Elle perd son sourire lorsqu'elle me voit si sérieux. Elle me fait entrer et ne me demande même pas pourquoi je ne suis pas en cours. De toutes façons, ce soir c'est le week-end et j'y retourne dès lundi. Je n'aurai manqué que trois jours.
-Assieds toi.
Je m'exécute. J'ai les paumes de main toute moite, un nœud à l'estomac et je suis sur que je suis pâle comme un linge.
-Tu veux boire quelque chose.
-Non merci.
-Qu'est-ce qu'il se passe poussin ?
Je ne sais pas trop par où commencer. J'ai eu beau préparer tout un tas de phrases, je ne me souviens plus de rien. J'inspire un grand coup et me lance :
-Henri ne te trompe pas.
Oh purée....ce n'était pas du tout l'entrée en matière que j'attendais...Je fais vraiment n'importe quoi quand je suis stressé. Ma mère semble tomber des nues, et être très gênée.
-Enfin Antoine, comment....
-Attends, s'il te plait. Laisse moi parler d'accord. J'ai des choses à te dire. Des choses qui ne vont pas te plaire et qui vont te blesser, mais crois moi, j'ai déjà été bien puni. Et comme c'est déjà très difficile à avouer, je voudrais que tu ne m'interrompes pas. Laisse moi parler et après...après tu feras ce que tu voudras...
Le malaise s'installe. Je sais qu'elle a peur de ce que je vais lui dire, ça se voit sur son visage. Mais elle ne dit rien, elle acquiesce juste.
-Je te disais qu'Henri ne te trompait pas. Je suis au courant que tu le soupçonne parce qu'il m'en a parlé. Et si je sais qu'il ne te trompe pas, c'est parce que toutes les fois où il n'était pas avec toi, il était avec moi.
Là, je vois bien qu'elle est complètement perdue. Mais comme promis elle attend la suite.
-Maman, tu m'as dit l'autre jour au téléphone que je n'étais pas venu te voir depuis un moment. Pour être honnête ça fait un mois. Et si je ne suis pas venu, c'est parce que j'étais malade.
Elle blêmit encore plus.
-Non, ne t'inquiète pas, je n'avais pas de maladie, j'étais malade à cause d'un traitement.
Je m'embrouille de plus en plus. Ma mère n'y comprend plus rien et semble avoir bien du mal à ne pas me poser de question. Je décide de reprendre à zéro.
-Maman, quand je suis venu il y a un mois, je n'étais pas bien parce que Marc m'avait quitté.
Elle hoche la tête.
-Le truc c'est que j'étais mal. Vraiment très mal et....j'ai fait n'importe quoi. La semaine qui a suivi mon passage ici, je suis allé en boite et j'ai....j'ai couché avec un type que je ne connaissais pas. J'avais bu...beaucoup et....et j'ai même pris de la drogue....enfin je....C'est un ami qui m'a ramené à la maison et le lendemain, en plus d'une gueule de bois faramineuse, je me suis rendu compte que je ne m'étais pas protégé.
Je n'ose même plus relever la tête. Je ne veux pas croiser ses yeux. Mais le silence est toujours là et me permet de continuer.
-Avec mes amis, je suis allé à l'hôpital immédiatement et j'ai été pris en charge par un médecin. J'ai été mis sous traitement de prévention contre le sida. C'est un traitement qui dure un mois et les effets secondaires sont assez dérangeants. C'est pour ça que je disais que j'étais malade. Ca n'a pas été facile tous les jours et c'est aussi pour ça que je ne suis plus venu. Je voulais te le dire, je te jure, mais quand je suis arrivé, tu n'étais pas là....et il y avait Henri, alors, je lui ai dit et il m'a dit qu'il allait m'aider...et je ne voulais pas que tu te fasses de soucis pour moi, alors je lui ai demandé de ne rien te dire. Il n'était pas d'accord, il disait que tu devais être mise au courant, que tu ne méritais pas que je te cache un truc pareil. Mais je lui ai fait promettre. C'est pour ça qu'il disparaissais quelques temps de la maison. Il était avec moi maman, il m'a soutenu pendant tout ce temps. Jamais il ne t'aurait trompé, je vois bien qu'il t'aime. Il était à mes côtés et il m'a beaucoup aidé....
Le silence, toujours le silence. Je ne dois pas relever les yeux...j'en suis incapable. Je sens les larmes couler sur mes joues.
