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  • : 13/10/2007

Royale destinée

Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:18

Attention, ceci est la deuxième partie de la suite alternative de RD par Skorpan, pour la première partie, c'est ICI

 


Le reste du chemin se fit en silence et après un petit quart d'heure de marche rapide, De Rauthien s'arrêta. Il fit signe que deux soldats se trouvaient juste derrière le tournant, gardant la porte menant aux cachots. De Magnien sortit la potion de ses jupons et en aspergea trois morceaux de tissus, chacun un, et prit également un poignard. Il vérifia que les deux autres avaient leurs armes à la main, puis il se lança. Les deux victimes furent endormies sans problème, la porte ouverte, les deux autres soldats qui se trouvaient à l'intérieur subirent le même sort et ils furent tous ramenés à l'intérieur du couloir menant au cachot, dans un recoin, de telle sorte à ce qu'ils soient moins visibles depuis la porte.

 

Puis les trois hommes avancèrent rapidement mais avec prudence le long du couloir. Betslat, plus expérimenté en corps à corps et plus rapide, venait en premier. Suivait ensuite De Rauthien, puis De Magnien, qui avait quelques difficultés à se déplacer avec agilité à cause de sa robe. Parmi la trentaine de soldats qu'il y avait entre la porte d'entrée et les cachots, six avaient résisté avec violence et avaient dû être égorgés, et Betslat et De Rauthien avaient réussi l'exploit de ne pas tâcher leurs uniformes et De Magnien était passé en soulevant les pans de sa robe. Quant aux autres, soit ils avaient été endormis par surprise, soit ils avaient préféré se rendre, et De Magnien avait veillé à ce qu'ils soient correctement drogués.

 

Ils arrivèrent enfin aux cachots et découvrirent avec horreur que les premiers étaient vides. Ils coururent le long des différents couloirs, appelant leur roi, puis découvrirent trois gardes, probablement les derniers remparts contre une possible évasion. Ils les égorgèrent sans hésitation, le temps commençant à manquer, et ils récupérèrent au passage les clefs des cellules à la ceinture de l'un d'entre eux. Alors qu'ils se demandaient dans quelle direction aller, ils entendirent du bruit à leur gauche. Ils se précipitèrent vers là-bas, et virent enfin Philippe dans l'un des cachots, affaibli et mal en point, mais vivant. Betslat ouvrit la porte, et De Magnien se précipita à l'intérieur. Il posa une main sur l'épaule de son roi et le regarda dans les yeux.

 

-Philippe, c'est moi, Fabian, tu te souviens?

-Pour qui tu me prends? Bien sûr que je me souviens! rétorqua-t-il. J'ai pas encore perdu toute ma tête malgré mon emprisonnement. En tout cas, je suis rudement content de te voir.

-Moi aussi, mais faut qu'on se tire d'ici le plus vite possible. On n'a pas beaucoup de temps. Est-ce que tu sais s'il y a d'autres personnes emprisonnées ici?

 

Philippe réfléchit rapidement avant de déclarer.

 

-On a été environ cinq à être enfermés ici. J'en ai vu passer trois, je sais pas où ils ont été emmenés. Donc a priori, il ne devrait rester qu'une seule personne, et si mes souvenirs sont exacts, ce devrait être François.

-D'accord. De Rauthien, file-lui sa veste et tiens, mets ça comme pantalon.

 

De Magnien souleva tous ses jupons et retira le pantalon qu'il avait mis en dessous tandis que De Rauthien enlevait sa veste d'apparat pour laisser apparaître une autre veste, plus simple, en dessous. Il donna cette dernière à Philippe, qui la mit à même la peau.

 

-Pour les chaussures, tu te débrouilles pour en trouver à ta taille, y'a trois morts là bas, fit De Magnien avant de repartir dans le couloir à la recherche du baron.

 

Il ne tarda pas à le trouver et le ramena en guenilles auprès des autres.

 

-Betslat, De Rauthien, je crois qu'on a un problème. On ne pourra jamais sortir du château avec un clochard pareil, fit-il en désignant François.

-Eh! Je te remercie, c'est pas toi qui a été enfermé sans raison, répliqua-t-il, la sensibilité à fleur de peau depuis son arrestation.

-Et ce n'est pas toi qui dois tous nous sortir d'ici vivants. Bon, Philippe, tu as l'air d'un valet comme ça, donc je pourrais te faire passer pour quelqu'un de ma suite. Quant à toi François... soupira-t-il.

-Il pourrait prendre l'uniforme d'un des soldats qu'on a endormi.

-Trop dangereux. Il serait reconnu trop facilement dans un uniforme du royaume. D'ailleurs, De Rauthien, donne de quoi attacher ses cheveux à Philippe, et aussi la fausse moustache. Et essaie de le raser, qu'il soit un peu présentable. Pendant ce temps, on va essayer de trouver une solution pour François. Raaah! Pourquoi on n'avait pas la place pour emporter de quoi habiller un deuxième homme?!

-Commandant, intervint Betslat, le baron De Devrant et moi-même avons à peu près la même stature. Je peux lui donner mon uniforme, comme ça il fera partie de votre garde, et moi je passe un uniforme du royaume. Je suis moins reconnaissable que le baron, et je connais les habitudes de la garde royale. Je pourrais plus facilement m'en sortir si je suis pris.

 

Ne trouvant aucune autre solution, De Magnien accepta.

 

-Betslat, vous partez devant trouver de quoi vous changer, et vous nous attendez. Si jamais il y a un problème, vous revenez nous prévenir.

 

Le Capitaine fit signe qu'il avait compris et partit au pas de course. Pendant ce temps, François quitta ses habits troués de partout et enfila l'uniforme d'apparat qu'on venait de lui donner. Alors qu'il boutonnait sa veste, De Magnien récupéra le rasoir des mains de De Rauthien, qui avait fini, et entreprit de le raser rapidement. Quelques coups de rasoir grossiers plus tard, ils remontèrent le couloir en courant, De Magnien remontant ses jupes pour ne pas les tâcher, et ils retrouvèrent Betslat au premier tournant. Ils coururent ensuite jusqu'à la porte et là, les dernières instructions furent données.

 

-François, tu es un soldat de ma garde personnelle, donc tu fais exactement comme De Rauthien, et tu dois m'obéir, commença De Magnien. Philippe, tu es mon valet, donc tu me suis de près, et vous deux, vous serez juste derrière. Betslat, tu te mets devant, comme si tu me guidais parce que je me suis perdu. Compris?

-Oui, dirent-ils à l'unisson.

-Bien, Betslat, on peut y aller. Tu nous conduis directement à l'extérieur, par la petite porte.

-Entendu, Commandant.

 

Il posa une oreille sur la porte, écoutant attentivement les bruits du couloir, puis il l'ouvrit, et après avoir vérifié qu'il n'y avait personne, il sortit. Les autres le suivirent, et De Rauthien ferma la porte à clef, grâce au trousseau qu'il venait de récupérer sur l'un des gardes endormis. La petite troupe se mit alors en marche parcourant des centaines et des centaines de mètres de couloir le plus calmement possible. Mais le stress se faisait sentir, ainsi que la fatigue, en particulier pour les deux anciens prisonniers, et à chaque fois qu'ils croisaient quelqu'un, leur taux d'adrénaline atteignait des sommets. Cependant, il n'y eut aucun incident majeur et personne ne leur demanda de s'arrêter.

 

Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent à la porte de sortie que la difficulté se dressa dans toute sa splendeur: deux gardes, à l'air renfrogné, faisaient le planton devant. Mais Betslat n'hésita pas, et imitant son commandant lors de l'entrée au château, demanda à sortir sans sourciller à aucun moment. L'un des soldats, malheureusement, tiqua à sa demande et ne les laissa pas s'échapper à si bon compte.

 

-Et pourquoi vous ne sortiriez pas par la grande porte, camarade?

-Mademoiselle que j'accompagne a été la cible de plusieurs hommes du peuple, qui la harcèlent depuis plusieurs jours. Certains ont réussi, on ne sait comment, à s'introduire dans le château. J'ai donc reçu ordre direct de mes supérieurs de la mener, elle et sa suite, jusqu'à sa calèche, et cela sans incident, répondit-il sans se démonter, en insistant bien sur les mots "ordre direct de mes supérieurs" et "sans incident".

 

Le soldat allait encore protester lorsque le second l'en empêcha. Ils se consultèrent du regard, puis les laissèrent passer, à leur plus grand soulagement. Les cinq comparses se retrouvèrent alors dans l'un des jardins du château, et en courant, ils rejoignirent le mur d'enceinte. Ils trouvèrent la petite porte de service, forcèrent la serrure et sortirent. Philippe et François exultèrent alors, se retrouvant complètement libre pour la première fois depuis plusieurs jours. Mais De Magnien tempéra leur joie immédiatement.

 

-On n'est pas sorti d'affaire, alors évitez de nous faire repérer.

 

Betslat, qui était parti en éclaireur, revint vers le petit groupe, la mine déconfite.

 

-La calèche n'est pas là.

-Merde! Il nous a fait faux-bond, le salaud!

-Que se passe-t-il? s'alarma Philippe.

-On avait payé une calèche pour nous attendre dans une rue adjacente, mais apparemment, le bonhomme a pris l'argent mais n'a pas fait son boulot. Bon, De Rauthien et Betslat, vous filez récupérer nos chevaux et les deux autres empotés, on se tire tout de suite. On se retrouve le plus vite possible rue de la Ferronnerie, au niveau du grand porche. Et si vous pouviez me ramener un pantalon et une chemise, ça m'arrangerait.

 

Les deux hommes ne se le firent pas dire deux fois, et partirent aussitôt. Les trois autres rejoignirent la rue de la Ferronnerie en moins de dix minutes, et lorsqu'ils furent au point de rendez-vous, les deux rescapés commencèrent à poser nombre de questions à voix basse. De Magnien leur imposa le calme d'un geste.

 

-Une question chacun. Vous demanderez le reste lorsqu'on sera en sécurité. François, tu commences.

-Est-ce vrai que Mésancourt est en guerre?

-Oui.

-Merde!

-Comme tu dis. A ton tour Philippe.

-Louis, est-ce que Louis est vivant?

 

De Magnien sourit en entendant la question: Louis avait décidément réussi à rendre Philippe très amoureux.

 

-Oui, il est vivant. Et il va bien. Il a d'ailleurs insisté pour nous accompagner sur cette mission, avec son valet Lothaire. Donc il nous rejoindra en même temps que Betslat et De Rauthien. Et Henri va bien, aux dernières nouvelles. Je l'ai laissé au campement, entre de bonnes mains. Et ton bébé aussi va bien.

-Mon bébé? répéta-t-il, étonné.

-Oups, je crois que j'ai gaffé.

 

Mais il ne pouvait s'empêcher de rire et Philippe ne tarda pas à comprendre.

 

-Louis est de nouveau enceinte? Il attend un autre enfant?

-Oui, mais calme ta joie, c'est pas le moment. Et il va me décapiter net s'il sait que je te l'ai dit. Déjà qu'il ne m'aime pas beaucoup...

-Ah bon? Je pensais pourtant que vous seriez plutôt faits pour vous entendre, chuchota François, prenant part à la conversation.

-Disons que j'ai dû le remettre à sa place quelques fois. Et que vu comment je suis, je l'ai pas fait spécialement en douceur.

 

Les deux autres rirent doucement face à l'explication, imaginant très bien la scène que cela pouvait donner. Puis le silence retomba sur la rue, et une demi-heure plus tard, le bruit de plusieurs chevaux au trot se fit entendre. Les trois hommes sortirent de leur cachette, et De Magnien récupéra aussitôt le pantalon et la chemise voulus des mains de Betslat. Tandis qu'il se changeait, il observa avec attention les effusions de joie silencieuses entre Louis et Philippe.

 

Ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre et Louis pleurait à chaudes larmes. Philippe, plus maître de ses émotions, ou alors ne réalisant pas encore pleinement ce qu'il se passait, ne pleurait pas. Mais il serrait fort son mari contre lui, comme s'il avait peur qu'il parte. Quelques unes des paroles échangées entre deux baisers parvinrent à De Magnien, étouffées, et il distingua surtout des "Je t'aime" et des "Tu es en vie!". Le soldat boutonna le dernier bouton de sa chemise, cala sa robe dans un coin du porche, puis entreprit de séparer le couple. Ce fut plus difficile que prévu et il dut les menacer de castration pour qu'ils obtempèrent. François attrapa Philippe et l'obligea à monter sur un cheval tandis que De Magnien s'occupait de Louis. Il vérifia ensuite que tout le monde était à cheval, et résuma ce qui allait se passer dans les prochaines minutes.

 

-On va sortir par la porte Ouest, au grand galop et en comptant sur l'effet de surprise pour qu'ils nous ouvrent la porte. Notre camp se trouve à une journée de cheval environ à l'Ouest.

-Mais si c'est à l'Ouest... opposa François.

-On est rentré par le Nord, on sort à l'Ouest, jamais cela ne leur effleurera l'esprit qu'on sort du côté où on veut aller alors qu'on est dans une situation de fuite avec protection de personnes importantes. Ils ont une manière de penser bien trop archaïque pour ça.

 

Sur ces quelques paroles, il lança son cheval au galop et les autres durent suivre. Arrivés près de la porte, Betslat, qui était juste derrière De Magnien, cria à l'adresse des gardes.

 

-Ordre du roi! Laissez passer! Laissez passer!

 

Les soldats, probablement trop éberlués pour réfléchir, s'empressèrent d'ouvrir les portes, et les sept cavaliers sortirent sans problème. Ils galopèrent pendant une demi-heure sans s'arrêter, puis imposèrent un trot soutenu à leurs montures. Chacun préservait son souffle, et n'osait rompre le silence de la nuit, alors ils restèrent silencieux jusqu'à leur arrivée au camp, dans la matinée. Mais dès qu'ils en franchirent l'entrée, ils furent assaillis par plusieurs soldats qui leur demandèrent comment cela s'était passé. Ils commencèrent à répondre mais De Magnien mit fin à ce cirque d'une voix cinglante.

 

-Soldats! Ce n'est pas ainsi qu'on accueille des gradés en retour de mission, et éreintés par une nuit sur les routes.

 

Les soldats se reculèrent aussitôt du petit groupe et se mirent au garde à vous.

 

-Je veux sept repas chauds dans la grand tente, deux lits et deux couvertures supplémentaires. Le plus vite possible! Rompez!

 

Les hommes partirent aussitôt vaquer à leurs occupations, et le groupe rejoignit la tente sans souci. Leurs chevaux furent récupérés pour être soignés, et ils entrèrent se poser à l'intérieur. Aussitôt, trois "Papa!" bruyants se firent entendre, et l'on vit Henri se précipiter sur Louis, Hector sur Lothaire et Leriel sur Fabian De Magnien. Les deux premiers furent rejoints par leur moitié, et on assista à de grandes effusions de joie, notamment du côté du trio Louis-Philippe-Henri. Le petit garçon ne comprenait pas très bien pourquoi ses parents pleuraient alors il essayait de les consoler comme il pouvait, en les embrassant partout sur le visage. Les deux adultes en rirent et l'embrassèrent lui aussi, les larmes aux yeux, heureux d'être en vie et ensemble. De Magnien, après avoir un peu parlé avec son fils, intervint pour mettre fin à ces embrassades.

 

-Messieurs, le repas est servi.

 

Peu à peu, ils prirent place autour de la table improvisée, Louis à côté de Philippe, Lothaire à côté de Suzanne, François à un bout de table, seul, et les deux soldats en face de lui, côte à côte. De Magnien resta debout.

 

-Madame Buys, je suppose que vous avez déjà mangé et les enfants aussi.

-Oui, ne vous inquiétez pas pour nous, Commandant, répondit-elle beaucoup plus chaleureusement qu'elle ne l'avait jamais fait avec lui: le retour de son homme en vie, ainsi que celui des otages, avait provoqué un genre d'élan de gentillesse pour le militaire.

-Tant mieux. Leriel, tu veux bien t'asseoir à ma place à côté de François et commencer à couper la viande pour moi? J'ai quelques petites choses à régler avant le repas.

 

Leriel acquiesça et courut se mettre à la place indiquée tandis que De Magnien se dirigea vers la sortie. Betslat le rejoignit en quelques enjambées. Ils échangèrent quelques chuchotement inaudibles pour les autres, puis Betslat revint à table et De Magnien sortit. Ce dernier revint une dizaine de minutes plus tard, et prenant son fils sur ses genoux, il entama son repas.

 

-Fabian, commença Philippe, qui avait déjà presque fini son assiette, tellement il était affamé, nous te remercions du fond du cœur pour ce que tu as fait. J'ai vraiment cru que j'allais mourir au fond de ces cachots et je crois que François aussi.

 

Le jeune homme hocha la tête en signe d'assentiment.

 

-Alors vraiment, merci. En plus, tu as réussi à sauver Louis et Henri aussi. Et Lothaire ainsi que sa famille. C'est beaucoup plus que je n'osais espérer dans mes rêves les plus fous. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi...

 

De Magnien l'interrompit d'un geste de la main, et après avoir avalé sa bouchée, prit la parole.

 

-Je ne crois pas que le moment soit judicieux pour parler de ça. Il nous reste encore beaucoup de choses à faire. De plus, je n'ai fait que mon travail. Tu m'as nommé à la tête de ce bataillon parce que tu me faisais confiance. J'espère juste en avoir été digne.

 

Philippe ouvrit la bouche pour lui répondre, mais Louis fut le plus rapide: Philippe l'avait remercié, était prêt à beaucoup pour lui, et De Magnien rejetait tout cela! Il lui disait d'une voix froide, presque méprisante, que ce que Philippe venait de lui proposer n'avait aucun sens.

 

-Commandant! Je ne tolère plus que vous... s'emporta-t-il.

 

Mais Philippe attrapa sa main et lui ordonna d'un regard de se taire, ce qu'il fit malgré son étonnement.

 

-Louis, Fabian et moi, nous nous connaissons depuis longtemps, et il a le droit de me parler comme ça. Je dirais même qu'il en a le devoir, ajouta-t-il en se tournant vers l'homme en question.

-Tout juste! rit-il. Bon, avant que vous ne me demandiez quoi que ce soit, voici le programme de la journée. Aujourd'hui, repos. Et quand j'entends repos, c'est repos, pas galipettes avec son chéri, d'accord Philippe?

 

Le jeune roi fit semblant de ne pas comprendre pourquoi cette remarque s'adressait à lui et tout le monde rigola.

 

-Parce que demain on marche sur la capitale. J'ai vu ça tout à l'heure avec De Pessey. Tout est en place comme je l'avais demandé.

-Papa? fit Leriel, lorsque de Magnien eut fini de parler.

-Oui mon chéri.

-Est-ce que le François qui est là c'est le François dont tu m'as parlé?

-Oui, c'est le même, confirma-t-il en caressant sa tête blonde. Je t'avais bien dit qu'il était très ami avec Philippe.

-Donc c'est pour ça qu'il arrête pas de te regarder depuis tout à l'heure.

François se mit à rougir furieusement tandis que De Magnien éclata d'un rire doux. Les autres les regardaient surpris, hormis Philippe et Betslat.

-Oui, probablement. Tu es décidément très observateur, remarqua son père. C'est une grande qualité.

 

Leriel sourit de toutes ses dents, fier du compliment, puis demanda s'il pouvait sortir: Arthur lui avait promis une leçon d'escrime. La permission fut accordée, et aussitôt, les deux autres petits monstres demandèrent à sortir pour pouvoir suivre leur aîné. Ils aimaient bien assister à ses cours. Permission leur fut également accordée.

 

Peu de temps après, le repas fut terminé et De Magnien encouragea tout le monde à aller prendre un peu de repos. Lothaire, Louis, Philippe et François ne se firent pas prier et gagnèrent rapidement la seconde partie de la tente. Suzanne partit à travers le camp rejoindre les enfants, et les trois soldats restèrent un peu plus longtemps à discuter des modalités du départ du lendemain.

 

Du côté chambre de la tente, Lothaire et François se glissèrent chacun sous leur couverture et s'endormirent aussitôt. Louis et Philippe, dans la même couche, mirent un peu plus longtemps. Ils échangèrent de longs baisers et se répétèrent de doux mots d'amour. Cependant, quelque chose turlupinait Louis.

 

-Philippe?

-Oui mon amour?

-Est-ce que François est amoureux de De Magnien?

 

Philippe pouffa et répondit par l'affirmative.

 

-Et De Magnien?

-Est amoureux de François.

 

Louis poussa un petit soupir de soulagement.

 

-J'ai cru qu'il était amoureux de toi. Parce qu'après qu'on ait appris que tu étais vivant, il s'est isolé et il a pleuré dans les bras de Betslat, heureux que tu sois en vie. Mais en fait il devait parler de François, puisqu'il a dû apprendre en même temps que lui aussi était en vie.

-Probablement. Mais tu étais jaloux? fit-il, amusé.

-Oui, un peu. Et dis-moi, si c'est réciproque, pourquoi ils ne sont pas ensemble?

-C'est... compliqué. C'est surtout dû à la famille de François qui ne veut pas accepter Fabian. Et puis Fabian a fait des choix pas forcément très judicieux pour être compatible avec une vie amoureuse.

-Comme?

-S'engager dans l'armée. C'est toujours difficile pour les soldats d'entretenir une vraie vie de famille. Surtout pour les soldats de ce bataillon. Ils sont toujours un peu en vadrouille, d'abord parce que je fais beaucoup appel à eux, et ensuite parce que Fabian est un vrai perfectionniste.

-Et Leriel? C'est leur enfant à tous les deux ou...? Et puis De Magnien n'est pas un peu jeune?

-Il a le même âge que moi, vingt-trois ans. On a partagé la même nourrice, ce qui fait de lui mon frère de lait.

-Ah bon? Je le voyais plus jeune, avoua-t-il, passant sous silence que les deux hommes étaient frères de lait: il comprenait maintenant mieux leur proximité.

-Eh non! Quant à son fils, je ne peux pas te dire. Je ne savais même pas qu'il en avait un. Je lui demanderai tout à l'heure.

-T'es pas obligé... souffla Louis.

-Ne t'inquiète pas, ça m'intrigue aussi. Mais je crois que le plus intrigué c'est François, et c'est lui qui aura droit aux premières explications si tu veux mon avis. Et je crois aussi qu'il est temps de dormir, je tombe de sommeil.

-Moi aussi. Je t'aime Philippe.

-Je t'aime aussi Louis. Si tu savais comme j'ai pensé à toi quand j'étais enfermé. Je commençais à devenir dingue. Je t'ai même vu plusieurs fois dans la cellule, à côté de moi.

 

De Magnien, qu'ils n'avaient pas entendu rentrer, leur asséna une petite tape amicale sur le crâne.

 

-Silence les pipelettes, De Rauthien et Betslat veulent dormir. Et moi aussi par la même occasion. Alors on se tait.

-A vos ordres Commandant, répondit Philippe avec un sourire.

 

Satisfait, De Magnien s'éloigna et alla se coucher. Il entendit les deux amants s'embrasser une dernière fois avant de s'endormir. Quant à lui, il mit un peu plus longtemps avant de pouvoir dormir, mais beaucoup moins que d'habitude, son esprit ayant trouvé quelque apaisement après le succès de la mission.

 

*** *** ***

 

Lorsque François De Devrant s'éveilla, la nuit était déjà tombée. Se frottant les yeux, il s'assit sur sa couche et contempla la tente plongée dans la pénombre. Seule une bougie avait été allumée au centre, pour guider ceux qui étaient réveillés. La couche de Philippe et Louis était encore occupée, preuve que les deux hommes dormaient encore. Les autres étaient vides. Il se leva et passa devant le couple et il vit alors les yeux de Louis bouger. Il se baissa et le salua doucement.

 

-Bonsoir Louis. Comment allez-vous?

-Bien. Et beaucoup mieux depuis que je l'ai retrouvé, je dois bien l'avouer, dit-il en désignant du bout du doigt son mari.

-Je vous comprends. Je vais prendre un peu l'air à l'extérieur. Reposez-vous bien.

-Merci. Bonne promenade.

 

François le remercia à son tour d'un signe de tête et il sortit de la chambre, atterrissant dans le bureau. Celui-ci était vide hormis un homme qui travaillait à la lueur d'une bougie. Il semblait être en train de rédiger des lettres. François reconnut sans peine De Magnien et tirant une caisse de bois à lui, il s'assit en face de lui, de l'autre côté de la table.

 

-Bonsoir Fabian.

 

De Magnien leva la tête et posa sa plume, sentant que le baron avait besoin de parler.

 

-Je ne sais même plus comment je dois t'appeler, continua-t-il.

-Appelle-moi Fabian. Seul Betslat est au courant ici, plus toi et Philippe bien sûr.

-Louis n'est pas au courant?

-Disons que nous n'avons pas eu de moment propice pour discuter de cela proprement. Nous avions d'autres choses autrement plus importantes à faire.

-Je comprends.

 

François ne poursuivit pas sa phrase, semblant réfléchir à ce qu'il allait dire, et De Magnien en profita pour contempler son visage. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas vu ce visage. Il avait beau le connaître par cœur et l'avoir tracé de nombreuses fois dans son imaginaire, cela était une toute autre chose de l'avoir en face de lui. Quelques rides étaient apparues depuis leur dernière entrevue. Il avait également les joues creusées, probablement à cause de son emprisonnement.

 

-Leriel, recommença François, il a quel âge?

-Six ans.

-Et... hésita-t-il. C'est ton fils?

-Oui.

-Donc ce n'est pas le mien je suppose. Je veux dire: tu me l'aurais dit, sinon. Non? dit-il, égrenant chaque mot avec lenteur, par peur de leur poids. Et donc si ce n'est pas le mien, mais que c'est le tien, continua-t-il avec difficulté, alors qu'il formulait à voix haute une partie des pensées qu'il ruminait depuis qu'il avait vu le garçon, cela veut dire que tu l'as eu avec... avec quelqu'un d'autre. Et que tu m'as...

 

François ne réussit pas à prononcer le mot "tromper" et lança un regard suppliant à son interlocuteur, qui lui sourit avec douceur.

 

-Crois-moi, si j'avais réussi à te tromper, je n'en serais pas là.

 

François lui lança un regard étonné, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vu. Il ignorait presque tout de sa vie maintenant. Et parfois, il avait l'angoissante impression de ne pas le reconnaître.

 

-Il y a quatre ans, fit-il après une petite pause, on a été envoyé à la frontière. Tu sais, là où des bandes de brigands avaient l'habitude de sévir. On est arrivés juste au moment où l'une de ces bandes était en train d'attaquer un village. On n'a rien pu faire. Rien du tout. Ils avaient déjà mis le feu à pas mal de maisons, tué la plupart des habitants, et nous, on n'était pas prêt du tout à se battre. On venait de marcher toute la journée et on pensait pouvoir se reposer dans un petit village accueillant. A la place, on a eu un petit village calciné et meurtri.

 

Il fit une petite pause dans son récit, puis reprit, la voix tremblante sous la douloureuse impuissance qu'il avait ressentie ce jour-là.

 

-Dès qu'ils nous ont vus, les brigands sont partis. Et on ne s'est pas organisés assez vite pour les poursuivre immédiatement. On a fait une battue quelques jours plus tard, et on les a tous tués. Ils ont payés pour leurs crimes. Mais ça n'a pas aidé les survivants. On les a aidés à enterrer leurs morts, à se nourrir, à avoir un endroit où dormir pendant quelques jours, et puis ils ont préféré quitter le village, allant se réfugier chez de la famille aux alentours. A la fin, il restait un petit orphelin de deux ans. Ses parents étaient morts dans le carnage et personne n'avait voulu de lui. Alors je l'ai pris avec moi. Comme il ne se souvenait pas de son prénom, je l'ai baptisé Leriel. Ca me rappelait l'histoire que tu ne cessais de réclamer quand t'étais gamin. Et puis je l'ai élevé comme mon fils.

 

De Magnien paraissait souffrir à l'évocation de ces souvenirs, qu'il avait préféré enfouir au fond de sa mémoire. François, saisissant son désarroi, se leva, contourna la table et prit le jeune homme dans ses bras. Doucement, il caressa son dos, de haut en bas, de bas en haut, pour le rassurer, et le soldat pour une fois, fit une entorse à l'une des règles les plus importantes qui réglaient sa vie, et se laissa aller à quelques larmes. Il se reprit vite cependant, et s'essuyant les yeux, termina son explication.

 

-Il y a quelques mois, comme il posait pas mal de questions, suite à des réflexions totalement déplacées de certains de mes soldats, je lui ai dit que ses "vrais" parents, ceux qui l'avaient mis au monde, étaient morts quand il avait deux ans. Et qu'ensuite, c'est moi qui suis devenu son père adoptif. Il a été pas mal dérouté par la nouvelle, et je n'ai pas très bien réussi à comprendre comment il l'avait intégrée. Mais le fait est que depuis, il tient beaucoup plus à moi. Il me cherche beaucoup plus, il essaie toujours de me dire au revoir avant que je ne parte en mission, et à chaque fois, il me fait promettre de revenir, comme s'il avait peur que je meure moi aussi. Et c'est probable qu'il agisse de la même manière envers toi.

-Pourquoi? demanda-t-il, étonné.

-Disons que je lui ai expliqué en gros nos relations.

-C'est-à-dire?

-Que je t'aimais, que tu m'aimais, mais qu'on ne pouvait pas se marier parce que ta famille faisait chier.

-Tu lui as dit que ma famille faisait chier?

-De façon plus élégante, mais oui, je le lui ai dit, fit-il, très sérieux.

 

François rigola face à cette affirmation: il reconnaissait enfin son Fabian et cela faisait du bien.

 

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

 

Fabian était vexé, et il trouva cela adorable.

 

-Rien, rien du tout. Continue.

-Mouais, y'a jamais rien quand tu rigoles. Bref, pour en revenir à nos moutons, Leriel n'est pas un gamin stupide, et il a vite fait le lien entre lui et toi. Donc, il te considère aussi comme son père.

 

François, d'abord surpris, sourit avec douceur. Il venait de se retrouver propulsé père, mais cela ne l'inquiétait pas outre mesure: Leriel était un garçon adorable, et Fabian était là avec lui, alors qu'il avait eu si peur de le perdre, si souvent.

 

-Fabian?

-Hum?

-Je t'aime.

 

Le gradé rougit, gêné, puis déposa un baiser délicat sur ses lèvres, ne s'autorisant pas à dire ces quelques mots lorsqu'il était en service. Les deux hommes restèrent ainsi, enlacés l'un à l'autre, pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que le couple royal fasse son apparition. Celui-ci demanda où était leur fils, ainsi que les autres. De Magnien les informa qu'ils avaient tous dîné et qu'ils se promenaient un peu dans le camp avant de revenir dans la tente dormir pour la nuit. Quant à eux, quatre repas chauds les attendaient au mess. Ils dîneraient avec les soldats. Cela leur redonnerait courage avant le voyage qui les attendait le lendemain. De plus, cela ne leur ferait pas de mal non plus, de voir qu'une partie de la population leur faisait encore confiance.

 

Au mess, en voyant arriver le Commandant accompagné du baron De Devrant et surtout du roi Philippe et de son époux Louis, l'agitation monta d'un cran. Ils s'assirent à la table des officiers, et à plusieurs reprises, de simples soldats vinrent leur exprimer leur gratitude, ou leur indignation face au coup d'état, ou encore, renouveler leur serment auprès de leur roi. Lorsque le cinquième petit groupe s'en alla, De Magnien se leva et se mit debout sur son banc, réclamant ainsi implicitement l'attention de tous.

 

-Soldats! Demain, un long voyage nous attend jusqu'à la capitale. Et dès lors que nous y serons, nous devrons peut-être lutter contre la population de la ville, contre nos propres concitoyens, s'ils ont pris le parti des usurpateurs. Mais je serais là, à votre tête, et les rois Philippe et Louis seront également là, pour vous soutenir. Vous ne devrez céder à aucun moment, comme nous, nous ne céderons jamais. Bientôt, le trône reviendra à qui de droit et les usurpateurs dormiront au fond d'une geôle! s'exclama-t-il.

 

Des hourras, des sifflements de joie et des applaudissements fusèrent à travers la tente. Ce petit discours avait revigoré tous les soldats présents et bientôt, il ferait le tour du camp et serait sur toutes les lèvres. Satisfait, De Magnien salua ses soldats et se rassit à côté de François. Il lança un coup d'œil aux deux autres, et leur dit discrètement.

 

-Voilà, comme ça, on va peut-être enfin pouvoir manger tranquille.

 

Et effectivement, personne ne vint les déranger pendant la demi-heure suivante, les hommes se contentant de les observer de loin, et ils quittèrent le mess sans encombre. Louis et Philippe, sur les conseils appuyés de De Magnien, regagnèrent la grand tente pour y dormir, avant le départ du lendemain. Quant à François, il accompagna le Commandant dans ses dernières vérifications. Ils firent le tour du camp, silencieux, et lorsqu'ils approchèrent de la partie la plus isolée, non loin de la zone des faux-malades, François attrapa la main de Fabian. Celui-ci la lui arracha aussitôt, mais François ne se découragea pas et recommença.

 

-On est tous seuls Fabian. Et puis, ce n'est pas comme s'il était interdit au Commandant d'avoir une histoire d'amour, si?

-Mais avec le meilleur ami du roi, ce n'est pas du meilleur effet.

-Et alors? Laisse dire les autres. Moi je t'aime, et c'est tout ce qui compte pour l'instant. J'ai eu si peur de ne jamais te revoir, murmura-t-il.

 

Face au flot d'émotions qui remontaient en lui, Fabian retint un sanglot et, n'en pouvant plus, attira son amour à lui. Il le serra fort contre lui, s'imprégnant de son odeur, puis l'embrassa chastement sur les lèvres. Lui aussi avait eu peur, terriblement peur, mais un militaire ne peut pas avoir peur. Ou du moins, il ne peut pas le dire. Alors il se contenta de quelques mots sans grande conséquence.

 

-Tu m'as manqué.

 

Mais François comprit ce que Fabian voulait lui dire, et à son tour, il le serra fort contre lui. Respirant l'odeur de ses vêtements, ce mélange de vieux savon et de sueur, cela réveilla quelques souvenirs en lui, et quelques désirs. Chuchotant de sa voix douce, un peu grave, rendue un peu rauque par l'emprisonnement, il les lui avoua.

 

-J'ai envie de toi.

 

Fabian, la tête dans son cou, sourit. Ils étaient rares, ces moments où François n'avait pas envie de lui, et où lui n'avait pas envie de François. Alors, le prenant par la main, il lui chuchota à son tour.

 

-Dans les bains, il n'y aura personne. Par contre, on va devoir faire vite, s'excusa-t-il.

-Tout me va, du moment que c'est avec toi. Et puis je t'avoue que je suis un peu pressé, ajouta-t-il, lançant un coup d'œil à son entrejambe déjà bien visible.

 

Les deux hommes, riant sous cape, coururent jusqu'aux bains. Ils refermèrent le rideau de toile derrière eux, ayant préalablement affiché qu'un officier y était. En général, dans ces cas là, personne n'osait entrer dans les bains. Fabian attrapa plusieurs serviettes tandis que François déplaçait un baquet -vide- des genres de caillebotis de bois sur lequel il était posé. Fabian étala les serviettes sur le bois, retira ses bottes, et s'y allongea. François retira également ses chaussures, et s'allongea à son tour. Pas sur les serviettes mais directement sur Fabian, qui ressentit tout le corps de son amant contre lui.

 

-Eh beh dis donc, quant tu disais que tu étais pressé, je ne pensais pas que c'était à ce point là.

-Ca fait quand même plus d'un an qu'on ne s'est pas vu, alors excuse-moi, mais...

-C'est pas non plus comme si tu avais fait vœu d'abstinence pendant ce temps là, l'interrompit-il.

-Oui mais... Enfin... Quoi, tu vois, c'est pas pareil avec toi, se rattrapa-t-il lamentablement.

 

Mais Fabian ne lui en tint pas rigueur: il avait l'habitude, depuis le temps. Et même si cela le blessait un peu plus à chaque fois, il ravala sa douleur et à la place l'embrassa, pour que son amant se sente pardonné. Rapidement, il déboutonna la chemise de François et la fit glisser sur ses épaules, jusqu'à l'enlever complètement. Avec le même empressement, il retira son pantalon et François se trouva nu sur lui. Il frôla de ses mains son sexe tendu et l'homme gémit d'impatience avide. Un peu gauches sous le désir, ses mains trouvèrent à son tour le chemin de la chemise de Fabian et celle-ci fut ouverte après quelques minutes, et quelques contorsions plus tard, elle rejoignit celle de François. Le baron découvrit alors le torse du soldat. Un torse emmailloté dans une bande plus ou moins blanche maintenant, et même carrément sale à certains endroits. Le jeune homme se redressa et s'assit sur les cuisses de son amant, contemplant ce torse qu'il avait parcouru de si nombreuses fois et qui pourtant lui paraissait étranger. Passant délicatement sa main sur les bandages, il demanda.

 

-Ca fait mal?

-Oui, un peu. Est-ce que tu peux éviter d'y toucher s'il te plaît? Je n'aime pas ça.

 

François acquiesça et laissa ses doigts dériver plus bas, beaucoup plus bas, jusqu'au début du pantalon. Il en fit sauter les boutons et d'un mouvement sec, voulut le lui retirer. Mais il dut s'y reprendre à plusieurs fois, et cela fit rire Fabian. Enfin, ils furent nus tous les deux, l'un contre l'autre, et leur désir augmenta encore. Ils se caressèrent, s'embrassèrent, se préparèrent pendant de longues minutes, haletant de plus en plus. Mais Fabian le premier, atteignit sa limite et supplia François de venir en lui. Le jeune homme, conciliant, obtempéra. Il attrapa les hanches de son amant, qui passa ses jambes autour de lui, et s'enfonça en lui doucement. Il recula un peu, puis se ré-enfonça, encore plus profond. Il recommença plusieurs fois, lentement, pour ne pas lui faire mal, pour ne pas le brusquer. Et rapidement, ce fut Fabian qui imposa son propre rythme, réclamant toujours d'aller plus vite, plus loin. Leurs cris de jouissance ne se firent pas attendre, et se succédèrent les uns aux autres, plus rauques, plus puissants, plus intenses. Et le dernier, bestial, surpassa de loin tous les autres. Alors François retomba sur Fabian, et les amants se reposèrent quelques instants dans leur monde à eux seuls. Ils se murmurèrent quelques mots d'amour, ils se regardèrent avec tendresse et s'embrassèrent avec douceur.

 

Des voix retentirent alors à l'extérieur, et s'extirpant de leur cocon, les deux amants se rhabillèrent à la va-vite mais néanmoins correctement. Ils replacèrent le baquet à sa place et sortirent des bains, un sourire flottant sur leurs lèvres. Les mains dans les poches, ils regagnèrent la grand tente. Traversant le bureau vide, ils entrèrent dans la chambre. François alla à leur couche, et après s'être de nouveau déshabillé, s'allongea sous la couverture, ne portant que son bas. Fabian était allé déposer un baiser sur le front de son fils, et sourit avec tendresse en le découvrant entouré de Henri et de Hector: les trois garçons semblaient particulièrement bien s'entendre. Puis il retourna auprès de François. Il retira lui aussi sa chemise, défit son bandage -il le gênait pour dormir- et gardant son pantalon, se coucha auprès de son amant. Il lui embrassa le nez puis essaya de trouver une position confortable pour dormir. Mais au bout de quelques minutes, il renonça.

 

-François?

-Oui?

-Je me sens sale. J'ai sué et je colle de partout. C'est pas agréable. J'ai envie de me laver.

-Tu le feras demain matin, dit-il, songeant qu'il y avait moins d'un quart d'heure ils étaient encore dans les bains, mais que non, il fallait que cela soit maintenant qu'il ait envie de se laver.

-Mais non, j'en ai envie maintenant. J'arriverai pas à dormir sinon.

-Fabian, souffla-t-il, mi-mécontent, mi-amusé, franchement, vu comment j'ai envie de toi, ça ne m'étonnerait pas qu'on recommence à suer d'ici la fin de la nuit. Alors ça te servira à rien de te laver maintenant.

 

Fabian, en entendant qu'il avait encore envie de lui, pouffa et François se mit lui aussi à rire sans bruit. Et dans le silence de la chambre, deux autres rires leur répondirent. Ils surent alors que Louis et Philippe étaient réveillés. Les deux amants se sourirent, amusés par cette situation, puis remirent à s'embrasser. Leurs langues tournoyèrent longtemps l'une contre l'autre alors que leurs doigts volaient sur leurs peaux, les électrifiant encore un peu plus à chaque passage. Mais peu à peu, leurs caresses se ralentirent, jusqu'à s'arrêter totalement, et les deux hommes, collés l'un à l'autre, tendirent l'oreille.

 

-Louis... Louis... Louis, je t'aime... Louis! soufflait bruyamment une voix rauque qu'il ne fut pas difficile de reconnaître comme celle de Philippe.

 

Des bruits de baisers et de sucions se firent entendre jusqu'à leur couche, des gémissements, des soupirs appuyés. La chambre était maintenant emplie de l'amour de ces deux hommes et de tous ses sons caractéristiques. Les deux autres, voyeurs dans le noir, s'amusaient clairement et lorsqu'un gémissement moins étouffé que les autres suivi d'un Philippe à bout de souffle, envahit la pièce, Fabian ne put se retenir. Il se contorsionna dans les bras de François, attrapa sa chemise posée au sol et la balança sur Philippe, qui ne l'ayant pas vu arriver, la reçut en pleine tête.

 

-Eh! Mais c'est quoi ce truc? s'exclama-t-il, pas trop fort non plus pour ne pas réveiller tout le monde. Fabian, si c'est toi, je...

-Eh! Chut les lapins! On s'entend même plus s'embrasser ici, répliqua-t-il aussitôt.

-Ca te va bien de dire ça Fabian! On ne se demande même pas pourquoi vous avez mis autant de temps à revenir de votre tour de garde, hein?

-Ouais, mais taisez-vous quand même, moi j'aime bien entendre la voix de Fabian lorsqu'il gémit parce que je lui...

-François, un mot de plus, et il n'y aura plus rien ce soir.

-Non, pas ça, supplia-t-il aussitôt, resserrant sa prise autour des hanches du jeune homme.

-Eh eh! La domination du mâle, hein François? rit Philippe.

-Roh, ça va hein! Je te signale que t'es pas mieux avec Louis toi! dit-il au hasard, car Philippe avait toujours refusé de lui raconter quoi que ce soit concernant ses nuits d'amour avec Louis.

-Hein! Comment ça? Moi, je le chouchoute mon homme, il ne peut rien me refuser, n'est-ce pas Louis?

 

La réponse se fit attendre longtemps, et finalement ne vint pas, intriguant les deux autres.

 

-Il est mort de plaisir, Philippe?

-Mais non, imbécile! Pas de nouvelles, bonnes nouvelles! enchaîna aussitôt Fabian, mort de rire.

-Taisez-vous, bande d'idiots! fit soudain Philippe, le ton se rapprochant beaucoup trop de celui qu'il utilisait pour donner des ordres pour que cela soit une blague.

-Qu'est-ce qu'il se passe?

-Il se passe qu'il y a des gens qui dorment ici, et qu'avec votre boucan, on risque de les réveiller.

 

Philippe ne dit pas, par contre, que Louis était mort de honte et que toute cette situation lui convenait de moins en moins. Faire l'amour à Philippe dans la même pièce que les autres alors qu'ils dormaient, il avait fini par accepter car il en avait très envie lui aussi. Mais le faire dans la même pièce alors qu'ils étaient réveillés, et qu'ils discutaient ensemble, ça non!

 

-Pas plus qu'avec votre boucan de tout à l'heure.

-Fabian, fais un effort, s'il te plaît. Il y a des enfants ici, et si jamais ils se réveillent et qu'ils nous voient comme ça...

-Alors quoi? Ca n'a rien de dramatique de voir ses parents faire l'amour, si?

 

Un silence gêné lui répondit et François tenta de l'apaiser, alors qu'il sentait qu'il commençait à s'énerver.

 

-Fabian, je ne sais pas si c'est...

-Et au pire, Leriel se chargera de leur expliquer ce qu'il se passe, le coupa-t-il.

-Leriel? Qu'est-ce que ton fils vient faire là-dedans? demanda Philippe.

-Notre fils, corrigea aussitôt François, prenant déjà son rôle de père à cœur.

-Il se trouve que Leriel est un petit garçon assez énergique, et qu'il oublie souvent de toquer à la porte, surtout quand il s'agit de toile comme ici. Alors il est entré en trombe dans le bureau pour me chercher et comme j'y étais pas, il a continué dans la chambre. Et il est tombé sur Betslat et De Rauthien en pleine action, si vous voyez ce que je veux dire.

 

Les autres, d'abord atterrés, se mirent à rire, et même Louis se détendit un peu et se joignit à eux.

 

-Il paraît qu'il a été très surpris de les voir comme ça, continua Fabian, mais que juste après il leur a demandé s'ils savaient où j'étais. Et avant de sortir, il leur a conseillé d'aller voir le médecin, parce qu'ils étaient quand même très rouges et qu'il avait peur qu'ils aient de la fièvre.

 

Là-dessus, les quatre hommes éclatèrent de rire, et François glissa quelques mots à l'oreille de son amant qui, attendri et heureux, lui offrit un sourire éclatant, bien visible dans la nuit. La discussion s'arrêta là, et après quelques rires encore, les quatre hommes s'endormirent. Fabian se réveilla quelques heures plus tard et, avisant les bruits de la tente, conclut que Philippe et Louis devaient recommencer ce qu'ils n'avaient pu finir plus tôt. Mais il n'était plus d'humeur aussi joueuse, et il se laissa retomber dans le sommeil sans un mot.

