Je pue ! Je viens de sortir de la douche et je pue...c'est pourtant pas humainement possible de transpirer autant à cause du stress ! Mes mains sont toutes moites et je ne tiens pas en place.
-Pose-toi un peu Romain, tu me donnes le tournis. Ne stress pas comme ça.
-Je ne stress pas du tout ! Qu'est-ce que tu crois ? Tes parents me font pas peur....Et puis tu peux parler, ça fait trois fois que tu rates ton nœud de cravate, t'as deux chaussures différentes et tu cherche depuis un bon quart d'heure tes clés qui sont dans ta main ! Et puis pourquoi je dois m'habiller comme ça. J'ai l'air d'un vrai pingouin. Je ne porte jamais de smoking, encore moins de cravate. J'aime que mes cheveux soient libres de partir dans tous les sens et là ils sont plaqués par une tonne de gel ! Je ne suis pas moi...je vais jamais y arriver ! Est-ce que je t'ai demandé de te déguiser pour voir mes parents, hein !
Je finis ma phrase en tombant mollement sur son canapé. Evan s'accroupit devant moi et pose ses mains sur mes cuisses.
-Ecoute, je sais que c'est pas évident pour toi. Mais nous avons rencontré tes parents par hasard, sinon, je peux t'assurer que j'aurai porté une autre tenue que celle que j'avais aujourd'hui. Le souci vois-tu...c'est que mes parents ne sont pas comme les tiens. Ils sont plutôt vieux-jeu. Je ne te demande pas d'être quelqu'un d'autre, simplement la première impression est importante pour eux, et je ne veux pas que ce dîner se passe mal, ok ?
-Mais regarde-moi, je suis tout coincé la dedans, c'est à peine si je peux respirer et je me sens pas à l'aise.
-Tu enlèveras ta veste là bas. Et tu es très beau, c'est juste que tu n'as pas l'habitude ! S'il te plait Romain, c'est important pour moi.
Ah! Et voilà qu'il me prend avec les sentiments...oh! Et ce regard suppliant et son petit sourire encourageant.... roh, c'est bon, j'abandonne !!! Je pousse un gros soupire.
-Bon, allons-y.
Evan m'aide à me relever et m'embrasse tendrement.
-Mais dis-moi, comment tes parents peuvent être vieux-jeu avec un fils homo ?
Je vois Evan stopper tout mouvement.
-Eh bien...je crois qu'ils espèrent encore que ce ne sera qu'une passade...ils me présentent régulièrement des jeunes filles bien sous tout rapport dans l'espoir qu'une d'elle me fasse revenir dans le droit chemin. Et puis je suis leur seul fils, ça ferait mauvais genre de me renier.
Je dois avoir changé de couleur car il se reprend assez vite.
-Ne t'en fais pas, je noircis sûrement un peu le tableau. C'est juste que je sais bien que je les déçois, ce n'est pas toujours agréable.
-Oooh noonnn, je suis sur qu'ils me détestent déjà !!!
-Mais non, ne t'inquiète pas. Evite seulement de ramener ta super réputation de tombeur et de vie de débauche sur le tapis, et ça devrait aller !!!
Il me dit ça sur le ton de l'humour, mais je crains quand même énormément cette rencontre. Plus encore maintenant...Jamais l'expression « y aller à reculons » n'a été aussi appropriée à la situation que maintenant. Dans la voiture, je tente de respirer et de retrouver mon clame légendaire ! En toute innocence je glisse dans le lecteur un CD de Benabar et lance la chanson « Le dîner ». Il me regarde bizarrement et je tente de garder un visage exempt de tout reproche. Nous finissons par éclater de rire et la pression retombe. Nous finissons le trajet gaiement la main d'Evan sur ma cuisse, ne s'éloignant que pour passer les vitesses. La bonne nouvelle c'est que la rencontre a lieu dans un restaurant, c'est donc un terrain neutre, je n'aurai pas l'impression d'empiéter leur territoire. La mauvaise c'est que ce n'est pas UN restaurant, c'est LE restaurant, celui ou tout le gratin de la ville et des célébrités de passage se donnent rendez-vous. Jamais je ne suis entré dans ce genre d'endroit et ça ne me manquait pas du tout, je vous assure. Evan m'embrasse une dernière fois avant de rentrer dans le hall, pourquoi ai-je l'impression de recevoir le dernier baiser du condamné ? Nous entrons dans la cage au lion...
