Bonjour, bonjour !
Comment allez-vous ? Votre week-end de Paques s'est bien passé? Pas trop d'indigestion?
Voilà enfin la suite d' « Une petite parcelle de bonheur ». J'espère qu'elle vous plaira.
Petit mot d'appel pour vous à la fin du chapitre !
Bonne lecture !
La reprise des cours a eu lieu depuis près de trois semaines. Nous nous dirigeons à petit pas vers l'automne. Et moi, j'ai l'impression de m'enliser.
Trois semaines que j'ai repris les cours...presque trois mois que je l'ai vu pour la dernière fois. Depuis, rien. Pas un coup de fil, pas une nouvelle. J'ai l'impression qu'on s'amuse à pétrir mon cœur dans tous les sens depuis quatre-vingt huit jours. Oui, je sais. J'ai compté les jours : pathétique ! Je suis pathétique. Combien de fois je me suis lancé cette phrase à moi même lorsque par malheur je croisais mon reflet dans une glace. Mon reflet, devenu bien trop pâle, bien trop maigre. Pathétique ! Moi qui était si fier de ce corps que j'entretenais au mieux, moi qui était fier de ma belle gueule, fier des effets que je pouvais provoquer d'un simple regard. Pathétique ! Maintenant je ne suis plus rien. Quand je me regarde dans une glace, il me faut quelques secondes pour percuter que c'est bien moi. Alors j'ai arrêté de regarder dans les miroirs. Pathétique ! Pathétique ! Pathétique !
Je sers les poings et tente de me focaliser sur l'intervenant qui débit son cours en un rythme lent et monotone. Toujours de la même voix. Il doit être en train de préparer son mariage... Je ne dois pas y penser. Je le sais pourtant ! Allez Rom'. Concentre toi sur tes cours ! Je n'ai jamais autant bosser que depuis quelques temps. J'ai toujours le nez dans les bouquin. Je peux même en lire plusieurs à la suite. J'ingurgite du droit. Du droit pénal, du droit international, du droit civique, du droit, du droit, du droit...j'en ai la gerbe.
Et pourtant je ne suis pas seul. Mes parents sont là, derrière moi et ils sont inquiets. Je le sais bien, je le vois dans leurs yeux. Et ma Morgane. Ma jolie Morgane. Petit ange, petite beauté, petite douceur. Elle seule parvient encore à me décrocher un sourire franc. Ma douce petite haricote, sait-elle seulement que ses yeux seuls peuvent me faire lever le matin, que ses gazouillis m'empêchent toujours d'appliquer la lame du rasoir plus profondément sur ma peau ? Si jeune et elle porte déjà ma vie sur ses frêles épaules. Je n'ai pas le droit de lui infliger ça...mais sans elle, je sombre. Elle qui pousse tranquillement, grappillant chaque centimètre, accomplissant ses premiers moments de vie.
Même Elisa n'arrive plus à me faire bouger. Oh, bien sur, au début, elle a essayé. J'ai pleuré, longtemps. Et un jour elle a débarqué, avec ses gros sabots et a voulu me secouer les puces pour que je reprenne du poil de la bête.
Flash back:
-Bon Rom', maintenant tu te bouges ! Dans trois jours on a un concert à aller voir et j'ai pas l'intention d'y emmener une serpillière, c'est clair ?! Alors remues-toi le fion !
Je baisse les yeux du livre que je tenais ouvert à la même page depuis plusieurs minutes, ne pouvant plus lire, la vue embrouillée par mes larmes. Je me lève pour lui faire face. Elle crispe ses poings. Elle n'aime pas me voir faible et son meilleur moyen de me faire réagir a toujours été de me rentrer dans le lard.
-Je n'ai pas envie d'y aller, ma belle ! Invite donc ta nouvelle copine, la hippie !
-Ce n'est plus elle. J'en ai une autre. Et c'est avec toi que je devais y aller !
-J'ai dit non Elisa.
Même ma voix je ne la reconnais plus. Elle est terne et vide, sans intonation. Si je m'écoutais, je me foutrais froid dans le dos.
Elisa devient furieuse, je peux décrypter ses mouvements de mâchoire. Je sens que je vais passer un mauvais moment. Je m'en fous !
-Bon maintenant tu arrêtes tes conneries, Romain ! Tu vas pas bien, ok ! Tu ne veux pas m'en parler, ok ! Tu ne veux même pas dire ce qu'il s'est passé, ok aussi ! Mais arrêtes de te morfondre comme une putain de fillette de mes deux ! Si tu tenais tant que ça à le garder près de toi ton infirmier, t'avais qu'à lui dire ce que tu ressentais pour lui. Je t'avais prévenu. Mais non monsieur est trop orgueilleux. Monsieur joue le gros dur sans sentiment, qui ne s'attache à personne ! Eh bien, je vais te dire, c'est bien fait pour ta gueule Rom' ! Ton super-male était un type bien qui voulait une relation stable. Tu n'avais qu'à saisir la perche qu'il t'a tendu un nombre incalculable de fois. T'avais qu'à lui dire que tu l'aimais ! Maintenant tu assumes, merde !
-Je lui ai dit...
Un long silence se fait après mon murmure. Je baisse la tête et cette fois, mes paupières, malgré les cernes ne sont pas suffisamment creusées pour retenir toute la flotte qui s'y accumule. Et ça dégringole. Je lui tourne le dos pour ne pas qu'elle en voit davantage. Et je sens mes jambes trembler sous mon poids. Est-ce que j'ai mangé ce midi ? Non je ne crois pas...et ce matin ? Non plus. Avant ça... je ne sais plus. Pour ne pas m'effondrer comme la loque que je suis devenu, je m'agenouille doucement sur la moquette. Des petits pas feutrés s'approchent de moi et deux bras m'enserrent fortement, une douce main que je connais par cœur passe dans mes cheveux.