 

*** *** ***

 

Le lendemain, Betslat fut le premier à se lever. S'étirant les jambes et les bras, il avança avec précaution vers la couche de son supérieur. Le découvrant endormi dans les bras du baron De Devrant, et le visage étonnamment calme et reposé, il décida de le laisser dormir encore un peu. Il alla alors secouer De Rauthien, et les deux hommes, après un rapide et discret baiser matinal, sortirent de la tente à la recherche d'un peu de nourriture pour leurs estomacs.

 

Le bruit de la toile qu'on bouge fit sortir Louis de son sommeil. Il s'extirpa avec douceur des bras de son mari et remettant doucement en marche toute la mécanique, il fit quelques pas dans la chambre, passant à côté des différentes couches. Il s'arrêta devant celle du Commandant et de François, se demandant ce que son ami trouvait au militaire. Certes, il avait un beau visage, et d'après ce qu'il avait pu en juger, un beau corps. Mais cela ne faisait pas tout. Son caractère était particulier, tantôt dur et impassible, tantôt tendre et joueur, il était insaisissable. Mais cela paraissait satisfaire François. Il s'approcha encore un peu du lit de camp, son cœur battant plus vite alors qu'il avait l'impression de briser un interdit, et il observa avec attention le visage et les épaules dénudées du soldat. Il n'avait pas cette musculature excessive que certains de ses subordonnées possédaient. Au contraire, il était plutôt fin de cou et d'épaules, mais cela ne semblait pas le gêner dans son métier. Il était vraiment attirant.

 

Une cicatrice, déformant sa peau un peu mat, partait de la base de la nuque et se perdait sous la couverture. Curieux de savoir jusqu'où elle descendait, il attrapa le bord de la couverture et la fit glisser délicatement sur sa peau. La cicatrice s'arrêtait sur le flanc gauche, à mi-parcours entre la dernière côte et la hanche. Fasciné par la blessure, ses yeux finirent par dériver sur le reste de son corps. Et ce qu'il vit le choqua. Les yeux agrandis, la bouche entr'ouverte, il faillait y toucher pour être sûr que cela soit vrai, mais se retint au dernier moment. A la place, il alla chercher Philippe. Le secouant sans ménagement, il le traîna aussitôt jusqu'à Fabian et François.

 

-Regarde, dit-il, pointant du doigt le corps endormi du militaire.

-Oui, et?

-Mais regarde, Philippe! insista-t-il, n'osant formuler à voix haute ce qu'il voyait.

-Ah ouais, quand même, il s'est fait une sacrée grande cicatrice. Il ne me l'avait pas dit.

-Mais non, arrête de te foutre de moi! Il a de la poitrine! De Magnien a de la poitrine!

-Et alors? C'est pas interdit, que je sache, dit Philippe en haussant les épaules.

-Philippe! s'écria-t-il, furieux de son attitude.

 

Fabian s'agita un peu dans son sommeil et se retourna sur le dos, exposant la poitrine en question aux yeux des deux hommes. Philippe, doucement, prit la couverture et recouvrit la poitrine du Commandant.

 

-Ne crie pas s'il te plaît. Ca va le réveiller, et alerter les gens à l'extérieur, et c'est pas une bonne idée.

-A condition que tu me dises ce qu'il se passe.

-... D'accord, soupira-t-il au bout d'un moment. Allez, viens là.

 

Philippe prit la main de son mari et l'entraîna jusqu'à leur couche, et ils s'y assirent côté à côté. Gardant la main de son mari entre ses doigts, il la caressa du pouce et commença son explication.

 

-Fabian De Magnien est en réalité une femme. Elle s'appelle Lysane.

-Lysane De Magnien?

-Lysane tout court. Elle est née de parents inconnus et c'est ma nourrice qui l'a récupérée alors qu'elle n'avait que quelques jours. Elle l'a allaitée en même temps que moi.

-Donc vous êtes bien frère et sœur de lait?

-Oui.

-Et c'est pour ça que vous êtes si complices?

-Oui, en partie. Même si je ne l'ai pas beaucoup vue ces dernières années, je la considère toujours comme ma meilleure amie.

-D'accord...

 

Louis était pensif: depuis tout ce temps qu'il vivait avec Philippe, qu'il partageait vraiment sa vie avec lui, il n'avait jamais entendu parler de la jeune femme, ni du jeune homme. Tout comme il n'avait pas entendu parler de ce bataillon spécialement aux ordres de Philippe. Ni de la bouche de son mari ni de celle de François. Il trouvait tout cela étrange et se sentit mal à l'aise.

 

-Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé? De elle, et puis de tout ça? demanda-t-il en faisant un large geste du bras, désignant le camp tout autour d'eux.

-Pour tout ça, ce n'est qu'un détail mineur dans l'armée de notre pays, même s'il se révèle bien utile maintenant. Je n'allais pas t'embêter avec ça alors que tu avais déjà tellement d'autres choses à faire.

 

Louis hocha la tête: il n'avait pas tout à fait tort.

 

-Quant à Fabian...

-Ou Lysane.

-Non, Fabian. Ici, c'est un homme. Et il est hors de question que l'on sache ce que tu viens d'apprendre. Donc je disais... Pour Fabian, si je t'en ai jamais parlé, c'est parce que je n'y ai jamais vraiment pensé. Je ne l'ai pas beaucoup vu depuis que nous sommes ensemble. Et j'avais beaucoup d'autres choses en tête. Surtout une en fait, précisa-t-il en lui lançant un regard évocateur et en serrant un peu plus fort sa main.

 

Louis rougit sous l'allusion mais ne se laissa pas déstabiliser.

 

-Et pourquoi elle a décidé de se faire passer pour un homme? Je veux dire, je sais qu'il n'y a pas de femmes dans l'armée, du moins pas en tant que soldat, alors pourquoi elle a voulu rentrer dans l'armée?

 

Philippe soupira: Louis était décidément insatiable de curiosité, même si ce n'était pas le bon moment pour poser toutes ces questions. Cependant, Philippe répondit avec patience et douceur, sachant qu'il aurait à affronter la colère de son mari s'il ne le faisait pas.

 

-Fabian n'a pas de parents. Il n'a pas de nom. C'est un moins que rien dans la société telle qu'elle est conçue aujourd'hui. Tout le temps où j'ai été élevé par la nourrice, j'étais avec lui. Après quelques mois, j'ai dû revenir à la cour pour être éduqué par ma grand-mère. Il paraît que j'étais infernal, que je pleurais tout le temps, et que personne n'arrivait à me calmer. Finalement, ils sont allés chercher Fabian pour qu'il joue avec moi, et aussitôt, je me suis calmé. Et c'est comme ça que Fabian est entré à la cour, alors qu'il n'est pas noble, qu'il n'a même pas de nom. Ca a énervé beaucoup de monde, et régulièrement, on essayait de l'évincer. Et à chaque fois, je le faisais rester, avec l'appui de mon père et de ma grand-mère, qui l'aimaient bien.

-Si je comprends bien, il a grandi avec toi?

-Oui, et Grand-mère lui donnait aussi des leçons, en même temps que moi. Je crois que c'est vers douze ans que le déclic s'est fait. Il a compris que la situation ne pourrait pas durer éternellement. Et il s'est engagé dans l'armée.

-A douze ans?! s'exclama Louis, choqué.

 

Certes, lui avait été marié à 16 ans, ce qui en soi était assez jeune, mais il avait été sûr de vouloir faire ça pour sa famille. De là à décider du reste de sa vie alors qu'on a à peine vécu...

 

-Oui. Fabian était très volontaire et très vif pour son âge. Il l'a toujours été plus que moi. En plus, il était très doué au maniement des armes. Donc son acceptation dans l'armée n'a pas été un problème, mis à part pour son sexe. Je suis intervenu auprès de mon père, et après quelques magouilles, il est rentré à l'école des officiers sous le nom de Fabian De Magnien. Il en est sorti quatre ans plus tard, à seize ans, il a fait deux ans dans diverses compagnies, et puis j'ai créé cette section spécialement pour lui. Comme ça, ça nous permettait tous deux d'avoir un peu plus de liberté pour agir. Il n'avait de comptes à rendre qu'à moi, et moi, je n'avais pas de comptes à rendre aux autres, puisqu'il s'agissait de mon bataillon spécial. Et je savais que Fabian me serait fidèle, quoiqu'il arrive. Ce qui s'est révélé bien utile au final.

 

Louis hocha la tête, ayant un peu de mal à s'imaginer comment on pouvait en arriver là. Jusqu'à falsifier son identité alors que rien ne nous y contraignait réellement.

 

-Et depuis, il est resté Fabian De Magnien?

-La plupart du temps. Quand il travaille, il est tout le temps uniquement Fabian De Magnien. Quand il est avec François, ou avec moi, sans personnes extérieures, il est juste Lysane. Et parfois il est venu aux bals qu'on organisait au château, et là, c'était Demoiselle Lysane, comme quand on était gosses.

-Trois identités pour un adolescent... Waoh, y'a de quoi devenir dingue, murmura-t-il.

-Y'a de quoi, mais moi je trouve qu'il s'en est très bien sorti.

-Si tu le dis... Et pour lui et François, c'est récent?

-Oh que non! rit Philippe, qui revoyait encore son meilleur ami lui demander des conseils quant à la déclaration qu'il allait faire à Lysane. Ils sont ensemble depuis.... attends voir, François avait treize ans, et Fabian quinze. En gros, quatre bonnes années avant que tu n'arrives à Mésancourt. Mais déjà avant, ils arrêtaient pas de flirter, François était assez précoce de ce côté là.

 

Philippe rigola, et Louis le rejoignit rapidement, imaginant un petit François courir derrière chaque jupon qu'il croisait.

 

-Mais, reprit Louis, ça le gêne pas, que François couche un peu à droite à gauche pendant qu'il n'est pas là?

-Ils ont une relation assez... particulière et compliquée, commença Philippe, ne sachant pas comment expliquer le fait que François ne puisse pas être fidèle à Lysane, alors qu'il l'aimait sincèrement.

-Exactement, les interrompit une voix ferme. Et j'apprécierai aussi que tu me demandes mon avis la prochaine que l'envie te prend de déballer ma vie, Philippe.

 

Fabian se leva, et attrapant la bande posée à terre, entreprit de se bander la poitrine.

 

-Il t'a vue, alors je devais lui expliquer.

-Je ne dis pas le contraire. Mais tu aurais pu me réveiller, et je lui aurais dit ce dont il avait besoin de savoir.

-Je préférais que cela soit moi qui le fasse.

 

Il lui décocha un regard noir tout en disant d'un ton qui se voulait distant.

 

-Comme tu veux. François, tu ferais mieux de te lever, il reste beaucoup de choses à faire, enchaîna-t-il en secouant doucement son compagnon.

 

Il enfila une chemise et la boutonna, puis alla réveiller son fils d'une voix douce.

 

-Leriel, mon chéri. Réveille-toi, c'est l'heure.

 

Le garçon papillonna des yeux puis les ouvrit complètement. Il les posa sur son père et lui sourit.

 

-Bonjour.

-Papa... Je peux avoir un bisou?

-Bien sûr.

 

Il déposa un baiser sur le front de son fils et celui-ci se redressa dans le lit.

 

-Tu te souviens de ce que tu dois faire aujourd'hui?

-Oui, je crois. Je dois aider avec Henri et Hector.

-Très bien. Est-ce que tu sais avec qui tu voyages?

-Je voulais prendre mon poney, mais on m'a dit que ce n'était pas possible.

-Non, tu ne peux pas. Il est possible qu'on soit attaqué pendant le voyage, et sur ton poney, tu ne t'en sortirais pas.

-Alors je peux monter avec toi?

 

Le ton était suppliant et Fabian sentit les larmes monter aux yeux de son fils. Leriel avait de plus en plus de mal à accepter la séparation, surtout depuis cette histoire de coup d'état.

 

-Non, tu ne peux pas. Je dois beaucoup me déplacer et diriger les soldats. Cela serait compliqué avec toi. Mais tu peux aller avec Charles ou Alexandre, proposa-t-il car il savait que le garçon aimait bien les deux jeunes hommes, et ainsi lui le saurait en sécurité.

-Et Pappa? Je peux monter avec Pappa?

 

A son intonation et sa façon de prononcer "Pappa", Fabian sut que son fils ne parlait pas de lui mais de l'homme qu'il ne connaissait que depuis hier. Il trouvait étonnant qu'il se soit attaché aussi vite, mais après tout, il lui en avait aussi beaucoup parlé.

 

-Je vais lui demander.

 

Il se retourna et cria à l'adresse de son amant, qui était en train de lacer ses chaussures.

 

-François, est-ce que ton fils peut monter à cheval avec toi pour le voyage?

 

L'interpelé se redressa et adressant un grand sourire aux deux hommes de sa vie, il répondit, joyeux.

 

-Evidemment qu'il peut!

 

Leriel sauta de joie, réveillant les deux autres, et il sortit du lit précipitamment, courant se jeter dans les bras de François. Celui-ci le réceptionna, le fit voler autour de lui puis le reposa à terre. Ebouriffant ses cheveux, il fit signe à l'autre père qu'il sortait. Celui-ci approuva et le suivit, attrapant sa veste au passage et enfilant prestement ses bottes.

 

 

Une heure après le réveil du Commandant, il ne restait rien du camp et tout le bataillon était prêt à partir. De Magnien vérifia une dernière fois que tous étaient à leur place, répéta quelques ordres, puis alla se placer en tête de cortège, et donna le signal de départ. A ses côtés, Betslat et De Rauthien assuraient la tête de troupe. Juste derrière eux venaient le couple royal ainsi que le baron De Devrant, avec Leriel devant lui. Ils n'avaient pas voulu se mettre plus loin dans la foule, malgré les cibles évidentes qu'ils faisaient en se plaçant si en avant. Par précaution, De Magnien avait placé ses deux meilleurs hommes pour encadrer le trio. Ensuite venaient les soldats à pied, le reste des gradés étant réparti sur toute la colonne.

 

Il avait été décidé que Lothaire accompagnerait Suzanne et les deux garçons dans l'un des charriots. Il avait d'abord fallu convaincre le jeune homme de laisser son ami seul, puis persuader Louis d'installer Henri hors de sa vue. Cela n'avait pas été une mince affaire et les voix s'étaient élevées, notamment celle de De Magnien. Mais au final, le Commandant eut le dernier mot, et si Louis était très inquiet au début, malgré les paroles apaisantes de Philippe, ses angoisses diminuèrent peu à peu au fil du trajet pour disparaître en fin d'après-midi.

 

En début de soirée, un des soldats que De Magnien avait envoyé en avant-garde revint au grand galop. S'arrêtant auprès de son supérieur, il lui parla rapidement à voix basse, reprenant à peine sa respiration. De Magnien le remercia puis décida d'installer le campement quelques centaines de mètres plus loin. Ils étaient tout proches de la ville, mais un petit bois cachait encore la cité à leurs yeux. Et les cachait aux yeux de la cité. C'est là que le Commandant ordonna qu'on installe le bivouac, alors que la nuit tombait. Les tentes ne devaient pas être montées, pour pouvoir partir au plus vite en cas d'attaque, et aucun feu ne devait être fait, pour éviter d'être repéré. Il installa la famille royale et leurs proches au centre du grand cercle formé par les soldats, puis il partit vérifier la sécurité aux alentours.

 

Suzanne, prenant les choses en main alors que les hommes ne savaient pas trop quoi faire, installa un lit de couverture pour les deux petits garçons qui tombaient de sommeil. Aussitôt qu'ils furent couchés, ils s'endormirent, sans même attendre un baiser de leurs parents. Parents d'ailleurs bien fatigués par le voyage. Louis et Philippe étaient assis à même le sol, épaule contre épaule, les mains enlacés. En face, Lothaire attendait que sa femme le rejoigne alors qu'elle sortait quelques-unes de leurs affaires. A leur droite, François était assis en tailleurs, et Leriel était à côté de lui, bavardant gaiement.

 

-Dis Pappa, il est comment le château?

-Il est très beau.

-Ca je sais, Papa me l'a dit aussi quand je lui ai demandé. Mais est-ce qu'il y a des dorures partout? Et plein de diamants?

-Je crains que non, rit François. Mésancourt n'est pas aussi riche que cela. Et même si on avait l'argent pour, je crois que Philippe préférerait l'utiliser pour le peuple plutôt que pour décorer le château.

-C'est vrai, c'est ce que dit tout le temps Papa, approuva-t-il. Alors, comment il est finalement?

-Est-ce que tu as déjà vu des châteaux?

-Oui.

-Lesquels?

-Euh... Celui de... de Ca... de Castille! Le château de Castille!

 

Louis releva vivement la tête et fixa son regard sur Leriel en l'entendant prononcer le nom de son ancienne patrie, et les autres le regardèrent avec étonnement.

 

-Comment tu connais le château de Castille? demanda le jeune roi, un mélange d'excitation et d'angoisse dans la voix, car si Leriel avait été en Castille, cela signifiait que le Commandant De Magnien aussi, ainsi que ses soldats.

 

-J'y suis allé l'an dernier avec Papa. Il m'a dit que c'était une visite de...

 

Ne trouvant pas le mot qu'il voulait, il fit quelques gestes pour s'expliquer.

 

-Juste pour dire bonjour. Papa me disait toujours que je devais sourire et serrer la main de tous ceux qui le voulaient.

-Une visite de courtoisie? suggéra alors François.

-Oui, c'est ça!

-T'as envoyé Fabian en visite de courtoisie en Castille? interrogea alors le baron, fixant Philippe, une lueur de reproche dans les yeux.

-Ca ne me dit rien du tout, avoua-t-il, un peu perdu.

-C'est moi qui y suis allé de mon propre chef, intervint alors De Magnien qui était revenu de son tour dans le campement.

 

Il s'assit à côté de François et prit Leriel sur ses genoux.

 

-Les relations à la frontière avec la Castille étaient un peu tendues. Les villages frontaliers ne s'entendaient pas très bien, surtout que certains s'amusaient à envenimer les choses. Alors j'ai calmé les esprits, j'ai laissé mes hommes dans les villages pour éviter les incidents et je suis allé à la cour de Castille. J'ai été très bien accueilli par le prince Jean, qui a tout de suite compris le problème, et qui a fait ce qu'il fallait. Nous sommes restés moins d'une semaine, mais ça a bien plu à Leriel, n'est-ce pas?

-Oh oui! C'était très beau. Et puis le soir, lors du dîner, il y avait tellement de gens qui dansaient au milieu. C'était très beau, conclut-il, les yeux rêveurs.

-Tu te souviens de ce que je t'ai dit à cette époque? Que Louis, avant de s'appeler Louis de Mésancourt s'appelait Louis de Castille et que c'était là-bas qu'il était né.

 

Le garçon hocha la tête, puis soudain, la lumière se fit dans son esprit. Quittant les genoux de son père, il se précipita sur ceux de Louis. Les mains nouées comme lors d'une prière, il lui demanda, les yeux suppliants, de lui raconter les différences entre le château de Castille et celui de Mésancourt. Mais rapidement, cela dériva et Louis conta ses jeunes années à la cour à l'enfant captivé. A la fin du récit, il remercia le conteur, et les larmes apparurent peu de temps après, sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Sauf Fabian. Il prit son fils dans ses bras, et annonça qu'il allait se coucher. Il conseilla aux autres d'en faire de même, et il s'éloigna de quelques mètres, suivi aussitôt de François. Les deux hommes installèrent une couverture au sol, s'allongèrent dessus, mettant l'enfant entre eux deux, puis se recouvrirent de deux couvertures. Les deux autres couples veillèrent encore un peu, puis suivirent le conseil de De Magnien: la fatigue les faisait déjà dormir debout.

 

*** *** ***

 

Le lendemain matin, De Magnien envoya deux petites troupes en reconnaissance, qu'elles entrent en ville par les portes Nord et Sud, et qu'elles préparent le terrain. Une demi-heure plus tard, il fit partir le gros des troupes, avec lui en tête, accompagné de ses deux Capitaines, et juste derrière le couple royal et le baron De Devrant. Les enfants avaient été consignés avec Suzanne, ainsi qu'une dizaine de soldats. Ils devaient rester cachés dans la forêt jusqu'à ce que la situation se stabilise. En réalité, De Magnien ne craignait pas tant pour leurs vies que pour ce qu'ils pourraient voir, et des têtes qui volent n'étaient assurément pas un spectacle pour des enfants.

 

Une heure à peine après leur départ, ils arrivèrent aux portes de la ville. Le Commandant briefa une dernière fois ses hommes, puis plus spécifiquement Betslat, De Rauthien, François, Louis et Philippe. Puis ils entrèrent en ville alors que l'église sonnait onze heures.

 

Empruntant la Grand Rue, ils marchèrent au pas jusqu'à la place des Fêtes, au centre de la ville, un peu avant l'entrée même du château. Les gens, sur leur passage, sortaient sur les pas de portes, se mettaient aux fenêtres et murmuraient entre eux.

 

-C'est le roi Philippe!

-Le roi Philippe est revenu!

-Et le roi Louis est avec lui!

-Ils vont déloger les usurpateurs.

-Tout va redevenir comme avant.

 

De Magnien sourit en entendant autant de réactions positives. Il avait craint que, par peur ou par conviction, une partie des citadins ne se soit rangée du côté d'Aldéric et d'Adélaïde. Mais cela ne semblait pas être le cas. Soudain, un homme fendit la foule qui s'amassait peu à peu sur la route du cortège. Les trois militaires en tête tirèrent aussitôt leurs épées de leurs fourreaux, et ceux derrière le couple royal avaient déjà une flèche encochée dans leur arc. L'homme s'arrêta aussitôt puis, le regard fixé à celui de De Magnien, il s'approcha lentement du Commandant. La pointe de l'épée toucha vite son cou mais il ne sembla pas s'en soucier. Au contraire, il attrapa la botte de De Magnien et se baissa pour la baiser. Puis il releva la tête, et les yeux remplis de larmes de joie, il dit quelques mots d'une voix étranglée.

 

-Béni soyez-vous! Béni soyez-vous messire, de nous ramener notre roi!

 

Puis il partit à reculons, se baissant à plusieurs reprises pour les saluer. Dès qu'il fut plus près de la foule, il se retourna vers elle, et, levant ses deux mains vers le ciel, il s'écria.

 

-Béni soient notre roi et son époux! Béni soient Philippe et Louis de Mésancourt!

 

La foule reprit ses mots, et ils furent scandés tout du long du chemin jusqu'à la place. Philippe était ravi de l'accueil qui leur était réservé après le coup d'état, et Louis, étrangement, se sentait enfin à sa place, accepté pour la première fois dans ce royaume, accepté par ses habitants qu'il côtoyait depuis quatre ans.

 

Lorsqu'ils débouchèrent sur la place, ils furent accueillis par les soldats du château, qui les empêchèrent d'aller plus loin, ce qui n'était de toute façon pas l'intention de De Magnien. Il voulait que tout se règle au vu et au su de tous. Ainsi, magouilles et trahisons seraient dévoilés en place publique, et ceux qui doutaient encore de Philippe, et surtout de Louis, ne pourraient plus les accuser, face à l'évidence des preuves. De Magnien s'avança un peu plus par rapport aux autres et demanda, s'adressant aux soldats en face de lui.

 

-Qui est votre chef? Qu'il s'avance!

-C'est moi! Et je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous, Commandant De Magnien!

-Au contraire, Lieutenant-Colonel De Larasse, au contraire. J'obéis à mon roi, alors que vous obéissez à un usurpateur. Je suis donc légitime alors que vous ne l'êtes pas.

 

Le Lieutenant-Colonel encaissa ces paroles stoïquement mais ne chercha pas à répliquer.

 

-Allez dire à Monsieur Aldéric et à Dame Adélaïde que nous les attendons ici même et maintenant, Lieutenant-Colonel, continua De Magnien.

-Sire Aldéric et Dame Adélaïde n'ont pas le temps d'écouter vos sottises, Commandant. Ils ont des choses bien plus importantes à faire en ces temps durs. Dois-je vous rappeler que suite à la trahison de Philippe de Mésancourt, le royaume est en guerre?

-Je n'oublie pas la trahison qu'a subie le royaume, Lieutenant-Colonel, mais elle ne vient pas du roi Philippe. Ni de son époux Louis.

-Sornettes! s'écria-t-il soudain, à bout de patience face à l'impassibilité de De Magnien. Dégagez la place ou je vous fais arrêter, tous autant que vous êtes.

 

Les épées furent tirées et les arcs tendus du côté des soldats du château et aussitôt, les hommes de De Magnien se tinrent prêts à une éventuelle attaque. Mais les armes ne furent pas touchées, pas encore : ils ne voulaient pas provoquer.

 

Un brouhaha s'éleva de la foule: la situation commençait à devenir dangereuse. Les gens ne comprenaient pas pourquoi les soldats avaient sorti leurs épées face à leur roi. Une voix, plus forte que les autres, couvrit le murmure de la foule.

 

-Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher montrent les crocs!

 

Comme un signal, les gens devinrent plus agressifs et huèrent les soldats du château, protestant et exigeant à force de cris que ceux d'en-haut descendent en ville. De Magnien, craignant que la situation ne dégénère, envoya plusieurs de ses hommes contenir la foule.

 

-Vous voyez, Lieutenant-Colonel? fit De Magnien en désignant la foule du bras. Le peuple les réclame! Ils doivent venir s'expliquer face au peuple!

 

La foule approuva férocement et le Lieutenant-Colonel hésita: cela risquait de se retourner contre lui. Il avait déjà eu à faire à des mouvements de foule par le passé, et cela n'avait pas été une partie de plaisir, loin de là. Pour prévenir tout problème, il envoya un messager au château les informer que la situation dégénérait lentement mais sûrement. En attendant, il resta impassible et toisa De Magnien, qui ne se laissa en aucun cas déstabiliser.

 

L'affrontement silencieux entre les deux hommes dura une quinzaine de minutes tandis que la foule continuait de s'échauffer. Dans les rangs des soldats, cela commençait à jaser, des deux côtés. On ne comprenait pas l'inaction imposée par les supérieurs et certains avaient les mains qui les démangeaient, prêtes à prendre les armes. Quand De Magnien vit le messager revenir et faire un signe de tête négatif à son supérieur, il décida de reprendre les choses en main. S'avançant d'une ou deux foulées, se démarquant du reste de sa troupe, il annonça d'une voix forte et claire, faisant taire tout le monde.

 

-Monsieur Aldéric et Dame Adélaïde, je vous destitue du trône de Mésancourt, que vous occupez par la force suite à votre coup d'état.

-Vous n'avez aucun droit de faire cela! s'insurgea le Lieutenant-Colonel De Larasse. Ce n'est pas votre rôle! Vous n'en avez pas le pouvoir!

-En tant que Commandant de l'armée du roi Philippe de Mésancourt, j'ai le droit et même le devoir de défaire le royaume des usurpateurs, répliqua De Magnien d'une colère froide: ce Lieutenant-Colonel commençait sérieusement à lui échauffer les oreilles.

 

Il reprit ensuite son discours à l'adresse des occupants du château, qui, il en était sûr, s'étaient discrètement rapprochés de la place du village pour entendre et voir ce qu'il s'y passait.

 

-Monsieur Aldéric, pour trahison envers la couronne et coup d'état, vous serez condamné à la mort par pendaison selon la loi de Mésancourt. Votre corps sera brûlé et n'aura pas de sépulture.

 

Une partie de la foule approuva la sanction tandis que l'autre était hésitante: l'absence de sépulture signifiait être maudit et errer pour l'éternité, et cela avait quelque chose de terriblement effrayant, même pour un ennemi.

 

-Quant à vous Dame Adélaïde, pour trahison envers la couronne, coup d'état et déclaration de guerre au royaume de Castille, notre alliée, vous serez condamnée au bannissement hors du royaume de Mésancourt, selon la loi en vigueur. La marque des bannis vous sera appliquée au fer rouge sur votre poitrine droite et sur votre joue gauche, que les gens sachent ce que vous avez fait et qu'ils vous accordent le traitement approprié, à savoir l'exclusion. Votre enfant vous sera retiré, pour lui éviter les conséquences désastreuses de vos actes, et sera élevé en tant que pupille de Mésancourt.

 

La gorge de De Magnien se serra douloureusement à ces mots, car avec le temps et des recherches, il avait fini par découvrir que son père avait été banni, et que sa mère avait préféré se pendre au lieu de subir la honte, et de suivre son mari sur des chemins incertains.

 

Les applaudissements de la foule à l'annonce de la sentence le sortit de ses réflexions, et il continua l'énumération des coupables.

 

-Et vous, Madame Anne, je ne vous oublie pas. Vous serez mise en examen pour votre implication dans la trahison envers la couronne et dans le coup d'état.

 

Le peuple rassemblé, à la limite de la folie, ne fut pas choqué par la mise en cause de la reine Anne, et applaudit à tout rompre. Des sifflements réprobateurs et des insultes fusèrent à l'encontre du couple usurpateur.

 

Soudain, un messager sortit du château en courant, et cela calma pendant quelques instants les esprits. Tous attendaient de savoir la réaction des principaux intéressés. De Magnien, en le voyant murmurer à l'oreille de De Larasse, craignit le pire. Il ne fut pas déçu. Sur un ordre discret de son supérieur, il vit l'un des archers adverses tendre un peu plus sa corde puis la lâcher. Il la vit arriver droit sur lui, et eut juste le temps de se déplacer un peu sur la gauche pour se la prendre dans l'épaule droite. Cela fut le signal que tous semblaient attendre.

 

Les cavaliers de De Magnien se ruèrent sur l'ennemi et les soldats à pied leur emboitèrent le pas. La foule en délire, dépassant largement les capacités des fantassins du Commandant, prit part à la bataille. De Magnien, un peu sonné par la blessure, se reprit rapidement et criant de toute la force de ses poumons, comme un cri de guerre pour encourager ses hommes, il galopa droit sur le Lieutenant-Colonel. Celui-ci, ne s'attendant pas à une réaction aussi rapide et aussi vive, ne put éviter le coup d'épée du jeune homme et sa tête vola, atterrissant plusieurs mètres plus loin. Sans supérieur et sans ordre précis, ce fut très vite la déroute parmi les soldats du château.

 

Mais il n'en eut cure et se dirigea droit vers l'imposante bâtisse, suivi du couple royal, du baron De Devrant et de quelques-uns de ses subordonnés. Ensemble, ils parcoururent le château à la recherche des condamnés qui semblaient avoir fui. Mais ce fut sans compter l'aide précieuse de certains valets et autres petites gens, qui leur indiquèrent les chemins empruntés par les fuyards. En moins d'une demi-heure, ils furent retrouvés et menottés. Puis, comme la loi l'exigeait, ils furent conduits en place publique, hormis la reine Anne, qui était seulement mise en examen et qui par conséquent fut conduite aux cachots sous bonne garde.

 

Devant le peuple, Aldéric et AdélaïdeAdélaïde durent répondre aux questions qui leur furent posées et subirent sa colère. Ils essayèrent de se défendre, mais à chaque fois, De Magnien, impitoyable, aligna les preuves qu'il avait contre eux. Lorsque la confrontation au peuple se termina, les condamnés furent amenés aux cachots: les sentences seraient appliquées le lendemain.

 

Pendant ce temps, Philippe et Louis avaient repris leurs places légitimes sur le trône de Mésancourt et leur premier geste fut d'annuler toutes les décisions prises par Aldéric et Adélaïde. Le second fut d'offrir un banquet en ville, à la Place des Fêtes, pour célébrer leur retour au trône. Dans la soirée, Henri fut ramené, avec Hector et Leriel, de leur cachette forestière, et la famille royale au complet alla à la rencontre du peuple, ce qui réjouit les personnes présentes, heureuses de pouvoir voir le roi, son époux et leur fils en vrai, et de leur témoigner leur gratitude. A cette occasion, Louis de Mésancourt annonça ce qu'il avait annoncé à Philippe la veille pendant la nuit, à savoir la venue d'un nouvel héritier d'ici quelques mois. La nouvelle fut accueillie avec joie et larmes de bonheur, et la nuit fut rythmée par les cris de "Vive le roi!", "Vive Philippe!", "Vive Louis!" et "Vive Henri!".

 

 

C'est ainsi que se termine, villageoises et villageois, l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. La troupe des Troubadours Yaoïstes vous remercie de votre attention."

 

Quelques notes de musique s'élevèrent, signifiant la fin du récit. Mais les spectateurs ne semblèrent pas de cet avis, au vu des murmures mécontents qui se firent entendre.

 

"-Et notre scène au lit entre Philippe et Louis, elle est où, hein? Elle est où?

-On la veut nous!

-Vous pensez quand même pas que vous allez pouvoir vous en tirer comme ça!

-Et le bébé, il va s'appeler comment? C'est un garçon ou une fille?

-L'histoire entre François et Fabian, ça se termine comment?

-Et Henri? Est-ce qu'il va tomber amoureux de Leriel quand il sera grand?"

 

A cette dernière question, le conteur rit à gorge déployé, puis répondit, un sourire énigmatique aux lèvres.

 

"Tout ceci est une autre histoire. A vous de la construire."

 

 

Voilà, j'espère que cette suite alternative vous a plu... n'hésitez pas à lui faire part de vos avis sur son blog!!!

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Jeudi 29 avril 4 29 /04 /Avr 12:13

Bonjour les gens!

Comment allez-vous? Moi, comme d'habitude, je suis débordée de boulot et j'ai pas beaucoup le temps d'écrire (j'en suis désolée, croyez-le)! Mais heureusement, Skorpan est là et comme promis, elle nous a écrit une suite alternative à Royale Destinée. Son texte est très long donc il est publié en deux fois!

 

Précision importante: je le redis, cette suite est la vision de Skorpan et ne change en rien la fin que j'ai prévu pour cette histoire! C'est une fin parallèle, très bien écrite d'ailleurs! Elle commence à la fin du chapitre 22 de l'histoire.


 

 

Royale Destinée


Suite Alternative

Par Skorpan

partie 1

 

"Oyez, oyez! Villageoises et villageois, venez sur la Grand'Place du village écouter la troupe des Troubadours Yaoïstes! Venez écouter l'histoire du roi Philippe de Mésancourt, de son époux Louis, et de leur enfant, le dauphin Henri. Prenez place, installez-vous correctement, et reprenons l'histoire là où nous l'avions laissée la dernière fois. Rappelez-vous! Nous avions abandonné Louis et son ami Lothaire atterrés par les derniers évènements: la pendaison de Philippe, avec d'autres gens de basse condition, et ensuite, la destruction de la maison des parents de Lothaire, leur mort horrible. Et enfin leur soulagement lorsqu'ils avaient retrouvé les derniers membres de leur famille sains et saufs. Voilà où l'histoire s'était arrêtée et où elle reprend."

Quelques notes de musique s'élevèrent au milieu de l'assemblée pour annoncer le début du récit, alors que les gens rivalisaient de "Ssscht" pour demander le silence. La jeune femme, qui avait fait office de narratrice pour ameuter la foule, se recula et laissa place à vieil homme à la barbe blanche mais à la voix claire et assurée, qui reprit le fil de l'histoire.

"Louis et son fils, Lothaire, sa femme et leur fils, se cachaient dans la forêt. Ils ne savaient où aller, ils n'avaient plus personne. La méfiance était le maître mot dans cette folle course poursuite sans point de chute. Ils marchaient et marchaient sans s'arrêter au milieu des arbres sombres pour échapper à des ennemis incertains. Chaque craquement de branche les faisait sursauter, et les enfants, heureux de ce nouveau jeu dans les bois, s'amusaient avec insouciance alors que la mort les coursait.

Soudain, des voix se firent entendre. Et des chevaux aussi. Les petits furent attrapés, presque ceinturés par leur père respectif, et les cinq compagnons d'infortune se cachèrent derrière quelques troncs, trop fins pour offrir un quelconque abri, mais rassurants quand même.

 

-Cherchez partout! Je suis sûr d'avoir vu quelque chose bouger!

-Vous êtes sûr que ce n'était pas un animal, mon Commandant?

-Vous avez déjà vu un animal bleu et rouge, Capitaine?

-Euh... non, mon Commandant.

 

Les voix se rapprochaient peu à peu du groupe, accompagnées des lourds pas des chevaux. Lothaire en avait compté trois, même si le troisième homme n'avait pas encore parlé. Et au plus grand désespoir des deux jeunes hommes, la voix du Commandant leur était familière. Une voix à la fois douce et ferme, agréable à entendre et capable de vous emmêler pour obtenir ce qu'elle souhaitait. Louis était sûr de l'avoir déjà entendue à la cour, lors d'une des nombreuses réceptions auxquelles il avait dû assister. Et il se maudit en cet instant de ne pas avoir été plus attentif, car il ne pouvait se souvenir qui en était le propriétaire. De toute façon, se dit-il, d'après ce qu'ils avaient entendu, ils appartenaient à l'armée, et avaient donc prêté serment de servir le royaume de Mésancourt, dussent-ils en mourir. Or le royaume de Mésancourt, c'étaient actuellement Adélaïde et son mari.

-Mon Commandant! fit une troisième voix. A trois heures, ça a bougé.

Puis il n'y eut presque aucun bruit. Seul le souffle des trois chevaux évoluant dans les bois. Et soudain, les militaires se retrouvèrent devant le groupe de fugitifs. Ils avaient bloqué toutes les sorties possibles. Louis et les autres étaient pris au piège.

-Vous croyez que c'est eux, mon Commandant? demanda l'un des subalternes.

Le Commandant ne répondit pas et descendit de cheval. D'un pas assuré, il s'approcha d'un Louis tellement mortifié que pas un seul de ses muscles ne bougea. Il lui attrapa peu délicatement la mâchoire, plongea ses yeux dans les siens, puis l'observa sous toutes les coutures.

 

-Déclinez votre identité, Monsieur, dit-il enfin d'un ton n'acceptant pas le refus, ni le mensonge.

 

Fier, et se sachant déjà reconnu, il ne renia pas son nom, ni son défunt mari Philippe.

 

-Je suis Louis de Mésancourt, époux de feu le roi Philippe de Mésancourt. Et si je dois mourir, ce sera la tête haute, et non assassiné au fin fond d'un bois.

 

Il s'était relevé sur ses deux pieds et dépassait maintenant de plusieurs centimètres le Commandant, qui n'en paraissait pourtant nullement impressionné. Au contraire, un sourire étirait ses lèvres.

 

-Mourir? Pourquoi voudriez-vous mourir?

-N'êtes vous pas des soldats de Mésancourt? l'interrogea Louis, toujours digne alors que l'incertitude le gagnait de plus en plus.

-Certainement. Et c'est pourquoi je n'ai aucune raison de vous tuer: vous êtes l'actuel roi de Mésancourt. Enfin, pour être plus exact, vous êtes le régent en attendant que votre fils Henri soit en âge de gouverner. N'est-ce pas?

-Soit. Mais vous n'ignorez pas le coup d'état que vient de subir le royaume. Je suis actuellement un paria.

-Comme vous l'avez dit vous-même, il s'agit d'un coup d'état. D'une prise de pouvoir par la force, et non approuvée. Vous restez donc mon souverain. De plus, si vous aviez observé plus attentivement nos uniformes, vous auriez vu que nous n'appartenons pas au corps régulier de l'armée.

 

A cette remarque, qui aurait pu être blessante si elle n'avait été prononcée sur un ton doux et rassurant, Louis baissa les yeux sur les vêtements des trois hommes qui lui faisaient face. Ceux-ci étaient d'une saleté étonnante, comme si cela faisait plusieurs jours qu'ils avaient été portés, et ce par tous les temps. Il tenta de reconnaître les grades ainsi que l'insigne d'appartenance à un quelconque corps de l'armée. Mais il en fut incapable: tout ce qui concernait les militaires ne l'avait jamais véritablement intéressé. Il en avait toujours laissé le soin à Philippe, et il s'en mordit la lèvre.

 

-Le bataillon que je dirige est formé d'hommes qui sont entraînés à faire face à n'importe quelle situation, y compris celle que nous vivons actuellement. Mes hommes sont les meilleurs que vous trouverez dans toute l'armée de Mésancourt, se vanta un peu le Commandant. De plus, et ce n'est pas négligeable, nous sommes totalement indépendants du reste de l'armée. Mes ordres proviennent directement du roi Philippe. Dans le cas où il serait dans l'incapacité à en donner, je suis autorisé à agir de mon propre chef.

 

-Mais... je ne comprends pas, protesta Louis, que ces nouvelles informations déroutaient, tout comme elles perturbaient les deux autres adultes.

 

Jamais ils n'avaient entendu parler de ce bataillon indépendant, et Louis doutait fortement que son mari ait oublié de le prévenir.

 

-Capitaine De Rauthien, expliquez-leur, je vous prie. Il semblerait que mes explications ne soient pas assez claires.

 

Le plus jeune des deux Capitaines, qui apparaissait avoir l'âge de Louis, s'avança et s'éclaircit la gorge.

 

-Chaque homme du bataillon, avant de prêter serment à Mésancourt, a prêté serment au roi Philippe. Nous sommes donc avant tout loyaux envers le roi Philippe, d'où notre présence dans ces bois. Nous sommes venus vous récupérer pour vous mettre en lieu sûr.

-Nous... récupérer? En lieu sûr?

 

Un infime espoir étreignit le cœur de Louis. Si ces militaires disaient vrai alors ils étaient sortis d'affaire, pour un temps du moins. Mais s'ils mentaient, ils se précipitaient certainement dans la gueule du loup.

 

-Tout à fait. Notre camp de base est à une petite journée de cheval. Si nous nous mettons

en route dès maintenant, nous y serons un peu après le milieu de la nuit.

 

Louis réfléchissait rapidement. Il ne voulait pas prendre une décision d'une telle importance hâtivement, mais les circonstances l'y obligeaient. Il jeta un coup d'œil à Lothaire, pour essayer de connaître son opinion. Celui-ci avait l'air déterminé, mais Louis ne réussit pas à deviner quelle décision il avait prise. Alors avant de sceller leur destin à tous, il voulut s'assurer d'une dernière chose.

 

-Puisque je vous ai dit mon nom tout à l'heure, je vous demanderai le vôtre à mon tour.

-Naturellement, acquiesça le jeune homme, qui exécuta un salut militaire avant de continuer. Commandant Fabian De Magnien, à votre service. Et voici deux de mes sous-officiers, continua-t-il en désignant les deux hommes qui l'accompagnait. Le Capitaine Alexandre De Rauthien, et le Capitaine Charles Betslat. Tous deux sont très compétents, et je leur confierai ma vie sans hésiter. Vous ne craignez donc rien pour la vôtre, ou celles de votre fils et de vos amis tant qu'ils sont dans les parages.

-Bien. Vous permettrez que nous en discutions entre nous, n'est-ce pas?

-Le temps nous est compté, alors faîtes vite.

 

Louis ne prit pas le temps de répondre, et entraîna Lothaire et Suzanne un peu à l'écart pour savoir ce qu'ils pensaient de la situation, tandis que les militaires reculaient de quelques pas. Chaque groupe discuta à part, et au bout de quelques minutes, une décision fut prise par les fugitifs.

 

-Nous avons décidé de vous faire confiance, annonça Louis, mais...

 

Le Commandant De Magnien ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase que déjà il donnait quelques directives concises pour leur retour au camp.

 

-Messieurs, si jamais il arrive quoi que ce soit, tenez-vous en au plan, rappela-t-il à ses hommes. Capitaine Betslat, vous prendrez Madame en croupe, et vous Capitaine de Rauthien, vous prendrez Monsieur Buys en croupe, et le jeune Hector devant vous. Louis et Henri voyageront avec moi, conclut-il.

 

Tout le monde s'activa et après quelques contorsions, ils furent tous à cheval. Sa dernière recommandation faite, "La vie des enfants prime sur celles des autres", le Commandant de Magnien donna le signal de départ. Si les premières minutes se déroulèrent au pas au milieu de la végétation très touffue de cette partie de la forêt, dès lors que cela s'éclaircit, le trot fut adopté. Le trajet se fit en silence et aucune plainte ne fut entendue, bien que l'allure fut très inconfortable pour ceux qui se trouvaient en croupe. Ils étaient balancés d'un côté ou de l'autre au gré des mouvements du cheval, et ne pouvaient se stabiliser qu'en se raccrochant au corps devant eux. Les deux petits garçons geignirent de temps à autre, mais les deux militaires qui avaient leur garde surent trouver les mots pour les calmer avant même que leurs parents respectifs n'ouvrent la bouche. Les promesses d'une balade au galop et d'une démonstration de combat avaient de quoi faire taire toutes les protestations.

 

Le soir venu, ils s'arrêtèrent environ une heure, dans une petite clairière à côté d'un faible cours d'eau. Ils avalèrent quelques morceaux de viande séchée et des patates froides en guise de dîner. Ils eurent même droit à un dessert grâce au Capitaine Betslat, qui trouva des baies comestibles non loin de leur campement de fortune. Lorsque que le Commandant estima que tout le monde s'était bien reposé, les chevaux comme les hommes, ils repartirent, adoptant la même allure qu'avant le repas. Henri et Hector s'endormirent moins d'une demi-heure après leur départ, la fatigue de la journée surpassant largement l'inconfort de leur position. Les adultes, par contre, ne fermèrent pas l'œil de la nuit.

