La rentrée était donc arrivée et Arnaud n'en était pas mécontent. Il aimait beaucoup travailler, il adorait apprendre. De ce fait il n'avait pas vraiment d'amis, mais ceux qu'il avait lui
suffisaient, même si ceux-ci ne faisaient pas parti de son établissement. Ils étaient les seuls à avoir cherché un peu plus loin que l'image d'intello qu'il renvoyait au lycée. Et le problème
était là. Pour Arnaud, les études représentaient sa seule porte de sortie possible pour un avenir meilleur, non pas qu'il soit malheureux, il avait des parents aimants et attentifs, mais qui se
serraient la ceinture toute l'année pour offrir à leur fils deux semaines de vacances par an. De ce fait, il s'étaient donné un objectif à atteindre et il se donnait les moyens d'y arriver,
travaillant sérieusement en cours. Et même si en dehors de l'établissement il était un adolescent exactement comme tout le monde avec ses fous rires, ses folies et sa bonne humeur, l'attitude
assidue et volontaire qu'il avait en cours avait fait de lui une sorte de paria, marginal et pas du tout « cool » !
En plus de ça il travaillait pour un petit journal local en tant que photographe amateur, il avait donc peu de temps libre. Arnaud avait donc deux vies, celle de l'étudiant bosseur et indifférent
aux moqueries de ses camarades, et celle du jeune homme, très séduisant et bon vivant qu'il devenait en dehors de ses obligations.
En ce jour de rentrée, donc, Arnaud s'était levé de mauvaise humeur, il n'avait pas beaucoup dormi et s'était cogné le petit doigt de pied dans le coin de son lit. Il se traîna jusqu'à la douche
avec la seule envie de retourner sous la couette ! Envie fortement confortée quand l'eau glacée jaillit du pommeau de douche...Un cri assez peu virile se fit entendre dans la maison familiale,
suivi d'une flopée de jurons tous plus imagés les uns que les autres. Lorsqu'enfin il sortit de la salle de bain, il se rendit compte qu'il était largement en retard et que si il ne voulait pas
rater la rentrée, il devrait se passer de petit déjeuner ! Il attrapa donc de la monnaie qu'il fourra dans sa poche et se dépêcha de sortir. Il espérait trouver un moment dans sa matinée pour
s'acheter une bricole !
Il arriva finalement à l'heure au lycée et se dit que finalement les dieux n'étaient plus fâchés contre lui et qu'il pourrait finir sa journée tranquillement, oubliant les événements désagréables
du matin. Son optimisme fut tranché net quand il arriva devant les panneaux d'affichages ! Il avait beau lire et relire la feuille de sa classe, reconnaissant sans faute la plupart de ses
camarades de l'année précédente, cependant, il ne trouvait pas son nom. L'administration devait l'avoir oublié, ça ne pouvait être que ça...à moins que...un nœud commençant à se former dans son
ventre, Arnaud se dirigea vers les feuilles des autres classes !!! Son visage se décomposa lorsqu'enfin il trouva son nom dans une classe ou il ne connaissait personne !!!
Il n'y avait pas à dire, il aurait été tellement mieux sous sa couette ! Comme pour confirmer ses pensées, il entendit arriver un groupe de jeune reconnaissable aux décibels de leur conversation.
Un petit nombre d'individus s'approchaient de là ou Arnaud se trouvait et par soucis de ne pas empirer d'avantage sa journée, celui-ci s'éloigna. Il observa de loin les nouveaux arrivants qui
feraient désormais partit de son univers quotidien. Le groupe était dirigé par Lorenzo Vargas...déjà rien que son prénom semblait ridicule aux yeux d'Arnaud ! Un vrai prénom de petit bourgeois
engoncé dans son monde et ses principes. Si Arnaud devait être totalement objectif, il pourrait admettre que étant d'origine hispanique, ce prénom lui collait comme un gant et que ce Lorenzo
avait tout ce qu'il y a de plus attirant chez un homme ! Mais l'attitude hautaine et tapageuse qu'il dégageait lui permettait de nier totalement ces faits et de se contenter de trouver ce garçon
totalement immature et inintéressant. Arnaud failli changé d'avis lorsque son regard descendit sur ses reins et ses fesses joliment sculptées, mais il se reprit bien vite, se rappelant qu'il
était au lycée pour une bonne raison, et les aventures n'en faisaient pas parti.
Lorenzo faisait partit de ce qu'on appelle « les populaires » ! Ce genre de personnes qui, où qu'ils aillent font tourner les têtes sur leur passage, qui le savent et qui en jouent, qui ont une
cour d'admirateur près à s'entre tuer pour avoir ne serait-ce qu'un minimum d'attention et surtout, qui change de partenaires très régulièrement, brisant les cœur sans remord ! Sur cette idée,
Arnaud décida de ne plus se préoccuper d'eux et alla au niveau de sa salle de cours.
Lorsque le professeur principal arriva, Arnaud s'installa en milieu de classe, assez prêt pour ne rien rater des cours, mais pas trop pour ne pas se mêler aux lèche bottes qui avaient le don de
l'exaspérer au plus haut point ! La matinée fut assez brève et après la présentation habituelle, le discours assommant du proviseur et la distribution des emplois du temps, Arnaud put rentrer
chez lui. Les cours n'ayant pas vraiment commencé et jugeant que sa journée avait été assez catastrophique comme ça, Arnaud décida de se recoucher et de finir sa nuit trop tôt coupée à son goût!
Si la rentrée n'avait pas été glorieuse, le pire restait pourtant à venir. Les véritables problèmes commencèrent quelques semaines après le début des classes. Arnaud avait été convoqué par la CPE
de l'établissement et il se demandait bien ce qu'elle pouvait avoir à lui reprocher. Il fut surpris lorsqu'il se rendit compte qu'il n'était pas seul. Un autre élève était présent. Il le
connaissait uniquement de vu et ne savais même pas son prénom.
