussi. Je t'aime Philippe.

-Je t'aime aussi Louis. Si tu savais comme j'ai pensé à toi quand j'étais enfermé. Je commençais à devenir dingue. Je t'ai même vu plusieurs fois dans la cellule, à côté de moi.

 

De Magnien, qu'ils n'avaient pas entendu rentrer, leur asséna une petite tape amicale sur le crâne.

 

-Silence les pipelettes, De Rauthien et Betslat veulent dormir. Et moi aussi par la même occasion. Alors on se tait.

-A vos ordres Commandant, répondit Philippe avec un sourire.

 

Satisfait, De Magnien s'éloigna et alla se coucher. Il entendit les deux amants s'embrasser une dernière fois avant de s'endormir. Quant à lui, il mit un peu plus longtemps avant de pouvoir dormir, mais beaucoup moins que d'habitude, son esprit ayant trouvé quelque apaisement après le succès de la mission.

 

*** *** ***

 

Lorsque François De Devrant s'éveilla, la nuit était déjà tombée. Se frottant les yeux, il s'assit sur sa couche et contempla la tente plongée dans la pénombre. Seule une bougie avait été allumée au centre, pour guider ceux qui étaient réveillés. La couche de Philippe et Louis était encore occupée, preuve que les deux hommes dormaient encore. Les autres étaient vides. Il se leva et passa devant le couple et il vit alors les yeux de Louis bouger. Il se baissa et le salua doucement.

 

-Bonsoir Louis. Comment allez-vous?

-Bien. Et beaucoup mieux depuis que je l'ai retrouvé, je dois bien l'avouer, dit-il en désignant du bout du doigt son mari.

-Je vous comprends. Je vais prendre un peu l'air à l'extérieur. Reposez-vous bien.

-Merci. Bonne promenade.

 

François le remercia à son tour d'un signe de tête et il sortit de la chambre, atterrissant dans le bureau. Celui-ci était vide hormis un homme qui travaillait à la lueur d'une bougie. Il semblait être en train de rédiger des lettres. François reconnut sans peine De Magnien et tirant une caisse de bois à lui, il s'assit en face de lui, de l'autre côté de la table.

 

-Bonsoir Fabian.

 

De Magnien leva la tête et posa sa plume, sentant que le baron avait besoin de parler.

 

-Je ne sais même plus comment je dois t'appeler, continua-t-il.

-Appelle-moi Fabian. Seul Betslat est au courant ici, plus toi et Philippe bien sûr.

-Louis n'est pas au courant?

-Disons que nous n'avons pas eu de moment propice pour discuter de cela proprement. Nous avions d'autres choses autrement plus importantes à faire.

-Je comprends.

 

François ne poursuivit pas sa phrase, semblant réfléchir à ce qu'il allait dire, et De Magnien en profita pour contempler son visage. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas vu ce visage. Il avait beau le connaître par cœur et l'avoir tracé de nombreuses fois dans son imaginaire, cela était une toute autre chose de l'avoir en face de lui. Quelques rides étaient apparues depuis leur dernière entrevue. Il avait également les joues creusées, probablement à cause de son emprisonnement.

 

-Leriel, recommença François, il a quel âge?

-Six ans.

-Et... hésita-t-il. C'est ton fils?

-Oui.

-Donc ce n'est pas le mien je suppose. Je veux dire: tu me l'aurais dit, sinon. Non? dit-il, égrenant chaque mot avec lenteur, par peur de leur poids. Et donc si ce n'est pas le mien, mais que c'est le tien, continua-t-il avec difficulté, alors qu'il formulait à voix haute une partie des pensées qu'il ruminait depuis qu'il avait vu le garçon, cela veut dire que tu l'as eu avec... avec quelqu'un d'autre. Et que tu m'as...

 

François ne réussit pas à prononcer le mot "tromper" et lança un regard suppliant à son interlocuteur, qui lui sourit avec douceur.

 

-Crois-moi, si j'avais réussi à te tromper, je n'en serais pas là.

 

François lui lança un regard étonné, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vu. Il ignorait presque tout de sa vie maintenant. Et parfois, il avait l'angoissante impression de ne pas le reconnaître.

 

-Il y a quatre ans, fit-il après une petite pause, on a été envoyé à la frontière. Tu sais, là où des bandes de brigands avaient l'habitude de sévir. On est arrivés juste au moment où l'une de ces bandes était en train d'attaquer un village. On n'a rien pu faire. Rien du tout. Ils avaient déjà mis le feu à pas mal de maisons, tué la plupart des habitants, et nous, on n'était pas prêt du tout à se battre. On venait de marcher toute la journée et on pensait pouvoir se reposer dans un petit village accueillant. A la place, on a eu un petit village calciné et meurtri.

 

Il fit une petite pause dans son récit, puis reprit, la voix tremblante sous la douloureuse impuissance qu'il avait ressentie ce jour-là.

 

-Dès qu'ils nous ont vus, les brigands sont partis. Et on ne s'est pas organisés assez vite pour les poursuivre immédiatement. On a fait une battue quelques jours plus tard, et on les a tous tués. Ils ont payés pour leurs crimes. Mais ça n'a pas aidé les survivants. On les a aidés à enterrer leurs morts, à se nourrir, à avoir un endroit où dormir pendant quelques jours, et puis ils ont préféré quitter le village, allant se réfugier chez de la famille aux alentours. A la fin, il restait un petit orphelin de deux ans. Ses parents étaient morts dans le carnage et personne n'avait voulu de lui. Alors je l'ai pris avec moi. Comme il ne se souvenait pas de son prénom, je l'ai baptisé Leriel. Ca me rappelait l'histoire que tu ne cessais de réclamer quand t'étais gamin. Et puis je l'ai élevé comme mon fils.

 

De Magnien paraissait souffrir à l'évocation de ces souvenirs, qu'il avait préféré enfouir au fond de sa mémoire. François, saisissant son désarroi, se leva, contourna la table et prit le jeune homme dans ses bras. Doucement, il caressa son dos, de haut en bas, de bas en haut, pour le rassurer, et le soldat pour une fois, fit une entorse à l'une des règles les plus importantes qui réglaient sa vie, et se laissa aller à quelques larmes. Il se reprit vite cependant, et s'essuyant les yeux, termina son explication.

 

-Il y a quelques mois, comme il posait pas mal de questions, suite à des réflexions totalement déplacées de certains de mes soldats, je lui ai dit que ses "vrais" parents, ceux qui l'avaient mis au monde, étaient morts quand il avait deux ans. Et qu'ensuite, c'est moi qui suis devenu son père adoptif. Il a été pas mal dérouté par la nouvelle, et je n'ai pas très bien réussi à comprendre comment il l'avait intégrée. Mais le fait est que depuis, il tient beaucoup plus à moi. Il me cherche beaucoup plus, il essaie toujours de me dire au revoir avant que je ne parte en mission, et à chaque fois, il me fait promettre de revenir, comme s'il avait peur que je meure moi aussi. Et c'est probable qu'il agisse de la même manière envers toi.

-Pourquoi? demanda-t-il, étonné.

-Disons que je lui ai expliqué en gros nos relations.

-C'est-à-dire?

-Que je t'aimais, que tu m'aimais, mais qu'on ne pouvait pas se marier parce que ta famille faisait chier.

-Tu lui as dit que ma famille faisait chier?

-De façon plus élégante, mais oui, je le lui ai dit, fit-il, très sérieux.

 

François rigola face à cette affirmation: il reconnaissait enfin son Fabian et cela faisait du bien.

 

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

 

Fabian était vexé, et il trouva cela adorable.

 

-Rien, rien du tout. Continue.

-Mouais, y'a jamais rien quand tu rigoles. Bref, pour en revenir à nos moutons, Leriel n'est pas un gamin stupide, et il a vite fait le lien entre lui et toi. Donc, il te considère aussi comme son père.

 

François, d'abord surpris, sourit avec douceur. Il venait de se retrouver propulsé père, mais cela ne l'inquiétait pas outre mesure: Leriel était un garçon adorable, et Fabian était là avec lui, alors qu'il avait eu si peur de le perdre, si souvent.

 

-Fabian?

-Hum?

-Je t'aime.

 

Le gradé rougit, gêné, puis déposa un baiser délicat sur ses lèvres, ne s'autorisant pas à dire ces quelques mots lorsqu'il était en service. Les deux hommes restèrent ainsi, enlacés l'un à l'autre, pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que le couple royal fasse son apparition. Celui-ci demanda où était leur fils, ainsi que les autres. De Magnien les informa qu'ils avaient tous dîné et qu'ils se promenaient un peu dans le camp avant de revenir dans la tente dormir pour la nuit. Quant à eux, quatre repas chauds les attendaient au mess. Ils dîneraient avec les soldats. Cela leur redonnerait courage avant le voyage qui les attendait le lendemain. De plus, cela ne leur ferait pas de mal non plus, de voir qu'une partie de la population leur faisait encore confiance.

 

Au mess, en voyant arriver le Commandant accompagné du baron De Devrant et surtout du roi Philippe et de son époux Louis, l'agitation monta d'un cran. Ils s'assirent à la table des officiers, et à plusieurs reprises, de simples soldats vinrent leur exprimer leur gratitude, ou leur indignation face au coup d'état, ou encore, renouveler leur serment auprès de leur roi. Lorsque le cinquième petit groupe s'en alla, De Magnien se leva et se mit debout sur son banc, réclamant ainsi implicitement l'attention de tous.

 

-Soldats! Demain, un long voyage nous attend jusqu'à la capitale. Et dès lors que nous y serons, nous devrons peut-être lutter contre la population de la ville, contre nos propres concitoyens, s'ils ont pris le parti des usurpateurs. Mais je serais là, à votre tête, et les rois Philippe et Louis seront également là, pour vous soutenir. Vous ne devrez céder à aucun moment, comme nous, nous ne céderons jamais. Bientôt, le trône reviendra à qui de droit et les usurpateurs dormiront au fond d'une geôle! s'exclama-t-il.

 

Des hourras, des sifflements de joie et des applaudissements fusèrent à travers la tente. Ce petit discours avait revigoré tous les soldats présents et bientôt, il ferait le tour du camp et serait sur toutes les lèvres. Satisfait, De Magnien salua ses soldats et se rassit à côté de François. Il lança un coup d'œil aux deux autres, et leur dit discrètement.

 

-Voilà, comme ça, on va peut-être enfin pouvoir manger tranquille.

 

Et effectivement, personne ne vint les déranger pendant la demi-heure suivante, les hommes se contentant de les observer de loin, et ils quittèrent le mess sans encombre. Louis et Philippe, sur les conseils appuyés de De Magnien, regagnèrent la grand tente pour y dormir, avant le départ du lendemain. Quant à François, il accompagna le Commandant dans ses dernières vérifications. Ils firent le tour du camp, silencieux, et lorsqu'ils approchèrent de la partie la plus isolée, non loin de la zone des faux-malades, François attrapa la main de Fabian. Celui-ci la lui arracha aussitôt, mais François ne se découragea pas et recommença.

 

-On est tous seuls Fabian. Et puis, ce n'est pas comme s'il était interdit au Commandant d'avoir une histoire d'amour, si?

-Mais avec le meilleur ami du roi, ce n'est pas du meilleur effet.

-Et alors? Laisse dire les autres. Moi je t'aime, et c'est tout ce qui compte pour l'instant. J'ai eu si peur de ne jamais te revoir, murmura-t-il.

 

Face au flot d'émotions qui remontaient en lui, Fabian retint un sanglot et, n'en pouvant plus, attira son amour à lui. Il le serra fort contre lui, s'imprégnant de son odeur, puis l'embrassa chastement sur les lèvres. Lui aussi avait eu peur, terriblement peur, mais un militaire ne peut pas avoir peur. Ou du moins, il ne peut pas le dire. Alors il se contenta de quelques mots sans grande conséquence.

 

-Tu m'as manqué.

 

Mais François comprit ce que Fabian voulait lui dire, et à son tour, il le serra fort contre lui. Respirant l'odeur de ses vêtements, ce mélange de vieux savon et de sueur, cela réveilla quelques souvenirs en lui, et quelques désirs. Chuchotant de sa voix douce, un peu grave, rendue un peu rauque par l'emprisonnement, il les lui avoua.

 

-J'ai envie de toi.

 

Fabian, la tête dans son cou, sourit. Ils étaient rares, ces moments où François n'avait pas envie de lui, et où lui n'avait pas envie de François. Alors, le prenant par la main, il lui chuchota à son tour.

 

-Dans les bains, il n'y aura personne. Par contre, on va devoir faire vite, s'excusa-t-il.

-Tout me va, du moment que c'est avec toi. Et puis je t'avoue que je suis un peu pressé, ajouta-t-il, lançant un coup d'œil à son entrejambe déjà bien visible.

 

Les deux hommes, riant sous cape, coururent jusqu'aux bains. Ils refermèrent le rideau de toile derrière eux, ayant préalablement affiché qu'un officier y était. En général, dans ces cas là, personne n'osait entrer dans les bains. Fabian attrapa plusieurs serviettes tandis que François déplaçait un baquet -vide- des genres de caillebotis de bois sur lequel il était posé. Fabian étala les serviettes sur le bois, retira ses bottes, et s'y allongea. François retira également ses chaussures, et s'allongea à son tour. Pas sur les serviettes mais directement sur Fabian, qui ressentit tout le corps de son amant contre lui.

 

-Eh beh dis donc, quant tu disais que tu étais pressé, je ne pensais pas que c'était à ce point là.

-Ca fait quand même plus d'un an qu'on ne s'est pas vu, alors excuse-moi, mais...

-C'est pas non plus comme si tu avais fait vœu d'abstinence pendant ce temps là, l'interrompit-il.

-Oui mais... Enfin... Quoi, tu vois, c'est pas pareil avec toi, se rattrapa-t-il lamentablement.

 

Mais Fabian ne lui en tint pas rigueur: il avait l'habitude, depuis le temps. Et même si cela le blessait un peu plus à chaque fois, il ravala sa douleur et à la place l'embrassa, pour que son amant se sente pardonné. Rapidement, il déboutonna la chemise de François et la fit glisser sur ses épaules, jusqu'à l'enlever complètement. Avec le même empressement, il retira son pantalon et François se trouva nu sur lui. Il frôla de ses mains son sexe tendu et l'homme gémit d'impatience avide. Un peu gauches sous le désir, ses mains trouvèrent à son tour le chemin de la chemise de Fabian et celle-ci fut ouverte après quelques minutes, et quelques contorsions plus tard, elle rejoignit celle de François. Le baron découvrit alors le torse du soldat. Un torse emmailloté dans une bande plus ou moins blanche maintenant, et même carrément sale à certains endroits. Le jeune homme se redressa et s'assit sur les cuisses de son amant, contemplant ce torse qu'il avait parcouru de si nombreuses fois et qui pourtant lui paraissait étranger. Passant délicatement sa main sur les bandages, il demanda.

 

-Ca fait mal?

-Oui, un peu. Est-ce que tu peux éviter d'y toucher s'il te plaît? Je n'aime pas ça.

 

François acquiesça et laissa ses doigts dériver plus bas, beaucoup plus bas, jusqu'au début du pantalon. Il en fit sauter les boutons et d'un mouvement sec, voulut le lui retirer. Mais il dut s'y reprendre à plusieurs fois, et cela fit rire Fabian. Enfin, ils furent nus tous les deux, l'un contre l'autre, et leur désir augmenta encore. Ils se caressèrent, s'embrassèrent, se préparèrent pendant de longues minutes, haletant de plus en plus. Mais Fabian le premier, atteignit sa limite et supplia François de venir en lui. Le jeune homme, conciliant, obtempéra. Il attrapa les hanches de son amant, qui passa ses jambes autour de lui, et s'enfonça en lui doucement. Il recula un peu, puis se ré-enfonça, encore plus profond. Il recommença plusieurs fois, lentement, pour ne pas lui faire mal, pour ne pas le brusquer. Et rapidement, ce fut Fabian qui imposa son propre rythme, réclamant toujours d'aller plus vite, plus loin. Leurs cris de jouissance ne se firent pas attendre, et se succédèrent les uns aux autres, plus rauques, plus puissants, plus intenses. Et le dernier, bestial, surpassa de loin tous les autres. Alors François retomba sur Fabian, et les amants se reposèrent quelques instants dans leur monde à eux seuls. Ils se murmurèrent quelques mots d'amour, ils se regardèrent avec tendresse et s'embrassèrent avec douceur.

 

Des voix retentirent alors à l'extérieur, et s'extirpant de leur cocon, les deux amants se rhabillèrent à la va-vite mais néanmoins correctement. Ils replacèrent le baquet à sa place et sortirent des bains, un sourire flottant sur leurs lèvres. Les mains dans les poches, ils regagnèrent la grand tente. Traversant le bureau vide, ils entrèrent dans la chambre. François alla à leur couche, et après s'être de nouveau déshabillé, s'allongea sous la couverture, ne portant que son bas. Fabian était allé déposer un baiser sur le front de son fils, et sourit avec tendresse en le découvrant entouré de Henri et de Hector: les trois garçons semblaient particulièrement bien s'entendre. Puis il retourna auprès de François. Il retira lui aussi sa chemise, défit son bandage -il le gênait pour dormir- et gardant son pantalon, se coucha auprès de son amant. Il lui embrassa le nez puis essaya de trouver une position confortable pour dormir. Mais au bout de quelques minutes, il renonça.

 

-François?

-Oui?

-Je me sens sale. J'ai sué et je colle de partout. C'est pas agréable. J'ai envie de me laver.

-Tu le feras demain matin, dit-il, songeant qu'il y avait moins d'un quart d'heure ils étaient encore dans les bains, mais que non, il fallait que cela soit maintenant qu'il ait envie de se laver.

-Mais non, j'en ai envie maintenant. J'arriverai pas à dormir sinon.

-Fabian, souffla-t-il, mi-mécontent, mi-amusé, franchement, vu comment j'ai envie de toi, ça ne m'étonnerait pas qu'on recommence à suer d'ici la fin de la nuit. Alors ça te servira à rien de te laver maintenant.

 

Fabian, en entendant qu'il avait encore envie de lui, pouffa et François se mit lui aussi à rire sans bruit. Et dans le silence de la chambre, deux autres rires leur répondirent. Ils surent alors que Louis et Philippe étaient réveillés. Les deux amants se sourirent, amusés par cette situation, puis remirent à s'embrasser. Leurs langues tournoyèrent longtemps l'une contre l'autre alors que leurs doigts volaient sur leurs peaux, les électrifiant encore un peu plus à chaque passage. Mais peu à peu, leurs caresses se ralentirent, jusqu'à s'arrêter totalement, et les deux hommes, collés l'un à l'autre, tendirent l'oreille.

 

-Louis... Louis... Louis, je t'aime... Louis! soufflait bruyamment une voix rauque qu'il ne fut pas difficile de reconnaître comme celle de Philippe.

 

Des bruits de baisers et de sucions se firent entendre jusqu'à leur couche, des gémissements, des soupirs appuyés. La chambre était maintenant emplie de l'amour de ces deux hommes et de tous ses sons caractéristiques. Les deux autres, voyeurs dans le noir, s'amusaient clairement et lorsqu'un gémissement moins étouffé que les autres suivi d'un Philippe à bout de souffle, envahit la pièce, Fabian ne put se retenir. Il se contorsionna dans les bras de François, attrapa sa chemise posée au sol et la balança sur Philippe, qui ne l'ayant pas vu arriver, la reçut en pleine tête.