Le type de l'entrée nous regarde de haut avant de voir que nos noms sont effectivement notés sur la liste. Alors il devient tout mielleux et c'est limite s'il ne se prosterne pas devant nous. J'ai horreur de ce genre de comportement. Un regard suppliant d'Evan m'empêche d'envoyer bouler monsieur j'ai un parapluie dans le cul et d'aller au Mc do du coin manger des trucs bien gras avec les doigts ! Au lieu de ça, je tente un sourire crispé...raté ! Je suis donc Evan qui lui-même suit l'autre face de cul et nous arrivons dans un petit coin isolé du restaurant, en alcôve. Les fauteuils sont assortis aux tables et les couleurs sont les même un peu partout, du rouge et du doré à profusion. Pourtant il n'y a rien d'agressif dans les couleurs, c'est un bel ensemble harmonieux, ça serait parfait si tout n'était pas qu'un étalage de richesse à outrance. J'ai juste le temps de penser qu'une seule de ces tables pourrait sans aucun doute payer quelques mois de loyer de mon chez moi avant de me retrouver face à un couple très distingué, dont on pourrait croire qu'ils sont assis sur quelque chose de très piquant tellement leur bouche est pincée. Je m'apprête à donner un coup de coude discret à Evan pour me foutre allègrement d'eux quand je le vois se pencher vers la dame.
-Bonjour maman.
Eh merde !! Il sert la main de son père et je vois trois paires d'yeux se tourner vers moi.
-Papa, maman, je vous présente Romain. Romain, voici mes parents.
Je glisse un coup d'œil discret aux alentours. Avec un peu de chance, je vais trouver une porte de sortie de secours et pouvoir m'y glisser en toute discrétion. Manque de bol, non seulement je n'en vois aucune, mais les trois paires d'yeux semblent attendre une réaction...Je constate avec une sorte de fascination malsaine que je n'arrive pas à décoller mes jambes du sol, mon cerveau sait ce que je dois faire, mais impossible d'exécuter le moindre geste pendant quelques secondes. Enfin, après un effort qui me parait surhumain, mon pied droit se lève, miracle !! Le deuxième suit sans trop de difficulté, la machine est lancée. Je sers la main de son père et sa mère me tend la sienne. Je manque de lui serrer également quand je vois Evan retenir son souffle. Je me souviens alors de certains films qu'Elisa m'obligeait à regarder avec elle dans ces soirs de déprime et je réajuste ma poignée en baise-main improvisé. Je me trouve ridicule ! Je le suis ! Mais vu l'air d'Evan, c'était le truc à faire. Un point pour moi !!! Nous nous installons et le serveur vient nous proposer les menus. J'ai à peine le temps d'ouvrir la carte que le père d'Evan commande quatre menus du chef. Ah bon ? On a pas le droit de choisir ? Bon ben tant pis, je repose mon menu, j'espère au moins que ça va être bon...je jette un coup d'œil à Evan, il semble stressé et me fait un petit sourire crispé. J'ai beau savoir que ce repas est important pour lui, moi, je le sens très mal. Et je n'aime pas du tout la manière dont ses parents me regardent. On dirait qu'ils décryptent chacun de mon mouvement, jaugeant, évaluant...c'est particulièrement désagréable et gênant. Je tente de respirer pour ne pas m'emporter. Je ne cesse de me répéter que je peu bien faire un effort. Que c'est pour Evan, que c'est juste un dîner.....Je savais que j'aurai du aller au Mc do !
Le serveur s'entretient avec le père d'Evan et j'en profite pour observer la table. Les couleurs sont les mêmes que pour la salle, les verres sont en cristal et les couverts...sont beaucoup trop nombreux !!! Je regarde paniqué mes couteaux et fourchettes qui s'accumulent les uns à côté des autres...je remercie Elisa mentalement pour m'avoir passé cinq fois le film Titanic qui m'a permit d'apprendre qu'on commence par les couverts les plus éloignés, pour se rapprocher ensuite de l'assiette ! Avec ma brillante culture, je repère un couteau à fromage et je crois que celui-ci c'est pour le poisson...bon, ça m'en fait deux...et les autres ? Ah, tiens, cette drôle de pique, je crois que c'est pour manger des escargots...pitié qu'ils ne me fassent pas manger d'escargot !!!
Ma méditation est enfermée au placard par le père d'Evan qui prend la parole.
-Alors jeune homme, peut-on savoir ce que vous faites dans la vie ?
Je lève la tête brusquement...j'ai l'impression de débuter un interrogatoire.
-Je suis en fac de droit !
-Ah! Etrange !
-Pourquoi étrange ?
Je le vois froncer le nez...mauvais signe tout ça, mauvais signe !!!
-Eh bien, avouez que vous n'avez pas vraiment...la carrure que l'on pourrait attendre d'un juge...
