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  • : 13/10/2007
Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:13

Bonjour les gens!

Comment allez-vous? Moi, comme d'habitude, je suis débordée de boulot et j'ai pas beaucoup le temps d'écrire (j'en suis désolée, croyez-le)! Mais heureusement, Skorpan est là et comme promis, elle nous a écrit une suite alternative à Royale Destinée. Son texte est très long donc il est publié en deux fois!

 

Précision importante: je le redis, cette suite est la vision de Skorpan et ne change en rien la fin que j'ai prévu pour cette histoire! C'est une fin parallèle, très bien écrite d'ailleurs! Elle commence à la fin du chapitre 22 de l'histoire.


 

 

Royale Destinée


Suite Alternative

Par Skorpan

partie 1

 

"Oyez, oyez! Villageoises et villageois, venez sur la Grand'Place du village écouter la troupe des Troubadours Yaoïstes! Venez écouter l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. Prenez place, installez-vous correctement, et reprenons l'histoire là où nous l'avions laissée la dernière fois. Rappelez-vous! Nous avions abandonné Louis et son ami Lothaire atterrés par les derniers évènements: la pendaison de Philippe, avec d'autres gens de basse condition, et ensuite, la destruction de la maison des parents de Lothaire, leur mort horrible. Et enfin leur soulagement lorsqu'ils avaient retrouvé les derniers membres de leur famille sains et saufs. Voilà où l'histoire s'était arrêtée et où elle reprend."

Quelques notes de musique s'élevèrent au milieu de l'assemblée pour annoncer le début du récit, alors que les gens rivalisaient de "Ssscht" pour demander le silence. La jeune femme, qui avait fait office de narratrice pour ameuter la foule, se recula et laissa place à vieil homme à la barbe blanche mais à la voix claire et assurée, qui reprit le fil de l'histoire.

"Louis et son fils, Lothaire, sa femme et leur fils, se cachaient dans la forêt. Ils ne savaient où aller, ils n'avaient plus personne. La méfiance était le maître mot dans cette folle course poursuite sans point de chute. Ils marchaient et marchaient sans s'arrêter au milieu des arbres sombres pour échapper à des ennemis incertains. Chaque craquement de branche les faisait sursauter, et les enfants, heureux de ce nouveau jeu dans les bois, s'amusaient avec insouciance alors que la mort les coursait.

Soudain, des voix se firent entendre. Et des chevaux aussi. Les petits furent attrapés, presque ceinturés par leur père respectif, et les cinq compagnons d'infortune se cachèrent derrière quelques troncs, trop fins pour offrir un quelconque abri, mais rassurants quand même.

 

-Cherchez partout! Je suis sûr d'avoir vu quelque chose bouger!

-Vous êtes sûr que ce n'était pas un animal, mon Commandant?

-Vous avez déjà vu un animal bleu et rouge, Capitaine?

-Euh... non, mon Commandant.

 

Les voix se rapprochaient peu à peu du groupe, accompagnées des lourds pas des chevaux. Lothaire en avait compté trois, même si le troisième homme n'avait pas encore parlé. Et au plus grand désespoir des deux jeunes hommes, la voix du Commandant leur était familière. Une voix à la fois douce et ferme, agréable à entendre et capable de vous emmêler pour obtenir ce qu'elle souhaitait. Louis était sûr de l'avoir déjà entendue à la cour, lors d'une des nombreuses réceptions auxquelles il avait dû assister. Et il se maudit en cet instant de ne pas avoir été plus attentif, car il ne pouvait se souvenir qui en était le propriétaire. De toute façon, se dit-il, d'après ce qu'ils avaient entendu, ils appartenaient à l'armée, et avaient donc prêté serment de servir le royaume de Mésancourt, dussent-ils en mourir. Or le royaume de Mésancourt, c'étaient actuellement Adélaïde et son mari.

-Mon Commandant! fit une troisième voix. A trois heures, ça a bougé.

Puis il n'y eut presque aucun bruit. Seul le souffle des trois chevaux évoluant dans les bois. Et soudain, les militaires se retrouvèrent devant le groupe de fugitifs. Ils avaient bloqué toutes les sorties possibles. Louis et les autres étaient pris au piège.

-Vous croyez que c'est eux, mon Commandant? demanda l'un des subalternes.

Le Commandant ne répondit pas et descendit de cheval. D'un pas assuré, il s'approcha d'un Louis tellement mortifié que pas un seul de ses muscles ne bougea. Il lui attrapa peu délicatement la mâchoire, plongea ses yeux dans les siens, puis l'observa sous toutes les coutures.

 

-Déclinez votre identité, Monsieur, dit-il enfin d'un ton n'acceptant pas le refus, ni le mensonge.

 

Fier, et se sachant déjà reconnu, il ne renia pas son nom, ni son défunt mari Philippe.

 

-Je suis Louis de Mésancourt, époux de feu le roi Philippe de Mésancourt. Et si je dois mourir, ce sera la tête haute, et non assassiné au fin fond d'un bois.

 

Il s'était relevé sur ses deux pieds et dépassait maintenant de plusieurs centimètres le Commandant, qui n'en paraissait pourtant nullement impressionné. Au contraire, un sourire étirait ses lèvres.

 

-Mourir? Pourquoi voudriez-vous mourir?

-N'êtes vous pas des soldats de Mésancourt? l'interrogea Louis, toujours digne alors que l'incertitude le gagnait de plus en plus.

-Certainement. Et c'est pourquoi je n'ai aucune raison de vous tuer: vous êtes l'actuel roi de Mésancourt. Enfin, pour être plus exact, vous êtes le régent en attendant que votre fils Henri soit en âge de gouverner. N'est-ce pas?

-Soit. Mais vous n'ignorez pas le coup d'état que vient de subir le royaume. Je suis actuellement un paria.

-Comme vous l'avez dit vous-même, il s'agit d'un coup d'état. D'une prise de pouvoir par la force, et non approuvée. Vous restez donc mon souverain. De plus, si vous aviez observé plus attentivement nos uniformes, vous auriez vu que nous n'appartenons pas au corps régulier de l'armée.

 

A cette remarque, qui aurait pu être blessante si elle n'avait été prononcée sur un ton doux et rassurant, Louis baissa les yeux sur les vêtements des trois hommes qui lui faisaient face. Ceux-ci étaient d'une saleté étonnante, comme si cela faisait plusieurs jours qu'ils avaient été portés, et ce par tous les temps. Il tenta de reconnaître les grades ainsi que l'insigne d'appartenance à un quelconque corps de l'armée. Mais il en fut incapable: tout ce qui concernait les militaires ne l'avait jamais véritablement intéressé. Il en avait toujours laissé le soin à Philippe, et il s'en mordit la lèvre.

 

-Le bataillon que je dirige est formé d'hommes qui sont entraînés à faire face à n'importe quelle situation, y compris celle que nous vivons actuellement. Mes hommes sont les meilleurs que vous trouverez dans toute l'armée de Mésancourt, se vanta un peu le Commandant. De plus, et ce n'est pas négligeable, nous sommes totalement indépendants du reste de l'armée. Mes ordres proviennent directement du roi Philippe. Dans le cas où il serait dans l'incapacité à en donner, je suis autorisé à agir de mon propre chef.

 

-Mais... je ne comprends pas, protesta Louis, que ces nouvelles informations déroutaient, tout comme elles perturbaient les deux autres adultes.

 

Jamais ils n'avaient entendu parler de ce bataillon indépendant, et Louis doutait fortement que son mari ait oublié de le prévenir.

 

-Capitaine De Rauthien, expliquez-leur, je vous prie. Il semblerait que mes explications ne soient pas assez claires.

 

Le plus jeune des deux Capitaines, qui apparaissait avoir l'âge de Louis, s'avança et s'éclaircit la gorge.

 

-Chaque homme du bataillon, avant de prêter serment à Mésancourt, a prêté serment au roi Philippe. Nous sommes donc avant tout loyaux envers le roi Philippe, d'où notre présence dans ces bois. Nous sommes venus vous récupérer pour vous mettre en lieu sûr.

-Nous... récupérer? En lieu sûr?

 

Un infime espoir étreignit le cœur de Louis. Si ces militaires disaient vrai alors ils étaient sortis d'affaire, pour un temps du moins. Mais s'ils mentaient, ils se précipitaient certainement dans la gueule du loup.

 

-Tout à fait. Notre camp de base est à une petite journée de cheval. Si nous nous mettons

en route dès maintenant, nous y serons un peu après le milieu de la nuit.

 

Louis réfléchissait rapidement. Il ne voulait pas prendre une décision d'une telle importance hâtivement, mais les circonstances l'y obligeaient. Il jeta un coup d'œil à Lothaire, pour essayer de connaître son opinion. Celui-ci avait l'air déterminé, mais Louis ne réussit pas à deviner quelle décision il avait prise. Alors avant de sceller leur destin à tous, il voulut s'assurer d'une dernière chose.

 

-Puisque je vous ai dit mon nom tout à l'heure, je vous demanderai le vôtre à mon tour.

-Naturellement, acquiesça le jeune homme, qui exécuta un salut militaire avant de continuer. Commandant Fabian De Magnien, à votre service. Et voici deux de mes sous-officiers, continua-t-il en désignant les deux hommes qui l'accompagnait. Le Capitaine Alexandre De Rauthien, et le Capitaine Charles Betslat. Tous deux sont très compétents, et je leur confierai ma vie sans hésiter. Vous ne craignez donc rien pour la vôtre, ou celles de votre fils et de vos amis tant qu'ils sont dans les parages.

-Bien. Vous permettrez que nous en discutions entre nous, n'est-ce pas?

-Le temps nous est compté, alors faîtes vite.