 

-Eh! Mais c'est quoi ce truc? s'exclama-t-il, pas trop fort non plus pour ne pas réveiller tout le monde. Fabian, si c'est toi, je...

-Eh! Chut les lapins! On s'entend même plus s'embrasser ici, répliqua-t-il aussitôt.

-Ca te va bien de dire ça Fabian! On ne se demande même pas pourquoi vous avez mis autant de temps à revenir de votre tour de garde, hein?

-Ouais, mais taisez-vous quand même, moi j'aime bien entendre la voix de Fabian lorsqu'il gémit parce que je lui...

-François, un mot de plus, et il n'y aura plus rien ce soir.

-Non, pas ça, supplia-t-il aussitôt, resserrant sa prise autour des hanches du jeune homme.

-Eh eh! La domination du mâle, hein François? rit Philippe.

-Roh, ça va hein! Je te signale que t'es pas mieux avec Louis toi! dit-il au hasard, car Philippe avait toujours refusé de lui raconter quoi que ce soit concernant ses nuits d'amour avec Louis.

-Hein! Comment ça? Moi, je le chouchoute mon homme, il ne peut rien me refuser, n'est-ce pas Louis?

 

La réponse se fit attendre longtemps, et finalement ne vint pas, intriguant les deux autres.

 

-Il est mort de plaisir, Philippe?

-Mais non, imbécile! Pas de nouvelles, bonnes nouvelles! enchaîna aussitôt Fabian, mort de rire.

-Taisez-vous, bande d'idiots! fit soudain Philippe, le ton se rapprochant beaucoup trop de celui qu'il utilisait pour donner des ordres pour que cela soit une blague.

-Qu'est-ce qu'il se passe?

-Il se passe qu'il y a des gens qui dorment ici, et qu'avec votre boucan, on risque de les réveiller.

 

Philippe ne dit pas, par contre, que Louis était mort de honte et que toute cette situation lui convenait de moins en moins. Faire l'amour à Philippe dans la même pièce que les autres alors qu'ils dormaient, il avait fini par accepter car il en avait très envie lui aussi. Mais le faire dans la même pièce alors qu'ils étaient réveillés, et qu'ils discutaient ensemble, ça non!

 

-Pas plus qu'avec votre boucan de tout à l'heure.

-Fabian, fais un effort, s'il te plaît. Il y a des enfants ici, et si jamais ils se réveillent et qu'ils nous voient comme ça...

-Alors quoi? Ca n'a rien de dramatique de voir ses parents faire l'amour, si?

 

Un silence gêné lui répondit et François tenta de l'apaiser, alors qu'il sentait qu'il commençait à s'énerver.

 

-Fabian, je ne sais pas si c'est...

-Et au pire, Leriel se chargera de leur expliquer ce qu'il se passe, le coupa-t-il.

-Leriel? Qu'est-ce que ton fils vient faire là-dedans? demanda Philippe.

-Notre fils, corrigea aussitôt François, prenant déjà son rôle de père à cœur.

-Il se trouve que Leriel est un petit garçon assez énergique, et qu'il oublie souvent de toquer à la porte, surtout quand il s'agit de toile comme ici. Alors il est entré en trombe dans le bureau pour me chercher et comme j'y étais pas, il a continué dans la chambre. Et il est tombé sur Betslat et De Rauthien en pleine action, si vous voyez ce que je veux dire.

 

Les autres, d'abord atterrés, se mirent à rire, et même Louis se détendit un peu et se joignit à eux.

 

-Il paraît qu'il a été très surpris de les voir comme ça, continua Fabian, mais que juste après il leur a demandé s'ils savaient où j'étais. Et avant de sortir, il leur a conseillé d'aller voir le médecin, parce qu'ils étaient quand même très rouges et qu'il avait peur qu'ils aient de la fièvre.

 

Là-dessus, les quatre hommes éclatèrent de rire, et François glissa quelques mots à l'oreille de son amant qui, attendri et heureux, lui offrit un sourire éclatant, bien visible dans la nuit. La discussion s'arrêta là, et après quelques rires encore, les quatre hommes s'endormirent. Fabian se réveilla quelques heures plus tard et, avisant les bruits de la tente, conclut que Philippe et Louis devaient recommencer ce qu'ils n'avaient pu finir plus tôt. Mais il n'était plus d'humeur aussi joueuse, et il se laissa retomber dans le sommeil sans un mot.

 

*** *** ***

 

Le lendemain, Betslat fut le premier à se lever. S'étirant les jambes et les bras, il avança avec précaution vers la couche de son supérieur. Le découvrant endormi dans les bras du baron De Devrant, et le visage étonnamment calme et reposé, il décida de le laisser dormir encore un peu. Il alla alors secouer De Rauthien, et les deux hommes, après un rapide et discret baiser matinal, sortirent de la tente à la recherche d'un peu de nourriture pour leurs estomacs.

 

Le bruit de la toile qu'on bouge fit sortir Louis de son sommeil. Il s'extirpa avec douceur des bras de son mari et remettant doucement en marche toute la mécanique, il fit quelques pas dans la chambre, passant à côté des différentes couches. Il s'arrêta devant celle du Commandant et de François, se demandant ce que son ami trouvait au militaire. Certes, il avait un beau visage, et d'après ce qu'il avait pu en juger, un beau corps. Mais cela ne faisait pas tout. Son caractère était particulier, tantôt dur et impassible, tantôt tendre et joueur, il était insaisissable. Mais cela paraissait satisfaire François. Il s'approcha encore un peu du lit de camp, son cœur battant plus vite alors qu'il avait l'impression de briser un interdit, et il observa avec attention le visage et les épaules dénudées du soldat. Il n'avait pas cette musculature excessive que certains de ses subordonnées possédaient. Au contraire, il était plutôt fin de cou et d'épaules, mais cela ne semblait pas le gêner dans son métier. Il était vraiment attirant.

 

Une cicatrice, déformant sa peau un peu mat, partait de la base de la nuque et se perdait sous la couverture. Curieux de savoir jusqu'où elle descendait, il attrapa le bord de la couverture et la fit glisser délicatement sur sa peau. La cicatrice s'arrêtait sur le flanc gauche, à mi-parcours entre la dernière côte et la hanche. Fasciné par la blessure, ses yeux finirent par dériver sur le reste de son corps. Et ce qu'il vit le choqua. Les yeux agrandis, la bouche entr'ouverte, il faillait y toucher pour être sûr que cela soit vrai, mais se retint au dernier moment. A la place, il alla chercher Philippe. Le secouant sans ménagement, il le traîna aussitôt jusqu'à Fabian et François.

 

-Regarde, dit-il, pointant du doigt le corps endormi du militaire.

-Oui, et?

-Mais regarde, Philippe! insista-t-il, n'osant formuler à voix haute ce qu'il voyait.

-Ah ouais, quand même, il s'est fait une sacrée grande cicatrice. Il ne me l'avait pas dit.

-Mais non, arrête de te foutre de moi! Il a de la poitrine! De Magnien a de la poitrine!

-Et alors? C'est pas interdit, que je sache, dit Philippe en haussant les épaules.

-Philippe! s'écria-t-il, furieux de son attitude.

 

Fabian s'agita un peu dans son sommeil et se retourna sur le dos, exposant la poitrine en question aux yeux des deux hommes. Philippe, doucement, prit la couverture et recouvrit la poitrine du Commandant.

 

-Ne crie pas s'il te plaît. Ca va le réveiller, et alerter les gens à l'extérieur, et c'est pas une bonne idée.

-A condition que tu me dises ce qu'il se passe.

-... D'accord, soupira-t-il au bout d'un moment. Allez, viens là.

 

Philippe prit la main de son mari et l'entraîna jusqu'à leur couche, et ils s'y assirent côté à côté. Gardant la main de son mari entre ses doigts, il la caressa du pouce et commença son explication.

 

-Fabian De Magnien est en réalité une femme. Elle s'appelle Lysane.

-Lysane De Magnien?

-Lysane tout court. Elle est née de parents inconnus et c'est ma nourrice qui l'a récupérée alors qu'elle n'avait que quelques jours. Elle l'a allaitée en même temps que moi.

-Donc vous êtes bien frère et sœur de lait?

-Oui.

-Et c'est pour ça que vous êtes si complices?

-Oui, en partie. Même si je ne l'ai pas beaucoup vue ces dernières années, je la considère toujours comme ma meilleure amie.

-D'accord...

 

Louis était pensif: depuis tout ce temps qu'il vivait avec Philippe, qu'il partageait vraiment sa vie avec lui, il n'avait jamais entendu parler de la jeune femme, ni du jeune homme. Tout comme il n'avait pas entendu parler de ce bataillon spécialement aux ordres de Philippe. Ni de la bouche de son mari ni de celle de François. Il trouvait tout cela étrange et se sentit mal à l'aise.

 

-Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé? De elle, et puis de tout ça? demanda-t-il en faisant un large geste du bras, désignant le camp tout autour d'eux.

-Pour tout ça, ce n'est qu'un détail mineur dans l'armée de notre pays, même s'il se révèle bien utile maintenant. Je n'allais pas t'embêter avec ça alors que tu avais déjà tellement d'autres choses à faire.

 

Louis hocha la tête: il n'avait pas tout à fait tort.

 

-Quant à Fabian...

-Ou Lysane.

-Non, Fabian. Ici, c'est un homme. Et il est hors de question que l'on sache ce que tu viens d'apprendre. Donc je disais... Pour Fabian, si je t'en ai jamais parlé, c'est parce que je n'y ai jamais vraiment pensé. Je ne l'ai pas beaucoup vu depuis que nous sommes ensemble. Et j'avais beaucoup d'autres choses en tête. Surtout une en fait, précisa-t-il en lui lançant un regard évocateur et en serrant un peu plus fort sa main.

 

Louis rougit sous l'allusion mais ne se laissa pas déstabiliser.

 

-Et pourquoi elle a décidé de se faire passer pour un homme? Je veux dire, je sais qu'il n'y a pas de femmes dans l'armée, du moins pas en tant que soldat, alors pourquoi elle a voulu rentrer dans l'armée?

 

Philippe soupira: Louis était décidément insatiable de curiosité, même si ce n'était pas le bon moment pour poser toutes ces questions. Cependant, Philippe répondit avec patience et douceur, sachant qu'il aurait à affronter la colère de son mari s'il ne le faisait pas.

 

-Fabian n'a pas de parents. Il n'a pas de nom. C'est un moins que rien dans la société telle qu'elle est conçue aujourd'hui. Tout le temps où j'ai été élevé par la nourrice, j'étais avec lui. Après quelques mois, j'ai dû revenir à la cour pour être éduqué par ma grand-mère. Il paraît que j'étais infernal, que je pleurais tout le temps, et que personne n'arrivait à me calmer. Finalement, ils sont allés chercher Fabian pour qu'il joue avec moi, et aussitôt, je me suis calmé. Et c'est comme ça que Fabian est entré à la cour, alors qu'il n'est pas noble, qu'il n'a même pas de nom. Ca a énervé beaucoup de monde, et régulièrement, on essayait de l'évincer. Et à chaque fois, je le faisais rester, avec l'appui de mon père et de ma grand-mère, qui l'aimaient bien.

-Si je comprends bien, il a grandi avec toi?

-Oui, et Grand-mère lui donnait aussi des leçons, en même temps que moi. Je crois que c'est vers douze ans que le déclic s'est fait. Il a compris que la situation ne pourrait pas durer éternellement. Et il s'est engagé dans l'armée.

-A douze ans?! s'exclama Louis, choqué.

 

Certes, lui avait été marié à 16 ans, ce qui en soi était assez jeune, mais il avait été sûr de vouloir faire ça pour sa famille. De là à décider du reste de sa vie alors qu'on a à peine vécu...

 

-Oui. Fabian était très volontaire et très vif pour son âge. Il l'a toujours été plus que moi. En plus, il était très doué au maniement des armes. Donc son acceptation dans l'armée n'a pas été un problème, mis à part pour son sexe. Je suis intervenu auprès de mon père, et après quelques magouilles, il est rentré à l'école des officiers sous le nom de Fabian De Magnien. Il en est sorti quatre ans plus tard, à seize ans, il a fait deux ans dans diverses compagnies, et puis j'ai créé cette section spécialement pour lui. Comme ça, ça nous permettait tous deux d'avoir un peu plus de liberté pour agir. Il n'avait de comptes à rendre qu'à moi, et moi, je n'avais pas de comptes à rendre aux autres, puisqu'il s'agissait de mon bataillon spécial. Et je savais que Fabian me serait fidèle, quoiqu'il arrive. Ce qui s'est révélé bien utile au final.

 

Louis hocha la tête, ayant un peu de mal à s'imaginer comment on pouvait en arriver là. Jusqu'à falsifier son identité alors que rien ne nous y contraignait réellement.

 

-Et depuis, il est resté Fabian De Magnien?

-La plupart du temps. Quand il travaille, il est tout le temps uniquement Fabian De Magnien. Quand il est avec François, ou avec moi, sans personnes extérieures, il est juste Lysane. Et parfois il est venu aux bals qu'on organisait au château, et là, c'était Demoiselle Lysane, comme quand on était gosses.

-Trois identités pour un adolescent... Waoh, y'a de quoi devenir dingue, murmura-t-il.

-Y'a de quoi, mais moi je trouve qu'il s'en est très bien sorti.

-Si tu le dis... Et pour lui et François, c'est récent?

-Oh que non! rit Philippe, qui revoyait encore son meilleur ami lui demander des conseils quant à la déclaration qu'il allait faire à Lysane. Ils sont ensemble depuis.... attends voir, François avait treize ans, et Fabian quinze. En gros, quatre bonnes années avant que tu n'arrives à Mésancourt. Mais déjà avant, ils arrêtaient pas de flirter, François était assez précoce de ce côté là.

 

Philippe rigola, et Louis le rejoignit rapidement, imaginant un petit François courir derrière chaque jupon qu'il croisait.

 

-Mais, reprit Louis, ça le gêne pas, que François couche un peu à droite à gauche pendant qu'il n'est pas là?

-Ils ont une relation assez... particulière et compliquée, commença Philippe, ne sachant pas comment expliquer le fait que François ne puisse pas être fidèle à Lysane, alors qu'il l'aimait sincèrement.

-Exactement, les interrompit une voix ferme. Et j'apprécierai aussi que tu me demandes mon avis la prochaine que l'envie te prend de déballer ma vie, Philippe.

 

Fabian se leva, et attrapant la bande posée à terre, entreprit de se bander la poitrine.

 

-Il t'a vue, alors je devais lui expliquer.

-Je ne dis pas le contraire. Mais tu aurais pu me réveiller, et je lui aurais dit ce dont il avait besoin de savoir.

-Je préférais que cela soit moi qui le fasse.

 

Il lui décocha un regard noir tout en disant d'un ton qui se voulait distant.

 

-Comme tu veux. François, tu ferais mieux de te lever, il reste beaucoup de choses à faire, enchaîna-t-il en secouant doucement son compagnon.

 

Il enfila une chemise et la boutonna, puis alla réveiller son fils d'une voix douce.

 

-Leriel, mon chéri. Réveille-toi, c'est l'heure.

 

Le garçon papillonna des yeux puis les ouvrit complètement. Il les posa sur son père et lui sourit.

 

-Bonjour.

-Papa... Je peux avoir un bisou?

-Bien sûr.

 

Il déposa un baiser sur le front de son fils et celui-ci se redressa dans le lit.

 

-Tu te souviens de ce que tu dois faire aujourd'hui?

-Oui, je crois. Je dois aider avec Henri et Hector.

-Très bien. Est-ce que tu sais avec qui tu voyages?

-Je voulais prendre mon poney, mais on m'a dit que ce n'était pas possible.

-Non, tu ne peux pas. Il est possible qu'on soit attaqué pendant le voyage, et sur ton poney, tu ne t'en sortirais pas.

-Alors je peux monter avec toi?

 

Le ton était suppliant et Fabian sentit les larmes monter aux yeux de son fils. Leriel avait de plus en plus de mal à accepter la séparation, surtout depuis cette histoire de coup d'état.

 

-Non, tu ne peux pas. Je dois beaucoup me déplacer et diriger les soldats. Cela serait compliqué avec toi. Mais tu peux aller avec Charles ou Alexandre, proposa-t-il car il savait que le garçon aimait bien les deux jeunes hommes, et ainsi lui le saurait en sécurité.

-Et Pappa? Je peux monter avec Pappa?

 

A son intonation et sa façon de prononcer "Pappa", Fabian sut que son fils ne parlait pas de lui mais de l'homme qu'il ne connaissait que depuis hier. Il trouvait étonnant qu'il se soit attaché aussi vite, mais après tout, il lui en avait aussi beaucoup parlé.

 

-Je vais lui demander.

 

Il se retourna et cria à l'adresse de son amant, qui était en train de lacer ses chaussures.

 

-François, est-ce que ton fils peut monter à cheval avec toi pour le voyage?

 

L'interpelé se redressa et adressant un grand sourire aux deux hommes de sa vie, il répondit, joyeux.

 

-Evidemment qu'il peut!

 

Leriel sauta de joie, réveillant les deux autres, et il sortit du lit précipitamment, courant se jeter dans les bras de François. Celui-ci le réceptionna, le fit voler autour de lui puis le reposa à terre. Ebouriffant ses cheveux, il fit signe à l'autre père qu'il sortait. Celui-ci approuva et le suivit, attrapant sa veste au passage et enfilant prestement ses bottes.

 

 

Une heure après le réveil du Commandant, il ne restait rien du camp et tout le bataillon était prêt à partir. De Magnien vérifia une dernière fois que tous étaient à leur place, répéta quelques ordres, puis alla se placer en tête de cortège, et donna le signal de départ. A ses côtés, Betslat et De Rauthien assuraient la tête de troupe. Juste derrière eux venaient le couple royal ainsi que le baron De Devrant, avec Leriel devant lui. Ils n'avaient pas voulu se mettre plus loin dans la foule, malgré les cibles évidentes qu'ils faisaient en se plaçant si en avant. Par précaution, De Magnien avait placé ses deux meilleurs hommes pour encadrer le trio. Ensuite venaient les soldats à pied, le reste des gradés étant réparti sur toute la colonne.

 

Il avait été décidé que Lothaire accompagnerait Suzanne et les deux garçons dans l'un des charriots. Il avait d'abord fallu convaincre le jeune homme de laisser son ami seul, puis persuader Louis d'installer Henri hors de sa vue. Cela n'avait pas été une mince affaire et les voix s'étaient élevées, notamment celle de De Magnien. Mais au final, le Commandant eut le dernier mot, et si Louis était très inquiet au début, malgré les paroles apaisantes de Philippe, ses angoisses diminuèrent peu à peu au fil du trajet pour disparaître en fin d'après-midi.

 

En début de soirée, un des soldats que De Magnien avait envoyé en avant-garde revint au grand galop. S'arrêtant auprès de son supérieur, il lui parla rapidement à voix basse, reprenant à peine sa respiration. De Magnien le remercia puis décida d'installer le campement quelques centaines de mètres plus loin. Ils étaient tout proches de la ville, mais un petit bois cachait encore la cité à leurs yeux. Et les cachait aux yeux de la cité. C'est là que le Commandant ordonna qu'on installe le bivouac, alors que la nuit tombait. Les tentes ne devaient pas être montées, pour pouvoir partir au plus vite en cas d'attaque, et aucun feu ne devait être fait, pour éviter d'être repéré. Il installa la famille royale et leurs proches au centre du grand cercle formé par les soldats, puis il partit vérifier la sécurité aux alentours.