 

Au bout de longues heures de route, ils arrivèrent à la lisière de la forêt. Là, sur un signe discret du Commandant, ils s'arrêtèrent en silence, attentifs au moindre bruit. En penchant un peu la tête sur le côté, Louis découvrit alors ce qui les attendait. Une immense plaine s'étendait dès la sortie du bois, et à environ cinq cents mètres, un véritable village de tentes de couleur triste était installé. Il semblait être monté sur un champ en friche, et n'empiétait pas sur les cultures qui l'entouraient. La vision qu'avait Louis était assez surréaliste. Il lui semblait que ce camp ne faisait pas partie de ce monde-ci, tellement son emplacement était incongru. Il n'y avait rien aux alentours, pas même une rivière, et il ne ressemblait pas à l'image qu'il se faisait d'un camp militaire. Il se rapprochait plus d'un camp de saltimbanques en peine. D'autant plus qu'aucune protection ne semblait avoir été mise autour des tentes, et qu'une tente plus imposante, tel un chapiteau, était dressée au centre.

 

Se décidant à prendre la parole après plusieurs minutes d'immobilité, Louis se dégagea la gorge.

 

-C'est ça votre camp militaire où nous serons en sécurité? demanda-t-il d'un ton incrédule.

-Ssssch! lui fit De Magnien, en colère, avant de chuchoter le nom de ses officiers. De Rauthien?

 

Celui-ci lui répondit en faisant un cercle avec son pouce et son majeur de la main droite.

 

-Betslat?

 

Il lui répondit avec le même signe que son homologue, alors De Magnien mit ses mains en porte-voix et imita par deux fois le hululement d'une chouette. Quelques secondes plus tard, un homme habillé de manière sombre, de telle façon à se fondre plus facilement parmi les arbres, approcha d'eux. Les trois adultes fugitifs sursautèrent mais les militaires lui sourirent.

 

-Alors, Ferrant, que se passe-t-il? chuchota le plus haut gradé.

-Deux hommes à nous sont revenus, ensemble. Ils avaient la gueule fatiguée. Et j'ai vu du mouvement en face il y a de ça une heure environ. Mais je n'ai pas pu identifier ce que c'était.

-Et le terrain?

-Sec, il n'a pas plu aujourd'hui.

 

De Magnien sourit: le sol était propice à un dernier sprint au grand galop. C'était la dernière partie de leur voyage, mais aussi la plus risquée. Ces cinq cent mètres qui les séparaient de leur camp se trouvaient à découvert, et une attaque bien menée pouvait les anéantir avant que quiconque, que ce soit ceux du camp ou ceux en poste dans la forêt, ne puisse intervenir.

 

-Henri, dit le Commandant en secouant gentiment le garçon. Henri, réveille-toi, répéta-t-il alors qu'il se frottait les yeux. Tu te souviens que je t'ai promis une balade au galop? Eh bien, c'est tout de suite.

 

De Rauthien avait fait de même avec Hector, et les deux gamins étaient maintenant parfaitement éveillés, prêts comme jamais pour l'aventure. Les adultes, sur les conseils des cavaliers en selle, se re-positionnèrent et s'agrippèrent du mieux qu'ils purent. Ils saluèrent Ferrant, qui retourna à son poste de garde, et en quelques coups de talons, ils partirent au grand galop. La distance fut parcoure en une minute et ils entrèrent sans ralentir dans le camp.

 

Les soldats, prévenus par Ferrant, n'opposèrent aucune résistance à cette intrusion, et les trois chevaux ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent devant la plus grande des tentes. Plusieurs hommes se précipitèrent pour les aider à descendre et ils durent même rattraper de justesse Suzanne, qui manqua de s'écraser au sol, ses membres tremblant sans discontinuer après cette course folle. De Magnien ordonna qu'on les conduise dans la grande tente, qui se révéla être la sienne, donna quelques autres instructions puis les rejoignit, accompagné des Capitaines De Rauthien et Betslat. Il se passa la main sur les yeux, espérant effacer un peu de sa fatigue, puis prit la parole.

 

-Eh bien, on est arrivés sains et saufs à bon port. C'est déjà ça. Je suppose que vous êtes fatigués, donc j'ai demandé à ce qu'on apporte des lits en plus pour que vous vous installiez ici. Je préfère toujours avoir un œil sur vous, ça me rassurera, et ça vous rassurera je pense, expliqua-t-il. Ah tenez, voilà les lits!

 

Plusieurs soldats entrèrent dans la tente portant des lits de camps et des couvertures. Ils saluèrent d'un signe de tête leurs supérieurs, puis les contournèrent pour passer dans la deuxième partie de la tente. Les deux petits se précipitèrent immédiatement à la suite des adultes, pour explorer ce territoire inconnu. Lorsque les soldats eurent installés de quoi dormir, et qu'ils furent partis, De Magnien se remit à parler, pour répondre aux interrogations muettes des trois adultes.

 

-La première partie de la tente, où nous sommes, c'est un peu le centre de commandement. C'est ici que l'on prend toutes les décisions. Et la deuxième partie, là où les lits ont été mis, c'est ma chambre. Enfin, en quelque sorte, y'a juste un lit et une malle avec mes affaires et mes armes. Bref, c'est pas le sujet. J'ai fait amener cinq lits, trois pour vous, et deux pour les Capitaines Betslat et De Rauthien. On n'est jamais trop prudent...

 

Louis et Lothaire approuvèrent, ainsi que Suzanne, mais de façon de plus discrète, n'osant agir normalement en présence des militaires, qui l'impressionnaient fortement. Non pas à cause de l'uniforme, mais à cause de la puissance calme et confiante qui se dégageait d'eux.

 

-Betslat, aidez-les à s'installer. Je dois parler à De Rauthien.

 

Le Capitaine poussa fermement les fugitifs vers la partie chambre de la tente, même si Louis semblait vouloir rester. Puis il referma correctement les pans de tissus pour ne laisser aucune possibilité de voir de l'autre côté.

 

Dans la partie commandement de la tente, De Magnien s'était appuyé sur la table, soulageant un peu ses jambes, mais s'empêchant de s'asseoir, craignant de ne pas pouvoir se relever, ou de s'endormir sur place. De Rauthien s'approcha de lui, voyant qu'il voulait lui parler de telle façon à ce que le roi Louis n'entende rien.

 

-De Rauthien, je voudrais que la sécurité soit renforcée autour de la tente. Ce n'est pas la peine de cacher de qui il s'agit. Tout le monde se doute que Louis et de son fils font parti du lot des cinq fugitifs. Mais je ne veux pas que l'information sorte du camp. Suspendez toutes les permissions, et réduisez au maximum les allées et venues.

-Ne croyez-vous pas que ces brusques changements mettront la puce à l'oreille à ceux qui surveillent le camp de l'extérieur?

 

Le Commandant réfléchit quelques instants avant de répondre.

 

-Si, mais de toute façon, ils ont dû repérer le mouvement de cette nuit. Donc ce n'est pas grave s'ils remarquent les changements des prochains jours. Je crois que c'est vraiment plus important de sécuriser encore plus le camp. Il faudra que vous me fassiez une liste avec les gens susceptibles de sortir, que je l'approuve d'abord.

-Pensez-vous qu'il y ait encore des traîtres? On a pourtant mené plusieurs enquêtes pour les éliminer, et plusieurs ont été jugés.

-Je ne crois pas qu'il y ait de vrais traîtres, De Rauthien, vous avez fait du bon boulot de ce point de vue là. Mais il y a certaines personnes auxquelles je fais moins confiance, et d'autres qui ne résisteront pas longtemps à un interrogatoire s'ils sont pris.

 

Le Capitaine se rendit à la raison de son supérieur, puis se dirigea vers la sortie, pour mettre en place le nouveau dispositif. Il fut retenu au dernier moment par la voix épuisée de De Magnien.

 

-Et amenez-moi au passage les deux messagers que Ferrant a vu.

-Vous pensez que...

-Oui, le coupa-t-il.

 

Puis De Rauthien sortit, et quelques secondes plus tard, Betslat entra par derrière, depuis la chambre. Il observa longuement le corps recroquevillé sur lui-même de son Commandant avant de s'en approcher doucement. Il posa une main sur son épaule, et le réconforta de quelques caresses amicales.

 

-Fabian, ça va?

-Hein? Charles? Ils sont couchés?

-Oui. Les petits dorment comme des bébés. Le couple aussi. Seul le roi n'arrive pas à trouver le sommeil. Il est trop inquiet je pense. Et puis il se demande pourquoi tu ne viens pas te coucher aussi.

-Hum... Je viendrai lorsque je saurais ce que les deux messagers ont à me dire. Et que j'aurais vérifié que tout est en ordre au niveau de la sécurité.

-D'accord... Mais dis-moi, t'es sûr que ça va?

 

Fabian lui lança un regard suspicieux, étonné par la question, puis soupira: Charles était l'une des personnes dont il était le plus proche dans l'armée, et il réussissait toujours à deviner ses états d'âme.

 

-Disons qu'il faut que ça aille, alors je m'occupe l'esprit et le corps pour ne pas gamberger. Mais là, je commence à fatiguer. Et j'ai un peu peur de craquer devant mes hommes. Un peu comme là maintenant devant toi, rit-il, essuyant quelques larmes qui pointaient le bout de leur nez au coin de ses yeux.

 

Charles appuya un peu plus ses caresses et le rassura.

 

-Ne t'inquiète pas. Tu es fort, ça va aller. Et si jamais tu te sens faiblir, tu peux venir te confier à moi. Je suis là pour ça, tu sais.

-En tant que subordonné ou en tant qu'ami? rigola Fabian.

-En tant qu'ami bien sûr! Je ne veux pas entendre les épanchements de tous mes supérieurs! s'exclama-t-il, outré mais aussi amusé.

-Mais pour l'instant tu n'en as qu'un de supérieur, et c'est moi.

-Tu oublies le roi Philippe! Il est aussi mon supérieur.

-Ouais, sauf que vu la situation... fit remarquer Fabian, soudain plus sombre.

 

Le Capitaine Betslat n'eut pas le temps de dire quelques mots pour rattraper ses paroles maladroites car des pas se firent entendre à l'extérieur de la tente, et après avoir obtenu l'autorisation de leur Commandant, trois hommes entrèrent.

 

-Commandant, voici les deux messages que le soldat Ferrant a vu.

-Merci Capitaine. Messieurs, installez-vous dans les chaises, vous avez l'air épuisés.

-Merci mon Commandant, mais nous pouvons rester debout, refusèrent-ils poliment et à l'unisson, trouvant que leur Commandant avait l'air bien plus épuisé qu'eux.

-Comme vous voudrez... De Rauthien et Betslat, vous écouterez avec moi ce que ces deux hommes ont à dire. Mais je ne veux aucune trace écrite. Tout doit être gravé dans votre mémoire.

-Compris, mon Commandant!

 

Les messagers commencèrent alors à raconter les informations qu'ils avaient réussies à récolter lors de leurs missions respectives. Le premier avait été chargé de surveiller les contacts que pouvaient avoir la reine Anne ou l'usurpatrice Adélaïde avec les royaumes voisins. Il avait observé de nombreux mouvements de petites gens à la solde des deux femmes, et qui probablement servaient de contacts et de messagers. Mais ils étaient très discrets et il n'avait pas réussi à en arrêter un, d'autant plus qu'il devait lui-même faire attention à ne pas se faire arrêter. En effet, son comportement suspect avait alerté les autorités et il avait été interrogé. Mais n'ayant aucune preuve contre lui, ils avaient dû le relâcher, et à ce moment-là, la chance lui avait souri vu qu'il était presque tombé nez à nez avec un messager d'Adélaïde, quelques heures plus tard. Après une bonne bagarre, il avait réussi à l'arrêter, et l'interrogatoire, agrémenté de quelques instants de torture, avait permis d'obtenir les informations voulues.

 

Adélaïde avait effectivement pris contact avec l'un des pays frontaliers, et leur armée était maintenant en marche contre Mésancourt. La trahison avait donc bien eu lieu, mais pas de la personne qui en avait été accusée. La jeune femme avait probablement fait ça pour rajouter au réalisme de la chose. Les autres royaumes, quant à eux, n'avaient pas été contactés, mais l'histoire du coup d'état était venu titiller un peu trop rapidement leurs oreilles pour que cela ne paraisse pas suspect. Quant à l'homme arrêté, il portait une missive pour le royaume de Castille, la patrie du roi Louis. Une déclaration de guerre. Le récit du messager se finit sur ces mots, et un silence assommé envahit la pièce. Plusieurs guerres se préparaient en même temps, et ils réalisaient vaguement que Mésancourt n'y survivrait probablement pas, à moins d'agir vite et bien.

 

-Soldat, avez-vous cette missive pour la Castille? l'interrogea De Magnien.

-Oui, elle est ici, dit-elle en lui tendant la lettre décachetée.

-Merci. Et y'avait-il un quelconque laissez-passez avec?

-Oui, le voici.

 

De Magnien récupéra le laissez-passer, l'observa pendant de longues minutes, puis le tendit à Betslat.

 

-Capitaine, allez réveiller Duchesnier. Je veux qu'il me fasse des faux de ce laissez-passer, et de préférence plusieurs d'ici demain midi. Par contre, la qualité prime évidemment sur la quantité.

 

Betslat acquiesça et sortit rapidement, accompagné du premier messager, qui avait été autorisé à regagner sa tente. Le deuxième homme put alors raconter à son tour ce qu'il savait, devant un De Magnien plus qu'attentif, et un De Rauthien faisant son possible pour ne pas bailler.

 

-D'après mes contacts, commença-t-il avec précaution, le roi Philippe est toujours vivant. Il serait enfermé dans l'un des cachots du château, à l'insu de tous.

 

De Rauthien poussa un soupir de soulagement bruyant alors que De Magnien garda le visage fermé.

 

-Qui sont vos contacts? interrogea-t-il.

-Le mari de mon frère, la sœur de mon meilleur ami, et une autre personne, sans relation avec moi, Adrien Vaillet. C'est un sympathisant du roi Philippe, et il demande à être payé raisonnablement pour ce travail d'espionnage.

-Sont-ils sûrs?

-Les deux premiers, oui. Le troisième, je ne sais pas. J'ai dû le recruter rapidement, et je n'ai pas eu le temps de tester sa fidélité, mais les informations qu'il m'a données correspondent avec celles des deux autres. Et je l'ai fait suivre durant plusieurs jours, et de ce qui m'a été rapporté, rien ne m'a paru suspect.

-Bien. Et savez-vous si d'autres personnes sont enfermées avec le roi Philippe? Ou à proximité?

-Il semblerait que le baron François De Devrant soit également détenu avec le roi, mais cela ne m'a pas été confirmé. Sinon, je n'ai pas d'autres informations concernant d'éventuels autres détenus.

 

Enfin, le Commandant s'autorisa un léger sourire: le roi était vivant, et il n'était pas seul. Il ne lui restait plus maintenant qu'à collecter toutes les informations possibles pour peut-être envisager de le libérer. Une bonne demi-heure plus tard, le messager avait délivré tout ce qu'il savait et il se retira pour aller se reposer dans sa propre tente. Quant au Commandant et aux deux Capitaines -puisque Betslat était revenu entre temps-, ils allèrent rapidement se coucher dans la seconde partie de la tente, remettant les discussions sérieuses au lendemain.

 

*** *** ***

 

Lorsque Louis se réveilla le lendemain matin, son fils était déjà levé et jouait tranquillement avec Hector, sur le sol en terre de la chambre. Il l'observa un instant, un sourire planant sur ses lèvres, jusqu'au moment où Henri s'aperçut que son père ne dormait plus. Il se leva et se mit à courir vers lui, les bras tendus vers l'avant, répétant des papas joyeux. Louis, heureux, le prit dans ses bras et le chatouilla un peu pour le faire rire. Hector voulut se joindre à la partie de rigolade et les cris des enfants réveillèrent les deux derniers endormis de la chambrée. Suzanne s'approcha pour reprendre son fils et le calmer un peu tandis que Lothaire détaillait ce qui se trouvait autour d'eux.

 

-Eh Louis, le Commandant Machin-Chose, il ne devait pas dormir avec nous? Et les deux Capitaines Trucmuche, aussi?

-Oui, ils ont déjà dû se lever, observa-t-il. Et il faudrait peut-être qu'on retienne leurs noms, si on doit cohabiter avec eux un certain temps... Le Commandant s'appelait Fabian De Quelque chose. Et les Capitaines, je ne sais plus...

-Y'en a un qui a une particule, et l'autre commence par Bête...

-Betslat. Capitaine Charles Betslat, compléta le jeune homme qui venait d'entrer, et qui se révéla être le Capitaine lui-même. L'autre Capitaine s'appelle Alexandre De Rauthien, et notre Commandant Fabian De Magnien. Il a beau être jeune, c'est un excellent Commandant. Il fera tout son possible pour rétablir l'ordre dans le royaume. Sinon, je pense que vous devez avoir faim?

 

Les adultes eurent tout juste le temps d'ouvrir la bouche que les deux garnements s'égosillaient déjà à dire que oui, ils avaient faim. Ils luttèrent pour sortir des bras de leurs parents respectifs, et se précipitèrent vers la personne qui avait parlé de nourriture. Le Capitaine Betslat se retrouva donc avec deux sangsues collées à ses jambes et dut sortir ainsi de la tente, sous peine de pleurs inconsolables, pour pouvoir commander le repas de la petite troupe. Quelques minutes plus tard, celui-ci arriva et le Capitaine retrouva l'usage complet de ses jambes.

 

-Voilà votre repas. A midi, il y aura une réunion importante quant à la suite des évènements. Je pense que vous voudrez y assister, donc vous êtes priés d'être prêts dans une heure. Je vais vous faire apporter une bassine d'eau pour vous laver et des vêtements propres. Et aussi, je vous conseille de bien manger maintenant. Il n'y aura rien d'autre jusqu'à ce soir. Sur ce, madame, messieurs, à tout à l'heure.

 

 

Une soixantaine de minutes plus tard, presque tous les gradés du camp de toile étaient réunis sous la tente du Commandant, ainsi que Louis et Lothaire, Suzanne ayant préféré garder les deux petits monstres qui voulaient s'aventurer dans le camp. Louis avait voulu refuser et consigner Henri près de lui, mais la moue adorable que son fils lui avait faite l'avait décidé. Quelques retardataires arrivèrent, et la réunion put commencer.

 

-Je jure sur ce qui m'est le plus cher, sur la vie de mon fils, que je servirai le roi Philippe et sa famille jusqu'à leur rétablissement sur le trône, dussé-je y perdre la vie, commença le Commandant De Magnien tout en levant sa main droite, mettant ainsi son honneur en jeu.

 

Chacun des gradés présents, une petite dizaine, réitéra ce serment avec ferveur, sous les yeux ébahis de Louis et Lothaire, impressionnés par tant de volonté à sauver la famille royale. Quand le dernier serment fut prononcé, De Magnien reprit la parole.

 

-Messieurs, avec les Capitaines De Rauthien et Betslat, nous avons réussi à récupérer le roi Louis et sa famille hier. Ils sont maintenant en sécurité avec nous. Cependant, cela risque de ne pas durer. Ce camp menace d'être attaqué à tout moment, comme vous le savez. C'est pourquoi nous devons agir vite, mais sans précipitation.

 

Tous approuvèrent, saluant d'un signe de tête Louis et Lothaire, et attendirent les autres informations qu'avait récoltées leur supérieur.

 

-Je ne crois pas nécessaire de rappeler toutes les consignes de sécurité concernant la présence du roi et du dauphin dans ce camp. Nous les avons suffisamment répétées. De Rauthien, avez-vous la liste que je vous avais demandée?

-Oui, la voici.

 

De Magnien se saisit de la feuille où figurait une trentaine de noms. Il en barra une dizaine, la rendit à son Capitaine, et reprit la parole.

 

-L'espion chargé de me tenir au courant des agissements d'Adélaïde et de la reine Anne a malheureusement confirmé mes craintes. Adélaïde a trahi Mésancourt et le royaume de Kairouan s'apprête à nous attaquer. J'ai envoyé ce matin des messagers pour prévenir les troupes qui stationnent à la frontière avec Kairouan. D'autres messagers sont chargés de prévenir les autres troupes frontalières. Pour leur demander d'envoyer quelques renforts s'ils le peuvent, et de se tenir prêts à une offensive, car notre faiblesse risque d'attiser les convoitises de nos voisins.

-Vos ordres seront-ils pris en compte, étant donné que vous faîtes partie de l'armée sous ordre direct du roi Philippe? intervint l'un des hommes.

-Ne t'inquiète pas Leloup, j'ai utilisé le sceau de l'armée régulière. Il n'y aura donc aucun problème. D'autres remarques? ... Bien, reprit-il après quelques secondes de silence, ce même espion a également intercepté physiquement l'un des messagers d'Adélaïde. On a donc pu récupérer son laissez-passer, dont on a déjà plusieurs copies conformes grâce à Duchesnier. Et nous avons également récupéré sa lettre, qui s'est révélé être une déclaration de guerre contre le royaume de Castille.

-Quoi?! s'exclama Louis, soudainement inquiet, l'adrénaline des derniers jours remontant en flèche. Il faut les prévenir! Il faut absolument que j'aille le dire à Jean. Il faut que je...

 

Louis s'apprêtait à sortir de la tente dans un état d'excitation intense, mais il fut ceinturé par deux hommes qui l'amenèrent jusque devant De Magnien.

 

-Calmez-vous mon roi. Notre messager le plus rapide est parti ce matin, à cinq heures, les prévenir. Il s'agit de plus de quelqu'un qui connaît bien l'armée régulière, ses forces comme ses faiblesses. Il pourra donc aider la Castille à repousser notre armée, au moins le temps que la situation se renverse en votre faveur ici.

 

Louis voulut répliquer, mais se rétracta au dernier moment: il n'aurait fait qu'exprimer son inquiétude, et cela n'aurait été bon pour personne.

 

-Je crois que nous avons réglé tous les problèmes externes. Quelqu'un a-t-il une remarque à faire? ... Oui, De Lianny?

 

L'homme qui avait levé la main se racla la gorge et commença à parler.

 

-Le fait d'aider la Castille à battre notre propre armée ne nous sera-t-il pas reproché par le peuple plus tard?

-Si, c'est bien possible. Mais j'en prends l'entière responsabilité. C'est moi-même qui ai décidé d'envoyer un messager les prévenir, et c'est également moi qui ai choisi spécifiquement ce messager.

-Vous risquez d'être accusé de trahison, mon Commandant. Et nul n'ignore que celle-ci est condamnée de pendaison.

-Je prends le risque, De Lianny. Pour Mésancourt, je suis prêt à sacrifier ma vie, et ce depuis longtemps. D'autres remarques? ... Non? ... Bien, le sujet est clos. Nous pouvons passer à la suite: le roi Philippe.

 

Louis se tendit et ne put retenir ses mots acerbes.

 

-De quoi voulez-vous parler? Il est mort! Pendu comme un chien! Il est mort et il ne reviendra pas. Il n'y a plus rien à faire maintenant, Commandant!

 

Les larmes menaçaient de sortir et d'un geste rageur, il les essuya avec sa manche. Les hommes présents dans la tente, quoique surpris par la violence de la déclaration, approuvèrent et compatirent silencieusement. Seul De Magnien sembla indifférent.

 

-Les larmes ne servent à rien dans ces cas là, Majesté. Seules les actions comptent. Grâce à mon deuxième espion, j'ai acquis la certitude que le roi Philippe était toujours vivant après sa pendaison. Pendaison bien trop grossière pour que j'y crois. Betslat et De Rauthien pourront vous le confirmer, nous y avons assisté ensemble.

 

Louis hoqueta de fureur: il avait enfin réussi plus ou moins à intégrer que son mari était mort et là on venait souffler dans son cœur qu'il était encore vivant. Il refusait d'y croire. Il refusait de tout mettre dans ces quelques paroles, pour que son âme soit de nouveau piétinée lorsque ses espoirs s'écrouleront.

 

-J'y étais aussi, Commandant De Magnien. Alors cessez de raconter des sottises.

-Vous deviez être loin, Majesté, pour ne pas être reconnu. Nous, nous étions dans les premiers rangs. Et vu de près, l'homme pendu sous le nom de Philippe ne lui ressemblait pas énormément. Mais suffisamment pour tromper son monde. De plus, ils n'ont pas montré son visage, alors que je suis sûr qu'Adélaïde aurait adoré le faire, si cela avait vraiment été Philippe. Elle aime montrer le pouvoir qu'elle a. Maintenant, cessez de m'interrompre s'il vous plaît. J'essaie de sauver mon roi et votre époux.

 

La dernière réplique cloua le bec de Louis, et devant le regard décidé de De Magnien, il sut que rien ne pourrait le détourner de la mission qu'il s'était fixé.

 

-D'après ce que je sais, le roi Philippe est détenu dans les cachots de l'aile Ouest, avec quelques autres nobles proches de lui, où ils sont totalement isolés du reste des prisonniers. Ce sont des cachots peu utilisés en temps normal car aucune salle de torture n'avait été installée là-bas. De plus, ils n'ont pas été rénovés depuis les éboulements qui s'y sont produits il y a quelques années. Les cellules, grâce à cela, sont plus fragiles. Mais la sécurité doit y être renforcée. On m'a dit qu'il y avait une trentaine de gardes entre l'entrée des cachots, et la cellule du roi.

 

Les gradés firent la grimace: une mission de sauvetage où il fallait passer au vu et au su de trente soldats, puisqu'il n'y avait qu'un seul chemin pour conduire aux cachots, c'était mission quasiment impossible. Mais cela ne semblait pas inquiéter le Commandant, qui expliqua avec minutie le plan auquel il avait pensé. De nombreuses modifications y furent apportées, car en une mâtinée, il avait eu bien du mal à penser à tout, d'autant plus que le manque de sommeil se faisait de plus en plus ressentir. Mais globalement, l'idée resta la même et le départ fut fixé à dans quatre jours, le sauvetage du roi devant se dérouler dans une semaine précisément.

 

-Y'a-t-il des volontaires pour cette mission? Et avant toute proposition, je me dois de vous rappeler que le risque d'échec est élevé, et que la probabilité que l'un de participants meure l'est encore plus.

-Y allez-vous? demanda le plus vieux, qui devait avoir une quarantaine d'années.

-Evidemment. C'est mon devoir, et rien ne me retient.

-Vous oubliez votre fils, fit remarquer le même homme.

-Mon fils vous a aussi vous tous comme famille. Il comprendra. La discussion est close. Alors, des volontaires?

 

Les Capitaines Betslat et De Rauthien s'avancèrent et se placèrent au côté de De Magnien. Louis et Lothaire les rejoignirent.

 

-Vous deux, c'est à discuter en privé, les prévint le Commandant, ne voyant pas d'un très bon œil qu'ils participent. Quant aux autres, dit-il en s'adressant à ses subordonnés, puisque personne ne semble décidé, vous pouvez partir. Si jamais l'un d'entre vous change d'avis, qu'il vienne me voir. Le départ est dans quatre jours. D'ici là, j'aurai décidé ce qu'il convient de faire avec ce camp.

 

Les soldats le saluèrent puis sortirent en silence de la tente, mais dès que la porte de toile était passée, les conversations s'élevaient, bruyantes. De Rauthien allait lui-même vaquer à ses occupations, mais il voulut d'abord parler à son supérieur d'un problème qui le préoccupait.

 

-Mon Commandant, d'après ce que je sais, le camp commence à être suspect aux yeux de certains. Cela fait quand même près de trois semaines qu'on est là, sans véritable raison. Nous risquons d'avoir la visite de l'armée régulière, et dans notre situation, ce n'est pas l'idéal.

-Je sais, soupira-t-il. Mais je n'ai pas vraiment d'idées. L'emplacement n'est pas parfait mais nous ne sommes pas très loin du château, tout en étant suffisamment éloignés pour réagir à temps en cas de coup dur. De plus, notre position dans une plaine nous rend faible, mais nous donne aussi de nombreuses possibilités de fuites. Et avec le système de gardes installés dans la forêt, nous serons prévenus si une armée se déplace vers nous.

 

De Magnien soupira de nouveau et se laissa tomber dans sa chaise. Il se massa les tempes longuement puis releva les yeux vers Louis lorsque celui-ci parla.

 

-Excusez-moi, mais pourquoi vous êtes-vous arrêtés ici il y a trois semaines? A ce moment là, Adélaïde n'avait pas encore agi. Je veux dire, tout allait bien.

-Vous étiez peut-être trop absorbé par votre paternité pour vous en rendre compte, mais tout n'allait pas bien, répliqua d'un ton acide De Magnien. Nous revenions, mes hommes et moi-même, du sud du royaume, où une révolte se préparait. Votre venue, votre accession au trône et la naissance d'un héritier n'ont pas réjoui tout le monde, vous le savez. Il s'est révélé que les informations que nous avait fournies l'armée régulière étaient en partie fausses, et nous nous sommes retrouvés à devoir faire face à une véritable guérilla, au lieu de simplement devoir calmer les esprits échauffés. Nous avons eu plusieurs morts et de nombreux blessés. Et si nous nous sommes arrêtés ici, c'est parce que certains de nos blessés devenaient intransportables, et que je refusais de les abandonner. J'ai fait venir un médecin, puisque le nôtre était mort un peu plus tôt, des suites de ses propres blessures. Nous sommes restés le temps qu'ils se rétablissent, et entre temps, nous avons appris, grâce aux quelques hommes que je laisse constamment à la cour, par précaution, qu'il y avait eu un coup d'état. Que le roi Philippe avait été arrêté et que vous vous étiez enfui avec Henri. Plusieurs d'entre nous sont immédiatement partis à votre recherche. La suite, vous la connaissez.

 

Louis resta pantois par cette déclaration. Jamais un sujet, un militaire de surcroît, n'avait osé lui parler d'une façon aussi dure, lui reprochant à mots à peine couverts de ne pas se préoccuper de son propre royaume. Cela l'énerva mais il ne put lui répondre, sentant bien qu'il avait raison par certains côtés. Henri avait occupé une grande partie de son temps et de ses pensées, Philippe occupant le reste. Il avait mis un peu de côté les affaires du royaume, de une parce que Philippe réussissait à se débrouiller en général sans lui, et de deux parce qu'il avait toujours cette rancœur enfouie pour la perte de ses deux premiers enfants. Et par conséquent, il n'avait jamais entendu un traitre mot de cette histoire de révolte dans le sud.

 

-Commandant, osa Betslat après un silence lourd de sous-entendus, pourquoi n'utiliserait-on pas cela comme prétexte?

-Très bonne idée, Capitaine! Sauf que nous n'avons plus de blessés intransportables! lui hurla dessus De Magnien en retour, énervé par l'attitude de Louis.

-Commandant, je ne trouve pas l'idée du Capitaine Betslat si absurde, intervint De Rauthien, portant secours à son homologue et ami. Certes, nous n'avons plus de blessés intransportables, mais nous pouvons bien inventer une maladie possiblement contagieuse qui a envahi le camp, et qui nous empêche de nous déplacer ou de nous rapprocher d'une quelconque population. Cela nous permettrait de rester ici, et dissuaderait l'armée régulière de nous forcer à nous battre sur la frontière, ou de nous rendre visite.

 

De Magnien réfléchit quelques minutes, puis donna son feu vert.

 

-D'accord. De Rauthien, je vous fais confiance pour mettre en place tout le protocole concernant les maladies infectieuses. Vous choisirez pour jouer les malades les soldats ayant le plus besoin de repos, ou les moins doués, au choix. Vous les isolerez dans la partie la plus éloignée de l'entrée, que cela fasse crédible.

-Oui, mon Commandant!

 

Il salua et sortit d'un pas vif.

 

-Quant à vous, Majesté, Monsieur Buys, je vous laisse libre d'aller retrouver vos familles respectives et de vous balader dans le camp. Pas d'imprudence cependant, vous restez bien à l'intérieur des limites.

 

Ils hésitèrent quelques secondes à sortir, voulant poser quelques questions au Commandant, mais des signes explicites, quoique discrets, du Capitaine Betslat ne leur donnèrent pas le choix: ils devaient quitter la tente, et sur le champ, ce qu'ils firent. Une fois à l'extérieur, ils cherchèrent des yeux Suzanne, mais ne la trouvèrent pas.

 

-On n'a qu'à déambuler un peu dans le camp, et on demandera à un soldat à l'air sympathique s'il ne l'a pas vue, proposa Lothaire.

-Mouais, fit Louis, pas très convaincu. Je le sens pas ce De Magnien, je ne sais pas pourquoi, mais je ne le sens pas. Il ne m'aime pas, c'est clair, et il a une attitude assez hautaine je trouve.

-Arrête Louis, ce n'est pas parce qu'il t'a fait des reproches que tu dois l'accabler. Il ne fait que son travail, tempéra son ami. Et d'après l'attitude de ses subordonnés, il doit être plutôt doué: ils l'admirent et lui font totalement confiance.

 

Louis fit la moue et frissonna: un vent frais venait de se lever.

 

-Attends deux secondes, je vais me chercher une veste. Je reviens! lança-t-il, déjà en train de courir vers la tente.

 

Il entra précautionneusement dans la première partie de la tente, et voyant qu'il n'y avait plus personne, s'avança rapidement vers la seconde partie. Il allait y entrer lorsqu'il entendit la voix du Commandant s'élever, claire et distincte.

 

-Il est vivant Charles. Tu te rends compte? Il est vivant! Le messager l'a dit.

 

La voix tremblait un peu plus à chaque mot qu'elle prononçait et l'émotion en transparaissait de plus en plus.

 

-Je croyais que cette salope d'Adélaïde l'avait tué... Bien sûr, je gardais un peu d'espoir, parce que je voulais pas y croire. Mais putain, il est vivant! Il est vivant Charles! Je vais pouvoir le revoir...

 

Des sanglots se firent entendre, et Louis devina que le Commandant s'épanchait dans les bras de son Capitaine. La colère lui monta au nez, mais il ne se sentit pas la force de faire irruption dans la pièce pour confronter le Commandant: celui-ci était bien plus fort que lui actuellement. Alors il se contenta de tourner les talons et d'aller retrouver Louis pour lui faire part de sa fureur.

 

Le valet vit revenir son ami sans aucun vêtement supplémentaire et s'en étonna.

 

-Louis? Tu ne devais pas...

-Lothaire, viens, il nous faut un endroit discret, où on peut parler tranquillement.

 

Lothaire, quoiqu'étonné, le suivit sans rechigner, et une fois à l'écart des autres, Louis lui raconta la conversation qu'il avait surprise. Lorsqu'il eut fini, il exposa le fond de sa pensée.

 

-De Magnien parlait de Philippe, c'est sûr! T'as vu comment il a réagi tout à l'heure, quand on parlait d'aller le sauver? Il faisait tout pour paraître professionnel et sérieux, mais ça se voyait qu'il était heureux! En plus, quel Commandant digne de ce nom mettrait sa propre vie en danger dans une mission de sauvetage, laissant ses hommes sans chef?

-Je ne crois pas qu'il les laisse sans chef. Sans vouloir te vexer, il a l'air bon dans ce qu'il fait, alors je ne pense pas que sa décision soit irréfléchie. Et ça ne me paraît pas aberrant d'être heureux d'aller sauver son roi, surtout qu'il a l'air de lui être très fidèle, argumenta Lothaire, qui avait un point de vue plus objectif sur la chose.

-Oui mais quand même! De là à pleurer parce que tu apprends qu'il est vivant, il y a une différence! Même moi, je n'ai pas pleuré! rétorqua Louis, furieux de savoir que le Commandant qui allait sauver Philippe en pinçait pour lui.

-Parce que pour l'instant, tu n'arrives pas à y croire. Mais je suis sûr que lorsque tu auras la certitude qu'il est vivant, tu en pleureras de joie, dit-il doucement, posant une main réconfortante sur son épaule. Allez, laisse le Commandant tranquille. Il nous a sauvés, il nous a mis en sécurité et il va aller sauver ton mari. Franchement, je crois qu'on est mal placé pour le dénigrer, vu tout ce qu'il a fait pour nous.

 

Louis ne put contredire son ami et cela le fit enrager. Il n'aimait pas De Magnien, et il était bien décidé à le lui faire savoir, pendant les quelques jours où ils seraient contraints de vivre ensemble.

 

 

Cependant, le Commandant semblait n'être jamais dans sa tente. Il était toujours en vadrouille à l'intérieur du camp, ou à l'extérieur, et peu de personnes étaient au courant de ses déplacements, ainsi que de leurs buts. Betslat était évidemment dans la confidence, mais restait bouche close. C'était auprès du Capitaine De Rauthien que Louis avait réussi à glaner quelques informations. Et encore, il était persuadé que De Magnien l'avait autorisé à les lui révéler, pour étancher sa curiosité.

 

Ce fut la veille de leur départ pour le château, lors du repas du soir, qu'il découvrit quelque chose d'inattendu sur le Commandant. Ils étaient en train de dîner, toute la famille Buys, Henri et lui-même, dans la première partie de la grand tente, accompagnés par le Capitaine De Rauthien qui s'efforçait de les détendre, angoissés qu'ils étaient par le voyage du lendemain, lorsqu'un petit garçon d'environ six ans déboula en criant dans la tente.

 

-Papa! Papa! Paaaapa!

 

Le Capitaine fut le premier à réagir face à cette intrusion.

 

-Eh! Leriel! Tu veux réveiller tout Mésancourt? plaisanta-t-il.

-Ah! Alexandre! Bonjour. Tu sais où est Papa? Il m'a demandé de venir ici à l'heure du repas du soir. Il m'a dit qu'il avait une mission pour moi. Tu sais ce que c'est?

-Il ne m'a rien dit à ce propos. Mais il ne va pas tarder à revenir, alors que dirais-tu de l'attendre avec nous? T'as déjà dîné?

-Non pas encore, je voulais le faire avec Papa.

-D'accord, mais tu peux quand même t'asseoir avec nous?

 

De Rauthien se poussa un peu de sorte à laisser un peu de place pour Leriel sur la malle qu'il occupait. Celui-ci s'assit, puis dévisagea chacun des occupants de la tablée. Arrêtant son regard sur Louis, il demanda.

 

-C'est lui, le mari de Philippe?

-Oui, c'est lui. Comment tu as deviné?

-Papa m'a dit qu'il était très beau. Et il a dit qu'il comprenait pourquoi Philippe était tombé amoureux de lui.

-Parce que je suis beau? intervint Louis, intrigué par ce petit bout d'homme qui semblait aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau dans ce camp militaire.

-Oui, mais aussi parce que tu as un sacré caractère d'après Papa. Et qu'il en faut pour être le mari de Philippe.

-Dis-moi, tu le connais Philippe?

-Non, c'est Papa qui m'en a beaucoup parlé. On a pas eu le temps de revenir à la maison depuis longtemps, expliqua Leriel, avec ce qui semblait être une pointe de tristesse dans la voix.

-Ne t'inquiète pas, le rassura De Rauthien en lui ébouriffant les cheveux, bientôt vous pourrez rentrer chez vous, ton Papa et toi.

 

Le petit garçon fit la moue, montrant qu'il n'y croyait pas du tout: cette promesse, on la lui avait déjà faite trop souvent. Alors De Rauthien jugea plus prudent de changer de sujet.

 

-Au fait, Leriel, tu as dormi où ces dernières nuits?

-Chez une vieille dame, dans le village. Papa préférait que je sois là-bas pendant quelques jours. Il m'a ramené au camp que ce matin et il m'a raconté tout ce qu'il s'était passé pendant que j'étais pas là. Surtout comment il a retrouvé le mari de Philippe et ses amis. Toute la recherche dans la forêt! Il m'a dit que la prochaine fois, si c'était pas trop dangereux, je pourrais venir.

 

De Rauthien sourit avec indulgence: Leriel était un garçon éveillé et très doué pour son âge, mais de là à l'emmener lors d'une mission, son père avait peut-être vu les choses en grand. Ce qui n'était pas dans ses habitudes.

 

-Et puis tu sais, la vieille dame, elle m'a dit que Philippe était mort, continua l'enfant qui semblait adorer avoir tout un auditoire attentif rien que pour lui. Mais Papa il m'a dit que c'était pas vrai, et qu'il allait le sauver. Dis, tu crois quoi toi? Qu'il est vivant Philippe?

 

Le Capitaine passa sa main dans les cheveux du garçon, et les yeux dans le vague, déclara.

 

-Moi, je crois ton père. C'est quelqu'un de bien, et qui fait bien les choses, alors je crois en lui.

 

Cela laissa pensif les personnes attablées, Leriel compris. Et durant ce moment de réflexion silencieuse, on entendit distinctement les ordres donnés depuis l'extérieur.

 

-Apportez-nous deux repas chauds s'il vous plaît. Et une couverture supplémentaire!

Leriel reconnut la voix, et il se précipita sur l'entrée de la tente au moment même où le Commandant De Magnien la passait.

-Papa!

 

Fabian de Magnien, un sourire éclairant son visage fatigué, attrapa son fils et le cala dans ses bras, lui collant un baiser sur chaque joue au passage.

 

-Eh, Leriel! Alors comment tu vas bonhomme?

-Très bien Papa! Et toi?

-Beaucoup mieux maintenant que je suis rentré, et que tu es là.

 

Ils s'avancèrent dans la tente, et Charles Betslat apparut derrière eux.

 

-Oh! Charles! Tu étais avec Papa?

-Oui, j'ai accompagné ton père pendant toute la journée, et il m'a épuisé! répondit Charles avec un sourire.

-Papa! C'est pas bien, lui reprocha Leriel, mais son sourire adoucissait ses paroles.

-Je sais, mais que veux-tu? Il m'est indispensable, et irremplaçable, alors je l'utilise jusqu'au bout.

-Je vais prendre ça comme un compliment, Commandant.

-Vous avez intérêt!

 

De Magnien s'assit à l'ancienne place de Leriel, avec l'enfant sur les genoux, et Betslat prit place à côté de Lothaire.

 

-Alors De Rauthien? Quelles nouvelles pour aujourd'hui? Mon absence a-t-elle posée problème?

-Absolument pas. De Pessey s'est parfaitement débrouillé avec les affaires de la vie courante du camp, et il est très bien secondé. Je pense que votre absence des prochains jours ne posera aucun problème majeur.

-Merci. Et pour la rumeur de maladie infectieuse qui devait nous permettre de rester ici, qu'en est-il?

-Tout le monde y croit dur comme fer. Les quelques personnes chargées de la liaison avec les villages voisins ont dû faire face à une flopée de questions quant à la possibilité que la maladie vienne chez eux. Ils sont vraiment inquiets.

-Parfait. Et bien, De Rauthien, Betslat, je crois que tout est prêt pour notre départ demain matin. J'ai donné mes dernières instructions tout à l'heure, en rentrant. Et vous?

-De même, confirma Betslat.

-Pareil.

 

Une voix se fit alors entendre de l'extérieur, annonçant les repas, et le soldat fut autorisé à rentrer. Une fois les repas servis, et entamés, et la couverture supplémentaire récupérée, Louis prit la parole, ne voulant pas être mis à l'écart de l'action des prochains jours.

 

-Commandant De Magnien, je vous rappelle que mon valet et moi-même participerons à la mission consistant à sortir Philippe du château.

 

De Magnien s'étouffa avec sa soupe, et Leriel lui tapota gentiment dans le dos pour l'aider.

 

-Merci mon chéri, fit-il à l'adresse de son fils, avant de regarder Louis dans les yeux. Je ne sais pas si vous saisissez la dangerosité de cette mission, ainsi que votre propre importance, Majesté. Vous êtes mon roi, et en tant que tel, je dois vous protéger. Il est donc impensable que vous m'accompagniez sur une mission aussi périlleuse.

-Quoique vous en disiez, Philippe est mon mari, et il est de mon devoir de lui porter secours. Et même si cela n'avait pas été mon devoir, je veux le secourir. Il est hors-de-question que je reste là, à ne rien faire, alors que je sais qu'il est vivant quelque part. Et que je peux le sauver.

 

De Magnien voulut répliquer d'un ton acerbe, de façon à le faire taire et plier à ses ordres une bonne fois pour toutes, mais Leriel intervint avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche.

 

-Papa, tu m'as dit que Philippe était amoureux de lui, mais moi, je suis sûr que le mari de Philippe...

-Louis, il s'appelle Louis, je te l'ai déjà dit, corrigea-t-il.

-Que Louis est lui aussi amoureux de Philippe. J'ai parlé avec lui tout à l'heure, fit-il avec le ton de celui qui sait tout, et surtout ce que les autres ignorent. Donc c'est normal qu'il veuille sauver son amoureux. Toi aussi tu veux sauver ton amoureux.

-D'accord, d'accord, je vais en parler avec Charles et Alexandre, concéda le père.

 

En fait de discussion, les trois hommes se consultèrent du regard, et la conclusion de l'échange arriva quelques minutes plus tard en un soupir de De Magnien.

 

-Mes Capitaines sont plus sensibles que moi, et cela est tout à votre avantage, Majesté. Vous pourrez donc nous accompagner, avec votre valet, monsieur Buys, jusqu'à notre point de chute dans la capitale. Cependant, l'expédition à l'intérieur du château se déroulera sans vous. Et cela n'est pas négociable, ajouta-t-il aussitôt. La mission a été conçue pour un petit nombre de personnes expérimentées, et c'est de cela dont dépend sa réussite, ou son échec. Or vous inclure dans l'équipe augmenterait le nombre de personnes à cinq, ce qui ne facilitera pas notre entrée au château, ni notre sortie. Et surtout, vous n'êtes en aucun cas expérimentés pour ce genre de chose, alors que nous, nous le sommes.