 

Louis ne prit pas le temps de répondre, et entraîna Lothaire et Suzanne un peu à l'écart pour savoir ce qu'ils pensaient de la situation, tandis que les militaires reculaient de quelques pas. Chaque groupe discuta à part, et au bout de quelques minutes, une décision fut prise par les fugitifs.

 

-Nous avons décidé de vous faire confiance, annonça Louis, mais...

 

Le Commandant De Magnien ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase que déjà il donnait quelques directives concises pour leur retour au camp.

 

-Messieurs, si jamais il arrive quoi que ce soit, tenez-vous en au plan, rappela-t-il à ses hommes. Capitaine Betslat, vous prendrez Madame en croupe, et vous Capitaine de Rauthien, vous prendrez Monsieur Buys en croupe, et le jeune Hector devant vous. Louis et Henri voyageront avec moi, conclut-il.

 

Tout le monde s'activa et après quelques contorsions, ils furent tous à cheval. Sa dernière recommandation faite, "La vie des enfants prime sur celles des autres", le Commandant de Magnien donna le signal de départ. Si les premières minutes se déroulèrent au pas au milieu de la végétation très touffue de cette partie de la forêt, dès lors que cela s'éclaircit, le trot fut adopté. Le trajet se fit en silence et aucune plainte ne fut entendue, bien que l'allure fut très inconfortable pour ceux qui se trouvaient en croupe. Ils étaient balancés d'un côté ou de l'autre au gré des mouvements du cheval, et ne pouvaient se stabiliser qu'en se raccrochant au corps devant eux. Les deux petits garçons geignirent de temps à autre, mais les deux militaires qui avaient leur garde surent trouver les mots pour les calmer avant même que leurs parents respectifs n'ouvrent la bouche. Les promesses d'une balade au galop et d'une démonstration de combat avaient de quoi faire taire toutes les protestations.

 

Le soir venu, ils s'arrêtèrent environ une heure, dans une petite clairière à côté d'un faible cours d'eau. Ils avalèrent quelques morceaux de viande séchée et des patates froides en guise de dîner. Ils eurent même droit à un dessert grâce au Capitaine Betslat, qui trouva des baies comestibles non loin de leur campement de fortune. Lorsque que le Commandant estima que tout le monde s'était bien reposé, les chevaux comme les hommes, ils repartirent, adoptant la même allure qu'avant le repas. Henri et Hector s'endormirent moins d'une demi-heure après leur départ, la fatigue de la journée surpassant largement l'inconfort de leur position. Les adultes, par contre, ne fermèrent pas l'œil de la nuit.

 

Au bout de longues heures de route, ils arrivèrent à la lisière de la forêt. Là, sur un signe discret du Commandant, ils s'arrêtèrent en silence, attentifs au moindre bruit. En penchant un peu la tête sur le côté, Louis découvrit alors ce qui les attendait. Une immense plaine s'étendait dès la sortie du bois, et à environ cinq cents mètres, un véritable village de tentes de couleur triste était installé. Il semblait être monté sur un champ en friche, et n'empiétait pas sur les cultures qui l'entouraient. La vision qu'avait Louis était assez surréaliste. Il lui semblait que ce camp ne faisait pas partie de ce monde-ci, tellement son emplacement était incongru. Il n'y avait rien aux alentours, pas même une rivière, et il ne ressemblait pas à l'image qu'il se faisait d'un camp militaire. Il se rapprochait plus d'un camp de saltimbanques en peine. D'autant plus qu'aucune protection ne semblait avoir été mise autour des tentes, et qu'une tente plus imposante, tel un chapiteau, était dressée au centre.

 

Se décidant à prendre la parole après plusieurs minutes d'immobilité, Louis se dégagea la gorge.

 

-C'est ça votre camp militaire où nous serons en sécurité? demanda-t-il d'un ton incrédule.

-Ssssch! lui fit De Magnien, en colère, avant de chuchoter le nom de ses officiers. De Rauthien?

 

Celui-ci lui répondit en faisant un cercle avec son pouce et son majeur de la main droite.

 

-Betslat?

 

Il lui répondit avec le même signe que son homologue, alors De Magnien mit ses mains en porte-voix et imita par deux fois le hululement d'une chouette. Quelques secondes plus tard, un homme habillé de manière sombre, de telle façon à se fondre plus facilement parmi les arbres, approcha d'eux. Les trois adultes fugitifs sursautèrent mais les militaires lui sourirent.

 

-Alors, Ferrant, que se passe-t-il? chuchota le plus haut gradé.

-Deux hommes à nous sont revenus, ensemble. Ils avaient la gueule fatiguée. Et j'ai vu du mouvement en face il y a de ça une heure environ. Mais je n'ai pas pu identifier ce que c'était.

-Et le terrain?

-Sec, il n'a pas plu aujourd'hui.

 

De Magnien sourit: le sol était propice à un dernier sprint au grand galop. C'était la dernière partie de leur voyage, mais aussi la plus risquée. Ces cinq cent mètres qui les séparaient de leur camp se trouvaient à découvert, et une attaque bien menée pouvait les anéantir avant que quiconque, que ce soit ceux du camp ou ceux en poste dans la forêt, ne puisse intervenir.

 

-Henri, dit le Commandant en secouant gentiment le garçon. Henri, réveille-toi, répéta-t-il alors qu'il se frottait les yeux. Tu te souviens que je t'ai promis une balade au galop? Eh bien, c'est tout de suite.

 

De Rauthien avait fait de même avec Hector, et les deux gamins étaient maintenant parfaitement éveillés, prêts comme jamais pour l'aventure. Les adultes, sur les conseils des cavaliers en selle, se re-positionnèrent et s'agrippèrent du mieux qu'ils purent. Ils saluèrent Ferrant, qui retourna à son poste de garde, et en quelques coups de talons, ils partirent au grand galop. La distance fut parcoure en une minute et ils entrèrent sans ralentir dans le camp.

 

Les soldats, prévenus par Ferrant, n'opposèrent aucune résistance à cette intrusion, et les trois chevaux ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent devant la plus grande des tentes. Plusieurs hommes se précipitèrent pour les aider à descendre et ils durent même rattraper de justesse Suzanne, qui manqua de s'écraser au sol, ses membres tremblant sans discontinuer après cette course folle. De Magnien ordonna qu'on les conduise dans la grande tente, qui se révéla être la sienne, donna quelques autres instructions puis les rejoignit, accompagné des Capitaines De Rauthien et Betslat. Il se passa la main sur les yeux, espérant effacer un peu de sa fatigue, puis prit la parole.

 

-Eh bien, on est arrivés sains et saufs à bon port. C'est déjà ça. Je suppose que vous êtes fatigués, donc j'ai demandé à ce qu'on apporte des lits en plus pour que vous vous installiez ici. Je préfère toujours avoir un œil sur vous, ça me rassurera, et ça vous rassurera je pense, expliqua-t-il. Ah tenez, voilà les lits!

 

Plusieurs soldats entrèrent dans la tente portant des lits de camps et des couvertures. Ils saluèrent d'un signe de tête leurs supérieurs, puis les contournèrent pour passer dans la deuxième partie de la tente. Les deux petits se précipitèrent immédiatement à la suite des adultes, pour explorer ce territoire inconnu. Lorsque les soldats eurent installés de quoi dormir, et qu'ils furent partis, De Magnien se remit à parler, pour répondre aux interrogations muettes des trois adultes.

 

-La première partie de la tente, où nous sommes, c'est un peu le centre de commandement. C'est ici que l'on prend toutes les décisions. Et la deuxième partie, là où les lits ont été mis, c'est ma chambre. Enfin, en quelque sorte, y'a juste un lit et une malle avec mes affaires et mes armes. Bref, c'est pas le sujet. J'ai fait amener cinq lits, trois pour vous, et deux pour les Capitaines Betslat et De Rauthien. On n'est jamais trop prudent...

 

Louis et Lothaire approuvèrent, ainsi que Suzanne, mais de façon de plus discrète, n'osant agir normalement en présence des militaires, qui l'impressionnaient fortement. Non pas à cause de l'uniforme, mais à cause de la puissance calme et confiante qui se dégageait d'eux.

 

-Betslat, aidez-les à s'installer. Je dois parler à De Rauthien.

 

Le Capitaine poussa fermement les fugitifs vers la partie chambre de la tente, même si Louis semblait vouloir rester. Puis il referma correctement les pans de tissus pour ne laisser aucune possibilité de voir de l'autre côté.

 

Dans la partie commandement de la tente, De Magnien s'était appuyé sur la table, soulageant un peu ses jambes, mais s'empêchant de s'asseoir, craignant de ne pas pouvoir se relever, ou de s'endormir sur place. De Rauthien s'approcha de lui, voyant qu'il voulait lui parler de telle façon à ce que le roi Louis n'entende rien.

 

-De Rauthien, je voudrais que la sécurité soit renforcée autour de la tente. Ce n'est pas la peine de cacher de qui il s'agit. Tout le monde se doute que Louis et de son fils font parti du lot des cinq fugitifs. Mais je ne veux pas que l'information sorte du camp. Suspendez toutes les permissions, et réduisez au maximum les allées et venues.

-Ne croyez-vous pas que ces brusques changements mettront la puce à l'oreille à ceux qui surveillent le camp de l'extérieur?

 

Le Commandant réfléchit quelques instants avant de répondre.

 

-Si, mais de toute façon, ils ont dû repérer le mouvement de cette nuit. Donc ce n'est pas grave s'ils remarquent les changements des prochains jours. Je crois que c'est vraiment plus important de sécuriser encore plus le camp. Il faudra que vous me fassiez une liste avec les gens susceptibles de sortir, que je l'approuve d'abord.

-Pensez-vous qu'il y ait encore des traîtres? On a pourtant mené plusieurs enquêtes pour les éliminer, et plusieurs ont été jugés.

-Je ne crois pas qu'il y ait de vrais traîtres, De Rauthien, vous avez fait du bon boulot de ce point de vue là. Mais il y a certaines personnes auxquelles je fais moins confiance, et d'autres qui ne résisteront pas longtemps à un interrogatoire s'ils sont pris.

 

Le Capitaine se rendit à la raison de son supérieur, puis se dirigea vers la sortie, pour mettre en place le nouveau dispositif. Il fut retenu au dernier moment par la voix épuisée de De Magnien.

 

-Et amenez-moi au passage les deux messagers que Ferrant a vu.

-Vous pensez que...

-Oui, le coupa-t-il.

 

Puis De Rauthien sortit, et quelques secondes plus tard, Betslat entra par derrière, depuis la chambre. Il observa longuement le corps recroquevillé sur lui-même de son Commandant avant de s'en approcher doucement. Il posa une main sur son épaule, et le réconforta de quelques caresses amicales.

 

-Fabian, ça va?

-Hein? Charles? Ils sont couchés?

-Oui. Les petits dorment comme des bébés. Le couple aussi. Seul le roi n'arrive pas à trouver le sommeil. Il est trop inquiet je pense. Et puis il se demande pourquoi tu ne viens pas te coucher aussi.

-Hum... Je viendrai lorsque je saurais ce que les deux messagers ont à me dire. Et que j'aurais vérifié que tout est en ordre au niveau de la sécurité.

-D'accord... Mais dis-moi, t'es sûr que ça va?

 

Fabian lui lança un regard suspicieux, étonné par la question, puis soupira: Charles était l'une des personnes dont il était le plus proche dans l'armée, et il réussissait toujours à deviner ses états d'âme.

 

-Disons qu'il faut que ça aille, alors je m'occupe l'esprit et le corps pour ne pas gamberger. Mais là, je commence à fatiguer. Et j'ai un peu peur de craquer devant mes hommes. Un peu comme là maintenant devant toi, rit-il, essuyant quelques larmes qui pointaient le bout de leur nez au coin de ses yeux.

 

Charles appuya un peu plus ses caresses et le rassura.

 

-Ne t'inquiète pas. Tu es fort, ça va aller. Et si jamais tu te sens faiblir, tu peux venir te confier à moi. Je suis là pour ça, tu sais.

-En tant que subordonné ou en tant qu'ami? rigola Fabian.

-En tant qu'ami bien sûr! Je ne veux pas entendre les épanchements de tous mes supérieurs! s'exclama-t-il, outré mais aussi amusé.

-Mais pour l'instant tu n'en as qu'un de supérieur, et c'est moi.

-Tu oublies le roi Philippe! Il est aussi mon supérieur.

-Ouais, sauf que vu la situation... fit remarquer Fabian, soudain plus sombre.

 

Le Capitaine Betslat n'eut pas le temps de dire quelques mots pour rattraper ses paroles maladroites car des pas se firent entendre à l'extérieur de la tente, et après avoir obtenu l'autorisation de leur Commandant, trois hommes entrèrent.

 

-Commandant, voici les deux messages que le soldat Ferrant a vu.

-Merci Capitaine. Messieurs, installez-vous dans les chaises, vous avez l'air épuisés.

-Merci mon Commandant, mais nous pouvons rester debout, refusèrent-ils poliment et à l'unisson, trouvant que leur Commandant avait l'air bien plus épuisé qu'eux.

-Comme vous voudrez... De Rauthien et Betslat, vous écouterez avec moi ce que ces deux hommes ont à dire. Mais je ne veux aucune trace écrite. Tout doit être gravé dans votre mémoire.

-Compris, mon Commandant!

 

Les messagers commencèrent alors à raconter les informations qu'ils avaient réussies à récolter lors de leurs missions respectives. Le premier avait été chargé de surveiller les contacts que pouvaient avoir la reine Anne ou l'usurpatrice Adélaïde avec les royaumes voisins. Il avait observé de nombreux mouvements de petites gens à la solde des deux femmes, et qui probablement servaient de contacts et de messagers. Mais ils étaient très discrets et il n'avait pas réussi à en arrêter un, d'autant plus qu'il devait lui-même faire attention à ne pas se faire arrêter. En effet, son comportement suspect avait alerté les autorités et il avait été interrogé. Mais n'ayant aucune preuve contre lui, ils avaient dû le relâcher, et à ce moment-là, la chance lui avait souri vu qu'il était presque tombé nez à nez avec un messager d'Adélaïde, quelques heures plus tard. Après une bonne bagarre, il avait réussi à l'arrêter, et l'interrogatoire, agrémenté de quelques instants de torture, avait permis d'obtenir les informations voulues.

 

Adélaïde avait effectivement pris contact avec l'un des pays frontaliers, et leur armée était maintenant en marche contre Mésancourt. La trahison avait donc bien eu lieu, mais pas de la personne qui en avait été accusée. La jeune femme avait probablement fait ça pour rajouter au réalisme de la chose. Les autres royaumes, quant à eux, n'avaient pas été contactés, mais l'histoire du coup d'état était venu titiller un peu trop rapidement leurs oreilles pour que cela ne paraisse pas suspect. Quant à l'homme arrêté, il portait une missive pour le royaume de Castille, la patrie du roi Louis. Une déclaration de guerre. Le récit du messager se finit sur ces mots, et un silence assommé envahit la pièce. Plusieurs guerres se préparaient en même temps, et ils réalisaient vaguement que Mésancourt n'y survivrait probablement pas, à moins d'agir vite et bien.

 

-Soldat, avez-vous cette missive pour la Castille? l'interrogea De Magnien.

-Oui, elle est ici, dit-elle en lui tendant la lettre décachetée.

-Merci. Et y'avait-il un quelconque laissez-passez avec?

-Oui, le voici.

 

De Magnien récupéra le laissez-passer, l'observa pendant de longues minutes, puis le tendit à Betslat.

 

-Capitaine, allez réveiller Duchesnier. Je veux qu'il me fasse des faux de ce laissez-passer, et de préférence plusieurs d'ici demain midi. Par contre, la qualité prime évidemment sur la quantité.

 

Betslat acquiesça et sortit rapidement, accompagné du premier messager, qui avait été autorisé à regagner sa tente. Le deuxième homme put alors raconter à son tour ce qu'il savait, devant un De Magnien plus qu'attentif, et un De Rauthien faisant son possible pour ne pas bailler.

 

-D'après mes contacts, commença-t-il avec précaution, le roi Philippe est toujours vivant. Il serait enfermé dans l'un des cachots du château, à l'insu de tous.

 

De Rauthien poussa un soupir de soulagement bruyant alors que De Magnien garda le visage fermé.

 

-Qui sont vos contacts? interrogea-t-il.

-Le mari de mon frère, la sœur de mon meilleur ami, et une autre personne, sans relation avec moi, Adrien Vaillet. C'est un sympathisant du roi Philippe, et il demande à être payé raisonnablement pour ce travail d'espionnage.

-Sont-ils sûrs?

-Les deux premiers, oui. Le troisième, je ne sais pas. J'ai dû le recruter rapidement, et je n'ai pas eu le temps de tester sa fidélité, mais les informations qu'il m'a données correspondent avec celles des deux autres. Et je l'ai fait suivre durant plusieurs jours, et de ce qui m'a été rapporté, rien ne m'a paru suspect.

-Bien. Et savez-vous si d'autres personnes sont enfermées avec le roi Philippe? Ou à proximité?

-Il semblerait que le baron François De Devrant soit également détenu avec le roi, mais cela ne m'a pas été confirmé. Sinon, je n'ai pas d'autres informations concernant d'éventuels autres détenus.

 

Enfin, le Commandant s'autorisa un léger sourire: le roi était vivant, et il n'était pas seul. Il ne lui restait plus maintenant qu'à collecter toutes les informations possibles pour peut-être envisager de le libérer. Une bonne demi-heure plus tard, le messager avait délivré tout ce qu'il savait et il se retira pour aller se reposer dans sa propre tente. Quant au Commandant et aux deux Capitaines -puisque Betslat était revenu entre temps-, ils allèrent rapidement se coucher dans la seconde partie de la tente, remettant les discussions sérieuses au lendemain.

 

*** *** ***

 

Lorsque Louis se réveilla le lendemain matin, son fils était déjà levé et jouait tranquillement avec Hector, sur le sol en terre de la chambre. Il l'observa un instant, un sourire planant sur ses lèvres, jusqu'au moment où Henri s'aperçut que son père ne dormait plus. Il se leva et se mit à courir vers lui, les bras tendus vers l'avant, répétant des papas joyeux. Louis, heureux, le prit dans ses bras et le chatouilla un peu pour le faire rire. Hector voulut se joindre à la partie de rigolade et les cris des enfants réveillèrent les deux derniers endormis de la chambrée. Suzanne s'approcha pour reprendre son fils et le calmer un peu tandis que Lothaire détaillait ce qui se trouvait autour d'eux.

 

-Eh Louis, le Commandant Machin-Chose, il ne devait pas dormir avec nous? Et les deux Capitaines Trucmuche, aussi?

-Oui, ils ont déjà dû se lever, observa-t-il. Et il faudrait peut-être qu'on retienne leurs noms, si on doit cohabiter avec eux un certain temps... Le Commandant s'appelait Fabian De Quelque chose. Et les Capitaines, je ne sais plus...

-Y'en a un qui a une particule, et l'autre commence par Bête...

-Betslat. Capitaine Charles Betslat, compléta le jeune homme qui venait d'entrer, et qui se révéla être le Capitaine lui-même. L'autre Capitaine s'appelle Alexandre De Rauthien, et notre Commandant Fabian De Magnien. Il a beau être jeune, c'est un excellent Commandant. Il fera tout son possible pour rétablir l'ordre dans le royaume. Sinon, je pense que vous devez avoir faim?

 

Les adultes eurent tout juste le temps d'ouvrir la bouche que les deux garnements s'égosillaient déjà à dire que oui, ils avaient faim. Ils luttèrent pour sortir des bras de leurs parents respectifs, et se précipitèrent vers la personne qui avait parlé de nourriture. Le Capitaine Betslat se retrouva donc avec deux sangsues collées à ses jambes et dut sortir ainsi de la tente, sous peine de pleurs inconsolables, pour pouvoir commander le repas de la petite troupe. Quelques minutes plus tard, celui-ci arriva et le Capitaine retrouva l'usage complet de ses jambes.

 

-Voilà votre repas. A midi, il y aura une réunion importante quant à la suite des évènements. Je pense que vous voudrez y assister, donc vous êtes priés d'être prêts dans une heure. Je vais vous faire apporter une bassine d'eau pour vous laver et des vêtements propres. Et aussi, je vous conseille de bien manger maintenant. Il n'y aura rien d'autre jusqu'à ce soir. Sur ce, madame, messieurs, à tout à l'heure.

 

 

Une soixantaine de minutes plus tard, presque tous les gradés du camp de toile étaient réunis sous la tente du Commandant, ainsi que Louis et Lothaire, Suzanne ayant préféré garder les deux petits monstres qui voulaient s'aventurer dans le camp. Louis avait voulu refuser et consigner Henri près de lui, mais la moue adorable que son fils lui avait faite l'avait décidé. Quelques retardataires arrivèrent, et la réunion put commencer.

 

-Je jure sur ce qui m'est le plus cher, sur la vie de mon fils, que je servirai le roi Philippe et sa famille jusqu'à leur rétablissement sur le trône, dussé-je y perdre la vie, commença le Commandant De Magnien tout en levant sa main droite, mettant ainsi son honneur en jeu.

 

Chacun des gradés présents, une petite dizaine, réitéra ce serment avec ferveur, sous les yeux ébahis de Louis et Lothaire, impressionnés par tant de volonté à sauver la famille royale. Quand le dernier serment fut prononcé, De Magnien reprit la parole.

 

-Messieurs, avec les Capitaines De Rauthien et Betslat, nous avons réussi à récupérer le roi Louis et sa famille hier. Ils sont maintenant en sécurité avec nous. Cependant, cela risque de ne pas durer. Ce camp menace d'être attaqué à tout moment, comme vous le savez. C'est pourquoi nous devons agir vite, mais sans précipitation.

 

Tous approuvèrent, saluant d'un signe de tête Louis et Lothaire, et attendirent les autres informations qu'avait récoltées leur supérieur.

 

-Je ne crois pas nécessaire de rappeler toutes les consignes de sécurité concernant la présence du roi et du dauphin dans ce camp. Nous les avons suffisamment répétées. De Rauthien, avez-vous la liste que je vous avais demandée?

-Oui, la voici.

 

De Magnien se saisit de la feuille où figurait une trentaine de noms. Il en barra une dizaine, la rendit à son Capitaine, et reprit la parole.

 

-L'espion chargé de me tenir au courant des agissements d'Adélaïde et de la reine Anne a malheureusement confirmé mes craintes. Adélaïde a trahi Mésancourt et le royaume de Kairouan s'apprête à nous attaquer. J'ai envoyé ce matin des messagers pour prévenir les troupes qui stationnent à la frontière avec Kairouan. D'autres messagers sont chargés de prévenir les autres troupes frontalières. Pour leur demander d'envoyer quelques renforts s'ils le peuvent, et de se tenir prêts à une offensive, car notre faiblesse risque d'attiser les convoitises de nos voisins.

-Vos ordres seront-ils pris en compte, étant donné que vous faîtes partie de l'armée sous ordre direct du roi Philippe? intervint l'un des hommes.

-Ne t'inquiète pas Leloup, j'ai utilisé le sceau de l'armée régulière. Il n'y aura donc aucun problème. D'autres remarques? ... Bien, reprit-il après quelques secondes de silence, ce même espion a également intercepté physiquement l'un des messagers d'Adélaïde. On a donc pu récupérer son laissez-passer, dont on a déjà plusieurs copies conformes grâce à Duchesnier. Et nous avons également récupéré sa lettre, qui s'est révélé être une déclaration de guerre contre le royaume de Castille.

-Quoi?! s'exclama Louis, soudainement inquiet, l'adrénaline des derniers jours remontant en flèche. Il faut les prévenir! Il faut absolument que j'aille le dire à Jean. Il faut que je...

 

Louis s'apprêtait à sortir de la tente dans un état d'excitation intense, mais il fut ceinturé par deux hommes qui l'amenèrent jusque devant De Magnien.

 

-Calmez-vous mon roi. Notre messager le plus rapide est parti ce matin, à cinq heures, les prévenir. Il s'agit de plus de quelqu'un qui connaît bien l'armée régulière, ses forces comme ses faiblesses. Il pourra donc aider la Castille à repousser notre armée, au moins le temps que la situation se renverse en votre faveur ici.

 

Louis voulut répliquer, mais se rétracta au dernier moment: il n'aurait fait qu'exprimer son inquiétude, et cela n'aurait été bon pour personne.

 

-Je crois que nous avons réglé tous les problèmes externes. Quelqu'un a-t-il une remarque à faire? ... Oui, De Lianny?

 

L'homme qui avait levé la main se racla la gorge et commença à parler.

 

-Le fait d'aider la Castille à battre notre propre armée ne nous sera-t-il pas reproché par le peuple plus tard?

-Si, c'est bien possible. Mais j'en prends l'entière responsabilité. C'est moi-même qui ai décidé d'envoyer un messager les prévenir, et c'est également moi qui ai choisi spécifiquement ce messager.

-Vous risquez d'être accusé de trahison, mon Commandant. Et nul n'ignore que celle-ci est condamnée de pendaison.

-Je prends le risque, De Lianny. Pour Mésancourt, je suis prêt à sacrifier ma vie, et ce depuis longtemps. D'autres remarques? ... Non? ... Bien, le sujet est clos. Nous pouvons passer à la suite: le roi Philippe.

 

Louis se tendit et ne put retenir ses mots acerbes.

 

-De quoi voulez-vous parler? Il est mort! Pendu comme un chien! Il est mort et il ne reviendra pas. Il n'y a plus rien à faire maintenant, Commandant!

 

Les larmes menaçaient de sortir et d'un geste rageur, il les essuya avec sa manche. Les hommes présents dans la tente, quoique surpris par la violence de la déclaration, approuvèrent et compatirent silencieusement. Seul De Magnien sembla indifférent.

 

-Les larmes ne servent à rien dans ces cas là, Majesté. Seules les actions comptent. Grâce à mon deuxième espion, j'ai acquis la certitude que le roi Philippe était toujours vivant après sa pendaison. Pendaison bien trop grossière pour que j'y crois. Betslat et De Rauthien pourront vous le confirmer, nous y avons assisté ensemble.

 

Louis hoqueta de fureur: il avait enfin réussi plus ou moins à intégrer que son mari était mort et là on venait souffler dans son cœur qu'il était encore vivant. Il refusait d'y croire. Il refusait de tout mettre dans ces quelques paroles, pour que son âme soit de nouveau piétinée lorsque ses espoirs s'écrouleront.

 

-J'y étais aussi, Commandant De Magnien. Alors cessez de raconter des sottises.

-Vous deviez être loin, Majesté, pour ne pas être reconnu. Nous, nous étions dans les premiers rangs. Et vu de près, l'homme pendu sous le nom de Philippe ne lui ressemblait pas énormément. Mais suffisamment pour tromper son monde. De plus, ils n'ont pas montré son visage, alors que je suis sûr qu'Adélaïde aurait adoré le faire, si cela avait vraiment été Philippe. Elle aime montrer le pouvoir qu'elle a. Maintenant, cessez de m'interrompre s'il vous plaît. J'essaie de sauver mon roi et votre époux.

 

La dernière réplique cloua le bec de Louis, et devant le regard décidé de De Magnien, il sut que rien ne pourrait le détourner de la mission qu'il s'était fixé.

 

-D'après ce que je sais, le roi Philippe est détenu dans les cachots de l'aile Ouest, avec quelques autres nobles proches de lui, où ils sont totalement isolés du reste des prisonniers. Ce sont des cachots peu utilisés en temps normal car aucune salle de torture n'avait été installée là-bas. De plus, ils n'ont pas été rénovés depuis les éboulements qui s'y sont produits il y a quelques années. Les cellules, grâce à cela, sont plus fragiles. Mais la sécurité doit y être renforcée. On m'a dit qu'il y avait une trentaine de gardes entre l'entrée des cachots, et la cellule du roi.

 

Les gradés firent la grimace: une mission de sauvetage où il fallait passer au vu et au su de trente soldats, puisqu'il n'y avait qu'un seul chemin pour conduire aux cachots, c'était mission quasiment impossible. Mais cela ne semblait pas inquiéter le Commandant, qui expliqua avec minutie le plan auquel il avait pensé. De nombreuses modifications y furent apportées, car en une mâtinée, il avait eu bien du mal à penser à tout, d'autant plus que le manque de sommeil se faisait de plus en plus ressentir. Mais globalement, l'idée resta la même et le départ fut fixé à dans quatre jours, le sauvetage du roi devant se dérouler dans une semaine précisément.

 

-Y'a-t-il des volontaires pour cette mission? Et avant toute proposition, je me dois de vous rappeler que le risque d'échec est élevé, et que la probabilité que l'un de participants meure l'est encore plus.

-Y allez-vous? demanda le plus vieux, qui devait avoir une quarantaine d'années.

-Evidemment. C'est mon devoir, et rien ne me retient.

-Vous oubliez votre fils, fit remarquer le même homme.

-Mon fils vous a aussi vous tous comme famille. Il comprendra. La discussion est close. Alors, des volontaires?

 

Les Capitaines Betslat et De Rauthien s'avancèrent et se placèrent au côté de De Magnien. Louis et Lothaire les rejoignirent.

 

-Vous deux, c'est à discuter en privé, les prévint le Commandant, ne voyant pas d'un très bon œil qu'ils participent. Quant aux autres, dit-il en s'adressant à ses subordonnés, puisque personne ne semble décidé, vous pouvez partir. Si jamais l'un d'entre vous change d'avis, qu'il vienne me voir. Le départ est dans quatre jours. D'ici là, j'aurai décidé ce qu'il convient de faire avec ce camp.

 

Les soldats le saluèrent puis sortirent en silence de la tente, mais dès que la porte de toile était passée, les conversations s'élevaient, bruyantes. De Rauthien allait lui-même vaquer à ses occupations, mais il voulut d'abord parler à son supérieur d'un problème qui le préoccupait.

 

-Mon Commandant, d'après ce que je sais, le camp commence à être suspect aux yeux de certains. Cela fait quand même près de trois semaines qu'on est là, sans véritable raison. Nous risquons d'avoir la visite de l'armée régulière, et dans notre situation, ce n'est pas l'idéal.

-Je sais, soupira-t-il. Mais je n'ai pas vraiment d'idées. L'emplacement n'est pas parfait mais nous ne sommes pas très loin du château, tout en étant suffisamment éloignés pour réagir à temps en cas de coup dur. De plus, notre position dans une plaine nous rend faible, mais nous donne aussi de nombreuses possibilités de fuites. Et avec le système de gardes installés dans la forêt, nous serons prévenus si une armée se déplace vers nous.

 

De Magnien soupira de nouveau et se laissa tomber dans sa chaise. Il se massa les tempes longuement puis releva les yeux vers Louis lorsque celui-ci parla.

 

-Excusez-moi, mais pourquoi vous êtes-vous arrêtés ici il y a trois semaines? A ce moment là, Adélaïde n'avait pas encore agi. Je veux dire, tout allait bien.

-Vous étiez peut-être trop absorbé par votre paternité pour vous en rendre compte, mais tout n'allait pas bien, répliqua d'un ton acide De Magnien. Nous revenions, mes hommes et moi-même, du sud du royaume, où une révolte se préparait. Votre venue, votre accession au trône et la naissance d'un héritier n'ont pas réjoui tout le monde, vous le savez. Il s'est révélé que les informations que nous avait fournies l'armée régulière étaient en partie fausses, et nous nous sommes retrouvés à devoir faire face à une véritable guérilla, au lieu de simplement devoir calmer les esprits échauffés. Nous avons eu plusieurs morts et de nombreux blessés. Et si nous nous sommes arrêtés ici, c'est parce que certains de nos blessés devenaient intransportables, et que je refusais de les abandonner. J'ai fait venir un médecin, puisque le nôtre était mort un peu plus tôt, des suites de ses propres blessures. Nous sommes restés le temps qu'ils se rétablissent, et entre temps, nous avons appris, grâce aux quelques hommes que je laisse constamment à la cour, par précaution, qu'il y avait eu un coup d'état. Que le roi Philippe avait été arrêté et que vous vous étiez enfui avec Henri. Plusieurs d'entre nous sont immédiatement partis à votre recherche. La suite, vous la connaissez.

 

Louis resta pantois par cette déclaration. Jamais un sujet, un militaire de surcroît, n'avait osé lui parler d'une façon aussi dure, lui reprochant à mots à peine couverts de ne pas se préoccuper de son propre royaume. Cela l'énerva mais il ne put lui répondre, sentant bien qu'il avait raison par certains côtés. Henri avait occupé une grande partie de son temps et de ses pensées, Philippe occupant le reste. Il avait mis un peu de côté les affaires du royaume, de une parce que Philippe réussissait à se débrouiller en général sans lui, et de deux parce qu'il avait toujours cette rancœur enfouie pour la perte de ses deux premiers enfants. Et par conséquent, il n'avait jamais entendu un traitre mot de cette histoire de révolte dans le sud.

 

-Commandant, osa Betslat après un silence lourd de sous-entendus, pourquoi n'utiliserait-on pas cela comme prétexte?

-Très bonne idée, Capitaine! Sauf que nous n'avons plus de blessés intransportables! lui hurla dessus De Magnien en retour, énervé par l'attitude de Louis.

-Commandant, je ne trouve pas l'idée du Capitaine Betslat si absurde, intervint De Rauthien, portant secours à son homologue et ami. Certes, nous n'avons plus de blessés intransportables, mais nous pouvons bien inventer une maladie possiblement contagieuse qui a envahi le camp, et qui nous empêche de nous déplacer ou de nous rapprocher d'une quelconque population. Cela nous permettrait de rester ici, et dissuaderait l'armée régulière de nous forcer à nous battre sur la frontière, ou de nous rendre visite.

 

De Magnien réfléchit quelques minutes, puis donna son feu vert.

 

-D'accord. De Rauthien, je vous fais confiance pour mettre en place tout le protocole concernant les maladies infectieuses. Vous choisirez pour jouer les malades les soldats ayant le plus besoin de repos, ou les moins doués, au choix. Vous les isolerez dans la partie la plus éloignée de l'entrée, que cela fasse crédible.

-Oui, mon Commandant!

 

Il salua et sortit d'un pas vif.

 

-Quant à vous, Majesté, Monsieur Buys, je vous laisse libre d'aller retrouver vos familles respectives et de vous balader dans le camp. Pas d'imprudence cependant, vous restez bien à l'intérieur des limites.

 

Ils hésitèrent quelques secondes à sortir, voulant poser quelques questions au Commandant, mais des signes explicites, quoique discrets, du Capitaine Betslat ne leur donnèrent pas le choix: ils devaient quitter la tente, et sur le champ, ce qu'ils firent. Une fois à l'extérieur, ils cherchèrent des yeux Suzanne, mais ne la trouvèrent pas.

 

-On n'a qu'à déambuler un peu dans le camp, et on demandera à un soldat à l'air sympathique s'il ne l'a pas vue, proposa Lothaire.

-Mouais, fit Louis, pas très convaincu. Je le sens pas ce De Magnien, je ne sais pas pourquoi, mais je ne le sens pas. Il ne m'aime pas, c'est clair, et il a une attitude assez hautaine je trouve.

-Arrête Louis, ce n'est pas parce qu'il t'a fait des reproches que tu dois l'accabler. Il ne fait que son travail, tempéra son ami. Et d'après l'attitude de ses subordonnés, il doit être plutôt doué: ils l'admirent et lui font totalement confiance.

 

Louis fit la moue et frissonna: un vent frais venait de se lever.

 

-Attends deux secondes, je vais me chercher une veste. Je reviens! lança-t-il, déjà en train de courir vers la tente.

 

Il entra précautionneusement dans la première partie de la tente, et voyant qu'il n'y avait plus personne, s'avança rapidement vers la seconde partie. Il allait y entrer lorsqu'il entendit la voix du Commandant s'élever, claire et distincte.

 

-Il est vivant Charles. Tu te rends compte? Il est vivant! Le messager l'a dit.

 

La voix tremblait un peu plus à chaque mot qu'elle prononçait et l'émotion en transparaissait de plus en plus.

 

-Je croyais que cette salope d'Adélaïde l'avait tué... Bien sûr, je gardais un peu d'espoir, parce que je voulais pas y croire. Mais putain, il est vivant! Il est vivant Charles! Je vais pouvoir le revoir...

 

Des sanglots se firent entendre, et Louis devina que le Commandant s'épanchait dans les bras de son Capitaine. La colère lui monta au nez, mais il ne se sentit pas la force de faire irruption dans la pièce pour confronter le Commandant: celui-ci était bien plus fort que lui actuellement. Alors il se contenta de tourner les talons et d'aller retrouver Louis pour lui faire part de sa fureur.

 

Le valet vit revenir son ami sans aucun vêtement supplémentaire et s'en étonna.

 

-Louis? Tu ne devais pas...

-Lothaire, viens, il nous faut un endroit discret, où on peut parler tranquillement.

 

Lothaire, quoiqu'étonné, le suivit sans rechigner, et une fois à l'écart des autres, Louis lui raconta la conversation qu'il avait surprise. Lorsqu'il eut fini, il exposa le fond de sa pensée.

 

-De Magnien parlait de Philippe, c'est sûr! T'as vu comment il a réagi tout à l'heure, quand on parlait d'aller le sauver? Il faisait tout pour paraître professionnel et sérieux, mais ça se voyait qu'il était heureux! En plus, quel Commandant digne de ce nom mettrait sa propre vie en danger dans une mission de sauvetage, laissant ses hommes sans chef?

-Je ne crois pas qu'il les laisse sans chef. Sans vouloir te vexer, il a l'air bon dans ce qu'il fait, alors je ne pense pas que sa décision soit irréfléchie. Et ça ne me paraît pas aberrant d'être heureux d'aller sauver son roi, surtout qu'il a l'air de lui être très fidèle, argumenta Lothaire, qui avait un point de vue plus objectif sur la chose.

-Oui mais quand même! De là à pleurer parce que tu apprends qu'il est vivant, il y a une différence! Même moi, je n'ai pas pleuré! rétorqua Louis, furieux de savoir que le Commandant qui allait sauver Philippe en pinçait pour lui.

-Parce que pour l'instant, tu n'arrives pas à y croire. Mais je suis sûr que lorsque tu auras la certitude qu'il est vivant, tu en pleureras de joie, dit-il doucement, posant une main réconfortante sur son épaule. Allez, laisse le Commandant tranquille. Il nous a sauvés, il nous a mis en sécurité et il va aller sauver ton mari. Franchement, je crois qu'on est mal placé pour le dénigrer, vu tout ce qu'il a fait pour nous.

 

Louis ne put contredire son ami et cela le fit enrager. Il n'aimait pas De Magnien, et il était bien décidé à le lui faire savoir, pendant les quelques jours où ils seraient contraints de vivre ensemble.

 

 

Cependant, le Commandant semblait n'être jamais dans sa tente. Il était toujours en vadrouille à l'intérieur du camp, ou à l'extérieur, et peu de personnes étaient au courant de ses déplacements, ainsi que de leurs buts. Betslat était évidemment dans la confidence, mais restait bouche close. C'était auprès du Capitaine De Rauthien que Louis avait réussi à glaner quelques informations. Et encore, il était persuadé que De Magnien l'avait autorisé à les lui révéler, pour étancher sa curiosité.

 

Ce fut la veille de leur départ pour le château, lors du repas du soir, qu'il découvrit quelque chose d'inattendu sur le Commandant. Ils étaient en train de dîner, toute la famille Buys, Henri et lui-même, dans la première partie de la grand tente, accompagnés par le Capitaine De Rauthien qui s'efforçait de les détendre, angoissés qu'ils étaient par le voyage du lendemain, lorsqu'un petit garçon d'environ six ans déboula en criant dans la tente.

 

-Papa! Papa! Paaaapa!

 

Le Capitaine fut le premier à réagir face à cette intrusion.

 

-Eh! Leriel! Tu veux réveiller tout Mésancourt? plaisanta-t-il.

-Ah! Alexandre! Bonjour. Tu sais où est Papa? Il m'a demandé de venir ici à l'heure du repas du soir. Il m'a dit qu'il avait une mission pour moi. Tu sais ce que c'est?

-Il ne m'a rien dit à ce propos. Mais il ne va pas tarder à revenir, alors que dirais-tu de l'attendre avec nous? T'as déjà dîné?

-Non pas encore, je voulais le faire avec Papa.

-D'accord, mais tu peux quand même t'asseoir avec nous?

 

De Rauthien se poussa un peu de sorte à laisser un peu de place pour Leriel sur la malle qu'il occupait. Celui-ci s'assit, puis dévisagea chacun des occupants de la tablée. Arrêtant son regard sur Louis, il demanda.

 

-C'est lui, le mari de Philippe?

-Oui, c'est lui. Comment tu as deviné?

-Papa m'a dit qu'il était très beau. Et il a dit qu'il comprenait pourquoi Philippe était tombé amoureux de lui.

-Parce que je suis beau? intervint Louis, intrigué par ce petit bout d'homme qui semblait aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau dans ce camp militaire.

-Oui, mais aussi parce que tu as un sacré caractère d'après Papa. Et qu'il en faut pour être le mari de Philippe.

-Dis-moi, tu le connais Philippe?

-Non, c'est Papa qui m'en a beaucoup parlé. On a pas eu le temps de revenir à la maison depuis longtemps, expliqua Leriel, avec ce qui semblait être une pointe de tristesse dans la voix.

-Ne t'inquiète pas, le rassura De Rauthien en lui ébouriffant les cheveux, bientôt vous pourrez rentrer chez vous, ton Papa et toi.

 

Le petit garçon fit la moue, montrant qu'il n'y croyait pas du tout: cette promesse, on la lui avait déjà faite trop souvent. Alors De Rauthien jugea plus prudent de changer de sujet.

 

-Au fait, Leriel, tu as dormi où ces dernières nuits?

-Chez une vieille dame, dans le village. Papa préférait que je sois là-bas pendant quelques jours. Il m'a ramené au camp que ce matin et il m'a raconté tout ce qu'il s'était passé pendant que j'étais pas là. Surtout comment il a retrouvé le mari de Philippe et ses amis. Toute la recherche dans la forêt! Il m'a dit que la prochaine fois, si c'était pas trop dangereux, je pourrais venir.

 

De Rauthien sourit avec indulgence: Leriel était un garçon éveillé et très doué pour son âge, mais de là à l'emmener lors d'une mission, son père avait peut-être vu les choses en grand. Ce qui n'était pas dans ses habitudes.

 

-Et puis tu sais, la vieille dame, elle m'a dit que Philippe était mort, continua l'enfant qui semblait adorer avoir tout un auditoire attentif rien que pour lui. Mais Papa il m'a dit que c'était pas vrai, et qu'il allait le sauver. Dis, tu crois quoi toi? Qu'il est vivant Philippe?

 

Le Capitaine passa sa main dans les cheveux du garçon, et les yeux dans le vague, déclara.

 

-Moi, je crois ton père. C'est quelqu'un de bien, et qui fait bien les choses, alors je crois en lui.

 

Cela laissa pensif les personnes attablées, Leriel compris. Et durant ce moment de réflexion silencieuse, on entendit distinctement les ordres donnés depuis l'extérieur.

 

-Apportez-nous deux repas chauds s'il vous plaît. Et une couverture supplémentaire!

Leriel reconnut la voix, et il se précipita sur l'entrée de la tente au moment même où le Commandant De Magnien la passait.

-Papa!

 

Fabian de Magnien, un sourire éclairant son visage fatigué, attrapa son fils et le cala dans ses bras, lui collant un baiser sur chaque joue au passage.

 

-Eh, Leriel! Alors comment tu vas bonhomme?

-Très bien Papa! Et toi?

-Beaucoup mieux maintenant que je suis rentré, et que tu es là.

 

Ils s'avancèrent dans la tente, et Charles Betslat apparut derrière eux.

 

-Oh! Charles! Tu étais avec Papa?

-Oui, j'ai accompagné ton père pendant toute la journée, et il m'a épuisé! répondit Charles avec un sourire.

-Papa! C'est pas bien, lui reprocha Leriel, mais son sourire adoucissait ses paroles.

-Je sais, mais que veux-tu? Il m'est indispensable, et irremplaçable, alors je l'utilise jusqu'au bout.

-Je vais prendre ça comme un compliment, Commandant.

-Vous avez intérêt!

 

De Magnien s'assit à l'ancienne place de Leriel, avec l'enfant sur les genoux, et Betslat prit place à côté de Lothaire.

 

-Alors De Rauthien? Quelles nouvelles pour aujourd'hui? Mon absence a-t-elle posée problème?

-Absolument pas. De Pessey s'est parfaitement débrouillé avec les affaires de la vie courante du camp, et il est très bien secondé. Je pense que votre absence des prochains jours ne posera aucun problème majeur.

-Merci. Et pour la rumeur de maladie infectieuse qui devait nous permettre de rester ici, qu'en est-il?

-Tout le monde y croit dur comme fer. Les quelques personnes chargées de la liaison avec les villages voisins ont dû faire face à une flopée de questions quant à la possibilité que la maladie vienne chez eux. Ils sont vraiment inquiets.

-Parfait. Et bien, De Rauthien, Betslat, je crois que tout est prêt pour notre départ demain matin. J'ai donné mes dernières instructions tout à l'heure, en rentrant. Et vous?

-De même, confirma Betslat.

-Pareil.

 

Une voix se fit alors entendre de l'extérieur, annonçant les repas, et le soldat fut autorisé à rentrer. Une fois les repas servis, et entamés, et la couverture supplémentaire récupérée, Louis prit la parole, ne voulant pas être mis à l'écart de l'action des prochains jours.

 

-Commandant De Magnien, je vous rappelle que mon valet et moi-même participerons à la mission consistant à sortir Philippe du château.

 

De Magnien s'étouffa avec sa soupe, et Leriel lui tapota gentiment dans le dos pour l'aider.

 

-Merci mon chéri, fit-il à l'adresse de son fils, avant de regarder Louis dans les yeux. Je ne sais pas si vous saisissez la dangerosité de cette mission, ainsi que votre propre importance, Majesté. Vous êtes mon roi, et en tant que tel, je dois vous protéger. Il est donc impensable que vous m'accompagniez sur une mission aussi périlleuse.

-Quoique vous en disiez, Philippe est mon mari, et il est de mon devoir de lui porter secours. Et même si cela n'avait pas été mon devoir, je veux le secourir. Il est hors-de-question que je reste là, à ne rien faire, alors que je sais qu'il est vivant quelque part. Et que je peux le sauver.

 

De Magnien voulut répliquer d'un ton acerbe, de façon à le faire taire et plier à ses ordres une bonne fois pour toutes, mais Leriel intervint avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche.

 

-Papa, tu m'as dit que Philippe était amoureux de lui, mais moi, je suis sûr que le mari de Philippe...

-Louis, il s'appelle Louis, je te l'ai déjà dit, corrigea-t-il.

-Que Louis est lui aussi amoureux de Philippe. J'ai parlé avec lui tout à l'heure, fit-il avec le ton de celui qui sait tout, et surtout ce que les autres ignorent. Donc c'est normal qu'il veuille sauver son amoureux. Toi aussi tu veux sauver ton amoureux.

-D'accord, d'accord, je vais en parler avec Charles et Alexandre, concéda le père.

 

En fait de discussion, les trois hommes se consultèrent du regard, et la conclusion de l'échange arriva quelques minutes plus tard en un soupir de De Magnien.

 

-Mes Capitaines sont plus sensibles que moi, et cela est tout à votre avantage, Majesté. Vous pourrez donc nous accompagner, avec votre valet, monsieur Buys, jusqu'à notre point de chute dans la capitale. Cependant, l'expédition à l'intérieur du château se déroulera sans vous. Et cela n'est pas négociable, ajouta-t-il aussitôt. La mission a été conçue pour un petit nombre de personnes expérimentées, et c'est de cela dont dépend sa réussite, ou son échec. Or vous inclure dans l'équipe augmenterait le nombre de personnes à cinq, ce qui ne facilitera pas notre entrée au château, ni notre sortie. Et surtout, vous n'êtes en aucun cas expérimentés pour ce genre de chose, alors que nous, nous le sommes.

 

Après quelques secondes de silence, Louis reprit la parole. Il avait obtenu l'essentiel de ce qu'il voulait, c'était bien plus qu'il n'espérait.

 

-C'est entendu. Mais concernant mon fils? Et Suzanne et son fils?

-Ils resteront au camp, et seront constamment sous la garde de trois soldats, et Leriel, c'est là que tu interviens.

 

Le garçon se redressa et ouvrit grand les yeux, attentif à tout ce que dirait son père.

 

-Tu te souviens que je t'ai parlé d'une mission ce matin?

-Oui, je m'en souviens très bien.

-Alors, tu vois ta mission, ça va être de t'occuper de Henri et de Hector, dit-il en désignant du doigt les deux petits endormis. Henri, c'est celui sur les genoux de Louis, et Hector, c'est celui qui est sur les genoux de Suzanne.

-Je ne vais pas me battre? demanda-t-il, déçu.

-Tu vas devoir t'en occuper, de A à Z. Ca veut dire que tu vas jouer avec eux, que tu vas les aider à s'habiller, à manger, et tout. Mais que si jamais ils sont en danger, tu vas devoir les sauver. Si jamais quelqu'un veut leur faire du mal, tu vas devoir les défendre. D'accord?

 

Les dernières paroles avaient enthousiasmé Leriel qui accepta sa mission avec joie. Il fit même une démonstration de ses capacités à l'épée, avec son épée de bois, pour prouver à Louis qu'il serait capable de défendre son fils. Les adultes rirent de bon cœur devant ce spectacle adorable, quoiqu'étrange: Leriel savait manipuler cette arme un peu trop bien pour son âge, et son père le félicita. Ils restèrent encore une demi-heure à discuter, puis allèrent se coucher, Leriel partageant la couche de son paternel, avec une couverture en plus.

 

*** *** ***

 

Le voyage jusqu'à la capitale se déroula en silence, chacun renfermé sur ses pensées. De Magnien, De Rauthien et Betslat répétaient chaque partie du plan dans leur tête, pour être sûr de ne rien oublier. Pour éviter la moindre erreur. Louis, par contre, pensait uniquement à son mari, et à la faible possibilité de le revoir bientôt. Quant à Lothaire, il était très attentif à Louis, craignant que si la mission échouait, cela ne lui porte un coup fatal, dont il ne pourrait se relever.

 

Ils atteignirent les portes de la ville à la nuit tombée, et ils entrèrent sans problème grâce à l'uniforme des trois militaires. Après de nombreux détours, ils arrivèrent enfin à la maison où ils devaient loger en toute discrétion. Betslat mit pied à terre et toqua à la porte en bois. Une vieille dame l'entrouvrit quelques minutes plus tard.

 

-Que voulez-vous? Ce n'est pas une heure pour arriver chez les gens.

-Désolé Madame, mais le voyage fut gris et épuisant, et les voyageurs auraient besoin de porridge.

-La maison ne fait pas de porridge, un sauté de canard et de la confiture suffiront?

-Et trois lits avec des draps bleus.

-Avec des fleurs de lys.

-Evidemment.

 

La vieille dame ouvrit alors en grand la porte, devant les yeux plus que surpris de Louis et Lothaire, qui avaient suivi l'échange avec circonspection.

 

-Entrez, messieurs. C'est toujours un plaisir de vous recevoir.

 

Les quatre hommes descendirent de cheval et confièrent les cinq montures au jeune homme qui était sorti entre temps, et qui les mena jusqu'à l'écurie.

 

-Merci bien, Madame, dit De Magnien en passant, et il l'embrassa sur les deux joues.

 

La petite troupe s'installa dans le salon rustique, où un feu de bois brûlait allègrement, et une soupe claire leur fut servie. La vieille femme leur adressa un regard d'excuse, et le son mari, installé dans le fauteuil à côté de la cheminée, fumant la pipe, leur donna quelques explications.

 

-Une bonne partie des provisions a été réquisitionnée en vue de la fête d'accession au trône de ces...

 

L'insulte fut ravalée et à la place, il tira une longue bouffée sur sa pipe.

 

-Donc nous n'avons pas grand chose à vous offrir, Commandant De Magnien.

-Ne vous en faîtes pas, le rassura-t-il immédiatement. Mes hommes et moi sommes habitués à moins que ça. C'est déjà très gentil à vous de nous accueillir.

-Avec tout ce que vous avez fait pour notre fils et notre bru avant qu'ils ne meurent, c'est tout à fait normal.

 

De Magnien ne répondit rien, ne voulant pas revenir sur le sujet, et tandis qu'ils dégustaient tous la soupe, le jeune homme revint.

 

-Tous les chevaux sont dessellés et ont à manger, annonça-t-il.

-Merci Thomas. Messieurs, je vous présente notre petit-fils, Thomas, quatorze ans. Je ne crois pas que vous le connaissiez. Il travaille en cuisine au château, il pourra donc peut-être vous être utile.

De Magnien se leva et serra vigoureusement la main du jeune homme, et les deux Capitaines firent de même. Louis et Lothaire se contentèrent d'un signe de tête.

 

-Enchanté de te connaître Thomas, je suis le Commandant De Magnien, de l'armée du roi Philippe. Voici les Capitaines De Rauthien et Betslat.

 

Thomas rougit un peu d'être présenté à des militaires aussi haut gradés, mais ne dit rien, se renfrognant dans sa timidité. Il s'assit en bout de table et se coupa une petite tranche de pain.

 

-Les deux personnes là-bas, continua-t-il en désignant Louis et Lothaire, sont les soldats Guois et Patan. Ils étaient là pour nous aider lors du voyage uniquement. Ils resteront donc cantonnés dans cette maison, et ne participeront pas à la mission que nous organisons. Seuls Betslat et De Rauthien m'accompagneront. Il serait d'ailleurs bon à partir de maintenant de ne pas mentionner nos grades, ni nos noms. Nous sommes un peu trop connus par ici. Betslat, tu t'appelleras Georges Lai; De Rauthien, Bernard Islet; et moi-même, Jean Courtepas.

 

Tout le monde approuva et grava les nouveaux noms dans leur mémoire. Puis De Magnien commença à énumérer ce dont ils auraient besoin, et il répartit les achats entre le vieux couple, leur petit fils, ses deux subalternes et lui-même. Louis et Lothaire, comme convenu, resteraient dans leur chambre. Thomas fut également mis à contribution d'une autre manière: il devait rapporter tout ce qu'il se passait au château, en particulier les mouvements de gardes. Celui-ci ne rechigna pas, et parut heureux d'avoir une telle responsabilité pour son jeune âge.

 

Puis la vieille matrone envoya tout le monde au lit, donnant une chambre pour Louis et Lothaire, et une autre pour les trois militaires: les gradés ne se mélangeaient pas avec l'infanterie selon elle. Mais aussitôt qu'elle fut hors-de-vue, Louis et Lothaire se précipitèrent dans l'autre chambre. Dès que la porte se fut refermée sur eux, Louis prit la parole.

 

-Comment ça, on devra rester cantonnés ici? s'insurgea-t-il.

-Votre tête, ainsi que celle de Lothaire, sont bien trop connues en ville. Et pour le bien de la mission, il vaut mieux que votre présence ici reste secrète. Si jamais on sait que vous êtes en ville, et que cela parvient jusqu'aux oreilles d'Adélaïde, ou de la reine Anne, je ne serais plus en mesure d'assurer votre sécurité, ni celle du roi Philippe.

-Parce que vous pouvez assurer celle de mon mari en restant ici? répliqua-t-il, acerbe.

-Bien sûr. Le roi est un otage de choix, et tant qu'on ne bouge pas, il n'y a aucune raison de le tuer ou de le torturer. Et pour l'instant, nos mouvements sont secrets. Pour Adélaïde, je suis encore au campement, avec mes hommes, et vous, vous baladez encore dans la nature. Compris?

 

Lothaire hocha la tête, mais Louis ne se démonta pas.

 

-Mais tout à l'heure, vous avez clairement dit que vous étiez un peu trop connus par ici. Vous avez même changé de nom! Cela risque-t-il pas aussi de mettre la mission en danger?!

-Allons, monsieur Patan, mesurez vos paroles. Ici, seules les personnes expérimentées sont autorisées à agir. Les autres doivent se tenir tranquille.

 

Louis hoqueta de fureur face au ton condescendant de De Magnien, et les trois autres durent l'empêcher de se jeter sur lui. Cela prit de longues minutes avant qu'il ne se calme, et Lothaire parla alors.

 

-Monsieur Courtepas, commença-t-il, pour lui faire comprendre qu'il acceptait ses conditions, la famille chez laquelle on loge, est-elle sûre?

-Oui, elle l'est. Elle est fidèle au roi Philippe, et surtout elle m'est fidèle, depuis que j'ai sauvé leur fils et leur bru qui s'étaient retrouvés au milieu d'une bataille alors qu'ils étaient en plein voyage de commerce. Ils sont malheureusement morts de maladie un an et demi plus tard. Mais leur fidélité m'est restée.

 

Lothaire le remercia, puis emmenant Louis, il repartit dans leur chambre. Les militaires entendirent le valet calmer le roi, puis ils se couchèrent, préférant remettre les discussion sérieuses au lendemain.

 

Ils mirent à profit les quelques jours de répit qu'ils avaient pour récupérer tout ce dont ils auraient besoin, à la fois pour leur mission et leur fuite. Ils s'entraînèrent également, et ce fut après l'un de ses entraînements matinaux que De Magnien eut la désagréable surprise de découvrir Louis en pleine nausée matinale. Il félicita néanmoins le jeune homme pour sa nouvelle grossesse, et ne dit rien aux autres, pour ne pas rajouter à leurs préoccupations. Louis lui fut reconnaissant de ce point de vue là, et essaya d'être plus agréable avec lui, malgré le caractère peu avenant du Commandant.

 

Le soir prévu pour le sauvetage de Philippe, celui de la fête d'accession au trône des usurpateurs, arriva bien plus vite qu'ils ne l'auraient pensé. Tout le monde s'affaira à régler les derniers détails de la mission, et de la fuite qui suivrait aussitôt, et De Magnien récupéra les dernières informations que lui rapportait Thomas. Lorsqu'il eut fini, il se rendit dans le salon, où tout le monde les attendait. Louis, très inquiet, faisait les cent pas, alors que Lothaire essayait de le réconforter par quelques mots rassurants. Le vieux couple se tenait droit et digne, et Betslat et De Rauthien étaient sanglés dans des uniformes de parade respirant le neuf. Lorsque le Commandant arriva, ils en eurent tous le souffle coupé.

 

-Alors, comment me trouvez-vous? demanda-t-il.

-Magnifique, murmura De Rauthien.

-On dirait une vraie dame, confirma Betslat.

 

En effet, De Magnien portait une robe de soirée, digne de la haute aristocratie, et la métamorphose du Commandant en noble dame était complète et totalement réussie.

 

-Le rose pâle vous va à ravir, comme je le pensais, commenta la vieille dame. Tournez-vous que je vois si vous l'avez bien mise.

 

De Magnien fit un tour sur lui-même et attendit l'approbation de la matrone.

 

-C'est parfait. Vous souvenez-vous des règles de bienséance que je vous ai enseignées?

-Bien sûr. Je suis une femme seule, ce qui me permettra d'entrer plus facilement dans le château. Mais j'attire plus la convoitise, il me faudra donc agir avec circonspection, et ne pas accepter n'importe quelle demande. Et au pire, j'ai toujours ma garde rapprochée, n'est-ce pas messieurs? finit-il en s'adressant aux deux Capitaines.

-Evidemment, Madame! répondit aussitôt De Rauthien, se mettant au garde à vous, arrachant alors un sourire au Commandant.

-Vous pourrez compter sur nous, confirma doucement Betslat.

-Parfait, alors allons-y, j'entends la calèche qui arrive.

 

Le trio se dirigea vers la porte alors que des coups étaient frappés dessus. Quelques secondes plus tard, ils montèrent dans la calèche louée pour l'occasion, et ils disparurent dans la nuit, emportés par le trot vigoureux des chevaux. Dans le salon, le couple reprit ses activités, mais les trois plus jeunes semblaient toujours subjugués par le spectacle que leur avait offert De Magnien.

 

-On aurait dit une vraie femme. Et pas seulement une femme, une vraie dame, fit Thomas, les joues un peu rouge, car le Commandant avait beau être un homme, habillé ainsi, il lui avait fait de l'effet, et ses hormones d'adolescent s'étaient échauffées.

-Je crois que je commence à comprendre quand il parlait de personnes expérimentées, reconnut enfin Louis. Jamais je n'aurais pu ressembler autant à une femme que lui...

-Et moi, je n'aurais pas pu avoir la dignité sobre mais inflexible de ses soldats, conclut Lothaire.

 

Les deux amis s'assirent sur le banc en bois autour de la table, dépités de devoir reconnaître que De Magnien avait raison, mais tout en même temps heureux, car ils avaient l'impression que maintenant, ils avaient beaucoup plus de chance de réussite.

 

*** *** ***

 

Dans la calèche, les trois hommes vérifiaient les derniers préparatifs. De Magnien avait caché dans ses jupons quelques poignards ainsi qu'une potion apte à endormir n'importe qui. Les deux autres avaient épée et pistolet avec leur uniforme d'apparat et ils avaient glissé des poignards dans leurs bottes. Leurs poches contenaient quelques chiffons prêt à être trempés de potion somnifère. Ils rediscutaient de leur plan, pour s'assurer qu'ils étaient tous sur la même longueur d'onde, et soudain, la calèche s'arrêta. La porte fut ouverte de l'extérieur, et une voix se fit entendre.

 

-Bienvenue à Mésancourt, et au bal de Dame Adélaïde et de Sieur Aldéric.

-De Vaillet, descendez en premier, chuchota De Magnien, utilisant leur nouveau nom.

 

Betslat sortit donc le premier, aida De Magnien à descendre, comme n'importe quelle dame, et De Rauthien ferma la marche. Puis les deux soldats se placèrent derrière leur Commandant, qui s'avança sur le tapis rouge jusqu'au majordome chargé de vérifier que les personnes qui se présentaient étaient bien autorisées à rentrer.

 

-Madame, fit-il révérencieusement.

-Mademoiselle De Hautecour, du Royaume de Clamstrie, s'annonça-t-il.

 

C'était un véritable coup de poker qu'ils avaient joué là car d'une part, Aldéric connaissait bien le royaume de Clamstrie ainsi que ses familles nobles, et il était toujours possible qu'ils soient démasqués par ce biais-là. Et d'autre part, la famille De Hautecour n'avait jamais existé, du moins pas en Clamstrie, et n'avait par conséquent jamais été invitée. Il fallait maintenant espérer que le majordome soit suffisamment impressionnable pour qu'il les laisse passer.

 

-Je suis désolé Mademoiselle De Hautecour, mais je ne vous trouve pas sur la liste, finit-il par dire, après avoir parcouru par deux fois le parchemin qu'il avait.

-Comment ça, vous ne me trouvez pas? Mon nom doit pourtant figurer sur votre liste! J'ai reçu l'invitation il y a quelques jours, de la part de sieur Aldéric lui-même.

-Il y a quelques jours? releva-t-il, sceptique. Les invitations ont été envoyées il y a presque deux semaines.

 

De Magnien ne sourcilla pas et usa de toute son autorité pour essayer de rentrer.

 

-Oui, je l'ai reçue il y a quelques jours. Signée de la main même de Sieur Aldéric. Peut-être a-t-il omis de vous dire que je faisais partie des invités? Ou préférez-vous que j'aille directement lui demander? Mon père et lui sont de grands amis, nul doute qu'il sera ravi d'entendre que vous m'avez refusé l'entrée.

 

Le dernier argument fit mouche, et à contre-cœur, il les laissa passer. Il alla pour donner un emplacement pour la calèche, mais celle-ci était déjà repartie, ce qui ne fit qu'augmenter ses soupçons. Mais après tout, que lui importait? Ce bal pouvait bien tourner au fiasco, il n'en avait cure: après tout, ceux qu'il célébrait n'avaient aucune raison d'être là où ils étaient.

 

Pendant ce temps, De Magnien et ses hommes avaient gravi les marches qui menaient à la porte d'entrée, et étaient en train de traverser le hall d'entrée. Juste avant d'entrer dans la salle de bal, De Magnien répéta en chuchotant ses dernières instructions.

 

-Vous me repérez un maximum le chemin jusqu'aux cachots Ouest, et vous revenez me dire lorsque c'est fait. Et dès que possible, on s'éclipse. Vous pouvez profiter et manger un peu, mais pas d'alcool surtout. J'ai besoin de vous et de toute votre tête.

 

De Rauthien et Betslat hochèrent la tête et ils entrèrent dans la salle richement décorée où déjà de nombreux couples s'activaient sur la piste de danse.

 

-Mademoiselle De Hautecour, annonça un vieil homme en livrée, mais sa voix fut perdue dans le brouhaha ambiant, ce qui ne fut pas pour déplaire aux trois hommes.

 

Les Capitaines abandonnèrent rapidement leur Commandant et discrètement, ils se faufilèrent à travers les couloirs de ce château qu'ils connaissaient plutôt bien. De Magnien, quant à lui, s'était assis sur l'un des nombreux petits canapés disposés le long des murs, et attendit dignement que quelqu'un l'invite à danser. Cela ne tarda d'ailleurs pas, et un homme brun, d'une trentaine d'années, un militaire d'après ses habits, lui demanda si elle lui accordait cette danse.

 

-Certainement, Monsieur, répondit-il en se levant.

 

Ravi, le militaire l'emmena jusqu'au centre de la piste et commença à valser avec lui. Ils discutèrent peu, ce qui arrangea De Magnien, et profitèrent plutôt de la danse. Le Commandant se félicita même intérieurement de se souvenir comment une femme doit danser, et il ne fit aucune faute de pas. Quelques minutes plus tard, le trentenaire raccompagna sa cavalière à sa place, et celle-ci fut aussitôt accostée par un autre homme, plus jeune celui-là, et beaucoup plus bavard. De Magnien enchaîna ainsi une quinzaine de danses, et cela faisait plus d'une heure qu'il était sur la piste lorsqu'il vit De Rauthien et Betslat dans un coin de la salle qui lui faisaient signe que tout était en ordre de leur côté. Alors dès la fin de la danse, il prétexta être fatigué et avoir besoin de s'aérer un peu, et il rejoignit immédiatement les deux Capitaines. Ils sortirent de la salle par une porte latérale et prirent l'un des couloirs, sous la direction de De Rauthien.

 

-Alors Mademoiselle, le discours du nouveau couple royal était comment? demanda en plaisantant Betslat.

-Aucune idée, il n'y en a pas eu. Soit c'était avant, soit ça sera après, mais en tout cas, je suis bien contente d'y avoir échappé. D'Ambris, ce n'était pas à droite là? demanda-t-il à l'adresse de De Rauthien, qui marchait en tête.

-Si, mais il y a beaucoup trop de monde. De Vaillet et moi-même avons trouvé un autre chemin, qui contourne une quinzaine de gardes.

-Vous êtes géniaux.

-On sait, répondit Betslat dans un sourire.

 

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Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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