-Papa !
Ca y'est, le bras de fer est lancé. Evan a beau faire tout ce qu'il peut pour nous arrêter, nous sommes partis dans une joute verbale que je n'ai pas l'intention de perdre.
-Je veux être avocat, pas juge. Je ne savais pas que les hommes de lois devaient avoir des critères physiques reconnaissables !
-N'êtes vous pas un peu jeune pour un travail impliquant autant de responsabilités ?
-Papa !
-A ce qu'il paraît la valeur n'attend point le nombre d'années !
Et toc, il ne s'y attendait pas à celle la. J'en ai peut être l'air, j'en joue parfois, mais je ne suis pas stupide pour autant !
-Romain, s'il te plait !
Je me tais un moment et tente de reprendre une respiration normale. Le père d'Evan semble faire de même, il relance pourtant la conversation.
-Serait-ce trop vous demander que de savoir ce que font vos parents ?
-Mon père est directeur associé dans une firme d'import-export qui commence à prendre de l'ampleur. Ma mère est en congé maternité.
-Maternité ? A leur âge ?...
-Oui et alors ?
J'ai haussé le ton. Qu'il ne s'avise pas de m'attaquer sur ce terrain là ! Le silence se fait peu à peu dans le restaurant. Un serveur qui s'approchait de la table avec son carnet de commande bifurque brutalement comme s'il devait s'occuper d'autres personnes.
-Alors rien ! Papa, je t'avais dit que c'était comme ça que j'avais rencontré Romain. Et ses parents sont des gens très bien.
Je vois le père d'Evan se pincer les lèvres pour ne pas rétorquer. Je ne peux pas m'empêcher de le fusiller du regard. Il peut s'amuser à m'insulter si ça lui chante, mais qu'il ne s'avise pas de toucher à ma famille !!! Pour la première fois de la soirée la mère d'Evan prend la parole :
-Calmez-vous s'il vous plait. On est là pour passer une agréable soirée, n'est-ce pas ? Alors, Romain, êtes vous déjà venu au Cristal ?
-C'est évident que non, Edna, voyons. C'est parfaitement visible que ce jeune homme n'est pas du même monde ! Il suffit de voir sa tenue et cette...chose sur sa langue !
-Cette chose s'appelle un piercing. Votre fils l'aime beaucoup !
Ca marche, il est déstabilisé. La mère d'Evan est écrevisse et je crois qu'Evan n'en est pas loin non plus.
Les serveurs autour de nous sont de plus en plus agités au fur et à mesure que la conversation devient dispute. Ils tentent de continuer leur travail l'air de rien, mais tout le monde a les yeux tournés vers notre table. Table qu'ils évitent d'ailleurs au maximum quitte à faire de grands détours pour ne pas avoir à passer près de nous.
Je sais que c'est le plus intelligent qui cède...je n'ai jamais prétendu être intelligent. Je ne me laisse pas faire. Je n'ai plus le père d'Evan en face de moi, j'ai un ennemi, un concurrent verbal de taille. Il a l'expérience, j'ai la jeunesse. Il a la sûreté, j'ai l'arrogance !
Evan a plongé la tête dans ses mains et sa mère regarde les alentours espérant vainement que nos éclats de voix ne s'entendent pas des tables voisines. Les choses s'enveniment.
-Mon fils mérite quelqu'un de son rang, pas un jeune délinquant de votre espèce !
-Vous connaissez beaucoup de délinquants qui finissent en droit ? C'est pas parce que ma tête ne vous revient pas que vous pouvez vous permettre de dire n'importe quoi. Vous êtes qui pour me juger ?
-Ca suffit tous les deux, arrêtez !
Evan est rouge de colère. Il n'y a plus un bruit dans le restaurant, tout le monde a les yeux tournés vers nous ! La mère d'Evan est aussi rouge que son fils, mais de honte, elle. Le père d'Evan prend une grande respiration et baisse la voix pour me demander d'une manière très mielleuse :
-Avec tous les dépravés qui courent les rues, puis-je au moins savoir ce qui vous a poussé à choisir mon fils ?
Je vois bien le regard d'Evan qui me supplie de ne pas répondre à la provocation, mais ça n'a plus aucune importance. Je suis hors de moi ! Je ne lui montrerai pas, ça lui ferait tout plaisir. Alors à mon tour, sur le ton de la confidence et avec un grand sourire, je lui dis :
-Il baise comme un dieu !
Jeu, set et match. Le père d'Evan s'étouffe tandis que sa mère tente de se planquer sous la table. Je vois un homme s'approcher de la table. Il est moche et gros, à son tour il me regarde de haut. Mais pour qui se prennent tous ces types ? Il prend un air pincé.