 

Après quelques secondes de silence, Louis reprit la parole. Il avait obtenu l'essentiel de ce qu'il voulait, c'était bien plus qu'il n'espérait.

 

-C'est entendu. Mais concernant mon fils? Et Suzanne et son fils?

-Ils resteront au camp, et seront constamment sous la garde de trois soldats, et Leriel, c'est là que tu interviens.

 

Le garçon se redressa et ouvrit grand les yeux, attentif à tout ce que dirait son père.

 

-Tu te souviens que je t'ai parlé d'une mission ce matin?

-Oui, je m'en souviens très bien.

-Alors, tu vois ta mission, ça va être de t'occuper de Henri et de Hector, dit-il en désignant du doigt les deux petits endormis. Henri, c'est celui sur les genoux de Louis, et Hector, c'est celui qui est sur les genoux de Suzanne.

-Je ne vais pas me battre? demanda-t-il, déçu.

-Tu vas devoir t'en occuper, de A à Z. Ca veut dire que tu vas jouer avec eux, que tu vas les aider à s'habiller, à manger, et tout. Mais que si jamais ils sont en danger, tu vas devoir les sauver. Si jamais quelqu'un veut leur faire du mal, tu vas devoir les défendre. D'accord?

 

Les dernières paroles avaient enthousiasmé Leriel qui accepta sa mission avec joie. Il fit même une démonstration de ses capacités à l'épée, avec son épée de bois, pour prouver à Louis qu'il serait capable de défendre son fils. Les adultes rirent de bon cœur devant ce spectacle adorable, quoiqu'étrange: Leriel savait manipuler cette arme un peu trop bien pour son âge, et son père le félicita. Ils restèrent encore une demi-heure à discuter, puis allèrent se coucher, Leriel partageant la couche de son paternel, avec une couverture en plus.

 

*** *** ***

 

Le voyage jusqu'à la capitale se déroula en silence, chacun renfermé sur ses pensées. De Magnien, De Rauthien et Betslat répétaient chaque partie du plan dans leur tête, pour être sûr de ne rien oublier. Pour éviter la moindre erreur. Louis, par contre, pensait uniquement à son mari, et à la faible possibilité de le revoir bientôt. Quant à Lothaire, il était très attentif à Louis, craignant que si la mission échouait, cela ne lui porte un coup fatal, dont il ne pourrait se relever.

 

Ils atteignirent les portes de la ville à la nuit tombée, et ils entrèrent sans problème grâce à l'uniforme des trois militaires. Après de nombreux détours, ils arrivèrent enfin à la maison où ils devaient loger en toute discrétion. Betslat mit pied à terre et toqua à la porte en bois. Une vieille dame l'entrouvrit quelques minutes plus tard.

 

-Que voulez-vous? Ce n'est pas une heure pour arriver chez les gens.

-Désolé Madame, mais le voyage fut gris et épuisant, et les voyageurs auraient besoin de porridge.

-La maison ne fait pas de porridge, un sauté de canard et de la confiture suffiront?

-Et trois lits avec des draps bleus.

-Avec des fleurs de lys.

-Evidemment.

 

La vieille dame ouvrit alors en grand la porte, devant les yeux plus que surpris de Louis et Lothaire, qui avaient suivi l'échange avec circonspection.

 

-Entrez, messieurs. C'est toujours un plaisir de vous recevoir.

 

Les quatre hommes descendirent de cheval et confièrent les cinq montures au jeune homme qui était sorti entre temps, et qui les mena jusqu'à l'écurie.

 

-Merci bien, Madame, dit De Magnien en passant, et il l'embrassa sur les deux joues.

 

La petite troupe s'installa dans le salon rustique, où un feu de bois brûlait allègrement, et une soupe claire leur fut servie. La vieille femme leur adressa un regard d'excuse, et le son mari, installé dans le fauteuil à côté de la cheminée, fumant la pipe, leur donna quelques explications.

 

-Une bonne partie des provisions a été réquisitionnée en vue de la fête d'accession au trône de ces...

 

L'insulte fut ravalée et à la place, il tira une longue bouffée sur sa pipe.

 

-Donc nous n'avons pas grand chose à vous offrir, Commandant De Magnien.

-Ne vous en faîtes pas, le rassura-t-il immédiatement. Mes hommes et moi sommes habitués à moins que ça. C'est déjà très gentil à vous de nous accueillir.

-Avec tout ce que vous avez fait pour notre fils et notre bru avant qu'ils ne meurent, c'est tout à fait normal.

 

De Magnien ne répondit rien, ne voulant pas revenir sur le sujet, et tandis qu'ils dégustaient tous la soupe, le jeune homme revint.

 

-Tous les chevaux sont dessellés et ont à manger, annonça-t-il.

-Merci Thomas. Messieurs, je vous présente notre petit-fils, Thomas, quatorze ans. Je ne crois pas que vous le connaissiez. Il travaille en cuisine au château, il pourra donc peut-être vous être utile.

De Magnien se leva et serra vigoureusement la main du jeune homme, et les deux Capitaines firent de même. Louis et Lothaire se contentèrent d'un signe de tête.

 

-Enchanté de te connaître Thomas, je suis le Commandant De Magnien, de l'armée du roi Philippe. Voici les Capitaines De Rauthien et Betslat.

 

Thomas rougit un peu d'être présenté à des militaires aussi haut gradés, mais ne dit rien, se renfrognant dans sa timidité. Il s'assit en bout de table et se coupa une petite tranche de pain.

 

-Les deux personnes là-bas, continua-t-il en désignant Louis et Lothaire, sont les soldats Guois et Patan. Ils étaient là pour nous aider lors du voyage uniquement. Ils resteront donc cantonnés dans cette maison, et ne participeront pas à la mission que nous organisons. Seuls Betslat et De Rauthien m'accompagneront. Il serait d'ailleurs bon à partir de maintenant de ne pas mentionner nos grades, ni nos noms. Nous sommes un peu trop connus par ici. Betslat, tu t'appelleras Georges Lai; De Rauthien, Bernard Islet; et moi-même, Jean Courtepas.

 

Tout le monde approuva et grava les nouveaux noms dans leur mémoire. Puis De Magnien commença à énumérer ce dont ils auraient besoin, et il répartit les achats entre le vieux couple, leur petit fils, ses deux subalternes et lui-même. Louis et Lothaire, comme convenu, resteraient dans leur chambre. Thomas fut également mis à contribution d'une autre manière: il devait rapporter tout ce qu'il se passait au château, en particulier les mouvements de gardes. Celui-ci ne rechigna pas, et parut heureux d'avoir une telle responsabilité pour son jeune âge.

 

Puis la vieille matrone envoya tout le monde au lit, donnant une chambre pour Louis et Lothaire, et une autre pour les trois militaires: les gradés ne se mélangeaient pas avec l'infanterie selon elle. Mais aussitôt qu'elle fut hors-de-vue, Louis et Lothaire se précipitèrent dans l'autre chambre. Dès que la porte se fut refermée sur eux, Louis prit la parole.

 

-Comment ça, on devra rester cantonnés ici? s'insurgea-t-il.

-Votre tête, ainsi que celle de Lothaire, sont bien trop connues en ville. Et pour le bien de la mission, il vaut mieux que votre présence ici reste secrète. Si jamais on sait que vous êtes en ville, et que cela parvient jusqu'aux oreilles d'Adélaïde, ou de la reine Anne, je ne serais plus en mesure d'assurer votre sécurité, ni celle du roi Philippe.

-Parce que vous pouvez assurer celle de mon mari en restant ici? répliqua-t-il, acerbe.

-Bien sûr. Le roi est un otage de choix, et tant qu'on ne bouge pas, il n'y a aucune raison de le tuer ou de le torturer. Et pour l'instant, nos mouvements sont secrets. Pour Adélaïde, je suis encore au campement, avec mes hommes, et vous, vous baladez encore dans la nature. Compris?

 

Lothaire hocha la tête, mais Louis ne se démonta pas.

 

-Mais tout à l'heure, vous avez clairement dit que vous étiez un peu trop connus par ici. Vous avez même changé de nom! Cela risque-t-il pas aussi de mettre la mission en danger?!

-Allons, monsieur Patan, mesurez vos paroles. Ici, seules les personnes expérimentées sont autorisées à agir. Les autres doivent se tenir tranquille.

 

Louis hoqueta de fureur face au ton condescendant de De Magnien, et les trois autres durent l'empêcher de se jeter sur lui. Cela prit de longues minutes avant qu'il ne se calme, et Lothaire parla alors.

 

-Monsieur Courtepas, commença-t-il, pour lui faire comprendre qu'il acceptait ses conditions, la famille chez laquelle on loge, est-elle sûre?

-Oui, elle l'est. Elle est fidèle au roi Philippe, et surtout elle m'est fidèle, depuis que j'ai sauvé leur fils et leur bru qui s'étaient retrouvés au milieu d'une bataille alors qu'ils étaient en plein voyage de commerce. Ils sont malheureusement morts de maladie un an et demi plus tard. Mais leur fidélité m'est restée.

 

Lothaire le remercia, puis emmenant Louis, il repartit dans leur chambre. Les militaires entendirent le valet calmer le roi, puis ils se couchèrent, préférant remettre les discussion sérieuses au lendemain.

 

Ils mirent à profit les quelques jours de répit qu'ils avaient pour récupérer tout ce dont ils auraient besoin, à la fois pour leur mission et leur fuite. Ils s'entraînèrent également, et ce fut après l'un de ses entraînements matinaux que De Magnien eut la désagréable surprise de découvrir Louis en pleine nausée matinale. Il félicita néanmoins le jeune homme pour sa nouvelle grossesse, et ne dit rien aux autres, pour ne pas rajouter à leurs préoccupations. Louis lui fut reconnaissant de ce point de vue là, et essaya d'être plus agréable avec lui, malgré le caractère peu avenant du Commandant.

 

Le soir prévu pour le sauvetage de Philippe, celui de la fête d'accession au trône des usurpateurs, arriva bien plus vite qu'ils ne l'auraient pensé. Tout le monde s'affaira à régler les derniers détails de la mission, et de la fuite qui suivrait aussitôt, et De Magnien récupéra les dernières informations que lui rapportait Thomas. Lorsqu'il eut fini, il se rendit dans le salon, où tout le monde les attendait. Louis, très inquiet, faisait les cent pas, alors que Lothaire essayait de le réconforter par quelques mots rassurants. Le vieux couple se tenait droit et digne, et Betslat et De Rauthien étaient sanglés dans des uniformes de parade respirant le neuf. Lorsque le Commandant arriva, ils en eurent tous le souffle coupé.

 

-Alors, comment me trouvez-vous? demanda-t-il.

-Magnifique, murmura De Rauthien.

-On dirait une vraie dame, confirma Betslat.

 

En effet, De Magnien portait une robe de soirée, digne de la haute aristocratie, et la métamorphose du Commandant en noble dame était complète et totalement réussie.

 

-Le rose pâle vous va à ravir, comme je le pensais, commenta la vieille dame. Tournez-vous que je vois si vous l'avez bien mise.

 

De Magnien fit un tour sur lui-même et attendit l'approbation de la matrone.

 

-C'est parfait. Vous souvenez-vous des règles de bienséance que je vous ai enseignées?

-Bien sûr. Je suis une femme seule, ce qui me permettra d'entrer plus facilement dans le château. Mais j'attire plus la convoitise, il me faudra donc agir avec circonspection, et ne pas accepter n'importe quelle demande. Et au pire, j'ai toujours ma garde rapprochée, n'est-ce pas messieurs? finit-il en s'adressant aux deux Capitaines.

-Evidemment, Madame! répondit aussitôt De Rauthien, se mettant au garde à vous, arrachant alors un sourire au Commandant.

-Vous pourrez compter sur nous, confirma doucement Betslat.

-Parfait, alors allons-y, j'entends la calèche qui arrive.

 

Le trio se dirigea vers la porte alors que des coups étaient frappés dessus. Quelques secondes plus tard, ils montèrent dans la calèche louée pour l'occasion, et ils disparurent dans la nuit, emportés par le trot vigoureux des chevaux. Dans le salon, le couple reprit ses activités, mais les trois plus jeunes semblaient toujours subjugués par le spectacle que leur avait offert De Magnien.

 

-On aurait dit une vraie femme. Et pas seulement une femme, une vraie dame, fit Thomas, les joues un peu rouge, car le Commandant avait beau être un homme, habillé ainsi, il lui avait fait de l'effet, et ses hormones d'adolescent s'étaient échauffées.

-Je crois que je commence à comprendre quand il parlait de personnes expérimentées, reconnut enfin Louis. Jamais je n'aurais pu ressembler autant à une femme que lui...

-Et moi, je n'aurais pas pu avoir la dignité sobre mais inflexible de ses soldats, conclut Lothaire.

 

Les deux amis s'assirent sur le banc en bois autour de la table, dépités de devoir reconnaître que De Magnien avait raison, mais tout en même temps heureux, car ils avaient l'impression que maintenant, ils avaient beaucoup plus de chance de réussite.

 

*** *** ***

 

Dans la calèche, les trois hommes vérifiaient les derniers préparatifs. De Magnien avait caché dans ses jupons quelques poignards ainsi qu'une potion apte à endormir n'importe qui. Les deux autres avaient épée et pistolet avec leur uniforme d'apparat et ils avaient glissé des poignards dans leurs bottes. Leurs poches contenaient quelques chiffons prêt à être trempés de potion somnifère. Ils rediscutaient de leur plan, pour s'assurer qu'ils étaient tous sur la même longueur d'onde, et soudain, la calèche s'arrêta. La porte fut ouverte de l'extérieur, et une voix se fit entendre.

 

-Bienvenue à Mésancourt, et au bal de Dame Adélaïde et de Sieur Aldéric.

-De Vaillet, descendez en premier, chuchota De Magnien, utilisant leur nouveau nom.

 

Betslat sortit donc le premier, aida De Magnien à descendre, comme n'importe quelle dame, et De Rauthien ferma la marche. Puis les deux soldats se placèrent derrière leur Commandant, qui s'avança sur le tapis rouge jusqu'au majordome chargé de vérifier que les personnes qui se présentaient étaient bien autorisées à rentrer.

 

-Madame, fit-il révérencieusement.

-Mademoiselle De Hautecour, du Royaume de Clamstrie, s'annonça-t-il.

 

C'était un véritable coup de poker qu'ils avaient joué là car d'une part, Aldéric connaissait bien le royaume de Clamstrie ainsi que ses familles nobles, et il était toujours possible qu'ils soient démasqués par ce biais-là. Et d'autre part, la famille De Hautecour n'avait jamais existé, du moins pas en Clamstrie, et n'avait par conséquent jamais été invitée. Il fallait maintenant espérer que le majordome soit suffisamment impressionnable pour qu'il les laisse passer.

 

-Je suis désolé Mademoiselle De Hautecour, mais je ne vous trouve pas sur la liste, finit-il par dire, après avoir parcouru par deux fois le parchemin qu'il avait.

-Comment ça, vous ne me trouvez pas? Mon nom doit pourtant figurer sur votre liste! J'ai reçu l'invitation il y a quelques jours, de la part de sieur Aldéric lui-même.

-Il y a quelques jours? releva-t-il, sceptique. Les invitations ont été envoyées il y a presque deux semaines.

 

De Magnien ne sourcilla pas et usa de toute son autorité pour essayer de rentrer.

 

-Oui, je l'ai reçue il y a quelques jours. Signée de la main même de Sieur Aldéric. Peut-être a-t-il omis de vous dire que je faisais partie des invités? Ou préférez-vous que j'aille directement lui demander? Mon père et lui sont de grands amis, nul doute qu'il sera ravi d'entendre que vous m'avez refusé l'entrée.

 

Le dernier argument fit mouche, et à contre-cœur, il les laissa passer. Il alla pour donner un emplacement pour la calèche, mais celle-ci était déjà repartie, ce qui ne fit qu'augmenter ses soupçons. Mais après tout, que lui importait? Ce bal pouvait bien tourner au fiasco, il n'en avait cure: après tout, ceux qu'il célébrait n'avaient aucune raison d'être là où ils étaient.

 

Pendant ce temps, De Magnien et ses hommes avaient gravi les marches qui menaient à la porte d'entrée, et étaient en train de traverser le hall d'entrée. Juste avant d'entrer dans la salle de bal, De Magnien répéta en chuchotant ses dernières instructions.

 

-Vous me repérez un maximum le chemin jusqu'aux cachots Ouest, et vous revenez me dire lorsque c'est fait. Et dès que possible, on s'éclipse. Vous pouvez profiter et manger un peu, mais pas d'alcool surtout. J'ai besoin de vous et de toute votre tête.

 

De Rauthien et Betslat hochèrent la tête et ils entrèrent dans la salle richement décorée où déjà de nombreux couples s'activaient sur la piste de danse.

 

-Mademoiselle De Hautecour, annonça un vieil homme en livrée, mais sa voix fut perdue dans le brouhaha ambiant, ce qui ne fut pas pour déplaire aux trois hommes.

 

Les Capitaines abandonnèrent rapidement leur Commandant et discrètement, ils se faufilèrent à travers les couloirs de ce château qu'ils connaissaient plutôt bien. De Magnien, quant à lui, s'était assis sur l'un des nombreux petits canapés disposés le long des murs, et attendit dignement que quelqu'un l'invite à danser. Cela ne tarda d'ailleurs pas, et un homme brun, d'une trentaine d'années, un militaire d'après ses habits, lui demanda si elle lui accordait cette danse.

 

-Certainement, Monsieur, répondit-il en se levant.

 

Ravi, le militaire l'emmena jusqu'au centre de la piste et commença à valser avec lui. Ils discutèrent peu, ce qui arrangea De Magnien, et profitèrent plutôt de la danse. Le Commandant se félicita même intérieurement de se souvenir comment une femme doit danser, et il ne fit aucune faute de pas. Quelques minutes plus tard, le trentenaire raccompagna sa cavalière à sa place, et celle-ci fut aussitôt accostée par un autre homme, plus jeune celui-là, et beaucoup plus bavard. De Magnien enchaîna ainsi une quinzaine de danses, et cela faisait plus d'une heure qu'il était sur la piste lorsqu'il vit De Rauthien et Betslat dans un coin de la salle qui lui faisaient signe que tout était en ordre de leur côté. Alors dès la fin de la danse, il prétexta être fatigué et avoir besoin de s'aérer un peu, et il rejoignit immédiatement les deux Capitaines. Ils sortirent de la salle par une porte latérale et prirent l'un des couloirs, sous la direction de De Rauthien.

 

-Alors Mademoiselle, le discours du nouveau couple royal était comment? demanda en plaisantant Betslat.

-Aucune idée, il n'y en a pas eu. Soit c'était avant, soit ça sera après, mais en tout cas, je suis bien contente d'y avoir échappé. D'Ambris, ce n'était pas à droite là? demanda-t-il à l'adresse de De Rauthien, qui marchait en tête.

-Si, mais il y a beaucoup trop de monde. De Vaillet et moi-même avons trouvé un autre chemin, qui contourne une quinzaine de gardes.

-Vous êtes géniaux.

-On sait, répondit Betslat dans un sourire.

 

LA suite ICI

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Lundi 16 novembre 1 16 /11 /Nov 23:28

Bonsoir à tous!

Je sais, j'avais dit que je posterai hier, mais même en me couchant à 2h, je n'ai pas eu le temps de finir (j'étais fraîche au lever, je vous l'dis!). Et vu que j'y ai passé encore plusieurs heures aujourd'hui, c'était pari impossible pour hier. Si ça peut me faire pardonner, c'est un long chapitre.

Bonne lecture!

 

L'annonce de la grossesse de Louis fut comme une bouffée d'air frais et de renouveau au sein de la petite troupe. Tout le monde semblait avoir repris des couleurs et du poil de la bête et la journée s'annonçait sous de bonnes hospices. Pour la première fois depuis de longs jours, les trois compères avaient un petit sourire aux lèvres. Et les yeux du druide brillaient encore plus fortement que d'habitude. Face à la si petite réaction de celui ci, Louis eut la quasi certitude qu'il était déjà au courant. Peut être même était il venu les retrouver uniquement pour cela. Après tout, comment aurait-il pu mettre son enfant au monde en étant en fuite et sans assistance?

 

Le chemin vers Rakjav commença donc sous de bons hospices. Mais une fois arrivés en ville, les regards furent rapidement suspicieux. En effet, ils passaient difficilement inaperçus avec deux enfants en bas age, un vieil homme qui sifflotait des chansons paillardes un grand sourire aux lèvres et un cheval chargé de toutes sortes de denrées. Sans compter que malgré leurs tentatives, ils n'avaient pas pu trouver de quoi se laver tous les jours. Après seulement quelques achats il fut décidé à l'unanimité de séparer le groupe pour être d'une part plus discret et d'autre part plus rapide. La population commençait à parler de plus en plus sur leur passage et si le lien avec Mésancourt n'avait pas été encore fait, il semblait que ce n'était plus qu'une question de temps. La liste des provisions qui avait été faite la veille fut coupée en deux, la bourse fut partagée et un point de rendez vous fut donné. Lothaire et Suzanne s'en furent de leur côté avec Hecto tandis que Louis gardait précieusement son fils collé contre son cœur aux côtés du vieux druide.

 

Louis ne savait pas vraiment si il devait être rassuré d'être aux côtés du druide. Il n'avait aucun doute sur ses capacités médicinales et il avait été plus que reconnaissant de l'aide qu'il lui avait jadis apporté, mais il lui semblait qu'en situation de fuite, il pouvait réellement devenir un frein. Il était non seulement très peu discret dans son habillage et son accoutrement mais il parlait aussi à voix fort, discutant avec qui croisait sa route sans se préoccuper des conséquences directes ou indirectes que cela pouvait avoir. Sans parler que les discussions, la plupart du temps à sens unique, portait sur des sujets plus loufoques les uns que les autres. Louis entendit ainsi parler des jonquilles, des ratons laveurs et des bréquos... Il ne savait même pas ce qu'était réellement des bréquos ni si cela existait réellement et au vu des regards effarés des interlocuteurs du druide, ils ne devaient pas connaître non plus. Louis commençait à douter sérieusement de la santé mentale du vieil homme et pourtant il gardait ancré en lui cette confiance qui s'était diffusée dans ces veines à leur toute première rencontre. Sans savoir réellement pourquoi, il était persuadé qu'Ernest avait encore quelques tours bien cachés sous sa longue barbe. Et alors que le vieil homme abordait un énième marchand pour lui parler des méfaits des émissaires espagnols dans leurs colonies, Louis secoua doucement la tête un petit sourire aux lèvres et souffla un « vieux fou » amusé.

 

Le jeune homme fut ramené à la réalité par son fils qui, lasse d'attendre une distraction avait pris son visage pour nouveau terrain de jeu et s'amusait à y passer ses mains en pétrissant tout ce qu'il avait à portée. Louis se dirigea alors à son tour vers le marchand et s'excusa auprès de lui pour les paroles du druide avant de lui demander la nourriture dont il avait besoin. Le marchand sembla plus qu'heureux de trouver une raison de s'éloigner légèrement du druide et s'empressa de servir Louis tout en le dévorant du regard. Louis eut la désagréable pensée que dans le pire des cas, il pourrait sans aucun doute gagner sa vie en vendant son corps. Un frisson de dégoût et d'horreur lui traversa l'échine et il serra les poings. Jamais! Lorsque le marchand lui lança une énième œillade, Louis lui montra ostensiblement son alliance et le marchand sembla se refroidir, se contentant de répondre à ses demandes en grommelant. C'est avec un immense soulagement que louis s'éloigna de l'échoppe pour passer à la suivante. Le temps passait rapidement et Louis avait l'impression qu'il n'arriverait jamais au bout. Les marchands étaient plus que lent à le servir, lui proposant toujours plusieurs choix, devant aller chercher au fond de leurs réserves et tout cela, sans jamais se presser. Louis sentait le danger s'approcher et se mit à penser qu'ils faisaient tous exprès de le ralentir pour permettre aux gardes d'arriver avant leur départ. Et le comportement du druide qui se faisait plus silencieux et plus attentif au fur et à mesure que la journée passait n'aidait en rien à le détendre. Il se fustigea mentalement pour sa paranoïa et tenta de ne pas hurler de frustration quand la vendeuse en face de lui lui sortit six sortes de chandails pour enfants différents.

 

-Ecoutez, donnez moi les deux plus chauds que vous avez, cela ira très bien. Ce n'est pas pour une cérémonie quelconque, c'est juste pour se protéger du froid.

 

Le femme, pourtant pas très vieille, resta quelques secondes silencieuses, clignant bêtement des yeux à plusieurs reprises puis se dirigea vers le fond de son échoppe d'un pas trainants et reprit d'une voix tout aussi trainante.

 

-Il fallait le dire... dans ce cas là, je peux vous proposer ces modèles...

 

Et elle revint avec dix autres chandails. Louis sentit ses oreilles le chauffer et il serra le poing, se passant en boucle qu'il n'était pas digne de lui de frapper une femme. Il finit par payer quatre chandails pour les garçons et s'éloigna enfin avec la tentation grandissante de gifler la première personne qu'il croiserait. Heureusement il n'en fit rien et constata avec plaisir qu'il n'avait plus qu'une chose de marquer sur sa liste. Il était temps, la journée était déjà bien entamée et ils avaient pris du retard. Louis espérait que Lothaire et Suzanne s'en sortent mieux que lui. Il s'approcha de la dernière échoppe et tenta de calmer l'angoisse qui grossissait en lui.

 

-Bonjour, monsieur.

 

Le marchand se tourna vers lui et Louis sentit un frisson de terreur le parcourir de la tête au pied.

 

-Bonjour messieurs. Que puis-je pour vous?

 

Louis mit quelques secondes avant de reprendre sa respiration. Il fallait à tout pris qu'il se calme, la laideur des traits du vieil homme était certes terriblement repoussante, mais il n'y avait pas de quoi s'angoisser de la sorte. Louis se rendit compte que le marchand attendait toujours sa réponse.

 

-Euh... il me faudrait des couvertures je vous prie. Les plus grandes et les plus épaisses que vous ayez.

 

Le marchand resta un instant silencieux, le fixant de son seul œil valide puis l'invita à le suivre.

 

-J'ai beaucoup de choix, il vaudrait mieux que vous puissiez choisir vous même. Veuillez me suivre.

 

A nouveau un vent de panique s'empara de Louis, lui donnant envie de fuir très vite et très lion de cette ville où l'atmosphère était étouffante et où, il en était sûr, personne n'était son allié. Malheureusement, il n'avait pas le choix. Les couvertures que François leur avait fourni n'étaient absolument pas suffisantes pour traverser les montagnes et ils ne pouvaient pas se permettre de s'en passer sous peine de quoi ils mourraient de froid là haut.

 

Louis déglutit et avança d'un pas avant de faire volte face et de tendre son fils vers le druide. Celui-ci s'accrocha à son col et commença à chouiner. Louis sentit son estomac se contracter. Il n'était pas le seul à sentir les choses s'envenimer. Il savait maintenant qu'il devait suivre son instinct lorsque celui-ci l'avertissait d'un danger. Mais les couvertures étaient capitales pour leur survie et ils étaient dans la dernière ville avant l'ascension du pic. Il croisa les yeux du druide qui tint contre lui le petit garçon. Contrairement à quelques heures auparavant, ils étaient on ne peut plus sérieux et étrangement apaisants.

 

-Ayez confiance jeune Louis...

 

Louis hocha la tête d'un mouvement bref.

 

-Je fais le plus vite possible.

 

-Je n'en doute pas, je vous attends. répondit le druide de sa voix tranquille.

 

Et Louis se sentit en sécurité, grâce aux paroles d'un vieillard.

 

Il suivit le marchand qui sembla grimacer légèrement en constatant que Henri restait à l'extérieur, mais il ne fit aucun commentaire et l'entraina vers la cave de l'échoppe. Louis tentait de réguler sa respiration. Ce n'était parce que l'homme avait un air patibulaire qu'il était forcément méchant. On lui avait apprit à ne pas juger sur l'apparence des gens et il s'efforçait de respecter ce concept. L'idée fugace que le fait d'avoir sa tête mise à prix pouvait peut être changer la donne lui traversa l'esprit.

 

-Voici, Monsieur.

 

Louis se trouva devant toutes sortes de couvertures, réparties en différents tas.

 

-Celles-ci sont les plus grandes que nous ayons, commença le marchand en lui présentant la première pile, mais elles sont assez fines. Celles-ci sont épaisses mais sans doute trop petites.

 

La description continua quelques minutes pendant lesquelles Louis restait aux aguets.

 

-Et de ce côté, vous avez ces couvertures qui....

 

-Je vous remercie mais je vais prendre celles-ci, l'interrompit Louis en désignant la septième pile.

 

-Etes-vous certain? Nous en avons des moins coûteuses qui pourraient...

 

-Non. Je vous remercie, mais celles-ci ont l'air très bien. Elles font une taille suffisante et vous m'avez dit vous même que c'était la plus grosse épaisseur que vous ayez.

 

Le marchand ouvrit la bouche pour répondre, mais Louis sortit de sa bourse un certains nombre d'écus et cela suffit pour faire taire l'homme. Louis prit les couvertures et tendit la somme au marchand dont les yeux pétillaient d'avarice. Louis eut la certitude que cet homme n'aurait aucun scrupule à les vendre aux gardes contre une certaine somme d'argent. A ce moment précis, il entendit des cris provenant de la rue. Ses yeux croisèrent brusquement ceux du marchand et il sut qu'effectivement, cela avait été le cas. Il se précipita hors de la cave pour rejoindre Ernest, mais il était trop tard et ils furent encerclés par des gardes armés menaçants et qui parvenaient mal à cacher leur air de triomphe.

 

Le marchand sortit à son tour de l'échoppe et le chef des gardes s'adressa à lui.

 

-Où sont les autres?

 

L'homme eut l'air embarrassé.

 

-Ils... ils ne sont pas là votre altesse, ils ont du se séparer votre grandeur... répondit-il tout en effectuant de ridicules courbettes.

 

Le chef sembla réfléchir et il croisa le regard de Louis. Un sourire mauvais s'étira sur ses lèvres.

 

-Peut importe, nous avons les plus importants, dit-il en glissant son regard de Louis à Henri. Voilà ta récompense manant!

 

A ces mots, il lança une petit bourse d'écus au marchand qui l'attrapa au vol en se courbant encore plus bas.

 

-Oh merci mon seigneur, vous êtes trop bons votre grandeur...

 

Louis le fusilla du regard et le marchand, lorsqu'il croisa son regard sembla vaguement gêné de son geste et préféra s'éclipser en fermant son étale. Les deux sommes qu'il avait empoché ce jour lui permettrait sans aucun doute d'apaiser rapidement sa conscience.

 

Louis se reconcentra sur les gardes qui les entouraient. Rapidement il analysa la situation et il dut se rendre à l'évidence, il n'avait aucun moyen d'intervenir. Le cheval était resté avec Lothaire et Suzanne et le peu d'armes qu'avait pu dégoter François étaient avec.

 

Le chef des gardes descendit de sa monture et s'approcha des prisonniers le torse bombé. Louis se demanda si il était à ce point pédant de nature ou si tous les qualificatifs qu'avaient utilisé le marchand avaient joué un rôle dans l'importance qu'il semblait être persuadé d'avoir.

 

-Alors, alors qu'avons nous là, messieurs? lança-t-il à la cantonade.

 

Les gardes eurent à l'unisson un rire gras.

 

-Ne serait-ce pas ce cher Louis de Castille? Traitre à notre royaume!

 

Louis sentit son sang bouillir. La stupidité humaine semblait avoir trouvé son apothéose en imprégnant cet homme. Il releva la tête.

 

-C'est Louis de Mésancourt. Et pour toi, manant, cela sera votre altesse!

 

Le chef des gardes sembla déstabilisé par cet acte de rébellion et ses hommes s'esclaffèrent. Louis avait adopté la posture et le ton que Philippe avait employé autrefois face à lui, face à son frère et que François avait à plusieurs reprises imité plus tard, pour se moquer de son ami alors qu'ils partageaient ensemble un repas ou un moment de détente. Si le moment n'avait pas été si grave, Louis aurait esquissé un sourire aux souvenirs de ces doux moments partagés, mais il ne se laissa pas distraire et continua à fixer le chef des gardes avec toute la haine et toute la noblesse qu'il avait en lui, lui donnant l'impression de n'être qu'un insecte, un vulgaire nuisible dont il faut se débarrasser d'un coup de talon. Le visage du chef se décomposa et Louis eut la fugace pensée que si Philippe avait été là à cet instant, il aurait été très fier de lui.

 

Le chef des gardes, voyant qu'il perdait le contrôle de la situation et que ses hommes se moquaient de plus en plus ouvertement de lui se ressaisit et attrapa Louis par le menton. Le jeune homme maudit sa petite taille qui lui força à lever les yeux légèrement pour croiser ceux de son rival.

 

-Aujourd'hui, tu n'es plus rien, susurra le chef, la reine Adélaïde me couvrira de gloire quand je te trainerai à ses pieds et d'ici là, j'aurai plus que le temps de bien m'amuser avec toi. Tu regretteras tes paroles mon mignon.

 

Louis se dégagea de sa poigne et cracha à ses pieds. Aussitôt, le chef des gardes lui assena un soufflet assez violent qui failli lui faire perdre l'équilibre. Heureusement qu'il ne tenait pas son fils dans ses bras à cet instant. Le chef sembla armer son bras pour un deuxième coup quand le druide s'exclama:

 

-Il va faire gris!

 

Louis le regarda un instant, se demandant comment il pouvait se préoccuper du temps, d'autant plus que le ciel était bleu et qu'il n'y avait pas un nuage à la ronde. Sa réflexion provoqua d'ailleurs une certaine hilarité au sein des gardes.

 

-Ernest, ce n'est vraiment pas le moment. dit Louis, assez exaspéré qui avait acquis la certitude que cette fois ci, le druide avait bel et bien débloqué.

 

-Taisez-vous tous les deux, vous n'avez pas à parler. reprit le chef des gardes, furieux d'être ignoré dans son heure de gloire.

 

-Je vous assure qu'il va faire gris, jeune Louis. Il faudra penser à couvrir le visage de votre petit pour ne pas qu'il attrape froid... et en disant cela, il lui remit Henri dans les bras.

 

-Merci, Ernest, mais voyez vous, pour le moment ce n'est pas ce qui m'inquiète...

 

-Je vous ai dit de vous taire! intervint le chef des gardes en haussant la voix. Les gardes commençaient à doucement rigoler de l'humiliation publique que vivait leur chef.

 

D'ailleurs, le druide ne sembla même pas entendre ses paroles.

 

-Il vous faudra vous aussi vous protéger le visage, jeune Louis. Il ne faudrait pas que vous soyez enrhumé non plus.

 

Louis resta interloqué un instant. Avait-il définitivement perdu la tête? Les gardes autour de lui riaient maintenant sans retenu face au discours complètement inadéquat du druide et Louis eut la vague impression de ne plus être dans la réalité et de perdre vaguement pied. Tout d'un coup il se sentit plus quel que jamais face à ses ennemis.

 

-SILENCE! hurla le chef, ramenant le calme au cœur de sa troupe. Le druide se tut et Louis s'abstint de le regarder plus longtemps. Il allait devoir s'en sortir seul. Son cerveau se mit à nouveau en route à toute vitesse. Fier d'avoir retrouvé toute son autorité, le chef des gardes remonta sur son cheval et lança à ses hommes:

 

-Attachez les et en avant!

 

A cet instant tout alla si vite que Louis ne comprit pas du tout ce qu'il se passait. Le druide plongea la main dans son sac avec une rapidité qui ferait pâlir d'envie un athlète et jeta au sol une poudre qui rapidement devin un épais nuage de fumée. Louis sentit ses yeux le piquer et sa gorge le brûler lorsqu'il eut un « tilt » dans sa tête.

 

«  Je vous assure qu'il va faire gris, jeune Louis. Il faudra penser à couvrir le visage de votre petit pour ne pas qu'il attrape froid... »

 

Louis protégea rapidement son fils en lui couvrant le visage dans sa veste et avec sa manche, couvrit son nez et sa bouche. Il avait besoin de ses yeux pour s'orienter. Une main lui agrippa la manche et Louis eut juste le temps de deviner la présence du druide à ses côtés avant que le nuage ne les engloutisse complètement, eux et une grande partie de la ruelle dans laquelle ils étaient. Ils se mirent à s'éloigner le plus rapidement possible compte tenu des possibilités du vieil homme, sous les hurlements du chef des gardes qui ordonnait à ses hommes de ne pas les laisser s'échapper, tout en s'éloignant lui même de la fumée piquante et irritante.

 

Avant qu'ils ne puissent faire quoique ce soit, Louis et le druide étaient déjà loin et ils retournèrent rapidement au point de rendez vous. Là bas, Lothaire et Suzanne, qui semblaient les attendre depuis un petit moment, sautèrent sur leurs pieds.

 

-Eh bien que faisiez vous?! Mais vos yeux... que s'est-il passé?

 

-Pas maintenant Lothaire, répondit Louis d'une voix douloureusement rauque. Il faut partir d'ici immédiatement. Vous avez eu tout ce dont vous aviez besoin?

 

-Oui et vous?

 

-Oui. En route!

 

Sans poser plus de question, ils s'éloignèrent tous le plus vite possible de la ville. Étonnamment, personne ne s'interposa. Toutes les boutiques semblaient fermées et les maisons closes. Ils étaient arrivés dans une grande ville animée et partaient d'une ville fantôme. Il ne faisait plus aucun doute que chacun ici était au courant de l'arrivée des gardes. Et ce sans doute depuis un bon moment.

 

L'ascension du premier col commença donc légèrement dans la précipitation et ce n'est qu'au bout de plusieurs heures de marches que la fatigue prit le dessus sur la panique et que le petit groupe fit une pause. La hauteur leur apportait l'avantage non négligeable de pouvoir anticiper l'arrivée d'une troupe. La petite vallée dans laquelle ils s'arrêtèrent était encore verte et le temps à peine frais. Mais ils pouvaient déjà apercevoir les cimes enneigées et l'hiver approchait à grand pas, leur promettant des températures bien en dessous de ce dont ils avaient l'habitude. Ils profitèrent du repas pour faire le point sur les évènements de la matinée et laissèrent même un petit temps aux garçons pour dormir un peu pendant la digestion.

 

La discussion fut animée autour du débat sur la nécessité de s'approcher des petits villages des montagnes ou de les éviter. Suzanne était inquiète car de nombreuses rumeurs couraient sur ces peuples considérés comme barbares et violents. Ernest jugeait ces racontars sans fondement, Lothaire soutenait son épouse et Louis qui n'était pas du coin avait abandonné la discussion pour plonger dans la contemplation de son fils, un petit sourire scotché sur ses lèvres.

 

-Louis... Louis!

 

Au bout de quelques appels de son ami, le jeune homme sursauta.

 

-Oui?!

 

-Tu n'as pas écouté un traître mot de ce que nous venons de dire n'est-ce pas? demanda Lothaire amusé.

 

Louis eut la décence de rougir et s'excusa platement.

 

-Ce n'est pas grave! Nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord. Il y a beaucoup de rumeurs qui courent sur les habitants des montagnes mais nous n'arrivons à savoir quelle est la part de réalité et quelle est la part de fiction. Et comme chacun reste sur ses positions, tu pourrais peut être nous départager?..

 

-Il n'y a aucune raison d'avoir peur, intervint le druide, personne n'a réellement dit un jour que ces peuples là étaient plus violents que les autres....

 

-C'est parce que personne n'en est jamais revenu vivant! s'exclama Suzanne. Et c'est bien pour ça qu'il faut les éviter à tout prix. Je vous rappelle à tous que nous avons deux petits garçons avec nous et je n'ai pas l'intention de faire courir le moindre risque à mon fils!

 

-Penses-tu que cela soit mon intention? demanda Louis.

 

Suzanne se calma aussitôt et rougit face à la demande de l'homme qui restait pour elle, son souverain.

 

-Non, Louis, je sais bien que tu tiens à protéger ton fils autant que nous. Je dis juste que cela m'inquiète beaucoup et que jusque là nous nous en sommes très bien sortis sans nous mêler à la population. Ce matin nous a bien montré que nous ne pouvions nous fier à personne, même à une telle distance du royaume. Alors ne me demandez pas de faire confiance à des gens qui vivent reclus au fin fond de la montagne et que personne ne voit jamais.

 

Louis resta pensif un instant avant de reprendre la parole.

 

-Je pense que nous devrions essayer de continuer notre route comme nous l'avons fait jusqu'alors, c'est à dire en évitant le plus possible les lieux habités. Même ici, en pleine montagne. Mais je crois aussi qu'en cas d'ennui, notre chance de survie est bien plus réduite ici, si nous sommes complètement isolés. J'ai la chance de porter un deuxième enfant Suzanne. Je ne veux pas risquer de le perdre parce que je me serais entêté à m'éloigner de toute trace de vie humaine...

 

Suzanne et Lothaire hochèrent la tête doucement.

 

-Je vous propose que nous empruntions le chemin habituel et que nous traversions les villages. Nous ne nous arrêterons dans ceux ci qu'en cas de problème, mais au moins, nous saurons que nous avons toujours cette possibilité de repli... Qu'en pensez-vous?

 

Chacun hocha la tête et la discussion fut close. Mais rapidement, une troupe de garde fut en vue en contrebas et ils durent se préparer à reprendre la route.

 

-Je pensais vraiment qu'ils arrêteraient les poursuites en nous voyant passer par les montagnes. La récompense pour notre capture doit être très élevée... remarqua Louis.

 

-Ou bien ce sont les menaces en cas d'échec qui sont terrifiantes, repris Lothaire.

 

-Sans doute aussi, oui...

 

-Allez, en route, ne trainons pas.

 

Les enfants, toujours endormis, furent délicatement récupérés par leurs parents et blottis dans le refuge de leur bras pour finir leur sieste alors que la marche repris son cours.

 

Les jours passèrent mais rapidement, les problèmes s'accumulèrent. En effet, la troupe avait à présent atteint les hauts sommets et les températures et les chutes de neige étaient plus que difficiles à supporter. Le blizzard était quasi permanent et empêchait de voir devant soit, obligeant les amis à marche à la file indienne, s'accrochant les uns aux autres pour ne pas se perdre. Les nuits étaient courtes et glaciales, heureusement, le paysage escarpé qui leur posait tant de difficultés la journée se révélait regorger de grottes ou de contrebas qui protégeait un minimum du vent et du froid. Malgré cela l'avancement était nettement plus lent que ce qu'ils avaient prévu et la nourriture diminuait rapidement. Un matin, le petit Hector, qui toussait depuis plusieurs jours, ne parvint pas à se réveiller. Suzanne se mit à hurler en secouant le corps de son fils et elle fut aussitôt écartée par son époux et leur ami pendant que le druide se penchait sur le petit garçon.

 

-Il respire, il est vivant. Mais nous ne pouvons pas continuer dans ces conditions! Il faut le faire soigner rapidement.

 

-Savez vous à combien de temps est le prochain village? demanda Louis.

 

-Non, répondit Lothaire, les villages des montagnes ne sont pas répertoriées sur les cartes.

 

-Alors on fait demi tour! Ce matin nous sommes passés pas loin d'un petit village, si nous nous dépêchons, nous pouvons y être avant la nuit!

 

Le départ fut immédiat et la route ne fut jamais aussi rapide que ce matin là, où exceptionnellement, pas un souffle de vent ne venait perturber le paysage. Et malgré l'urgence de la situation, chacun fut stupéfait de constater la beauté des lieux. Une épaisse couverture blanche recouvrait la totalité des environs, sans que rien ne vienne troubler l'aspect uni du sol et du ciel qui semblaient se rejoindre à l'horizon. Le silence des lieux qui contrastait étrangement avec la puissance des tempêtes qu'ils essuyaient depuis des jours apparaissait comme un présage de paix et de survie. Bien plus rapidement qu'ils ne l'avaient pensé, ils atteignirent les premières habitations aux alentours de midi et sans plus hésiter, Suzanne, qui serait son fils contre elle, se mit à frapper à la porte et à crier à l'aide jusqu'à ce que du bruit à l'intérieur se fasse entendre.

 

La porte fut ouverte brutalement, laissant place à un homme, bien plus grand et plus épais que n'importe lequel des voyageurs, qui brandissait une longue lame tranchante devant lui. Très vite une petite foule se concentra autour de la maison et toutes les personnes présentes avaient une arme pointée sur le groupe d'amis. L'homme massif sortit de la maison et s'avança vers la jeune femme, l'arme toujours pointée devant lui, faisant reculer le groupe au centre de ce qui semblait être une sorte d'allée principale et les enfermant ainsi dans le cercle des habitants. Lothaire fit passer Suzanne derrière lui, se retrouvant ainsi exposé à la lame. L'homme n'avança pas plus et après ce qui sembla être une longue inspection, prit la parole d'une voix grave.

 

-Qui êtes vous et que voulez-vous?

 

Lothaire s'apprêtât à prendre la parole, mais Suzanne ne lui en laissa pas le temps et s'imposa d'elle même face à l'homme, tendant Hector à bout de bras.

 

-Je vous en prie aidez nous! Nous sommes des voyageurs, nous ne devions faire que passer, mais mon fils est malade, il a besoin de soins, je vous en supplie, sauvez mon enfant.

 

L'homme ne répondit rien mais finit par ranger son arme et s'approcha de Suzanne et lui prit Hector des mains. Lothaire voulut alors s'interposer, mais Louis lui attrapa la manche. Les autres villageois, eux, avaient encore toutes leurs armes pointées dans leur direction. Étonnamment, l'homme qui aurait pu facilement écraser la tête du petit garçon d'une seule main fut très délicat dans la manipulation du petit corps et dégagea les couvertures qui l'entouraient pour tâter légèrement sa tête et son cou. Puis il releva les yeux vers eux.

 

-Suivez moi.

 

Sans attendre de réaction, il retourna à l'intérieure de la maison, emportant avec lui Hector. Suzanne se précipita à sa suite, Lothaire en fit autant et Louis et le druide suivirent, tout en jetant des coups d'œil peu rassurés au reste de la population. Une fois à l'intérieur, la douceur du foyer les enveloppa avec une telle rapidité que les couches de vêtements furent rapidement retirées. L'homme leur indiqua vaguement les fauteuils tandis qu'il était penché sur Hector et ils s'y assirent tous dans le plus grand silence. Louis berçait Henri dans ses bras qui ne tarda pas à s'endormir et le jeune homme, qui sentit toute l'adrénaline retomber d'un seul coup en même temps que le feu de cheminée réchauffait son corps glissa à son tour dans un délicieux sommeil réparateur.

 

Lorsqu'il se réveilla, il tenait toujours son fils dans les bras, mais avait été allongé sur une sorte de natte dans une pièce différente de celle où il s'était endormi. Il profita de ce moment de calme pour câliner son petit garçon avec qui il n'avait pas partagé de tendre moment depuis bien trop longtemps à son goût. Puis il se redressa légèrement et constata qu'il n'était pas seul. A côté de sa couche, se trouvait celle de Suzanne qui semblait dormir profondément et un peu plus loin, assis dans un fauteuil en bois, Lothaire berçait Hector qui avait retrouvé une respiration normale. Les deux hommes échangèrent un petit sourire.

 

-Tu devrais te reposer, tu as l'air épuisé... chuchota Louis.

 

-Je sais... je n'ose pas le laisser, j'ai... j'ai peur qu'il s'arrête de respirer...

 

Louis eut un sourire douloureux et se leva pour rejoindre son ami.

 

-Laisse le moi et va rejoindre ta femme, vous avez besoin de reprendre des forces tous deux.

 

Lothaire laissa échapper un petit rire.

 

-Suzanne était tellement sur le dos de cet homme qu'il a finit par lui servir du thé. Vu la vitesse à laquelle elle s'est endormie après ça, je crois qu'il n'y avais pas que du thé dedans... Mais ce n'est pas plus mal, elle en avait besoin et puis elle le gênait... Il a fait un travail formidable avec Hector... je lui dois la vie de mon fils...

 

-Je comprends. Allez, va te coucher. Je te promets que je reste près de toi et qu'au moindre problème, je te réveille.

 

-D'accord, répondit Lothaire, soulagé de pouvoir récupérer à son tour des longues semaines qui s'étaient écoulées.

 

Louis prit Hector dans ses bras et alors que son ami s'endormait comme une souche auprès de son épouse, il s'installa à nouveau près d'Henri, qui s'était rendormi, et déposa Hector à ses côtés. Ainsi positionné, il pouvait veiller sur les deux petits hommes qui remplissaient sa vie. Distraitement, il laissa courir ses doigts sur son ventre, peut être que cette fois ci, il aurait une fille... Sa gorge se serra un instant en réalisant que Philippe ne connaitrait jamais cet enfant. Il était mort sans même savoir qu'il allait être père à nouveau. Il en aurait été tellement heureux... Louis s'autorisa quelques larmes, mais repris rapidement le contrôle de ses émotions pour ne pas se laisser engloutir dans ses mauvaises pensées. Il n'avait consacré que peu de temps à son futur enfant depuis qu'il s'était levé ce matin là avec l'intime conviction qu'il portait la vie à nouveau. Il ne savait pas pourquoi mais il avait sentit chacun de ses grossesses au plus profond de lui même avant même les premiers symptômes. Heureusement, celle ci ne lui posait pas de problème, il aurait eut bien du mal à fuir ses assaillants si les nausées ou les douleurs abdominales l'avaient assaillies de l'aube au coucher du soleil.

 

Finalement, après un temps indéfini, Suzanne puis Lothaire et enfin les enfants se réveillèrent. Ils profitèrent tous de cet instant de répit pour retrouver les doux moments qu'ils partageaient ensemble au château, à jouer avec les enfants, les câliner, plaisanter entre eux. Puis Henri vint se planter devant Louis et posa ses petits poings sur ses hanches.

 

-Papa! A faim, moi!

 

Ce à quoi Hector hocha abondamment la tête sous les rires des adultes.

 

Ils se levèrent et retournèrent dans la pièce principale où le feu de cheminée brulait toujours. La pièce était vide et personne ne savait trop où se diriger quand une porte à l'opposé de celle où ils étaient rentrés s'ouvrit et laissa place à un jeune homme brun et au regard pétillant de vie, suivit d'un autre, un peu plus grand et surtout plus ténébreux.

 

-Oh vous êtes réveillés! fit le premier. C'est très bien! Je me présente, je suis Arion et voici Elyann, vous êtes ici chez mon père. Je vous en prie installez vous, nous pensions que vous pourriez avoir faim, nous vous avons apporté à manger.

 

Les yeux des deux garçons pétillèrent en voyant les différents plats se poser sur la table et ils furent les premiers assis, provoquant un rire général. Tout le monde s'installa et Arion, qui avait oublié un plat se releva pour aller le chercher. A son retour, Louis constata un léger arrondi au niveau de son ventre. Suivant son regard, Arion rougit légèrement et posa une main dessus.

 

-C'est assez récent... c'est étonnant que vous l'ayez remarqué...

 

Louis lui rendit son sourire mais aussitôt, Elyann attrapa Arion et le colla contre son torse, posant ses mains sur son ventre en fusillant Louis du regard. Puis il lui tourna la tête et attrapa voracement ses lèvres. Le message était clair, chasse gardée! Louis eut un petit rire amusé et il eut beau affirmer qu'Arion ne risquait rien de sa part, Elyann ne s'éloigna pas une seule fois de son compagnon. Cette situation semblait beaucoup amuser le premier concerné qui n'hésitait pas à jouer un peu de la situation pour taquiner celui qui était le père de son enfant. Louis se dit que Philippe aurait été très bien capable d'avoir ce même genre de réaction avec lui. Le reste du dîner se passa très bien, Arion, intarissable bavard n'en finissait plus de parler de tout et de rien, sous les yeux protecteurs d'Elyann qui avait du dire deux mots depuis le début.

 

Puis, peu de temps après avoir fini le repas, l'homme qui avait soigné Hector revint à l'intérieur de la maison en compagnie du druide qui semblait d'être fait un nouvel ami. Il avait les bras remplis de toutes sortes de plantes et passa un long moment à s'extasier sur la richesse florale que les montagnes cachaient et ce qu'il pourrait en faire. Plusieurs autres hommes les accompagnait. Arion souffla à Louis qu'ils représentaient les membres du conseil du village et que pendant leur repos, ils avaient fait une réunion d'urgence pour décider de ce qu'il adviendrait d'eux. Louis eut un frisson désagréable à ces paroles. Il n'était pas sûr que cela soit bon pour leurs affaires. Le père d'Arion prit la parole.

 

-Je suis Erhun, chef de ce village. Nous avons besoin de savoir si nous pouvons vous traiter en ennemi ou en ami. Pour cela, vous devez nous dire les raisons qui vous poussent à traverser les cols en plein hiver.

 

Les jeunes gens se regardèrent un petit moment puis Louis prit la parole.

 

-Nous vous l'avons dit à notre arrivée. Nous sommes juste des voyageurs et....

 

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un couteau vint se planter entre ses mains qu'il avait posé sur la table.

 

-Encore un mensonge et vous perdez l'usage de votre main, jeune homme. reprit Erhun, comme s'il annonçait la météo. Tous les villages de la montagne sont en contact régulier et beaucoup d'entre eux nous ont parlé de vous. Ils nous ont dit également que vous n'étiez pas seuls et suivis de près par des soldats.

 

Louis interrogea ses amis du regard, mais n'y lut que l'indécision. Puis ses yeux tombèrent sur Arion, blottit dans les bras de son compagnon, qui lui sourit doucement, comme une invitation à se confier.

Alors Louis raconta leur histoire depuis le début. Son mariage arrangé, la place volée à Adélaïde, sa vie à Mésancourt, le complot auquel ils avaient du faire face, le décès de son époux, la fuite, la découverte de sa nouvelle grossesse, les évènements à Rakjav, le trajet difficile à travers les montagnes, la maladie d'Hector...

 

-Voilà, vous savez tout, finit Louis d'une petite voix, les yeux baissés sur le bois de la table, abimé à certains endroits.

 

Erhun resta silencieux un instant puis se leva accompagné des autres hommes.

 

-Nous allons nous retirer pour délibérer, nous reviendrons vous voir après.

 

Une fois sortis, Arion posa sa main sur celle de Louis et Elyann ne fit rien pour l'en empêcher. Un long silence s'abattit ans la pièce. Personne n'osa le troubler jusqu'au retour des hommes du conseil.

 

-Il a été décidé que vous ne pouviez pas affronter la montagne par ce temps et cela va aller en empirant. Nous avons donc conclu que soit nous devons vous livrer aux soldats, soit vous devez rester parmi nous jusqu'au printemps.

 

Louis déglutit mais posa quand même la question.

 

-Et qu'avez vous choisi?

 

Le sourire que lui fit Erhun lui fit penser à celui d'un enfant. Un enfant barbu, massif et avec des mains de la taille d'une bûche, mais un enfant tout de même... et qui s'apprêtait à jouer un très vilain tour! Et Louis eut presque pitié pour les soldats qui arrivaient.

 

En effet, deux jours plus tard, les soldats étaient aux portes du village et ordonnèrent la fouille de chaque maison. Louis était caché avec Lothaire dans une armoire et Suzanne dans une commode, chacun une arme à la ceinture, prête à être dégainée et les yeux collés au fentes apparue dans le vieux bois, tandis que le druide avait été envoyé avec les garçons dans un coin d'étable, un peu plus isolé. Les jeunes hommes avaient tenté de pousser Suzanne à partir avec eux, mais celle-ci s'y était opposée farouchement.

 

-Si ces hommes veulent s'en prendre à mon bébé, ils tâteront de ma lame! Et essayez seulement de m'en empêcher!

 

Ni Louis, ni Lothaire ne fut suffisamment stupide ou courageux pour le tenter. Les habitants furent expulsés le temps des fouilles. Erhun réussi à obtenir une exception pour son fils qui portait un enfant. Ou plutôt il l'imposa et quand le chef des gardes voulut l'en empêcher, le regard d'Erhun le foudroya sur place et il finit par balbutier qu'exceptionnellement et par sa grand bonté, il acceptait. Arion se retrouva donc dans la même pièce que les trois fuyards, allongé sur une natte, feuilletant un livre ancien lorsqu'un garde entra dans la maison. Il commença à fouiller chaque recoin, n'hésitant pas à renverser les meubles et vider leur contenu. Lorsqu'Arion voulut lui demander de ménager ses efforts pour au moins lui permettre de récupérer ses biens en un seul morceau, le garde l'attrapa assez rudement par le bras et l'approcha de lui! A ce moment là, Elyann, qui avait attendu son moment, pénétra dans la pièce et fusilla du regard le garde qui relâcha aussitôt Arion.

 

-Étiez-vous en train de malmener mon époux? demanda Elyann d'une voix posée mais dangereuse.

 

-Non... absolument pas...je...

 

-Alors vous tentiez de le séduire peut être? Reprit le brun avec une sorte de grondement dans la voix.

 

-Mais non voyons, pas du tout! bafouilla le garde.

 

-Oh parce que vous êtes trop bien pour lui, c'est cela?! La voix d'Elyann était de moins en moins maîtrisée et il se rapprochait du garde qui commençait doucement mais sûrement à perdre ses moyens.

 

-Non, absolument pas, il est très charmant, je...

 

-ALORS IL VOUS PLAIT!!! hurla Elyann en se précipitant vers le garde. MAIS RETENEZ MOI, JE VAIS LE TUER!!!

 

Heureusement, Arion s'interposa rapidement et le garde, à deux doigts de mouiller son uniforme se dirigea vers la porte à toute vitesse en longeant les murs.

 

-Eh bien, il n'y a rien ici, je vous laisse, bonne fin de journée...

 

Et il disparu en claquant la porte. Aussitôt, la fureur d'Elyann fondit comme neige au soleil et il prit doucement Arion dans ses bras avec un petit sourire carnassier.

 

-Ma prestation était-elle suffisamment convaincante?

 

Arion ronronna contre son torse.

 

-Tu étais parfait... et tu sais que tu me plais beaucoup quand tu joues à l'homme jaloux?! demanda-t-il d'une voix sensuelle.

 

-Il t'a tout de même touché! grogna Elyann en enfouissant sa tête dans son cou.

 

-Il en a à peine eu le temps, tu es arrivé au bon moment!

 

-Il aurait pu te faire du mal, répliqua tout de même Elyann en caressant doucement le ventre de son compagnon.

 

-Elyann, je vais bien, le bébé aussi. Tu as été parfait et nos invités sont saufs. Détends-toi.

 

Ce dernier acquiesça doucement et embrassa son époux tendrement. Dans leur placard, Louis et Lothaire échangèrent un regard amusé. Jamais ils n'oublieraient la tête du garde face à la colère feinte d'Elyann. La troupe de garde fut à nouveau bredouille, comme à chaque village qu'elle traversait depuis l'ascension de la montagne. Le soldats étaient épuisés et plus du quart de la troupe avait été décimée depuis le début de la poursuite. Si l'ancien roi Louis et ses amis avaient pris le temps de s'organiser un minimum pour cette aventure, la troupe, qui ne s'attendait pas à devoir continuer les recherches jusque dans des contrées si reculées n'avait sur le dos que leur maigre équipement adapté au climat de Mésancourt. Et si les villageois de la côte avaient tous contribué à la capture des fugitifs grâce à la forte somme de récompense, les villageois des montagnes, eux, n'avaient que faire de l'argent et vivaient en autarcie et ils n'appréciaient visiblement pas d'être dérangés pour des affaires dont ils n'avaient que faire. Pourtant le général des armées avait aperçu dans l'une des habitations un petit gilet d'enfant et il était certain d'y avoir vu le sceau royal, juste au coin de l'encolure. Ses yeux étaient allés du gilet au chef du village puis étaient revenus sur le gilet. Enfin il sortit de la maison et donna l'ordre de sonner la retraite. Un capitaine de division vint lui demander la raison de ce changement d'idée.

 

-Nous ne pouvons pas rentrer général. Les ordres de la reine Adélaïde sont clairs, nous devons poursuivre les fugitifs jusqu'à ce que nous les attrapions ou que nous puissions ramener leur cadavre.

 

Le général serra les dents. Ce capitaine était un homme stupide et avide de richesse et de gloire. Cet imbécile avait encore les yeux rouges de son échec à Rakjav. Il avait eu une information capitale sur la présence des fugitifs et sa soif de pouvoir avait tout fait rater. Le général ne savait pas ce que le druide avait utilisé pour leur défense, mais cela était drôlement efficace et il s'était réjoui secrètement de voir le capitaine souffrir pendant des jours et des jours de cette poudre inconnue.

 

-Capitaine, regardez autour de vous. Le quart de nos hommes sont morts dans cette quête. Ceux qui restent sont gelés, fatigués et morts de faim. Jamais ils ne passeront l'hiver si nous persistons dans cette voie. Dois-je vous rappeler combien d'amputation notre médecin a-t-il déjà effectué?

 

-Ces gens sont morts ou blessés pour le royaume. Leur famille en sera honorée.

 

-Allez le dire à leur mère capitaine. En attendant, nous faisons demi-tour, nous rentrons à Rakjav et nous reviendront dès les premiers signes du printemps. De toutes manières, les fuyards, si ils ne sont pas déjà à l'abri, vont eux aussi devoir s'arrêter pour l'hiver.

 

-La reine Adélaïde a expressément demandé...

 

-Ici, capitaine, vous êtes sous mes ordres et je prends la responsabilité de cette action. Si nous persistons, nous n'en retirerons rien. Nous serons bien plus efficaces lorsque nos hommes seront reposés et près à affronter les montagnes. En route!

 

-Sachez général que la reine se verra informée de votre désobéissance.

 

Le général se pencha vers le capitaine et ses yeux le foudroyèrent sur place.

 

-Faites ce que bon vous semble, en attendant, rappelez vos hommes. Nous rentrons.

 

Le capitaine se retint d'ajouter quoique ce soit. Il savourerait sa vengeance lorsque la reine serait informée. Il s'éloigna et commença à rassembler ses troupes. Le général leva les yeux et tomba sur un jeune homme qui, si il avait bien compris était le fils du chef. Celui-ci était dans les bras d'un autre homme et tous les deux avaient suivi toute la scène. Le général s'approcha d'eux et souffla doucement.

 

-Dites au roi Louis que dès les premiers rayons du soleil du printemps, il devra fuir. Les soldats reviendront dès que le passage aura une infime chance d'être dégagé...

 

-Vous risquez gros, général... répondit le jeune homme avec un regard triste.

 

-Ma vocation n'est pas d'assassiner des innocents, mais de protéger mon Royaume. Je pense agir dans cette optique, la neige est un bon prétexte. N'oubliez pas, dès les premiers rayons!

 

Puis il s'éloigna et le détachement de l'armée de Mésancourt s'éloigna des montagnes. Avant la fin de l'hiver, le général fut exécuté pour trahison, le capitaine fut promu commandant.

 

Les semaines s'écoulèrent doucement au fin fond de la montagne, au rythme des chutes de neige et des fortes rafales. Les quelques mois passés là haut furent comme un arrêt du temps pour les amis qui purent enfin se reposer un peu et commencer leur deuil. Les premiers jours furent remplis d'un grand vide. Il n'y avait plus de raison de fuite et les heures semblaient s'étirer le plus possible, entrainant Louis et Lothaire dans une spirale de douleur assez difficile à supporter. Les pertes de leur proches revenaient tels des boomerangs et le contre coup était sévère. Mais encore une fois, ce fut la vie qui l'emporta. Accompagnés des cris de joie des deux garçons, qui s'étaient fait de nouveaux amis et qui découvraient avec ravissement ce que la neige pouvait offrir comme jeux, les jeunes gens réapprirent à sourire doucement. Louis et Arion, qui partageaient des grossesses très rapprochées furent rapidement complices, contemplant leur ventre s'arrondir en symbiose et Elyann, après avoir comprit que son amant ne risquait rien, fut un hôte charmant et attentionné. Ernest, quant à lui, découvrait jour après jour de nouvelles plantes et partageait avec Erhun divers recettes qui allait de la cuisine aux décoctions médicinales en passant par les potions de guerre, comme celle utilisée à Rakjav.

 

Peu à peu, alors que chacun adoptait cette nouvelle vie, rythmée de feux de cheminées, de repas de fêtes et d'enseignements des métiers montagnards aux citadins, l'hiver laissa place aux premiers jours agréables et la neige commença à fondre. C'est avec le cœur lourd que les bagages furent préparés et que les adieux furent fait. Erhun leur avait indiqué un raccourci qui leur faisait gagner quelques jours et ils atteignirent la ville de Peronne, un des plus grands ports du monde. Là, il y avait peu de risque que quelqu'un les reconnaisse. Louis n'avait jamais un si grand nombre d'habitants réunis en une seule ville et pourtant il avait été à la tête de deux royaumes, sans compter les marins et les voyageurs qui chaque jour, arrivaient et repartaient. Là, ils purent revendre à bon prix tout ce dont ils n'avaient plus besoin ainsi que quelques plantes et décoctions du druide. Ces ventes renflouèrent leurs bourses et leur permirent d'acheter leur place à bord d'un navire qui remonterait le long fleuve de Pansor et les déposerait aux portes de la Castille.

 

La nuit fut passée dans une petite auberge adjacente au fleuve et Louis eut du mal à trouver le sommeil, il frémissait d'impatience à l'idée de retrouver la terre de ses ancêtres et sa famille. Il était heureux de pouvoir présenter son fils à son père et à son frère.

 

Le lendemain, ils embarquèrent sur un petit navire marchand s'installèrent dans des petites cabines prévues à cet effet. La traversée dura quelques jours et la mer fut calme. Les garçons s'émerveillaient de voir des poissons qui accompagnaient le bateau pendant que Louis rendait ses tripes dans les cuvettes prévues à cet effet. Si il n'avait habituellement pas le mal de mer, il semblait que ça ne soit pas le cas de l'enfant qu'il portait. C'est donc avec un grand soulagement qu'il posa les pieds sur la terre ferme.

 

Ils prirent la route mais rapidement, ils découvrirent un paysage de désolation. La végétation avait était calcinée, la population semblait avoir fui et au fur et à mesure qu'ils avançaient, les dégâts se faisaient plus considérables encore. Ils purent même distinguer des corps gisants dans les bas-côtés. Alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer dans la capitale, un groupe de jeunes cagoulés leur firent barrage, les menaçants avec leurs armes. Souhaitant éviter le conflit, le groupe suivit sans résistance. Et Louis fut surpris de constater qu'ils se dirigeaient vers son ancien château. Une fois à l'intérieur, ils furent réunis dans la grande salle qui avait été transformée en quartier général des opérations. Un homme cagoulé s'écarta du groupe et sortit de la pièce pour revenir un peu plus tard, accompagné de celui qui semblait être leur chef. Louis eut un hoquet de stupeur.

 

-JEAN!

 

Le monarque écarquilla légèrement les yeux en entendant son nom crié et s'approcha du groupe.

 

-Qui... LOUIS?!

 

Les armes furent aussitôt baissées et les deux frères se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Rapidement quelques larmes firent leur apparition.

 

-Mais enfin que fais-tu là? On m'a dit... je te croyais mort!

 

-Non, je vais bien! Ca va, je te promets!

 

-Oui... oui je vois ça! Ajouta Jean en baissant les yeux sur le ventre gonflé de son petit frère.

 

Louis rougit et se tourna vers ses amis.

 

-Viens avec moi, il faut que je te présente mes amis.

 

Les retrouvailles furent émouvantes pour les deux hommes et Jean fut ravi de rencontrer les personnes chère au cœur de son frère. Lorsqu'il fut devant Henri, ses yeux pétillèrent de joie.

 

-Bon sang, comme il te ressemble, souffla-t-il.

 

Louis acquiesça doucement, un sourire aux lèvres. Mais rapidement le sujet devint plus grave.

 

-Que s'est-il passé Jean? Pourquoi sommes-nous en guerre?

 

La mâchoire de l'aîné se contracta.

 

-Tout est allé très vite... nous avons reçu un avis de déclaration de guerre de la part du royaume de Mésancourt en même temps que nous avons appris ta mort et celle de ton époux... Sous le pretexte fallacieux que vous auriez conspiré avec leur ennemi... je n'ai pas les détails, tu penses bien qu'ils se sont abstenus de tout commentaire. Nous avons envoyé trois diplomates pour tenter d'éclaircir la situation et si possible d'apaiser les tensions, mais seulement un d'entre eux revint, avec les têtes de ses compagnons de route pour réponse. Le mois suivant, les troupes de Mésancourt pénétraient la Castille.

 

Louis était horrifié à l'entente de ces paroles. Adélaïde voulait donc à ce point se venger de lui? Au point de détruire tout ce qui avait pu compter de près ou de loin à ses yeux. Une vague de haine déferla dans ses veines.

 

-Mais... et nos alliés?

 

-L'attaque fut si rapide et si inattendue que personne n'a rien pu faire. En quelques mois, les trois quarts du territoire sont tombé entre leur mains... c'est un miracle que nous ayons tenu aussi longtemps.. je ne pense pas que nous pourrons faire face encore très longtemps.

 

Un lourd silence s'installa dans le petit salon dans lequel ils s'étaient installés. Mais Jean repris la parole d'une voix enjouée.

 

-Mais tu es vivant Louis et rien que pour cette raison, cela valait la peine de se battre jusqu'à aujourd'hui...

 

-Quel gâchis... Cette femme est le diable en personne...

 

-Elle ne semble pas avoir de limite... Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais elle t'en veut drôlement! lança Jean d'un ton faussement amusé.

 

-Elle est... elle était amoureuse de Philippe. Ou du trône... peut être les deux, qui sait. Quoiqu'il en soit, elle n'a pas supporté de ce faire voler la place... et elle m'en fait payer le prix depuis...

 

-Je suis désolé pour ton époux, petit frère. Notre rencontre n'a pas été des plus... cordiales, mais tu m'as montré par tes lettres qu'il avait su se racheter par la suite. Et si j'en crois ce que je vois en te voyant avec ton enfant et un deuxième en route, je ne peux que te croire... j'aurais aimé pouvoir faire table rase avec lui...

 

Louis lui rendit un petit sourire. Mais Jean ne lui laissa pas le temps de répondre.

 

-Tu dois partir, Louis.

 

-Comment? Mais pourquoi? Je suis chez moi ici!

 

-Je sais petit frère, ici tu seras chez toi plus que partout ailleurs. Mais je te l'ai dit, nous allons perdre cette guerre... très bientôt! Si tes amis de Mésancourt t'ont poussé à t'enfuir, ce sont pour des raisons tout à fait valables. C'est pour ces mêmes raisons que je te demande de partir. En sauvant ta vie, tu préserves les héritiers de Mésancourt, mais aussi ceux de la Castille. Fais le pour moi Louis. Pour que ma mort ne soit pas veine.

 

-Quoi, mais que dis-tu?!

 

-Je n'ai pas l'intention de me rendre Louis. Et je n'ai pas l'intention d'être un prisonnier que ton Adélaïde de malheur pourra exhiber au yeux de tous pour marquer sa victoire et sa domination. Je ne leur donnerai pas cette joie. Si je dois mourir, ce sera pour mon royaume... comme notre père avant moi.

 

Louis baissa la tête. Il avait bien évidemment deviné que son père été décédé. Non seulement parce que jean portait la couronne de souverain mais aussi et surtout parce que si son père n'avait pas déboulé dans la salle principale dans les cinq minutes après son arrivée pour le serrer dans les bras, cela ne pouvait être que pour cette raison. Néanmoins, il ne put s'empêcher de verser une larme.

 

-Comment... que lui ait-il arrivé?

 

-Les premiers combats ont été les plus sanglants. Nous n'étions pas préparés, les villageois se faisaient massacrer, violer, torturer. Père n'a pas supporté et a monté une première armée d'urgence et est parti avec eux. D'après le peu de survivant, cela a été un véritable massacre. Ils n'ont pas eu une seule chance de ne serait-ce qu'effrayer un peu les soldats qui leur faisaient face. Seuls une cinquantaine d'hommes sont revenus parmi les milliers envoyés, tous plus traumatisés les uns que les autres. Père n'en faisait pas partis... Il semblerait que les consignes de cette Reine de pacotille soient claires. Aucune pitié, aucun survivant...

 

Louis hocha doucement la tête et ravala un sanglot.

 

-Je suppose que si je te demande de venir avec moi, tu n'en feras qu'à ta tête?

 

Jean sourit doucement et serra son frère dans ses bras.

 

-J'ai été plus qu'heureux de te revoir petit frère. Te voir en bonne santé et avec une chance d'avenir me permettra de mourir serein. Mais je ne compte pas faciliter la tache à cette garce. Je me battrai jusqu'à ce que je ne tienne plus debout. Vous passerez la nuit au château. Demain, vous partirez, je vais faire affréter un navire. Il est assez petit et très maniable. Ils vous emmènera à bon port. Adélaïde contrôle la plupart de nos terres mais cette petite idiote ne doit pas y connaître grand chose à la guerre car elle a laissé nos fleuves libres.

 

Les discussions finirent tard dans la nuit, les deux frères voulant profiter un maximum du temps passé ensemble avant une nouvelle déchirure. Et au petit matin, ils se dirent adieu sur un petit ponton de bois, les larmes aux yeux. Jean avait confié à Louis un certain nombre d'objets de valeur de la famille De Castille pour éviter qu'ils ne tombent en de mauvaises mains et le chargement était donc bien plus importants qu'à leur arrivée. Il lui avait également remis une forte somme, qui, selon Jean, lui serait bien plus utile qu'à lui.

 

Jean leur avait conseillé de suivre l'est pour se rendre en Orianda. Ce pays n'avait pas d'accord quelconque avec la Castille, mais il n'en avait pas non plus avec Mésancourt. Il était suffisamment neutre pour ne pas les reconnaître, ou, même dans le cas ou ils seraient reconnus, ne pas les dénoncer et surtout, son armée était suffisamment puissante pour faire réfléchir à deux fois avant de tenter une attaque. Si ils n'étaient pas arrêtés en cours de route, jamais personne ne saurait que le véritable roi de Mésancourt et ses deux héritiers s'étaient réfugié là bas. Louis serra un long moment son frère contre lui avant de monter à bord et l'ancre fut relevée. Jean regarda son neveu, son frère et ses amis s'éloigner doucement de la rive, priant pour qu'il ne leur arrive rien. Ce fut leur dernière rencontre. Le roi Jean de Castille périt quelques jour plus tard lors de l'assaut de son château. Les biens furent distribués au vainqueurs, la Castille fut rayée de la carte.

 

 

Et voilà, nous sommes à la fin de la 2ème partie de Royale destinée. Il restera deux parties, mais comme je vous l'ai déjà dit, je fais un petit break de cette histoire. Je ne fais que ça depuis mars et je commence à saturer sérieusement (je pense que ça s'est vu dans les derniers chapitres... pardon pour ça aussi...). J'ai besoin de prendre un peu de recul avant d'y revenir et surtout, j'ai mes autres fictions qui attendent sagement que je veuille bien m'occuper d'elles... et elles m'ont manqué. Ainsi que de nouveaux projets qui bouillonnent dans ma p'tite tête!


Je vous dis à bientôt et n'hésitez pas à me donner votre avis!

Bisous!

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Vendredi 23 octobre 5 23 /10 /Oct 19:27

Edit du 24/10/09

Tout le monde s'en fout mais le 13 octobre, ce blog fêtait ses 2 ans.... eh ben, si on m'avait dit ça...lol


Bon, vu l'abyssal retard que j'ai, je ne vais pas attendre dimanche pour poster la suite.

Donc ce chapitre n'est pas relu, pas corrigé, pas... tout ce que vous voulez.

Encore une fois je m'excuse platement pour ces longues semaines d'absence. Il reste donc un chapitre pour cette 2ème partie après laquelle je ferai une pause pour cette histoire. Je ne vous le promets pas pour dimanche prochain, c'est pari impossible, mais promis, je fais au mieux.

 

Une fois Royale Destinée en pause, je terminerai mes autres fics et enfin je pourrai commencer mes nouvelles histoires.

J'espère que le programme vous convient.

 

Merci à ceux qui sont encore là, merci à ceux qui postent, merci à Skorpan (je veux la suite de ta suite de ma fic!!!...euh, c'est compréhensible?!!...lol). Je vous invite à lire l'article précédemment posté (intitulé « retard ») car j'y ai mis quelques édits où j'explioque certaine choses, pour ceux que ça intéresse. Je ne vous laisse pas languir plus longtemps.

Très bonne lecture à tous!

 

La marche se fit en silence. Louis avait pris la tête, tenant Henri contre lui et se tournait de temps en temps pour surveiller son ami qui suivait en silence, le visage pâle et défait. Suzanne marchait à ses côtés avec Hector dans les bras. Louis avait l’impression que son cerveau s’était mis en pause de tout sentiment. La seule chose qui comptait pour le moment était de trouver un endroit sûr pour la nuit. Il avait complètement occulté les évènements de la journée pour éviter de s’écrouler sur place. Au lieu de cela, il avançait un pas après l’autre, sans interruption autre que les brefs coups d’œil jetés en arrière. Au bout d’un petit moment, Suzanne le rattrapa et lui demanda où il les emmenait.

 

-Dès demain nous prendrons la route mais aujourd’hui, il est trop tard. Je pense que nous ne serons pas en sécurité tant que nous serons entourés d’habitations. La somme pour notre capture est élevée. Pas un paysan ne passerait à côté, chaque personne que nous croiserons sera donc un danger potentiel. Il faut que nous allions dans un endroit où personne ne va jamais.

 

-Je ne connais aucun endroit qui soit totalement isolé de la population, Louis. reprit Suzanne après quelques instants de réflexion.

 

Pour la premières fois en plus de deux heures de marches, Louis s’arrêta. Il régula sa respiration et remonta Henri contre lui.

 

-Je pensais aller chez le druide…

 

Lothaire qui les avait rejoint ouvrit la bouche pour la première fois depuis leur départ.

 

-Tu oublies que les gardes sont déjà allés chez le druide. Tu m’as dit toi même que la maison avait été dévastée dans un premier temps et abandonnée par la suite.

 

-Je sais bien, Lothaire… mais je crois… je pense que puisqu’ils ont déjà fouillé et retourné cet endroit, il n’y reviendront pas. C’est sûrement le dernier endroit où ils s’attendent à nous voir… Et honnêtement, à part là, je ne vois pas du tout où aller. Je ne connais que très peu de monde qui ne vive pas au château… Et puis, c’est juste l’histoire d’une nuit… Qu’en pensez-vous ?

 

Lothaire hocha la tête doucement.

 

-Tu as sans doute raison. De toutes manières, nous n’avons pas le choix, la nuit va tomber et cela serait de la folie de rester dehors avec les garçons. Et je nous vois mal allumer un feu avec le monde qui nous recherche...

 

La marche repris son cours, toujours en silence et la petite troupe finit par atteindre la maisonnette autrefois habitée par le druide. Ils restèrent tous les trois un instant immobile sur le seuil, n'osant troubler la quiétude du lieu. Louis se demandait où les meubles avaient pu être emmenés. Il ne restait rien qui aurait pu prouver la présence récente d'un être humain à cet endroit. Lothaire et Suzanne s'assirent dans un coin et les deux garçons se retrouvèrent avec plaisir.

 

-Je vais vous laisser un peu seuls, dit Louis, je te présente toutes mes condoléances et toutes mes excuses Lothaire... sincèrement.

 

-Tu n'y es pour rien, Louis... absolument pour rien. Répondit Lothaire d'une voix morne.

 

Louis, peu convaincu hocha la tête et, ne voulant pas les déranger plus longtemps, sortit de la maison.

 

-Ne t'éloigne pas trop, lui lança Suzanne, et sois bien prudent.

 

Louis referma la porte derrière lui et fit quelques pas, respirant profondément l'air pur de la forêt et fermant fort les yeux pour empêcher ses larmes de couler. Cette journée resterait gravée au fer rouge dans sa mémoire. Il fit quelques pas mais à peine avait-il atteint la margelle du puis qu'un bras le ceinturait et qu'une main bloquait sa bouche. Louis fut rapidement trainé vers la forêt, hors de vue de quelconque habitant de la maisonnée. Louis sentit la terreur revenir au grand galop et ce fut comme ci toutes les émotions de la journée remontaient en lui et explosaient sous forme d'une haine sans nom et d'une violence qu'il ne se connaissait pas. Il se mit à se débattre de toutes ses forces, se tortillant, lançant ses coudes, ses pieds et sa tête dans tous les sens, cherchant à atteindre n'importe quel point du corps de l'homme qui le retenait. Son assaillant sembla un premier temps surpris de cette brusque réaction mais se ressaisit rapidement en resserrant sa prise. Il sembla à Louis que son agresseur lui disait quelque chose mais c'est comme si il avait perdu ses sens et continuait à se débattre avec fureur. Enfin il mordit férocement la main qu'il avait à portée, frappa un violent coup de coude en plein milieu des côtes et sentit son corps libéré de l'étreinte. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, il s'effondra, n'étant plus porté par ses jambes. Mais immédiatement, l'adrénaline agissant toujours, il se saisit de la première branche qu'il trouva et se releva en se retournant et en assenant un coup sur la tempe de son ennemi le plus fort possible. L'homme s'effondra dans un grand cri mais lorsque Louis s'approcha de lui en levant sa branche, prêt à frapper une seconde fois, l'homme leva la main en signe de protection.

 

-Louis!

 

Louis s'immobilisa. Il connaissait cette voix. La branche toujours prête à s'abattre et tous les sens en alerte, Louis s'approcha du corps agenouillé de l'homme et lorsque celui-ci releva sa tête ensanglantée, Louis eut un hoquet de stupeur.

 

-François?

 

-Lui même... heureux que vous vous en rendiez compte avant de m'achever...

 

Louis laissa tomber la branche et tomba à genoux à côté du duc, passant ses bras autour de ses épaules.

 

-Je suis désolé, je suis désolé... mais que faites-vous ici? Vous m'avez fait peur, j'ai cru... j'ai cru... je suis désolé, pardonnez moi...

 

François posa une main sur son épaule et de l'autre, tenta d'essuyer le sang qui maculait une partie de son visage.

 

-Ça va... les plaies au crâne sont souvent impressionnantes, mais celle ci devrait être sans gravité... quoique j'avoue que vous ne m'avez pas raté. Vous avez drôlement progressé en combat rapproché...

 

-Je...je vous demande pardon! Venez, nous allons vous soigner...

 

Mais François se releva en secouant doucement la tête.

 

-Non Louis, je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis venu ici en espérant vous trouver, mais je dois vite retourner au château.

 

-Comment avez-vous su que nous viendrions ici?

 

-J'ai appris à te connaître Louis et je savais que tu chercherais à joindre Lothaire... je savais aussi que vous ne pouviez pas rester bien longtemps chez eux... j'ai appris pour ses parents, transmet lui toutes mes condoléances.

 

Louis hocha la tête.

 

-Peut-être aurais-je du venir vous trouver d'abord?

 

-Vous seriez mort! Les soldats sont venus chez moi avant de se rendre compte que vous étiez parti chez Lothaire. Cette décision vous a sauvé la vie.

 

-Ce n'était pas une décision, j'étais paniqué, je ne savais pas où aller, il est la seule personne qui m'est venu à l'esprit... et maintenant sa famille est aussi détruite que la mienne... quel glorieux roi je fais....

 

-Louis... je suppose que ce que je vais vous dire ne changera rien à l'idée que vous avez de vous même... mais lorsque les gardes étaient chez moi, je les ai entendu parler. Les ordres sont sans appel, Henri et vous êtes recherchés morts ou vifs. Et si vous êtes tués, vos cadavres doivent être ramenés comme preuve. Si Lothaire et son épouse étaient restés chez eux, leur sort aurait été le même. Adélaïde ne veut personne en travers de son chemin...

 

-Oui et la reine l'a bien aidé... répliqua Louis, haineux.

 

-Hmm... je ne sais pas... Je crois que la reine avait fini par prendre son parti de vous voir au pouvoir... Certes elle ne vous aimez pas, et c'est peu de le dire, mais elle savait que Philippe vous aimait...

 

-Elle était à ses côtés François... quand ils l'ont...

 

Louis s'interrompit pour éviter de fondre en larmes une fois de plus.

 

-Louis... je n'excuse en rien son comportement... mais Philippe pensait qu'elle était manipulée par Adélaïde et très honnêtement je le pense aussi. Adélaïde lui donne l'impression qu'elle a du pouvoir, mais c'est elle qui tire toutes les ficelles. Elle contrôle son petit monde et si vous n'étiez pas arrivé au château, je peux parié que Philippe aurait fini par tomber dans ses filets, lui aussi... C'est elle le cerveau et la reine est dépassée par les évènements. Je peux jurer sur ce que j'ai de plus cher qu'elle n'aurait jamais permis que Philippe soit...qu'on lui fasse du mal.

 

Louis hocha la tête doucement. La douleur était palpable chez les deux hommes.

 

-Suivez moi, reprit François.

 

Ils s'enfoncèrent un peu dans la forêt et François lui désigna une monture particulièrement chargée.

 

-J'ai pris tout ce que j'ai pu, mais je ne pouvais pas me permettre de prendre un autre cheval, cela aurait été trop évident. J'espère que cela suffira. Vous avez des vêtements chauds, de la nourriture, quelques armes et j'ai aussi pris un sac d'écus. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour tout votre voyage, mais c'est un début...

 

-C'est... merci beaucoup, François, c'est déjà bien plus que nous ne pouvions espérer.

 

-Vous ne devez pas trainer. Les gardes sont à vos trousses et ils ratisseront chaque centimètres de cette forêt.

 

-Nous partirons demain dès l'aube, mais cette nuit, nous avons besoin de repos. Je pensais rejoindre...

 

-NON! Surtout ne me dites rien. Comme cela, même si je dois être interrogé, je ne pourrais rien révéler.

 

-François, vous devez venir avec nous! Vous êtes... vous étiez le meilleur ami de Philippe, vous serez en danger si vous restez là. Vous l'avez dit vous même, Adélaïde ne permettra à personne de se mettre sur son chemin.

 

-J'en suis bien conscient mon ami, mais jamais je ne laisserai cette vipère mettre la main sur Mésancourt sans réagir. Mon père fait partie des Grands de ce monde et il siège au conseil des ministres, Adélaïde a suffisamment besoin d'eux pour que je ne sois pas trop inquiété pour le moment. Mais une chose est sûre, je ne lui faciliterai pas la tache.

 

-Votre patriotisme est au moins égal à celui de Philippe...

 

-C'est un bien beau compliment que vous me faites, mon ami.

 

-Je suis un lâche... je ne devrai pas fuir de la sorte.

 

-Vous faites la chose la plus raisonnable pour le moment. Philippe ne me pardonnerait pas si je vous laissais exposé au danger de la sorte. N'oubliez pas que vous êtes l'héritier légitime et que vous avec avec vous le dauphin de la couronne. Tant que vous serez en vie, Adélaïde n'aura pas une vraie légitimité sur ce trône. Elle le sait et n'aura aucune pitié si elle vous découvre. Un jour, Louis, un jour vous reviendrez pour reprendre la place qui vous est due et ce jour la, vous pourrez me compter parmi vos alliés, soyez en certain. Mais en attendant, vous devez partir. Loin d'ici, le plus loin possible et élever votre fils dans le respect des traditions de Mésancourt pour qu'il soit prêt à son tour. C'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour que le décès de Philippe ne soit pas vain...

 

Louis, ému, ne put répondre quoique ce soit. François reprit doucement.

 

-Comment va Henri?

 

Louis haussa les épaules.

 

-Je suppose qu'il ne se rend pas vraiment compte de la situation... Je... je ne sais pas quoi faire, si je dois lui parler ou laisser les choses venir... Il finira par me poser des questions sur ses origines et...

 

Une main sur son épaule l'interrompit.

 

-Vous trouverez. Au moment venu, vous saurez quoi faire. Ne vous en faites pas, vous êtes une excellent père... Je dois y aller maintenant ou mon absence sera trop remarquée. Et n'oubliez pas, Louis, que vous avez une autre vie que la votre à protéger. Je préfère vous savoir loin et en sécurité que proche et en danger. Tant que j'aurai la certitude qu'un descendant légitime de Mésancourt vivra, alors tout espoir ne sera pas perdu. Allez maintenant!

 

François avait déjà amorcé son départ quand Louis le retint et l'attira contre lui pour le serrer fortement.

 

-Vous êtes un homme bien Monsieur le Baron de Devrant. Je l'ai su dès le premier jour où je vous ai rencontré. Promettez moi d'être prudent.

 

-Je vous le promets.

 

François déposa un baiser sur le front de Louis et s'éloigna à vive allure. Louis le regarda s'éloigner avec la quasi certitude que jamais il ne le reverrai. Puis lorsqu'il eut complètement disparu de son champs de vision, il s'approcha du cheval et attrapa sa longe pour le ramener auprès de ses amis et de son fils.

 

Malgré la fatigue cumulée, la soirée fut longue ce soir la, dans la petite chaumière. Louis, Lothaire et Suzanne firent un bilan des évènements et tentèrent de démêler le vrai du faux. Puis ils prirent la décision de la destination finale. Allumer un feu leur était impossible au risque de signaler leur présence et le froid et l'humidité de la forêt n'aidaient pas à l'endormissement. Heureusement, les fourrures apportées par François étaient épaisses et les couvertures chaudes. Ils formèrent un cercle serré et fermé au milieu duquel dormait profondément les deux jeunes enfants. Ainsi, ils se tenaient chaud et se réconfortaient.

 

Le lendemain, le soleil se levait à peine qu'ils étaient déjà prêts au départ. Ils se mirent d'accord pour ne pas monter le cheval et lui laisser uniquement le matériel et les provisions pour ne pas le fatiguer inutilement. Les deux jeunes hommes proposèrent bien à Suzanne de prendre place mais elle les rembarra soigneusement. Ce qu'ils pouvaient faire, elle le pouvait aussi, foi de Suzanne! Le chemin s'annonçait long et difficile, et l'avenir incertain.

 

Et le périple commença.

 

L'avancée fut difficile. D'un commun accord ils empruntèrent de petits sentiers, évitant les routes trop fréquentées. Ils évitaient également les villages, tentant de se faire le plus discret possible lorsqu'une traversée était inévitable. Mais leur petit groupe était facilement repérable et ils se doutèrent qu'avant la fin de la journée, les gardes seraient prévenus de leur passage. Aussi il s'accordèrent peu de repos malgré la présence de deux enfants en bas âge qui exprimèrent plusieurs fois au cours de la journée leur mécontentement d'être obligés de rester dans les bras de leurs parents. Ils décidèrent tout de même de marquer une pause au moment du repas du midi, laissant les enfants gambader un peu et le cheval souffler. Ils entamèrent les réserves que François leur avait fourni et ils purent faire un bref calcul du temps qui leur restait avant d'être obligés de se mêler à la population pour acheter des vivres. Ils avaient facilement de quoi tenir plusieurs jours et espéraient être suffisamment éloignés du château le moment venu. Malgré le paisible endroit qu'ils avaient trouvé, ils ne s'attardèrent pas et reprirent rapidement la route. Les enfants s'étant endormi, le groupe devint moins bruyant et les trois adultes purent avancer plus rapidement et plus discrètement. Le soir venu, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'il leur fut difficile de tenir encore sur leurs jambes. Ils étaient dans un renfoncement au cœur d'une petite colline boisée et décidèrent de monter un petit campement de fortune. Après une brève hésitation, ils décidèrent d'allumer un feu, pensant être assez éloignés de leurs poursuivants.

 

Mais au milieu de leur frugal repas, ils furent interrompu par un craquement sourd, caractéristique des brindilles sèches qui jalonnaient le bois. Aussitôt, les trois adultes sortirent chacun une arme et s'immobilisèrent à l'affut du moindre mouvement.

 

-Halte, qui vive?! S'écria Lothaire.

 

-Montrez-vous! Reprit-il après quelques secondes d'un silence pesant.

 

Alors, les pas se rapprochèrent et les buissons s'ouvrir, laissant place à un vieil homme en tenue plus que douteuse. Lothaire et Louis restèrent bouche bée tandis que Suzanne passait son regard de l'un à l'autre tentant de repérer si le nouvel arrivant devait être considéré comme ennemi ou ami.

 

-Le druide.... souffla Louis, estomaqué.

 

-Bonsoir, jeune Louis. Je pense que vous pourriez m'appeler Ernest à présent. Après tout, vous et moi avons les mêmes ennemis.

 

-Vous n'étiez pas mort? demanda Lothaire avant de mettre rapidement sa main devant sa bouche sous le regard accusateur de son épouse en se rendant compte de ses paroles.

 

-Pardonnez moi. rajouta-t-il penaud.

 

-Il n'y a pas de mal Monsieur Buys. C'est effectivement ce que j'ai voulu faire croire.

 

-Comment cela? Expliquez-vous. demanda Louis.

 

-J'ai effectivement simulé ma propre disparition en laissant volontairement du sang de porc chez moi afin de faire penser à une mort certaine. Il y a de nombreuses choses que je n'ai pas le droit de vous révéler jeunes gens, sur mes différentes capacités ainsi que certains de mes dons mais disons que j'ai senti le vent tourner pour moi et je savais que je n'avais plus beaucoup de temps avant que les ennuis ne viennent frapper à ma porte... ou plutôt qu'ils viennent l'enfoncer pour m'éliminer.

 

-Aviez vous vu quelque chose pour nous? Aviez vous su que Philippe serait exécute? demanda Louis froidement après quelques secondes de silence.

 

-Cela, jeune Louis, fait partie de ce que je ne peux vous révéler. Sachez tout de même que même si je l'avais su, je n'aurai pu intervenir...

 

-Alors à quoi cela vous sert-il? A quoi bon voir les choses venir si l'on ne peut les changer?

 

-Et qui serais-je, pour juger de ce qu'il faut laisser venir ou non? De quel droit puis-je me permettre de choisir qui je laisse mourir et qui je sauve d'une mort certaine?

 

-Vous... vous auriez pu sauver mon époux! répliqua Louis d'une voix brisée et hargneuse.

 

-Je comprends votre peine et votre colère jeune Louis. Et même si cela n'apaise pas votre chagrin, sachez que j'ai déjà outrepassé mes droits en vous venant en aide la première fois ou nous nous sommes rencontrés. Sans cela, croyez moi, vous auriez perdu beaucoup, très rapidement...

 

-Et à quoi bon, si c'est pour tout me reprendre par la suite?

 

Le druide ancra ses yeux dans ceux de Louis et reprit d'une voix douce en regardant Henri.

 

-Êtes vous certain que vous y avez tout perdu?

 

A son tour, Louis regarda son fils qui lui offrit un sourire de toutes ses dents et un petit coucou de la main. Presque malgré lui, Louis laissa un léger sourire s'inscrire sur son visage.

 

-Expliquez nous ce que vous faites ici.

 

-Je vous attendais. Je souhaite faire route avec vous. Malgré mon âge, je peux vous apporter encore quelques petites aides...

 

-Je suppose que vous avez... vu quelque chose que nous ne pouvons pas savoir...

 

-Vous le saurez très bientôt jeune Louis... très bientôt... répondit le druide avec un petit sourire et les yeux pétillants.

 

-N'êtes vous pas en train d'outrepasser vos fonctions?

 

-Pensez-vous?

 

Louis et le druide échangèrent un sourire complice et tous s'installèrent à nouveau pour le dîner.

 

-Oh et avant que j'oublie, reprit le druide, je vous conseil d'éteindre ce feu dès que vous aurez fini le repas, vous n'êtes pas seuls dans ces collines et les soldats sont juste sur l'autre versant. Ils vont également camper et je ne pense pas qu'il soit assez proches pour apercevoir la fumée, mais vous connaissez le proverbe: « nous ne sommes jamais trop prudents ».

 

Louis, Lothaire et Suzanne acquiescèrent et finirent rapidement de préparer le souper.

 

-Puis-je savoir où vous comptez vous rendre?

 

-Nous voulons atteindre la Castille, c'est sans doute le seul endroit où nous ne risquons rien.

 

-Voila une idée excellente, mais le chemin est long...

 

-Oui, d'autant plus que nous voulons à tout pris éviter les grandes villes. Nous allons donc devoir faire un détour et passer par la montagne et certains cols sont très hauts et très escarpés. La route ne sera pas évidente, mais cela sera toujours moins risquer que de se faire repérer.

 

-Il va vous falloir du matériel.

 

-Nous en avons déjà un certain nombre grâce à François de Devrant, mais nous comptions nous arrêter dans la dernière grande ville avant la montagne pour acheter les derniers préparatifs. D'ici là, nous espérons avoir pris suffisamment d'avance pour pouvoir nous mêler à la population le temps de quelques achats. Ensuite, nous ferons une escale en ressortant des montagnes, pour refaire le plein de provisions, la ville la plus adaptée me semble être Rakjav. De là, nous pourrons remonter le fleuve Pansor qui nous mènera jusqu'aux portes de la Castille.

 

-Je vois que vous avez pensé à tout.

 

-Je pense à une chose, intervint Suzanne, sur la route des montagnes, nous allons devoir traverser de petits villages. Nous serons certes mieux protégés des soldats, mais n'avez-vous pas entendu parlé de ces villageois qui vivent reclus. On dit qu'ils sont violents et sauvages...

 

-Ne t'en fait pas, dit Lothaire, nous sommes plusieurs et nous savons nous défendre. Si nous ne les cherchons pas, il n'y a pas de raison qu'ils s'en prennent à nous... et quand bien même ils le feraient, je crois pouvoir affirmer que je préfère une bonne raclée de leur part que la douloureuse vengeance que nous réserve Adélaïde...

 

-Je suis d'accord avec Lothaire, reprit Louis. Elle doit être folle de rage de ne pas avoir réussi à nous mettre la main dessus. J'espère simplement que lorsque nous aurons atteint les montagnes, les soldats abandonneront la poursuite.

 

Ce soir la, le repas fut rapidement avalé et les adultes épuisés durent se battre pour endormir les deux garnements qui eux, avaient gardé toute leur énergie en réserve avant de pouvoir sombrer dans un sommeil léger et agité. Le lendemain, ils furent à nouveau prêts au départ avant que le soleil ne soit levé et prirent la route. Forts de leur expérience de la veille, ils laissèrent à plusieurs reprises les deux garçonnets marcher seuls à leur côtés pour qu'ils se dégourdissent les jambes, quitte à prendre un peu de retard.

 

Les jours se succédèrent, anormalement calmes vu les évènements. Et même si la menace restait présente dans l'esprit de chacun, l'expédition aurait presque pu passer pour des vacances. Les journées étaient longues et fatigantes, mais le soir, autour d'un feu allumé juste le temps de cuire le repas, l'ambiance se faisait plus détendue, les parents câlinant les enfants à l'écoute des histoires du druide, toutes plus farfelues les unes que les autres.

 

-Crois-tu qu'elles son véridiques? demanda un jour Lothaire à son ami, discrètement.

 

-Je n'en ai aucune idée, pouffa Louis, à l'entendre raconter tout cela, on pourrait croire qu'il a vécu neuf vies entières... mais Henri est toujours captivé par ses histoires et encore davantage par ses tours de magie. Je pense qu'il nous fait du bien, à tous...

 

Lothaire acquiesça, un petit sourire aux lèvres. Les plaies étaient loin d'être cicatrisées, mais les jeunes gens avaient l'impression que la distance aidait à surmonter la peine. Chaque jour les rapprochaient un peu plus du pied des montagnes où ils espéraient être enfin débarrassés de leurs assaillants. Enfin, ils arrivèrent en vue de Karjav, dernière étape avant l'ascension, mais étape cruciale car il leur faudrait se mêler à la population, qu'ils évitaient consciencieusement depuis le début de leur périple, pour se réapprovisionner. Chacun espérait qu'ils avaient pris suffisamment d'avance sur les gardes pour avoir le temps d'effectuer tous leurs achats et de se réfugier dans les hauteurs avant de se faire dénoncer, ou pire, arrêtés pour être livrés.

 

Ce matin la, Lothaire se réveilla doucement, serrant toujours dans ses bras son épouse qu'il avait enlacé avant de s'endormir. Sans bruit, il se glissa hors de leur couverture et la rabattit sur les épaules de la jeune femme. Il vérifia les autres couches et s'amusa de voir le druide ronfler, s'émerveilla de voir les petits garçons presque collés l'un à l'autre et s'inquiéta de constater que Louis n'était pas à sa place. Aussitôt, ses yeux, qui s'étaient habitués à se tenir à l'affut, analysèrent l'horizon et tombèrent sur son ami un peu plus loin. Après avoir vérifié que personne ne rodait autour du campement, Lothaire rejoint Louis qui semblait pensif, le regard dans le vague. Ils étaient au sommet d'une petite bute et la vue était belle, surplombant les champs de récoltes prochaines avec en arrière plan les prémices d'un soleil levant.

 

-Louis, est-ce que tout va bien?

 

Le jeune homme tourna la tête vers lui et lui sourit.

 

-Oui. C'est beau n'est-ce pas?

 

-Oui, magnifique.

 

-La dernière fois que j'ai pris le temps d'admirer la nature, c'était dans la roseraie du château, avec Philippe...

 

Lothaire ne répondit rien, conscient que les mots seraient inutiles à apaiser la peine qui transperçaient dans ces paroles.

 

-Tu sais, j'avais l'impression que Philippe ne m'avait pas vraiment laissé tout seul...

 

Lothaire fronça les sourcils, mais n'eut pas le temps d'exprimer sa surprise.

 

-... et j'avais raison...

 

Le regard du valet descendit et tomba sur la main de son ami qui caressait son ventre, doucement, un doux sourire éclairant son visage.

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 13 septembre 7 13 /09 /Sep 13:10

Bonjour à tous!

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, vous l'avez sous les yeux, c'est ce chapitre, dans lequel vous trouverez la plupart des réponses à vos questions précédentes.

La mauvaise, c'est que j'ai été malade comme un chien toute la semaine (grippe A, vous connaissez?!..lol) et que j'ai pas écrit une ligne donc le prochain chapitre n'est pas écrit et avec mon boulot je ne suis pas sûre de pouvoir le finir pour dimanche prochain. Si tel était le cas, je le publierai dès que je le pourrai, avec toutes mes excuses par avance. Je vous promets quand même de faire tout mon possible....

Et sinon, il reste normalement deux chapitres pour finir la deuxième partie (il ne devait y en avoir qu'un à l'origine, mais je pense qu'il y aura trop de choses à mettre pour un seul chapitre...)

Sur ce, bonne lecture...

 

P.S: avec la maladie dont j'ai parlé plus haut, vous devriez pouvoir deviner où je me trouve actuellement...lol

 

 

A leur arrivée à Mésancourt, Louis et Lothaire constatèrent que la ville était en plein effervescence. Le soleil était à peine levé et pourtant les gens couraient déjà dans tous les sens. Les rumeurs couraient:

 

«une exécution...» «le roi Philippe...» «un traitre...» «impossible....» «j'ai une source qui travail au château...» «les gardes l'ont arrêté cette nuit...» « il tentait d'envoyer des armes à nos ennemis...» «un homme si bon...» «je n'y crois pas...» «la reine elle même l'aurait affirmé...» «il paraissait si attentionné...» «et son époux...» «un étranger venu pour piller nos réserves...» «il avait l'air gentil...» «il faut se méfier de l'eau qui dort...» «alors il serait de mèche...» «j'ai toujours dit qu'il fallait s'en méfier de celui la...» «il serait en fuite, si ce n'est pas une preuve de culpabilité, ça...» «les rue ne seront plus sure tant qu'il n'aura pas été attrapé...» «il doit être loin à l'heure qu'il est...»

 

Lothaire surveillait du coin de l'œil les réactions de Louis, mais celui ci ne réagissait pas. Il se contentait de serrer les poings. De quel droit ces gens le jugeait-il? De quel droit condamnait-ils son époux à une mort certaine? Ils ne savaient rien, rien du tout de ce qui se tramait entre les murs du château. Louis serra les dents. Il ne devait surtout pas intervenir sous peine de se faire remarquer. Aussi il suivit Lothaire dans les dédales des ruelles afin d'atteindre enfin la place centrale de la ville. Cette place qui accueillait aussi bien les marchés et les forains que les exécutions. L'échafaud était déjà monté et Louis réalisa alors à cet instant que ces planches de bois allaient accueillir son époux pour son dernier voyage. Une violente douleur lui vrillât le ventre et il fut incapable de bouger, cherchant à respirer sans se souvenir de la technique. Lothaire, en voyant son ami entrer dans une sorte de crise l'attrapa par les épaules et l'emmena un peu à l'écart, caché entre deux murs. Là, Louis réussit enfin à avaler de grandes goulées d'air. Les larmes lui montèrent aux yeux.

 

-Louis, calme toi, je t'en prie... on va se faire repérer.

 

Louis ferma la bouche et tenta de respirer le plus normalement possible. Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux, qu'il essuya rageusement. Il s'assit par terre.

 

-Qu'est-ce que je peux faire Lothaire? Il y a des gardes partout et j'ai l'impression que toute la population est contre moi.

 

-J'aurai du me douter que tu n'avais pas abandonné l'idée de tenter quelque chose!

 

Louis se redressa, furieux.

 

-Et tu ferais quoi, toi, Lothaire, si Suzanne devait être exécutée sous tes yeux, hein?

 

-Je t'avais dit de ne pas venir, Louis. Tu vas te faire encore plus de mal!

 

-... Je... Je l'aime, tu comprends... je ne peux pas juste tourner le dos et m'en aller... il va être... ils vont le...

 

Un sanglot l'empêcha de continuer et Lothaire le prit dans ses bras.

 

-Je ferai sans aucun doute la même chose que toi, Louis. Mais je sais aussi que dans la situation inverse, tu ferais tout pour que Hector et moi restions en sécurité. Tu ne peux rien faire Louis. A la moindre tentative ils te tomberont dessus... je suis vraiment désolé...

 

A cet instant, résonnèrent au loin des trompettes, annonçant l'arrivée du cortège funèbre. Déjà les badauds s'agglutinaient sur la place et bientôt, elle fut remplie. Lothaire garda ses bras autour de Louis, autant pour le soutenir que pour l'empêcher de faire quelque folie. Soudain, la foule se tut et les regards furent attitrés par des personnes qui s'installaient sur les gradins des «invités d'honneur». Lothaire et Louis eurent le souffle coupé.

 

-Louis est-ce que c'est....

 

-Adélaïde... souffla Louis, abasourdi.

 

-Mais que fait-elle là?! Enfin elle n'était pas....bannie?

 

Louis resta un moment silencieux, la bouche toujours à moitié ouverte sous la surprise, avant de reprendre la parole, en chuchotant.

 

-Je me suis trompé... depuis le début... Lothaire, je me suis trompé de coupable... ce n'est pas la reine, c'est elle!

 

-Oui, tu as rais.... non attends regarde...

 

En effet, peu après Adélaïde, la reine fit son apparition sur l'estrade et s'installa à ses côtés.

 

-Bon sang, elle sont de mèche! siffla Lothaire.

 

Louis toujours sous le choque ne disait rien, mais il sentit son sang bouillir dans ses veines.

 

-Je vais la tuer.... crachat-il avant de se ruer vers l'estrade.

 

Heureusement, Lothaire, qui s'attendait à une réaction de la sorte, le ceintura et lui posa une main sur la bouche pour le faire taire. Puis il l'attira à nouveau dans leur cachette. Malgré quelques regards curieux, le valet était intervenu suffisamment tôt pour éviter d'être repéré. Et les capes à capuches protégeaient leur visage. Il plaqua Louis contre le mur mais garda sa main sur sa bouche.

 

-Es-tu complètement fou?! Tu veux mourir c'est ça?!

 

Les larmes s'ajoutèrent à la haine dans les yeux de Louis et précautionneusement, Lothaire retira ses main de la bouche de son ami, tout en veillant à le maintenir contre le mur.

 

-Louis... regarde la... elle porte la couronne... elle a le pouvoir... même si tu tentais d'intervenir en tant que souverain, tu ne ferais pas le poids.

 

Effectivement, Adélaïde arborait fièrement la parure royale sur sa tête alors que quelque jours plus tôt, elle appartenait encore à Louis. A côté d'elle se tenait un homme d'une forte stature, qui portait la couronne de Philippe. Louis sentit une nouvelle vague de fureur le traverser et Lothaire du le maîtriser à nouveau en le replaquant contre le mur. Heureusement pour lui, Louis n'avait pas sa carrure, ni sa force et il pouvait aisément le maîtriser, même si la colère semblait avoir décuplé ses capacités.

 

-Qui est cet homme? Est-ce que tu le connais? demanda-t-il les dents serrées.

 

Louis jeta un coup d'œil rapide à la scène, tout en maintenant Louis fermement, sentant bien que celui ci sauterait sur la moindre occasion pour tenter de se libérer.

 

-Je crois que oui... si mes souvenirs sont bons... c'est l'oncle d' Adélaïde...

 

-Quoi, le frère de la reine?

 

-Non, le frère du père d'Adélaïde. Cela fait des années qu'il n' a pas mis les pieds à Mésancourt. Il était en très mauvais terme avec le Roi Philippe... avec les deux rois Philippe d'ailleurs... C'est un homme mauvais, avide d'argent et de pouvoir...

 

-Regarde les comme ils jubilent! dit Louis avec hargne.

 

-Oui... quoique... la reine n'a pas l'air très à l'aise...

 

Louis n'eut pas le temps de répondre qu'une nouvelle cargaison de soldats arrivèrent, avec au milieu d'eux, tirant avec eux trois hommes cagoulés.

 

-Non... Philippe...

 

Lothaire renforça sa prise sur Louis alors que les trois hommes étaient placés sur des plates formes, au milieu de l'estrade principale. Le bourreau leur passa la corde au cou et fixa les nœuds.

 

-Louis es-tu sûr que c'est lui? Nous ne voyons pas leur visage... et ils sont très loin...

 

-Ce sont ses vêtements Lothaire...

 

Louis se souvenait de la nuit de sa fuite et du fait que Philippe s'était retrouvé nu et complètement désarmé face à ses assaillants. Il eut la fugace pensée qu'au moins ils avaient eu la décence de le rhabiller.

 

-Oh, pitié, pas ça... bon sang c'est un cauchemar... je vais me réveiller...je vous en prie... gémit Louis, toujours soutenu par les bras de son ami.

 

Louis regarda du côté d'Adélaïde et il put la voir, jubilant, toiser la foule du regard.

 

-Elle me cherche...

 

-Quoi? demanda Lothaire interloqué.

 

-Elle sait que je suis là. Toute cette mise en scène, c'est pour être certaine que je ne raterai rien. Elle savait que je viendrai... elle savait que je n'aurai pas pu faire autrement que de venir... Elle veut me jeter sa victoire au visage... je la hais!!!

 

Lothaire allait répliquer mais l'homme qui semblait avoir épousé Adélaïde se leva et annonça les sentences.

 

-Rénald Criovois, vous avez été jugé coupable de crime contre la famille marchande de Tessin, d'agression sur des agents de la garde royale, d'évasion du pénitencier de Réauvant. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison jusqu'à ce que mort s'en suive.

 

Une acclamation s'éleva de la foule des badauds.

 

-Silvayn Criovois, vous avez été jugé coupable de complicité de crime contre la famille marchande de Tessin, d'agression sur des agents de la garde royale, d'évasion du pénitencier de Réauvant. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison jusqu'à ce que mort s'en suive

 

Une deuxième acclamation s'éleva de la foule.

 

-Philippe de Mésancourt, vous avez été jugé coupable de haute trahison envers le royaume de Mésancourt, envers son peuple et envers sa couronne ainsi que de complicité avec les territoires ennemis. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison, jusqu'à ce que mort s'en suive.

 

Philippe sembla s'agiter un instant en entendant ses paroles, mais un garde lui assena un coup de crosse dans le ventre qui le plia en deux. Et la foule poussa une troisième acclamation qui donna la nausée à Louis.

 

-Ils vont l'exécuter avec des voleurs et des assassins! Il n'est rien de tout ça! Lothaire laisse moi y aller, je dois y aller...

 

Louis se dégagea de la prise de son ami et se précipitât vers la sortie de leur cachette, mais à nouveau, Lothaire fut plus rapide que lui et cette fois ci, il le plaqua contre son torse et remit sa main sur sa bouche. Louis se débattit mais Lothaire tenait fermement sa prise.

 

-Bourreau, à vous. Annonça l'homme sur les gradins.

 

L'homme, s'avança vers le premier prisonnier et abaissa la manette, laissant tomber son corps par la fente sous les hourras de la foule.

Puis il s'avança vers le deuxième et effectua la même manœuvre. Cette fois la foule fut encore plus bruyante et il y eut quelques applaudissements.

Le bourreau s'approcha de Philippe. Louis s'agitait de plus en plus, tentant vainement de se détacher de la poigne de son ami, ne retenant plus ses larmes qui inondaient ses joues. Et criant son désespoir, la main de Lothaire faisant office de barrage.

La main du bourreau se posa sur la manette, puis elle l'actionna. Louis hurla tendit que les jambes de son époux s'agitaient dans le vide, à la recherche d'un soutient qui ne viendrait pas, cherchant en vain à faire entrer un peu d'air dans ses poumons. La main de Lothaire et les hurlements de joie de la foule couvrirent son cri et quelques temps après, les trois corps cessèrent de s'agiter, pour tout simplement pendre au gré du vent. Le spectacle était terminé, chacun pouvait retourner à ses activités.

 

Louis s'écroula par terre et Lothaire l'accompagna. Louis était secouait de spasme et pleurait toujours, mais malgré cela, Lothaire ne le lâcha pas, ni n'enleva sa main avant d'être complètement sûr que plus personne n'était sur la place. Enfin il relâcha doucement sa prise et Louis s'éloigna aussitôt de lui, se collant contre le mur et rendit son repas de la veille. Lothaire essuya ses propres larmes et voulut s'approcher pour le consoler, mais Louis le repoussa du bras, se recroquevillant un peu plus contre le mur en gémissant.

 

-Louis.... reprit Lothaire doucement. Louis je t'en prie... je n'avais pas le choix... s'il te plait, pardonne moi...

 

Mais Louis secoua la tête, toujours gémissant, toujours tremblant, incapable de se relever.

Lothaire jeta quelques coups d'œil autour de lui et décida qu'ils étaient pour le moment suffisamment en sécurité pour laisser un minimum de temps à son ami. A nouveau il s'approcha de lui et s'accroupit à ses côtés, sans pour autant le toucher. Mais au bout de quelques minutes, ce fut le jeune homme lui même qui vint se blottir dans les bras de son valet, seule source de réconfort.

 

-Comment ont-il pu... ils ont applaudit Lothaire... ils ont applaudit la mort de leur roi alors qu'il y a encore quelques jours il était une sorte d'idole pour eux... comment ont-ils pu!

 

-Ce sont les effets de foule, Louis. Personne n'ose contester le pouvoir en place, et les délations seraient nombreuses si ils ne participaient pas aux «encouragements». Alors chacun se laisse entrainer par son voisin... c'est comme cela qu'une foule peut devenir une meute!

 

Louis ne répondit pas et Lothaire n'insista pas. Ils savaient tous les deux que l'Homme pouvait parfois être complètement dénué d'humanité. Lothaire passait sa main dans les cheveux de son ami, attendant patiemment qu'il se calme tout en priant pour ne pas être découvert. Plus le temps passait et plus ils avaient de risque de se faire attraper, mais il ne se résignait pas à secouer Louis alors qu'il traversait à nouveau une terrible épreuve. Tant pis si il devait passer la journée assis dans cette ruelle. Il s'était fait un jour la promesse de toujours être là pour lui et il comptait bien la tenir, quelqu'en soit le prix à payer.

 

Après un petit moment, Louis se releva et redressa la tête. Il essuya ses larmes rageusement, ravala sa haine et regarda son ami droit dans les yeux.

 

-Rentrons, Lothaire. Ils m'ont suffisamment pris, je ne les laisserai avoir mon fils.

 

Le valet souffla de soulagement en entendant les paroles de son ami et ils reprirent le chemin inverse, toujours en restant sur leur garde. Une fois sortis de la ville, le flot de badauds était moins important, chacun étant occupé à sa tache. Malgré cela, le trajet se fit en silence, parfois entrecoupé d'un léger reniflement que Louis, malgré lui, n'arrivait pas à retenir. A nouveau, à l'entrée du village des parents de Lothaire, ils choisirent d'emprunter la foret. Vu l'état actuel des choses, il était bien plus prudent de rester au maximum hors de vue. Louis était plongé dans ses pensées, avançant un pied après l'autre, par automatisme. Il revoyait sans cesse le corps de son époux gesticuler vainement dans le vide, repassant en boucle les évènements, cherchant par quel moyen il aurait pu intervenir. Et malgré tous les scénarios qu'il fomentait dans son esprit, il devait reconnaître que Lothaire avait raison. Il n'aurait rien pu faire, la moindre tentative aurait résulté à son arrestation et, sans aucun doute, à son exécution. Son ami lui avait sauvé la vie, une fois de plus et malgré la douleur qui comprimait son corps, il savait qu'il ne pouvait pas baisser les bras. Un peu plus loin, juste à la sortie du village, l'attendait un petit garçon qui comptait sur lui et désormais, plus rien d'autre ne comptait. Louis passa une main sur ses joues pour effacer ses larmes. Il pleurerait plus tard, lorsqu'il serait en sécurité. Là, il pourrait porter le deuil de son époux, mais pour le moment il devait rester fort, encore un peu. Ses réflexions furent brutalement coupées par une exclamation étouffée de Lothaire. Louis releva la tête sur son ami et constata que celui ci écarquillait les yeux, une main sur sa bouche. Louis suivit des yeux la direction du regard de Lothaire et il sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Un peu plus loin, à l'orée du bois, la maison des parents de Lothaire était en flammes.

 

Après une demi seconde de choc, les deux jeunes hommes se mirent à courir en direction de l'habitation. Ils arrivèrent sur place et Lothaire s'effondra en apercevant le corps de son père, pendu à un poteau au dessus de celui de sa mère qui gisait à ses pieds, égorgée, les yeux grands ouverts, un air de pure terreur inscrit à jamais sur son visage. Il suffisait de regarder ses vêtements pour constater que les personnes qui avaient fait cela ne s'étaient pas contentés de la tuer, il avaient profané son corps et l'avaient torturé. Pour la deuxième fois de la journée, ils étaient confrontés aux pires horreurs que l'être humain est capable d'accomplir. Lothaire rampa en larmes auprès du corps de sa mère et chercha une prise pour pouvoir la serrer contre lui mais plus aucune parcelle de son corps n'était vierge de coup, de trace ou de coupure. Il enfonça donc ses poings dans la terre encore humide et laissa échapper un sanglot. Encore sous le choc, Louis se laissa tomber à genoux à côté de lui et passa son bras autour de son cou, l'attirant contre lui. Lothaire posa ses poings contre sa poitrine et se laissa aller à la douce étreinte de son ami. Mais rapidement il releva la tête et passa doucement sa main sur les yeux de sa mère pour les refermer et posa un baiser tremblant sur son front. Louis le tira de ses pensées macabres.

 

-Lothaire... où sont les enfants?

 

Le valet se releva et regarda autour de lui.

 

-SUZAAAAAAAAANNNNEE......... SUZAAAAAAAANNNNEEE.....

 

Lothaire hurlait à s'en casser la voix tout en effectuant des rotations sur lui même à la recherche du moindre indice pouvant prouver que la jeune femme était encore en vie. Rapidement Louis en fit de même et ils se mirent à appeler ensemble. Ils se fichaient éperdument de pouvoir attirer l'attention sur eux. De toutes manières il semblait évident que ceux qui étaient à leur poursuite savaient où chercher. Plus rien d'autre ne comptaient pour chacun des garçons de retrouver ce qu'il leur restait de leur famille. Après ce qu'il sembla être de longues minutes, Louis aperçut une forme à l'autre bout du terrain, semblant sortir des bois environnants.

 

-Lothaire! Là-bas!

 

-SUZANE!

 

Aussitôt ils se mirent à courir de toutes leurs forces vers la lisière de la forêt et au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient, ils pouvaient distinguer plus clairement la jeune femme. Elle semblait en bonne santé et surtout, elle avait les deux petits garçons dans les bras. Elle se précipita dans les bras de son époux, en larmes. Il la serra fort contre elle et l'embrassa à plusieurs reprises sur la bouche, le front, le nez, la bouche à nouveau.

 

-Tu es vivante, tu es vivante....

 

Suzanne hocha la tête et lorsqu'il la libéra pour serrer son fils dans ses bras, Louis enserra la jeune femme à son tour avant de récupérer Henri. Il vérifia que le petit garçon n'avait aucun séquelle physique et embrassa ses cheveux et son visage, tout à la joie de le retrouver sain et sauf. Après ces intenses retrouvailles, les trois jeunes gens regardèrent la maison qui finissait d'être consumée par les flammes et un peu plus loin, les corps du couple qui les avait accueilli sans la moindre hésitation malgré le danger. Ils avaient payé le prix fort pour cet acte.

 

-Que s'est-il passé, Suzanne? demanda Lothaire d'une voix sourde.

 

-Lothaire....pas maintenant... l'interrompit Louis. Je suis vraiment désolé mon ami. Mais ils vont revenir... il faut partir d'ici et trouver un endroit pour la nuit avant toute chose.

 

Lothaire hocha la tête doucement sans quitter des yeux le paysage apocalyptique qui leur faisait face.

 

-Tu as raison. Mais je ne sais pas où nous pouvons aller, maintenant...

 

-J'ai mon idée là-dessus. reprit Louis. Allons-y.

 

Après un dernier regard en arrière, ils se remirent en route, le cœur lourd. Les seules paroles qui furent prononcés venaient de Lothaire.

 

-Je ne pourrai même pas leur offrir une sépulture décente...

 

 

L'auteur s'éclipse discrètement et est heureuse d'être hors de portée de vos projectiles!

N'oubliez pas que je vous aime!

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 6 septembre 7 06 /09 /Sep 10:10

Bonjour à tous et à toutes!

Et voilà le chapitre 21, rien que pour vous... il ne s'y passe pas énormément de choses. C'est plus un peu un chapitre transitoire, mais il est nécessaire. La plupart de vos questions trouveront des réponses la semaine prochaine!

Bonne lecture!

 

P.S: je tiens quand même à signaler que tous les chapitres de cette deuxième partie n'ont presque pas été corrigés, ou très peu... donc il y a surement pas mal de fautes. Ils ont également beaucoup moins été retravaillés que ceux de la première partie. Il se peut donc que l'écriture soit moins bonne. Mais pas de panique (!!!), ça sera fait au fur et à mesure. De toutes façons, ça ne change rien au fond de l'histoire. C'est juste certaines formulations ou tournures de phrases à modifier. L'important est que la trame de l'histoire ne bougera pas d'un pouce. Et si cela n'a pas été fait avant d'être publié c'est tout simplement que je n'avais pas le temps et que je n'avais pas envie de vous faire attendre trop longtemps...

 

P.P.S: ça y'est mes vacances sont finies...déjà... pfff... retour au boulot demain... pas envie, pas envie, pas envie!!!!

 

 

Une fois séché, Louis enfila quelques vêtements que Lothaire lui avait prêté. Puis il retrouva Suzanne dans sa chambre pour aller chercher Henri. Lui aussi avait été changé et Louis le trouva craquant dans sa tenue de petit paysan. Et il eut un petit sourire en imaginant la tête qu'aurait tiré Philippe si il l'avait vu habillé ainsi. Mais penser à son époux lui fit reprendre conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient et le sourire s'évanouit aussi rapidement qu'il était arrivé.

 

Ils emmitouflèrent les deux garçonnets dans des couvertures légères pour les protéger de la pluie qui tombait à flot sans pour autant les faire étouffer. L'air restait lourd malgré une chute sérieuse des températures.

 

Dès qu'ils furent prêts, Lothaire ouvrit précautionneusement la porte et vérifia les alentours. La brume était encore épaisse et jouait en leur faveur. Rapidement, Suzanne et Louis sortirent à leur tour, chacun portant un petit paquet de lange entre les bras. Ils avançaient le plus vite possible, tout en s'arrêtant à chaque coin de rue pour vérifier d'une part que la route était dégagée et d'autre part qu'ils n'étaient pas suivis. Heureusement, ils réussirent à atteindre la sortie du village sans aucun problème. Le temps et l'heure matinale favorisaient l'absence de toute personne à l'extérieur.

 

Ils continuèrent leur route et ne se permirent de ralentir légèrement l'allure que lorsqu'ils eurent atteint la lisière du bois, qu'ils longèrent en silence. Chacun était trop angoissé et à l'affut du moindre bruit pour pouvoir émettre le moindre son. La marche était assez rapide mais malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir, personne ne tenta de ralentir le pas. Le danger était présent à chaque virage, et chacun priait pour ne croiser personne. La pluie finit par cesser, aussi rapidement qu'elle était venue. Enfin, ils aperçurent au loin le village des parents de Lothaire. Ils leur restait encore à le traverser sans être vu et la tâche ne serait pas aisée. La matinée avait déjà commencé et les premiers artisans étaient sur le point de se mettre au travail. Les paysans partaient aux champs, les femmes sortaient laver leur linge. Lothaire qui connaissait bien les lieux leur donna les explications nécessaires.

 

-Nous ne pouvons pas traverser le village maintenant, nous nous ferions voir bien trop rapidement. Le village est beaucoup plus petit qu'à Mésancourt, les étrangers sont vite repérés. Nous allons devoir contourner les habitations. La bonne nouvelle est que mes parents vivent un peu à l'écart du reste du village, juste à côté du bois. La mauvaise est qu'ils sont à l'opposé de là où nous sommes, il nous faut donc contourner tout le village. Nous allons passer par la forêt, je vous dirai à quel moment il faut être encore plus prudent. Certains sentiers sont beaucoup utilisés par les habitants.

 

Après un hochement de tête de la part de Suzanne et de Louis, Lothaire prit les devants de la marche. Ils durent se cacher une ou deux fois dans les fourrées pour éviter quelques passants, mais dans l'ensemble, ils furent plutôt chanceux et ne firent pas de mauvaise rencontre. Enfin une petite maisonnette en bois apparut dans leur champs de vision. Une femme étendait des draps sur un fil tendu entre deux arbres. Après un bref coup d'œil aux alentours, Lothaire fit signe à sa femme et son ami d'attendre cachés et il courut vers elle.

 

De loin, Louis put observer la femme sursauter en apercevant un homme courir vers elle, puis avoir un grand sourire en reconnaissant son fils et en le serrant contre elle, puis mettre une main devant sa bouche en entendant le succin récit de Lothaire et enfin, tourner la tête en suivant le doigt de Lothaire qui pointait vers eux. Aussitôt, elle hocha frénétiquement la tête et se précipitât vers la maison tandis que Lothaire revenait vers nous.

 

-C'est bon, venez!

 

Tous les trois se mirent à courir le plus vite possible et enfin ils furent à l'intérieur, la mère de Lothaire refermant la porte derrière eux. Un feu de bois brûlait dans l'âtre et Louis harassé, s'écroula devant, toujours serrant son fils contre lui. Suzanne vint le rejoindre et ils restèrent ainsi quelques minutes, épaule contre épaule, laissant leur corps se réchauffer et leur cœur reprendre un rythme normal. Deux petits hommes toujours endormis dans les bras. Lothaire vint les rejoindre peu de temps après et sa mère leur offrit un bol de soupe bien chaude qu'ils avalèrent en silence, mais la tête remplie de question. Une fois vide, les bols furent ramassés.

 

-Ton père est parti vendre quelques armes* du côté de Mésancourt, il sera de retour dans la journée. Vous allez vous reposer et lorsqu'il reviendra, vous nous raconterez ce qu'il se passe. Suivez moi, je vais vous montrer votre chambre, je suis navré, nous n'en avons qu'une à vous proposer pour tous. C'est celle que partageaient Lothaire et sa sœur lorsqu'ils étaient enfants.

 

-Ce sera très bien, merci beaucoup Madame. Dit louis qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'ils étaient partis de chez Lothaire.

 

-Oh, c'est tout naturel... j'aurai aimé vous offrir mieux, votre Altesse, un homme de votre rang...

 

-S'il vous plait! Je vous assure que c'est parfait! J'ai juste besoin... je souhaite juste me reposer un peu et je crois bien que de la compagnie me rassurera de toutes manières.

 

La matrone hocha la tête et les invita à entrer dans la pièce. Celle ci était effectivement assez petite, mais les matelas paraissaient douillets. Louis s'installa d'office sur le plus petit avec Henri pour laisser le plus grand à Lothaire, Suzanne et Hector, sans quoi, il était certain qu'ils le lui auraient proposé. L'épuisement avait fait son entrée et rapidement les jeunes gens se laissèrent aller dans les bras de Morphée. Pour la première fois depuis longtemps, Louis dormit profondément et sans aucune interruption pendant plusieurs heures. Lorsque ses paupières papillonnèrent, le jour commençait déjà à céder sa place à la nuit. Il resta ainsi quelques secondes, le temps de réaliser que, non, ce n'était pas un cauchemar mais bel et bien la réalité, avant de constater que son fils n'était plus dans ses bras. Immédiatement il se redressa, le cœur battant, guettant chaque recoin de la pièce, espérant apercevoir la chevelure blonde de son petit garçon. Ne voyant toujours rien, il se leva et se précipitât sur la porte, l'ouvrant à la volée, réveillant Lothaire et Suzanne en sursaut par la même occasion.

 

Il fit quelques pas dans la pièce principale de la maison et découvrit enfin son fils, assis à côté du petit Hector et face à la mère de Lothaire qui les nourrissait . Au bruit de la porte, les deux garçons tournèrent vers lui et Henri lui fit un grand sourire, dévoilant une bonne partie de ses dents et ce qui ressemblait à de la compote qu'il avait dans la bouche et qui coulait maintenant sur son menton et lui tendit les bras en babillant un « papa! ». Louis traversa la pièce à toute vitesse et prit son fils dans les bras, l'embrassant un nombre incalculable de fois et le serrant contre lui.

 

-Tu es là! Bon sang, j'ai eu une peur bleue...

 

Lothaire et Suzanne arrivèrent derrière lui et Lothaire vint poser un baiser sur la joue de sa mère qui tenait toujours un bol de compote dans les mains.

 

-Je suis désolé monseigneur, les petits se sont levés tous les deux tout à l'heure et j'ai pensé qu'ils auraient faim, je n'ai pas pensé que cela vous contrarierez...

 

Louis secoua la tête.

 

-Non, je... vous n'y être pour rien... vous avez bien fait, c'est juste... quand je me suis réveillé il n'était plus là et j'ai... un peu paniqué... mais vous avez eu raison... d'ailleurs il a l'air de se régaler!

 

Effectivement, Henri, après avoir rendu quelques baisers à son père en le barbouillant de fruit, tendit les bras vers le bol de compote, semblant trouver que les retrouvailles qui coupaient son repas duraient un peu trop longtemps. Louis le reposa à côté de Hector et la mère de Lothaire put continuer à les nourrir.

 

Louis s'essuya les traces de compote et Lothaire vint poser sa main sur son épaule.

 

-Ça va aller?

 

-Oui, oui... je suis désolé, j'ai...

 

-Ça va, ce n'est rien, tu n'as pas à t'en faire, je comprends.

 

Louis lui fit un petit sourire reconnaissant et à cet instant, la porte s'ouvrit sur un homme à la forte carrure.

 

-Bonsoir Monseigneur.

 

-Bonsoir Monsieur.

 

-Bienvenue dans notre humble demeure, c'est un honneur pour nous... même si les circonstances sont tragiques et ne se prêtent pas à la réjouissance.

 

Louis ne répondit pas, se contentant de hocher la tête. A nouveau son cœur semblait être broyé dans un étau. Un léger silence se fit dans la pièce.

 

-Bien, si vous nous expliquiez la raison de votre venue. Les nouvelles de la ville ont l'air d'être très mauvaises. Nous pouvons parler à table si vous le voulez. Vous devez avoir faim.

 

Tout le monde s'installa et les plats arrivèrent. Mais chacun semblait attendre autre chose avant de commencer. Lothaire prit enfin la parole, crevant l'abcès.

 

-Je ne connais que la deuxième partie de l'histoire, Louis... le reste tu ne me l'as que partiellement raconté.

 

Le jeune homme poussa un soupire et entreprit de raconter ses vingt-quatre dernières heures.

 

-Nous nous sommes couchés assez tard hier. Et avec la chaleur que nous avons eu ces derniers jours, je n'arrivais pas à dormir. Aussi quand Henri s'est réveillé au milieu de la nuit, je suis allé le voir et je lui ai donné un peu d'eau. Il y avait... enfin quelque chose me tracassait depuis plusieurs jours et j'ai voulu aller en parler à Philippe... mais quand je suis arrivé dans la chambre...

 

Lothaire posa sa main sur le bras de son ami pour l'encourager à continuer.

 

Le récit continua. Louis expliqua la situation dans laquelle il avait retrouvé son époux et la manière dont il avait échappé de peu aux gardes, puis sa fuite, interminable. Son arrivée chez Lothaire, puis leur mise en route vers leur village, espérant y trouver un abris, au moins pour quelques temps.

Il aborda aussi les doutes qu'il l'assaillaient depuis plusieurs jours. Cette sensation d'être suivi, épié, l'étrange décès du roi, la disparition du druide, les doutes sur sa belle mère.

 

Et il fut écouté, religieusement, par toute la famille de son valet. Même les garçons semblaient comprendre que l'heure était grave car ils ne firent pas un bruit, jouant silencieusement dans un coin de la pièce.

 

Un lourd silence suivit le récit, coupé par les légers reniflements de Louis, qui tentait au mieux de ne pas craquer à nouveau, gardant ses yeux rivés sur son fils pour ne pas croiser les regards de ses hôtes. Puis le père de Lothaire prit la parole.

 

-Voilà qui explique beaucoup de choses. Maintenant je vais vous donner les nouvelles qui sont parvenues à mes oreilles dans la journée, alors que j'allais livrer mes marchandises. Et il n'y a rien de réjouissant, croyez moi. L'arrestation du prince a vite fait le tour des chaumières. Tout le monde en parle et les gardes sont plus présents que jamais dans la ville. Ils sont sans aucun doute à votre recherche Monseigneur.

 

-Mais pourquoi? Je ne comprends pas leur motivation!

 

-Eh bien... ne soyez pas offensez Majesté, mais il semblerait que... votre époux... le roi Philippe II soit arrêté pour... haute trahison...

 

-QUOI? Comment cela haute trahison?

 

-Eh bien... il aurait fourni des informations confidentielles à des pays ennemis, ainsi que des armes leur permettant d'envahir le royaume...

 

-C'EST RIDICULE!!! Philippe serait prêt à sacrifier sa vie pour Mésancourt! Jamais il ne ferait quelque chose qui pourrait porter du tort à son royaume ou a son peuple!

 

-Je suis bien conscient que c'est faux, Votre Altesse, je ne fais que vous répéter ce que j'ai entendu...

 

-Haute trahison! Non mais je rêve! Comment pourrait-on imaginer Philippe être capable de trahir son pays! Il ne vit que pour lui depuis sa naissance!

 

Louis tournait en rond dans la pièce, plongé dans ses pensées. Personne n'osant l'interrompre. Puis il se tourna à nouveau vers le père de Lothaire.

 

-Savez vous si il va bien?

 

-Je l'ignore Majesté! Il semblerait qu'il soit pour le moment enfermé dans un cachot...

 

-Qui pourrait avoir assez de pouvoir pour réussir à enfermer le roi dans son propre cachot?

 

Louis releva les yeux et croisa ceux de Lothaire. Et d'une même voix, l'évidence s'imposa.

 

-La reine!

 

Louis serrait ses poings et son visage rougissait de fureur. Le père de Lothaire, lui, pâlissait à vue d'œil. Lorsque Louis s'en aperçu, il s'approcha de lui.

 

-Vous ne m'avez pas tout dit, n'est-ce pas?

 

-Je... je suis désolé Altesse, je... ce ne sont que des rumeurs et...

 

-Parlez! S'il vous plait dites moi tout.

 

-Je suis vraiment désolé... son exécution est prévue demain.... sur la grande place... à la première heure...

 

A ces mots, Louis sentit ses jambes le lâcher et il se retrouva par terre, aux pieds du forgeron.

 

-Ce n'est pas possible... ce n'est pas possible...

 

Lothaire qui s'était précipité à ses côtés en le voyant chuter, le tint par les épaules.

 

-Louis... nous devons partir. Nous ne pouvons pas rester là, c'est trop dangereux pour toi.

 

-Hors de question! Je dois faire quelque chose. Après tout je suis le roi, moi aussi! Je ne les laisserai pas faire, Lothaire. Cette salope m'a déjà beaucoup trop prit! Je vais la tuer! Je te jure que je vais la tuer!

 

Louis tremblait de fureur contenue. Et Lothaire ne savait pas trop quelle attitude adopter. Mais son père reprit la parole.

 

-Je ne vous conseil pas de vous montrer Altesse. N'oubliez pas que vous venez d'un pays lointain et... la raison de la trahison du roi viendrait en fait.. .de vous...

 

-Expliquez vous!

 

-Eh bien, d'après ce que j'ai entendu dire... vous auriez fait perdre la tête du prince en... l'enjôlant... et vous... l'auriez monté contre le royaume...

 

Le pauvre forgeron n'osait plus regarder son roi tant il avait honte des mots qu'il prononçait. Mais la vérité lui avait été demandé et elle était difficile à entendre. Louis secouait la tête, sidéré par ces rumeurs.

 

-Les gardes ont pour ordre de vous retrouver, vous et votre enfant. reprit le forgeron. Vous êtes recherchés morts ou vifs et la rançon est élevée...

 

Louis hocha la tête doucement.

 

-Bien, alors nous ne pouvons pas rester ici. Si on découvre que vous nous avez caché, vous risquez d'avoir de gros ennuis.

 

Lothaire bondit sur l'occasion.

 

-Nous pouvons descendre vers le sud. Il y a...

 

-Non, Lothaire. Je reste.

 

-Quoi? Mais tu as dit que...

 

-J'ai dit que nous ne pouvions pas rester chez tes parents. Je vais me cacher dans les bois, mais il est hors de question que je ne tente rien pour le sauver, c'est clair?!

 

-Louis, c'est de la folie et un véritable suicide! Si réellement l'exécution est prévue demain.... c'est à dire dans à peine quelques heures maintenant, nous n'avons absolument pas le temps de préparer un plan. En plus de cela, tu es recherché. Les gardes seront partout, à la moindre tentative tu seras arrêté et tué, toi aussi! Je t'en prie, pense à ton fils!!!

 

Le ton de Lothaire avait monté au fur et à mesure de ses paroles et ses derniers mots résonnèrent dans la demeure, provoquant les pleurs des petits garçons. Louis, dont les larmes recommençaient à couler, se releva, chancelant légèrement et alla serre son fils dans ses bras, tout en regardant par la fenêtre. Lothaire, qui en avait fait de même avec Hector vint se placer à ses côtés.

 

-Louis... je suis vraiment de tout cœur avec toi, tu le sais. Je sais que c'est sans doute la décision la plus douloureuse de ta vie, mais tu ne peux plus rien faire pour lui. Tu dois penser à sauver ton fils et à te sauver toi. Tu dois fuir, maintenant!

 

Louis laissa le silence s'installer quelques temps avant de répondre.

 

-Je reste Lothaire. Je... je sais que je ne pourrais pas le sauver, mais je ne le laisserai pas mourir seul. Il faut au moins que j'aille lui dire au revoir. Sans quoi je serai indigne d'avoir été son époux... Après... après si tu veux... nous partirons...

 

Lothaire soupira longuement.

 

-Alors je viens avec toi.

 

Louis ouvrit la bouche pour protester, mais son valet le coupa.

 

-Ce n'est pas discutable, Louis...

 

Un petit sourire triste naquit sur les lèvres du jeune roi à ces paroles. Louis se laissa bercer un petit moment par son ami.

 

-Je garderai les enfants pendant votre absence. dit Suzanne, la mine grave. Mais je vous en prie... faites attention à vous et revenez vite!

 

Les deux jeunes hommes hochèrent la tête.

 

-Je vais vous préparer un petit coin dans la grange. dit le père de Lothaire.

 

-Non, c'est trop dangereux, nous devons partir de chez vous immédiatement.

 

-Et laisser mon petit fils et mon prince attraper froid? Il en est hors de question! J'admets que rester dans la maison n'est pas la meilleure solution, mais tant que j'aurai la possibilité de vous aider, Majesté, je le ferai.

 

Louis hocha la tête doucement.

 

-Merci. Mais, appelez moi Louis.

 

-Alors moi, c'est Baudoin et ma femme Attala.

 

Louis hocha la tête d'un air entendu.

 

-Je ne pourrez sans doute jamais assez vous remercier pour tout cela!

 

-Vous pourrez en prenant soin de vous, de votre fils et de ma famille. répondit le forgeron en pointant Lothaire, Suzanne et Hector du menton. J'espère qu'un jour vous aurez la possibilité de revenir et de reprendre ce trône. Il vous appartient, il vous revient de droit.

 

-Ce trône ne m'a apporté que des soucis... il ne me manquera pas.

 

Baudoin posa une main paternelle sur l'épaule de Louis.

 

-Louis, nous devons partir maintenant, si nous voulons être à Mésancourt à l'aube. lui signala Lothaire.

 

-Bien, Suzanne, suis moi, nous allons t'installer avec les petits dans la grange. reprit Baudoin.

 

Louis embrassa son fils et le confia à Suzanne et Lothaire serra ses parents dans ses bras.

 

-Merci pour tout. Soyez prudents!

 

-Vous aussi, mon fils, vous aussi. répondit son père.

 

-Quand nous reviendrons, nous passerons chercher Suzanne et les enfants et nous partirons directement.

 

Baudoin hocha la tête et se dirigea vers la sortie arrière, suivi par Suzanne qui portait un garçonnet dans chaque bras.

 

Louis et Lothaire se couvrirent d'une cape avec capuche et partirent dans la nuit. Retraçant à l'envers le chemin qu'ils avaient parcouru la veille. En silence, le cœur battant à tout rompre, essayant de ne pas penser à ce qui risquait de se passer une fois arrivé au château. Louis était tiraillé. La révolte de ne pas tenter quelque chose pour sauver son époux entrait en conflit avec sa raison qui le poussait à penser avant tout à son fils et à l'emmener loin d'ici pour le protéger. Comment pourrait-il décemment regarder son époux se faire exécuter sans réagir? C'était inhumain, impensable...et pourtant, ses pas continuait à le porter un peu plus près de cet instant à chaque fois.

 

* Pour rappel, le père de Lothaire est forgeron.

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 30 août 7 30 /08 /Août 13:58

Bonjour, bonjour !

Voilà la suite de l’histoire. Et je pense pouvoir affirmer avec certitude qu’à partir de maintenant, vous allez me haïr jusqu’à la fin de la 2ème partie…lol

Sinon, je n’ai toujours pas eu beaucoup de temps pour écrire, donc j’espère pouvoir trouver le temps de finir cette partie dans les temps.

Bonne lecture. Bisous

 

Malgré le réconfort apporté par Philippe et Lothaire, Louis ne put s’empêcher de rester inquiet sur les évènements qui avaient pu se passer chez le druide. Et même si il n’abordait plus le sujet, il se tourmenta toute la semaine qui suivit, sentant une angoisse sournoise s’insinuer dans ses veines.

 

Pour l’heure, il était allongé contre un Philippe endormi et caressait distraitement son torse. Ils avaient fait l’amour et avait discuté un moment avant que Philippe ne ferme ses yeux, vaincu par la fatigue. Lui n’arrivait pas à trouver le sommeil, la chaleur était trop étouffante et son angoisse trop présente. Comme à chaque fois, cette période lui rappelait de mauvais souvenirs. Il repoussa le drap qui, malgré sa finesse et sa légèreté, paraissait beaucoup trop chaud et se remit sur le dos. Il ferma les yeux et tenta de vider son esprit. Mais quelques minutes plus tard, des chouinements se firent entendre dans la pièce d’à côté. Louis se leva, enfila rapidement un vêtement et pénétra dans la chambre de son fils en repoussant la porte derrière lui pour ne pas réveiller son époux. Il se pencha sur son fils vêtu uniquement de son lange et lui passa un linge humide sur le visage et le corps.

 

-Mon pauvre amour, toi aussi tu as trop chaud.

 

Il le prit dans ses bras pour calmer les pleurs et s’installa contre la fenêtre, profitant d’une douce bise pour lui donner un biberon d’eau. Bien malgré lui, même la présence de son fils ne parvint pas à apaiser ses craintes, aussi, il cala le petit Henri dans ses bras et se décida à parler à Philippe. Tant pis si il devait le réveiller, cette angoisse lui bouffait la vie et il avait besoin d’être rassuré. Il poussa la porte et fut surpris de constater que le lit était vide.

 

Aussitôt la peur s’intensifia. Il resserra sa prise sur son fils, provoquant un grognement à moitié endormi chez celui-ci et fit quelques pas dans la chambre. Un léger bruit de frottement de métal le fit sursauter et attira son regard du côté de la porte donnant sur le couloir. Louis resta tétanisé devant la vision qui s’offrait à lui.

 

Philippe, nu, se trouvait debout et immobile, entouré et tenu par trois gardes, une lame pointée sur sa gorge. Il avait sans aucun doute été tiré du lit par surprise, sans avoir le temps de réagir. Quatre autres gardes se trouvaient dans la chambre et tout le monde regardait dans la direction de Louis. Les yeux de Philippe, qui jusque la jetaient des éclairs, croisèrent les siens et ils se remplirent d’inquiétude.

 

-Qu’est-ce qu’on fait de lui, chef ? demanda l’un des gardes en pointant Louis du menton.

 

Il y eut un petit instant de flottement pendant lequel Philippe retint sa respiration. Il ne se faisait pas d’illusion. C’était le trône qui était visé, lui allait sans doute être tué et Louis et Henri étaient les héritiers légitimes de la couronne. Philippe supplia Louis en pensée de s’enfuir rapidement, mais son époux semblait figé de terreur.

 

-Attrapez le et tuez l’enfant ! répondit le chef.

 

A ses mots, Philippe se débattit avec violence, faisant fi de la lame qui menaçait à tout moment de lui taillader la gorge.

 

-NON ! LOUIS, SAUVE TOI ! SAUVE HENRI !!!!

 

En entendant les cris de son époux, Louis sembla sortir de sa torpeur et aperçu deux gardes qui se dirigeaient droit sur lui. Il jeta un dernier coup d’œil à Philippe qui avait été frappé et maintenu à terre et d’un mouvement de rotation, évita le garde qui arrivait droit sur lui. Le mouvement brusque réveilla Henri en sursaut, qui se mit à hurler de peur. Louis se précipitât dans la chambre de son fils et eut tout juste le temps de bloquer la porte avant que ses assaillant ne se jettent dessus. Complètement paniqué, il entendit les ordres fuser à travers le bois.

 

-Ouvrez cette porte ! Ne le laissez pas s’échapper !

 

Sans trop savoir comment ni pourquoi, Louis se précipita sur le berceau de son fils, attrapa un long morceau de tissus qui faisait office de doudou, enroula Henri dedans et se jeta sur la torche murale qu’il tira vivement, dévoilant ainsi l’étroit escalier qui n’avait plus servi depuis son escapade avec Lothaire. Les indications de son ami lui revenaient à toutes vitesses dans sa tête et la porte était sur le point de céder aux assauts des gardes lorsqu’il referma le passage sur lui. Louis ne fut plus éclairé que par la torche qu’il avait eu le réflexe de garder à la main et se mit à dévaler les escaliers. Si à l’extérieur la chaleur était étouffante, dans cet étroit passage, l’air était toujours aussi froid et humide. Et si lui était toujours en bas de pyjama en soie et pied nu, Henri, lui était au moins légèrement couvert. Louis ne ralentit pas l’allure. La porte de la chambre devait avoir cédée, maintenant et Louis ne savait pas combien de temps il faudrait aux gardes pour découvrir le passage secret et pour trouver le moyen de l’ouvrir. Après être arrivé en bas de l’escalier, il continua sa course, les pas de ses pieds nus résonnants sur les pavés humide et parsemés de flaques. Lorsqu’il fut à bout de souffle, Louis s’autorisa à arrêter de courir pour simplement marcher à vive allure.  Son cœur battait la chamade et sa gorge le brûlait mais le reste de son corps était frigorifié. Seulement à cet instant, il s’aperçut que son fils pleurait encore, inquiet de la folle course poursuite qu’ils venaient d’avoir. Tout en continuant sa marche, Louis serra Henri contre lui, lui parlant doucement à l’oreille jusqu’à ce qu’il se calme, tandis que dans sa tête une multitude de questions arrivaient dans le désordre et à toute vitesse et que dans son ventre, un nouveau nœud se nouait. Qu’allait-il arriver à Philippe ? Pourquoi avaient-ils étaient la cible des gardes ? Philippe lui avait déjà plusieurs fois parlé de personnes cherchant à prendre le pouvoir de toutes les manières possibles et imaginables, mais jamais Louis n’aurait imaginé être attaqué de la sorte, en pleine nuit. C’était pourtant la manière la plus logique de se débarrasser du roi. Louis sentit un frisson d’horreur en se rendant compte que Philippe ne respirait peut être déjà plus. Il raffermit sa prise autour de son fils qui recommençait à somnoler légèrement. Si le trône était visé, il devait mettre son fils à l'abri. Peut importe que lui soit attrapé ou non, tant que son fils restait en vie. Et pour cela, il ne devait pas se faire prendre avant de l’avoir mis en sécurité.

 

Il l’avait senti. Il aurait du écouter son instinct qui, jamais encore, ne l’avait trahi. Mais non, il avait laissé les personnes qu’il aimait le convaincre qu’il fabulait. Il n’en voulait pas à Lothaire et Philippe qui avait juste voulu l’aider et le rassurer, il s’en voulait personnellement d’avoir attendu au lieu d’agir. Et maintenant il était trop tard. « Faites qu’il ne lui arrive rien », se répétait le jeune homme. Tout avait été manigancé depuis longtemps. Les pièces du puzzle se mettaient doucement en place dans sa tête. Le roi avait été empoisonné, le druide tué, toutes les personnes qui étaient susceptibles d’aider Louis et Philippe à rester au pouvoir avaient été méthodiquement écartées une à une. Et lui, n’avait pas eu l’intelligence de faire le lien. Mais Louis ne voulait pas du trône. Il le laissait à qui voulait bien le prendre pourvu qu’on lui rende son mari et qu’on les laisse vivre en paix avec leur fils. Mais il savait bien que ça ne marchait pas comme ça. Philippe et Henri étaient les successeurs directs de Philippe 1er et lui devait assurer l’intermède si Henri était trop jeune et que Philippe était tué ou dans l’incapacité de gouverner. Et même si cela était possible, Louis savait que Philippe préférerait mourir que de laisser son royaume aux mains de personnes malveillantes.

 

Soudain l’image de la reine Anne s’imprima dans l’esprit de Louis. Se pourrait-il…. ? Non, impossible. Elle n’aurait pas pu faire ça….elle aimait son fils… à sa manière bien entendue, mais elle l’aimait… Et Henri aussi. Elle n’aurait pas pu faire tuer son petit fils de sang froid, c’était impossible…. La reine le détestait lui, mais elle ne pouvait avoir fait du mal à Henri…non…

 

Louis secoua la tête. Plus il se répétait que la reine était incapable de faire du mal à son petit fils, moins il en était sûr. Après tout, elle avait essayé de briser son couple plusieurs fois. Elle avait même souhaité la perte de ses enfants lors de sa première grossesse. Chose parfaitement accomplie, d’ailleurs… Louis serra les dents et s’interdit de pleurer une fois de plus sur cet événement. Ce n’était pas le moment de se laisser aller, il fallait continuer à avancer. Il ne savait pas du tout à quel endroit du tunnel il se trouvait mais il se rappelait les paroles de Lothaire : « il y a forcement une sortie »… « je suppose que la sortie est le plus éloignée possible du château, mais aussi des villages alentours. Si la famille avait fuit pendant un combat et qu’elle s’était retrouvé en plein milieu des troupes ennemies, je suppose que l’effet n’aurait pas été celui recherché »… Il s’accrochait à ces paroles de toutes ses forces, mais au fur et à mesure que l’adrénaline redescendait, le désespoir le gagnait. Si il n’avait pas eu son petit garçon blottit dans ses bras, somnolant et confiant, il se serait sans doute arrêté là, au milieu de cette grotte froide et sombre, à attendre que les soldats lui tombent dessus… quoiqu’il serait sans doute mort de froid avant.

 

Enfin, après ce qui lui sembla être une éternité, Louis aperçu une lueur. Une légère flamme se ralluma en lui et il accéléra le pas. Arrivé au bout, il posa la torche par terre et laissa l’humidité de la pierre l’éteindre. Il se fit le plus silencieux possible afin de vérifier que personne ne l’attendait à l’arrivée. Puis, discrètement, il sortit du fourré. L’aube pointait au loin et Louis sut qu’il fallait qu’il se dépêche. Désormais, la seule personne vers qui il pouvait se tourner en toute confiance était Lothaire et il devait arriver chez lui avant que le jour ne soit trop haut dans le ciel. Louis remonta Henri qui s’était finalement endormi, la tête sur son épaule et reprit la route, restant sur le bas côté, prêt à plonger dans les fourrés au moindre bruit suspect.

 

La chaleur de la nuit avait laissé place à un orage matinal, provoqué par plusieurs jours d'un air lourd, accompagné d'un brouillard assez épais. Louis avançait avec l’impression que ses sens étaient surdéveloppés. Il avait l’impression d’entendre chaque bruit de façon distincte, de l’identifier et de le trier dans son crâne en fonction de sa possible nuisance.

 

Un crapaud qui croasse : pas de danger.

 

Un ruisseau qui coule: pas de danger.

 

Une branche qui craque : danger ! - immobilisation du corps - prêt à bondir sur le côté - un lapin qui sort du bois - fausse alerte ! – reprise de la route.

 

La pluie qui tombe dans une souche d'arbre creuse: pas de danger.

 

Louis remerciait les divinités de lui amener cette purée de pois qui lui offrait une protection, relative certes, mais une protection tout de même. Il restait malgré tout sur le qui vive, le corps en alerte, sursautant au moindre froissement de feuille. Il avançait tel un automate vers la maison de son ami, commençant à ressentir la fatigue qui lui tombait sur les épaules.

 

Enfin, il arriva à destination, ne cherchant plus à feindre une quelconque discrétion, il se précipita sur la propriété et se mit à tambouriner sur la porte en bois. Après quelques minutes d’une attente remplie d’angoisse, Louis entendit enfin des pas à l’intérieur de la maison et le bruit caractéristique d’un verrou qui s’ouvre. La porte pivota sur ses gonds, laissant apparaître un Lothaire mal réveillé et armé d’un long couteau pointu qu’il brandit devant lui.

 

Louis sursauta en voyant la lame et recula d’un pas en serrant d’avantage Henri contre lui.

Lothaire qui reconnut enfin son ami baissa son arme et ouvrit grand les yeux.

 

-Louis ?! Mais enfin, que fais-tu ici ? Le jour est à peine levé !

 

-Lothaire… s’il te plait, laisse moi entrer…

 

Voyant le visage remplit de terreur de son maître, Lothaire se poussa aussitôt et Louis s’engouffra dans la demeure, le valet refermant la porte derrière lui.

Suzanne sortit à ce moment la de la chambre, tenant Hector serré contre elle. Le couple avait craint une attaque quelconque en entendant les bruits sourds contre la porte. Soulagée de reconnaître l’ami de son mari, la jeune femme se détendit un peu et repartit coucher son fils. Lorsqu’elle revint dans la pièce principale, Louis s’était assis sur un banc, tenant toujours fermement Henri dans les bras et semblait regarder de tous les côtés. Lothaire s’approcha doucement de lui et posa ses mains sur ses épaules. A ce contact auquel il ne s’attendait pas, Louis sursauta violemment en poussant un petit cri et aussitôt, Lothaire retira ses mains.

 

-Louis… que se passe-t-il ? Tu arrives à moitié nu et trempé chez moi à l’aube…. Bon sang, mais tu es gelé ! Suzanne, tu veux bien…

 

Le jeune homme n’eut pas le temps de finir sa phrase, son épouse s’était précipité dans la chambre et elle en ressortit quelques instants plus tard avec une couverture épaisse, pliée en quatre. Elle la tendit à Lothaire qui s’approcha de Louis comme d’une bête sauvage et blessée, doucement, sans geste brusque, pour ne pas l’effrayer davantage.

 

-Louis je vais poser cette couverture sur tes épaules, d’accord ?! Tu es trempé et tu sembles à moitié congelé.

 

Louis cessa de regarder chaque recoin de la maison pour poser ses yeux sur son ami. Sa respiration se calma légèrement et il hocha la tête. Le valet put alors s’approcher de lui et l’enrouler dans la couverture.

 

-Je vais réchauffer la soupe. dit Suzanne en se dirigeant vers le coin cuisine de la pièce, s’arrêtant au passage pour allumer un feu dans la cheminée.

 

Lothaire s’installa à côté de son ami et lui passa la main dans le dos pour le réchauffer. Puis Suzanne s’approcha d’eux et se pencha vers Louis pour attraper Henri.

 

-Je vais le coucher avec Hector, il…

 

Mais elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, Louis s’était projeté en arrière, resserrant son emprise sur le petit corps, toujours enroulé dans son doudou. Ses yeux reflétaient à nouveau une puissante angoisse. Suzanne s’accroupit alors en face de lui et encra ses yeux dans ceux du jeune roi.

 

-Louis… ce n’est que moi, Suzanne. Je crois que Henri est sans doute aussi fatigué que toi et qu’il a vraiment besoin d’un peu de repos. Sans compter qu'il faut le changer pour ne pas qu'il tombe malade. Je veux juste le coucher avec Hector, je ne veux pas te l’enlever…

 

-Tu sais que nous ne te voulons pas de mal, Louis. reprit Lothaire.

 

Louis hocha la tête doucement et avec réticence, tendit le petit paquet à la femme de chambre et le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la chambre.

 

 Lothaire posa sa main sur l’avant bras de son ami en signe de réconfort, puis l’incita à lui expliquer la raison de sa présence. Après un temps de silence, Louis ouvrit enfin la bouche et se replongea dans la nuit cauchemardesque qu’il venait de vivre. Et au fur et à mesure qu’il poursuivait son récit, toute l’horreur de la situation s’imposait à lui. Lothaire et Suzanne, qui était revenue entre temps, étaient bouche bée, n’arrivant pas à croire ce qui s’était passé seulement quelques heures plus tôt.

 

-Et tu dis qu’ils étaient des gardes du château ?

 

-Je.. je ne suis pas sur… je regardais davantage leurs armes que leur tête… mais ils avaient… je suis presque certain qu’ils portaient le blason de la couronne sur leurs vêtements. Mais je ne comprends pas… qui a pu…

 

Louis s’interrompit, un sanglot en travers de la gorge.

 

-Tu n’as… tu n’as aucune idée de qui peut être derrière tout cela ?

 

Louis croisa les yeux de son ami et il sut qu’ils pensaient à la même hypothèse.

 

-Je… je ne sais pas, Lothaire. Je ne peux pas imaginer qu’elle puisse… c’est son fils, tu comprends ! Et Henri… elle voulait passer du temps avec lui, elle voulait participer à son éducation… réellement… elle ne m’a pas donné l’impression de feindre cela ! Je sais qu’elle me hait sans doute à un point que je ne suis pas sûr de bien imaginer, mais dans ce cas, il aurait suffit qu’elle s’en prenne à moi. Un accident à cheval, un traquenard… ça aurait été très facile de me faire disparaître…

 

Lothaire hocha la tête, songeur.

 

-Qu’est-ce que tu vas faire ?

 

Louis secoua la tête.

 

-Je n’en sais rien du tout. Je suis complètement perdu. Je n’arrive pas à réaliser ce qu’il s’est passé, je ne sais pas comment je dois réagir, ce que je dois faire…

 

-Calme toi, Louis. Ce n’est pas le moment de paniquer ! Tout d’abord nous ne devons pas rester ici.

 

-Pourquoi ?

 

-Louis. Tu as pris la fuite et selon ce que tu m’as dis, ils ne vont pas abandonner les recherches maintenant. Surtout si c’est bien le trône qui est visé. Alors maintenant dis moi, si vraiment ces gens sont du château, il doivent te connaître un tout petit peu ou au moins connaître les « racontars ». Où crois-tu qu’ils viendront chercher en premier lorsqu’il se rendront compte que tu n’as pas réapparu ?

 

Louis regarda un instant son ami et soudain, son visage se décomposa.

 

-Bon sang, Lothaire… je dois partir d’ici, tout de suite !

 

Il se leva d’un bond, rejetant la couverture et se dirigea à grands pas vers la chambre. Lothaire le retint par le bras.

 

-Louis, qu’est-ce que tu fais ! Attend !

 

-NON ! Tu ne comprends pas. Je t’ai mis en danger ! j’ai mis toute ta famille en danger en venant ici ! Mais quel imbécile j’ai été ! Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ! Quel idiot, mais quel idiot !

 

-Louis, attends.

 

-Non, lâche moi Lothaire. Je ne resterai pas une minute supplémentaire chez toi ! Si il t’arrivait malheur par ma faute, je… Laisse moi partir, ça vaut mieux pour tout le monde.

 

Lothaire saisit Louis par les épaules fermement et l’obligea à se rasseoir.

 

-Louis, écoute moi ! A partir du moment ou ta vie est menacée, la mienne l’est également… et ma famille aussi par extension. Tout le royaume est au courant de notre amitié. Même si tu n’étais pas venu, nous aurions reçu de la visite !

 

-Oui, mais en voyant que je ne suis pas là, ils partiront et…

 

-Tu crois cela ? Tu penses vraiment qu’ils nous laisseront en vie, nous ? Alors qu’ils viennent d’attenter à la vie du roi ?

 

Louis se tut, vaincu par les arguments de son ami.

 

-Je suis tellement désolé !

 

-Ne te reproches pas ce dont tu n’es pas responsable. Nous allons prendre quelques affaires et partir immédiatement. Mes parents habitent le village voisin, nous y seront en sécurité pendant quelques temps… tout du moins, je l’espère. Une fois là-bas, tu dormiras un peu et ensuite nous verrons ce que nous pouvons faire, d’accord ?

 

Louis hocha la tête. Il avait la sensation d’être tombé dans une sorte d’immense tourbillon où tout allait beaucoup trop vite et surtout, où tout allait de travers. Il pensa à nouveau à Philippe et ses yeux se remplirent de larmes. Il aurait donné n’importe quoi pour retrouver son époux… en un seul morceau.

 

Lothaire posa une main compatissante sur son épaule, le faisant sortir de ses pensées.

 

-Je suis vraiment désolé, Louis.

 

-Je sais.

 

-Tu sais que tu peux compter sur moi, n’est-ce pas ?!

 

-Sur nous ! reprit Suzanne, un petit aire bravache inscrit sur le visage.

 

Louis eut un petit sourire et hocha la tête.

 

-Je le sais, oui.

 

Et c’était vrai !

 

 

Voilà, voilà… vos impressions ?! Vous pouvez envoyer toutes les munitions que vous avez car cette fois, je suis réellement très loin… je suis intouchable ! lol
Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 23 août 7 23 /08 /Août 12:41

Bonjour à tous!

Je ne sais pas si vous êtes tous en vacances ou si le dernier chapitre n'a pas été à la hauteur de vos attentes... quoiqu'il en soit, j'espère que celui-ci vous plaira davantage.

Bonne lecture, bisous!

 

 

Louis resta un instant immobile, le ventre serré d’angoisse, l’oreille au aguets, puis il descendit de son cheval et se décida à aller voir à l’intérieur.

 

-Il y a quelqu’un ? lança-t-il sans oser pénétrer dans la chaumière.

 

Quelques secondes de silence suffirent et Louis se décida finalement à pousser la porte. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’ils tombèrent sur l’état de la maison. Si à sa dernière visite, l’état général ressemblait à un joyeux capharnaüm, cette fois ci, le jeune homme eut l’impression qu’une tempête avait eu lieu. Les meubles étaient retournés, les papiers jonchaient partout par terre, des objets avaient été brisés. Il y avait clairement eu lutte dans cette pièce et Louis paniqua réellement quand, après avoir fait deux pas à l’intérieure de la chaumière, il découvrit des traces de sang sur le sol, en quantité assez importante. Sans chercher à en savoir plus, il fit rapidement demi-tour, se précipita sur sa monture et rentra au château au grand galop.

 

Une fois arrivé, Louis confia exceptionnellement le soin à un palefrenier de s’occuper de son cheval et se précipita vers ses appartements. N’y trouvant personne, il se précipita vers la salle de jeux et il y trouva Lothaire, Suzanne et les deux garçons. Louis se précipitât vers son fils et le serra fortement dans ses bras. Le petit prince profita un instant de la tendresse de son père, mais rapidement il se tortilla pour rejoindre son compagnon. Lothaire, qui avait remarqué l’état de détresse de son ami, le fit s’asseoir sur un sofa et le fit enlever sa cape d’extérieur.

 

-Que se passe-t-il, Louis ?

 

-Je… je suis allé… il n’y avait personne, mais… du sang et….

 

-Oh, Louis, attends, je ne comprends rien du tout… respire et reprends, s’il te plait.

 

Louis inspira et expira plusieurs fois profondément pour s’apaiser un peu et reprit ses explications.

 

-Tu sais que j’étais avec Philippe lorsque son père est décédé.

 

Lothaire hocha la tête gravement. La pâleur de son ami l’inquiétait. Dans son esprit à lui aussi, certains évènements étaient encore frais.

 

-A un moment, Philippe a du s’absenter et… je suis resté seul avec le roi… je… j’ai trouvé ça…

 

Louis sortit son mouchoir plié et montra les petits cristaux à Lothaire.

 

-C’était à la commissure de ses lèvres… je ne sais pas exactement ce que c’est… mais… je trouve ça très étrange que le roi soit mort si rapidement alors qu’il y a encore quelques temps, il était en pleine santé.

 

-Louis… tu sais, certaines maladies son fulgurantes… nous ne pouvons pas toujours tout prévoir. Ce n’est pas comme si nous avions… je ne sais pas, moi… une machine qui permettrait de regarder dans le corps et de détecter des maladies*

 

-Et les cristaux ?!

 

-Peut être que ce sont juste des miettes, des restes de son dernier repas, que sais-je d’autre encore?!

 

-Attends, je n’ai pas fini. J’ai effectivement pensé que peut être je m’emballais un peu rapidement alors j’ai voulu aller voir le druide pour lui demander de les examiner et de me dire ce que c’était. Et lorsque je suis arrivé sur place, je n’ai trouvé personne.

 

-Il était sans douté parti faire un tour. Cela lui arrive régulièrement de disparaître pendant plus ou moins longtemps.

 

-Il y avait des traces de lutte…

 

-Un voleur qui a été pris sur le fait… un animal blessé qui recherchait un coin au chaud ou de la nourriture… tout cela arrive fréquemment.

 

-Il y avait du sang…

 

-Es-tu sûr que c’était bien du sang ?

 

-Je sais reconnaître du sang lorsque j’en vois, Lothaire.

 

Le valet poussa un soupire et se passa une main dans le cheveux, l’air ennuyé.

 

-Écoute, Louis… je sais que tu as vécu des moments difficiles ici… et tu t’es senti persécuté… mais c’est fini tout cela, aujourd’hui. Tu es entouré de gens qui t’aiment, tu as ta famille, des amis… il ne faut plus penser que le mal tourne autour de toi en attendant le moment propice pour frapper ! Parmi toutes les possibilités sur ce qu’il s’est passé, pourquoi avoir choisie celle-ci ?

 

Louis resta muet de stupeur pendant quelques secondes.

 

-Tu me prends pour un fou!

 

-Non, pas du tout.

 

Le prince secoua la tête, un sentiment de trahison lui broyant l’estomac. Lothaire attrapa ses mains et s’agenouilla face à lui.

 

-Louis, je t’en prie, ne dis pas de telles choses. Si je t’ai blessé je m’en excuse, ce n’était pas mon intention. J’ai juste… Louis, il y a trois ans, j’ai failli te perdre… et… et j’ai tellement peur pour toi. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé chez le druide, mais je sais que ça te bouleverse. Je n’aime pas te voir ainsi alors je préfère penser à toutes les autres options plausibles, parce que…. Parce que si réellement le roi est mort empoisonné et si réellement le druide a été tué… alors cela signifie que mon ami est en danger à nouveau. Et ça, je ne le conçois pas !

 

Louis hocha la tête, les larmes au bord des yeux et il serra les mains de Lothaire dans les siennes.

 

-En as-tu parlé à ton époux ?

 

Louis secoua la tête en signe de négation.

 

-Je ne veux pas l’embêter davantage. Il est bien assez occupé comme cela en ce moment.

 

-Parles lui en, Louis. Il saura sans doute te rassurer mieux que moi et tu sais qu’il préfère que tu lui parles plutôt que tu gardes tout pour toi… ou même pour moi.

 

-Oui, tu as raison. Je lui parlerai ce soir.

 

Lothaire lui sourit et le serra doucement dans ses bras.

 

Le soir même, Louis somnolait déjà à moitié lorsque Philippe vint le rejoindre. Après s’être déshabillé entièrement, il se glissa sous les draps dans un long soupir de contentement et se rapprocha de son époux pour lui picorer le cou. Louis ouvrit les yeux avec un sourire.

 

-Philippe…

 

Le prince répondit un « hmmm » très éloquent tout en continuant à parcourir le corps tout contre le sien.

 

-Philippe, arrête une minute, il faut que je te parle.

 

Le prince grogna mais releva la tête.

 

-Louis, je n’ai absolument pas envie de parler maintenant. J’ai eu une journée éreintante et je voulais juste retrouver un… petit moment de détente…on parlera demain… fit-il en replongeant pour mordiller la clavicule qui semblait l’appeler à grands cris.

 

Louis réprima un gémissement, se cambra légèrement et failli oublier la raison pour laquelle il voulait parler. Cependant, il respira un grand coup et repoussa son époux suffisamment pour qu’il n’ait plus accès aux endroits si sensibles de son corps.

 

-C’est important…

 

Philippe laissa tomber sa tête dans l’oreiller dans un soupire mélodramatique puis se redressa pour poser sa tête sur sa main, le coude reposant sur le traversin.

 

-Si nous parlons maintenant, tu me laisseras te faire tout ce que je veux après ?

 

Louis eut un petit sourire lubrique en anticipant avec délectation la fin de la soirée. Il hocha la tête vivement.

 

-Alors, fais vite… j’ai énormément de choses en tête !

 

Louis, qui avait déjà très chaud, se sentit durcir sous le regard explicite et les promesses de son époux. Il passa sa langue sur ses lèvres, le temps de retrouver un minimum de constance pour ne pas échapper un gémissement lorsqu’il prendrait la parole. Malheureusement pour lui, ce geste ne passa pas inaperçu et Philippe ne quittait plus des yeux ces lèvres purpurines qu’il aimait tant.

 

-Je suis allé voir le druide aujourd’hui… pendant mon petit tour… et j’ai peur qu’il lui soit arrivé quelque chose de grave, il a disparu.

 

-Le druide est réputé pour s’absenter régulièrement et pour des durées inconnues de tous. Il n’y a rien d’inquiétant la dedans.

 

-Je sais, Lothaire m’en a parlé. Mais il y avait du sang et la maison était sans dessus-dessous…

 

Philippe avait fait glissé sa main sur le torse de son époux et commençait à lui déboutonner son haut.

 

-Une blessure de chasse, une bagarre d’ivrogne… si le druide est parti, il y a sans doute des squatteurs qui ont trouvé refuge dans sa chaumière. La garde mobile est à la recherche de fugitifs qui ont réussi à s’enfuir de la prison d’une ville voisine, qui sait, ils ont peut être fait le chemin jusqu’ici. Il n’y a pas à s’en faire Louis, tu es en sécurité, ici.

 

Sur ces mots, le prince reparti à l’assaut du cou de sa victime et prit soin d’y laisser sa marque, tout en laissant ses mains se balader sur son corps.

 

-Philippe… je… haannn, attend, s’il te plait… hmmm… je suis vraiment inquiet…

 

Philippe redressa la tête et planta ses yeux dans ceux de son époux.

 

-Bien, écoute, si cela peut te rassurer, j’enverrai une patrouille demain et ils me feront un rapport.

 

Louis sentit comme un poids être retiré de son ventre et il se redressa sur les coudes pour embrasser l’homme qui le surplombait.

 

-Merci.

 

-Puis-je profiter de mon époux, maintenant ?

 

-Il est tout à toi…

 

Louis s’était rallongé et avait mis ses bras en croix dans une invitation explicite. Philippe plongea pour ravir les lèvres du dit époux et mit tant d’ardeur dans leur baiser que le jeune homme oublia rapidement tout le reste. Lorsque Louis sentit le bassin de Philippe se frotter avec indécence contre sa cuisse, il l’attira entre ses jambes et leur virilité se rencontrèrent enfin, tout juste séparées par le pantalon de pyjama en toile de Louis, et provoquant un gémissement chez les deux hommes. Philippe se redressa à genoux et retira rapidement le morceau de vêtement gênant, mais au lieu de replonger sur son époux, il lui attrapa les hanches pour les tirer vers lui et les poser sur ses cuisses. Ainsi exposé, Louis dévoilait toute son intimité et il sentit ses joues rosir. Cependant, si quelques années plus tôt il se serait servi de ses mains pour se cacher, cette fois ci il se contenta de fixer son époux d’un regard provocateur.

 

Depuis que Philippe lui avait fait retrouver le plaisir de partager sa couche, Louis devait admettre que leurs rapports étaient souvent d’une violente intensité et il était régulièrement plus que ravi que Lothaire ne partage plus leur aile du château sans quoi, il aurait été sans arrêt taquiné à ce sujet. Lui même se sentait plus libre dans son corps et dans sa tête et se permettait de plus en plus de choses que jamais il n’aurait imaginé oser faire. Des choses qui, lorsqu’il y repensait le lendemain à tête reposée, le faisaient rougir de gêne. Philippe de son côté ne se lassait pas de ces changements et rien ne l’excitait plus que de voir son époux se laisser totalement aller à ses pulsions, et à nouveau, cette fois-ci, son regard le fit durcir davantage. Doucement, il fit glisser sa main à plat en partant du bas-ventre et remontant vers le visage de Louis, appréciant de sentir son souffle erratique, jusqu’à atteindre sa bouche ou il fit glisser quelques doigts qui furent goulûment sucés. Philippe adorait cette bouche accueillante et tout particulièrement lorsqu’elle s’affairait autour de son sexe. Mais pour l’heure, ce n’était pas dans son programme. Il se contenta donc de vérifier que ses doigts étaient bien humidifiés avant d’en insérer un dans l’antre chaude de son compagnon qui ne se priva pas d’aller à sa rencontre d’un petit mouvement de bassin. Sans attendre, il en ajouta un deuxième, faisant soupirer son amant de plaisir et effectua quelques vas et viens en alternance avec des mouvements de ciseaux, pour s’assurer de ne pas blesser son époux.

Louis se mordit les lèvres inconsciemment et effectuait déjà des mouvements d’accompagnement du bassin. Rapidement, il voulut beaucoup plus et dans un gémissement il réussi à trouver le souffle nécessaire pour prononcer quelques mots.

 

-Viens… s’il te plait…

 

Sans attendre, Philippe retira ses doigts et plaça son sexe à l’entrée avant de le pénétrer tout doucement, faisant gémir Louis d’impatience. Celui-ci voulut s’empaler de lui même tant l’envie lui brûlait le ventre, mais son époux maintenait ses hanches fermement, le rendant totalement dépendant de son bon vouloir. Philippe adorait ce moment si spécial ou il sentait cet étroit fourreau de chaire s’écarter au passage de son sexe, il trouvait que c’était l’un des moments les plus jouissifs de l’acte, entrer en communion parfaite avec son amant, ne faire plus qu’un et surtout, voir Louis entièrement ouvert à lui, en toute confiance, sans qu’aucune crainte ne vienne le perturber. Il était à lui, rien qu’à lui. Il lui appartenait corps et âme.

A cette idée, une décharge de plaisir traversa le corps de Philippe qui entama de rapides vas et viens, faisant crier son amant de surprise et de plaisir mêlés. Louis n’avait plus que les épaules et le crane qui reposaient sur le matelas, le reste de son corps étant cambré ou entre les mains de son époux. Philippe l’aida ensuite à se redresser pour l’asseoir sur lui et cette fois, ce fut Louis qui mena la danse, montant pour mieux redescendre sur le sexe qui vibrait en lui et retrouvant avec gourmandise les lèvres de son époux qui lui faisaient perdre la tête.

Enfin, lorsqu’il se sentit prêt à rendre les armes, Philippe recoucha son époux et s’allongea sur lui pour le pénétrer plus profondément encore et sa main alla caresser la hampe de Louis pour l’accompagner dans la jouissance.

Louis sentit Philippe accélérer une dernière fois avant de se crisper et de gémir dans son cou alors qu’il libérait en lui sa semence. Sa main, elle, continuait à caresser le jeune homme qui ne tarda pas à se libérer à son tour.

 

Philippe, se redressa sur ses coudes qui entouraient la tête de son époux et il descendit butiner ses lèvres, tout doucement, comme pour ne pas briser l’instant de flottement qui régnait toujours après un orgasme. Patiemment, il retraça le contour des lèvres de son amant, puis passa sa langue entre elles, pour finalement retrouver sa consœur qui l’accueillit avec enthousiasme. Louis avait toujours ses jambes autour des hanches de Philippe et il passa ses main derrière sa nuque pour les faire glisser le long de son dos. Philippe mordillait sa lèvre inférieure et Louis eut un petit sourire lorsqu’il sentit le sexe de son époux reprendre de la vigueur, toujours en lui.

 

-Je croyais que tu étais fatigué ? lui demanda-t-il à moitié moqueur.

 

-Je rattraperai mon sommeil plus tard. lui répondit le prince.

 

Et à nouveau le baiser s’intensifia.

 



 Le lendemain, comme promis, Philippe envoya une petite équipe de gardes mobiles patrouiller du côté de chez le druide. A leur retour, le rapport était clair : la maisonnée était complètement vide et paraissait être abandonnée depuis de longues années. Ce compte rendu laissa Louis perplexe, mais rapidement le couple princier eut d’autres préoccupations en tête. En effet, l’enterrement du monarque et l’intronisation de Philippe approchait à grands pas.

 

Le roi Philippe 1er fut mis en terre dans le caveau royal, dans une basilique transformée en nécropole avec le temps. La cérémonie fut difficile pour beaucoup de personne, Philippe 1er était un roi aimé et respecté et son décès avait été brutal. De nombreuses marques de sympathie venait de tous les pays voisins et parfois même d’autres continents, mais également des villageois qui venaient déposer par centaines des gerbes de fleur, des bougies et des prières aux portes du château. Philippe, digne et droit, prenait la tête du cortège funéraire aux côtés de sa mère, mais pendant la cérémonie, Louis s’installa près de lui et ne lui lâcha pas la main une seconde. Philippe lui fit un petit sourire de remerciement avant de se concentrer à nouveau sur le discours prononcé. Le soir, rompus de fatigues, le couple eut tout juste la force d’aller embrasser leur fils avant de s’écrouler dans les bras de Morphée presque tout habillés. Le lendemain, une autre journée difficile les attendait.

 


 

Louis se tenait droit, mal à l’aise dans un costume bien trop sophistiqué et épais pour lui. Devant lui, Philippe, un genou à terre, la tête courbée recevait la bénédiction des différents ministres et du chef religieux afin de succéder à son père. Puis vint le couronnement et le serment prononcé face à tous les grands de la cour. Ensuite, Philippe s’approcha de Louis et, voyant l’air terrifié de son époux, lui fit un petit sourire d’encouragement en lui tendant la main. Louis l’attrapa et se fit conduire face au conseil. Il s’agenouilla et à son tour reçu la bénédiction. Le chef religieux tendit la couronne à Philippe qui vint lui même la poser sur la tête de Louis en prononçant quelques mots.

 

-Pour ce long chemin, je te veux toi, Louis de Mésancourt, à mes côtés. Si il devait m’arriver quelque chose, tu serais le souverain de ce royaume et chef des armées. Par cette couronne, je te fais mon égal et mon successeur légitime jusqu’à ce que notre fils aîné soit en âge de gouverner.**

 

Philippe passa sa main sous le bras de Louis pour l’aider à se relever et ils se dirigèrent tous les deux vers la sortie, sous les ovations de la foule. Ils étaient à présent, rois de Mésancourt.

Le soir venu, Louis se dévêtit avec un sentiment de soulagement intense. Il avait mal au dos et aux pieds, il avait trop chaud et il avait une sensation bizarre au ventre. Une sensation qu’il connaissait déjà et qui lui faisait peur.

 

-Quelque chose ne va pas ? demanda Philippe en constatant que son époux s’était immobilisait dans la pièce.

 

Louis sursauta et sembla reprendre conscience de l’endroit où il était.