-Tu lui as dit ?
Je hoche la tête et un sanglot m'échappe, suivi d'un deuxième. Et bientôt, c'est toute une fratrie de petits sons étranglés qui sortent de ma gorge sans que je n'y puisse rien. Et c'est entrecoupé de sanglot que j'essaie de lui raconter brièvement ma dernière rencontre avec Evan.
-Il...je...je lui ai dit. Je te jure que je lui ai dit...Mais il...et son père....et l'autre pétasse de fiancée de mon cul !!!... Je lui ai dit....et il n'a rien fait !
-Quoi ? Romain...Eh, mon beau, calme toi, je ne comprends rien à ce que tu me racontes.
Alors je reprends doucement. La visite, le couloir, sa main dans la mienne, la fiancée, sa main si chaude dans la mienne, son père, sa main arrachée à la mienne, la porte qui claque, ma main si seule sans la sienne, les pas qui s'éloignent et moi...moi qui attends comme un con qu'il se rebelle, qu'il lutte, qu'il ouvre cette putain de porte et qu'il m'embrasse jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Mais rien...alors le retour, les larmes, la douleur...sa main qui ne sera plus jamais dans la mienne... Putain comme je l'aime !
Je finis mon récit tremblant de rage et de désespoir et Elisa me sert davantage contre elle. Et je m'y accroche. Mes mains se referment sur ses vêtements et je les sers de toutes mes forces restantes. Et je continue à parler, incapable de refermer les vannes.
-Tu avais raison...tu avais raison, j'aurai du lui dire plus tôt....j'aurai du....peut être....qu'il serait toujours là....
-Oh Rom' ! Je suis désolée, si tu savais...j'aurai préféré avoir tort...j'aurai préféré avoir mille fois tort...
Fin du flash back
Lorsque j'ai relevé la tête, ce jour la, j'ai vu pour la première fois de ma vie, Elisa complètement désemparée. Elle n'était pas la seule. Mes parents aussi se faisaient un sang d'encre. Alors j'ai arrêté de pleurer. J'ai relevé la tête et j'ai fait comme si je reprenais du poil de la bête. Personne n'est dupe, mais ils respectent mon silence. Ils se contentent de me regarder du coin de l'œil, tentant d'évaluer approximativement combien de kilos j'ai perdu. Ils sont soudés autour de moi et tentent chacun de me redonner le goût de la vie...que j'ai bien peur d'avoir définitivement perdu...
C'est stupide et je le sais. Je sais que les chagrins d'amour finissent par se dissiper et n'être plus qu'un mauvais souvenir. Je sais qu'un jour j'arriverai à nouveau à rire, à manger plus de deux bouchées sans avoir immédiatement envie de vomir. Et pourtant...pourtant, quand chaque matin je pose sur mes veines palpitantes, cette lame affûtée j'ai envie de l'y plonger bien plus profondément. Car oui, je me coupe. Pas suffisamment pour que ce soit méchant, mais juste assez pour que la douleur sorte de moi et me libère...un peu. Pathétique !
Je m'accroche à ce que je peux. Elisa, mes parents, Morgane. Je m'appuie de tout mon faible poids sur eux, jusqu'à ce que je sois assez fort pour me remettre debout...ou pour trancher une fois pour toutes ces autoroutes sanguines qui traversent mes poignets.
Pour le moment, le cours se déroule devant mes yeux et j'ai beau voir l'intervenant parcourir l'estrade en bavant son cours, ses paroles n'atteignent pas mes oreilles. Un mouvement au fond à droite de la salle me fait reprendre contact avec la réalité. Le doyen de la fac s'avance vers l'intervenant et lui chuchote à l'oreille. Qu'est-ce qu'il vient faire là ? C'est déjà rare de le voir hors de son bureau, mais alors dans une salle de cours, c'est carrément exceptionnel. Il s'avance maintenant vers le devant de l'estrade et prend le micro.
-Je cherche monsieur Cyra Romain.
Je sens une chape de plomb tomber sur mes épaules. Je me recroqueville sur ma chaise. Il s'est trompé de nom, il s'est juste trompé de nom.
-Monsieur Cyra Romain est-il là ?
Je me lève bien contre mon gré. Mes jambes ne sont plus aussi fiables qu'avant, alors je me tiens à la table. Le doyen me remarque enfin.
-Vous êtes Romain Cyra ?
Non je me suis levé pour dansé la gigue, abruti !
Je me contente de hocher la tête.
-Veuillez me suivre, s'il vous plait.
Je longe ma table sur tout la rangée, dérangeant une bonne dizaine d'étudiants au passage. Je descends l'escalier et sors de l'amphi derrière le doyen, sous le regard de tous. Je les emmerde ! J'ai peur !
Je le suis dans un silence tendu, j'ai comme un bourdonnement dans mes oreilles qui semble augmenter en intensité à chacun de mes pas. Enfin nous arrivons au bâtiment administratif et le doyen m'emmène jusqu'à son bureau. Un homme m'attend.
-Papa ?
Il a les yeux rouges...il a pleuré ?
-Qu'est-ce qui se passe ? Quoi ? C'est maman ? Papa, dis moi !!!