-Messieurs dame, je vous prie de cesser immédiatement ce tapage ou je me verrai dans l'obligation de vous demander de sortir.
-Paniquez pas, j'avais pas l'intention de rester de toutes façons ! Désolé Evan, mais je savais bien que c'était une mauvaise idée.
Je me lève et rapidement je suis dehors. Je desserre cette foutue cravate qui me donne l'impression d'étouffer et enlève ma veste et les premiers boutons de ma chemise. J'ai gagné. Pas étonnant, la tchatche, ça a toujours été mon truc. Alors pourquoi j'ai un goût amer dans la bouche ?
Je me mets à marcher doucement, j'ai une longue route pour rentrer chez moi.
-ROMAIN !
Je me retourne en sachant très bien que c'est Evan, mais ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est son regard déçu, blessé, blessant.
-Je te ramène.
Ce n'est pas une question, pas une proposition, juste un fait. Peut être que pour une fois dans ma vie, j'aurai pu faire l'effort de fermer ma gueule !
Le voyage se fait dans un silence pesant. Evan est fâché, et je suis trop fier pour faire le premier pas. Nous arrivons devant chez moi, ça m'ennui mais je sors sans un mot. Je me dirige vers le
portail quand je suis saisi par le bras et plaqué contre le mur. Je ne l'ai même pas entendu sortir de la voiture.
Evan a le visage dur et fermé, la mâchoire crispée.
-Tu aurais pu...
Il s'arrête et se tient l'arrête du nez entre deux doigts.
-Je t'avais demandé de faire un petit effort. C'était trop te demander apparemment !
La colère qui m'avait peu à peu quitté le long de la route revient au triple galop !
-Tu te fous de moi ? C'est lui qui a commencé !
-Oh Romain mais tu t'écoutes parler ? Je disais ça quand j'avais cinq ans !
-C'est la vérité. J'avais à peine posé mon cul sur la chaise qui me cherchait déjà. T'as pas vu comme il me regardait ?
-C'est sur qu'en t'entendant parler comme ça, il allait forcement t'adorer !!!
-Arrête de vouloir tout me mettre sur le dos pour la seule raison que tu n'as pas les couilles de t'opposer à tes parents ! Je n'avais même pas ouvert encore la bouche quand ton père a commencé à m'attaquer. Et il a insulté mes parents !!!
-Ne sois pas ridicule, ça n'avait rien de méchant, c'était une sorte de test ! Je suis son fils, c'est normal qu'il veuille savoir avec qui je sors !
-Son fils ! Il te méprise pour ce que tu es. Tu l'as entendu parlé des PDs ? Il m'a traité de dépravé et de délinquant parce que je couche avec des mecs !!! Réveil toi, Evan, ton père ne se comportera convenablement à un dîner que lorsque tu lui ramèneras une jolie jeune fille propre sur elle et de bonne famille. Je ne suis ni l'un ni l'autre !
-C'est faux ! Si tu avais fait ne serait-ce qu'un petit effort, ce dîner aurait pu très bien se passer !
Sans vraiment comprendre pourquoi, je sens mes larmes s'accumuler aux coins de mes yeux. J'ai l'impression que quand il s'agit de ses parents, Evan perd tout sens des réalités et du contrôle. Il veut tellement leur plaire que je ne suis même pas sur qu'il soit conscient que je n'ai fait que me défendre.
Je secoue la tête doucement et lui dis en lui caressant la joue :
-La vérité Evan, c'est que même avec tous les efforts du monde, ton père m'aurait détesté. Un jour ou l'autre tu devras faire un choix entre la vie qu'il veut te voir mener et celle que tu as choisie. Si tu n'es pas prêt à comprendre ça, alors je crois qu'on perd notre temps ensemble.
Je repousse ses bras qui me tenaient au mur et je rentre chez moi. Cette fois il en me retient pas et je crois bien que c'est ça le plus douloureux !
Bonjour les gens, ou bonsoir...bonne nuit..
Eh ben je vous jure que ce chapitre n'a pas été de la tarte, j'ai eu trop de mal à le faire. J'ai même pensé abandonner pour y revenir plus tard !!! Mais il est bien là, enfin me direz vous
!!!
Oui je sais, j'ai du retard, j'ai eu quelques trucs à faire...J'espère que ce chapitre va vous plaire. Et rappelez-vous qu'on ne tape pas l'auteur !!!
Un grand merci à Perri pour ses conseils et ses coups de pied au cul qui font mal mais qui boostent
!!!
Bisous
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander

