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  • : 13/10/2007
Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:18

Attention, ceci est la deuxième partie de la suite alternative de RD par Skorpan, pour la première partie, c'est ICI

 


Le reste du chemin se fit en silence et après un petit quart d'heure de marche rapide, De Rauthien s'arrêta. Il fit signe que deux soldats se trouvaient juste derrière le tournant, gardant la porte menant aux cachots. De Magnien sortit la potion de ses jupons et en aspergea trois morceaux de tissus, chacun un, et prit également un poignard. Il vérifia que les deux autres avaient leurs armes à la main, puis il se lança. Les deux victimes furent endormies sans problème, la porte ouverte, les deux autres soldats qui se trouvaient à l'intérieur subirent le même sort et ils furent tous ramenés à l'intérieur du couloir menant au cachot, dans un recoin, de telle sorte à ce qu'ils soient moins visibles depuis la porte.

 

Puis les trois hommes avancèrent rapidement mais avec prudence le long du couloir. Betslat, plus expérimenté en corps à corps et plus rapide, venait en premier. Suivait ensuite De Rauthien, puis De Magnien, qui avait quelques difficultés à se déplacer avec agilité à cause de sa robe. Parmi la trentaine de soldats qu'il y avait entre la porte d'entrée et les cachots, six avaient résisté avec violence et avaient dû être égorgés, et Betslat et De Rauthien avaient réussi l'exploit de ne pas tâcher leurs uniformes et De Magnien était passé en soulevant les pans de sa robe. Quant aux autres, soit ils avaient été endormis par surprise, soit ils avaient préféré se rendre, et De Magnien avait veillé à ce qu'ils soient correctement drogués.

 

Ils arrivèrent enfin aux cachots et découvrirent avec horreur que les premiers étaient vides. Ils coururent le long des différents couloirs, appelant leur roi, puis découvrirent trois gardes, probablement les derniers remparts contre une possible évasion. Ils les égorgèrent sans hésitation, le temps commençant à manquer, et ils récupérèrent au passage les clefs des cellules à la ceinture de l'un d'entre eux. Alors qu'ils se demandaient dans quelle direction aller, ils entendirent du bruit à leur gauche. Ils se précipitèrent vers là-bas, et virent enfin Philippe dans l'un des cachots, affaibli et mal en point, mais vivant. Betslat ouvrit la porte, et De Magnien se précipita à l'intérieur. Il posa une main sur l'épaule de son roi et le regarda dans les yeux.

 

-Philippe, c'est moi, Fabian, tu te souviens?

-Pour qui tu me prends? Bien sûr que je me souviens! rétorqua-t-il. J'ai pas encore perdu toute ma tête malgré mon emprisonnement. En tout cas, je suis rudement content de te voir.

-Moi aussi, mais faut qu'on se tire d'ici le plus vite possible. On n'a pas beaucoup de temps. Est-ce que tu sais s'il y a d'autres personnes emprisonnées ici?

 

Philippe réfléchit rapidement avant de déclarer.

 

-On a été environ cinq à être enfermés ici. J'en ai vu passer trois, je sais pas où ils ont été emmenés. Donc a priori, il ne devrait rester qu'une seule personne, et si mes souvenirs sont exacts, ce devrait être François.

-D'accord. De Rauthien, file-lui sa veste et tiens, mets ça comme pantalon.

 

De Magnien souleva tous ses jupons et retira le pantalon qu'il avait mis en dessous tandis que De Rauthien enlevait sa veste d'apparat pour laisser apparaître une autre veste, plus simple, en dessous. Il donna cette dernière à Philippe, qui la mit à même la peau.

 

-Pour les chaussures, tu te débrouilles pour en trouver à ta taille, y'a trois morts là bas, fit De Magnien avant de repartir dans le couloir à la recherche du baron.

 

Il ne tarda pas à le trouver et le ramena en guenilles auprès des autres.

 

-Betslat, De Rauthien, je crois qu'on a un problème. On ne pourra jamais sortir du château avec un clochard pareil, fit-il en désignant François.

-Eh! Je te remercie, c'est pas toi qui a été enfermé sans raison, répliqua-t-il, la sensibilité à fleur de peau depuis son arrestation.

-Et ce n'est pas toi qui dois tous nous sortir d'ici vivants. Bon, Philippe, tu as l'air d'un valet comme ça, donc je pourrais te faire passer pour quelqu'un de ma suite. Quant à toi François... soupira-t-il.

-Il pourrait prendre l'uniforme d'un des soldats qu'on a endormi.

-Trop dangereux. Il serait reconnu trop facilement dans un uniforme du royaume. D'ailleurs, De Rauthien, donne de quoi attacher ses cheveux à Philippe, et aussi la fausse moustache. Et essaie de le raser, qu'il soit un peu présentable. Pendant ce temps, on va essayer de trouver une solution pour François. Raaah! Pourquoi on n'avait pas la place pour emporter de quoi habiller un deuxième homme?!

-Commandant, intervint Betslat, le baron De Devrant et moi-même avons à peu près la même stature. Je peux lui donner mon uniforme, comme ça il fera partie de votre garde, et moi je passe un uniforme du royaume. Je suis moins reconnaissable que le baron, et je connais les habitudes de la garde royale. Je pourrais plus facilement m'en sortir si je suis pris.

 

Ne trouvant aucune autre solution, De Magnien accepta.

 

-Betslat, vous partez devant trouver de quoi vous changer, et vous nous attendez. Si jamais il y a un problème, vous revenez nous prévenir.

 

Le Capitaine fit signe qu'il avait compris et partit au pas de course. Pendant ce temps, François quitta ses habits troués de partout et enfila l'uniforme d'apparat qu'on venait de lui donner. Alors qu'il boutonnait sa veste, De Magnien récupéra le rasoir des mains de De Rauthien, qui avait fini, et entreprit de le raser rapidement. Quelques coups de rasoir grossiers plus tard, ils remontèrent le couloir en courant, De Magnien remontant ses jupes pour ne pas les tâcher, et ils retrouvèrent Betslat au premier tournant. Ils coururent ensuite jusqu'à la porte et là, les dernières instructions furent données.

 

-François, tu es un soldat de ma garde personnelle, donc tu fais exactement comme De Rauthien, et tu dois m'obéir, commença De Magnien. Philippe, tu es mon valet, donc tu me suis de près, et vous deux, vous serez juste derrière. Betslat, tu te mets devant, comme si tu me guidais parce que je me suis perdu. Compris?

-Oui, dirent-ils à l'unisson.

-Bien, Betslat, on peut y aller. Tu nous conduis directement à l'extérieur, par la petite porte.

-Entendu, Commandant.

 

Il posa une oreille sur la porte, écoutant attentivement les bruits du couloir, puis il l'ouvrit, et après avoir vérifié qu'il n'y avait personne, il sortit. Les autres le suivirent, et De Rauthien ferma la porte à clef, grâce au trousseau qu'il venait de récupérer sur l'un des gardes endormis. La petite troupe se mit alors en marche parcourant des centaines et des centaines de mètres de couloir le plus calmement possible. Mais le stress se faisait sentir, ainsi que la fatigue, en particulier pour les deux anciens prisonniers, et à chaque fois qu'ils croisaient quelqu'un, leur taux d'adrénaline atteignait des sommets. Cependant, il n'y eut aucun incident majeur et personne ne leur demanda de s'arrêter.

 

Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent à la porte de sortie que la difficulté se dressa dans toute sa splendeur: deux gardes, à l'air renfrogné, faisaient le planton devant. Mais Betslat n'hésita pas, et imitant son commandant lors de l'entrée au château, demanda à sortir sans sourciller à aucun moment. L'un des soldats, malheureusement, tiqua à sa demande et ne les laissa pas s'échapper à si bon compte.

 

-Et pourquoi vous ne sortiriez pas par la grande porte, camarade?

-Mademoiselle que j'accompagne a été la cible de plusieurs hommes du peuple, qui la harcèlent depuis plusieurs jours. Certains ont réussi, on ne sait comment, à s'introduire dans le château. J'ai donc reçu ordre direct de mes supérieurs de la mener, elle et sa suite, jusqu'à sa calèche, et cela sans incident, répondit-il sans se démonter, en insistant bien sur les mots "ordre direct de mes supérieurs" et "sans incident".

 

Le soldat allait encore protester lorsque le second l'en empêcha. Ils se consultèrent du regard, puis les laissèrent passer, à leur plus grand soulagement. Les cinq comparses se retrouvèrent alors dans l'un des jardins du château, et en courant, ils rejoignirent le mur d'enceinte. Ils trouvèrent la petite porte de service, forcèrent la serrure et sortirent. Philippe et François exultèrent alors, se retrouvant complètement libre pour la première fois depuis plusieurs jours. Mais De Magnien tempéra leur joie immédiatement.

 

-On n'est pas sorti d'affaire, alors évitez de nous faire repérer.

 

Betslat, qui était parti en éclaireur, revint vers le petit groupe, la mine déconfite.

 

-La calèche n'est pas là.

-Merde! Il nous a fait faux-bond, le salaud!

-Que se passe-t-il? s'alarma Philippe.

-On avait payé une calèche pour nous attendre dans une rue adjacente, mais apparemment, le bonhomme a pris l'argent mais n'a pas fait son boulot. Bon, De Rauthien et Betslat, vous filez récupérer nos chevaux et les deux autres empotés, on se tire tout de suite. On se retrouve le plus vite possible rue de la Ferronnerie, au niveau du grand porche. Et si vous pouviez me ramener un pantalon et une chemise, ça m'arrangerait.

 

Les deux hommes ne se le firent pas dire deux fois, et partirent aussitôt. Les trois autres rejoignirent la rue de la Ferronnerie en moins de dix minutes, et lorsqu'ils furent au point de rendez-vous, les deux rescapés commencèrent à poser nombre de questions à voix basse. De Magnien leur imposa le calme d'un geste.

 

-Une question chacun. Vous demanderez le reste lorsqu'on sera en sécurité. François, tu commences.

-Est-ce vrai que Mésancourt est en guerre?

-Oui.

-Merde!

-Comme tu dis. A ton tour Philippe.

-Louis, est-ce que Louis est vivant?

 

De Magnien sourit en entendant la question: Louis avait décidément réussi à rendre Philippe très amoureux.

 

-Oui, il est vivant. Et il va bien. Il a d'ailleurs insisté pour nous accompagner sur cette mission, avec son valet Lothaire. Donc il nous rejoindra en même temps que Betslat et De Rauthien. Et Henri va bien, aux dernières nouvelles. Je l'ai laissé au campement, entre de bonnes mains. Et ton bébé aussi va bien.

-Mon bébé? répéta-t-il, étonné.

-Oups, je crois que j'ai gaffé.

 

Mais il ne pouvait s'empêcher de rire et Philippe ne tarda pas à comprendre.

 

-Louis est de nouveau enceinte? Il attend un autre enfant?

-Oui, mais calme ta joie, c'est pas le moment. Et il va me décapiter net s'il sait que je te l'ai dit. Déjà qu'il ne m'aime pas beaucoup...

-Ah bon? Je pensais pourtant que vous seriez plutôt faits pour vous entendre, chuchota François, prenant part à la conversation.

-Disons que j'ai dû le remettre à sa place quelques fois. Et que vu comment je suis, je l'ai pas fait spécialement en douceur.

 

Les deux autres rirent doucement face à l'explication, imaginant très bien la scène que cela pouvait donner. Puis le silence retomba sur la rue, et une demi-heure plus tard, le bruit de plusieurs chevaux au trot se fit entendre. Les trois hommes sortirent de leur cachette, et De Magnien récupéra aussitôt le pantalon et la chemise voulus des mains de Betslat. Tandis qu'il se changeait, il observa avec attention les effusions de joie silencieuses entre Louis et Philippe.

 

Ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre et Louis pleurait à chaudes larmes. Philippe, plus maître de ses émotions, ou alors ne réalisant pas encore pleinement ce qu'il se passait, ne pleurait pas. Mais il serrait fort son mari contre lui, comme s'il avait peur qu'il parte. Quelques unes des paroles échangées entre deux baisers parvinrent à De Magnien, étouffées, et il distingua surtout des "Je t'aime" et des "Tu es en vie!". Le soldat boutonna le dernier bouton de sa chemise, cala sa robe dans un coin du porche, puis entreprit de séparer le couple. Ce fut plus difficile que prévu et il dut les menacer de castration pour qu'ils obtempèrent. François attrapa Philippe et l'obligea à monter sur un cheval tandis que De Magnien s'occupait de Louis. Il vérifia ensuite que tout le monde était à cheval, et résuma ce qui allait se passer dans les prochaines minutes.

 

-On va sortir par la porte Ouest, au grand galop et en comptant sur l'effet de surprise pour qu'ils nous ouvrent la porte. Notre camp se trouve à une journée de cheval environ à l'Ouest.

-Mais si c'est à l'Ouest... opposa François.

-On est rentré par le Nord, on sort à l'Ouest, jamais cela ne leur effleurera l'esprit qu'on sort du côté où on veut aller alors qu'on est dans une situation de fuite avec protection de personnes importantes. Ils ont une manière de penser bien trop archaïque pour ça.

 

Sur ces quelques paroles, il lança son cheval au galop et les autres durent suivre. Arrivés près de la porte, Betslat, qui était juste derrière De Magnien, cria à l'adresse des gardes.

 

-Ordre du roi! Laissez passer! Laissez passer!

 

Les soldats, probablement trop éberlués pour réfléchir, s'empressèrent d'ouvrir les portes, et les sept cavaliers sortirent sans problème. Ils galopèrent pendant une demi-heure sans s'arrêter, puis imposèrent un trot soutenu à leurs montures. Chacun préservait son souffle, et n'osait rompre le silence de la nuit, alors ils restèrent silencieux jusqu'à leur arrivée au camp, dans la matinée. Mais dès qu'ils en franchirent l'entrée, ils furent assaillis par plusieurs soldats qui leur demandèrent comment cela s'était passé. Ils commencèrent à répondre mais De Magnien mit fin à ce cirque d'une voix cinglante.

 

-Soldats! Ce n'est pas ainsi qu'on accueille des gradés en retour de mission, et éreintés par une nuit sur les routes.

 

Les soldats se reculèrent aussitôt du petit groupe et se mirent au garde à vous.

 

-Je veux sept repas chauds dans la grand tente, deux lits et deux couvertures supplémentaires. Le plus vite possible! Rompez!

 

Les hommes partirent aussitôt vaquer à leurs occupations, et le groupe rejoignit la tente sans souci. Leurs chevaux furent récupérés pour être soignés, et ils entrèrent se poser à l'intérieur. Aussitôt, trois "Papa!" bruyants se firent entendre, et l'on vit Henri se précipiter sur Louis, Hector sur Lothaire et Leriel sur Fabian De Magnien. Les deux premiers furent rejoints par leur moitié, et on assista à de grandes effusions de joie, notamment du côté du trio Louis-Philippe-Henri. Le petit garçon ne comprenait pas très bien pourquoi ses parents pleuraient alors il essayait de les consoler comme il pouvait, en les embrassant partout sur le visage. Les deux adultes en rirent et l'embrassèrent lui aussi, les larmes aux yeux, heureux d'être en vie et ensemble. De Magnien, après avoir un peu parlé avec son fils, intervint pour mettre fin à ces embrassades.

 

-Messieurs, le repas est servi.

 

Peu à peu, ils prirent place autour de la table improvisée, Louis à côté de Philippe, Lothaire à côté de Suzanne, François à un bout de table, seul, et les deux soldats en face de lui, côte à côte. De Magnien resta debout.

 

-Madame Buys, je suppose que vous avez déjà mangé et les enfants aussi.

-Oui, ne vous inquiétez pas pour nous, Commandant, répondit-elle beaucoup plus chaleureusement qu'elle ne l'avait jamais fait avec lui: le retour de son homme en vie, ainsi que celui des otages, avait provoqué un genre d'élan de gentillesse pour le militaire.

-Tant mieux. Leriel, tu veux bien t'asseoir à ma place à côté de François et commencer à couper la viande pour moi? J'ai quelques petites choses à régler avant le repas.

 

Leriel acquiesça et courut se mettre à la place indiquée tandis que De Magnien se dirigea vers la sortie. Betslat le rejoignit en quelques enjambées. Ils échangèrent quelques chuchotement inaudibles pour les autres, puis Betslat revint à table et De Magnien sortit. Ce dernier revint une dizaine de minutes plus tard, et prenant son fils sur ses genoux, il entama son repas.

 

-Fabian, commença Philippe, qui avait déjà presque fini son assiette, tellement il était affamé, nous te remercions du fond du cœur pour ce que tu as fait. J'ai vraiment cru que j'allais mourir au fond de ces cachots et je crois que François aussi.

 

Le jeune homme hocha la tête en signe d'assentiment.

 

-Alors vraiment, merci. En plus, tu as réussi à sauver Louis et Henri aussi. Et Lothaire ainsi que sa famille. C'est beaucoup plus que je n'osais espérer dans mes rêves les plus fous. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi...

 

De Magnien l'interrompit d'un geste de la main, et après avoir avalé sa bouchée, prit la parole.

 

-Je ne crois pas que le moment soit judicieux pour parler de ça. Il nous reste encore beaucoup de choses à faire. De plus, je n'ai fait que mon travail. Tu m'as nommé à la tête de ce bataillon parce que tu me faisais confiance. J'espère juste en avoir été digne.

 

Philippe ouvrit la bouche pour lui répondre, mais Louis fut le plus rapide: Philippe l'avait remercié, était prêt à beaucoup pour lui, et De Magnien rejetait tout cela! Il lui disait d'une voix froide, presque méprisante, que ce que Philippe venait de lui proposer n'avait aucun sens.

 

-Commandant! Je ne tolère plus que vous... s'emporta-t-il.

 

Mais Philippe attrapa sa main et lui ordonna d'un regard de se taire, ce qu'il fit malgré son étonnement.

 

-Louis, Fabian et moi, nous nous connaissons depuis longtemps, et il a le droit de me parler comme ça. Je dirais même qu'il en a le devoir, ajouta-t-il en se tournant vers l'homme en question.

-Tout juste! rit-il. Bon, avant que vous ne me demandiez quoi que ce soit, voici le programme de la journée. Aujourd'hui, repos. Et quand j'entends repos, c'est repos, pas galipettes avec son chéri, d'accord Philippe?

 

Le jeune roi fit semblant de ne pas comprendre pourquoi cette remarque s'adressait à lui et tout le monde rigola.

 

-Parce que demain on marche sur la capitale. J'ai vu ça tout à l'heure avec De Pessey. Tout est en place comme je l'avais demandé.

-Papa? fit Leriel, lorsque de Magnien eut fini de parler.

-Oui mon chéri.

-Est-ce que le François qui est là c'est le François dont tu m'as parlé?

-Oui, c'est le même, confirma-t-il en caressant sa tête blonde. Je t'avais bien dit qu'il était très ami avec Philippe.

-Donc c'est pour ça qu'il arrête pas de te regarder depuis tout à l'heure.

François se mit à rougir furieusement tandis que De Magnien éclata d'un rire doux. Les autres les regardaient surpris, hormis Philippe et Betslat.

-Oui, probablement. Tu es décidément très observateur, remarqua son père. C'est une grande qualité.

 

Leriel sourit de toutes ses dents, fier du compliment, puis demanda s'il pouvait sortir: Arthur lui avait promis une leçon d'escrime. La permission fut accordée, et aussitôt, les deux autres petits monstres demandèrent à sortir pour pouvoir suivre leur aîné. Ils aimaient bien assister à ses cours. Permission leur fut également accordée.

 

Peu de temps après, le repas fut terminé et De Magnien encouragea tout le monde à aller prendre un peu de repos. Lothaire, Louis, Philippe et François ne se firent pas prier et gagnèrent rapidement la seconde partie de la tente. Suzanne partit à travers le camp rejoindre les enfants, et les trois soldats restèrent un peu plus longtemps à discuter des modalités du départ du lendemain.

 

Du côté chambre de la tente, Lothaire et François se glissèrent chacun sous leur couverture et s'endormirent aussitôt. Louis et Philippe, dans la même couche, mirent un peu plus longtemps. Ils échangèrent de longs baisers et se répétèrent de doux mots d'amour. Cependant, quelque chose turlupinait Louis.

 

-Philippe?

-Oui mon amour?

-Est-ce que François est amoureux de De Magnien?

 

Philippe pouffa et répondit par l'affirmative.

 

-Et De Magnien?

-Est amoureux de François.

 

Louis poussa un petit soupir de soulagement.

 

-J'ai cru qu'il était amoureux de toi. Parce qu'après qu'on ait appris que tu étais vivant, il s'est isolé et il a pleuré dans les bras de Betslat, heureux que tu sois en vie. Mais en fait il devait parler de François, puisqu'il a dû apprendre en même temps que lui aussi était en vie.

-Probablement. Mais tu étais jaloux? fit-il, amusé.

-Oui, un peu. Et dis-moi, si c'est réciproque, pourquoi ils ne sont pas ensemble?

-C'est... compliqué. C'est surtout dû à la famille de François qui ne veut pas accepter Fabian. Et puis Fabian a fait des choix pas forcément très judicieux pour être compatible avec une vie amoureuse.

-Comme?

-S'engager dans l'armée. C'est toujours difficile pour les soldats d'entretenir une vraie vie de famille. Surtout pour les soldats de ce bataillon. Ils sont toujours un peu en vadrouille, d'abord parce que je fais beaucoup appel à eux, et ensuite parce que Fabian est un vrai perfectionniste.

-Et Leriel? C'est leur enfant à tous les deux ou...? Et puis De Magnien n'est pas un peu jeune?

-Il a le même âge que moi, vingt-trois ans. On a partagé la même nourrice, ce qui fait de lui mon frère de lait.

-Ah bon? Je le voyais plus jeune, avoua-t-il, passant sous silence que les deux hommes étaient frères de lait: il comprenait maintenant mieux leur proximité.

-Eh non! Quant à son fils, je ne peux pas te dire. Je ne savais même pas qu'il en avait un. Je lui demanderai tout à l'heure.

-T'es pas obligé... souffla Louis.

-Ne t'inquiète pas, ça m'intrigue aussi. Mais je crois que le plus intrigué c'est François, et c'est lui qui aura droit aux premières explications si tu veux mon avis. Et je crois aussi qu'il est temps de dormir, je tombe de sommeil.

-Moi aussi. Je t'aime Philippe.

-Je t'aime aussi Louis. Si tu savais comme j'ai pensé à toi quand j'étais enfermé. Je commençais à devenir dingue. Je t'ai même vu plusieurs fois dans la cellule, à côté de moi.

 

De Magnien, qu'ils n'avaient pas entendu rentrer, leur asséna une petite tape amicale sur le crâne.

 

-Silence les pipelettes, De Rauthien et Betslat veulent dormir. Et moi aussi par la même occasion. Alors on se tait.

-A vos ordres Commandant, répondit Philippe avec un sourire.

 

Satisfait, De Magnien s'éloigna et alla se coucher. Il entendit les deux amants s'embrasser une dernière fois avant de s'endormir. Quant à lui, il mit un peu plus longtemps avant de pouvoir dormir, mais beaucoup moins que d'habitude, son esprit ayant trouvé quelque apaisement après le succès de la mission.

 

*** *** ***

 

Lorsque François De Devrant s'éveilla, la nuit était déjà tombée. Se frottant les yeux, il s'assit sur sa couche et contempla la tente plongée dans la pénombre. Seule une bougie avait été allumée au centre, pour guider ceux qui étaient réveillés. La couche de Philippe et Louis était encore occupée, preuve que les deux hommes dormaient encore. Les autres étaient vides. Il se leva et passa devant le couple et il vit alors les yeux de Louis bouger. Il se baissa et le salua doucement.

 

-Bonsoir Louis. Comment allez-vous?

-Bien. Et beaucoup mieux depuis que je l'ai retrouvé, je dois bien l'avouer, dit-il en désignant du bout du doigt son mari.

-Je vous comprends. Je vais prendre un peu l'air à l'extérieur. Reposez-vous bien.

-Merci. Bonne promenade.

 

François le remercia à son tour d'un signe de tête et il sortit de la chambre, atterrissant dans le bureau. Celui-ci était vide hormis un homme qui travaillait à la lueur d'une bougie. Il semblait être en train de rédiger des lettres. François reconnut sans peine De Magnien et tirant une caisse de bois à lui, il s'assit en face de lui, de l'autre côté de la table.

 

-Bonsoir Fabian.

 

De Magnien leva la tête et posa sa plume, sentant que le baron avait besoin de parler.

 

-Je ne sais même plus comment je dois t'appeler, continua-t-il.

-Appelle-moi Fabian. Seul Betslat est au courant ici, plus toi et Philippe bien sûr.

-Louis n'est pas au courant?

-Disons que nous n'avons pas eu de moment propice pour discuter de cela proprement. Nous avions d'autres choses autrement plus importantes à faire.

-Je comprends.

 

François ne poursuivit pas sa phrase, semblant réfléchir à ce qu'il allait dire, et De Magnien en profita pour contempler son visage. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas vu ce visage. Il avait beau le connaître par cœur et l'avoir tracé de nombreuses fois dans son imaginaire, cela était une toute autre chose de l'avoir en face de lui. Quelques rides étaient apparues depuis leur dernière entrevue. Il avait également les joues creusées, probablement à cause de son emprisonnement.

 

-Leriel, recommença François, il a quel âge?

-Six ans.

-Et... hésita-t-il. C'est ton fils?

-Oui.

-Donc ce n'est pas le mien je suppose. Je veux dire: tu me l'aurais dit, sinon. Non? dit-il, égrenant chaque mot avec lenteur, par peur de leur poids. Et donc si ce n'est pas le mien, mais que c'est le tien, continua-t-il avec difficulté, alors qu'il formulait à voix haute une partie des pensées qu'il ruminait depuis qu'il avait vu le garçon, cela veut dire que tu l'as eu avec... avec quelqu'un d'autre. Et que tu m'as...

 

François ne réussit pas à prononcer le mot "tromper" et lança un regard suppliant à son interlocuteur, qui lui sourit avec douceur.

 

-Crois-moi, si j'avais réussi à te tromper, je n'en serais pas là.

 

François lui lança un regard étonné, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vu. Il ignorait presque tout de sa vie maintenant. Et parfois, il avait l'angoissante impression de ne pas le reconnaître.

 

-Il y a quatre ans, fit-il après une petite pause, on a été envoyé à la frontière. Tu sais, là où des bandes de brigands avaient l'habitude de sévir. On est arrivés juste au moment où l'une de ces bandes était en train d'attaquer un village. On n'a rien pu faire. Rien du tout. Ils avaient déjà mis le feu à pas mal de maisons, tué la plupart des habitants, et nous, on n'était pas prêt du tout à se battre. On venait de marcher toute la journée et on pensait pouvoir se reposer dans un petit village accueillant. A la place, on a eu un petit village calciné et meurtri.

 

Il fit une petite pause dans son récit, puis reprit, la voix tremblante sous la douloureuse impuissance qu'il avait ressentie ce jour-là.

 

-Dès qu'ils nous ont vus, les brigands sont partis. Et on ne s'est pas organisés assez vite pour les poursuivre immédiatement. On a fait une battue quelques jours plus tard, et on les a tous tués. Ils ont payés pour leurs crimes. Mais ça n'a pas aidé les survivants. On les a aidés à enterrer leurs morts, à se nourrir, à avoir un endroit où dormir pendant quelques jours, et puis ils ont préféré quitter le village, allant se réfugier chez de la famille aux alentours. A la fin, il restait un petit orphelin de deux ans. Ses parents étaient morts dans le carnage et personne n'avait voulu de lui. Alors je l'ai pris avec moi. Comme il ne se souvenait pas de son prénom, je l'ai baptisé Leriel. Ca me rappelait l'histoire que tu ne cessais de réclamer quand t'étais gamin. Et puis je l'ai élevé comme mon fils.

 

De Magnien paraissait souffrir à l'évocation de ces souvenirs, qu'il avait préféré enfouir au fond de sa mémoire. François, saisissant son désarroi, se leva, contourna la table et prit le jeune homme dans ses bras. Doucement, il caressa son dos, de haut en bas, de bas en haut, pour le rassurer, et le soldat pour une fois, fit une entorse à l'une des règles les plus importantes qui réglaient sa vie, et se laissa aller à quelques larmes. Il se reprit vite cependant, et s'essuyant les yeux, termina son explication.

 

-Il y a quelques mois, comme il posait pas mal de questions, suite à des réflexions totalement déplacées de certains de mes soldats, je lui ai dit que ses "vrais" parents, ceux qui l'avaient mis au monde, étaient morts quand il avait deux ans. Et qu'ensuite, c'est moi qui suis devenu son père adoptif. Il a été pas mal dérouté par la nouvelle, et je n'ai pas très bien réussi à comprendre comment il l'avait intégrée. Mais le fait est que depuis, il tient beaucoup plus à moi. Il me cherche beaucoup plus, il essaie toujours de me dire au revoir avant que je ne parte en mission, et à chaque fois, il me fait promettre de revenir, comme s'il avait peur que je meure moi aussi. Et c'est probable qu'il agisse de la même manière envers toi.

-Pourquoi? demanda-t-il, étonné.

-Disons que je lui ai expliqué en gros nos relations.

-C'est-à-dire?

-Que je t'aimais, que tu m'aimais, mais qu'on ne pouvait pas se marier parce que ta famille faisait chier.

-Tu lui as dit que ma famille faisait chier?

-De façon plus élégante, mais oui, je le lui ai dit, fit-il, très sérieux.

 

François rigola face à cette affirmation: il reconnaissait enfin son Fabian et cela faisait du bien.

 

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

 

Fabian était vexé, et il trouva cela adorable.

 

-Rien, rien du tout. Continue.

-Mouais, y'a jamais rien quand tu rigoles. Bref, pour en revenir à nos moutons, Leriel n'est pas un gamin stupide, et il a vite fait le lien entre lui et toi. Donc, il te considère aussi comme son père.

 

François, d'abord surpris, sourit avec douceur. Il venait de se retrouver propulsé père, mais cela ne l'inquiétait pas outre mesure: Leriel était un garçon adorable, et Fabian était là avec lui, alors qu'il avait eu si peur de le perdre, si souvent.

 

-Fabian?

-Hum?

-Je t'aime.

 

Le gradé rougit, gêné, puis déposa un baiser délicat sur ses lèvres, ne s'autorisant pas à dire ces quelques mots lorsqu'il était en service. Les deux hommes restèrent ainsi, enlacés l'un à l'autre, pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que le couple royal fasse son apparition. Celui-ci demanda où était leur fils, ainsi que les autres. De Magnien les informa qu'ils avaient tous dîné et qu'ils se promenaient un peu dans le camp avant de revenir dans la tente dormir pour la nuit. Quant à eux, quatre repas chauds les attendaient au mess. Ils dîneraient avec les soldats. Cela leur redonnerait courage avant le voyage qui les attendait le lendemain. De plus, cela ne leur ferait pas de mal non plus, de voir qu'une partie de la population leur faisait encore confiance.

 

Au mess, en voyant arriver le Commandant accompagné du baron De Devrant et surtout du roi Philippe et de son époux Louis, l'agitation monta d'un cran. Ils s'assirent à la table des officiers, et à plusieurs reprises, de simples soldats vinrent leur exprimer leur gratitude, ou leur indignation face au coup d'état, ou encore, renouveler leur serment auprès de leur roi. Lorsque le cinquième petit groupe s'en alla, De Magnien se leva et se mit debout sur son banc, réclamant ainsi implicitement l'attention de tous.

 

-Soldats! Demain, un long voyage nous attend jusqu'à la capitale. Et dès lors que nous y serons, nous devrons peut-être lutter contre la population de la ville, contre nos propres concitoyens, s'ils ont pris le parti des usurpateurs. Mais je serais là, à votre tête, et les rois Philippe et Louis seront également là, pour vous soutenir. Vous ne devrez céder à aucun moment, comme nous, nous ne céderons jamais. Bientôt, le trône reviendra à qui de droit et les usurpateurs dormiront au fond d'une geôle! s'exclama-t-il.

 

Des hourras, des sifflements de joie et des applaudissements fusèrent à travers la tente. Ce petit discours avait revigoré tous les soldats présents et bientôt, il ferait le tour du camp et serait sur toutes les lèvres. Satisfait, De Magnien salua ses soldats et se rassit à côté de François. Il lança un coup d'œil aux deux autres, et leur dit discrètement.

 

-Voilà, comme ça, on va peut-être enfin pouvoir manger tranquille.

 

Et effectivement, personne ne vint les déranger pendant la demi-heure suivante, les hommes se contentant de les observer de loin, et ils quittèrent le mess sans encombre. Louis et Philippe, sur les conseils appuyés de De Magnien, regagnèrent la grand tente pour y dormir, avant le départ du lendemain. Quant à François, il accompagna le Commandant dans ses dernières vérifications. Ils firent le tour du camp, silencieux, et lorsqu'ils approchèrent de la partie la plus isolée, non loin de la zone des faux-malades, François attrapa la main de Fabian. Celui-ci la lui arracha aussitôt, mais François ne se découragea pas et recommença.

 

-On est tous seuls Fabian. Et puis, ce n'est pas comme s'il était interdit au Commandant d'avoir une histoire d'amour, si?

-Mais avec le meilleur ami du roi, ce n'est pas du meilleur effet.

-Et alors? Laisse dire les autres. Moi je t'aime, et c'est tout ce qui compte pour l'instant. J'ai eu si peur de ne jamais te revoir, murmura-t-il.

 

Face au flot d'émotions qui remontaient en lui, Fabian retint un sanglot et, n'en pouvant plus, attira son amour à lui. Il le serra fort contre lui, s'imprégnant de son odeur, puis l'embrassa chastement sur les lèvres. Lui aussi avait eu peur, terriblement peur, mais un militaire ne peut pas avoir peur. Ou du moins, il ne peut pas le dire. Alors il se contenta de quelques mots sans grande conséquence.

 

-Tu m'as manqué.

 

Mais François comprit ce que Fabian voulait lui dire, et à son tour, il le serra fort contre lui. Respirant l'odeur de ses vêtements, ce mélange de vieux savon et de sueur, cela réveilla quelques souvenirs en lui, et quelques désirs. Chuchotant de sa voix douce, un peu grave, rendue un peu rauque par l'emprisonnement, il les lui avoua.

 

-J'ai envie de toi.

 

Fabian, la tête dans son cou, sourit. Ils étaient rares, ces moments où François n'avait pas envie de lui, et où lui n'avait pas envie de François. Alors, le prenant par la main, il lui chuchota à son tour.

 

-Dans les bains, il n'y aura personne. Par contre, on va devoir faire vite, s'excusa-t-il.

-Tout me va, du moment que c'est avec toi. Et puis je t'avoue que je suis un peu pressé, ajouta-t-il, lançant un coup d'œil à son entrejambe déjà bien visible.

 

Les deux hommes, riant sous cape, coururent jusqu'aux bains. Ils refermèrent le rideau de toile derrière eux, ayant préalablement affiché qu'un officier y était. En général, dans ces cas là, personne n'osait entrer dans les bains. Fabian attrapa plusieurs serviettes tandis que François déplaçait un baquet -vide- des genres de caillebotis de bois sur lequel il était posé. Fabian étala les serviettes sur le bois, retira ses bottes, et s'y allongea. François retira également ses chaussures, et s'allongea à son tour. Pas sur les serviettes mais directement sur Fabian, qui ressentit tout le corps de son amant contre lui.

 

-Eh beh dis donc, quant tu disais que tu étais pressé, je ne pensais pas que c'était à ce point là.

-Ca fait quand même plus d'un an qu'on ne s'est pas vu, alors excuse-moi, mais...

-C'est pas non plus comme si tu avais fait vœu d'abstinence pendant ce temps là, l'interrompit-il.

-Oui mais... Enfin... Quoi, tu vois, c'est pas pareil avec toi, se rattrapa-t-il lamentablement.

 

Mais Fabian ne lui en tint pas rigueur: il avait l'habitude, depuis le temps. Et même si cela le blessait un peu plus à chaque fois, il ravala sa douleur et à la place l'embrassa, pour que son amant se sente pardonné. Rapidement, il déboutonna la chemise de François et la fit glisser sur ses épaules, jusqu'à l'enlever complètement. Avec le même empressement, il retira son pantalon et François se trouva nu sur lui. Il frôla de ses mains son sexe tendu et l'homme gémit d'impatience avide. Un peu gauches sous le désir, ses mains trouvèrent à son tour le chemin de la chemise de Fabian et celle-ci fut ouverte après quelques minutes, et quelques contorsions plus tard, elle rejoignit celle de François. Le baron découvrit alors le torse du soldat. Un torse emmailloté dans une bande plus ou moins blanche maintenant, et même carrément sale à certains endroits. Le jeune homme se redressa et s'assit sur les cuisses de son amant, contemplant ce torse qu'il avait parcouru de si nombreuses fois et qui pourtant lui paraissait étranger. Passant délicatement sa main sur les bandages, il demanda.

 

-Ca fait mal?

-Oui, un peu. Est-ce que tu peux éviter d'y toucher s'il te plaît? Je n'aime pas ça.

 

François acquiesça et laissa ses doigts dériver plus bas, beaucoup plus bas, jusqu'au début du pantalon. Il en fit sauter les boutons et d'un mouvement sec, voulut le lui retirer. Mais il dut s'y reprendre à plusieurs fois, et cela fit rire Fabian. Enfin, ils furent nus tous les deux, l'un contre l'autre, et leur désir augmenta encore. Ils se caressèrent, s'embrassèrent, se préparèrent pendant de longues minutes, haletant de plus en plus. Mais Fabian le premier, atteignit sa limite et supplia François de venir en lui. Le jeune homme, conciliant, obtempéra. Il attrapa les hanches de son amant, qui passa ses jambes autour de lui, et s'enfonça en lui doucement. Il recula un peu, puis se ré-enfonça, encore plus profond. Il recommença plusieurs fois, lentement, pour ne pas lui faire mal, pour ne pas le brusquer. Et rapidement, ce fut Fabian qui imposa son propre rythme, réclamant toujours d'aller plus vite, plus loin. Leurs cris de jouissance ne se firent pas attendre, et se succédèrent les uns aux autres, plus rauques, plus puissants, plus intenses. Et le dernier, bestial, surpassa de loin tous les autres. Alors François retomba sur Fabian, et les amants se reposèrent quelques instants dans leur monde à eux seuls. Ils se murmurèrent quelques mots d'amour, ils se regardèrent avec tendresse et s'embrassèrent avec douceur.

 

Des voix retentirent alors à l'extérieur, et s'extirpant de leur cocon, les deux amants se rhabillèrent à la va-vite mais néanmoins correctement. Ils replacèrent le baquet à sa place et sortirent des bains, un sourire flottant sur leurs lèvres. Les mains dans les poches, ils regagnèrent la grand tente. Traversant le bureau vide, ils entrèrent dans la chambre. François alla à leur couche, et après s'être de nouveau déshabillé, s'allongea sous la couverture, ne portant que son bas. Fabian était allé déposer un baiser sur le front de son fils, et sourit avec tendresse en le découvrant entouré de Henri et de Hector: les trois garçons semblaient particulièrement bien s'entendre. Puis il retourna auprès de François. Il retira lui aussi sa chemise, défit son bandage -il le gênait pour dormir- et gardant son pantalon, se coucha auprès de son amant. Il lui embrassa le nez puis essaya de trouver une position confortable pour dormir. Mais au bout de quelques minutes, il renonça.

 

-François?

-Oui?

-Je me sens sale. J'ai sué et je colle de partout. C'est pas agréable. J'ai envie de me laver.

-Tu le feras demain matin, dit-il, songeant qu'il y avait moins d'un quart d'heure ils étaient encore dans les bains, mais que non, il fallait que cela soit maintenant qu'il ait envie de se laver.

-Mais non, j'en ai envie maintenant. J'arriverai pas à dormir sinon.

-Fabian, souffla-t-il, mi-mécontent, mi-amusé, franchement, vu comment j'ai envie de toi, ça ne m'étonnerait pas qu'on recommence à suer d'ici la fin de la nuit. Alors ça te servira à rien de te laver maintenant.

 

Fabian, en entendant qu'il avait encore envie de lui, pouffa et François se mit lui aussi à rire sans bruit. Et dans le silence de la chambre, deux autres rires leur répondirent. Ils surent alors que Louis et Philippe étaient réveillés. Les deux amants se sourirent, amusés par cette situation, puis remirent à s'embrasser. Leurs langues tournoyèrent longtemps l'une contre l'autre alors que leurs doigts volaient sur leurs peaux, les électrifiant encore un peu plus à chaque passage. Mais peu à peu, leurs caresses se ralentirent, jusqu'à s'arrêter totalement, et les deux hommes, collés l'un à l'autre, tendirent l'oreille.

 

-Louis... Louis... Louis, je t'aime... Louis! soufflait bruyamment une voix rauque qu'il ne fut pas difficile de reconnaître comme celle de Philippe.

 

Des bruits de baisers et de sucions se firent entendre jusqu'à leur couche, des gémissements, des soupirs appuyés. La chambre était maintenant emplie de l'amour de ces deux hommes et de tous ses sons caractéristiques. Les deux autres, voyeurs dans le noir, s'amusaient clairement et lorsqu'un gémissement moins étouffé que les autres suivi d'un Philippe à bout de souffle, envahit la pièce, Fabian ne put se retenir. Il se contorsionna dans les bras de François, attrapa sa chemise posée au sol et la balança sur Philippe, qui ne l'ayant pas vu arriver, la reçut en pleine tête.

 

-Eh! Mais c'est quoi ce truc? s'exclama-t-il, pas trop fort non plus pour ne pas réveiller tout le monde. Fabian, si c'est toi, je...

-Eh! Chut les lapins! On s'entend même plus s'embrasser ici, répliqua-t-il aussitôt.

-Ca te va bien de dire ça Fabian! On ne se demande même pas pourquoi vous avez mis autant de temps à revenir de votre tour de garde, hein?

-Ouais, mais taisez-vous quand même, moi j'aime bien entendre la voix de Fabian lorsqu'il gémit parce que je lui...

-François, un mot de plus, et il n'y aura plus rien ce soir.

-Non, pas ça, supplia-t-il aussitôt, resserrant sa prise autour des hanches du jeune homme.

-Eh eh! La domination du mâle, hein François? rit Philippe.

-Roh, ça va hein! Je te signale que t'es pas mieux avec Louis toi! dit-il au hasard, car Philippe avait toujours refusé de lui raconter quoi que ce soit concernant ses nuits d'amour avec Louis.

-Hein! Comment ça? Moi, je le chouchoute mon homme, il ne peut rien me refuser, n'est-ce pas Louis?

 

La réponse se fit attendre longtemps, et finalement ne vint pas, intriguant les deux autres.

 

-Il est mort de plaisir, Philippe?

-Mais non, imbécile! Pas de nouvelles, bonnes nouvelles! enchaîna aussitôt Fabian, mort de rire.

-Taisez-vous, bande d'idiots! fit soudain Philippe, le ton se rapprochant beaucoup trop de celui qu'il utilisait pour donner des ordres pour que cela soit une blague.

-Qu'est-ce qu'il se passe?

-Il se passe qu'il y a des gens qui dorment ici, et qu'avec votre boucan, on risque de les réveiller.

 

Philippe ne dit pas, par contre, que Louis était mort de honte et que toute cette situation lui convenait de moins en moins. Faire l'amour à Philippe dans la même pièce que les autres alors qu'ils dormaient, il avait fini par accepter car il en avait très envie lui aussi. Mais le faire dans la même pièce alors qu'ils étaient réveillés, et qu'ils discutaient ensemble, ça non!

 

-Pas plus qu'avec votre boucan de tout à l'heure.

-Fabian, fais un effort, s'il te plaît. Il y a des enfants ici, et si jamais ils se réveillent et qu'ils nous voient comme ça...

-Alors quoi? Ca n'a rien de dramatique de voir ses parents faire l'amour, si?

 

Un silence gêné lui répondit et François tenta de l'apaiser, alors qu'il sentait qu'il commençait à s'énerver.

 

-Fabian, je ne sais pas si c'est...

-Et au pire, Leriel se chargera de leur expliquer ce qu'il se passe, le coupa-t-il.

-Leriel? Qu'est-ce que ton fils vient faire là-dedans? demanda Philippe.

-Notre fils, corrigea aussitôt François, prenant déjà son rôle de père à cœur.

-Il se trouve que Leriel est un petit garçon assez énergique, et qu'il oublie souvent de toquer à la porte, surtout quand il s'agit de toile comme ici. Alors il est entré en trombe dans le bureau pour me chercher et comme j'y étais pas, il a continué dans la chambre. Et il est tombé sur Betslat et De Rauthien en pleine action, si vous voyez ce que je veux dire.

 

Les autres, d'abord atterrés, se mirent à rire, et même Louis se détendit un peu et se joignit à eux.

 

-Il paraît qu'il a été très surpris de les voir comme ça, continua Fabian, mais que juste après il leur a demandé s'ils savaient où j'étais. Et avant de sortir, il leur a conseillé d'aller voir le médecin, parce qu'ils étaient quand même très rouges et qu'il avait peur qu'ils aient de la fièvre.

 

Là-dessus, les quatre hommes éclatèrent de rire, et François glissa quelques mots à l'oreille de son amant qui, attendri et heureux, lui offrit un sourire éclatant, bien visible dans la nuit. La discussion s'arrêta là, et après quelques rires encore, les quatre hommes s'endormirent. Fabian se réveilla quelques heures plus tard et, avisant les bruits de la tente, conclut que Philippe et Louis devaient recommencer ce qu'ils n'avaient pu finir plus tôt. Mais il n'était plus d'humeur aussi joueuse, et il se laissa retomber dans le sommeil sans un mot.

 

*** *** ***

 

Le lendemain, Betslat fut le premier à se lever. S'étirant les jambes et les bras, il avança avec précaution vers la couche de son supérieur. Le découvrant endormi dans les bras du baron De Devrant, et le visage étonnamment calme et reposé, il décida de le laisser dormir encore un peu. Il alla alors secouer De Rauthien, et les deux hommes, après un rapide et discret baiser matinal, sortirent de la tente à la recherche d'un peu de nourriture pour leurs estomacs.

 

Le bruit de la toile qu'on bouge fit sortir Louis de son sommeil. Il s'extirpa avec douceur des bras de son mari et remettant doucement en marche toute la mécanique, il fit quelques pas dans la chambre, passant à côté des différentes couches. Il s'arrêta devant celle du Commandant et de François, se demandant ce que son ami trouvait au militaire. Certes, il avait un beau visage, et d'après ce qu'il avait pu en juger, un beau corps. Mais cela ne faisait pas tout. Son caractère était particulier, tantôt dur et impassible, tantôt tendre et joueur, il était insaisissable. Mais cela paraissait satisfaire François. Il s'approcha encore un peu du lit de camp, son cœur battant plus vite alors qu'il avait l'impression de briser un interdit, et il observa avec attention le visage et les épaules dénudées du soldat. Il n'avait pas cette musculature excessive que certains de ses subordonnées possédaient. Au contraire, il était plutôt fin de cou et d'épaules, mais cela ne semblait pas le gêner dans son métier. Il était vraiment attirant.

 

Une cicatrice, déformant sa peau un peu mat, partait de la base de la nuque et se perdait sous la couverture. Curieux de savoir jusqu'où elle descendait, il attrapa le bord de la couverture et la fit glisser délicatement sur sa peau. La cicatrice s'arrêtait sur le flanc gauche, à mi-parcours entre la dernière côte et la hanche. Fasciné par la blessure, ses yeux finirent par dériver sur le reste de son corps. Et ce qu'il vit le choqua. Les yeux agrandis, la bouche entr'ouverte, il faillait y toucher pour être sûr que cela soit vrai, mais se retint au dernier moment. A la place, il alla chercher Philippe. Le secouant sans ménagement, il le traîna aussitôt jusqu'à Fabian et François.

 

-Regarde, dit-il, pointant du doigt le corps endormi du militaire.

-Oui, et?

-Mais regarde, Philippe! insista-t-il, n'osant formuler à voix haute ce qu'il voyait.

-Ah ouais, quand même, il s'est fait une sacrée grande cicatrice. Il ne me l'avait pas dit.

-Mais non, arrête de te foutre de moi! Il a de la poitrine! De Magnien a de la poitrine!

-Et alors? C'est pas interdit, que je sache, dit Philippe en haussant les épaules.

-Philippe! s'écria-t-il, furieux de son attitude.

 

Fabian s'agita un peu dans son sommeil et se retourna sur le dos, exposant la poitrine en question aux yeux des deux hommes. Philippe, doucement, prit la couverture et recouvrit la poitrine du Commandant.

 

-Ne crie pas s'il te plaît. Ca va le réveiller, et alerter les gens à l'extérieur, et c'est pas une bonne idée.

-A condition que tu me dises ce qu'il se passe.

-... D'accord, soupira-t-il au bout d'un moment. Allez, viens là.

 

Philippe prit la main de son mari et l'entraîna jusqu'à leur couche, et ils s'y assirent côté à côté. Gardant la main de son mari entre ses doigts, il la caressa du pouce et commença son explication.

 

-Fabian De Magnien est en réalité une femme. Elle s'appelle Lysane.

-Lysane De Magnien?

-Lysane tout court. Elle est née de parents inconnus et c'est ma nourrice qui l'a récupérée alors qu'elle n'avait que quelques jours. Elle l'a allaitée en même temps que moi.

-Donc vous êtes bien frère et sœur de lait?

-Oui.

-Et c'est pour ça que vous êtes si complices?

-Oui, en partie. Même si je ne l'ai pas beaucoup vue ces dernières années, je la considère toujours comme ma meilleure amie.

-D'accord...

 

Louis était pensif: depuis tout ce temps qu'il vivait avec Philippe, qu'il partageait vraiment sa vie avec lui, il n'avait jamais entendu parler de la jeune femme, ni du jeune homme. Tout comme il n'avait pas entendu parler de ce bataillon spécialement aux ordres de Philippe. Ni de la bouche de son mari ni de celle de François. Il trouvait tout cela étrange et se sentit mal à l'aise.

 

-Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé? De elle, et puis de tout ça? demanda-t-il en faisant un large geste du bras, désignant le camp tout autour d'eux.

-Pour tout ça, ce n'est qu'un détail mineur dans l'armée de notre pays, même s'il se révèle bien utile maintenant. Je n'allais pas t'embêter avec ça alors que tu avais déjà tellement d'autres choses à faire.

 

Louis hocha la tête: il n'avait pas tout à fait tort.

 

-Quant à Fabian...

-Ou Lysane.

-Non, Fabian. Ici, c'est un homme. Et il est hors de question que l'on sache ce que tu viens d'apprendre. Donc je disais... Pour Fabian, si je t'en ai jamais parlé, c'est parce que je n'y ai jamais vraiment pensé. Je ne l'ai pas beaucoup vu depuis que nous sommes ensemble. Et j'avais beaucoup d'autres choses en tête. Surtout une en fait, précisa-t-il en lui lançant un regard évocateur et en serrant un peu plus fort sa main.

 

Louis rougit sous l'allusion mais ne se laissa pas déstabiliser.

 

-Et pourquoi elle a décidé de se faire passer pour un homme? Je veux dire, je sais qu'il n'y a pas de femmes dans l'armée, du moins pas en tant que soldat, alors pourquoi elle a voulu rentrer dans l'armée?

 

Philippe soupira: Louis était décidément insatiable de curiosité, même si ce n'était pas le bon moment pour poser toutes ces questions. Cependant, Philippe répondit avec patience et douceur, sachant qu'il aurait à affronter la colère de son mari s'il ne le faisait pas.

 

-Fabian n'a pas de parents. Il n'a pas de nom. C'est un moins que rien dans la société telle qu'elle est conçue aujourd'hui. Tout le temps où j'ai été élevé par la nourrice, j'étais avec lui. Après quelques mois, j'ai dû revenir à la cour pour être éduqué par ma grand-mère. Il paraît que j'étais infernal, que je pleurais tout le temps, et que personne n'arrivait à me calmer. Finalement, ils sont allés chercher Fabian pour qu'il joue avec moi, et aussitôt, je me suis calmé. Et c'est comme ça que Fabian est entré à la cour, alors qu'il n'est pas noble, qu'il n'a même pas de nom. Ca a énervé beaucoup de monde, et régulièrement, on essayait de l'évincer. Et à chaque fois, je le faisais rester, avec l'appui de mon père et de ma grand-mère, qui l'aimaient bien.

-Si je comprends bien, il a grandi avec toi?

-Oui, et Grand-mère lui donnait aussi des leçons, en même temps que moi. Je crois que c'est vers douze ans que le déclic s'est fait. Il a compris que la situation ne pourrait pas durer éternellement. Et il s'est engagé dans l'armée.

-A douze ans?! s'exclama Louis, choqué.

 

Certes, lui avait été marié à 16 ans, ce qui en soi était assez jeune, mais il avait été sûr de vouloir faire ça pour sa famille. De là à décider du reste de sa vie alors qu'on a à peine vécu...

 

-Oui. Fabian était très volontaire et très vif pour son âge. Il l'a toujours été plus que moi. En plus, il était très doué au maniement des armes. Donc son acceptation dans l'armée n'a pas été un problème, mis à part pour son sexe. Je suis intervenu auprès de mon père, et après quelques magouilles, il est rentré à l'école des officiers sous le nom de Fabian De Magnien. Il en est sorti quatre ans plus tard, à seize ans, il a fait deux ans dans diverses compagnies, et puis j'ai créé cette section spécialement pour lui. Comme ça, ça nous permettait tous deux d'avoir un peu plus de liberté pour agir. Il n'avait de comptes à rendre qu'à moi, et moi, je n'avais pas de comptes à rendre aux autres, puisqu'il s'agissait de mon bataillon spécial. Et je savais que Fabian me serait fidèle, quoiqu'il arrive. Ce qui s'est révélé bien utile au final.

 

Louis hocha la tête, ayant un peu de mal à s'imaginer comment on pouvait en arriver là. Jusqu'à falsifier son identité alors que rien ne nous y contraignait réellement.

 

-Et depuis, il est resté Fabian De Magnien?

-La plupart du temps. Quand il travaille, il est tout le temps uniquement Fabian De Magnien. Quand il est avec François, ou avec moi, sans personnes extérieures, il est juste Lysane. Et parfois il est venu aux bals qu'on organisait au château, et là, c'était Demoiselle Lysane, comme quand on était gosses.

-Trois identités pour un adolescent... Waoh, y'a de quoi devenir dingue, murmura-t-il.

-Y'a de quoi, mais moi je trouve qu'il s'en est très bien sorti.

-Si tu le dis... Et pour lui et François, c'est récent?

-Oh que non! rit Philippe, qui revoyait encore son meilleur ami lui demander des conseils quant à la déclaration qu'il allait faire à Lysane. Ils sont ensemble depuis.... attends voir, François avait treize ans, et Fabian quinze. En gros, quatre bonnes années avant que tu n'arrives à Mésancourt. Mais déjà avant, ils arrêtaient pas de flirter, François était assez précoce de ce côté là.

 

Philippe rigola, et Louis le rejoignit rapidement, imaginant un petit François courir derrière chaque jupon qu'il croisait.

 

-Mais, reprit Louis, ça le gêne pas, que François couche un peu à droite à gauche pendant qu'il n'est pas là?

-Ils ont une relation assez... particulière et compliquée, commença Philippe, ne sachant pas comment expliquer le fait que François ne puisse pas être fidèle à Lysane, alors qu'il l'aimait sincèrement.

-Exactement, les interrompit une voix ferme. Et j'apprécierai aussi que tu me demandes mon avis la prochaine que l'envie te prend de déballer ma vie, Philippe.

 

Fabian se leva, et attrapant la bande posée à terre, entreprit de se bander la poitrine.

 

-Il t'a vue, alors je devais lui expliquer.

-Je ne dis pas le contraire. Mais tu aurais pu me réveiller, et je lui aurais dit ce dont il avait besoin de savoir.

-Je préférais que cela soit moi qui le fasse.

 

Il lui décocha un regard noir tout en disant d'un ton qui se voulait distant.

 

-Comme tu veux. François, tu ferais mieux de te lever, il reste beaucoup de choses à faire, enchaîna-t-il en secouant doucement son compagnon.

 

Il enfila une chemise et la boutonna, puis alla réveiller son fils d'une voix douce.

 

-Leriel, mon chéri. Réveille-toi, c'est l'heure.

 

Le garçon papillonna des yeux puis les ouvrit complètement. Il les posa sur son père et lui sourit.

 

-Bonjour.

-Papa... Je peux avoir un bisou?

-Bien sûr.

 

Il déposa un baiser sur le front de son fils et celui-ci se redressa dans le lit.

 

-Tu te souviens de ce que tu dois faire aujourd'hui?

-Oui, je crois. Je dois aider avec Henri et Hector.

-Très bien. Est-ce que tu sais avec qui tu voyages?

-Je voulais prendre mon poney, mais on m'a dit que ce n'était pas possible.

-Non, tu ne peux pas. Il est possible qu'on soit attaqué pendant le voyage, et sur ton poney, tu ne t'en sortirais pas.

-Alors je peux monter avec toi?

 

Le ton était suppliant et Fabian sentit les larmes monter aux yeux de son fils. Leriel avait de plus en plus de mal à accepter la séparation, surtout depuis cette histoire de coup d'état.

 

-Non, tu ne peux pas. Je dois beaucoup me déplacer et diriger les soldats. Cela serait compliqué avec toi. Mais tu peux aller avec Charles ou Alexandre, proposa-t-il car il savait que le garçon aimait bien les deux jeunes hommes, et ainsi lui le saurait en sécurité.

-Et Pappa? Je peux monter avec Pappa?

 

A son intonation et sa façon de prononcer "Pappa", Fabian sut que son fils ne parlait pas de lui mais de l'homme qu'il ne connaissait que depuis hier. Il trouvait étonnant qu'il se soit attaché aussi vite, mais après tout, il lui en avait aussi beaucoup parlé.

 

-Je vais lui demander.

 

Il se retourna et cria à l'adresse de son amant, qui était en train de lacer ses chaussures.

 

-François, est-ce que ton fils peut monter à cheval avec toi pour le voyage?

 

L'interpelé se redressa et adressant un grand sourire aux deux hommes de sa vie, il répondit, joyeux.

 

-Evidemment qu'il peut!

 

Leriel sauta de joie, réveillant les deux autres, et il sortit du lit précipitamment, courant se jeter dans les bras de François. Celui-ci le réceptionna, le fit voler autour de lui puis le reposa à terre. Ebouriffant ses cheveux, il fit signe à l'autre père qu'il sortait. Celui-ci approuva et le suivit, attrapant sa veste au passage et enfilant prestement ses bottes.

 

 

Une heure après le réveil du Commandant, il ne restait rien du camp et tout le bataillon était prêt à partir. De Magnien vérifia une dernière fois que tous étaient à leur place, répéta quelques ordres, puis alla se placer en tête de cortège, et donna le signal de départ. A ses côtés, Betslat et De Rauthien assuraient la tête de troupe. Juste derrière eux venaient le couple royal ainsi que le baron De Devrant, avec Leriel devant lui. Ils n'avaient pas voulu se mettre plus loin dans la foule, malgré les cibles évidentes qu'ils faisaient en se plaçant si en avant. Par précaution, De Magnien avait placé ses deux meilleurs hommes pour encadrer le trio. Ensuite venaient les soldats à pied, le reste des gradés étant réparti sur toute la colonne.

 

Il avait été décidé que Lothaire accompagnerait Suzanne et les deux garçons dans l'un des charriots. Il avait d'abord fallu convaincre le jeune homme de laisser son ami seul, puis persuader Louis d'installer Henri hors de sa vue. Cela n'avait pas été une mince affaire et les voix s'étaient élevées, notamment celle de De Magnien. Mais au final, le Commandant eut le dernier mot, et si Louis était très inquiet au début, malgré les paroles apaisantes de Philippe, ses angoisses diminuèrent peu à peu au fil du trajet pour disparaître en fin d'après-midi.

 

En début de soirée, un des soldats que De Magnien avait envoyé en avant-garde revint au grand galop. S'arrêtant auprès de son supérieur, il lui parla rapidement à voix basse, reprenant à peine sa respiration. De Magnien le remercia puis décida d'installer le campement quelques centaines de mètres plus loin. Ils étaient tout proches de la ville, mais un petit bois cachait encore la cité à leurs yeux. Et les cachait aux yeux de la cité. C'est là que le Commandant ordonna qu'on installe le bivouac, alors que la nuit tombait. Les tentes ne devaient pas être montées, pour pouvoir partir au plus vite en cas d'attaque, et aucun feu ne devait être fait, pour éviter d'être repéré. Il installa la famille royale et leurs proches au centre du grand cercle formé par les soldats, puis il partit vérifier la sécurité aux alentours.

 

Suzanne, prenant les choses en main alors que les hommes ne savaient pas trop quoi faire, installa un lit de couverture pour les deux petits garçons qui tombaient de sommeil. Aussitôt qu'ils furent couchés, ils s'endormirent, sans même attendre un baiser de leurs parents. Parents d'ailleurs bien fatigués par le voyage. Louis et Philippe étaient assis à même le sol, épaule contre épaule, les mains enlacés. En face, Lothaire attendait que sa femme le rejoigne alors qu'elle sortait quelques-unes de leurs affaires. A leur droite, François était assis en tailleurs, et Leriel était à côté de lui, bavardant gaiement.

 

-Dis Pappa, il est comment le château?

-Il est très beau.

-Ca je sais, Papa me l'a dit aussi quand je lui ai demandé. Mais est-ce qu'il y a des dorures partout? Et plein de diamants?

-Je crains que non, rit François. Mésancourt n'est pas aussi riche que cela. Et même si on avait l'argent pour, je crois que Philippe préférerait l'utiliser pour le peuple plutôt que pour décorer le château.

-C'est vrai, c'est ce que dit tout le temps Papa, approuva-t-il. Alors, comment il est finalement?

-Est-ce que tu as déjà vu des châteaux?

-Oui.

-Lesquels?

-Euh... Celui de... de Ca... de Castille! Le château de Castille!

 

Louis releva vivement la tête et fixa son regard sur Leriel en l'entendant prononcer le nom de son ancienne patrie, et les autres le regardèrent avec étonnement.

 

-Comment tu connais le château de Castille? demanda le jeune roi, un mélange d'excitation et d'angoisse dans la voix, car si Leriel avait été en Castille, cela signifiait que le Commandant De Magnien aussi, ainsi que ses soldats.

 

-J'y suis allé l'an dernier avec Papa. Il m'a dit que c'était une visite de...

 

Ne trouvant pas le mot qu'il voulait, il fit quelques gestes pour s'expliquer.

 

-Juste pour dire bonjour. Papa me disait toujours que je devais sourire et serrer la main de tous ceux qui le voulaient.

-Une visite de courtoisie? suggéra alors François.

-Oui, c'est ça!

-T'as envoyé Fabian en visite de courtoisie en Castille? interrogea alors le baron, fixant Philippe, une lueur de reproche dans les yeux.

-Ca ne me dit rien du tout, avoua-t-il, un peu perdu.

-C'est moi qui y suis allé de mon propre chef, intervint alors De Magnien qui était revenu de son tour dans le campement.

 

Il s'assit à côté de François et prit Leriel sur ses genoux.

 

-Les relations à la frontière avec la Castille étaient un peu tendues. Les villages frontaliers ne s'entendaient pas très bien, surtout que certains s'amusaient à envenimer les choses. Alors j'ai calmé les esprits, j'ai laissé mes hommes dans les villages pour éviter les incidents et je suis allé à la cour de Castille. J'ai été très bien accueilli par le prince Jean, qui a tout de suite compris le problème, et qui a fait ce qu'il fallait. Nous sommes restés moins d'une semaine, mais ça a bien plu à Leriel, n'est-ce pas?

-Oh oui! C'était très beau. Et puis le soir, lors du dîner, il y avait tellement de gens qui dansaient au milieu. C'était très beau, conclut-il, les yeux rêveurs.

-Tu te souviens de ce que je t'ai dit à cette époque? Que Louis, avant de s'appeler Louis de Mésancourt s'appelait Louis de Castille et que c'était là-bas qu'il était né.

 

Le garçon hocha la tête, puis soudain, la lumière se fit dans son esprit. Quittant les genoux de son père, il se précipita sur ceux de Louis. Les mains nouées comme lors d'une prière, il lui demanda, les yeux suppliants, de lui raconter les différences entre le château de Castille et celui de Mésancourt. Mais rapidement, cela dériva et Louis conta ses jeunes années à la cour à l'enfant captivé. A la fin du récit, il remercia le conteur, et les larmes apparurent peu de temps après, sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Sauf Fabian. Il prit son fils dans ses bras, et annonça qu'il allait se coucher. Il conseilla aux autres d'en faire de même, et il s'éloigna de quelques mètres, suivi aussitôt de François. Les deux hommes installèrent une couverture au sol, s'allongèrent dessus, mettant l'enfant entre eux deux, puis se recouvrirent de deux couvertures. Les deux autres couples veillèrent encore un peu, puis suivirent le conseil de De Magnien: la fatigue les faisait déjà dormir debout.

 

*** *** ***

 

Le lendemain matin, De Magnien envoya deux petites troupes en reconnaissance, qu'elles entrent en ville par les portes Nord et Sud, et qu'elles préparent le terrain. Une demi-heure plus tard, il fit partir le gros des troupes, avec lui en tête, accompagné de ses deux Capitaines, et juste derrière le couple royal et le baron De Devrant. Les enfants avaient été consignés avec Suzanne, ainsi qu'une dizaine de soldats. Ils devaient rester cachés dans la forêt jusqu'à ce que la situation se stabilise. En réalité, De Magnien ne craignait pas tant pour leurs vies que pour ce qu'ils pourraient voir, et des têtes qui volent n'étaient assurément pas un spectacle pour des enfants.

 

Une heure à peine après leur départ, ils arrivèrent aux portes de la ville. Le Commandant briefa une dernière fois ses hommes, puis plus spécifiquement Betslat, De Rauthien, François, Louis et Philippe. Puis ils entrèrent en ville alors que l'église sonnait onze heures.

 

Empruntant la Grand Rue, ils marchèrent au pas jusqu'à la place des Fêtes, au centre de la ville, un peu avant l'entrée même du château. Les gens, sur leur passage, sortaient sur les pas de portes, se mettaient aux fenêtres et murmuraient entre eux.

 

-C'est le roi Philippe!

-Le roi Philippe est revenu!

-Et le roi Louis est avec lui!

-Ils vont déloger les usurpateurs.

-Tout va redevenir comme avant.

 

De Magnien sourit en entendant autant de réactions positives. Il avait craint que, par peur ou par conviction, une partie des citadins ne se soit rangée du côté d'Aldéric et d'Adélaïde. Mais cela ne semblait pas être le cas. Soudain, un homme fendit la foule qui s'amassait peu à peu sur la route du cortège. Les trois militaires en tête tirèrent aussitôt leurs épées de leurs fourreaux, et ceux derrière le couple royal avaient déjà une flèche encochée dans leur arc. L'homme s'arrêta aussitôt puis, le regard fixé à celui de De Magnien, il s'approcha lentement du Commandant. La pointe de l'épée toucha vite son cou mais il ne sembla pas s'en soucier. Au contraire, il attrapa la botte de De Magnien et se baissa pour la baiser. Puis il releva la tête, et les yeux remplis de larmes de joie, il dit quelques mots d'une voix étranglée.

 

-Béni soyez-vous! Béni soyez-vous messire, de nous ramener notre roi!

 

Puis il partit à reculons, se baissant à plusieurs reprises pour les saluer. Dès qu'il fut plus près de la foule, il se retourna vers elle, et, levant ses deux mains vers le ciel, il s'écria.

 

-Béni soient notre roi et son époux! Béni soient Philippe et Louis de Mésancourt!

 

La foule reprit ses mots, et ils furent scandés tout du long du chemin jusqu'à la place. Philippe était ravi de l'accueil qui leur était réservé après le coup d'état, et Louis, étrangement, se sentait enfin à sa place, accepté pour la première fois dans ce royaume, accepté par ses habitants qu'il côtoyait depuis quatre ans.

 

Lorsqu'ils débouchèrent sur la place, ils furent accueillis par les soldats du château, qui les empêchèrent d'aller plus loin, ce qui n'était de toute façon pas l'intention de De Magnien. Il voulait que tout se règle au vu et au su de tous. Ainsi, magouilles et trahisons seraient dévoilés en place publique, et ceux qui doutaient encore de Philippe, et surtout de Louis, ne pourraient plus les accuser, face à l'évidence des preuves. De Magnien s'avança un peu plus par rapport aux autres et demanda, s'adressant aux soldats en face de lui.

 

-Qui est votre chef? Qu'il s'avance!

-C'est moi! Et je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous, Commandant De Magnien!

-Au contraire, Lieutenant-Colonel De Larasse, au contraire. J'obéis à mon roi, alors que vous obéissez à un usurpateur. Je suis donc légitime alors que vous ne l'êtes pas.

 

Le Lieutenant-Colonel encaissa ces paroles stoïquement mais ne chercha pas à répliquer.

 

-Allez dire à Monsieur Aldéric et à Dame Adélaïde que nous les attendons ici même et maintenant, Lieutenant-Colonel, continua De Magnien.

-Sire Aldéric et Dame Adélaïde n'ont pas le temps d'écouter vos sottises, Commandant. Ils ont des choses bien plus importantes à faire en ces temps durs. Dois-je vous rappeler que suite à la trahison de Philippe de Mésancourt, le royaume est en guerre?

-Je n'oublie pas la trahison qu'a subie le royaume, Lieutenant-Colonel, mais elle ne vient pas du roi Philippe. Ni de son époux Louis.

-Sornettes! s'écria-t-il soudain, à bout de patience face à l'impassibilité de De Magnien. Dégagez la place ou je vous fais arrêter, tous autant que vous êtes.

 

Les épées furent tirées et les arcs tendus du côté des soldats du château et aussitôt, les hommes de De Magnien se tinrent prêts à une éventuelle attaque. Mais les armes ne furent pas touchées, pas encore : ils ne voulaient pas provoquer.

 

Un brouhaha s'éleva de la foule: la situation commençait à devenir dangereuse. Les gens ne comprenaient pas pourquoi les soldats avaient sorti leurs épées face à leur roi. Une voix, plus forte que les autres, couvrit le murmure de la foule.

 

-Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher montrent les crocs!

 

Comme un signal, les gens devinrent plus agressifs et huèrent les soldats du château, protestant et exigeant à force de cris que ceux d'en-haut descendent en ville. De Magnien, craignant que la situation ne dégénère, envoya plusieurs de ses hommes contenir la foule.

 

-Vous voyez, Lieutenant-Colonel? fit De Magnien en désignant la foule du bras. Le peuple les réclame! Ils doivent venir s'expliquer face au peuple!

 

La foule approuva férocement et le Lieutenant-Colonel hésita: cela risquait de se retourner contre lui. Il avait déjà eu à faire à des mouvements de foule par le passé, et cela n'avait pas été une partie de plaisir, loin de là. Pour prévenir tout problème, il envoya un messager au château les informer que la situation dégénérait lentement mais sûrement. En attendant, il resta impassible et toisa De Magnien, qui ne se laissa en aucun cas déstabiliser.

 

L'affrontement silencieux entre les deux hommes dura une quinzaine de minutes tandis que la foule continuait de s'échauffer. Dans les rangs des soldats, cela commençait à jaser, des deux côtés. On ne comprenait pas l'inaction imposée par les supérieurs et certains avaient les mains qui les démangeaient, prêtes à prendre les armes. Quand De Magnien vit le messager revenir et faire un signe de tête négatif à son supérieur, il décida de reprendre les choses en main. S'avançant d'une ou deux foulées, se démarquant du reste de sa troupe, il annonça d'une voix forte et claire, faisant taire tout le monde.

 

-Monsieur Aldéric et Dame Adélaïde, je vous destitue du trône de Mésancourt, que vous occupez par la force suite à votre coup d'état.

-Vous n'avez aucun droit de faire cela! s'insurgea le Lieutenant-Colonel De Larasse. Ce n'est pas votre rôle! Vous n'en avez pas le pouvoir!

-En tant que Commandant de l'armée du roi Philippe de Mésancourt, j'ai le droit et même le devoir de défaire le royaume des usurpateurs, répliqua De Magnien d'une colère froide: ce Lieutenant-Colonel commençait sérieusement à lui échauffer les oreilles.

 

Il reprit ensuite son discours à l'adresse des occupants du château, qui, il en était sûr, s'étaient discrètement rapprochés de la place du village pour entendre et voir ce qu'il s'y passait.

 

-Monsieur Aldéric, pour trahison envers la couronne et coup d'état, vous serez condamné à la mort par pendaison selon la loi de Mésancourt. Votre corps sera brûlé et n'aura pas de sépulture.

 

Une partie de la foule approuva la sanction tandis que l'autre était hésitante: l'absence de sépulture signifiait être maudit et errer pour l'éternité, et cela avait quelque chose de terriblement effrayant, même pour un ennemi.

 

-Quant à vous Dame Adélaïde, pour trahison envers la couronne, coup d'état et déclaration de guerre au royaume de Castille, notre alliée, vous serez condamnée au bannissement hors du royaume de Mésancourt, selon la loi en vigueur. La marque des bannis vous sera appliquée au fer rouge sur votre poitrine droite et sur votre joue gauche, que les gens sachent ce que vous avez fait et qu'ils vous accordent le traitement approprié, à savoir l'exclusion. Votre enfant vous sera retiré, pour lui éviter les conséquences désastreuses de vos actes, et sera élevé en tant que pupille de Mésancourt.

 

La gorge de De Magnien se serra douloureusement à ces mots, car avec le temps et des recherches, il avait fini par découvrir que son père avait été banni, et que sa mère avait préféré se pendre au lieu de subir la honte, et de suivre son mari sur des chemins incertains.

 

Les applaudissements de la foule à l'annonce de la sentence le sortit de ses réflexions, et il continua l'énumération des coupables.

 

-Et vous, Madame Anne, je ne vous oublie pas. Vous serez mise en examen pour votre implication dans la trahison envers la couronne et dans le coup d'état.

 

Le peuple rassemblé, à la limite de la folie, ne fut pas choqué par la mise en cause de la reine Anne, et applaudit à tout rompre. Des sifflements réprobateurs et des insultes fusèrent à l'encontre du couple usurpateur.

 

Soudain, un messager sortit du château en courant, et cela calma pendant quelques instants les esprits. Tous attendaient de savoir la réaction des principaux intéressés. De Magnien, en le voyant murmurer à l'oreille de De Larasse, craignit le pire. Il ne fut pas déçu. Sur un ordre discret de son supérieur, il vit l'un des archers adverses tendre un peu plus sa corde puis la lâcher. Il la vit arriver droit sur lui, et eut juste le temps de se déplacer un peu sur la gauche pour se la prendre dans l'épaule droite. Cela fut le signal que tous semblaient attendre.

 

Les cavaliers de De Magnien se ruèrent sur l'ennemi et les soldats à pied leur emboitèrent le pas. La foule en délire, dépassant largement les capacités des fantassins du Commandant, prit part à la bataille. De Magnien, un peu sonné par la blessure, se reprit rapidement et criant de toute la force de ses poumons, comme un cri de guerre pour encourager ses hommes, il galopa droit sur le Lieutenant-Colonel. Celui-ci, ne s'attendant pas à une réaction aussi rapide et aussi vive, ne put éviter le coup d'épée du jeune homme et sa tête vola, atterrissant plusieurs mètres plus loin. Sans supérieur et sans ordre précis, ce fut très vite la déroute parmi les soldats du château.

 

Mais il n'en eut cure et se dirigea droit vers l'imposante bâtisse, suivi du couple royal, du baron De Devrant et de quelques-uns de ses subordonnés. Ensemble, ils parcoururent le château à la recherche des condamnés qui semblaient avoir fui. Mais ce fut sans compter l'aide précieuse de certains valets et autres petites gens, qui leur indiquèrent les chemins empruntés par les fuyards. En moins d'une demi-heure, ils furent retrouvés et menottés. Puis, comme la loi l'exigeait, ils furent conduits en place publique, hormis la reine Anne, qui était seulement mise en examen et qui par conséquent fut conduite aux cachots sous bonne garde.

 

Devant le peuple, Aldéric et AdélaïdeAdélaïde durent répondre aux questions qui leur furent posées et subirent sa colère. Ils essayèrent de se défendre, mais à chaque fois, De Magnien, impitoyable, aligna les preuves qu'il avait contre eux. Lorsque la confrontation au peuple se termina, les condamnés furent amenés aux cachots: les sentences seraient appliquées le lendemain.

 

Pendant ce temps, Philippe et Louis avaient repris leurs places légitimes sur le trône de Mésancourt et leur premier geste fut d'annuler toutes les décisions prises par Aldéric et Adélaïde. Le second fut d'offrir un banquet en ville, à la Place des Fêtes, pour célébrer leur retour au trône. Dans la soirée, Henri fut ramené, avec Hector et Leriel, de leur cachette forestière, et la famille royale au complet alla à la rencontre du peuple, ce qui réjouit les personnes présentes, heureuses de pouvoir voir le roi, son époux et leur fils en vrai, et de leur témoigner leur gratitude. A cette occasion, Louis de Mésancourt annonça ce qu'il avait annoncé à Philippe la veille pendant la nuit, à savoir la venue d'un nouvel héritier d'ici quelques mois. La nouvelle fut accueillie avec joie et larmes de bonheur, et la nuit fut rythmée par les cris de "Vive le roi!", "Vive Philippe!", "Vive Louis!" et "Vive Henri!".

 

 

C'est ainsi que se termine, villageoises et villageois, l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. La troupe des Troubadours Yaoïstes vous remercie de votre attention."

 

Quelques notes de musique s'élevèrent, signifiant la fin du récit. Mais les spectateurs ne semblèrent pas de cet avis, au vu des murmures mécontents qui se firent entendre.

 

"-Et notre scène au lit entre Philippe et Louis, elle est où, hein? Elle est où?

-On la veut nous!

-Vous pensez quand même pas que vous allez pouvoir vous en tirer comme ça!

-Et le bébé, il va s'appeler comment? C'est un garçon ou une fille?

-L'histoire entre François et Fabian, ça se termine comment?

-Et Henri? Est-ce qu'il va tomber amoureux de Leriel quand il sera grand?"

 

A cette dernière question, le conteur rit à gorge déployé, puis répondit, un sourire énigmatique aux lèvres.

 

"Tout ceci est une autre histoire. A vous de la construire."

 

 

Voilà, j'espère que cette suite alternative vous a plu... n'hésitez pas à lui faire part de vos avis sur son blog!!!

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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