-Je suis désolé maman. Si tu savais à quel point. Je m'en veux. Mais tu ne dois pas en vouloir à Henri, il n'a fait que m'aider, et tenir sa promesse. Je sais que j'ai été idiot, j'ai fait n'importe quoi...j'ai pas d'excuse, je suis juste désolé...
Je lève enfin les yeux vers ma mère. Ses traits son crispés, mais son visage semble froid, dur comme la pierre.
-Tu as les résultats ?
-Euh...oui, je...c'est négatif, je vais bien....enfin je dois avoir une autre prise de sang dans trois mois, mais je....
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que je vois ma mère se lever et elle me colle une gifle monumentale. J'ai sentit mon cou craqué sous la violence du choc. Je la regarde, une main sur la
joue, ne sachant comment réagir. C'est la première fois de ma vie qu'elle me met une gifle. Gamin, j'ai eu des fessées bien sur, mais une gifle, jamais...
Elle semble irradier de colère et tente de maîtriser sa voix.
-Sors d'ici !
-Quoi ?
-Tu n'imagines pas à quel point tu me déçois. Je veux que tu t'en ailles. Si je te parle maintenant je vais dire des choses blessantes. Alors tu sors immédiatement de chez moi, tu rentres dans ton appartement et je t'appellerai quand je serai calmée. Maintenant, SORS !!!
Je ne cherche pas à comprendre, je me retrouve dehors, toujours une main sur la joue, baignant dans mes larmes. Je m'écroule contre le mur et me laisse aller à de longs sanglots. Ca faisait un moment que je ne m'étais pas laissé aller à pleurer vraiment. Pourtant des larmes, j'en ai eu ces derniers temps, mais la, je me laisse aller, je verse tout ce que j'ai sur le cœur, et étrangement je me sens me vide d'un poids. J'avais oublié à quel point pleurer peut faire du bien. Je sens deux bras me serrer. Je lève la tête. Agathe, ma jolie Agathe. Elle me fait un gros câlin et un gros bisou qui me redonnent le sourire. Un peu plus loin, Henri nous regarde. Il me sourit tendrement. Comme un père le ferait à son fils.
-Allez, viens. Je te ramène.
Le trajet se fait en silence. Arrivé devant chez moi. Je reste quelques secondes dans la voiture. Comme si en sortir, me ferait affronter le monde extérieur. Henri me coupe dans mes pensées.
-Merci Antoine. Je me doute que ça n'a pas été facile pour toi, mais je te remercie.
-Bah, je l'aurai mise au courant un jour ou l'autre...c'est mieux que ça se soit fait maintenant, au moins, je ne lui ai pas caché trop longtemps. Et puis, je te devais bien ça. C'est à moi de te remercier, pour tout ce que tu as fait. C'est énorme pour moi. Je ne l'oublierai pas.
Je l'enlace. C'est court, c'est timide, c'est fragile, c'est peut être même un peu gênant, mais nous sommes enlacés, et je me surprend à penser que j'aurai bien aimé qu'Henri soit mon père. Je fait un baiser de la main à Agathe qui me le rend avec un grand sourire. Cette fille est une perle.
Je rentre dans l'immeuble. Je sais que ma mère m'en veut. C'est logique, je m'y attendais, mais ça fait quand même très mal. Je ramasse mon courrier en passant. Rien de bien intéressant. J'entre dans mon appart' et pose les lettres et la publicité sur le petit meuble. Je me retourne et sursaute, manquant de faire une crise cardiaque.
-Marc ?!!
Il est là, devant moi, plus beau que jamais. Il semble un peu nerveux. Je suis, pardonnez-moi l'expression, complètement sur le cul. Je n'aurai jamais cru le revoir si vite, et surtout, de sa
propre initiative...Et puis comment ça, si vite, lui aussi ça fait un mois que je ne l'ai pas revu. Il m'a manqué....Dieu qu'il est beau...je l'ai déjà dit ? Peut-importe, je me plais à le
répéter.
J'avais déjà dit que lorsque j'étais stressé ou surpris, je n'arrivais jamais à sortir quelque chose d'intelligent. Je crois que j'ai battu le record car je lui dit :
-Tu as coupé tes cheveux ?
-Euh...oui...
Nous restons là, face à face, à quelques pas l'un de l'autre. Il me tend son trousseau, mon cadeau de noël. Il n'avait jamais eu l'occasion de s'en servir encore. C'est surprenant que ce soit fait dans ces circonstances.
-J'espère que ça ne te dérange pas que j'ai utilisé tes clés. Enfin je comprendrai que ça t'énerve, après tout, je suis chez toi...mais je me suis dit....enfin, si tu veux je peux te les rendre...c'est juste que...