 

Suzanne, prenant les choses en main alors que les hommes ne savaient pas trop quoi faire, installa un lit de couverture pour les deux petits garçons qui tombaient de sommeil. Aussitôt qu'ils furent couchés, ils s'endormirent, sans même attendre un baiser de leurs parents. Parents d'ailleurs bien fatigués par le voyage. Louis et Philippe étaient assis à même le sol, épaule contre épaule, les mains enlacés. En face, Lothaire attendait que sa femme le rejoigne alors qu'elle sortait quelques-unes de leurs affaires. A leur droite, François était assis en tailleurs, et Leriel était à côté de lui, bavardant gaiement.

 

-Dis Pappa, il est comment le château?

-Il est très beau.

-Ca je sais, Papa me l'a dit aussi quand je lui ai demandé. Mais est-ce qu'il y a des dorures partout? Et plein de diamants?

-Je crains que non, rit François. Mésancourt n'est pas aussi riche que cela. Et même si on avait l'argent pour, je crois que Philippe préférerait l'utiliser pour le peuple plutôt que pour décorer le château.

-C'est vrai, c'est ce que dit tout le temps Papa, approuva-t-il. Alors, comment il est finalement?

-Est-ce que tu as déjà vu des châteaux?

-Oui.

-Lesquels?

-Euh... Celui de... de Ca... de Castille! Le château de Castille!

 

Louis releva vivement la tête et fixa son regard sur Leriel en l'entendant prononcer le nom de son ancienne patrie, et les autres le regardèrent avec étonnement.

 

-Comment tu connais le château de Castille? demanda le jeune roi, un mélange d'excitation et d'angoisse dans la voix, car si Leriel avait été en Castille, cela signifiait que le Commandant De Magnien aussi, ainsi que ses soldats.

 

-J'y suis allé l'an dernier avec Papa. Il m'a dit que c'était une visite de...

 

Ne trouvant pas le mot qu'il voulait, il fit quelques gestes pour s'expliquer.

 

-Juste pour dire bonjour. Papa me disait toujours que je devais sourire et serrer la main de tous ceux qui le voulaient.

-Une visite de courtoisie? suggéra alors François.

-Oui, c'est ça!

-T'as envoyé Fabian en visite de courtoisie en Castille? interrogea alors le baron, fixant Philippe, une lueur de reproche dans les yeux.

-Ca ne me dit rien du tout, avoua-t-il, un peu perdu.

-C'est moi qui y suis allé de mon propre chef, intervint alors De Magnien qui était revenu de son tour dans le campement.

 

Il s'assit à côté de François et prit Leriel sur ses genoux.

 

-Les relations à la frontière avec la Castille étaient un peu tendues. Les villages frontaliers ne s'entendaient pas très bien, surtout que certains s'amusaient à envenimer les choses. Alors j'ai calmé les esprits, j'ai laissé mes hommes dans les villages pour éviter les incidents et je suis allé à la cour de Castille. J'ai été très bien accueilli par le prince Jean, qui a tout de suite compris le problème, et qui a fait ce qu'il fallait. Nous sommes restés moins d'une semaine, mais ça a bien plu à Leriel, n'est-ce pas?

-Oh oui! C'était très beau. Et puis le soir, lors du dîner, il y avait tellement de gens qui dansaient au milieu. C'était très beau, conclut-il, les yeux rêveurs.

-Tu te souviens de ce que je t'ai dit à cette époque? Que Louis, avant de s'appeler Louis de Mésancourt s'appelait Louis de Castille et que c'était là-bas qu'il était né.

 

Le garçon hocha la tête, puis soudain, la lumière se fit dans son esprit. Quittant les genoux de son père, il se précipita sur ceux de Louis. Les mains nouées comme lors d'une prière, il lui demanda, les yeux suppliants, de lui raconter les différences entre le château de Castille et celui de Mésancourt. Mais rapidement, cela dériva et Louis conta ses jeunes années à la cour à l'enfant captivé. A la fin du récit, il remercia le conteur, et les larmes apparurent peu de temps après, sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Sauf Fabian. Il prit son fils dans ses bras, et annonça qu'il allait se coucher. Il conseilla aux autres d'en faire de même, et il s'éloigna de quelques mètres, suivi aussitôt de François. Les deux hommes installèrent une couverture au sol, s'allongèrent dessus, mettant l'enfant entre eux deux, puis se recouvrirent de deux couvertures. Les deux autres couples veillèrent encore un peu, puis suivirent le conseil de De Magnien: la fatigue les faisait déjà dormir debout.

 

*** *** ***

 

Le lendemain matin, De Magnien envoya deux petites troupes en reconnaissance, qu'elles entrent en ville par les portes Nord et Sud, et qu'elles préparent le terrain. Une demi-heure plus tard, il fit partir le gros des troupes, avec lui en tête, accompagné de ses deux Capitaines, et juste derrière le couple royal et le baron De Devrant. Les enfants avaient été consignés avec Suzanne, ainsi qu'une dizaine de soldats. Ils devaient rester cachés dans la forêt jusqu'à ce que la situation se stabilise. En réalité, De Magnien ne craignait pas tant pour leurs vies que pour ce qu'ils pourraient voir, et des têtes qui volent n'étaient assurément pas un spectacle pour des enfants.

 

Une heure à peine après leur départ, ils arrivèrent aux portes de la ville. Le Commandant briefa une dernière fois ses hommes, puis plus spécifiquement Betslat, De Rauthien, François, Louis et Philippe. Puis ils entrèrent en ville alors que l'église sonnait onze heures.

 

Empruntant la Grand Rue, ils marchèrent au pas jusqu'à la place des Fêtes, au centre de la ville, un peu avant l'entrée même du château. Les gens, sur leur passage, sortaient sur les pas de portes, se mettaient aux fenêtres et murmuraient entre eux.

 

-C'est le roi Philippe!

-Le roi Philippe est revenu!

-Et le roi Louis est avec lui!

-Ils vont déloger les usurpateurs.

-Tout va redevenir comme avant.

 

De Magnien sourit en entendant autant de réactions positives. Il avait craint que, par peur ou par conviction, une partie des citadins ne se soit rangée du côté d'Aldéric et d'Adélaïde. Mais cela ne semblait pas être le cas. Soudain, un homme fendit la foule qui s'amassait peu à peu sur la route du cortège. Les trois militaires en tête tirèrent aussitôt leurs épées de leurs fourreaux, et ceux derrière le couple royal avaient déjà une flèche encochée dans leur arc. L'homme s'arrêta aussitôt puis, le regard fixé à celui de De Magnien, il s'approcha lentement du Commandant. La pointe de l'épée toucha vite son cou mais il ne sembla pas s'en soucier. Au contraire, il attrapa la botte de De Magnien et se baissa pour la baiser. Puis il releva la tête, et les yeux remplis de larmes de joie, il dit quelques mots d'une voix étranglée.

 

-Béni soyez-vous! Béni soyez-vous messire, de nous ramener notre roi!

 

Puis il partit à reculons, se baissant à plusieurs reprises pour les saluer. Dès qu'il fut plus près de la foule, il se retourna vers elle, et, levant ses deux mains vers le ciel, il s'écria.

 

-Béni soient notre roi et son époux! Béni soient Philippe et Louis de Mésancourt!

 

La foule reprit ses mots, et ils furent scandés tout du long du chemin jusqu'à la place. Philippe était ravi de l'accueil qui leur était réservé après le coup d'état, et Louis, étrangement, se sentait enfin à sa place, accepté pour la première fois dans ce royaume, accepté par ses habitants qu'il côtoyait depuis quatre ans.

 

Lorsqu'ils débouchèrent sur la place, ils furent accueillis par les soldats du château, qui les empêchèrent d'aller plus loin, ce qui n'était de toute façon pas l'intention de De Magnien. Il voulait que tout se règle au vu et au su de tous. Ainsi, magouilles et trahisons seraient dévoilés en place publique, et ceux qui doutaient encore de Philippe, et surtout de Louis, ne pourraient plus les accuser, face à l'évidence des preuves. De Magnien s'avança un peu plus par rapport aux autres et demanda, s'adressant aux soldats en face de lui.

 

-Qui est votre chef? Qu'il s'avance!

-C'est moi! Et je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous, Commandant De Magnien!

-Au contraire, Lieutenant-Colonel De Larasse, au contraire. J'obéis à mon roi, alors que vous obéissez à un usurpateur. Je suis donc légitime alors que vous ne l'êtes pas.

 

Le Lieutenant-Colonel encaissa ces paroles stoïquement mais ne chercha pas à répliquer.

 

-Allez dire à Monsieur Aldéric et à Dame Adélaïde que nous les attendons ici même et maintenant, Lieutenant-Colonel, continua De Magnien.

-Sire Aldéric et Dame Adélaïde n'ont pas le temps d'écouter vos sottises, Commandant. Ils ont des choses bien plus importantes à faire en ces temps durs. Dois-je vous rappeler que suite à la trahison de Philippe de Mésancourt, le royaume est en guerre?

-Je n'oublie pas la trahison qu'a subie le royaume, Lieutenant-Colonel, mais elle ne vient pas du roi Philippe. Ni de son époux Louis.

-Sornettes! s'écria-t-il soudain, à bout de patience face à l'impassibilité de De Magnien. Dégagez la place ou je vous fais arrêter, tous autant que vous êtes.

 

Les épées furent tirées et les arcs tendus du côté des soldats du château et aussitôt, les hommes de De Magnien se tinrent prêts à une éventuelle attaque. Mais les armes ne furent pas touchées, pas encore : ils ne voulaient pas provoquer.

 

Un brouhaha s'éleva de la foule: la situation commençait à devenir dangereuse. Les gens ne comprenaient pas pourquoi les soldats avaient sorti leurs épées face à leur roi. Une voix, plus forte que les autres, couvrit le murmure de la foule.

 

-Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher montrent les crocs!

 

Comme un signal, les gens devinrent plus agressifs et huèrent les soldats du château, protestant et exigeant à force de cris que ceux d'en-haut descendent en ville. De Magnien, craignant que la situation ne dégénère, envoya plusieurs de ses hommes contenir la foule.

 

-Vous voyez, Lieutenant-Colonel? fit De Magnien en désignant la foule du bras. Le peuple les réclame! Ils doivent venir s'expliquer face au peuple!

 

La foule approuva férocement et le Lieutenant-Colonel hésita: cela risquait de se retourner contre lui. Il avait déjà eu à faire à des mouvements de foule par le passé, et cela n'avait pas été une partie de plaisir, loin de là. Pour prévenir tout problème, il envoya un messager au château les informer que la situation dégénérait lentement mais sûrement. En attendant, il resta impassible et toisa De Magnien, qui ne se laissa en aucun cas déstabiliser.

 

L'affrontement silencieux entre les deux hommes dura une quinzaine de minutes tandis que la foule continuait de s'échauffer. Dans les rangs des soldats, cela commençait à jaser, des deux côtés. On ne comprenait pas l'inaction imposée par les supérieurs et certains avaient les mains qui les démangeaient, prêtes à prendre les armes. Quand De Magnien vit le messager revenir et faire un signe de tête négatif à son supérieur, il décida de reprendre les choses en main. S'avançant d'une ou deux foulées, se démarquant du reste de sa troupe, il annonça d'une voix forte et claire, faisant taire tout le monde.

 

-Monsieur Aldéric et Dame Adélaïde, je vous destitue du trône de Mésancourt, que vous occupez par la force suite à votre coup d'état.

-Vous n'avez aucun droit de faire cela! s'insurgea le Lieutenant-Colonel De Larasse. Ce n'est pas votre rôle! Vous n'en avez pas le pouvoir!

-En tant que Commandant de l'armée du roi Philippe de Mésancourt, j'ai le droit et même le devoir de défaire le royaume des usurpateurs, répliqua De Magnien d'une colère froide: ce Lieutenant-Colonel commençait sérieusement à lui échauffer les oreilles.

 

Il reprit ensuite son discours à l'adresse des occupants du château, qui, il en était sûr, s'étaient discrètement rapprochés de la place du village pour entendre et voir ce qu'il s'y passait.

 

-Monsieur Aldéric, pour trahison envers la couronne et coup d'état, vous serez condamné à la mort par pendaison selon la loi de Mésancourt. Votre corps sera brûlé et n'aura pas de sépulture.

 

Une partie de la foule approuva la sanction tandis que l'autre était hésitante: l'absence de sépulture signifiait être maudit et errer pour l'éternité, et cela avait quelque chose de terriblement effrayant, même pour un ennemi.

 

-Quant à vous Dame Adélaïde, pour trahison envers la couronne, coup d'état et déclaration de guerre au royaume de Castille, notre alliée, vous serez condamnée au bannissement hors du royaume de Mésancourt, selon la loi en vigueur. La marque des bannis vous sera appliquée au fer rouge sur votre poitrine droite et sur votre joue gauche, que les gens sachent ce que vous avez fait et qu'ils vous accordent le traitement approprié, à savoir l'exclusion. Votre enfant vous sera retiré, pour lui éviter les conséquences désastreuses de vos actes, et sera élevé en tant que pupille de Mésancourt.

 

La gorge de De Magnien se serra douloureusement à ces mots, car avec le temps et des recherches, il avait fini par découvrir que son père avait été banni, et que sa mère avait préféré se pendre au lieu de subir la honte, et de suivre son mari sur des chemins incertains.

 

Les applaudissements de la foule à l'annonce de la sentence le sortit de ses réflexions, et il continua l'énumération des coupables.

 

-Et vous, Madame Anne, je ne vous oublie pas. Vous serez mise en examen pour votre implication dans la trahison envers la couronne et dans le coup d'état.

 

Le peuple rassemblé, à la limite de la folie, ne fut pas choqué par la mise en cause de la reine Anne, et applaudit à tout rompre. Des sifflements réprobateurs et des insultes fusèrent à l'encontre du couple usurpateur.

 

Soudain, un messager sortit du château en courant, et cela calma pendant quelques instants les esprits. Tous attendaient de savoir la réaction des principaux intéressés. De Magnien, en le voyant murmurer à l'oreille de De Larasse, craignit le pire. Il ne fut pas déçu. Sur un ordre discret de son supérieur, il vit l'un des archers adverses tendre un peu plus sa corde puis la lâcher. Il la vit arriver droit sur lui, et eut juste le temps de se déplacer un peu sur la gauche pour se la prendre dans l'épaule droite. Cela fut le signal que tous semblaient attendre.

 

Les cavaliers de De Magnien se ruèrent sur l'ennemi et les soldats à pied leur emboitèrent le pas. La foule en délire, dépassant largement les capacités des fantassins du Commandant, prit part à la bataille. De Magnien, un peu sonné par la blessure, se reprit rapidement et criant de toute la force de ses poumons, comme un cri de guerre pour encourager ses hommes, il galopa droit sur le Lieutenant-Colonel. Celui-ci, ne s'attendant pas à une réaction aussi rapide et aussi vive, ne put éviter le coup d'épée du jeune homme et sa tête vola, atterrissant plusieurs mètres plus loin. Sans supérieur et sans ordre précis, ce fut très vite la déroute parmi les soldats du château.

 

Mais il n'en eut cure et se dirigea droit vers l'imposante bâtisse, suivi du couple royal, du baron De Devrant et de quelques-uns de ses subordonnés. Ensemble, ils parcoururent le château à la recherche des condamnés qui semblaient avoir fui. Mais ce fut sans compter l'aide précieuse de certains valets et autres petites gens, qui leur indiquèrent les chemins empruntés par les fuyards. En moins d'une demi-heure, ils furent retrouvés et menottés. Puis, comme la loi l'exigeait, ils furent conduits en place publique, hormis la reine Anne, qui était seulement mise en examen et qui par conséquent fut conduite aux cachots sous bonne garde.

 

Devant le peuple, Aldéric et AdélaïdeAdélaïde durent répondre aux questions qui leur furent posées et subirent sa colère. Ils essayèrent de se défendre, mais à chaque fois, De Magnien, impitoyable, aligna les preuves qu'il avait contre eux. Lorsque la confrontation au peuple se termina, les condamnés furent amenés aux cachots: les sentences seraient appliquées le lendemain.

 

Pendant ce temps, Philippe et Louis avaient repris leurs places légitimes sur le trône de Mésancourt et leur premier geste fut d'annuler toutes les décisions prises par Aldéric et Adélaïde. Le second fut d'offrir un banquet en ville, à la Place des Fêtes, pour célébrer leur retour au trône. Dans la soirée, Henri fut ramené, avec Hector et Leriel, de leur cachette forestière, et la famille royale au complet alla à la rencontre du peuple, ce qui réjouit les personnes présentes, heureuses de pouvoir voir le roi, son époux et leur fils en vrai, et de leur témoigner leur gratitude. A cette occasion, Louis de Mésancourt annonça ce qu'il avait annoncé à Philippe la veille pendant la nuit, à savoir la venue d'un nouvel héritier d'ici quelques mois. La nouvelle fut accueillie avec joie et larmes de bonheur, et la nuit fut rythmée par les cris de "Vive le roi!", "Vive Philippe!", "Vive Louis!" et "Vive Henri!".

 

 

C'est ainsi que se termine, villageoises et villageois, l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. La troupe des Troubadours Yaoïstes vous remercie de votre attention."

 

Quelques notes de musique s'élevèrent, signifiant la fin du récit. Mais les spectateurs ne semblèrent pas de cet avis, au vu des murmures mécontents qui se firent entendre.

 

"-Et notre scène au lit entre Philippe et Louis, elle est où, hein? Elle est où?

-On la veut nous!

-Vous pensez quand même pas que vous allez pouvoir vous en tirer comme ça!

-Et le bébé, il va s'appeler comment? C'est un garçon ou une fille?

-L'histoire entre François et Fabian, ça se termine comment?

-Et Henri? Est-ce qu'il va tomber amoureux de Leriel quand il sera grand?"

 

A cette dernière question, le conteur rit à gorge déployé, puis répondit, un sourire énigmatique aux lèvres.

 

"Tout ceci est une autre histoire. A vous de la construire."

 

 

Voilà, j'espère que cette suite alternative vous a plu... n'hésitez pas à lui faire part de vos avis sur son blog!!!

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:13

Bonjour les gens!

Comment allez-vous? Moi, comme d'habitude, je suis débordée de boulot et j'ai pas beaucoup le temps d'écrire (j'en suis désolée, croyez-le)! Mais heureusement, Skorpan est là et comme promis, elle nous a écrit une suite alternative à Royale Destinée. Son texte est très long donc il est publié en deux fois!

 

Précision importante: je le redis, cette suite est la vision de Skorpan et ne change en rien la fin que j'ai prévu pour cette histoire! C'est une fin parallèle, très bien écrite d'ailleurs! Elle commence à la fin du chapitre 22 de l'histoire.


 

 

Royale Destinée


Suite Alternative

Par Skorpan

partie 1

 

"Oyez, oyez! Villageoises et villageois, venez sur la Grand'Place du village écouter la troupe des Troubadours Yaoïstes! Venez écouter l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. Prenez place, installez-vous correctement, et reprenons l'histoire là où nous l'avions laissée la dernière fois. Rappelez-vous! Nous avions abandonné Louis et son ami Lothaire atterrés par les derniers évènements: la pendaison de Philippe, avec d'autres gens de basse condition, et ensuite, la destruction de la maison des parents de Lothaire, leur mort horrible. Et enfin leur soulagement lorsqu'ils avaient retrouvé les derniers membres de leur famille sains et saufs. Voilà où l'histoire s'était arrêtée et où elle reprend."

Quelques notes de musique s'élevèrent au milieu de l'assemblée pour annoncer le début du récit, alors que les gens rivalisaient de "Ssscht" pour demander le silence. La jeune femme, qui avait fait office de narratrice pour ameuter la foule, se recula et laissa place à vieil homme à la barbe blanche mais à la voix claire et assurée, qui reprit le fil de l'histoire.

"Louis et son fils, Lothaire, sa femme et leur fils, se cachaient dans la forêt. Ils ne savaient où aller, ils n'avaient plus personne. La méfiance était le maître mot dans cette folle course poursuite sans point de chute. Ils marchaient et marchaient sans s'arrêter au milieu des arbres sombres pour échapper à des ennemis incertains. Chaque craquement de branche les faisait sursauter, et les enfants, heureux de ce nouveau jeu dans les bois, s'amusaient avec insouciance alors que la mort les coursait.

Soudain, des voix se firent entendre. Et des chevaux aussi. Les petits furent attrapés, presque ceinturés par leur père respectif, et les cinq compagnons d'infortune se cachèrent derrière quelques troncs, trop fins pour offrir un quelconque abri, mais rassurants quand même.

 

-Cherchez partout! Je suis sûr d'avoir vu quelque chose bouger!

-Vous êtes sûr que ce n'était pas un animal, mon Commandant?

-Vous avez déjà vu un animal bleu et rouge, Capitaine?

-Euh... non, mon Commandant.

 

Les voix se rapprochaient peu à peu du groupe, accompagnées des lourds pas des chevaux. Lothaire en avait compté trois, même si le troisième homme n'avait pas encore parlé. Et au plus grand désespoir des deux jeunes hommes, la voix du Commandant leur était familière. Une voix à la fois douce et ferme, agréable à entendre et capable de vous emmêler pour obtenir ce qu'elle souhaitait. Louis était sûr de l'avoir déjà entendue à la cour, lors d'une des nombreuses réceptions auxquelles il avait dû assister. Et il se maudit en cet instant de ne pas avoir été plus attentif, car il ne pouvait se souvenir qui en était le propriétaire. De toute façon, se dit-il, d'après ce qu'ils avaient entendu, ils appartenaient à l'armée, et avaient donc prêté serment de servir le royaume de Mésancourt, dussent-ils en mourir. Or le royaume de Mésancourt, c'étaient actuellement Adélaïde et son mari.

-Mon Commandant! fit une troisième voix. A trois heures, ça a bougé.

Puis il n'y eut presque aucun bruit. Seul le souffle des trois chevaux évoluant dans les bois. Et soudain, les militaires se retrouvèrent devant le groupe de fugitifs. Ils avaient bloqué toutes les sorties possibles. Louis et les autres étaient pris au piège.

-Vous croyez que c'est eux, mon Commandant? demanda l'un des subalternes.

Le Commandant ne répondit pas et descendit de cheval. D'un pas assuré, il s'approcha d'un Louis tellement mortifié que pas un seul de ses muscles ne bougea. Il lui attrapa peu délicatement la mâchoire, plongea ses yeux dans les siens, puis l'observa sous toutes les coutures.

 

-Déclinez votre identité, Monsieur, dit-il enfin d'un ton n'acceptant pas le refus, ni le mensonge.

 

Fier, et se sachant déjà reconnu, il ne renia pas son nom, ni son défunt mari Philippe.

 

-Je suis Louis de Mésancourt, époux de feu le roi Philippe de Mésancourt. Et si je dois mourir, ce sera la tête haute, et non assassiné au fin fond d'un bois.

 

Il s'était relevé sur ses deux pieds et dépassait maintenant de plusieurs centimètres le Commandant, qui n'en paraissait pourtant nullement impressionné. Au contraire, un sourire étirait ses lèvres.

 

-Mourir? Pourquoi voudriez-vous mourir?

-N'êtes vous pas des soldats de Mésancourt? l'interrogea Louis, toujours digne alors que l'incertitude le gagnait de plus en plus.

-Certainement. Et c'est pourquoi je n'ai aucune raison de vous tuer: vous êtes l'actuel roi de Mésancourt. Enfin, pour être plus exact, vous êtes le régent en attendant que votre fils Henri soit en âge de gouverner. N'est-ce pas?

-Soit. Mais vous n'ignorez pas le coup d'état que vient de subir le royaume. Je suis actuellement un paria.

-Comme vous l'avez dit vous-même, il s'agit d'un coup d'état. D'une prise de pouvoir par la force, et non approuvée. Vous restez donc mon souverain. De plus, si vous aviez observé plus attentivement nos uniformes, vous auriez vu que nous n'appartenons pas au corps régulier de l'armée.

 

A cette remarque, qui aurait pu être blessante si elle n'avait été prononcée sur un ton doux et rassurant, Louis baissa les yeux sur les vêtements des trois hommes qui lui faisaient face. Ceux-ci étaient d'une saleté étonnante, comme si cela faisait plusieurs jours qu'ils avaient été portés, et ce par tous les temps. Il tenta de reconnaître les grades ainsi que l'insigne d'appartenance à un quelconque corps de l'armée. Mais il en fut incapable: tout ce qui concernait les militaires ne l'avait jamais véritablement intéressé. Il en avait toujours laissé le soin à Philippe, et il s'en mordit la lèvre.

 

-Le bataillon que je dirige est formé d'hommes qui sont entraînés à faire face à n'importe quelle situation, y compris celle que nous vivons actuellement. Mes hommes sont les meilleurs que vous trouverez dans toute l'armée de Mésancourt, se vanta un peu le Commandant. De plus, et ce n'est pas négligeable, nous sommes totalement indépendants du reste de l'armée. Mes ordres proviennent directement du roi Philippe. Dans le cas où il serait dans l'incapacité à en donner, je suis autorisé à agir de mon propre chef.

 

-Mais... je ne comprends pas, protesta Louis, que ces nouvelles informations déroutaient, tout comme elles perturbaient les deux autres adultes.

 

Jamais ils n'avaient entendu parler de ce bataillon indépendant, et Louis doutait fortement que son mari ait oublié de le prévenir.

 

-Capitaine De Rauthien, expliquez-leur, je vous prie. Il semblerait que mes explications ne soient pas assez claires.

 

Le plus jeune des deux Capitaines, qui apparaissait avoir l'âge de Louis, s'avança et s'éclaircit la gorge.

 

-Chaque homme du bataillon, avant de prêter serment à Mésancourt, a prêté serment au roi Philippe. Nous sommes donc avant tout loyaux envers le roi Philippe, d'où notre présence dans ces bois. Nous sommes venus vous récupérer pour vous mettre en lieu sûr.

-Nous... récupérer? En lieu sûr?

 

Un infime espoir étreignit le cœur de Louis. Si ces militaires disaient vrai alors ils étaient sortis d'affaire, pour un temps du moins. Mais s'ils mentaient, ils se précipitaient certainement dans la gueule du loup.

 

-Tout à fait. Notre camp de base est à une petite journée de cheval. Si nous nous mettons

en route dès maintenant, nous y serons un peu après le milieu de la nuit.

 

Louis réfléchissait rapidement. Il ne voulait pas prendre une décision d'une telle importance hâtivement, mais les circonstances l'y obligeaient. Il jeta un coup d'œil à Lothaire, pour essayer de connaître son opinion. Celui-ci avait l'air déterminé, mais Louis ne réussit pas à deviner quelle décision il avait prise. Alors avant de sceller leur destin à tous, il voulut s'assurer d'une dernière chose.

 

-Puisque je vous ai dit mon nom tout à l'heure, je vous demanderai le vôtre à mon tour.

-Naturellement, acquiesça le jeune homme, qui exécuta un salut militaire avant de continuer. Commandant Fabian De Magnien, à votre service. Et voici deux de mes sous-officiers, continua-t-il en désignant les deux hommes qui l'accompagnait. Le Capitaine Alexandre De Rauthien, et le Capitaine Charles Betslat. Tous deux sont très compétents, et je leur confierai ma vie sans hésiter. Vous ne craignez donc rien pour la vôtre, ou celles de votre fils et de vos amis tant qu'ils sont dans les parages.

-Bien. Vous permettrez que nous en discutions entre nous, n'est-ce pas?

-Le temps nous est compté, alors faîtes vite.

 

Louis ne prit pas le temps de répondre, et entraîna Lothaire et Suzanne un peu à l'écart pour savoir ce qu'ils pensaient de la situation, tandis que les militaires reculaient de quelques pas. Chaque groupe discuta à part, et au bout de quelques minutes, une décision fut prise par les fugitifs.

 

-Nous avons décidé de vous faire confiance, annonça Louis, mais...

 

Le Commandant De Magnien ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase que déjà il donnait quelques directives concises pour leur retour au camp.

 

-Messieurs, si jamais il arrive quoi que ce soit, tenez-vous en au plan, rappela-t-il à ses hommes. Capitaine Betslat, vous prendrez Madame en croupe, et vous Capitaine de Rauthien, vous prendrez Monsieur Buys en croupe, et le jeune Hector devant vous. Louis et Henri voyageront avec moi, conclut-il.

 

Tout le monde s'activa et après quelques contorsions, ils furent tous à cheval. Sa dernière recommandation faite, "La vie des enfants prime sur celles des autres", le Commandant de Magnien donna le signal de départ. Si les premières minutes se déroulèrent au pas au milieu de la végétation très touffue de cette partie de la forêt, dès lors que cela s'éclaircit, le trot fut adopté. Le trajet se fit en silence et aucune plainte ne fut entendue, bien que l'allure fut très inconfortable pour ceux qui se trouvaient en croupe. Ils étaient balancés d'un côté ou de l'autre au gré des mouvements du cheval, et ne pouvaient se stabiliser qu'en se raccrochant au corps devant eux. Les deux petits garçons geignirent de temps à autre, mais les deux militaires qui avaient leur garde surent trouver les mots pour les calmer avant même que leurs parents respectifs n'ouvrent la bouche. Les promesses d'une balade au galop et d'une démonstration de combat avaient de quoi faire taire toutes les protestations.

 

Le soir venu, ils s'arrêtèrent environ une heure, dans une petite clairière à côté d'un faible cours d'eau. Ils avalèrent quelques morceaux de viande séchée et des patates froides en guise de dîner. Ils eurent même droit à un dessert grâce au Capitaine Betslat, qui trouva des baies comestibles non loin de leur campement de fortune. Lorsque que le Commandant estima que tout le monde s'était bien reposé, les chevaux comme les hommes, ils repartirent, adoptant la même allure qu'avant le repas. Henri et Hector s'endormirent moins d'une demi-heure après leur départ, la fatigue de la journée surpassant largement l'inconfort de leur position. Les adultes, par contre, ne fermèrent pas l'œil de la nuit.

 

Au bout de longues heures de route, ils arrivèrent à la lisière de la forêt. Là, sur un signe discret du Commandant, ils s'arrêtèrent en silence, attentifs au moindre bruit. En penchant un peu la tête sur le côté, Louis découvrit alors ce qui les attendait. Une immense plaine s'étendait dès la sortie du bois, et à environ cinq cents mètres, un véritable village de tentes de couleur triste était installé. Il semblait être monté sur un champ en friche, et n'empiétait pas sur les cultures qui l'entouraient. La vision qu'avait Louis était assez surréaliste. Il lui semblait que ce camp ne faisait pas partie de ce monde-ci, tellement son emplacement était incongru. Il n'y avait rien aux alentours, pas même une rivière, et il ne ressemblait pas à l'image qu'il se faisait d'un camp militaire. Il se rapprochait plus d'un camp de saltimbanques en peine. D'autant plus qu'aucune protection ne semblait avoir été mise autour des tentes, et qu'une tente plus imposante, tel un chapiteau, était dressée au centre.

 

Se décidant à prendre la parole après plusieurs minutes d'immobilité, Louis se dégagea la gorge.

 

-C'est ça votre camp militaire où nous serons en sécurité? demanda-t-il d'un ton incrédule.

-Ssssch! lui fit De Magnien, en colère, avant de chuchoter le nom de ses officiers. De Rauthien?

 

Celui-ci lui répondit en faisant un cercle avec son pouce et son majeur de la main droite.

 

-Betslat?

 

Il lui répondit avec le même signe que son homologue, alors De Magnien mit ses mains en porte-voix et imita par deux fois le hululement d'une chouette. Quelques secondes plus tard, un homme habillé de manière sombre, de telle façon à se fondre plus facilement parmi les arbres, approcha d'eux. Les trois adultes fugitifs sursautèrent mais les militaires lui sourirent.

 

-Alors, Ferrant, que se passe-t-il? chuchota le plus haut gradé.

-Deux hommes à nous sont revenus, ensemble. Ils avaient la gueule fatiguée. Et j'ai vu du mouvement en face il y a de ça une heure environ. Mais je n'ai pas pu identifier ce que c'était.

-Et le terrain?

-Sec, il n'a pas plu aujourd'hui.

 

De Magnien sourit: le sol était propice à un dernier sprint au grand galop. C'était la dernière partie de leur voyage, mais aussi la plus risquée. Ces cinq cent mètres qui les séparaient de leur camp se trouvaient à découvert, et une attaque bien menée pouvait les anéantir avant que quiconque, que ce soit ceux du camp ou ceux en poste dans la forêt, ne puisse intervenir.

 

-Henri, dit le Commandant en secouant gentiment le garçon. Henri, réveille-toi, répéta-t-il alors qu'il se frottait les yeux. Tu te souviens que je t'ai promis une balade au galop? Eh bien, c'est tout de suite.

 

De Rauthien avait fait de même avec Hector, et les deux gamins étaient maintenant parfaitement éveillés, prêts comme jamais pour l'aventure. Les adultes, sur les conseils des cavaliers en selle, se re-positionnèrent et s'agrippèrent du mieux qu'ils purent. Ils saluèrent Ferrant, qui retourna à son poste de garde, et en quelques coups de talons, ils partirent au grand galop. La distance fut parcoure en une minute et ils entrèrent sans ralentir dans le camp.

 

Les soldats, prévenus par Ferrant, n'opposèrent aucune résistance à cette intrusion, et les trois chevaux ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent devant la plus grande des tentes. Plusieurs hommes se précipitèrent pour les aider à descendre et ils durent même rattraper de justesse Suzanne, qui manqua de s'écraser au sol, ses membres tremblant sans discontinuer après cette course folle. De Magnien ordonna qu'on les conduise dans la grande tente, qui se révéla être la sienne, donna quelques autres instructions puis les rejoignit, accompagné des Capitaines De Rauthien et Betslat. Il se passa la main sur les yeux, espérant effacer un peu de sa fatigue, puis prit la parole.

 

-Eh bien, on est arrivés sains et saufs à bon port. C'est déjà ça. Je suppose que vous êtes fatigués, donc j'ai demandé à ce qu'on apporte des lits en plus pour que vous vous installiez ici. Je préfère toujours avoir un œil sur vous, ça me rassurera, et ça vous rassurera je pense, expliqua-t-il. Ah tenez, voilà les lits!

 

Plusieurs soldats entrèrent dans la tente portant des lits de camps et des couvertures. Ils saluèrent d'un signe de tête leurs supérieurs, puis les contournèrent pour passer dans la deuxième partie de la tente. Les deux petits se précipitèrent immédiatement à la suite des adultes, pour explorer ce territoire inconnu. Lorsque les soldats eurent installés de quoi dormir, et qu'ils furent partis, De Magnien se remit à parler, pour répondre aux interrogations muettes des trois adultes.

 

-La première partie de la tente, où nous sommes, c'est un peu le centre de commandement. C'est ici que l'on prend toutes les décisions. Et la deuxième partie, là où les lits ont été mis, c'est ma chambre. Enfin, en quelque sorte, y'a juste un lit et une malle avec mes affaires et mes armes. Bref, c'est pas le sujet. J'ai fait amener cinq lits, trois pour vous, et deux pour les Capitaines Betslat et De Rauthien. On n'est jamais trop prudent...

 

Louis et Lothaire approuvèrent, ainsi que Suzanne, mais de façon de plus discrète, n'osant agir normalement en présence des militaires, qui l'impressionnaient fortement. Non pas à cause de l'uniforme, mais à cause de la puissance calme et confiante qui se dégageait d'eux.

 

-Betslat, aidez-les à s'installer. Je dois parler à De Rauthien.

 

Le Capitaine poussa fermement les fugitifs vers la partie chambre de la tente, même si Louis semblait vouloir rester. Puis il referma correctement les pans de tissus pour ne laisser aucune possibilité de voir de l'autre côté.

 

Dans la partie commandement de la tente, De Magnien s'était appuyé sur la table, soulageant un peu ses jambes, mais s'empêchant de s'asseoir, craignant de ne pas pouvoir se relever, ou de s'endormir sur place. De Rauthien s'approcha de lui, voyant qu'il voulait lui parler de telle façon à ce que le roi Louis n'entende rien.

 

-De Rauthien, je voudrais que la sécurité soit renforcée autour de la tente. Ce n'est pas la peine de cacher de qui il s'agit. Tout le monde se doute que Louis et de son fils font parti du lot des cinq fugitifs. Mais je ne veux pas que l'information sorte du camp. Suspendez toutes les permissions, et réduisez au maximum les allées et venues.

-Ne croyez-vous pas que ces brusques changements mettront la puce à l'oreille à ceux qui surveillent le camp de l'extérieur?

 

Le Commandant réfléchit quelques instants avant de répondre.

 

-Si, mais de toute façon, ils ont dû repérer le mouvement de cette nuit. Donc ce n'est pas grave s'ils remarquent les changements des prochains jours. Je crois que c'est vraiment plus important de sécuriser encore plus le camp. Il faudra que vous me fassiez une liste avec les gens susceptibles de sortir, que je l'approuve d'abord.

-Pensez-vous qu'il y ait encore des traîtres? On a pourtant mené plusieurs enquêtes pour les éliminer, et plusieurs ont été jugés.

-Je ne crois pas qu'il y ait de vrais traîtres, De Rauthien, vous avez fait du bon boulot de ce point de vue là. Mais il y a certaines personnes auxquelles je fais moins confiance, et d'autres qui ne résisteront pas longtemps à un interrogatoire s'ils sont pris.

 

Le Capitaine se rendit à la raison de son supérieur, puis se dirigea vers la sortie, pour mettre en place le nouveau dispositif. Il fut retenu au dernier moment par la voix épuisée de De Magnien.

 

-Et amenez-moi au passage les deux messagers que Ferrant a vu.

-Vous pensez que...

-Oui, le coupa-t-il.

 

Puis De Rauthien sortit, et quelques secondes plus tard, Betslat entra par derrière, depuis la chambre. Il observa longuement le corps recroquevillé sur lui-même de son Commandant avant de s'en approcher doucement. Il posa une main sur son épaule, et le réconforta de quelques caresses amicales.

 

-Fabian, ça va?

-Hein? Charles? Ils sont couchés?

-Oui. Les petits dorment comme des bébés. Le couple aussi. Seul le roi n'arrive pas à trouver le sommeil. Il est trop inquiet je pense. Et puis il se demande pourquoi tu ne viens pas te coucher aussi.