Il s'approche de moi en secouant la tête et me sert dans ses bras à m'étouffer. Je peux voir derrière son épaule le doyen essuyer une larmichette sous ses lunettes et s'éclipser du bureau. Je panique.
-Papa....qu'est-ce qu'il y a ? Dis moi ! DIS MOI !!!
-C'est ...je....
Mon père éclate en sanglot dans mes bras et je crois que c'est la chose la plus flippante au monde. Il halète et hoquète :
-C'est...Morgane...hôpital....
J'ai l'impression que mon cœur s'arrête. Morgane...ma p'tite haricote...non, c'est pas possible...pas elle ! Je vous en prie, pas elle !
(Pour la scène qui suit, j'ai écouté « Chiquitita » de ABBA... si ça vous dit)
Nous nous dirigeons vers le parking extérieur le plus rapidement possible et nous montons en voiture. Mon père n'est pas en état de conduire, mais moi non plus...et puis je n'ai toujours pas mon permis... Le trajet se fait dans un silence de mort. Non, pas de mort ! Surtout pas de mort....juste dans le silence....c'est tout.
Enfin j'aperçois l'hôpital. Nous nous précipitons dans le service de pédiatrie et ma mère nous attend dans le couloir, en larmes également. Je me précipite dans ses bras.
-Maman, qu'est-ce qui se passe ?
Mais elle ne fait que pleurer en secouant la tête et finit par se réfugier dans les bras de mon père. Mais personne ne peut donc me renseigner sur ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'on fait là ? Qu'est-ce qu'elle fait là ? Ne me la prenez pas ! Je vous en prie, ne me la prenez pas ! Pas elle, si douce, si belle. Elle pour qui chaque nouveau progrès représentait toute une lutte comparativement aux autres enfants. Elle pour qui chaque jour qui passe est une nouvelle victoire contre la maladie, une nouvelle victoire pour la vie.
Enfin après presque deux heures d'une attente insupportable dans ces couloirs trop blancs et trop aseptisés, un médecin vient nous parler. Je ne comprends pas tout de son charabia médical, mais les mots que je saisis sont les plus importants.
-.....brusque aggravation de l'état général....état critique...décès inévitable...reste peu de temps....toutes mes condoléances....
Seul une horrible boule dans ma gorge m'empêche de hurler. Puis c'est un tourbillon. Nous devons aller lui dire au revoir. Comment ça lui dire au revoir ? Mais elle est toute petite ! On me fait me désinfecter les mains jusqu'aux avants-bras. Non, arrêtez, ce n'est pas normal. C'est elle qui devrait nous enterrer ! On me fait enfiler une surblouse verte immonde. Je ne comprends pas...arrêtez ! On me fait enfiler des gants en latex. Je vous en prie, arrêtez ! On me plaque un masque sur le visage.
Mes parents sont passés avant moi dans la chambre et maintenant c'est mon tour. J'ai droit à quelques minutes. Quelques minutes pour lui dire adieu. Quelques minutes pour lui dire à quel point je l'aime ! Je rentre doucement dans la pièce. La lumière est tamisée. Il y a de drôles de machines partout. Et au milieu de tout ce bordel, ma petite haricote, dans son berceau de plastique transparent. Je m'approche et je ne peux retenir un hoquet de stupeur. Elle est tuyautée de partout. Sa bouche, son nez, son pied, son crane... Tout son petit corps est relié aux machines. Je sens la bile remonter dans ma gorge.
Je tends ma main doucement vers sa joue. Elle a les yeux grands ouverts, comme toujours. Au fur et à mesure des mois qui passaient, nous avons commencé à voir quelques signes de son handicap. Ses yeux, ses joues, son évolution. Elle était différente, certes. Mais elle restait la plus belle, la plus éveillée, la plus adorable des petits bébés. Dieu que c'est injuste ! Pourquoi ?! Les larmes coulent sur mes joues en abondance et ma main descend doucement sur son bras pour arriver dans sa main qu'elle agrippe de ses petits doigts. Oui, c'est bien, accroche toi, je t'en prie, continue, bats-toi ! Mais je vois bien sa poitrine se soulever difficilement, j'entends les sifflements à chaque inspiration, la peau se creuser entre les cotes. Je sais qu'elle souffre. Sans le produit qui coule dans ses veines, elle souffrirait sans doute le martyr. Peut être serait-elle même déjà.... Je me penche vers elle mais mon masque m'empêche de faire quoique ce soit. Je l'arrache d'un geste rageur. A quoi bon, puisque de toutes façons je vais la perdre ?! Mes gants prennent le même chemin, et enfin, je peux sentir sa peau sous mes doigts, je peux embrasser sa petite main. Une jeune femme vient me chercher pour me faire sortir. Ils vont lui retirer toutes ces choses qui la retiennent en vie et elle va finir ses jours là où elle les a commencé : dans les bras de mes parents. Je n'ai pas le droit d'y assister. Je serai dehors, dans le couloir, une fois de plus. Je l'embrasse à nouveau, lui murmure à quel point je l'aime. Sa main agrippe toujours mon doigt, comme pour me retenir, comme pour ne pas être seule. Je lui dis de ne pas avoir peur, qu'elle n'est pas seule. On me fait sortir.
Je reste fort jusqu'à ce que mes parents disparaissent derrière la porte close. Puis je m'effondre. Et la boule qui était dans ma gorge remonte dans ma cage thoracique pour éclater brutalement, laissant couler un long cri de désespoir. Mes poings frappent sur le sol et les larmes continuent leur course folle. Je sens les bras se presser autour de moi : médecins, infirmiers, ils tentent de me relever, de m'aider. Je me soustrais brusquement à leurs attouchements à chaque fois. Je ne supporte pas qu'on me touche, j'étouffe. Laissez moi souffrir en paix, laissez moi mourir ! Les bras se font moins nombreux, les gens s'éloignent, enfin ils comprennent. Ma voix se brise. Mais soudain, deux bras puissants se referment sur moi. Je me débats à nouveau fermement, mais je suis complètement vidé. Je n'ai plus une goutte d'énergie en moi et si un dernier sursaut de conscience me dit de ne pas me laisser aller, mon odorat se repaît de cette odeur musquée qu'il a apprit à découvrir et à reconnaître. Evan est là. Evan est contre moi, il me sert dans ses bras en me murmurant des paroles que je ne saisis même pas. Aucune importance, pourvu qu'il continue. Enfin je peux me laisser aller. Juste un petit peu. Juste le temps de souffler. Je le laisse me porter dans ses bras et je m'accroche à son cou avec toute l'énergie qu'il me reste : celle du désespoir.
Je dois perdre à moitié conscience car quand je reviens à moi, je suis dans une chambre d'hôpital, allongé sur un lit, toujours dans les bras d'Evan. Sa main caresse mes cheveux et pendant quelques secondes j'ai l'impression que les derniers mois n'ont pas existé.
-Evan....
Je ne reconnais pas ma voix, enrouée d'avoir trop hurlé. Evan resserre sa prise autour de moi et m'embrasse le front. Je me contente de m'accrocher convulsivement à sa chemise et les larmes ressurgissent.
-Chuuut, Romain, ça va aller, je suis là. Je t'aime...
Sa phrase résonne en moi comme si il y avait un écho. Une décharge électrique me parcours le corps. Brusquement je le repousse et je le vois tomber du lit pour s'écraser au sol. Je me relève aussitôt et sors du lit. Une vague de colère et de haine m'envahit.
-La ferme ! Espèce de salop ! Comment tu peux dire ça ?
Je le vois se relever doucement, se frottant le poignet. Il soupire.
-Romain, laisse moi t'expliquer...
-Va te faire foutre Evan ! Ne m'approche pas, dégage ! Qu'est-ce que tu fous là d'abord ? Tu crois pas que j'ai assez de problèmes comme ça ? Faut que tu viennes en rajouter une couche ? Comment peux tu dire que tu m'...dire ça, après ce que t'as fait ?
-Romain...s'il te plait, c'est la vérité, je t'...
-NON ! Tais toi, tu m'entends ! FERME TA GUEULE !
Evan s'approche de moi et je recule. Il ne faut pas qu'il me touche. Surtout pas, parce que je suis incapable de résister à sa chaleur. Mon cœur bat la chamade...et moi qui pensais pouvoir l'oublier un jour ! Dans l'équation, j'ai oublié qu'une chambre d'hôpital, c'est tout petit et je me retrouve collé contre le mur, coincé entre le lit et l'adaptable. Evan est tout près, maintenant. Je tiens à peine sur mes jambes. Sa main vient se poser doucement sur ma joue et je n'ai même pas la force de l'envoyer bouler. Je me contente de tourner la tête, serrant les dents pour que mes larmes se décident à stopper leur course. Sa main va chercher mon menton et Evan m'oblige à le regarder, puis ses lèvres viennent frôler les miennes. Jamais je n'ai résisté à ses lèvres. Je me mords la langue pour ne pas me jeter sur lui. Il me reste ma meilleure arme en cas de défense : l'attaque.
-Je ne suis pas sure que ta fiancée apprécie ton comportement en ce moment ! Ni ton père, d'ailleurs...
Gagné, son visage s'éloigne légèrement. Mais la lassitude marque ses traits.
-Vas-tu, s'il te plait, me laisser t'expliquer la situation ?
-Je ne veux pas de tes explications, tout à été très clair pour moi la dernière fois.
Je tente de le repousser pour passer, mais ses mains me plaquent les épaules contre le mur.
-Je ne crois pas, non. Toi tu en es resté au moment ou la porte s'est refermée.
-Oui, en plein dans la gueule d'ailleurs, je te remercie de me le rappeler si délicatement. Comment va ton père à ce propos ? Il a toujours un bâton dans le cul ?
Evan relâche mes épaules et s'éloigne faire quelques pas dans la chambre en soufflant. Je regarde brièvement la porte à quelques pas de moi. Je ne sais pas si c'est le manque de force ou le manque d'envie qui m'empêche de me précipiter à l'extérieur, mais je ne bouge pas. Evan s'assoit sur le bord du lit et passe sa main sur ses yeux.
-Je ne sais pas. Je n'ai pas de nouvelle.
-Quel dommage ! Mais comment va-t-il contrôler le mariage avec miss Q.I. d'huître ? Elle baise bien au moins ? Parce qu'avoue que ça serait con de perdre au change ! Mais pourquoi n'a-t-il pas cherché un travelo ? Comme ça tout le monde aurait été content. Le fils PD aurait eu son trou et le père coincé aurait eu sa bru !
Je crache les mots comme s'ils me brûlaient la langue. Toute la rancœur que je ressassais depuis ces quelques mois remonte en vague et déferle sur Evan. J'ai besoin de la faire sortir. De lui faire comprendre à quel point il m'a blessé. Et toute ma douleur de perdre ma petit sœur s'ajoute à la peine qu'il m'a fait ressentir.
-Il m'a renié, Romain.
J'ai la chique coupée. Renié ? Comme dans « j'ai été renié » ? Je sens mon cœur tambouriner dans ma poitrine. Ne pas se faire de faux espoir, ne pas se faire de faux espoir....bon sang, est-ce qu'il m'a choisi ? Ce n'est pas....
-Quand tu es venu me voir l'autre jour...j'y croyais plus, tu sais. Et puis, t'es arrivé avec tes gros sabots et t'as encore complètement chamboulé tout ce en quoi je croyais. Et ce que tu m'as dit...tu m'as... ça m'a fait très plaisir que tu me le dise, même si je ne suis pas encore vraiment sure que tu l'aies fait par amour ou uniquement par peur de me perdre...Mais ça n'a pas vraiment d'importance parce que tu étais là et que tu m'as dit que tu m'aimais....tu peux pas imaginer ce que j'ai ressenti à ce moment la...
Je m'approche doucement tout en me tenant précautionneusement au lit pour ne pas m'effondrer. Je n'ai aucune confiance en mes jambes en ce moment. Je m'assois à ses côtés.
-Quand mon père a refermé la porte, j'ai du faire comprendre à la famille d'Anne-Claire qu'ils n'avaient rien à attendre de moi.
Evan laisse échapper un petit rire nerveux, rien ne semble l'arrêter dans ses explications et je suis tout ouie.
-Mon père était fou. Il s'est platement excusé auprès d'eux en disant que c'était l'émotion, que je les rappellerai bientôt. Mais je lui ai dit que c'était hors de question. Que j'avais quelqu'un dans ma vie et que s'il devait m'accepter, ça serait avec toi...ou pas du tout... Ca a été pas du tout. Il est parti en claquant la porte. Tu avais raison...il ne voulait pas me laisser sortir de son moule... Quant à ma mère...
Evan laisse à nouveau échapper un petit rire entre le hoquet et le sanglot.
-... ma mère elle a eu l'air triste de perdre son fils pendant quelques secondes... et puis elle l'a suivi... Elle n'a pas dit un mot. Je pensais que peut être, elle, pourrait comprendre... mais je ne suis même pas sure qu'elle ait eu envie de le faire... Peut être qu'un jour elle acceptera de me revoir. Mais pour ça, il faudrait qu'elle brave mon père, autant dire que c'est pas pour demain.
Je regarde Evan, incapable de sortir un mot. Mes amies les larmes font à nouveau leur chemin sur mes joues... elles vont finir par creuser un sillon. Mais pour le moment ça n'a aucune importance. Mon cœur tambourine à une vitesse telle que j'ai peur qu'il me sorte de la poitrine. J'ose alors poser la question qui me ronge depuis des mois.
-Pourquoi tu n'es pas venu me voir ?
-Ca n'a pas été si simple, tu sais. L'appartement était à mes parents, et même si je leur payais un loyer comme n'importe quel locataire, je n'avais plus envie de vivre chez eux. Et puis il m'a bien fait comprendre que je ne devais pas rester là. Alors j'ai du déménager. Ca m'a prit du temps pour trouver ce que je cherchais et puis, il fallait que je me retourne un peu... C'est pas tous les jours qu'on perd tous ses repères d'un coup...
Il finit en plaisantant, mais sa peine transperce dans ses mots. Et j'ai mal pour lui. Je me lève et me poste face à lui. J'avance entre ses jambes et referme mes bras sur sa tête en la posant sur mon torse. Je sens ses bras se croiser derrière mon dos. Je l'aide à se relever et je passe ma main derrière sa nuque pour approcher sa bouche. Cette fois, je ne ferai pas l'erreur de le laisser partir. Nos lèvres sont à quelques millimètres de distance, il me laisse prendre l'initiative du baiser et je lui en suis reconnaissant. Mais avant, je dois lui dire.
-Je t'aime, Evan.
Un petit rire s'échappe de sa bouche en même temps que les larmes coulent sur ses joues.
-Comment as-tu pu croire un instant que je pouvais te laisser tomber ? Je t'aime. Je t'aime tellement, espèce d'idiot !
Nous rions tous les deux, c'est les nerfs. Enfin nous pouvons nous libérer de ce manque et de cette attente. Evan reprend la parole, un air inquiet sur le visage.
-Regarde toi, t'as une vraie tête de déterré. Mais qu'est-ce que tu as fabriqué ?
Je secoue la tête.
-C'est pas important !
-Qu'est-ce qui peut être plus important que ton état de santé ?
-Je ne sais pas... tu pourrais peut-être te décider à m'embrasser, par exemple ?
Evan me sourit et nos lèvres qui étaient toujours toutes proches se rassemblent enfin. Et pour la première fois depuis de longues semaines, je me sens revivre. Je m'accroche à son cou, je m'abreuve de ses lèvres, je me délecte de son baiser. A quel moment suis-je devenu dépendant de lui ? Aucune idée, et franchement, c'est bien le dernier de mes soucis. Pour le moment j'ai d'autres chats à fouetter. Et si Evan a réussi à me faire vivre un vrai moment de plénitude, la réalité me frappe brusquement.
-Morgane...
Evan m'entraîne par la main. Aussi surprenant que cela puisse paraître, notre petit interlude n'a duré que quelques minutes. Mais ce fut un vrai bol d'oxygène et je me sens plus fort que tout à l'heure.
Nous retournons devant la salle dans laquelle mes parents sont toujours. Je les imagine tous les deux, serrés l'un contre l'autre, ma petit haricote dans leurs bras, qui s'éteint doucement, qui part là haut rejoindre les anges. Ma grand mère disait que certaines âmes sont trop pures pour ce monde. Ma petite haricote fait sans doute partie de celles ci... ça n'en est pas moins douloureux. Je plonge ma tête dans le pull d'Evan et c'est seulement à ce moment que je remarque qu'il n'a pas sa tenue de travail.
-Tu ne bossais pas aujourd'hui ?
-Non.
-Alors comment as-tu su ?
-Quand elle t'a vu arriver avec ton père, une collègue m'a appelé immédiatement. Mais même sans ça, je fais partie de l'équipe qui suit ta mère depuis le début.
-Et ils n'ont pas besoin de toi ?
-Toi, tu as besoin de moi.
-Mais ils...
-Non, ils sont assez nombreux. Et puis, il n'y a plus rien à faire maintenant. Il faut juste attendre. Je préfère rester avec toi.
Je hoche la tête doucement. Evan me serre contre lui. Nous sommes dans l'hôpital où il travail entouré de ses collègues et ça ne l'empêche pas de me serrer contre lui en déposant de temps à autres des baisers sur la tête. Malgré la situation, je ne peux m'empêcher de savourer à sa juste valeur cette affirmation du « nous ». Il m'impose aux yeux de tous comme il l'a fait devant son père et je sens une vague de tendresse déferler en moi. Cette fois, il s'est battu. Et il l'a fait pour moi. Pour moi seul !
Les minutes passent lentement. L'attente est insupportable. Et enfin, ils sortent. Ils ont l'air fatigués, les yeux cernés, les épaules voûtés... Pour la première fois je trouve que mes parents font vieux. Leurs mains sont collées et leurs bras sont vides, désespérément vides. Alors ça y'est... c'est fini... ma Morgane, ma petite haricote n'est plus. Son cœur a cessé de battre. Je sers les dents pour ne pas fondre en larmes à nouveau. Mes parents semblent assez surpris de constater que je suis collé à Evan. Ma mère, droite et fière, forte dans sa douleur s'approche de nous. Puis sans prévenir, une claque résonne dans le couloir blanc. La marque de sa main placardée sur la joue d'Evan. Puis elle se jette presque dans ses bras et l'étreint fortement. Etreinte qu'il lui rend sans hésiter.
-Je suis heureuse de constater que vous avez retrouvé le chemin de la raison, dit-elle en me désignant du menton.
-Je ne l'avais jamais perdu... je me suis juste égaré en route... Je suis réellement désolé pour vous. Si je peux faire quelque chose....
-Vous pouvez. Je viens de perdre un enfant monsieur Lombot, je vous conseil de bien veiller sur mon deuxième. Ne vous avisez plus de le faire souffrir.
Evan hoche la tête. Puis mes parents se tournent vers moi et je les serres tous les deux contre moi en silence. Les semaines qui suivent vont être difficiles à vivre, pour eux comme pour moi. Mais je ne suis plus seul et j'ai bien l'intention d'être là pour les soutenir. Puis mon père va serrer la main d'Evan, peut être un tout petit peu trop fort. Ils leur faudra sans doute un peu de temps pour lui pardonner d'avoir fait de moi une loque humaine pendant trois mois. Mes parents font quelques pas et m'attendent au bout du couloir, pour me donner le temps de dire au revoir à Evan.
Je le prends à nouveau dans mes bras et l'embrasse doucement à plusieurs reprises. J'ai vraiment du mal à me défaire de cette étreinte. Trop peur de me rendre compte demain que ça n'était qu'une pause, ou qu'un rêve et que les choses vont reprendre leur cours comme les jours précédents. Je ne suis pas sûr que je m'en remettrai si tel était le cas. Finalement, c'est lui qui me repousse gentiment.
-Vas-y, ils t'attendent. Tu n'as qu'à m'appeler en cas de besoin ou dès que tu as envie. Je serai là, ok ?
Je hoche la tête, mais hésite encore à m'éloigner. Evan me rapproche alors à nouveau contre lui et m'embrasse d'une manière qui me fait décoller légèrement.
-Ca va aller. Je t'aime !
Voilà, c'était ça qui manquait. Maintenant je peux partir. Je lui fais un petit sourire et je rejoins mes parents. Mon père passe mon bras autour de mes épaules et tiens toujours la main de ma mère dans la sienne. Nous sortons ainsi de l'hôpital, soudés, unis dans la douleur.
Quelques jours plus tard, je fais face à un petit cercueil en bois vernis. Image déplaisante et impensable. A l'intérieur, ma toute belle qui sourit aux anges. On pourrait croire qu'elle dort, si elle n'était pas si banche, si froide, si figée. Je me penche et l'embrasse doucement sur le front avant de glisser Hector le castor contre elle. Où qu'elle aille, j'aime à penser qu'il veillera sur elle à ma place. Je m'éloigne ensuite rapidement. Ce n'est pas cette image de ma sœur que je veux garder. Non, moi, je veux me rappeler de son premier sourire, de ses gazouillis, des bulles qu'elle faisait en buvant son biberon, de ses grands et beaux yeux ouverts sur le monde. Ce corps froid n'est pas celui de ma sœur. C'est une poupée de porcelaine, rigide pour l'éternité. Je sors de la pièce, étouffant, laissant à mes parents un peu d'intimité. Nous n'étions que tous les trois à pouvoir voir le cercueil ouvert. L'autopsie n'a rien donné. C'était un coup de malchance. Si mes parents devaient avoir un autre enfant, il n'y aurait quasiment aucune chance qu'une telle chose se reproduise un deuxième fois. Lorsque le médecin leur a dit ça, ma mère a juste rétorqué qu'elle était sans doute bien trop vieille, que Morgane était un don du ciel. Les miracles non plus ne se reproduisent jamais deux fois.
Je retrouve Elisa qui me sert fort contre elle et qui m'embrasse doucement. Encore une fois elle a été formidable ces derniers jours. Des amis comme elle, ça ne court pas les rues. Et je crois que si un jour je croisais le type qui m'a volé ma pelle, dans notre bac à sable, en couche culotte, je le bénirai de l'avoir mise sur ma route. Je rejoins ensuite Evan, et je me laisse envelopper de sa chaleur. Le pauvre a du affronter Elisa après avoir affronté ma mère. Son œil est encore un peu gonflé et a pris une belle couleur violacée. Il n'a même pas cherché à se défendre tellement il se sent coupable du dépressif que j'étais de venu. Moi je n'ai pas pu réagir assez vite, mais après, j'ai mis les points sur les « i » avec ma meilleure amie et elle a consenti à donner une chance à Evan de faire ses preuves. En rajoutant qu'il avait des chances d'avoir un aussi joli cul, sans quoi, elle l'aurait envoyé se faire voir. Entre eux deux, je ne me sens pas trop mal. Je sais que je peux m'appuyer sur leurs épaules. Mon avenir est devant moi et j'espère qu'ils seront tous les deux à mes côtés pour encore un long moment. Mes parents m'inquiètent davantage. Ils sont forts, incroyablement forts. Je les admire. Ils font face avec un courage impressionnant. J'ai peur de la suite, quand ils se retrouveront seuls, sans avoir de quoi s'occuper avec les papiers, les funérailles, l'hôpital... Mais je serai là. Je leur souhaite de tout cœur qu'ils retrouvent la paix et un peu de bonheur, ils le méritent tellement.
La journée est presque finie. Un véritable enfer à vivre. Ma belle petite haricote est sous terre, maintenant. Les gens sont tous venus avec des fleurs à lui envoyer comme cadeau d'adieu. Je crois qu'ils n'ont pas compris pourquoi nous étions tous les cinq à lui envoyer des gousses de haricot. Ils ont vraiment du nous prendre pour des tarés.
Les voisins et les amis ont envahis la maison. J'en ai profité pour m'éclipser quelques temps avec Evan. Je n'ai pas eu le temps d'être seul avec lui depuis l'hôpital, j'en ai besoin et je crois que lui aussi. Mes parents ont compris. Nous sommes dans sa voiture, il roule en silence. Nous arrivons dans un quartier sympathique, bordé de petites villas, sans prétention, mais bien entretenues avec des petits jardins. Evan bifurque pour aller se garer sur une petit allée gravillonnée.
Nous sommes face à un petit pavillon beige, savant mélange de crépis et de bois. Je reste un instant immobile à contempler l'antre de mon amant. Puis Evan me saisit la main et je le suis à l'intérieur. L'ensemble est modeste mais chaleureux, ça lui ressemble bien. Il prend ma veste et la suspend dans le petit meuble de l'entrée, puis nous descendons deux marches pour arriver dans le salon qui se partage en salle à manger avec dans le fond, une cuisine ouverte sur la moitié de sa longueur, presque à l'américaine. Une grande baie vitrée laisse le soleil illuminer la pièce et semble être une invitation à aller se prélasser sur la terrasse. Juste après l'entrée sur la droite, une petite affiche comique nous indique les toilettes et derrière, un couloir que j'emprunte, tirant Evan derrière moi.
Quatre portes s'offrent à moi le long du couloir. Je lui demande :
-Laquelle est ta chambre ?
(Pour la scène qui suit, j'ai écouté « Mother » de Era... là encore, si ça vous dit...)
Il me montre la première porte et je l'y entraîne. La aussi, tout est plutôt sobre. Evan semble lire dans mes pensées car il prend la parole.
-Je... je t'attendais pour la décoration.
Je me tourne vers lui, le regarde rempli de question.
-Il y a largement la place pour deux. Je... j'ai investi dans l'espoir de pouvoir partager cette maison avec toi. Je sais que tu n'es pas prêt et je le respecte. Je ne te force à rien du tout. Mais je m'étais dit que si nous deux ça fonctionnait, peut être qu'un jour...
Il laisse sa phrase en suspens, pleine de promesse et mes yeux se remplissent d'eau. J'ai été fort devant mes parents, je suis faible devant lui. Ses bras m'entourent et je me tourne pour pouvoir me blottir contre lui.
-Merci... Je ne peux pas pour le moment...
-Je sais...
-Mes parents ont besoin de moi... et je ne pense pas être prêt...
-Je sais. Je te l'ai dit, il n'y a rien d'urgent. J'attendrai. Je voulais juste que tu le saches.
Je raffermis ma prise autour de lui et je relève la tête pour aller trouver ses lèvres.
-Tu pleures ?
Je secoue la tête.
-Fais moi l'amour.
-Mais.. tu pleures...
J'attrape ses lèvres et je vais chercher sa langue. Il me rend mon baiser et ses mains me caressent le dos, tentant de m'apaiser. Je pars dans son cou et mes mains déboutonne sa chemise. Il m'arrête.
-Romain... attend...
-S'il te plait. Je t'en prie... fais le. J'en ai envie... j'en ai besoin, s'il te plait.
Je parsème son visage de baiser en le suppliant d'accéder à ma requête. Les larmes sont bien plus abondantes et je suis incapable d'en arrêter la course. Je sens Evan dépassé par les évènements et indécis. Je continue à lui demander, sans relâche, multipliant mes supplications tout en l'embrassant. Je suis en train de craquer nerveusement et je ne sais pas comment lui dire à quel point j'ai besoin de le sentir en moi, maintenant. Mais Evan reste immobile, tout en tenant mes mains pour m'empêcher de le déshabiller. Je sens que je perds le contrôle et mes membres commencent à trembler. Je demande à nouveau, je supplie, j'embrasse, je mords, je sanglote. Et au moment ou j'ai l'impression de perdre pied, enfin, sa bouche répond à la mienne. Ses mains laissent les miennes libres de toucher son corps pour venir m'enlever ma tenue d'enterrement. Le baiser est profond et passionné, les gestes se font désordonnés et maladroits, mais peu importe. Ses mains se posent sur moi et je m'abreuve de son odeur, c'est tout ce qui compte. Mes vêtements tombent un par un à une vitesse hallucinante, rapidement rejoints par les siens. Enfin nous sommes nus et nos deux corps se collent pour ne plus se séparer. Je sens son érection sûrement aussi douloureuse que la mienne taper contre mon ventre au rythme de nos mouvements erratiques. Nous reculons ensemble pour atteindre le lit sur lequel nous tombons, toujours collés. Là, le mouvement change. Evan calme la cadence, nous imposant un rythme plus lent, plus doux. Je le laisse faire, je m'offre entièrement, les bras relevés le long de ma tête, lui laissant libre accès à mon corps. Et ses mains partent à l'exploration, détectant chaque recoin, étudiant chaque courbe. Et sa bouche part à sa suite. A aucun moment il ne rompt le contact entre nos deux corps. Et je plonge dans un état de bien être et de plaisir insoupçonné. Mes mains partent vers sa tête pour l'inciter à descendre davantage et docile, Evan obéit. Lentement, presque religieusement sa langue redécouvre mon sexe dressé, avant de le faire pénétrer dans sa bouche. Je laisse mes gémissements sortir sans aucune honte, sans aucune retenue. Il me fait du bien et j'aime lui faire savoir.
Tout en douceur, ses doigts prennent la cheminement de mon antre et la préparation commence. Après un petit moment ou je navigue entre la plénitude et la jouissance, sa bouche quitte mon sexe et son visage remonte vers le mien. Ses doigts se retirent et j'enlace mes jambes autour de sa taille pour lui laisser libre accès à mon corps. Délicatement, son sexe vient en moi et la douleur me redonne un souffle de vie. Ca m'avait tellement manqué, je lui dis. Il me répond que lui aussi et doucement il amorce un vas et viens prometteur. Nos fronts l'un contre l'autre, ses yeux ne quittent pas les miens et au fur et à mesure ses mouvements de hanche, le flot de larme diminue en même temps que le plaisir grimpe et finit par se tarir pour laisser place à mes exclamations de plaisir. Enfin, après un long moment de plaisir crescendo, Evan accélère le rythme et nos cris s'emmêlent et se répercutent dans la chambre. Sa main vient caresser mon sexe et je me laisse envahir par une vague de plaisir déferlant dans mes reins et emportant avec elle tous mes soucis pour ne laisser place qu'à l'apogée de l'orgasme et la satisfaction de lui appartenir pleinement.
Evan s'allonge sur moi et nos lèvres se retrouvent à nouveau. Je sens la fatigue refaire surface à une vitesse stupéfiante et pour la première fois depuis longtemps, je laisse le sommeil s'emparer de moi avec une facilité déconcertante. Je sers une dernière fois Evan, toujours en moi. Une manière de lui dire de ne pas partir. Et il semble m'écouter car des profondeurs de mon inconscience, je le sens se blottir contre moi et nous couvrir de quelque chose de doux.
Evan me tire de mon sommeil avec quelques caresses sur les joues. La journée n'est pas finie, on a besoin de moi ailleurs. Il m'emmène dans la salle de bain, me montrant rapidement au passage les deux autres pièces du couloir : une chambre et une autre transformée en bureau. Nous entrons dans la douche en silence. Je vois bien le regard pesant de mon amant sur mon corps trop maigre et mes bras trop lacérés, mais il ne fait aucun commentaire. Il y viendra plus tard, je le sais. Il fera en sorte de me remplumer et de me redonner l'envie de vivre, mais il a la décence de me laisser vivre ma douleur pour le moment. Une fois propres et secs, je lui demande de me prêter des vêtements. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis incapable de remettre ce costume si sombre, synonyme de l'épreuve que nous traversons. Et puis peut être aussi que sentir son odeur sur moi m'aidera à tenir jusqu'au bout. Nous nous dirigeons vers l'entrée mais Evan me retient par le bras et me colle contre le mur, à côté de la porte. Là il m'embrasse, longtemps. Il m'insuffle une énergie nouvelle et lorsque son visage s'éloigne du mien, j'arrive à lui sourire doucement. Légèrement rassuré, il prend ma main et nous y allons. L'épreuve n'est pas terminée.
Petite note:
Normalement, l'histoire s'arrête ici. Il reste juste l'épilogue... Mais j'ai peut être trouvé un moyen de prolonger de quelques chapitres. Dits moi ce que vous en pensez. J'arrête là ou je continue encore un peu ? (je dis ça mais maintenant que j'ai les idées dans la tête, ça va être difficile de les déloger... sauf si vraiment vous pensez que cette histoire c'est du n'importe quoi et qu'il est temps d'arrêter les frais! mdr)
Bisous