-Ah ! Bonjour Arnaud !
-Bonjour Mademoiselle Sonira.
-Tu connais Bertrand ?
-Euh, de vue...
Le dénommé Bertrand lui adressa un signe de tête auquel il répondit, attendant patiemment la raison de sa convocation. La CPE reprit la parole.
-Bertrand fait partit d'une association de bénévoles venant en aide aux enfants défavorisés. Et avec son équipe, ils ont monté un projet de vente pour une récolte de fonds. Le rôle de Bertrand au sein du lycée est de créer un calendrier qu'il pourra ensuite revendre.
Arnaud hocha la tête lentement, mais voyant que les explications s'éternisaient, il décidé de rentrer dans le vif du sujet.
-Excusez moi, mademoiselle Sonira, c'est très bien tout ça, mais qu'est-ce que j'ai à voir la dedans.
-Oh ! Eh bien, je suppose que Bertrand va t'expliquer ça mieux que moi !
Le jeune homme se tourna alors vers moi et enchaîna.
-Pour les photos du calendrier, nous allons faire appel à des élèves volontaires qui poseront en tout bien tout honneur. Le soucis est que nous avons consulté les prix que les photographes professionnels nous demandaient et pour la plupart d'entre eux, ils coûtent plus cher que ce que pourrait nous rapporter cette collecte. Et c'est là que tu entres en scène.
-J'ai bien peur de comprendre...
-Nous savons que tu travailles pour le journal et nous voudrions que tu sois le photographe officiel de notre calendrier.
-Quoi ?
Arnaud regarda tour à tour sa CPE et Bertrand espérant que l'un des deux se décide à lui avouer où se trouvait la caméra cachée, mais rien ne vint. Il secoua la tête d'un air désolé.
-Ecoutez, je trouve que ce que vous faites dans ton association est une très bonne chose, mais je n'ai pas le temps pour ça. Je dois bosser et...
-Tu es un élève brillant Arnaud, tu pourras facilement lier les deux, j'en suis certaine.
-Je suis brillant parce que je travaille, mademoiselle Sonira. Je n'ai déjà pas beaucoup de temps libre.
-Si tu as besoin, nous pouvons t'exonérer d'une option facultative pendant le temps que durera ce travail. Cela te donnera du temps nécessaire, sans empiéter sur ton temps libre.
-Je ne sais pas quoi dire....je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Reprit Arnaud d'une vois un peu moins ferme.
-Si tu ne peux pas faire ça, tout le projet tombe à l'eau. Je sais que ça représente du travail, mais j'ai vu quelques uns de tes articles, tes photos sont excellentes...nous aimerions vraiment que tu acceptes.
Les yeux de Bertrand était suppliants et ceux de la CPE encourageants.
Se sentant céder, Arnaud soupira.
-Laissez moi un peu de temps pour y réfléchir, d'accord ?!
-Pas de problème, revenez tous les deux dans mon bureau demain à la même heure et tu nous diras ta réponse. Vous pouvez retourner en cours maintenant.
Arnaud se dirigea vers sa classe, la tête remplie de questions quand une main l'arrêta. Bertrand l'avait rattrapé et lui tendait quelques papiers.
-Tiens voilà quelques prospectus de notre association, pour que tu vois un peu ce que nous faisons. J'espère que ça pourra t'aider à te décider pour un « oui ».
Et ça l'avait décidé. Il avait lu les prospectus et effectivement le travail fournit par l'association était admirable. Mais ce qui l'avait marqué était les visages des enfants sur les prospectus, des visages bien trop sérieux, des yeux ternes mais remplis d'espoir...ces yeux la avaient envahis les rêves d'Arnaud et lorsqu'il se rendit dans le bureau de la CPE le lendemain, ils le tourmentaient encore.
-J'accepte. Avait-il annoncé d'un ton las.
Bertrand lui avait alors adressé un magnifique sourire accompagné d'un soupire de soulagement et la CPE avait saisi son téléphone.
-Je m'occupe de ton changement d'emploi du temps. Je te recontacterai pour mettre tout ça à jour Arnaud, tu peux y aller. Bertrand, reste un peu s'il te plait, il faut que nous mettions quelques points au clair !
A nouveau quinze jours passèrent sans nouvelle et Arnaud en oublia presque son engagement. La réalité refit cependant surface assez rapidement lorsqu'il fut à nouveau convoqué chez la CPE ! Après les formalités d'usage, la CPE laissa la parole à Bertrand qui semblait tout excité par son projet qui prenait forme sous ses yeux.
-Alors voilà comment ça va se passer. Tous les élèves souhaitant participer au casting pourront se présenter et inscrire leurs renseignements sur un bulletin. Il leur faudra préciser leur nom, prénom, âge et leur classe pour que nous puissions les contacter. Les volontaires doivent être majeurs ou avoir une autorisation parentale. Ensuite lorsque nous aurons tous les volontaires, nous ferons une sorte de vote général du lycée afin de réduire les candidats, puis un deuxième vote, celui la effectué par les membres de l'association et toi. Ensuite tu pourras passer aux photos et choisir toi même ceux que tu veux garder ou non.
-J'aurai le choix des modèles ?
-Plus ou moins, tu auras le choix parmi ceux qui restent. Et tu nous montreras tes choix avant d'officialiser.
-Ok.
L'aventure commença alors.
Lorsque l'annonce fut officialisée, les réactions furent plutôt mitigées au sein des élèves. Mais une fois que les plus téméraires se lancèrent, une vague d'inscription déferla dans nos urnes. Et quand Arnaud se rendit compte de la masse de travail que ça allait apporter il fut tenté de renoncer, mais l'enthousiasme de Bertrand et la confiance qu'avait sa CPE en lui l'empêchaient à chaque fois d'exprimer son envie de tout lâcher. Une fois tous les bulletins reçus, il fallut faire le tri entre les vrais inscriptions et les blagues potaches, puis Bertrand lui proposa plusieurs idées de fond pour les calendriers. Arnaud ne fut pas surpris de trouver parmi les participants, Lorenzo et sa bande ainsi que quelques autres « populaires » du lycée, en dehors de ça, il ne connaissait pas vraiment grand monde.
Finalement le jour du grand vote arriva et d'une centaine de personnes inscrites, seuls trente élèves furent désignés pour passer à l'étape suivante. Les noms des « heureux élus » furent affichés sur un panneau à l'entrée du lycée.
Peu après, alors qu'il travaillait seul dans le local qu'on leur avait attribué pour la réalisation de leur projet, Arnaud fut brusquement interrompu par une porte ouverte violemment. Il vit arriver Lorenzo, les traits crispés par la colère.
-Je veux voir un responsable, immédiatement !
-Je suis seul pour le moment.
-Alors tu vas peut être me dire ce que veut dire tout ce bordel ?!
-Ecoute, j'ai passé une journée difficile et j'ai encore pas mal à faire ici donc si tu pouvais d'une, arrêter de crier, de deux, t'expliquer clairement, ça nous ferait gagner du temps à tous les deux !
-Je parle de votre concours à deux balles ! Je peux savoir pourquoi je me retrouve dans la liste des abrutis qui veulent se foutre sur votre calendrier pourri !
Arnaud resta un instant dubitatif face à une telle mauvaise foi.
-Ce calendrier est loin d'être pourri, il va apporter un peu de bonheur à ceux qui sont dans le besoin et si tu arrivais à voir un peu plus loin que ton nez de petit bourgeois pourri gâté, tu t'en rendrais compte. En plus seuls les personnes qui se sont inscrites ont participé au vote et si tu te retrouves sur cette liste, c'est que tu as bien voulu y être !
Les éclats de voix résonnait fortement dans le local vide, accentuant un mal de tête qu'Arnaud sentait poindre depuis le début de la journée. Après quelques secondes de silence brisé par l'écho des cris, Lorenzo reprit plus calmement.
-Je ne me suis jamais inscrit à votre concours.
-Quoi ? Mais il fallait rendre le bulletin avec une photo pour pouvoir être inscrit ! Et des données personnelles.
-Ecoute euh....
-Arnaud.
-Oui, Arnaud. Je ne suis pas le seul à avoir des photos de moi, ok ! Et quant aux données personnelles c'est pas bien difficile d'en trouver.
-Je vais aller regarder dans ton fichier d'inscription.
Arnaud pris le carton rassemblant les différents fichiers et en sortit celui de Lorenzo.
-Alors...tu es bien Lorenzo Vargas, né le 15 février, tu es en terminale 3 ?
-Oui.
-Ton inscription a été prise en compte il y a un peu plus de trois semaines. Et voilà la photo qui a été donnée.
Arnaud tendit la photographie de Lorenzo sur lequel il était assis, adossé à un muret, un genou replié et un bras appuyé dessus, le poing sous le menton, le regard dans le vague.
-Je ne me suis pas inscrit.
-Tu ne sais pas qui a pu le faire ? Tiens voilà ta fiche. Tu reconnais l'écriture ?
-....Non...je ne vois pas....Alors comment je fais ?
-Comment tu fais quoi ?
-Comment je fais pour me désinscrire ? J'ai jamais voulu faire ça moi, je veux me retirer.
-Ah désolé, mais c'est impossible.
-Quoi ? Comment ça impossible ? Tu te moques de moi ?
-Non pas du tout, c'est stipulé dans le règlement. Une fois inscrit, tu dois aller jusqu'au bout. Et pour ça, il faut soit que tu perdes, soit que tu finisses par faire les photos.
Arnaud ne savait pas trop pourquoi il disait cela. Il n'y avait jamais eu aucun règlement et tout le monde pouvait aisément se retirer si l'envie lui prenait. Il n'y avait rien d'officiel dans ce « concours » et chacun était libre de ses choix. Mais alors que Lorenzo lui avait fait part de son envie de se retirer de la liste, il avait soudainement eu envie, sans trop savoir pourquoi, de pouvoir le photographier. Et si possible, assez peu vêtu...et il avait rétorqué du tac au tac que c'était impossible...même lui aurait pu y croire tellement il avait l'air sincère. Arnaud pria pour que Lorenzo ne demande pas à avoir des preuves de ce qu'il venait de dire, mais au moment ou celui ci ouvrit la bouche, la porte s'ouvrit sur Bertrand, accompagné d'une ribambelle de gamins ! Avec un petit sourire d'excuse, il s'expliqua.
-Depuis que je leur ai parlé du projet, ils me tannent pour rencontrer le grand photographe qui va les aider....alors aujourd'hui, j'ai cédé...
En voyant les frimousses émerveillées, Arnaud fondit d'un coup et si il avait eu encore le moindre doute quant à son envie de participer au projet, ils les oublia sur le champs.
-Et toi t'es qui ?
Demanda une petite fille haute comme trois pomme, avec un cheveu sur la langue. Arnaud vit là, une occasion en or !!
-C'est un monsieur qui s'est proposé pour participer aux photos du calendrier !
Et devant le regard impressionné et adorateur de ces chères têtes blondes, Lorenzo envoya à Arnaud un regard qui tue, il était piégé !
Le reste de l'après midi se passa étonnement bien et Lorenzo resta jusqu'au bout, à la grande surprise d'Arnaud et pour la plus grande joie de la plupart des fillettes conquises par son style
hispanique, son humour et sa douceur. Arnaud ne l'avait jamais vu ainsi. Il traînait toujours avec sa bande, se forgeant un air bravache et séducteur, or, en cette fin d'après midi, dans ce
local, le masque était tombé et la véritable nature du garçon reprenait le dessus. Malgré lui, Arnaud ne pouvait en détacher son regard et quand Lorenzo leva les yeux vers lui et le surprit dans
sa contemplation, il ne put que baisser la tête et faire semblant de se replonger dans son travail, tentant de cacher la rougeur de ses joues. Il se força à garder la tête baissée presque tout le
temps malgré la chaleur du regard intrigué de Lorenzo qu'il sentait se poser sur lui régulièrement.
Lorsqu'enfin Bertrand referma la porte derrière lui et les enfants, un grand silence se fit dans le local. Ce fut Lorenzo qui le brisa en riant.
-Eh bien...j'ai une bonne dizaine de demandes en mariage...va falloir que je me décide...
Arnaud sourit doucement, gardant la tête baissée, certain que si il croisait le regarde de son vis-à-vis, les rougeurs repartiraient de plus belle ! Malheureusement pour lui, les pieds de Lorenzo se rapprochaient.
-Bon alors, je suppose que pour mon histoire d'inscription je ne peux rien faire ?
-Oui, oui, voilà, c'est ça....on peut rien y faire.
Les pieds se rapprochaient encore et Arnaud priait pour qu'ils ne s'avancent pas plus.
-Parce que c'est écrit dans le règlement, n'est-ce pas ?
-Oui...oui, c'est le règlement...
Les pieds se trouvaient maintenant juste en face des siens et Arnaud sentit deux doigts lui soulever le menton.
-Et si je vais jusqu'au bout, tu vas devoir me photographier, c'est ça ?
-Eh bien...oui, si tu fais parti des finalistes !
Leurs yeux étaient encrés les uns dans les autres et Arnaud osait à peine respirer, envoûté par l'odeur du parfum épicé de Lorenzo.
-Bon, alors dans ce cas, je vais devoir remporter ce concours, après tout, c'est pour la bonne cause !
-Oui, la bonne cause...
-Tu es sur que ça va ? Tu n'es pas très éloquent...
-Oui, oui, ça va.
Arnaud sentait ses joues s'embraser, Lorenzo était bien trop proche de lui et il s'agrippait au bord du bureau derrière lui pour ne pas faire quelque chose de stupide, comme...lui sauter
dessus.
Ses prières furent entendu car Lorenzo s'éloigna finalement et se dirigea vers la porte.
-Bon je vais y aller, moi, j'avais pas prévu de passer autant de temps ici.
-D'accord...salut !
Lorenzo franchit la porte et Arnaud s'apprêtait à souffler un bon coup quand il reparut soudainement.
-Oh fait ! J'ai un peu discuté avec ton pote....euh, Bertrand, tout à l'heure...il m'a dit qu'il n'y avait aucun règlement spécifique pour votre concours. Que c'était du bénévolat et que les
candidats étaient libres de leur participation...Etonnant n'est-ce pas ?
Lorenzo avait un grand sourire au lèvres, légèrement moqueur...et Arnaud resta la bouche ouverte sans trouver quoique ce soit à répondre...Lorenzo reprit, toujours très amusé de la situation.
-Alors j'te dis à bientôt !
Et il referma la porte derrière lui.
Arnaud resta un petit moment immobile à tenter de faire le tri dans les évènements de la journée. Il venait de se faire ridiculiser devant un type qu'il croyait jusqu'à présent ne pas pouvoir
sentir. Pourtant indéniablement, il était attirant et ça, même avec toute la mauvaise foi du monde, Arnaud ne pouvait pas le nier. Et le comportement qu'avait eu Lorenzo cet après midi l'avait
vraiment étonné. Il n'était donc pas uniquement un petit bourgeois prétentieux et superficiel ? Bon sang il venait d'avoir la honte de sa vie devant le mec le plus canon du lycée...mais quel con
!
La semaine qui suivit, Arnaud participa à la réunion désignant les finalistes. Malgré lui, il commençait à prendre à cœur son travail et passait bien plus de temps que prévu dans son local.
L'avancée du projet se faisait sans encombre, et le fond utilisé pour les calendriers était presque terminé. Alors qu'il apportait les dernières touches, Lorenzo fit son entrée dans le local.
Arnaud ne l'avait pas revu en tête à tête depuis l'après midi ou étaient venus le enfants et ne put s'empêcher de rougir en repensant à leur dernière entrevue. Mais Lorenzo ne semblait pas
moqueur.
-Salut !
-Salut !
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Je prépare les fonds qui serviront de support aux calendriers et aux photos.
-Ah...je...je peux t'aider ?
-Quoi ?
-Ben oui....
-Pourquoi tu voudrais m'aider ?
-Pourquoi pas ? Et puis vu que je vais être affiché sur vos trucs, je préfère être sur que ce soit fait avec goût ! Je ne veux pas que ça porte atteinte à me beauté légendaire !!
La phrase ayant été dite avec humour, Arnaud se détendit un peu.
-Je te trouve bien sur de toi !
-Je suis un indécrottable réaliste !
Arnaud laissa échappé un petit rire.
-Tu peux m'aider si tu veux.
Ce qu'il n'avait pas prévu c'est que la seule chaise de libre était juste à côté de la sienne et quand Lorenzo s'installa, Arnaud eut soudain l'impression que la chaleur montait dans la pièce.
-Alors qu'est-ce que je peux faire ?
-Euh...tu vois les planches posées là bas ?
-Oui.
-Elles ont été peintes hier et aujourd'hui, tu peux aller prendre celles qui sont sèches et coller le cadre par dessus. Arnaud sortit le prototype de son sac.
-Au final, on obtiendra ça, avec le calendrier ici et les photos comme ça !
-Ah ouais, c'est super...enfin j'veux dire, c'est pas mal !!!
Arnaud tentât tant bien que mal d'étouffer son rire, mais n'y parvint pas et finalement ils se laissèrent aller tout les deux à une crise de rire monumentale !
Ce fut comme ça que Lorenzo vint de temps en temps donner un petit coup de main à la préparation du projet, puis, de plus en plus souvent !! Les deux jeunes se rapprochaient, alternant la franche
amitié et le flirt plus ou moins poussé, n'osant pas faire un pas de plus, ni l'un ni l'autre. Lorenzo s'investissait également d'avantage dans le projet, proposant même l'idée de faire un
calendrier uniquement avec des gars, un uniquement avec des filles, et un mixte, augmentant ainsi la population visée et leur futur chiffre d'affaires. Après une légère hésitation de Mlle Sonira,
puis l'intervention de Bertrand en leur faveur, Arnaud et Lorenzo eurent l'autorisation de modifier le projet de départ.
Il fallut alors redoubler de travail pour créer d'avantages de calendriers ainsi que différents fonds et différentes décorations en fonction de chaque cas. Et les garçons se retrouvaient presque tous les jours après les cours pour finaliser le projet dans les plus brefs délais. Ils eurent encore deux fois la visite des enfants ce qui leur permettait d'avoir une pause rafraîchissant et amusante pendant un petit moment. Et à nouveau Lorenzo eut plusieurs propositions de mariage et Arnaud en reçut également.
Finalement la réunion avec les différents membres de l'organisation eut lieu en présence de Mlle Sonira et de Arnaud, et celui-ci pu présenter les différentes personnes sélectionnées pour les calendriers. Trois filles se partageraient le calendrier féminin, trois garçons se partageraient le masculin et ils feraient un mélange pour le mixte. Sans surprise, Lorenzo fit partit de ceux la. Pour rien au monde Arnaud ne se serait privé de moments passés avec lui, surtout en le faisant poser.
Le jour des essais arriva rapidement et les six élèves se retrouvèrent dans une pièce équipée. L'excitation se faisait ressentir parmi les organisateurs et les participants. Différents vêtements avaient été apportés, et les différents shoots purent commencer.
Arnaud était assez gêné au début, il n'avait pas l'habitude de photographier des modèles, en général, il prenait des paysages ou des mouvements de foule, mais pour la première fois, il se
retrouvait avec ses propres modèles qui pausaient pour lui de la manière dont il leur disait. Il ne se sentait pas à la hauteur... Voyant sa nervosité grandir, Bertrand fit sortir tout le monde
et Arnaud se retrouva seul avec les trois jeunes filles. Aussitôt, il se sentit plus à l'aise et il put reprendre les photos de groupe alternant les vêtements de différentes époques et une en
maillot de bain. Puis il les fit sortir afin qu'elles se changent et puissent passer une à une. Vint ensuite, le tour des garçons. Le roulement fut le même, ils firent d'abord les photos de
groupe en changeant de tenus, puis ils passèrent un par un. Lorenzo passa le dernier et Arnaud aurait pu jurer qu'il l'avait fait exprès. Il s'avança vers le photographe occupé à recharger une
pellicule.
-Alors, ça se passe bien ? Tu as ce que tu voulais ?
-Oui, pour le moment c'est nickel...le souci c'est que j'ai pris du retard et la luminosité baisse vite. Il va falloir qu'on se dépêche pour que je puisse faire les photos de vous six.
Arnaud semblait assez angoissé.
-Si tu veux tu peux faire les photos des groupes maintenant, on fera les miennes plus tard, ou même demain !
Arnaud le regarda plein d'espoir.
-C'est vrai ? Tu veux bien ?
-Oui, bien sur, de toutes façons, je viens ici presque tous les jours, alors autant que ce soit utile !
Arnaud soupira de soulagement.
-Super, je sais pas comment te remercier, tu me sauves la vie !
-T'inquiètes pas pour ça, je trouverai !
Répondit Lorenzo en lui lançant un sourire charmeur. Puis il alla chercher les autres qui attendaient dans une salle adjacente.
Les photos du groupe se déroulèrent dans la bonne humeur, les vêtements évoluant un peu de la même manière que pour les autres photos. Lorsqu'enfin Arnaud leur donna l'autorisation de partir, ils soufflèrent de soulagement. Ils étaient tous épuisés de leur journée. Seul Lorenzo resta au local. Une fois changé, il aida Arnaud à ranger le matériel. La nuit était tombée lorsqu'ils sortirent du lycée. Un silence gêné s'installa entre eux. Finalement, Arnaud commença à s'éloigner.
-Bon, ben salut, alors.
Il se retourna mais il sentit Lorenzo le saisir par le bras.
-Attend.
Arnaud fit volte face mais Lorenzo s'était nettement rapproché, se retrouvant presque collé à lui. La situation était on ne peut plus érotique.
-Quoi ?
-Je t'ai dit que je trouverai quelque chose pour que tu me remercies de te sauver la mise !
Arnaud fronça les sourcils. Est-ce qu'il allait se servir de lui ?
-Et je peux faire quelque chose pour toi ?
Lorenzo acquiesça et Arnaud le vit pur le première fois rougir. Finalement il répondit doucement.
-Je crois que oui.
Toujours maintenu par le bras, Arnaud vit Lorenzo s'approcher de plus en plus et son cœur se gonfla à l'idée de ce qui l'attendait. Lorsqu'enfin leur lèvres se rencontrèrent, Arnaud crut que ses jambes n'allaient pas le soutenir. Mais la deuxième main de Lorenzo était venue saisir son autre bras, puis était descendue jusqu'à sa main, entrecroisant leurs doigts. Ainsi accroché, il avait quelque chose auquel se rattacher. Lorsque Lorenzo quémanda timidement le passage avec sa langue, Arnaud ne put que l'offrir bien volontiers , rapprochant encore leur corps et passant une main derrière sa nuque.
Arnaud sentit Lorenzo sur le point d'approfondir encore leur étreinte quand il réalisa ce qu'il faisait. Il mit fin alors au baiser et n'osa pas regarder Lorenzo dans les yeux.
-Je suis désolé, je...je dois y aller...
Mais Lorenzo ne semblait pas prêt à le laisser partir.
-Attend, excuse moi...
-Non, c'est rien, c'est juste...je dois rentrer, et réfléchir et... je dois juste... y aller.. d'accord ?
Cette fois, Arnaud avait relevé les yeux et ils s'accrochaient à celui de son vis à vis qui avait l'ai vraiment désolé.
-On se voit demain ?
Arnaud sourit doucement, sentant ses battements cardiaques revenir à la normale.
-Oui, bien sur.
Lorenzo parut soulagé et consentit enfin à lâcher sa main. Arnaud fit quelques pas en arrière, ne décrochant pas son regard et n'arrivant pas à chasser le sourire qu'il avait sur le visage, puis se retourna, persuadé que rentrer dans une poteau ne ferait pas la meilleure sortie.
Arrivé chez lui, Arnaud s'enferma dans sa chambre, prétextant avoir mangé un morceau au lycée. Il s'allongea sur son lit et repensa aux derniers évènements en fixant le plafond. Lorenzo l'avait embrassé. Arnaud passa doucement ses doigts sur ses lèvres. Lorenzo l'avait embrassé et ils se revoyaient le lendemain. Un grand sourire se dessina sur son visage et un grand frisson lui parcoura le corps. Ca ne servait plus à rien maintenant de nier à quel point il était attiré par l'hispanique. Et le fait que la réciproque puisse être vrai le transportait de joie. Il était pressé d'être au lendemain.
A son réveil, il n'était plus du tout d'accord. La nuit lui avait parue trop courte et leur rendez vous trop proche. Il avait peur de le revoir, peur de s'être trompé sur ses intentions, peur de tout foirer, peur de ce que tout ce qu'il ressentait pouvait impliquer... Car maintenant il en était sur, ce n'était pas une simple attirance. Au début il appréciait Lorenzo pour son physique, mais il n'appréciait pas l'homme qu'il était. Mais ayant partagé tous ces moments ensemble lui avait permis de découvrir qui se cachait derrière le leader des populaires et petit à petit des sentiments bien plus forts étaient apparus. Et le baiser ! Ce baiser, la veille qui l'avait transporté sans qu'il s'y attende ! Rien que d'y repenser, Arnaud sentait un sourire idiot se former sur son visage. Mais l'angoisse de leur retrouvailles lui tordait l'estomac et il ne put rien avaler.
Arrivé au lycée, il ne trouva pas Lorenzo et alla s'installer à sa table en classe. L'hispanique arriva en retard et lui lança un petit clin d'œil discret avant d'aller s'asseoir avec sa bande
habituelle ! Arnaud souffla de soulagement. Il n'avait pas halluciné sur la soirée de la veille, Lorenzo ne l'ignorait pas. Malheureusement, Lorenzo fut accaparé toute la journée par ses amis et
Arnaud par ses occupations et ils n'eurent pas l'occasion de se revoir.
En fin de journée, Arnaud se dirigea vers le bureau de Mlle Sonira. La surveillante étant déjà partie, il entra directement dans le bureau et s'arrêta net, laissant tomber le matériel qu'il avait dans les mains. En le voyant, la CPE pâlit considérablement et réajusta rapidement ses vêtements tandis que Bertrand, les cheveux encore emmêlés attira Arnaud à l'extérieur du bureau. Arnaud restait hébété et Bertrand semblait très ennuyé, se tordant les mains et semblant chercher ses mots.
-Ce...c'est pas ce que tu crois...
-Je ne crois rien...j'ai vu !
-Arnaud, écoute...
-Non ! Je ne veux pas savoir. Tu fais ce que tu veux, ça ne me regarde pas ! Je vais juste avoir besoin de m'en remettre...
-Tu ne le diras a personne ?
-Non....non, bien sur que non. Mais tu sais ce que vous risquez ?
-Oui. Oui, je le sais, c'est pour ça qu'on se cache...je suis vraiment désolé Arnaud, je voulais pas te mêler à tout ça, tu n'aurais pas du assister à cette scène...
-C'est pas grave...je...je voulais apporter les supports du calendrier...je les ai terminé avec Lorenzo...
-Oh, oui ! Lorenzo, hein !
-Quoi Lorenzo ?
-Non rien. C'est pas important.
-Dis moi !
-Eh bien j'ai l'impression que vous vous entendez bien tous les deux.
-Oui, nous sommes amis...je crois.
-Amis ? Je dirai un peu plus que ça...
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Arnaud avait subitement rougi.
-Oh allez, arrête, quand je suis venu la première fois avec les enfants, il te dévorait des yeux !
-C'est vrai ?
-Bien sur. Et tu n'étais pas en reste si je ne m'abuse.
Bertrand se moqua gentiment de la réaction d'Arnaud et finalement, celui ci lui raconta toute l'histoire.
-Mais moi au moins, il n'y a rien d'illégal.
Bertrand cessa aussitôt de rire.
-On s'aime, tu sais. Je sais que ça peut paraître fou, et moi même j'ai eu du mal à me faire à la situation, mais c'est la vérité. Je ferai n'importe quoi pour elle. Après tout qu'est-ce que ça peut faire qu'elle soit CPE et moi élève ? Au final nous n'avons que très peu de différence d'âge, dans une autre situation, il n'y aurait eu aucun problème ! Dans quelques mois j'ai fini l'école, et rien ne pourra nous empêcher d'être ensemble...mais d'ici la, nous devons juste être très prudents.
-Tu peux compter sur moi, je ne dirai rien.
-Je te remercie. Tu es vraiment un ami.
-Tiens voilà les supports, tu les remettra à Mlle Sonira, parce que je crois que je vais mettre un peu de temps à pouvoir recroiser son regard !
Bertrand récupéra le projet en riant.
-Bon j'y vais, je dois encore prendre quelques photos. C'est bientôt l'aboutissement du projet !
-Oui, j'ai hâte de voir le résultat final !
-A bientôt ! Et, en parlant de prudence...évitez de refaire ça dans le lycée...ça aurait pu être n'importe qui plutôt que moi qui passait par là...
Bertrand rougit et bafouilla que cette fois ci leur avait bien servi de leçon et qu'il ne commettrai pas deux fois la même erreur. Arnaud put enfin se diriger vers son local et en chemin il se surprit à penser qu'il avait pour la première fois un ami au sein de son établissement scolaire et peut être même un petit ami, si il en jugeait par les évènements récents. Cette année était décidément bien différente des précédentes ! Et ce n'était pas pour lui déplaire.
Lorsqu'Arnaud arriva près du local, il vit un petit groupe devant la porte. Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître Lorenzo et sa bande. Il hésita un instant, mais il n'avait pas vraiment
le choix, il fallait qu'il finisse son travail et il n'y avait qu'une seule entrée. Il s'avança donc en cherchant vainement quelque chose d'intelligent à dire, mais plus ses pas le rapprochaient
du groupe, plus ses mots s'enfuyaient de sa tête. Heureusement pour lui, en l'apercevant, les amis de Lorenzo lui dirent au revoir et s'éloignèrent, saluant simplement Arnaud au passage.
Lorenzo s'était adossé au mur, les mains dans les poches, un petit sourire mutin scotché sur le visage.
-Tu es en retard !
Arnaud fit un petit sourire contrit tout en introduisant la clé dans la serrure.
-Désolé, je suis passé déposer les maquettes chez Mme Sonira.
Au souvenir de son passage dans le bureau de sa CPE, Arnaud ne put s'empêcher de rougir fortement, ce qui n'échappa pas aux yeux de Lorenzo.
-Qu'est-ce que tu as pu faire pour que ça te perturbe à ce point. Demanda-t-il toujours moqueur.
-Oh, rien...je....vraiment, rien d'important.
-Si tu le dis...oh fait, bonjour !
-Oui, salut...
-Non je voulais plutôt dire...bonjour.
En prononçant se mots, Lorenzo l'attira vers lui par le col et posa ses lèvres sur celles d'Arnaud. Le baiser fut cependant vite interrompu par les grands cris d'encouragements des amis de Lorenzo à quelques mètres d'eux. Arnaud encore sous le choc ne pu que rougir et lâcher son trousseau de clé qui dégringola de sa serrure. Lorenzo tourna la tête vers sa bande et lança avec un grand sourire :
-Vous êtes encore là vous ? Vous étiez pas sensé vous tirer bande de nazes ?!
Ils s'éloignèrent finalement en rigolant et Lorenzo n'avait pas retiré sa main de son cou et Arnaud était toujours aussi rouge. L'hispanique se baissa et ramassa les clés puis ouvrit la porte.
-Ben alors, tu viens ?
Arnaud entra à sa suite, tel un automate, mais quand Lorenzo le poussa doucement contre le mur, il reprit ses esprits et c'est avec fougue qu'il répondit au baiser qui suivit. Arnaud avait du mal à croire à ce qui lui arrivait. Mais lorsque sa langue entra en contact avec celle de Lorenzo, il décida de repousser ses interrogations à plus tard et ses mains partirent à la découverte du corps de son camarade de classe. Les vestes étaient tombées et les tee-shirt semblaient pressés de les rejoindre. Les deux hommes continuaient à s'embrasser tandis que leur corps se frottaient l'un à l'autre mimant plus ou moins consciemment l'acte sexuel qu'ils désiraient. Arnaud y mit fin difficilement mais ne s'éloigna pas de Lorenzo, toujours dans ses bras, leurs lèvres à quelques centimètres les une des autres. L'hispanique fronça les sourcils.
-Ca ne va pas ?
-Si...c'est juste que...je dois faire les photos...
Lorenzo se détendit et sourit en se détachant d'Arnaud.
-Je vais me changer alors !
-Oui, ok...je prépare le matériel.
Arnaud commença donc à monter son appareil photo tel un automate, pas vraiment sur de ce qu'il venait de partager. Lorsque Lorenzo revint dans la salle, Arnaud ne put détacher son regard de son
corps. Pour les premières photos, il avait choisi le smoking et ça lui allait à ravir. Il était vraiment très classe, mais ces cheveux légèrement ébouriffés lui faisaient conserver un air rebelle
très sexy.
-Ca te plait ?
Arnaud sursauta et prenant conscience qu'il déshabillait son partenaire du regard, piqua un fard. Cependant ça ne l'empêcha pas de répondre.
-Oui, beaucoup.
Lorenzo laissa échapper un petit rire et partit s'installer au milieu du décor.
Les différents costumes défilèrent en même temps que les minutes. Plusieurs fois, Arnaud du s'accrocher à son appareil photo pour ne pas sauter sur le corps délicieusement attirant de Lorenzo. Celui ci fut heureusement très professionnel en dehors de quelques sous entendus lancés entre chaque shoot. Enfin arriva le passage en maillot de bain et Arnaud faillit perdre sa mâchoire en voyant le corps de Lorenzo si peu vêtu. Après quelques photos supplémentaires, Lorenzo commença à faire des poses plus ou moins explicites ou alors complètement déjantées, et Arnaud continuait à mitrailler son modèle.
-Nous savons tous les deux que ces photos ne seront pas publiables, alors tu continues à les prendre pour pouvoir me mater ou pour me faire chanter.
Arnaud déposa finalement son appareil dans sa sacoche.
-Peut-être les deux, qui sait...
Il fit quelques pas en direction du décor et Lorenzo en sortit, le rejoignant.
-Je peux aller me rhabiller ?
-Pourquoi ? Tu es très bien comme ça.
Lorenzo rougit et Arnaud eut un petit sourire pervers.
-Vas-y, je range.
Lorenzo s'éloigna de quelques pas vers les vestiaires puis fit volte face et vint quémander un baiser. Baiser qui lui fut rendu avec grand plaisir.
-Va t'habiller avant que je t'enlève le dernier morceau de tissus qu'il te reste.
Lorenzo s'éloigna dans un bruyant éclat de rire. Arnaud rangea son matériel avec soin, puis mit un peu d'ordre dans la pièce. Lorenzo finit par ressortir du vestiaire et ils se retrouvèrent à l'extérieur du local. L'hispanique voulut à nouveau l'embrasser mais Arnaud tourna la tête. Face à un froncement de sourcil interrogatif, il tenta de mettre des mots sur ce qu'il ressentait.
-Est-ce que...est-ce qu'on est ensemble ?
Lorenzo parut surprit, mais ne laissa échapper aucune expression sur son visage.
-Je ne sais pas. Qu'est-ce que tu en dis ? C'est ce que tu veux ?
-Euh...je sais pas...je crois que...j'aimerai bien...
Le visage de Lorenzo se détendit enfin dans un sourire tendre.
-Alors on est d'accord.
Cependant à nouveau Arnaud évita ses lèvres.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Tes amis, ils ne vont rien dire ? Je ne suis pas vraiment...apprécié ici...
-Pourquoi tu dis ça ?
-Je passe mon temps à étudier, les autres me prennent pour un extra terrestre, je le sais bien, je ne suis pas stupide.
-Tu crois ça ? Tu restes le plus souvent isolé de tous et ça te donne un côté mystérieux qui attire beaucoup de monde, crois moi....et tu es loin d'être désagréable à regarder. Quant à mes amis, je ne sais pas si tu as remarqué mais ils étaient là tout à l'heure, et ils n'ont pas franchement eu l'air dérangés de nous voir ensemble.
Arnaud baissa la tête.
-Je ne sais pas. Je m'étais dit que je n'aurai pas de petit ami pendant les études.
-Quoi, tu n'es jamais sorti avec quelqu'un ?
-Si, bien sur. Pendant les vacances ou parfois certains week-end. Ca n'allait jamais plus loin.
-Je peux savoir pourquoi ?
-Je me suis fixé des objectifs et je veux les atteindre.
-C'est bien d'avoir de l'ambition, mais tu m'as l'air d'être plutôt à l'aise en cours. Rien ne t'oblige à vivre la vie d'un moine pour réussir. Un travail régulier et sérieux suffit.
Un léger blanc suivi cette déclaration. Affin d'être bien sur de ne pas laisser s'échapper le jeune homme, Lorenzo rajouta en frôlant ses lèvres :
-Ca serait dommage de ne pas tenter quelque chose tous les deux, tu ne crois pas ?
-Mhhh oui, peut être.
Arnaud avait murmuré sa phrase avant de se laisser aller à de plus agréables pensées, comme la douceur des lèvres de Lorenzo, ou la chaleur de sa langue rencontrant la sienne.
-Si tu veux je peux même te promettre de ne pas te déranger pendant que tu bosseras. En échange, tu m'accorderas un peu de temps pour ne pas que j'ai l'impression d'être moi même un moine. Qu'en penses-tu ?
-C'est un marché plutôt honnête. J'ai le droit à un délai de réflexion ?
-Oui, tu as le temps de ça.
Et à nouveau il s'embrassèrent longuement. Quand Lorenzo libéra la bouche d'Arnaud, il ne put que murmurer un faible « j'accepte ».
-Tu veux pas qu'on aille ailleurs ? c'est pas que d'être collé contre toi m'ennui, mais on pourrait peut être trouver un lieu un peu plus agréable que le lycée, non ?
-On peut aller chez moi si tu veux, mes parents ne sont pas là ce soir et....
En se rendant compte de son sous entendu Arnaud piqua un fard monumental.
-Enfin je veux dire, c'est pas pour ce que tu crois c'est juste comme ça...enfin pour être tranquille...enfin non...si mais...pas pour faire...
Lorenzo laissa Arnaud bafouiller un instant puis le coupa en rigolant.
-Ne t'inquiète pas, j'ai compris l'idée. Tu me feras visiter !
-Oui...si tu veux...
Ils s'éloignèrent main dans la main.
-Oh fait, qu'est-ce que tu m'as caché tout à l'heure....à propos de Mme Sonira ?
-Je te le dirait peut être un jour, mais pour le moment, c'est un dossier classé top secret.
-Et tu ne parleras pas.
-Absolument !
-Même sous la torture ?
-Hmmm, je ne sais pas....faut voir ce dont tu es capable !
-J'ai une très grande imagination, je sens que je vais bien m'amuser !
Arnaud serra fortement la main de son maintenant officiel petit ami en se persuadant qu'il ne rêvait pas. Sa vie risquait de beaucoup changer à présent. Il allait devoir rencontrer et fréquenter les populaires, il pouffa rien qu'à l'idée de la tête que ferai ses camarades de classe. Il lui faudrait réorganiser son emploi du temps également. Il voulait profiter un maximum de sa relation. Mais comme l'avait dit Lorenzo, il ne devrait pas trop avoir de soucis à maintenir le cap de ses études.
Il repensa à sa journée de rentrée, là où tout avait commencé, et aux évènements jusqu'à ce jour. Cette journée n'était assurément pas une de celle qu'il aurait voulu passer caché sous sa couette. En quelques mois, il avait gagné un ami et un petit ami. Il ferait en sorte de conserver les deux le plus longtemps possible. Il repensa aux calendriers et à tous leurs efforts fournis qui serraient bientôt récompensés. Il rigola doucement.
-Qu'est-ce qui te fait rire ?
-Oh rien...je me disais juste que si on en est là aujourd'hui, c'est grâce à Bertrand et à son idée farfelue de calendrier pour venir en aide aux enfants. Je n'arrive pas à croire qu'il m'ait embarqué dans cette histoire aussi facilement.
-C'était plutôt sympa...et plus tard on pourra dire que si on s'est rencontré....c'était pour la bonne cause !!!