-Hum... Je viendrai lorsque je saurais ce que les deux messagers ont à me dire. Et que j'aurais vérifié que tout est en ordre au niveau de la sécurité.

-D'accord... Mais dis-moi, t'es sûr que ça va?

 

Fabian lui lança un regard suspicieux, étonné par la question, puis soupira: Charles était l'une des personnes dont il était le plus proche dans l'armée, et il réussissait toujours à deviner ses états d'âme.

 

-Disons qu'il faut que ça aille, alors je m'occupe l'esprit et le corps pour ne pas gamberger. Mais là, je commence à fatiguer. Et j'ai un peu peur de craquer devant mes hommes. Un peu comme là maintenant devant toi, rit-il, essuyant quelques larmes qui pointaient le bout de leur nez au coin de ses yeux.

 

Charles appuya un peu plus ses caresses et le rassura.

 

-Ne t'inquiète pas. Tu es fort, ça va aller. Et si jamais tu te sens faiblir, tu peux venir te confier à moi. Je suis là pour ça, tu sais.

-En tant que subordonné ou en tant qu'ami? rigola Fabian.

-En tant qu'ami bien sûr! Je ne veux pas entendre les épanchements de tous mes supérieurs! s'exclama-t-il, outré mais aussi amusé.

-Mais pour l'instant tu n'en as qu'un de supérieur, et c'est moi.

-Tu oublies le roi Philippe! Il est aussi mon supérieur.

-Ouais, sauf que vu la situation... fit remarquer Fabian, soudain plus sombre.

 

Le Capitaine Betslat n'eut pas le temps de dire quelques mots pour rattraper ses paroles maladroites car des pas se firent entendre à l'extérieur de la tente, et après avoir obtenu l'autorisation de leur Commandant, trois hommes entrèrent.

 

-Commandant, voici les deux messages que le soldat Ferrant a vu.

-Merci Capitaine. Messieurs, installez-vous dans les chaises, vous avez l'air épuisés.

-Merci mon Commandant, mais nous pouvons rester debout, refusèrent-ils poliment et à l'unisson, trouvant que leur Commandant avait l'air bien plus épuisé qu'eux.

-Comme vous voudrez... De Rauthien et Betslat, vous écouterez avec moi ce que ces deux hommes ont à dire. Mais je ne veux aucune trace écrite. Tout doit être gravé dans votre mémoire.

-Compris, mon Commandant!

 

Les messagers commencèrent alors à raconter les informations qu'ils avaient réussies à récolter lors de leurs missions respectives. Le premier avait été chargé de surveiller les contacts que pouvaient avoir la reine Anne ou l'usurpatrice Adélaïde avec les royaumes voisins. Il avait observé de nombreux mouvements de petites gens à la solde des deux femmes, et qui probablement servaient de contacts et de messagers. Mais ils étaient très discrets et il n'avait pas réussi à en arrêter un, d'autant plus qu'il devait lui-même faire attention à ne pas se faire arrêter. En effet, son comportement suspect avait alerté les autorités et il avait été interrogé. Mais n'ayant aucune preuve contre lui, ils avaient dû le relâcher, et à ce moment-là, la chance lui avait souri vu qu'il était presque tombé nez à nez avec un messager d'Adélaïde, quelques heures plus tard. Après une bonne bagarre, il avait réussi à l'arrêter, et l'interrogatoire, agrémenté de quelques instants de torture, avait permis d'obtenir les informations voulues.

 

Adélaïde avait effectivement pris contact avec l'un des pays frontaliers, et leur armée était maintenant en marche contre Mésancourt. La trahison avait donc bien eu lieu, mais pas de la personne qui en avait été accusée. La jeune femme avait probablement fait ça pour rajouter au réalisme de la chose. Les autres royaumes, quant à eux, n'avaient pas été contactés, mais l'histoire du coup d'état était venu titiller un peu trop rapidement leurs oreilles pour que cela ne paraisse pas suspect. Quant à l'homme arrêté, il portait une missive pour le royaume de Castille, la patrie du roi Louis. Une déclaration de guerre. Le récit du messager se finit sur ces mots, et un silence assommé envahit la pièce. Plusieurs guerres se préparaient en même temps, et ils réalisaient vaguement que Mésancourt n'y survivrait probablement pas, à moins d'agir vite et bien.

 

-Soldat, avez-vous cette missive pour la Castille? l'interrogea De Magnien.

-Oui, elle est ici, dit-elle en lui tendant la lettre décachetée.

-Merci. Et y'avait-il un quelconque laissez-passez avec?

-Oui, le voici.

 

De Magnien récupéra le laissez-passer, l'observa pendant de longues minutes, puis le tendit à Betslat.

 

-Capitaine, allez réveiller Duchesnier. Je veux qu'il me fasse des faux de ce laissez-passer, et de préférence plusieurs d'ici demain midi. Par contre, la qualité prime évidemment sur la quantité.

 

Betslat acquiesça et sortit rapidement, accompagné du premier messager, qui avait été autorisé à regagner sa tente. Le deuxième homme put alors raconter à son tour ce qu'il savait, devant un De Magnien plus qu'attentif, et un De Rauthien faisant son possible pour ne pas bailler.

 

-D'après mes contacts, commença-t-il avec précaution, le roi Philippe est toujours vivant. Il serait enfermé dans l'un des cachots du château, à l'insu de tous.

 

De Rauthien poussa un soupir de soulagement bruyant alors que De Magnien garda le visage fermé.

 

-Qui sont vos contacts? interrogea-t-il.

-Le mari de mon frère, la sœur de mon meilleur ami, et une autre personne, sans relation avec moi, Adrien Vaillet. C'est un sympathisant du roi Philippe, et il demande à être payé raisonnablement pour ce travail d'espionnage.

-Sont-ils sûrs?

-Les deux premiers, oui. Le troisième, je ne sais pas. J'ai dû le recruter rapidement, et je n'ai pas eu le temps de tester sa fidélité, mais les informations qu'il m'a données correspondent avec celles des deux autres. Et je l'ai fait suivre durant plusieurs jours, et de ce qui m'a été rapporté, rien ne m'a paru suspect.

-Bien. Et savez-vous si d'autres personnes sont enfermées avec le roi Philippe? Ou à proximité?

-Il semblerait que le baron François De Devrant soit également détenu avec le roi, mais cela ne m'a pas été confirmé. Sinon, je n'ai pas d'autres informations concernant d'éventuels autres détenus.

 

Enfin, le Commandant s'autorisa un léger sourire: le roi était vivant, et il n'était pas seul. Il ne lui restait plus maintenant qu'à collecter toutes les informations possibles pour peut-être envisager de le libérer. Une bonne demi-heure plus tard, le messager avait délivré tout ce qu'il savait et il se retira pour aller se reposer dans sa propre tente. Quant au Commandant et aux deux Capitaines -puisque Betslat était revenu entre temps-, ils allèrent rapidement se coucher dans la seconde partie de la tente, remettant les discussions sérieuses au lendemain.

 

*** *** ***

 

Lorsque Louis se réveilla le lendemain matin, son fils était déjà levé et jouait tranquillement avec Hector, sur le sol en terre de la chambre. Il l'observa un instant, un sourire planant sur ses lèvres, jusqu'au moment où Henri s'aperçut que son père ne dormait plus. Il se leva et se mit à courir vers lui, les bras tendus vers l'avant, répétant des papas joyeux. Louis, heureux, le prit dans ses bras et le chatouilla un peu pour le faire rire. Hector voulut se joindre à la partie de rigolade et les cris des enfants réveillèrent les deux derniers endormis de la chambrée. Suzanne s'approcha pour reprendre son fils et le calmer un peu tandis que Lothaire détaillait ce qui se trouvait autour d'eux.

 

-Eh Louis, le Commandant Machin-Chose, il ne devait pas dormir avec nous? Et les deux Capitaines Trucmuche, aussi?

-Oui, ils ont déjà dû se lever, observa-t-il. Et il faudrait peut-être qu'on retienne leurs noms, si on doit cohabiter avec eux un certain temps... Le Commandant s'appelait Fabian De Quelque chose. Et les Capitaines, je ne sais plus...

-Y'en a un qui a une particule, et l'autre commence par Bête...

-Betslat. Capitaine Charles Betslat, compléta le jeune homme qui venait d'entrer, et qui se révéla être le Capitaine lui-même. L'autre Capitaine s'appelle Alexandre De Rauthien, et notre Commandant Fabian De Magnien. Il a beau être jeune, c'est un excellent Commandant. Il fera tout son possible pour rétablir l'ordre dans le royaume. Sinon, je pense que vous devez avoir faim?

 

Les adultes eurent tout juste le temps d'ouvrir la bouche que les deux garnements s'égosillaient déjà à dire que oui, ils avaient faim. Ils luttèrent pour sortir des bras de leurs parents respectifs, et se précipitèrent vers la personne qui avait parlé de nourriture. Le Capitaine Betslat se retrouva donc avec deux sangsues collées à ses jambes et dut sortir ainsi de la tente, sous peine de pleurs inconsolables, pour pouvoir commander le repas de la petite troupe. Quelques minutes plus tard, celui-ci arriva et le Capitaine retrouva l'usage complet de ses jambes.

 

-Voilà votre repas. A midi, il y aura une réunion importante quant à la suite des évènements. Je pense que vous voudrez y assister, donc vous êtes priés d'être prêts dans une heure. Je vais vous faire apporter une bassine d'eau pour vous laver et des vêtements propres. Et aussi, je vous conseille de bien manger maintenant. Il n'y aura rien d'autre jusqu'à ce soir. Sur ce, madame, messieurs, à tout à l'heure.

 

 

Une soixantaine de minutes plus tard, presque tous les gradés du camp de toile étaient réunis sous la tente du Commandant, ainsi que Louis et Lothaire, Suzanne ayant préféré garder les deux petits monstres qui voulaient s'aventurer dans le camp. Louis avait voulu refuser et consigner Henri près de lui, mais la moue adorable que son fils lui avait faite l'avait décidé. Quelques retardataires arrivèrent, et la réunion put commencer.

 

-Je jure sur ce qui m'est le plus cher, sur la vie de mon fils, que je servirai le roi Philippe et sa famille jusqu'à leur rétablissement sur le trône, dussé-je y perdre la vie, commença le Commandant De Magnien tout en levant sa main droite, mettant ainsi son honneur en jeu.

 

Chacun des gradés présents, une petite dizaine, réitéra ce serment avec ferveur, sous les yeux ébahis de Louis et Lothaire, impressionnés par tant de volonté à sauver la famille royale. Quand le dernier serment fut prononcé, De Magnien reprit la parole.

 

-Messieurs, avec les Capitaines De Rauthien et Betslat, nous avons réussi à récupérer le roi Louis et sa famille hier. Ils sont maintenant en sécurité avec nous. Cependant, cela risque de ne pas durer. Ce camp menace d'être attaqué à tout moment, comme vous le savez. C'est pourquoi nous devons agir vite, mais sans précipitation.

 

Tous approuvèrent, saluant d'un signe de tête Louis et Lothaire, et attendirent les autres informations qu'avait récoltées leur supérieur.

 

-Je ne crois pas nécessaire de rappeler toutes les consignes de sécurité concernant la présence du roi et du dauphin dans ce camp. Nous les avons suffisamment répétées. De Rauthien, avez-vous la liste que je vous avais demandée?

-Oui, la voici.

 

De Magnien se saisit de la feuille où figurait une trentaine de noms. Il en barra une dizaine, la rendit à son Capitaine, et reprit la parole.

 

-L'espion chargé de me tenir au courant des agissements d'Adélaïde et de la reine Anne a malheureusement confirmé mes craintes. Adélaïde a trahi Mésancourt et le royaume de Kairouan s'apprête à nous attaquer. J'ai envoyé ce matin des messagers pour prévenir les troupes qui stationnent à la frontière avec Kairouan. D'autres messagers sont chargés de prévenir les autres troupes frontalières. Pour leur demander d'envoyer quelques renforts s'ils le peuvent, et de se tenir prêts à une offensive, car notre faiblesse risque d'attiser les convoitises de nos voisins.

-Vos ordres seront-ils pris en compte, étant donné que vous faîtes partie de l'armée sous ordre direct du roi Philippe? intervint l'un des hommes.

-Ne t'inquiète pas Leloup, j'ai utilisé le sceau de l'armée régulière. Il n'y aura donc aucun problème. D'autres remarques? ... Bien, reprit-il après quelques secondes de silence, ce même espion a également intercepté physiquement l'un des messagers d'Adélaïde. On a donc pu récupérer son laissez-passer, dont on a déjà plusieurs copies conformes grâce à Duchesnier. Et nous avons également récupéré sa lettre, qui s'est révélé être une déclaration de guerre contre le royaume de Castille.

-Quoi?! s'exclama Louis, soudainement inquiet, l'adrénaline des derniers jours remontant en flèche. Il faut les prévenir! Il faut absolument que j'aille le dire à Jean. Il faut que je...

 

Louis s'apprêtait à sortir de la tente dans un état d'excitation intense, mais il fut ceinturé par deux hommes qui l'amenèrent jusque devant De Magnien.

 

-Calmez-vous mon roi. Notre messager le plus rapide est parti ce matin, à cinq heures, les prévenir. Il s'agit de plus de quelqu'un qui connaît bien l'armée régulière, ses forces comme ses faiblesses. Il pourra donc aider la Castille à repousser notre armée, au moins le temps que la situation se renverse en votre faveur ici.

 

Louis voulut répliquer, mais se rétracta au dernier moment: il n'aurait fait qu'exprimer son inquiétude, et cela n'aurait été bon pour personne.

 

-Je crois que nous avons réglé tous les problèmes externes. Quelqu'un a-t-il une remarque à faire? ... Oui, De Lianny?

 

L'homme qui avait levé la main se racla la gorge et commença à parler.

 

-Le fait d'aider la Castille à battre notre propre armée ne nous sera-t-il pas reproché par le peuple plus tard?

-Si, c'est bien possible. Mais j'en prends l'entière responsabilité. C'est moi-même qui ai décidé d'envoyer un messager les prévenir, et c'est également moi qui ai choisi spécifiquement ce messager.

-Vous risquez d'être accusé de trahison, mon Commandant. Et nul n'ignore que celle-ci est condamnée de pendaison.

-Je prends le risque, De Lianny. Pour Mésancourt, je suis prêt à sacrifier ma vie, et ce depuis longtemps. D'autres remarques? ... Non? ... Bien, le sujet est clos. Nous pouvons passer à la suite: le roi Philippe.

 

Louis se tendit et ne put retenir ses mots acerbes.

 

-De quoi voulez-vous parler? Il est mort! Pendu comme un chien! Il est mort et il ne reviendra pas. Il n'y a plus rien à faire maintenant, Commandant!

 

Les larmes menaçaient de sortir et d'un geste rageur, il les essuya avec sa manche. Les hommes présents dans la tente, quoique surpris par la violence de la déclaration, approuvèrent et compatirent silencieusement. Seul De Magnien sembla indifférent.

 

-Les larmes ne servent à rien dans ces cas là, Majesté. Seules les actions comptent. Grâce à mon deuxième espion, j'ai acquis la certitude que le roi Philippe était toujours vivant après sa pendaison. Pendaison bien trop grossière pour que j'y crois. Betslat et De Rauthien pourront vous le confirmer, nous y avons assisté ensemble.

 

Louis hoqueta de fureur: il avait enfin réussi plus ou moins à intégrer que son mari était mort et là on venait souffler dans son cœur qu'il était encore vivant. Il refusait d'y croire. Il refusait de tout mettre dans ces quelques paroles, pour que son âme soit de nouveau piétinée lorsque ses espoirs s'écrouleront.

 

-J'y étais aussi, Commandant De Magnien. Alors cessez de raconter des sottises.

-Vous deviez être loin, Majesté, pour ne pas être reconnu. Nous, nous étions dans les premiers rangs. Et vu de près, l'homme pendu sous le nom de Philippe ne lui ressemblait pas énormément. Mais suffisamment pour tromper son monde. De plus, ils n'ont pas montré son visage, alors que je suis sûr qu'Adélaïde aurait adoré le faire, si cela avait vraiment été Philippe. Elle aime montrer le pouvoir qu'elle a. Maintenant, cessez de m'interrompre s'il vous plaît. J'essaie de sauver mon roi et votre époux.

 

La dernière réplique cloua le bec de Louis, et devant le regard décidé de De Magnien, il sut que rien ne pourrait le détourner de la mission qu'il s'était fixé.

 

-D'après ce que je sais, le roi Philippe est détenu dans les cachots de l'aile Ouest, avec quelques autres nobles proches de lui, où ils sont totalement isolés du reste des prisonniers. Ce sont des cachots peu utilisés en temps normal car aucune salle de torture n'avait été installée là-bas. De plus, ils n'ont pas été rénovés depuis les éboulements qui s'y sont produits il y a quelques années. Les cellules, grâce à cela, sont plus fragiles. Mais la sécurité doit y être renforcée. On m'a dit qu'il y avait une trentaine de gardes entre l'entrée des cachots, et la cellule du roi.

 

Les gradés firent la grimace: une mission de sauvetage où il fallait passer au vu et au su de trente soldats, puisqu'il n'y avait qu'un seul chemin pour conduire aux cachots, c'était mission quasiment impossible. Mais cela ne semblait pas inquiéter le Commandant, qui expliqua avec minutie le plan auquel il avait pensé. De nombreuses modifications y furent apportées, car en une mâtinée, il avait eu bien du mal à penser à tout, d'autant plus que le manque de sommeil se faisait de plus en plus ressentir. Mais globalement, l'idée resta la même et le départ fut fixé à dans quatre jours, le sauvetage du roi devant se dérouler dans une semaine précisément.

 

-Y'a-t-il des volontaires pour cette mission? Et avant toute proposition, je me dois de vous rappeler que le risque d'échec est élevé, et que la probabilité que l'un de participants meure l'est encore plus.

-Y allez-vous? demanda le plus vieux, qui devait avoir une quarantaine d'années.

-Evidemment. C'est mon devoir, et rien ne me retient.

-Vous oubliez votre fils, fit remarquer le même homme.

-Mon fils vous a aussi vous tous comme famille. Il comprendra. La discussion est close. Alors, des volontaires?

 

Les Capitaines Betslat et De Rauthien s'avancèrent et se placèrent au côté de De Magnien. Louis et Lothaire les rejoignirent.

 

-Vous deux, c'est à discuter en privé, les prévint le Commandant, ne voyant pas d'un très bon œil qu'ils participent. Quant aux autres, dit-il en s'adressant à ses subordonnés, puisque personne ne semble décidé, vous pouvez partir. Si jamais l'un d'entre vous change d'avis, qu'il vienne me voir. Le départ est dans quatre jours. D'ici là, j'aurai décidé ce qu'il convient de faire avec ce camp.

 

Les soldats le saluèrent puis sortirent en silence de la tente, mais dès que la porte de toile était passée, les conversations s'élevaient, bruyantes. De Rauthien allait lui-même vaquer à ses occupations, mais il voulut d'abord parler à son supérieur d'un problème qui le préoccupait.

 

-Mon Commandant, d'après ce que je sais, le camp commence à être suspect aux yeux de certains. Cela fait quand même près de trois semaines qu'on est là, sans véritable raison. Nous risquons d'avoir la visite de l'armée régulière, et dans notre situation, ce n'est pas l'idéal.