Il s'enfonce un peu plus dans des excuses et je sors enfin de ma torpeur.
-Non. Ca ne me dérange pas. Et je voudrais que tu gardes ces clés.
Je laisse passer un petit silence pendant lequel Marc range ses clés dans sa poche. Et je ne peux pas
m'empêcher de lui dire :
-Ca me fait plaisir de te voir.
Il me fait un sourire radieux. Il a l'air bien. Soudain je percute.
-Le procès. Comment ça s'est passé ?
-Eh bien...plutôt bien je crois. Mademoiselle Ramia m'a dit que nous avions de bonne chance de le remporter.
Il se tait un moment puis reprend.
-Je l'ai vu tu sais.
-Ton oncle ?
-Oui. Il était là, en face de moi. Et...je l'ai regardé...droit dans les yeux. Et...il a finit par détourné le regard. Il a baissé les yeux...face à moi....tu te rends compte ?
Marc ressemble à un enfant qui raconte une journée découverte. Il semble émerveillé du pouvoir qu'il a en lui. Cette force qui l'habitait a enfin fait surface.
-Alors tu l'as enfin affronté...
-Oui. J'ai...je lui ai prouvé qu'il ne pourrait jamais me détruire....Merci pour ça aussi...
Je rougis face à son allusion à mon petit mot, remis par Gaston le matin même.
-Comment sais tu que c'est moi ?
-Ca ne pouvait être que toi. Et puis n'oublie pas qu'après ton agression, je t'ai fait réviser pendant plus d'une semaine. Je pourrais reconnaître ton écriture entre mille.
Mes joues doivent avoir une jolie teinte vermeille, à présent.
-Je voulais juste que tu saches que j'étais là, c'est tout.
-Je le savais. Même sans tes mots. Mais je voulais quand même te remercier, c'est pour ça que je suis là.
-Oh, d'accord. C'est seulement pour ça ?
Je m'approche un peu. Il est tout prêt maintenant, mais il ne recule pas. Je tends ma main vers sa joue mais je me rends compte de mon geste et le suspends. Ma main reste en l'air quelques secondes et finalement Marc la saisi et la pose lui même sur sa joue.
-Non, pas seulement.
Je sens sa peau sous mes doigts, si douce. Et je me souviens...
-Je suis désolé de t'avoir frappé l'autre jour. Je ne voulais pas, c'est partit tout seul...j'avais mal...
-Je sais, c'est pas grave. C'était mérité. Je sais que je t'ai blessé Antoine. Ce n'est pas ce que je voulais, mais je l'ai fait. J'ai essayé de prendre la meilleure décision pour moi et je n'ai pas fait attention aux conséquences. Mais je voudrai que tu comprennes, j'avais besoin de me retrouver. Il fallait que je le fasse seul. Aujourd'hui, je sais que je suis capable de lui faire face, et je peux me tourner vers l'avenir sans avoir à jeter des coups d'œil en arrière. Je voudrai....enfin je comprendrai que tu ne veuilles pas, mais...j'aimerai, que tout les deux....enfin, si ça te dit, on pourrait peut-être....réessayer quelque chose....
Au fur et à mesure de ses paroles mes battements cardiaques ont accélérés tandis que Marc se rapprochait. Il est tout contre moi maintenant. Ses lèvres ne sont plus très loin des miennes et je sais qu'il n'attend que moi.
-Tu es sur de toi ?
-Plus que jamais. Mais et toi ?
-Je...Marc si tu devais me laisser à nouveau, je ne m'en remettrai pas...
-Je sais. Je suis vraiment désolé Antoine. Mais je n'ai plus l'intention de te laisser. C'est toi que je veux.
J'attends ce moment depuis tellement longtemps...et pourtant mon cœur balance. J'ai peur, c'est indéniable. J'ai trop souffert ces derniers temps pour pouvoir me relancer à corps perdu dans notre histoire. Et pourtant j'en meurs d'envie. J'avais l'intention de revoir marc et de le séduire, jamais je n'aurai imaginé que ce soit lui qui fasse le premier pas. Cette épreuve l'a transformé. Il paraît plus sur de lui, confiant. Ca me met du baume au cœur, et ça m'inquiète. Si il se rendait compte qu'il n'avait plus besoin de moi ? Si il finissait par aller voir ailleurs, maintenant qu'il n'a plus peur ?
-Marc, je suis désolé....mais, on ne peut pas repartir de là ou on s'était arrêté...pas après tout ce qu'il s'est passé. Ca voudrait dire repartir sur des mauvaises bases, et ça finirait forcement par casser....je suis désolé...