-Je sais, soupira-t-il. Mais je n'ai pas vraiment d'idées. L'emplacement n'est pas parfait mais nous ne sommes pas très loin du château, tout en étant suffisamment éloignés pour réagir à temps en cas de coup dur. De plus, notre position dans une plaine nous rend faible, mais nous donne aussi de nombreuses possibilités de fuites. Et avec le système de gardes installés dans la forêt, nous serons prévenus si une armée se déplace vers nous.

 

De Magnien soupira de nouveau et se laissa tomber dans sa chaise. Il se massa les tempes longuement puis releva les yeux vers Louis lorsque celui-ci parla.

 

-Excusez-moi, mais pourquoi vous êtes-vous arrêtés ici il y a trois semaines? A ce moment là, Adélaïde n'avait pas encore agi. Je veux dire, tout allait bien.

-Vous étiez peut-être trop absorbé par votre paternité pour vous en rendre compte, mais tout n'allait pas bien, répliqua d'un ton acide De Magnien. Nous revenions, mes hommes et moi-même, du sud du royaume, où une révolte se préparait. Votre venue, votre accession au trône et la naissance d'un héritier n'ont pas réjoui tout le monde, vous le savez. Il s'est révélé que les informations que nous avait fournies l'armée régulière étaient en partie fausses, et nous nous sommes retrouvés à devoir faire face à une véritable guérilla, au lieu de simplement devoir calmer les esprits échauffés. Nous avons eu plusieurs morts et de nombreux blessés. Et si nous nous sommes arrêtés ici, c'est parce que certains de nos blessés devenaient intransportables, et que je refusais de les abandonner. J'ai fait venir un médecin, puisque le nôtre était mort un peu plus tôt, des suites de ses propres blessures. Nous sommes restés le temps qu'ils se rétablissent, et entre temps, nous avons appris, grâce aux quelques hommes que je laisse constamment à la cour, par précaution, qu'il y avait eu un coup d'état. Que le roi Philippe avait été arrêté et que vous vous étiez enfui avec Henri. Plusieurs d'entre nous sont immédiatement partis à votre recherche. La suite, vous la connaissez.

 

Louis resta pantois par cette déclaration. Jamais un sujet, un militaire de surcroît, n'avait osé lui parler d'une façon aussi dure, lui reprochant à mots à peine couverts de ne pas se préoccuper de son propre royaume. Cela l'énerva mais il ne put lui répondre, sentant bien qu'il avait raison par certains côtés. Henri avait occupé une grande partie de son temps et de ses pensées, Philippe occupant le reste. Il avait mis un peu de côté les affaires du royaume, de une parce que Philippe réussissait à se débrouiller en général sans lui, et de deux parce qu'il avait toujours cette rancœur enfouie pour la perte de ses deux premiers enfants. Et par conséquent, il n'avait jamais entendu un traitre mot de cette histoire de révolte dans le sud.

 

-Commandant, osa Betslat après un silence lourd de sous-entendus, pourquoi n'utiliserait-on pas cela comme prétexte?

-Très bonne idée, Capitaine! Sauf que nous n'avons plus de blessés intransportables! lui hurla dessus De Magnien en retour, énervé par l'attitude de Louis.

-Commandant, je ne trouve pas l'idée du Capitaine Betslat si absurde, intervint De Rauthien, portant secours à son homologue et ami. Certes, nous n'avons plus de blessés intransportables, mais nous pouvons bien inventer une maladie possiblement contagieuse qui a envahi le camp, et qui nous empêche de nous déplacer ou de nous rapprocher d'une quelconque population. Cela nous permettrait de rester ici, et dissuaderait l'armée régulière de nous forcer à nous battre sur la frontière, ou de nous rendre visite.

 

De Magnien réfléchit quelques minutes, puis donna son feu vert.

 

-D'accord. De Rauthien, je vous fais confiance pour mettre en place tout le protocole concernant les maladies infectieuses. Vous choisirez pour jouer les malades les soldats ayant le plus besoin de repos, ou les moins doués, au choix. Vous les isolerez dans la partie la plus éloignée de l'entrée, que cela fasse crédible.

-Oui, mon Commandant!

 

Il salua et sortit d'un pas vif.

 

-Quant à vous, Majesté, Monsieur Buys, je vous laisse libre d'aller retrouver vos familles respectives et de vous balader dans le camp. Pas d'imprudence cependant, vous restez bien à l'intérieur des limites.

 

Ils hésitèrent quelques secondes à sortir, voulant poser quelques questions au Commandant, mais des signes explicites, quoique discrets, du Capitaine Betslat ne leur donnèrent pas le choix: ils devaient quitter la tente, et sur le champ, ce qu'ils firent. Une fois à l'extérieur, ils cherchèrent des yeux Suzanne, mais ne la trouvèrent pas.

 

-On n'a qu'à déambuler un peu dans le camp, et on demandera à un soldat à l'air sympathique s'il ne l'a pas vue, proposa Lothaire.

-Mouais, fit Louis, pas très convaincu. Je le sens pas ce De Magnien, je ne sais pas pourquoi, mais je ne le sens pas. Il ne m'aime pas, c'est clair, et il a une attitude assez hautaine je trouve.

-Arrête Louis, ce n'est pas parce qu'il t'a fait des reproches que tu dois l'accabler. Il ne fait que son travail, tempéra son ami. Et d'après l'attitude de ses subordonnés, il doit être plutôt doué: ils l'admirent et lui font totalement confiance.

 

Louis fit la moue et frissonna: un vent frais venait de se lever.

 

-Attends deux secondes, je vais me chercher une veste. Je reviens! lança-t-il, déjà en train de courir vers la tente.

 

Il entra précautionneusement dans la première partie de la tente, et voyant qu'il n'y avait plus personne, s'avança rapidement vers la seconde partie. Il allait y entrer lorsqu'il entendit la voix du Commandant s'élever, claire et distincte.

 

-Il est vivant Charles. Tu te rends compte? Il est vivant! Le messager l'a dit.

 

La voix tremblait un peu plus à chaque mot qu'elle prononçait et l'émotion en transparaissait de plus en plus.

 

-Je croyais que cette salope d'Adélaïde l'avait tué... Bien sûr, je gardais un peu d'espoir, parce que je voulais pas y croire. Mais putain, il est vivant! Il est vivant Charles! Je vais pouvoir le revoir...

 

Des sanglots se firent entendre, et Louis devina que le Commandant s'épanchait dans les bras de son Capitaine. La colère lui monta au nez, mais il ne se sentit pas la force de faire irruption dans la pièce pour confronter le Commandant: celui-ci était bien plus fort que lui actuellement. Alors il se contenta de tourner les talons et d'aller retrouver Louis pour lui faire part de sa fureur.

 

Le valet vit revenir son ami sans aucun vêtement supplémentaire et s'en étonna.

 

-Louis? Tu ne devais pas...

-Lothaire, viens, il nous faut un endroit discret, où on peut parler tranquillement.

 

Lothaire, quoiqu'étonné, le suivit sans rechigner, et une fois à l'écart des autres, Louis lui raconta la conversation qu'il avait surprise. Lorsqu'il eut fini, il exposa le fond de sa pensée.

 

-De Magnien parlait de Philippe, c'est sûr! T'as vu comment il a réagi tout à l'heure, quand on parlait d'aller le sauver? Il faisait tout pour paraître professionnel et sérieux, mais ça se voyait qu'il était heureux! En plus, quel Commandant digne de ce nom mettrait sa propre vie en danger dans une mission de sauvetage, laissant ses hommes sans chef?

-Je ne crois pas qu'il les laisse sans chef. Sans vouloir te vexer, il a l'air bon dans ce qu'il fait, alors je ne pense pas que sa décision soit irréfléchie. Et ça ne me paraît pas aberrant d'être heureux d'aller sauver son roi, surtout qu'il a l'air de lui être très fidèle, argumenta Lothaire, qui avait un point de vue plus objectif sur la chose.

-Oui mais quand même! De là à pleurer parce que tu apprends qu'il est vivant, il y a une différence! Même moi, je n'ai pas pleuré! rétorqua Louis, furieux de savoir que le Commandant qui allait sauver Philippe en pinçait pour lui.

-Parce que pour l'instant, tu n'arrives pas à y croire. Mais je suis sûr que lorsque tu auras la certitude qu'il est vivant, tu en pleureras de joie, dit-il doucement, posant une main réconfortante sur son épaule. Allez, laisse le Commandant tranquille. Il nous a sauvés, il nous a mis en sécurité et il va aller sauver ton mari. Franchement, je crois qu'on est mal placé pour le dénigrer, vu tout ce qu'il a fait pour nous.

 

Louis ne put contredire son ami et cela le fit enrager. Il n'aimait pas De Magnien, et il était bien décidé à le lui faire savoir, pendant les quelques jours où ils seraient contraints de vivre ensemble.

 

 

Cependant, le Commandant semblait n'être jamais dans sa tente. Il était toujours en vadrouille à l'intérieur du camp, ou à l'extérieur, et peu de personnes étaient au courant de ses déplacements, ainsi que de leurs buts. Betslat était évidemment dans la confidence, mais restait bouche close. C'était auprès du Capitaine De Rauthien que Louis avait réussi à glaner quelques informations. Et encore, il était persuadé que De Magnien l'avait autorisé à les lui révéler, pour étancher sa curiosité.

 

Ce fut la veille de leur départ pour le château, lors du repas du soir, qu'il découvrit quelque chose d'inattendu sur le Commandant. Ils étaient en train de dîner, toute la famille Buys, Henri et lui-même, dans la première partie de la grand tente, accompagnés par le Capitaine De Rauthien qui s'efforçait de les détendre, angoissés qu'ils étaient par le voyage du lendemain, lorsqu'un petit garçon d'environ six ans déboula en criant dans la tente.

 

-Papa! Papa! Paaaapa!

 

Le Capitaine fut le premier à réagir face à cette intrusion.

 

-Eh! Leriel! Tu veux réveiller tout Mésancourt? plaisanta-t-il.

-Ah! Alexandre! Bonjour. Tu sais où est Papa? Il m'a demandé de venir ici à l'heure du repas du soir. Il m'a dit qu'il avait une mission pour moi. Tu sais ce que c'est?

-Il ne m'a rien dit à ce propos. Mais il ne va pas tarder à revenir, alors que dirais-tu de l'attendre avec nous? T'as déjà dîné?

-Non pas encore, je voulais le faire avec Papa.

-D'accord, mais tu peux quand même t'asseoir avec nous?

 

De Rauthien se poussa un peu de sorte à laisser un peu de place pour Leriel sur la malle qu'il occupait. Celui-ci s'assit, puis dévisagea chacun des occupants de la tablée. Arrêtant son regard sur Louis, il demanda.

 

-C'est lui, le mari de Philippe?

-Oui, c'est lui. Comment tu as deviné?

-Papa m'a dit qu'il était très beau. Et il a dit qu'il comprenait pourquoi Philippe était tombé amoureux de lui.

-Parce que je suis beau? intervint Louis, intrigué par ce petit bout d'homme qui semblait aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau dans ce camp militaire.

-Oui, mais aussi parce que tu as un sacré caractère d'après Papa. Et qu'il en faut pour être le mari de Philippe.

-Dis-moi, tu le connais Philippe?

-Non, c'est Papa qui m'en a beaucoup parlé. On a pas eu le temps de revenir à la maison depuis longtemps, expliqua Leriel, avec ce qui semblait être une pointe de tristesse dans la voix.

-Ne t'inquiète pas, le rassura De Rauthien en lui ébouriffant les cheveux, bientôt vous pourrez rentrer chez vous, ton Papa et toi.

 

Le petit garçon fit la moue, montrant qu'il n'y croyait pas du tout: cette promesse, on la lui avait déjà faite trop souvent. Alors De Rauthien jugea plus prudent de changer de sujet.

 

-Au fait, Leriel, tu as dormi où ces dernières nuits?

-Chez une vieille dame, dans le village. Papa préférait que je sois là-bas pendant quelques jours. Il m'a ramené au camp que ce matin et il m'a raconté tout ce qu'il s'était passé pendant que j'étais pas là. Surtout comment il a retrouvé le mari de Philippe et ses amis. Toute la recherche dans la forêt! Il m'a dit que la prochaine fois, si c'était pas trop dangereux, je pourrais venir.

 

De Rauthien sourit avec indulgence: Leriel était un garçon éveillé et très doué pour son âge, mais de là à l'emmener lors d'une mission, son père avait peut-être vu les choses en grand. Ce qui n'était pas dans ses habitudes.

 

-Et puis tu sais, la vieille dame, elle m'a dit que Philippe était mort, continua l'enfant qui semblait adorer avoir tout un auditoire attentif rien que pour lui. Mais Papa il m'a dit que c'était pas vrai, et qu'il allait le sauver. Dis, tu crois quoi toi? Qu'il est vivant Philippe?

 

Le Capitaine passa sa main dans les cheveux du garçon, et les yeux dans le vague, déclara.

 

-Moi, je crois ton père. C'est quelqu'un de bien, et qui fait bien les choses, alors je crois en lui.

 

Cela laissa pensif les personnes attablées, Leriel compris. Et durant ce moment de réflexion silencieuse, on entendit distinctement les ordres donnés depuis l'extérieur.

 

-Apportez-nous deux repas chauds s'il vous plaît. Et une couverture supplémentaire!

Leriel reconnut la voix, et il se précipita sur l'entrée de la tente au moment même où le Commandant De Magnien la passait.

-Papa!

 

Fabian de Magnien, un sourire éclairant son visage fatigué, attrapa son fils et le cala dans ses bras, lui collant un baiser sur chaque joue au passage.

 

-Eh, Leriel! Alors comment tu vas bonhomme?

-Très bien Papa! Et toi?

-Beaucoup mieux maintenant que je suis rentré, et que tu es là.

 

Ils s'avancèrent dans la tente, et Charles Betslat apparut derrière eux.

 

-Oh! Charles! Tu étais avec Papa?

-Oui, j'ai accompagné ton père pendant toute la journée, et il m'a épuisé! répondit Charles avec un sourire.

-Papa! C'est pas bien, lui reprocha Leriel, mais son sourire adoucissait ses paroles.

-Je sais, mais que veux-tu? Il m'est indispensable, et irremplaçable, alors je l'utilise jusqu'au bout.

-Je vais prendre ça comme un compliment, Commandant.

-Vous avez intérêt!

 

De Magnien s'assit à l'ancienne place de Leriel, avec l'enfant sur les genoux, et Betslat prit place à côté de Lothaire.

 

-Alors De Rauthien? Quelles nouvelles pour aujourd'hui? Mon absence a-t-elle posée problème?

-Absolument pas. De Pessey s'est parfaitement débrouillé avec les affaires de la vie courante du camp, et il est très bien secondé. Je pense que votre absence des prochains jours ne posera aucun problème majeur.

-Merci. Et pour la rumeur de maladie infectieuse qui devait nous permettre de rester ici, qu'en est-il?

-Tout le monde y croit dur comme fer. Les quelques personnes chargées de la liaison avec les villages voisins ont dû faire face à une flopée de questions quant à la possibilité que la maladie vienne chez eux. Ils sont vraiment inquiets.

-Parfait. Et bien, De Rauthien, Betslat, je crois que tout est prêt pour notre départ demain matin. J'ai donné mes dernières instructions tout à l'heure, en rentrant. Et vous?

-De même, confirma Betslat.

-Pareil.

 

Une voix se fit alors entendre de l'extérieur, annonçant les repas, et le soldat fut autorisé à rentrer. Une fois les repas servis, et entamés, et la couverture supplémentaire récupérée, Louis prit la parole, ne voulant pas être mis à l'écart de l'action des prochains jours.

 

-Commandant De Magnien, je vous rappelle que mon valet et moi-même participerons à la mission consistant à sortir Philippe du château.

 

De Magnien s'étouffa avec sa soupe, et Leriel lui tapota gentiment dans le dos pour l'aider.

 

-Merci mon chéri, fit-il à l'adresse de son fils, avant de regarder Louis dans les yeux. Je ne sais pas si vous saisissez la dangerosité de cette mission, ainsi que votre propre importance, Majesté. Vous êtes mon roi, et en tant que tel, je dois vous protéger. Il est donc impensable que vous m'accompagniez sur une mission aussi périlleuse.

-Quoique vous en disiez, Philippe est mon mari, et il est de mon devoir de lui porter secours. Et même si cela n'avait pas été mon devoir, je veux le secourir. Il est hors-de-question que je reste là, à ne rien faire, alors que je sais qu'il est vivant quelque part. Et que je peux le sauver.

 

De Magnien voulut répliquer d'un ton acerbe, de façon à le faire taire et plier à ses ordres une bonne fois pour toutes, mais Leriel intervint avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche.

 

-Papa, tu m'as dit que Philippe était amoureux de lui, mais moi, je suis sûr que le mari de Philippe...

-Louis, il s'appelle Louis, je te l'ai déjà dit, corrigea-t-il.

-Que Louis est lui aussi amoureux de Philippe. J'ai parlé avec lui tout à l'heure, fit-il avec le ton de celui qui sait tout, et surtout ce que les autres ignorent. Donc c'est normal qu'il veuille sauver son amoureux. Toi aussi tu veux sauver ton amoureux.

-D'accord, d'accord, je vais en parler avec Charles et Alexandre, concéda le père.

 

En fait de discussion, les trois hommes se consultèrent du regard, et la conclusion de l'échange arriva quelques minutes plus tard en un soupir de De Magnien.

 

-Mes Capitaines sont plus sensibles que moi, et cela est tout à votre avantage, Majesté. Vous pourrez donc nous accompagner, avec votre valet, monsieur Buys, jusqu'à notre point de chute dans la capitale. Cependant, l'expédition à l'intérieur du château se déroulera sans vous. Et cela n'est pas négociable, ajouta-t-il aussitôt. La mission a été conçue pour un petit nombre de personnes expérimentées, et c'est de cela dont dépend sa réussite, ou son échec. Or vous inclure dans l'équipe augmenterait le nombre de personnes à cinq, ce qui ne facilitera pas notre entrée au château, ni notre sortie. Et surtout, vous n'êtes en aucun cas expérimentés pour ce genre de chose, alors que nous, nous le sommes.

 

Après quelques secondes de silence, Louis reprit la parole. Il avait obtenu l'essentiel de ce qu'il voulait, c'était bien plus qu'il n'espérait.

 

-C'est entendu. Mais concernant mon fils? Et Suzanne et son fils?

-Ils resteront au camp, et seront constamment sous la garde de trois soldats, et Leriel, c'est là que tu interviens.

 

Le garçon se redressa et ouvrit grand les yeux, attentif à tout ce que dirait son père.

 

-Tu te souviens que je t'ai parlé d'une mission ce matin?

-Oui, je m'en souviens très bien.

-Alors, tu vois ta mission, ça va être de t'occuper de Henri et de Hector, dit-il en désignant du doigt les deux petits endormis. Henri, c'est celui sur les genoux de Louis, et Hector, c'est celui qui est sur les genoux de Suzanne.

-Je ne vais pas me battre? demanda-t-il, déçu.

-Tu vas devoir t'en occuper, de A à Z. Ca veut dire que tu vas jouer avec eux, que tu vas les aider à s'habiller, à manger, et tout. Mais que si jamais ils sont en danger, tu vas devoir les sauver. Si jamais quelqu'un veut leur faire du mal, tu vas devoir les défendre. D'accord?

 

Les dernières paroles avaient enthousiasmé Leriel qui accepta sa mission avec joie. Il fit même une démonstration de ses capacités à l'épée, avec son épée de bois, pour prouver à Louis qu'il serait capable de défendre son fils. Les adultes rirent de bon cœur devant ce spectacle adorable, quoiqu'étrange: Leriel savait manipuler cette arme un peu trop bien pour son âge, et son père le félicita. Ils restèrent encore une demi-heure à discuter, puis allèrent se coucher, Leriel partageant la couche de son paternel, avec une couverture en plus.

 

*** *** ***

 

Le voyage jusqu'à la capitale se déroula en silence, chacun renfermé sur ses pensées. De Magnien, De Rauthien et Betslat répétaient chaque partie du plan dans leur tête, pour être sûr de ne rien oublier. Pour éviter la moindre erreur. Louis, par contre, pensait uniquement à son mari, et à la faible possibilité de le revoir bientôt. Quant à Lothaire, il était très attentif à Louis, craignant que si la mission échouait, cela ne lui porte un coup fatal, dont il ne pourrait se relever.

 

Ils atteignirent les portes de la ville à la nuit tombée, et ils entrèrent sans problème grâce à l'uniforme des trois militaires. Après de nombreux détours, ils arrivèrent enfin à la maison où ils devaient loger en toute discrétion. Betslat mit pied à terre et toqua à la porte en bois. Une vieille dame l'entrouvrit quelques minutes plus tard.

 

-Que voulez-vous? Ce n'est pas une heure pour arriver chez les gens.

-Désolé Madame, mais le voyage fut gris et épuisant, et les voyageurs auraient besoin de porridge.

-La maison ne fait pas de porridge, un sauté de canard et de la confiture suffiront?

-Et trois lits avec des draps bleus.

-Avec des fleurs de lys.

-Evidemment.

 

La vieille dame ouvrit alors en grand la porte, devant les yeux plus que surpris de Louis et Lothaire, qui avaient suivi l'échange avec circonspection.

 

-Entrez, messieurs. C'est toujours un plaisir de vous recevoir.

 

Les quatre hommes descendirent de cheval et confièrent les cinq montures au jeune homme qui était sorti entre temps, et qui les mena jusqu'à l'écurie.

 

-Merci bien, Madame, dit De Magnien en passant, et il l'embrassa sur les deux joues.

 

La petite troupe s'installa dans le salon rustique, où un feu de bois brûlait allègrement, et une soupe claire leur fut servie. La vieille femme leur adressa un regard d'excuse, et le son mari, installé dans le fauteuil à côté de la cheminée, fumant la pipe, leur donna quelques explications.

 

-Une bonne partie des provisions a été réquisitionnée en vue de la fête d'accession au trône de ces...

 

L'insulte fut ravalée et à la place, il tira une longue bouffée sur sa pipe.

 

-Donc nous n'avons pas grand chose à vous offrir, Commandant De Magnien.

-Ne vous en faîtes pas, le rassura-t-il immédiatement. Mes hommes et moi sommes habitués à moins que ça. C'est déjà très gentil à vous de nous accueillir.

-Avec tout ce que vous avez fait pour notre fils et notre bru avant qu'ils ne meurent, c'est tout à fait normal.

 

De Magnien ne répondit rien, ne voulant pas revenir sur le sujet, et tandis qu'ils dégustaient tous la soupe, le jeune homme revint.

 

-Tous les chevaux sont dessellés et ont à manger, annonça-t-il.

-Merci Thomas. Messieurs, je vous présente notre petit-fils, Thomas, quatorze ans. Je ne crois pas que vous le connaissiez. Il travaille en cuisine au château, il pourra donc peut-être vous être utile.

De Magnien se leva et serra vigoureusement la main du jeune homme, et les deux Capitaines firent de même. Louis et Lothaire se contentèrent d'un signe de tête.

 

-Enchanté de te connaître Thomas, je suis le Commandant De Magnien, de l'armée du roi Philippe. Voici les Capitaines De Rauthien et Betslat.

 

Thomas rougit un peu d'être présenté à des militaires aussi haut gradés, mais ne dit rien, se renfrognant dans sa timidité. Il s'assit en bout de table et se coupa une petite tranche de pain.

 

-Les deux personnes là-bas, continua-t-il en désignant Louis et Lothaire, sont les soldats Guois et Patan. Ils étaient là pour nous aider lors du voyage uniquement. Ils resteront donc cantonnés dans cette maison, et ne participeront pas à la mission que nous organisons. Seuls Betslat et De Rauthien m'accompagneront. Il serait d'ailleurs bon à partir de maintenant de ne pas mentionner nos grades, ni nos noms. Nous sommes un peu trop connus par ici. Betslat, tu t'appelleras Georges Lai; De Rauthien, Bernard Islet; et moi-même, Jean Courtepas.

 

Tout le monde approuva et grava les nouveaux noms dans leur mémoire. Puis De Magnien commença à énumérer ce dont ils auraient besoin, et il répartit les achats entre le vieux couple, leur petit fils, ses deux subalternes et lui-même. Louis et Lothaire, comme convenu, resteraient dans leur chambre. Thomas fut également mis à contribution d'une autre manière: il devait rapporter tout ce qu'il se passait au château, en particulier les mouvements de gardes. Celui-ci ne rechigna pas, et parut heureux d'avoir une telle responsabilité pour son jeune âge.

 

Puis la vieille matrone envoya tout le monde au lit, donnant une chambre pour Louis et Lothaire, et une autre pour les trois militaires: les gradés ne se mélangeaient pas avec l'infanterie selon elle. Mais aussitôt qu'elle fut hors-de-vue, Louis et Lothaire se précipitèrent dans l'autre chambre. Dès que la porte se fut refermée sur eux, Louis prit la parole.

 

-Comment ça, on devra rester cantonnés ici? s'insurgea-t-il.

-Votre tête, ainsi que celle de Lothaire, sont bien trop connues en ville. Et pour le bien de la mission, il vaut mieux que votre présence ici reste secrète. Si jamais on sait que vous êtes en ville, et que cela parvient jusqu'aux oreilles d'Adélaïde, ou de la reine Anne, je ne serais plus en mesure d'assurer votre sécurité, ni celle du roi Philippe.

-Parce que vous pouvez assurer celle de mon mari en restant ici? répliqua-t-il, acerbe.

-Bien sûr. Le roi est un otage de choix, et tant qu'on ne bouge pas, il n'y a aucune raison de le tuer ou de le torturer. Et pour l'instant, nos mouvements sont secrets. Pour Adélaïde, je suis encore au campement, avec mes hommes, et vous, vous baladez encore dans la nature. Compris?

 

Lothaire hocha la tête, mais Louis ne se démonta pas.

 

-Mais tout à l'heure, vous avez clairement dit que vous étiez un peu trop connus par ici. Vous avez même changé de nom! Cela risque-t-il pas aussi de mettre la mission en danger?!

-Allons, monsieur Patan, mesurez vos paroles. Ici, seules les personnes expérimentées sont autorisées à agir. Les autres doivent se tenir tranquille.

 

Louis hoqueta de fureur face au ton condescendant de De Magnien, et les trois autres durent l'empêcher de se jeter sur lui. Cela prit de longues minutes avant qu'il ne se calme, et Lothaire parla alors.

 

-Monsieur Courtepas, commença-t-il, pour lui faire comprendre qu'il acceptait ses conditions, la famille chez laquelle on loge, est-elle sûre?

-Oui, elle l'est. Elle est fidèle au roi Philippe, et surtout elle m'est fidèle, depuis que j'ai sauvé leur fils et leur bru qui s'étaient retrouvés au milieu d'une bataille alors qu'ils étaient en plein voyage de commerce. Ils sont malheureusement morts de maladie un an et demi plus tard. Mais leur fidélité m'est restée.

 

Lothaire le remercia, puis emmenant Louis, il repartit dans leur chambre. Les militaires entendirent le valet calmer le roi, puis ils se couchèrent, préférant remettre les discussion sérieuses au lendemain.

 

Ils mirent à profit les quelques jours de répit qu'ils avaient pour récupérer tout ce dont ils auraient besoin, à la fois pour leur mission et leur fuite. Ils s'entraînèrent également, et ce fut après l'un de ses entraînements matinaux que De Magnien eut la désagréable surprise de découvrir Louis en pleine nausée matinale. Il félicita néanmoins le jeune homme pour sa nouvelle grossesse, et ne dit rien aux autres, pour ne pas rajouter à leurs préoccupations. Louis lui fut reconnaissant de ce point de vue là, et essaya d'être plus agréable avec lui, malgré le caractère peu avenant du Commandant.

 

Le soir prévu pour le sauvetage de Philippe, celui de la fête d'accession au trône des usurpateurs, arriva bien plus vite qu'ils ne l'auraient pensé. Tout le monde s'affaira à régler les derniers détails de la mission, et de la fuite qui suivrait aussitôt, et De Magnien récupéra les dernières informations que lui rapportait Thomas. Lorsqu'il eut fini, il se rendit dans le salon, où tout le monde les attendait. Louis, très inquiet, faisait les cent pas, alors que Lothaire essayait de le réconforter par quelques mots rassurants. Le vieux couple se tenait droit et digne, et Betslat et De Rauthien étaient sanglés dans des uniformes de parade respirant le neuf. Lorsque le Commandant arriva, ils en eurent tous le souffle coupé.

 

-Alors, comment me trouvez-vous? demanda-t-il.

-Magnifique, murmura De Rauthien.

-On dirait une vraie dame, confirma Betslat.

 

En effet, De Magnien portait une robe de soirée, digne de la haute aristocratie, et la métamorphose du Commandant en noble dame était complète et totalement réussie.

 

-Le rose pâle vous va à ravir, comme je le pensais, commenta la vieille dame. Tournez-vous que je vois si vous l'avez bien mise.

 

De Magnien fit un tour sur lui-même et attendit l'approbation de la matrone.

 

-C'est parfait. Vous souvenez-vous des règles de bienséance que je vous ai enseignées?

-Bien sûr. Je suis une femme seule, ce qui me permettra d'entrer plus facilement dans le château. Mais j'attire plus la convoitise, il me faudra donc agir avec circonspection, et ne pas accepter n'importe quelle demande. Et au pire, j'ai toujours ma garde rapprochée, n'est-ce pas messieurs? finit-il en s'adressant aux deux Capitaines.

-Evidemment, Madame! répondit aussitôt De Rauthien, se mettant au garde à vous, arrachant alors un sourire au Commandant.

-Vous pourrez compter sur nous, confirma doucement Betslat.

-Parfait, alors allons-y, j'entends la calèche qui arrive.

 

Le trio se dirigea vers la porte alors que des coups étaient frappés dessus. Quelques secondes plus tard, ils montèrent dans la calèche louée pour l'occasion, et ils disparurent dans la nuit, emportés par le trot vigoureux des chevaux. Dans le salon, le couple reprit ses activités, mais les trois plus jeunes semblaient toujours subjugués par le spectacle que leur avait offert De Magnien.

 

-On aurait dit une vraie femme. Et pas seulement une femme, une vraie dame, fit Thomas, les joues un peu rouge, car le Commandant avait beau être un homme, habillé ainsi, il lui avait fait de l'effet, et ses hormones d'adolescent s'étaient échauffées.

-Je crois que je commence à comprendre quand il parlait de personnes expérimentées, reconnut enfin Louis. Jamais je n'aurais pu ressembler autant à une femme que lui...

-Et moi, je n'aurais pas pu avoir la dignité sobre mais inflexible de ses soldats, conclut Lothaire.

 

Les deux amis s'assirent sur le banc en bois autour de la table, dépités de devoir reconnaître que De Magnien avait raison, mais tout en même temps heureux, car ils avaient l'impression que maintenant, ils avaient beaucoup plus de chance de réussite.

 

*** *** ***

 

Dans la calèche, les trois hommes vérifiaient les derniers préparatifs. De Magnien avait caché dans ses jupons quelques poignards ainsi qu'une potion apte à endormir n'importe qui. Les deux autres avaient épée et pistolet avec leur uniforme d'apparat et ils avaient glissé des poignards dans leurs bottes. Leurs poches contenaient quelques chiffons prêt à être trempés de potion somnifère. Ils rediscutaient de leur plan, pour s'assurer qu'ils étaient tous sur la même longueur d'onde, et soudain, la calèche s'arrêta. La porte fut ouverte de l'extérieur, et une voix se fit entendre.

 

-Bienvenue à Mésancourt, et au bal de Dame Adélaïde et de Sieur Aldéric.

-De Vaillet, descendez en premier, chuchota De Magnien, utilisant leur nouveau nom.

 

Betslat sortit donc le premier, aida De Magnien à descendre, comme n'importe quelle dame, et De Rauthien ferma la marche. Puis les deux soldats se placèrent derrière leur Commandant, qui s'avança sur le tapis rouge jusqu'au majordome chargé de vérifier que les personnes qui se présentaient étaient bien autorisées à rentrer.

 

-Madame, fit-il révérencieusement.

-Mademoiselle De Hautecour, du Royaume de Clamstrie, s'annonça-t-il.

 

C'était un véritable coup de poker qu'ils avaient joué là car d'une part, Aldéric connaissait bien le royaume de Clamstrie ainsi que ses familles nobles, et il était toujours possible qu'ils soient démasqués par ce biais-là. Et d'autre part, la famille De Hautecour n'avait jamais existé, du moins pas en Clamstrie, et n'avait par conséquent jamais été invitée. Il fallait maintenant espérer que le majordome soit suffisamment impressionnable pour qu'il les laisse passer.

 

-Je suis désolé Mademoiselle De Hautecour, mais je ne vous trouve pas sur la liste, finit-il par dire, après avoir parcouru par deux fois le parchemin qu'il avait.

-Comment ça, vous ne me trouvez pas? Mon nom doit pourtant figurer sur votre liste! J'ai reçu l'invitation il y a quelques jours, de la part de sieur Aldéric lui-même.

-Il y a quelques jours? releva-t-il, sceptique. Les invitations ont été envoyées il y a presque deux semaines.

 

De Magnien ne sourcilla pas et usa de toute son autorité pour essayer de rentrer.

 

-Oui, je l'ai reçue il y a quelques jours. Signée de la main même de Sieur Aldéric. Peut-être a-t-il omis de vous dire que je faisais partie des invités? Ou préférez-vous que j'aille directement lui demander? Mon père et lui sont de grands amis, nul doute qu'il sera ravi d'entendre que vous m'avez refusé l'entrée.

 

Le dernier argument fit mouche, et à contre-cœur, il les laissa passer. Il alla pour donner un emplacement pour la calèche, mais celle-ci était déjà repartie, ce qui ne fit qu'augmenter ses soupçons. Mais après tout, que lui importait? Ce bal pouvait bien tourner au fiasco, il n'en avait cure: après tout, ceux qu'il célébrait n'avaient aucune raison d'être là où ils étaient.

 

Pendant ce temps, De Magnien et ses hommes avaient gravi les marches qui menaient à la porte d'entrée, et étaient en train de traverser le hall d'entrée. Juste avant d'entrer dans la salle de bal, De Magnien répéta en chuchotant ses dernières instructions.

 

-Vous me repérez un maximum le chemin jusqu'aux cachots Ouest, et vous revenez me dire lorsque c'est fait. Et dès que possible, on s'éclipse. Vous pouvez profiter et manger un peu, mais pas d'alcool surtout. J'ai besoin de vous et de toute votre tête.

 

De Rauthien et Betslat hochèrent la tête et ils entrèrent dans la salle richement décorée où déjà de nombreux couples s'activaient sur la piste de danse.

 

-Mademoiselle De Hautecour, annonça un vieil homme en livrée, mais sa voix fut perdue dans le brouhaha ambiant, ce qui ne fut pas pour déplaire aux trois hommes.

 

Les Capitaines abandonnèrent rapidement leur Commandant et discrètement, ils se faufilèrent à travers les couloirs de ce château qu'ils connaissaient plutôt bien. De Magnien, quant à lui, s'était assis sur l'un des nombreux petits canapés disposés le long des murs, et attendit dignement que quelqu'un l'invite à danser. Cela ne tarda d'ailleurs pas, et un homme brun, d'une trentaine d'années, un militaire d'après ses habits, lui demanda si elle lui accordait cette danse.

 

-Certainement, Monsieur, répondit-il en se levant.

 

Ravi, le militaire l'emmena jusqu'au centre de la piste et commença à valser avec lui. Ils discutèrent peu, ce qui arrangea De Magnien, et profitèrent plutôt de la danse. Le Commandant se félicita même intérieurement de se souvenir comment une femme doit danser, et il ne fit aucune faute de pas. Quelques minutes plus tard, le trentenaire raccompagna sa cavalière à sa place, et celle-ci fut aussitôt accostée par un autre homme, plus jeune celui-là, et beaucoup plus bavard. De Magnien enchaîna ainsi une quinzaine de danses, et cela faisait plus d'une heure qu'il était sur la piste lorsqu'il vit De Rauthien et Betslat dans un coin de la salle qui lui faisaient signe que tout était en ordre de leur côté. Alors dès la fin de la danse, il prétexta être fatigué et avoir besoin de s'aérer un peu, et il rejoignit immédiatement les deux Capitaines. Ils sortirent de la salle par une porte latérale et prirent l'un des couloirs, sous la direction de De Rauthien.

 

-Alors Mademoiselle, le discours du nouveau couple royal était comment? demanda en plaisantant Betslat.

-Aucune idée, il n'y en a pas eu. Soit c'était avant, soit ça sera après, mais en tout cas, je suis bien contente d'y avoir échappé. D'Ambris, ce n'était pas à droite là? demanda-t-il à l'adresse de De Rauthien, qui marchait en tête.

-Si, mais il y a beaucoup trop de monde. De Vaillet et moi-même avons trouvé un autre chemin, qui contourne une quinzaine de gardes.

-Vous êtes géniaux.

-On sait, répondit Betslat dans un sourire.

 

LA suite ICI

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 11 avril 7 11 /04 /Avr 15:18

Hello le sgens!

Désolée, pas de nouveau chapitre aujourd'hui.

Je tenais juste à vous informer que je déménage la semaine prochaine (mais si, rappelez-vous, je vous en avais parlé!) et que donc, logiquement, je vais me retrouver un temps sans connexion internet... Ca pourrait ne pas être bien grave et passer inaperçu vu que je ne poste pas du tout régulièrement en ce moment, mais vu que j'ai déjà eu des surprises sur les délais de mise en route des lignes, je me méfie!

Sinon, le prochain chapitre d'UPPDB est en cours d'écriture... Oui, vu que le chapitre de Dependance ne veut pas s'écrire tout seul, je me concentre pour le moment sur UPPDB... en sachant que l'histoire touche à sa fin et qu'il va falloir s'appreter à laisser partir Evan et Romain (enfin, pour moi ça va être dur, pour vous beaucoup moins, je suppose!!)...


Voilà, juste pour vous prévenir, j'espère pouvoir vous mettre le prochain chapitre avant qu'on me coupe internet, mais comme d'hab, je vous promets rien!

Bisous à tous!

Par Meryl - Publié dans : Petits potins
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Mardi 23 mars 2 23 /03 /Mars 21:38

Désolée de cette longue absence. Pour une fois je ne vais pas m'étendre sur ma vie. Sachez juste que ce n'est pas de la mauvaise volonté de ma part. Il y a simplement des jours avec et des mois sans... Je vous souhaite une bonne lecture.

 

 

« Tu n'as vraiment pas changé d'un poil, Evan! », « tu as l'air en forme, Evan! », « tiens, tu veux le dernier biscuit, Evan, je sais que tu les adorais! », « tu veux pas que j'te suce Evan?! », mais ferme ta grande gueule, connard, va!

 

Ca va faire près de deux heures que je dois me retenir de ne pas frapper/insulter/morde/cracher sur ce bellâtre à la mord moi le noeud et je suis en train de me venger en pillant la glace à grand coup de pic à glace. Ca vole dans tous les sens et c'est avec un plaisir non dissimulé que j'imagine son visage au milieu de mon récipient, à la place de la glace. Tiens, dans l'oeil! Tiens dans la bouche! Mange ça espèce de grosse merde! Ah, tu veux me piquer mon mec, hein?! Tu sais pas sur qui t'es tombé mon gars! Tiens en plein milieu du front!!

 

-Romain?

 

Je relève brusquement la tête et ma main est immobilisée en l'air, alors qu'elle s'apprêtait à poignarder une fois de plus le visage de Eric-je-suis-un-pur-canon-et-je viens-pour-baiser-ton-mec-alors-dégage-et-plus-vite-que-ça. Je dois avoir une belle tête de vainqueur vu la tronche que tirent les trois personnes dans l'encadrement de la porte. Et si Evan et sa frangine ont l'air un peu effarés, l'autre gueule de con a un air carrément moqueur... faut qu'il arrête sinon je vous jure que je lui fais bouffer le pic à glace.

 

-Rom'? Qu'est-ce que tu fais?

 

-Du vélo! Ca se voit pas?!

 

Evan fronce légèrement les sourcils face à mon ton tranchant.

 

-Ce que je veux dire, c'est pourquoi tu fais des glaçons alors que nous buvons du café?

 

Le sourire de M. connard s'élargit.

 

-... Je vais me coucher!

 

Et je laisse en plan dans la cuisine Evan, sa sœur, le connard et mon pic à glace que je balance dans l'évier en partant. Avant de disparaître dans le couloir, je lance à qui veut bien l'entendre:

 

-Et je déteste le café!

 

Je claque la porte de la chambre derrière moi. Je trouve qu'elle ne fait pas assez de bruit et je dois me retenir très fort pour ne pas la rouvrir, juste pour le plaisir de la refermer violemment. Ca ferait vraiment trop gamin et je crois que j'ai suffisamment donné dans la puérilité pour ce soir. Je passe mon tee-shirt par la tête et l'envoie bouler dans un coin quand la porte s'ouvre sur Evan, un air assez furieux inscrit sur le visage. A peine la porte fermée, il lance les hostilités.

 

-Je peux savoir à quoi tu joues?!

 

-Ah parce que c'est moi qui joue? Non, mais tu t'es vu?!

 

-Mais de quoi tu parles?

 

-De rien! De rien du tout. Je me couche, je suis fatigué. Va rejoindre tes invités, tu ne voudrais quand même pas les faire attendre! Te couche quand même pas trop tard, je te rappelle que tu es du matin demain... C'est pas ce que tu m'as donné comme excuse tout à l'heure?

 

-Quoi, alors c'est ça le problème? T'es furax parce que t'as pas eu ta baise?!

 

-......Va te faire foutre, Evan.

 

Je sais qu'il regrette déjà ce qu'il vient de dire. Ca se voit dans ses yeux. Ca n'en reste pas moins douloureux. Y'a pas à dire, je ne pensais vraiment pas que notre première soirée officielle se finirait de cette manière. Je me dirige vers l'armoire histoire de prendre un bas de pyjama. Je n'ai pas le temps de l'atteindre que deux bras chauds m'enlacent fortement. Son souffle dans mon cou et son parfum me font tout de suite me détendre pour m'adosser contre son torse.

 

-Excuse moi Rom'. Je ne le pensais pas.

 

Je hoche doucement la tête.

 

-Je sais.

 

Il pose ses mains sur mes épaules et me fait pivoter. Une fois face à lui, je plonge ma tête dans son cou et passe mes bras autour de sas hanches, cherchant un maximum de chaleur aux creux de ses bras. Sa main me masse délicatement la nuque et je sais que si nous étions allongés, je pourrais m'endormir ainsi. Après quelques secondes, bien trop courtes à mon goût, il m'éloigne légèrement de lui dans le but d'avoir mes yeux dans les siens.

 

-Ecoute, Romain, je suis désolé. Je pense que je suis légèrement déstabilisé par tout ça, mais ce n'est pas une raison pour m'en prendre à toi. Reviens avec moi s'il te plait. On va aller voir ce qu'ils veulent et après ils partiront, d'accord?

 

-Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Toi et ta sœur avez sans doute beaucoup de chose à vous dire et du temps à rattraper...

 

-Si elle veut me dire quelque chose, elle devra le faire devant toi. Tu fais partie de ma vie, maintenant. Si elle ne l'accepte pas, elle pourra aller voir ailleurs. S'il te plait, reste avec moi...

 

Comment voulez-vous dire non après ça?

 

-Ok, je viens.

 

Evan me fait un petit sourire craquant et m'embrasse chastement avant de prendre ma main et de m'emmener avec lui en direction du salon. Je récupère mon tee-shirt au passage et l'enfile rapidement. Au salon, les deux intrus sont toujours là. La frangine a franchement l'air mal à l'aise mais je ne pose même pas le regard sur l'autre. Je sais qu'il a toujours son sourire suffisant collé à la tronche et je n'ai pas envie de me remettre en colère.

 

-Je vais te chercher un verre. me glisse Evan avant de se diriger vers la cuisine.

 

-Je peux venir avec toi? demande timidement Lucie.

 

Evant me regarde un instant, se demandant surement quel est le pourcentage de chance de retrouver le salon en entier si il me laisse seul face à tête de con. Je l'encourage d'un signe de tête. Il hésite encore un instant puis voyant que je m'installe sur le canapé sans heurt, sourit à sa sœur et accepte de bon cœur.

 

Le silence s'installe dans la pièce. Je sais que nous allons avoir notre première confrontation, mais je n'attaquerai pas le premier. Qu'il vienne.

 

-Alors, comme ça, tu es le copain d'Evan...

 

C'est parti...

 

-Oui.

 

-Amusant.

 

Je ne lui ferai pas le plaisir de demander pourquoi, ça serait lui offrir le bâton pour me faire battre. Et effectivement, il semble contrarié de mon silence. Un point pour moi. Mine de rien, ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion d'un petit affrontement verbal en dehors de mes plaidoiries. Et le petit frisson d'adrénaline qui parcourait toujours mon corps avant chaque altercation refait surface et je me rends compte que ça m'avait manqué. Je pourrais presque remercier Monsieur Connard d'être venu ce soir si ses intentions n'étaient pas si nocives pour moi. Je suis prêt au combat. Je suis bien décidé à prouver que ces quelques années paisibles ne m'ont en rien enlevé ma verve au combat verbal. J'ai toujours été le meilleur, je compte bien le rester.

 

-Et depuis combien de temps êtes-vous ensemble?

 

-Un moment...

 

-Tu n'es pas très bavard.

 

Je me redresse un peu, posant mes coudes sur mes genoux et joignant mes doigts. Notre conversation ne dépasse pas quelques décibels, comme un accord tacite. Tout cela ne doit se passer qu'entre lui et moi.

 

-J'ai bien vu votre petit jeu. Je ne vous laisserai pas faire.

 

Un sourire mauvais étire ses lèvres. Il ne pensait sans doute pas pouvoir attaquer ouvertement et je viens de lui en donner l'occasion.

 

-Tu n'as aucune chance face à moi. Je ne comptes pas lâcher l'affaire et tu vas rapidement te retrouver sur le côté, mon grand.

 

Le « mon grand » me reste en travers de la gorge, je ne le montre en rien. Je dois à tout prix garder mon calme.

 

-Et que faites-vous de Lucie?

 

-Quoi Lucie?

 

-Eh bien, oui, Lucie. Votre petite amie, vous vous souvenez? Celle pour qui, vous vous êtes séparé d'Evan si je ne m'abuse.

 

-Lucie m'a été bien utile pour faire ma place dans la société et pour présenter à ma famille. Pour avancer, il faut une femme à son bras, pas un homme. Maintenant, je suis à la tête de ma société et mes capacités dans la finance ne sont plus à prouver, je peux bien faire ce qu'il me plait. Quant à ma famille... ils sont bien trop attachés à mon argent pour dire quoique ce soit.

 

-Donc, vous voulez reprendre Evan.

 

-Absolument. C'est ce qui était prévu dès le départ. Je n'avais pas prévu qu'un léger grain de sable puisse venir troubler mes plans...

 

Je laisse échapper un petit rire cynique.

 

-Je suppose que je suis le grain de sable.

 

-Bien vu, mon grand. Mais ne t'en fais pas, tu seras vite une histoire ancienne. Tu ne fais pas le poids face à ce que nous avons vécu. En un claquement de doigt, Evan ne saura même plus ton nom...

 

Je laisse un sourire mauvais s'étirer sur mes lèvres alors que dans mon ventre, mes boyaux se serrent.

 

-Vous croyez que ça s'oublie si rapidement? je lui demande en lui mettant ma main sous les yeux.

 

L'alliance à mon doigt le fait pâlir.

 

-Il... il t'a demandé...

 

Je hausse les sourcils crânement, devant son bégaiement. Oui, je sais, cette alliance est celle de mon grand père et mon père me l'a offerte pour mes 20 ans. Mais ça, ce trou du cul n'est pas obligé de le savoir. Malheureusement pour moi il se reprend assez vite et cette fois c'est la colère qui déforme ses traits.

 

-Evan a toujours été bien trop romantique... Je suppose que tu as du être là au bon moment au bon endroit quand je l'ai quitté. Le pauvre était si désespéré. C'est pour ça qu'il s'est entiché de toi, tu as servi de mouchoir. Mais maintenant, tu es devenu inutile, mon grand. Cela prendra peut être un peu plus de temps que prévu, mais rien d'impossible... Et puis, ça rajoutera un peu de piquant. Je vais me faire une joie de t'écraser et...

 

Monsieur connard n'a pas le temps de finir sa phrase, Evan et Lucie sont de retour, un même sourire aux lèvres. Il semble qu'ils aient bien parlé dans la cuisine. J'ai quand même le temps d'apercevoir le pouce d'Eric appuyer sur la table basse, comme si il écrasait un insecte et il semblerait que dans toute cette histoire, je sois l'insecte.

 

Evan s'approche, un regard interrogateur et je lui fais un sourire pour le rassurer. Il me tend un verre de coca, je le remercie et me blottis dans ses bras lorsqu'il s'assoit à côté de moi, un bras autour de mes épaules. Je lance un regard de vainqueur à Monsieur connard qui se retrouve à côté de la pauvre Lucie, bien loin de se douter des intentions de son petit ami. Je n'ai pourtant pas envie de la plaindre. Quel genre de sœur est-elle pour être sortie avec le petit ami de son frère? Pourtant Evan n'a pas l'air d'être en colère contre elle. Ni même contre l'autre con... Mon pauvre Evan est trop gentil! Heureusement qu'il ma, MOI!

 

-Alors, si tu me disais la raison de ta venue? demande Evan à sa frangine.

 

Lucie repose la tasse de café qu'elle avait à la main et se tord légèrement les doigts, semblant chercher ses mots.

 

-Eh bien... il y a quelques temps, j'ai voulu te retrouver. Parce que tu es mon frère et que tu me manquais. Je sais que... que je t'ai fait du mal Evan et je suis vraiment désolée... mais tu sais... je n'aurai jamais fait ça si je n'étais pas tombée réellement amoureuse d'Eric. Tu le sais, n'est-ce pas?

 

Evan hocha la tête doucement.

 

-J'ai essayé de lutter, mais l'amour ça ne se commande pas...

 

Aux mots de sa sœur, Evan pose les yeux sur moi.

 

-Ca, je le sais. dit-il avec un petit sourire que je lui rends.

 

J'envoie un autre regard de vainqueur à Monsieur Connard qui semble très frustré.

 

-Bref, j'avais envie de te revoir pour te faire des excuses, d'une part, et aussi parce que j'aimerais qu'on se retrouve tous les deux. La complicité qu'on avait me manque, les moments qu'on partageait tout les deux me manquent aussi... je voudrais juste retrouver mon grand frère...

 

La fin de la phrase finit dans un sanglot. Evan se lève pour aller serrer sa sœur dans ses bras et je sens une légère boule dans mon ventre. Le regard que pose Eric sur sa petite amie est rempli de dédain. Et finalement, je crois que je la plains quand même... Je suis trop bon! Le type en face de moi est une véritable ordure et je m'étonne que personne ne s'en soit encore rendu compte.

 

-Comment m'as-tu retrouvé? demande Evan qui serre toujours sa sœur dans ses bras en déposant un léger baiser sur son front.

 

-Eh bien, au début, j'ai voulu demander aux parents...

 

Je vois les épaules d'Evan se tendre. Ses parents, un sujet encore douloureux pour lui.

 

-Je suppose qu'ils t'ont rembarrés!

 

-Eh bien... il semblerait que ton nom ne puisse être prononcé sans déclencher la fureur paternelle.

 

-Je me doute bien. Il ne changera jamais.

 

Lucie hoche la tête et ils partagent un sourire rempli de souvenirs. Ils ont la même bouche.

 

-Alors j'ai demandé à maman, mais tu la connais...

 

-... elle dit amen à toutes les paroles qui peuvent sortir de sa bouche...

 

-... elle se plie à tous ses caprices...

 

-... et quoiqu'il arrive, il a toujours raison...

 

-... après tout, c'est l'homme de la maison!

 

Et ils éclatent de rire. Cette image qu'ils renvoient me fait sourire. Finalement Lucie a autant manqué à Evan que l'inverse et je suis heureux qu'elle soit venue ce soir. Bon, évidemment, si elle était venue seule, j'aurai pas été contre, mais bon, on va dire qu'on ne peut pas tout avoir.

 

-Bon, alors, finalement, reprend Evan entre deux rires, comment as-tu eu mon adresse?

 

-J'ai harcelé maman de questions dès que papa avait le dos tourné. Elle m'a finalement avoué que la dernière fois qu'elle t'avait vu, tu avais un petit copain et que pour la première fois, elle t'avait vu tenir tête à ton père, pour lui.

 

Et là, tous les regards de la pièce se posent en simultané sur ma personne. J'avale difficilement ma gorgée de coca que je sirotais tranquillement, sans rien demander à personne. Un regard assassin, un tendre et un curieux... je vous laisse juger quel regard appartient à qui.

 

-Lorsque j'ai été voir à ton appartement, tu n'y étais plus. Et maman a été incapable de me donner le nom de ton petit ami, alors je suis allée à ton travail. Personne n'a voulu me renseigner... tu penses, le secret professionnel est bien gardé! J'ai eu beau dire que j'étais ta sœur et montrer mes papiers, rien à faire. Heureusement j'ai fini par croiser Vivien et il m'a donné l'adresse et après plusieurs venues à ne pas oser descendre de la voiture, me voilà...

 

Vivien est un collègue d'Evan. Dans son milieu, les personnes bougent régulièrement de poste et je ne suis donc pas étonné que les personnes que Lucie connaissaient ne soient plus dans le service au moment où elle est allée se renseigner. Vivien et Evan sont devenus les plus anciens de leur service alors qu'ils n'ont pas trente ans et il vient de temps en temps à la maison. Je l'aime bien et il a une petit fille adorable qui a l'âge que devrait avoir ma p'tite haricote et un deuxième bébé qui est en route.

 

Evan resserre ses bras autour de sa sœur et dépose à nouveau un baiser sur son front avant de revenir vers moi.

 

-Je suis content de te revoir. Toi aussi tu m'as manqué.

 

Le sourire qu'elle lui renvoie est resplendissant.

 

-Alors... Romain, c'est ça? me demande-elle.

 

Je hoche la tête, un peu méfiant. Il n'était pas du tout prévu que je participe à cette conversation.

 

-Que faites-vous dans la vie?

 

-Je viens de finir mes études de droit, je cherche un stage d'approfondissement* dans la spécialité qui m'interesse.

 

-Donc, lorsque vous vous êtes connus...si je calcule à peu près, tu devais tout juste sortir de l'école...

 

Tiens, revoilà Monsieur Connard... je l'avais presque oublié celui la.

 

-Effectivement.

 

-Amusant, je ne savais pas qu'il te les fallait si jeune Evan. Ce n'était pourtant pas vraiment de ton goût à l'époque, les gamins.

 

Je serre les dents. Mais Evan répond avant moi.

 

-Romain est un cas à part...

 

Il appuie sa phrase d'un clin d'œil qui me déride aussitôt. Lucie, elle, semble légèrement mal à l'aise ce l'intervention inopinée de son amant. Si elle savait... Elle tente de reprendre la conversation.

 

-Tu ne vois plus du tout les parents, alors?

 

Evan secoue la tête.

 

-Non.

 

-Tu leur manques, tu sais.

 

Evan rehausse un sourcil, l'air dubitatif.

 

-Je t'assure... enfin, au moins à maman... papa, je n'en sais rien, il refuse de parler de toi.

 

-Je suis retourné les voir plusieurs fois et à chaque fois elle a refusé de m'ouvrir la porte, Lucie.

 

-Peut être que c'était la présence de papa qui l'en empêchait?

 

-Peut être. Mais le fait est qu'au bout d'un moment j'ai arrêté d'essayer, ce n'était plus la peine. Ils m'ont rayé de leur vie et c'est sûrement mieux comme ça.

 

Je ne savais pas que Evan avait déjà essayé de revoir ses parents. Mais je savais qu'il souffrait de cette situation. Plusieurs fois, l'idée m'était venue en tête de tenter quelque chose pour l'aider à les revoir, mais je n'avais jamais encore osé m'y attarder réellement. Pour le peu de fois ou j'avais vu le père d'Evan, je préférais éviter de m'y frotter. Mais si j'arrivais à voir sa mère, seule... alors peut être que j'avais une chance de rendre le sourire à mon amant.

 

Je me rends compte que j'ai complètement décroché de la conversation et il semble qu'ils aient changé de sujet.

 

-Il y a une autre raison pour laquelle je voulais absolument te retrouver. Dit Lucie, qui s'est remise à trifouiller ses doigts, nerveusement.

 

-Laquelle.

 

-Eh bien, je voulais absolument que mes futurs enfants connaissent leur oncle...

 

-Oui...

 

-... et je suis enceinte.

 

Eric recrache violemment sa gorgée de café, Evan reste bouche bée avant d'avoir un énorme sourire qui va d'une oreille à une autre et moi... et bien moi, j'éclate de rire! Les nerfs, que voulez-vous!

Je pense que les plans de Monsieur Connard viennent d'être sérieusement remis en question. Finalement cette soirée n'aura pas été entièrement mauvaise. Il faudra que j'appelle Elisa pour lui raconter tout ça et que je pense à faire des réserves de pop-corn. Les évènements futurs s'annoncent palpitants!

 

 

 

*Je n'y connais rien, mais alors rien du tout en droit... si quelqu'un peut me faire un cours simplifié sur les différentes branches et tout ça... Merci d'avance!

 

Ce chapitre est un peu merdique. Désolée. Je le relirai plus tard, la tête au frais pour voir si il faut que je le retouche ou pas.

Par Meryl - Publié dans : Une petite parcelle de bonheur
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