Je vois ses beaux yeux se remplir de larmes. Il commence à s'éloigner de moi.
-Bien je vais rentrer alors. Désolé de t'avoir dérangé.
Il se dirige vers la porte.
-Marc, attends, j'ai pas fini ma phrase.
Il s'arrête et se retourne doucement, les yeux remplis d'un mélange de tristesse et d'espoir...
-Je te disais qu'on ne pouvait pas repartir sur de mauvais bases. Mais si tu voulais bien sortir avec moi...un de ces soirs...peut-être qu'on pourrait tenter d'en construire de nouvelles...
Il me regarde, pas certain d'avoir comprit. Je lui sourit et alors il pousse un soupir de soulagement en me rendant un sourire éclatant. Il revient et me sert dans ses bras. Je passe mes bras autour de sa taille et plonge mon nez dans son cou. Je me rends compte à quel point ça m'avait manqué. Son odeur, ses gestes, sa voix....ça ne va pas être facile de ne pas lui sauter dessus dès notre premier rendez-vous, mais j'y arriverai. C'est la condition d'un possible futur entre nous. Repartir sur des bases saines, et faire évoluer notre relation normalement.
Je sens ses larmes sur mon épaule. Je remonte son menton du bout des doigts.
-Tu es libre ce soir ?
Il acquiesce toujours avec son sourire scotché sur le visage.
-Ca te dirait un resto ? Ou un ciné ? Ou un bowling...ou n'importe quoi en fait...ça te dirait de passer la soirée avec moi ?
-Oui....oui, ça me ferait très plaisir. Tu passes me prendre tout à l'heure ?
-Ok, pas de soucis. 20h ?
-Ok. Je dois rentrer maintenant. On m'attend.
-D'accord, rentre bien.
-Merci.
Il s'éloigne et enfile sa veste. Je le rejoins à la porte. Il franchit le seuil puis s'arrête brusquement. Il fait demi tour et avant que je comprenne je sens ses lèvres rencontrer les miennes. C'est un baiser chaste, tendre, un peu hésitant, mais ardemment désiré. Je voudrais approfondir le baiser, le coller contre le mur de mon appartement et lui faire l'amour jusqu'à plus soif, mais déjà il s'éloigne de moi.
-Désolé, j'en avais envie.
Il rougit. Ca me fait sourire.
-Je trouve que ce sont d'excellentes bases, pas toi ?
Il rit. J'aime son rire. Cette fois c'est moi qui l'embrasse. Et le baiser est beaucoup moins chaste. Nos lèvres s'ouvrent, laissant nos langues se retrouver avec avidité. Nos souffles s'accélèrent, nos mains glisses doucement sur nos corps. Lorsqu'à bout de souffle, nous nous détachons, je vois briller cette lueur de désir brut dans ses yeux. Je ne l'y avais encore jamais vu et elle me fait un effet incroyable. On se regarde un petit moment s'admirant mutuellement, comme si nous n'étions pas bien sur d'être à nouveau ensemble.
-Je crois que je ferai mieux de rentrer maintenant. Sinon, je risque de ne pas pouvoir repartir...
-Oui, c'est mieux. Je passe tout à l'heure.
-Oui.
-Merci Marc.
-Pourquoi ?
-Pour être venu. Pour avoir fait le premier pas.
Il me sourit. Et pose à nouveau ses lèvres sur les miennes, juste assez pour que je puisse à nouveau les goûter, mais pas trop pour que nous ne dérapions pas.
Il s'en va, et me fait un signe en bas de l'escalier. Je souris. Il part, mais je sais qu'il reviendra. Et cette fois, je ne le lâcherai pas.
Voilà un nouveau chapitre de cœur figé. Et l'histoire est normalement presque finie. Selon mes plans, il reste encore deux chapitres. Mais vous me connaissez
maintenant et vous savez que mes plans sont rarement suivis (qui a dit jamais ?). Donc voilà à priori l'histoire s'arrête dans deux chapitres...mais qui sait peut-être aurais-je une idée
lumineuse d'ici la pour la continuer...ou peut-être pas...
J'avoue que j'ai du mal à me mettre en tête de laisser mes bébés (on ne se moque pas !!!)...ben oui, ce sont mes miens que j'ai crée et tout et tout...ça me fait bizarre de me dire que bientôt je
ne les ferai plus vivre !!! Ch'uis trop sentimentale comme fille !!! lol
Bon j'arrête avec mes bêtises, j'espère que ce chapitre vous convient.
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