 

-Je ne sais pas… j’ai un rôle de pressentiment. J’ai eu l’impression d’être…. épié toute la journée. C’était très désagréable.

 

-Évidemment, les yeux de tous étaient braqués sur nous. Un couronnement est toujours un événement, sans doute certains cherchaient encore à t’évaluer sur ta prestation d’aujourd’hui. Et tu as été parfait !

 

Philippe qui était venu enlacer Louis en parlant, avait terminé sa phrase en l’embrassant tendrement.

 

-Oui, tu as sans doute raison. Mais c’était quand même très étrange… j’avais comme une impression de danger… imminent… et en même temps assez diffus…

 

-Un grand nombre de responsabilités nous attendent et je sais que c’est très angoissant, mais je suis là, avec toi.

 

Louis hocha la tête et eut un petit sourire.

 

-Oui, cela, je le sais.

 

-Je t’aime.

 

-Cela aussi je le sais ! répondit Louis d’un air malicieux.

 

Il passa ses bras autour du cou de Philippe et profita de l’étreinte et du baiser de son époux avant d’être dérangé par des pleurs venant de la chambre voisine, son ancienne chambre. Philippe releva la tête, un sourire moqueur gravé sur le visage.

 

-Il semblerait qu’un petit monstre ne veuille pas comprendre qu’il est l’heure de dormir !

 

-Oui, toute cette agitation ces derniers temps, l’ont sûrement un peu bousculé, lui aussi. Je vais aller voir ce qu’il a.

 

-Tu n’as qu’à l’inviter à partager notre chambre !

 

-Ce n’est pas vraiment une attitude qui plairait à votre mère, majesté ! railla Louis.

 

-Juste cette nuit… et puis… elle n’est pas obligé de l’apprendre.

 

Louis éclata de rire et se dirigea vers la porte communicante alors que Philippe lançait d’un air enjoué :

 

-A situation exceptionnelle, moment familial exceptionnel. Mon fils est devenu aujourd’hui officiellement dauphin du royaume de Mésancourt ! Cela mérite bien de dormir avec nous.

 

Louis revint avec un Henri les yeux tout ensommeillés dans les bras.

 

-Pour ton information, mon cher, il est aussi mon fils ! Après tout, je n’ai fait que le porter ! Et puis la dernière situation exceptionnelle était il y a quinze jours !

 

-Bien sur, il avait réussi à gravir les trois marches du perron, seul !

 

-Et celle d’avant, encore cinq jours plus tôt.

 

-Il avait dit « Mésancourt » ! C’était un signe du destin!

 

-Je crois me souvenir qu’il avait à moitié bafouillé un « gnanbouile » et vu qu’il désignait son assiette de tambouille, je ne pense pas que ses aspirations fussent très royale à cet instant !

 

Philippe souffla d’un air dédaigneux en faisant un petit mouvement du poignet.

 

-Tu n’y comprends rien ! Notre fils se prépare déjà à monter sur le trône et toi tu rabaisses ses progrès à un niveau à peine digne des autres enfants de cette cour !

 

Sur ces mots, Philippe prit Henri dans ses bras qui se recroquevilla dans son cou et il partit l’allonger au centre de leur lit, s’allongeant à ses côtés. Devant cette attitude exagérément puérile, Louis pouffa.

 

-Laisse le donc grandir tranquillement, son tour viendra bien assez tôt !

 

Louis rejoignit sa place du lit et Philippe l’attira à lui pour l’embrasser. Assez rapidement, le baiser se fit plus vorace et Louis dut repousser légèrement son époux.

 

-Je crois qu’il vaudrait mieux s’arrêter là, sinon TON fils ne sera pas capable de monter sur le trône tant il aura été traumatisé par ses parents…

 

Philippe eut un petit sourire et relâcha son époux qui reprit sa place de l’autre côté de leur enfant.

 

-Tu as raison… mais tu sais quoi… si cette nuit, il pleure… alors, il sera TON fils !

 

-Évidemment ! répondit Louis en riant et en levant les yeux au ciel.

 

Le jeune homme ferma les yeux et un peu plus tard, il s’endormit un grand sourire aux lèvres.

 

 

 

*Vive les progrès de la médecine!!! lol

 

** Ca fait un peu vœux de mariage, vous trouvez pas ?!! lol

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Dimanche 16 août 7 16 /08 /Août 12:00

Edit du 22/08/09:

Bon, je reprends la publication une fois par semaine (toujours le dimanche). je n'ai pas encore terminé la partie 2, mais je vais essayer de le faire dans les temps. Et si non.... ben tant pis, il faudra attendre un peu...lol

A dimanche! (ah tiens, c'est demain...lol, j'avais pas capté!)


Bonjour à toutes et à tous!

Y'a pas à dire, vous m'avez manqué! Comme je l'ai dit précédemment, je suis en vacances et même si ça va pas durer longtemps, ça fait quand même du bien!!!

Je suis donc partie quelques jours et je dois avouer que je n'ai pas écrit une ligne depuis 15 jours... alors moi qui voulait passer à une publication par semaine... c'est pas gagné! Je vais essayer de m'y remettre à partir d'aujourd'hui, même si j'ai pas mal de trucs à faire...

Je voulais vous dire aussi qu'il y aura une autre pause dans cette histoire, entre la 2ème et la 3ème partie et qu'elle risque d'être plus longue que la précédente. En effet, je ne fais que ça depuis mars et j'ai besoin de faire un petit break avec cette histoire pour pouvoir me concentrer sur mes autres fics que j'aimerai terminer et aussi commencer à mettre en place mes projets de futures fics.

Sur ce, bonne lecture à tous!

Je vous embrasse, merci d'être encore là!

 

Louis, après avoir suivi quelques cours en compagnie de Philippe et François remonta en compagnie de Lothaire dans la chambre de son fils qu’il avait confié à Suzanne. Même si il avait confiance en la femme de son ami, il n’arrivait pas à s’empêcher de retourner plusieurs fois par jour dans leurs appartements pour vérifier que tout allait bien. C’était encré en lui, la peur de perdre son enfant restait sa plus grande hantise et à chaque fois qu’il s’éloignait, il y avait toujours une infime partie de son cerveau qui lui soufflait que peut être, il ne le reverrait jamais.

On ne se remet jamais tout à fait de la perte de ses enfants, on apprend à vivre avec la douleur et la peine.

Pourtant il savait que Suzanne veillait sur Henri avec le même amour qu’elle avait pour son propre fils. Fils qui partageait d’ailleurs la plupart de ses journées avec le jeune prince. Ils étaient élevés ensemble dans la plus parfaite harmonie et les deux bambins étaient déjà complices dans les bêtises, malgré leur jeune âge.

Louis se souvenait avec un grand sourire, la tête qu’avait fait Philippe quand il avait essayé d’intégrer son fils à un groupe de jeunes enfants de la cour de son âge. Le petit Henri, bien enroulé dans ses langes et ses robes royales les avaient superbement ignorés pour rester presque parfaitement immobile et n’avait daigné réagir que lorsque deux heures plus tard, Philippe avait abdiqué et placé le petit Hector en sa compagnie. Les deux compères avaient alors repris leurs activités comme si rien ne les avait dérangé, n’accordant aucune attention à tous les petits lords qui les entouraient. Philippe avait secoué la tête d’un désespoir feint alors que Louis et François avaient éclatés de rire au comportement du petit prince qui, selon le Baron, « était encore plus têtu que son père à son âge ». Philippe, dans un grand moment de maturité lui avait tiré la langue et avait serré Louis dans ses bras.

 

-Il semblerait que notre fils ait les mêmes goûts que toi en matière de relations sociales…

 

-Cela te déplait-il tant que ça ? avait répondu Louis, un petit sourire aux lèvres.

 

Philippe avait jeté un coup d’œil à Lothaire avant de se concentrer à nouveau sur son époux.

 

-Absolument pas !

 

Philippe n’avais plus tenté de séparer Henri de Hector et les deux garçons semblaient prendre un malin plaisir à leur en faire voir de toutes les couleurs, en particulier depuis qu’ils avaient compris comment faire fonctionner leurs jambes tout en restant debout. Du haut de leurs vingt-et-un et vingt-quatre mois, ils galopaient déjà partout, nécessitant une surveillance constante et les prochaines années promettaient d’être mouvementées.

 

C’est pour cela que lorsqu’il arriva dans la chambre, Louis pila net. Il ne s’attendait pas à trouver sa belle mère présente, son fils dans les bras. Suzanne se tenait dans un coin de la pièce, Hector dans les bras, semblant très gênée et dépitée, la reine semblait la sermonner.

 

-…et je ne permettrais pas que tu me manques de respect, souillon !

 

Suzanne rougit sous l’insulte mais garda son calme, tout en maintenant Hector qui s’était mis à pleurer. Henri dans un bel élan de solidarité envers son ami le suivit immédiatement. Suzanne tenta de se défendre, parlant par dessus les cris des enfants mais tout en gardant les yeux baissés.

 

-Je suis désolée votre altesse, le prince Louis m’a demandé de ne sortir de la pièce sous aucun prétexte.

 

-Je suis là, vous pouvez partir tranquille, je veillerai sur l’enfant.

 

Suzanne semblait vraiment mal à l’aise. Elle se devait de désobéir à l’un des ordres qu’elle recevait, position toujours très désagréable pour un domestique.

 

-Je… je suis vraiment navrée, il m’a bien spécifié « aucun prétexte ».

 

La reine Anne sembla sur le point d’exploser devant ce manque de respect, mais elle fut coupé.

 

-C’est exact, Madame. Je lui ai demandé de ne quitter mon fils sous AUCUN prétexte. Puis-je vous aider en quoique ce soit ?

 

La reine toisa Louis et jeta un regard dédaigneux sur Lothaire qui alla se placer aux côtés de son épouse et passa un bras autour d’elle. Henri, toujours dans les bras de sa grand mère, semblaient tester la capacité vocale de sa gorge tout en se tortillant de tout son long. La reine semblait avoir du mal à gérer l’asticot qu’elle avait dans les bras et Hector ajoutait sa voix à celle du prince.

 

-Vous pourriez peut être calmer cet enfant ?! lança la reine sèchement mais complètement dépassée par les évènements.

 

Louis s’approcha d’elle et reprit d’autorité son fils dans ses bras. Henri se calma aussitôt et se mit à gazouiller en jouant avec le pendentif de son père. Hector, constatant que son compagnon était à nouveau en sécurité se tut également, soulageant les tympans de chaque personne présente dans la pièce. La reine sembla un instant déconfite par sa défaite évidente face à Louis mais elle se reprit rapidement.

 

-Je suis venu voir mon petit fils, j’aurais aimé être seule avec lui. Est-ce trop demander ?

 

-Je suis navré, Madame, mais les consignes que j’avais donné à Suzanne étaient très claires, allez vous lui reprocher d’avoir obéi ?

 

-….Non… bien sûr que non.

 

-Si vous nous aviez fait part de votre intention de passer voir Henri, les consignes auraient été différentes. Mais sachant que cela fait plusieurs mois que vous ne lui aviez pas rendu visite, comprenez que je ne pouvais pas prévoir que vous passeriez aujourd’hui.

 

Si la perte de ses enfants avaient servi en une chose à Louis, c’était bien son comportement face à la reine. Il avait décidé qu’il avait suffisamment souffert pour lui plaire et que désormais, il agirait comme il le voulait et en particulier en ce qui concernait son fils. Puisque de toutes évidences elle n’approuvait aucun de ses actes, autant ne pas se plier en quatre pour elle. Louis avait donc développé une assurance vis-à-vis de la reine Anne et n’était plus le jeune homme docile et craintif qu’elle avait pu avoir face à elle au début. Constatant cela, elle évitait désormais de l’affronter directement.

 

-Votre fils approche de ses deux ans, je voulais donc commencer à l’habituer à ma présence puisque désormais, nous allons passer beaucoup de temps ensemble.

 

-Je vous demande pardon ?

 

-Eh bien oui, je vais prendre en charge son éducation à partir de maintenant. Ne vous en faites pas, les meilleurs précepteurs sont avertis et m’accompagneront.

 

-Je vous remercie… mais non merci. Je vais continuer à m’occuper de lui.

 

-Comment cela ? Mais il en est hors de question ! La tradition veut que je…

 

-J’ai dit non !

 

Le ton de Louis était calme, mais ses yeux ne laissaient pas la place au doute.

 

-Écoutez, je ne pense pas que vous soyez apte à décider…

 

-Je crois qu’il l’est mieux que quiconque, mère.

 

Philippe, qui avait profité d’une pause pour aller rejoindre son époux et son fils, avait assisté à une partie de la conversation et avait décidé d’intervenir avant que les choses ne se gâtent.

 

-Si Louis souhaite continuer à s’occuper d’Henri, cela se fera ainsi.

 

-Mais, enfin, la tradition, veut que… je… j’ai une place auprès de cet enfant! Je dois lui apprendre son rôle en tant que futur roi, j’ai des obligations envers lui. Vous ne pouvez pas balayer ainsi des siècles de traditions!

 

-Mère, je suis sûr que Louis ne souhaite en aucun cas vous évincer de la vie d’Henri. Et vous pourrez le voir et passer du temps avec lui comme il vous plaira. Vous aurez votre place à ses côtés, simplement, ce n’est pas celle à laquelle vous vous attendiez. N’est-ce pas Louis ?

 

-…

 

-Louis !

 

-…Oui… bien sûr… je n’ai jamais prétendu vouloir priver mon fils de sa grand mère.

 

A choisir, Louis aurait préféré éloigner au maximum la reine de son fils. Mais il savait qu’il n’en avait pas le droit. Comme il l’avait dit, il ne voulais pas que sa relation avec sa belle mère complique celle que son enfant aurait avec elle. Peut être serait-elle bien différente avec son propre petit fils qu’elle ne l’avait été avec lui. Après tout, Henri était également le fils de son fils. Et puis il devait admettre qu’il était encore loin de maîtriser toutes les règles et les us et coutumes de Mésancourt, qui différaient souvent en bien des points avec la Castille. La reine était sans doute la mieux placée pour enseigner un certain nombre de choses à Henri, simplement, Louis ferez en sorte de veiller au grain.

 

La reine Anne sembla furieuse, mais se retint de faire des commentaires. Elle se contenta d’un « très bien » prononcé sèchement et se retira.

Personne ne l’entendit jurer vengeance pour cet affront.

 

Quelques semaines plus tard, Louis partageait à nouveau son après midi avec son fils, Lothaire et Hector. Suzanne avait été appelée en cuisine et Philippe était occupé avec son père qui depuis quelques temps montrait des signes de faiblesse évidente.

Le prince surgit dans la salle, faisant sursauter les deux amis ainsi que les enfants. Ses traits étaient tirés et l’inquiétude était gravée sur son visage.

 

-Louis, il faut que tu viennes avec moi immédiatement. Mon père est au plus mal, il nous réclame tous les deux.

 

A peine avait-il fini sa phrase qu’il faisait déjà demi-tour. Louis hésita quelques secondes, jetant un coup d’œil à son fils.

 

-Vas-y, je m’occupe de lui. lui dit Lothaire.

 

Louis lui jeta un regard incertain.

 

-Tout va bien aller pour ton fils, Louis, je veille sur lui, ne t’en fais pas. Vas-y, ton époux a sans doute besoin de toi en ce moment.

 

Louis hocha la tête et parti déposer une bise sur le doux duvet de son fils avant de se précipiter à l’extérieur de la pièce pour rejoindre Philippe.

 

Ils traversèrent une bonne partie du château avant d’arriver aux appartements du roi. Là ils furent introduits par un majordome qui s’éclipsa ensuite rapidement. Philippe s’approcha doucement du lit de son père et posa sa main sur la sienne. Celle du patriarche était gelée, son souffle était irrégulier et faible et le prince leva les yeux au ciel pour que ses larmes ne sortent pas de ses yeux. Louis s’approcha derrière lui et l’entoura de ses bras, posant sa tête contre son dos. Cette douce étreinte fit du bien à Philippe qui put alors prendre la parole d’une voix douce.

 

-Père, Louis est avec moi, comme vous me l’avez demandé.

 

Le monarque bougea lentement la tête et au prix d’un effort qui paraissait être insoutenable ouvrit les paupières, pausant ses yeux sur son fils et son gendre, serrés l’un contre l’autre. Malgré sa faiblesse et la douleur, cette image réussit à le faire sourire. Il était serein face à la mort inévitable qui l’attendait. Il savait que son royaume reposait entre de bonnes mains. Il saisit avec difficulté la main de chacun des jeunes hommes qui lui faisaient face et les rassembla en une seule poigne.

 

-Mes enfants, il est l’heure pour moi de rejoindre nos ancêtres.

 

-Père, ne dites pas ça et reposez vous. Il faut que vous repreniez des forces.

 

-Philippe… mon fils… nous savons tous les deux que demain je ne serai plus là, alors écoute moi attentivement. Il est temps pour toi de prendre ta place parmi les grands de ce monde*. Je sais que tu as vécu des moments éprouvants mais j’ai entièrement confiance en toi… en vous deux. Ensemble vous saurez affronter le monde et offrir à ce peuple ce qu’il mérite de mieux. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, mes enfants et j’ai l’immense joie de partir en ayant connu mon petit fils, quel plus grand bonheur pouvais-je espérer ?

 

-Père, je vous en prie, taisez-vous… les sanglots étaient bien présent dans la voix de Philippe mais il arrivait encore à contenir ses larmes.

 

-Te souviens-tu de notre conversation, mon fils, quelques temps après l’arrivée de ton époux ?

 

Philippe hocha la tête. Comment oublier. Cette journée avait été le début d’un changement dans sa relation avec Louis et également dans celle avec sa mère. La leçon de moral de son père lui avait ouvert les yeux et c’était en partie grâce à lui qu’aujourd’hui il pouvait vivre pleinement heureux avec son époux.

 

-Eh bien sache que tu m’as comblé au delà de mes espérance et que n’importe quel homme serait très fier de t’avoir pour fils.

 

Philippe ferma les yeux et les perles salées firent leur entrée.

 

-Partez en paix, père. Je prendrai soin de votre royaume.

 

Le roi hocha légèrement la tête puis se tourna vers Louis.

 

-Je suis heure de t’avoir côtoyé, fils. Fut-ce un si bref moment.

 

Louis serra doucement la main du roi qui tenait toujours les leurs emmêlées.

 

-Vous êtes un exemple pour tous, monseigneur. J’espère être à la hauteur de la tache qui m’incombe.

 

-Je n’ai aucun doute la dessus. Puissiez vous vivre heureux, tous les deux.

 

Le roi lâcha les mains des deux époux et reposa les siennes sur son ventre. Peu après, il se figea définitivement. Philippe serra les dents et noua ses bras autour des hanches de Louis pour pouvoir blottir sa tête dans son cou. Ils restèrent ainsi de longues minutes, jusqu’à ce qu’un homme pénètre à pas feutrés dans la chambre.

 

-Votre Majesté ? Veillez me pardonner de vous interrompre…

 

Aussitôt, Philippe se redressa et essuya ses larmes.

 

-Que voulez-vous ?

 

-Il faudrait que vous me suiviez un instant, pour régler les papiers sire.

 

-Ça ne peut pas attendre quelques minutes ?

 

-Je suis désolé Altesse, mais vous savez qu’il vaut mieux tout régler rapidement afin d’éviter tout débordement…

 

Louis posa sa main sur la nuque de son époux en preuve de soutien et Philippe souffla un coup avant de hocher la tête.

 

-Je sais… vous avez raison, c’est juste que… c’est si rapide…

 

-Je sais majesté. Je vous promets que je vais faire le plus vite possible.

 

-Bien… je vous suis… Louis…

 

-Ne t’en fais pas, je te retrouve plus tard.

 

Louis posa un baiser sur la joue de Philippe qui lui fit un petit sourire triste avant de se diriger à la suite du notaire.

 

Louis resta un petit moment seul face au corps inerte du roi tentant de reléguer au fond de sa mémoire ses pires souvenirs, que ce décès ravivait. Il s’approcha et délicatement il posa ses lèvres sur le front du défunt dans un dernier adieu. Alors qu’il voulait se relever, Louis fut attiré par un minuscule cristal blanc qui brillait à la commissure des lèvres du roi. Louis se pencha davantage et put constater qu’il y en avait plusieurs. Sans réellement savoir pourquoi, Louis prit son mouchoir et essuya les lèvres du roi, récoltant ainsi les cristaux sur le tissus. Puis il sortit de la chambre, non sans avoir effectué une dernière révérence en direction du lit.

 

La journée passa et Louis ne put se retirer ces cristaux de la tête. Il avait un mauvais pressentiment et avait peur de savoir ce que ces petits cailloux pouvaient révéler. Philippe était complètement submergé par la tonne de travail qu’il avait à faire pour assurer la succession de son père, si bien qu’il s’absenta énormément pendant quelques jours, laissant Louis seul en proie avec ses doutes. Le jeune homme n’osa en parler à personne, pas même à Lothaire. Il ne voulait pas créer la panique pour rien et puis il passerait sans doute pour un fou. Il essaya donc d’oublier cette histoire, mais rien n’y fit. Et le troisième jour après le décès, la veille de l’enterrement, Louis profita que Philippe soit encore une fois occupé avec le notaire pour agir. Il trouva son époux dans son bureau, entouré de quelques ministres et s’approcha pour lui parler à l’oreille.

 

-Excuse moi de te déranger, je voulais juste te dire que je vais sortir faire un tour. J’ai besoin de m’aérer l’esprit.

 

Philippe hocha la tête, ses traits étaient tirés.

 

-Bien sur, je comprends, si seulement je pouvais en faire autant…. Sois prudent, surtout.

 

-Bien sur !

 

Louis salua d’un signe de tête les ministres qui lui rendirent une révérence et s’éclipsa. Il alla à l’écurie et prépara son cheval. Lorsqu’il était avec Philippe, ils préféraient tous les deux ne partager qu’une selle, en souvenir de leur premier réel échange, mais étant seul, Louis aimait bien monter son propre pur-sang. Une bête puissante mais douce que Philippe lui avait offert après la naissance d’Henri. Il partit au petit trot, tentant de maîtriser sa nervosité pour ne pas angoisser sa monture. Il se força à maintenir une allure tranquille, ne voulant pas risquer un accident stupide.

 

Louis traversa plusieurs villages, saluant les paysans au passage avant de s’engager sur un petit chemin de terre qui le mènerait à l’orée du bois. Une fois la lisière atteinte, Louis frissonna malgré lui. L’endroit lui avait semblé beaucoup plus accueillant la dernière fois qu’il était venu. Il se houspilla mentalement, l’éclairage devait sans doute être différent, voilà tout !

 

Louis s’avança jusqu’à apercevoir la maisonnée du druide. La cheminée ne crachait pas de fumée, l’endroit semblait désert et calme…. Trop calme…

 

 

 

* Vous croyez que je vous ai pas entendu dire « prendre ta place dans le cycle de la vie ?!! » lol

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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Mercredi 29 juillet 3 29 /07 /Juil 16:44
Edit du 13/08/09:
Non, je ne suis pas morte, je suis juste (enfin) en vacances (depuis le week end dernier pour être précise) et je suis allée passer quelque jours dans ma famille pour un retour aux sources revigorant et bien mérité!!! Comme promis la suite de Royale destinée arrivera dimanche, mais vu que je n'ai rien écrit depuis le dernier édit, c'est pas encore gagné pour passer à une publication par semaine... vous serez, bien sur, tenus au courant.
Bisous


Edit du 31/07/09:
La suite sera là dans 15 jours. J'ai encore pas mal de boulot pour cette semaine (eh non, je ne suis malheureusement pas en vacances!) donc pas vraiment le temps d'écrire.  Enfin peut être que je trouverai une inspiration subite... et dans ce cas, vous aurez la suite dimanche prochain... je verrai!
Bizz

Bonjour les gens
, je suis heureuse de vous retrouver pour la deuxième partie de royale destinée (on dirait un show télévisé!!! lol). Elle n'est pas totalement finie mais ça avance petit à petit. J'espère sincèrement qu'elle sera à la hauteur de vos espérances... Je vous tiendrai au courant pour vous dire si les publications se feront toutes les semaines ou toutes les deux semaines.
Encore une fois merci à tous pour vos commentaires! Le 600ème a été atteint il y a quelques jours par  "K"... encore une centaine de franchie...
Bonne lecture à toutes et à tous!
Bisous


DEUXIEME PARTIE
: Machination


Louis fit quelques pas dans la chambre pour enfant, s'arrêtant devant le berceau blanc. Avec tendresse, il remonta le drap de soie sur le corps du petit garçon endormi. Puis il resta debout, immobile, guettant les respirations paisibles, replongeant dans d'obscures pensées.

 

 

Flash back


 

Il était toujours allongé, ordre du druide ainsi que des médecins du royaume. Philippe avait dans un premier temps refusé de lui amener Aliénor, mais son époux était entré dans un tel état de crise qu'il avait finit par abdiquer et avait tenu sa promesse. Louis tenait donc dans ses mains tremblante un petit corps frêle et sans vie, entouré d'un linceul blanc. Et les larmes coulaient sur ses joues en ayant l'impression que jamais il ne pourrait les arrêter. D'ailleurs il n'essayait même pas. Il fixait avec angoisse le petit visage figé et tellement blanc. Espérant un miracle qui redonnerait la vie à sa petite fille, ne voulant pas croire qu'elle puisse être morte avant même d'avoir vécu, avant même qu'il ait pu lui dire à quel point il l'aimait; à quel point il l'avait désiré et rêvé. Il ne sut pas combien de temps il tint ce corps contre lui, mais au bout d'un moment, deux mains s'approchèrent pour le récupérer. Louis resserra sa prise et fusilla Philippe du regard, les yeux toujours remplis de larmes. Le prince soupira doucement et s'assit à côté de son époux.

 

-Louis, il faut que vous me la laissiez, maintenant. Ils attendent pour... ils l'attendent.

 

Comment annoncer à un parent qu'un cercueil attend son enfant avant de se refermer pour l'éternité?

 

Le jeune homme ne répondit rien, fixant à nouveau son regard sur sa fille. Philippe passa doucement une main derrière sa nuque et l'attira contre lui, sa tête dans son cou et Louis laissa éclater un sanglot. Philippe referma ses bras autour de son époux et de sa fille, tentant de rester fort pour deux. Louis pleura ainsi un long moment contre son époux puis à bout de force, il embrassa sa fille sur le front et lui confia l'enfant et se coucha en chien de fusil, fermant les yeux le plus fort possible pour ne pas la voir disparaître. Lorsque Philippe revint dans la chambre, les bras vides et le cœur lourd, la vision de son époux le brisa encore un peu plus. Il se dirigea vers la chambre adjacente et récupéra un deuxième corps, vivant celui-ci, mais tout juste. Philippe serra les dents. Il refusait de croire à cette vie fragile car il avait l'intime conviction que son fils ne tarderait pas à rejoindre sa sœur. Il était trop petit, trop fragile et sa respiration était irrégulière. Et il se maudissait d'avoir promis à Louis qu'il lui apporterai les enfants car, lui, s'accrocherait au moindre espoir qu'il pourrait trouver. Et le fait que leur fils, contrairement à toute attente, ait survécu à sa première nuit, serait sans doute pour Louis une raison largement suffisante pour y croire de tout son cœur. Malheureusement, Philippe savait également que si il s'avisait d'essayer d'empêcher Louis de voir son enfant restant, celui-ci ferait fi de toute interdiction, médicale ou non, et viendrait de lui même le chercher, quitte à devoir ramper sur les mètres qui les séparaient, à cause de sa cicatrice. Alors, le prince ravala ses larmes et prit délicatement le petit garçon contre lui avant de se diriger vers son époux. Effectivement, lorsque Louis le vit s'approcher, Philippe put distinguer une lueur s'allumer dans ses iris clairs. Louis se redressa et Philippe se réinstalla à côté de lui, pour lui tendre le petit homme. Louis le prit délicatement et le cala aux creux de ses bras, retenant se respiration. Il contempla en silence pendant de longues minutes son petit garçon, laissant échapper quelques larmes, mélangeant la joie et la peine. Philippe pour sa part, contempla son époux, ses yeux cernés et rougis révélaient toute sa détresse mais n'enlevaient rien à la bonté qui semblait émaner de lui. Au contraire, il semblait presque entouré d'une aura, comme si la douleur ne pouvait que sublimer l'être qu'il était.

 

Le petit Philippe poussa un petit soupir qui ressemblait à s'y méprendre à un soupir de bien être. Et en regardant le sourire de son époux, Philippe sut que son chagrin serait insurmontable. Il n'aurait pas du le lui apporter, il aurait du le convaincre que leur fils ne pouvait pas survivre dans ces conditions, que les quelques heures qu'ils avaient n'étaient qu'un maigre répit avant la deuxième vague de douleur. Une brève accalmie avant que la tempête ne se déchaine à nouveau et n'emporte tout sur son passage. Mais le prince n'osait pas troubler la tranquillité du tableau qui s'offrait à lui et il n'avait pas la force nécessaire pour briser les espoirs de son époux. Pour la première fois de sa vie, le prince Philippe s'autorisa à être faible. Juste un peu. Juste le temps de pleurer silencieusement ses enfants. Juste le temps de reprendre suffisamment courage pour être certain de pouvoir apporter le réconfort nécessaire à son époux quand l'heure fatidique viendrait, anéantissant toute parcelle d'espoir. Alors, comme quelques minutes plus tôt avec Aliénor, il enlaça Louis et le petit Philippe et il les berça doucement. Et malgré la promesse qu'il s'était faite, il accepta ce petit être comme étant son enfant et il sut qu'il allait l'aimer, au moins pour les quelques heures qu'il lui restaient à vivre.

 

Cette nuit là, le tout jeune Philippe III de Mésancourt cessa de respirer dans son sommeil. En entendant le cri de son époux, Philippe se réveilla en sursaut et immédiatement, il sut. Il se leva aussi vite que le lui permettait sa douleur et se précipita dans la chambre voisine. Louis, à genoux devant le berceau, continuait de hurler, ses mains s'accrochant compulsivement au bord du petit lit, alors qu'à l'intérieur, reposait le petit garçon. Philippe s'approcha de son époux mais Louis le repoussa. La deuxième tentative eut le même résultat. A la troisième, Philippe l'attrapa de force, l'empêchant de se débattre et l'attira contre lui pour le serrer fortement. Louis se débattit furieusement mais Philippe tint bon et au bout de quelques minutes, le plus jeune se laissa aller à l'étreinte chaleureuse de son époux, laissant une fois de plus couler ses larmes. Philippe aperçut quelques domestiques qui étaient arrivés, alertés par les cris. D'un signe de main, il les renvoya, voulant accorder un minimum de temps à Louis avant qu'on ne lui retire le corps de leur deuxième enfant.

 

Lorsque les sanglots se calmèrent, le jour pointait déjà son nez. Philippe releva doucement la tête de son époux, pensant que celui ci s'était endormi, rompu par le chagrin, mais il constata que ses yeux étaient ouverts. Ils étaient juste... vides... et ternes. Délicatement, il passa un bras derrière son dos et l'autre sous ses jambes et sans grosse difficulté, il le souleva. Louis, apathique, passa juste ses bras autours du cou de son époux par automatisme et se laissa porter dans leur lit. Là, Philippe l'allongea, le couvrit d'un drap et, constatant qu'il ne bougerait pas, il se permit de s'absenter deux petites minutes pour aller autoriser le personnel à récupérer le corps. Rapidement, il revint auprès de son époux et s'allongea à ses côtés, le serrant contre lui. L'état apathique de Louis l'inquiétait et malgré toute sa douceur, il ne parvint pas à le faire réagir. Lorsqu'une énième tentative échoua à nouveau, Philippe craqua nerveusement et les larmes qu'il avait refoulé s'invitèrent d'elles mêmes.

 

-Louis...

 

-...

 

-Louis, je vous en prie... ne faites pas ça.... ne me laissez pas... ne me laisse pas, s'il te plait... j'ai besoin de toi... tellement besoin de toi.

 

-...

 

Philippe finit par s'allonger contre son époux, l'enserrant par la taille et reposant sa tête dans son cou, tentant de maîtriser les sanglots qui le secouaient. Et lorsque, n'y croyant plus, Philippe s'apprêta à se relever pour se sécher les yeux et aller s'occuper des funérailles de ses enfants, Louis passa ses bras autour de sa taille et le ramena contre lui. Son regard était toujours aussi vides, mais au moins, il avait réagi. Philippe se cala à nouveau contre lui et ensemble, ils purent pleurer leurs enfants, unis dans la douleur.

 

Les funérailles eurent lieu le lendemain. Mais Louis, toujours cloué au lit ne put y assister. Il passa la journée allongé, alternant les moments de somnolence et les pleurs. Suivant de loin les évènements à l'aide des sonneurs de trompettes et de cors. Au moment de la marche funèbre, il sentit son ventre se contracter violemment. Malgré tout l'amour qu'il leur avait donné, ses enfants n'avaient pas survécu. Louis eut tout juste le temps d'attraper un récipient avant de vomir de la bile, n'ayant rien pu avaler depuis longtemps. Lothaire qui avait tenu à rester à ses côtés puisque Philippe se devait d'être présent à l'enterrement, le regarda, impuissant. Il se contenta de poser sa main sur l'épaule de son ami, les mots paraissant bien trop dérisoires.

 

Les jours qui suivirent furent un calvaire pour Louis. Le seul et unique avantage à cette situation était le rapprochement entre les époux. Depuis le « dérapage » de Philippe qui avait tutoyé Louis dans un moment de détresse, les deux hommes n'étaient plus revenu au vouvoiement, abattant ainsi de nouvelles barrières entre eux. Mais malgré cela, louis n'eut bientôt plus qu'une idée en tête, mourir à son tour pour pouvoir rejoindre ses enfants. A nouveau, il était très entouré et Philippe, Lothaire et François se relayaient sans cesse pour ne jamais laisser le jeune homme seul. Cependant, Louis se renfermait considérablement, refusant tout contact et rejetant la nourriture. Il périssait à vue d'œil, laissant ses amis dans une grande inquiétude et indécis. Malgré sa propre souffrance, Philippe se faisait un devoir de rester auprès de son lui le plus possible, déléguant les taches qui lui étaient assignées, cherchant par tous les moyens à lui redonner goût à la vie, mais les règles de Mésancourt ne prenaient pas en compte la douleur, ni les sentiments.

 

Et si la période puerpérale fut douloureuse pour Louis, l'horreur fut à son comble lorsque la reine refit son entrée. Elle toisa Louis d'un regard méprisant, alors qu'il était une fois de plus couché, et son ton avait sonné tel un glas morbide.

 

-La royaume de Mésancourt est en attente d'un héritier. Il vous faut vous remettre au travail.

 

Elle avait lâché cela comme une bombe, sans laisser paraître la moindre once de sympathie ni même d'empathie. Mais ses paroles eurent au moins l'effet de sortir Louis de sa torpeur.

 

-Comment pouvez-vous me dire cela maintenant? Mes enfants sont à peine enterrés!

 

-Vous traversez une épreuve, j'en conviens. Mais la vie est aussi faite de souffrance. N'oubliez pas que votre rôle dans ce château est de donner des héritiers à la couronne. Vous avez échoué une fois, vous vous devez de recommencer... et de réussir, cette fois!

 

Le jeune homme était scotché. Mais avant qu'il n'explose, Philippe intervint.

 

-Mère, le moment est fort mal venu. Vous auriez au moins pu attendre que la période de deuil soit passée.

 

-Le deuil pour de si petits enfants est négligeable, mon fils*. Et vous le savez pertinemment! Vous avez fauté, tous les deux. Malgré cela, j'ai déjà eu l'obligeance de vous accorder plus d'une demi lune. Vous ne pouvez plus reculer davantage. Vous savez ce qu'il adviendra du royaume si vous tardez trop à lui offrir un successeur! Les prédateurs sont nombreux et...

 

-Je sais, mère! Tous les prédateurs attendent la moindre brèche pour s'emparer du trône. Sachez que je suis le premier concerné. Nous allons voir ce que l'on peu faire. Merci de votre... visite!

 

La reine se retira et Philippe se mit à faire les cent pas. Puis, semblant avoir une idée, il s'approcha de Louis, toujours dans le lit. Croyant qu'il allait devoir s'unir à son époux, Louis se recroquevilla dans un coin du lit et se couvrit avec son drap, levant la main devant lui en signe de protection.

 

-Non...

 

Philippe secoua la tête tristement.

 

-Calme toi, Louis. Je ne vais rien faire aujourd'hui. Nous allons faire venir les médecins et je suis certain qu'ils prouveront que tu n'es pas apte à réitérer une grossesse si tôt. Nous pourrons ainsi gagner du temps.

 

Louis baissa doucement sa main mais lorsque Philippe voulut l'attraper pour y déposer une caresse, il la retira vivement. Philippe sentit son cœur se contracter. Il avait beaucoup de mal à supporter que son époux ne tolère plus son contact. Même la nuit, il se serrait le plus près possible du bord pour l'éviter. Philippe se gardait bien de tenter de le toucher pour ne pas empirer sa crainte, mais cette attitude le brisait un peu plus à chaque fois. Les seuls moments ou il l'acceptait était lors de ses crises de larmes et d'angoisse. Louis se réfugiait alors dans ses bras, se laissant bercer et pouvait rester de longues heures ainsi. Mais si Philippe tentait le moindre contact qui pouvait un temps soit peu faire penser à une avance, Louis le repoussait immédiatement. Non pas qu'il ait eu particulièrement envie de faire l'amour ces derniers temps, non, il avait bien d'autre choses à penser, mais il savait que le jour où il devrait reprendre les essais de grossesse arriverait. Il avait juste espéré avoir plus de temps. Le jeune prince soupira en constatant le nouveau rejet de son époux.

 

-Louis... je ne te veux pas de mal, tu le sais, n'est-ce pas?

 

Louis hocha la tête, cherchant à comprendre où il voulait en venir.

 

-Les médecins vont surement nous donner un peu de temps mais... d'une certaine manière ma mère a raison. Un jour ou l'autre, il nous faudra songer à offrir cet héritier tant attendu. Et cela me paraît fort compromis si tu n'acceptes même pas que je te touche.

 

Les yeux de Louis se remplirent de larmes et Philippe se maudit d'être toujours la personne qui le faisait souffrir. A nouveau il soupira.

 

-Acceptes-tu que je t'embrasse?

 

-...

 

-Juste un baiser, Louis. Rien de plus.

 

Louis hocha doucement la tête. Une peur insidieuse montait en lui, mais il se raisonna. Il avait confiance en son époux. Il avait simplement développé une peur panique du rapport sexuel. Comme si ce simple fait pouvait déclencher une nouvelle grossesse et l'amener à revivre les horreurs de ces derniers temps. Il avait beau se dire qu'il lui faudrait du temps avant de pouvoir retomber enceinte, il ne pouvait s'empêcher de paniquer à chaque approche de son époux. Il savait qu'il le blessait et il se blessait aussi lui même. Son époux lui manquait cruellement. Mais il n'arrivait pas à se contrôler, la peur était plus forte que lui.

 

Philippe s'approcha et passa délicatement une main sur sa joue en une douce caresse. Puis il approcha sa tête de celle de Louis, prenant soins d'éviter les gestes brusques. Ses lèvres caressèrent celles de son époux avant de s'imposer un peu plus fermement. Malgré lui, Philippe sentit une bouffée de désir embraser ses reins alors qu'il intensifiait le baiser. Il arriva tout de même à se contrôler en constatant que Louis répondait à peine au baiser. Et il s'écarta de lui lorsque sa main, toujours sur la joue de son époux, fut mouillée par ses larmes. Il essuya les perles d'eau et posa un baiser sur le front de son époux avant de se lever.

 

-Je vais chercher les médecins... Et effectivement, les médecins conseillèrent à Louis de rester allongé et au repos encore un moment et de ne surtout pas retenter une grossesse maintenant. Ce délai le rassura autant qu'il le paniqua, au fur et à mesure que les jours filaient. La reine passait régulièrement, s'assurant de l'évolution de l'état de santé de Louis et malheureusement, un jour arriva où les médecins le déclarèrent complètement guéri physiquement. Ce jour arriva à peine trois mois après la perte des enfants et la réaction ne se fit pas attendre, la reine Anne fut à nouveau dans leur chambre et les ordres furent clairs. Plus rien ne les empêchaient de mettre en route le prochain roi de Mésancourt. Plus rien sauf Louis, qui restait encore très réticent aux contacts physiques avec son époux. Pourtant il savait qu'il le fallait. Il savait aussi que les rumeurs grondaient au château et dans les campagnes. Les vues sur le trône étaient nombreuses et seule l'arrivée d'un héritier pouvait calmer les esprits. Louis le savait et s'efforçait de se raisonner, mais son corps restait totalement bloqué.

 

Le soir même, comme souvent ces derniers temps, Philippe se pencha sur lui pour le câliner un peu. Ses lèvres trouvèrent les siennes et Louis répondit par automatisme au baiser, sans parvenir à y trouver du plaisir. Aussi lorsque la main de son époux s'aventura sous sa chemise, il se tendit, appréhendant la suite. Philippe ne se découragea pas et tout en continuant ses douces caresses sur son torse, sa bouche partit en explorations dans le cou de Louis, allant taquiner les zones qu'il savait sensibles, avant de remonter à son oreille.

 

-Je vais aller doucement. Ça va aller.

 

Louis ferma les yeux, tentant de retrouver les sensations qu'il avait pu connaître dans les bras de Philippe, mais aussitôt les images de deux petits corps immobiles lui sautèrent aux yeux. Alors il les rouvrit et tourna la tête, espérant que son époux finirait rapidement. Mais au bout de quelques minutes, voyant que Louis ne ressentait rien, Philippe se redressa.

 

-Je ne peux pas faire ça... pas comme ça... nous attendrons le temps qu'il faudra, Louis, ne t'en fais pas. Et je m'occupe de ce que ma mère dira!

 

Effectivement, Louis ne fut pas ennuyé. Et malgré les regards haineux et méprisants qu'elle pouvait lui lancer, la reine Anne n'ouvrit jamais la bouche à se sujet. Mais quand, deux semaines plus tard, trois tentatives de prises de pouvoir furent avortées successivement, dont une de justesse, Louis sut qu'il n'avait plus le choix. L'inquiétude dans les yeux de son époux ne le trompait pas et le soir même, il l'entraina sur lui et lui fit comprendre ce qu'il attendait.

 

-Non, Louis, tu n'es pas prêt.

 

-S'il te plait, Philippe. Fais le... il le faut.

 

Après un instant d'hésitation, Philippe se pencha pour embrasser son époux et assez rapidement, il sentit cette douce chaleur qui lui manquait tant se répandre dans son corps. Et avec douceur, ils s'unirent à nouveau, chacun tentant d'ignorer les larmes de Louis qui inondaient l'oreiller.

 

Ainsi reprit une certaine routine. Les deux hommes faisaient régulièrement l'amour et malgré toute l'attention et la tendresse de Philippe, cela tournait au véritable fiasco. Louis, qui se forçait à chaque fois à ouvrir les jambes ne supportaient plus aucun autre contact avec Philippe, refusant même de partager sa couche. Et Philippe qui sentait sa culpabilité grandir un peu plus chaque jour, coincé entre son époux et son devoir, essayait de réduire ces séances le plus possible, d'en faire des moments doux et non des actes barbares et répétés. Il avait l'impression d'être revenu des mois en arrière et ne pouvait plus se regarder en face. Les époux s'éloignaient l'un de l'autre aussi sûrement qu'ils se détruisaient.

 

Malgré les efforts conséquents de son époux, Louis eut envie de tout envoyer promener, Mésancourt, la reine Anne, la cour. Et il était arrivé à un point où il les avaient haïs. Ils les avait haïs de ne pas comprendre sa peine et son désespoir. Il les avait haïs de ne pas le laisser pleurer ses enfants en paix. Il les avaient haïs de ne pas lui laisser le temps de faire son deuil. Et rapidement, pour son plus grand malheur, il se retrouva enceinte à nouveau. La scène aurait pu être identique à la première fois. Debout au milieu de sa salle d'eau, Louis posa soudainement une main sur son ventre et à nouveau, il sut que la vie était présente dans son ventre. A la différence près qu'au lieu de se précipiter vers son ami pour lui annoncer l'heureuse nouvelle, il s'effondra en sanglot sur le carrelage étincelant. C'est ainsi que Philippe le trouva, recroquevillé sur lui même, la main toujours sur son ventre. En apprenant la nouvelle, le prince avait senti un immense soulagement l'envahir et arrêta aussitôt d'imposer des rapports à Louis, souhaitant lui laisser du temps.

 

Louis, quant à lui, n'en revenait pas. Il avait eut tellement de difficultés à tomber enceinte la première fois. Il avait du attendre des mois et recourir à des potions pour avoir la moindre de chance d'offrir un héritier à son époux. Et là, alors qu'il n'en voulait pas, l'enfant s'imposait à lui, profanant son corps, déjà meurtri. Y avait-il plus grand injustice? Alors il avait nié en bloque cette grossesse, refusant de parler d’avenir, de leur futur enfant, il avait tout rejeté et s’était enfermé dans sa douleur, souhaitant perdre cet enfant qui l’habitait et dont il ne voulait pas. Pas si tôt, pas comme ça. Combien de fois il se surprit à s'acharner sur son ventre avec ses poings, avec des objets, voulant chasser cet être qu'il n'avait pas désiré, qui osait prendre la place de ses enfants. Mais cette fois ci, et à son plus grand désespoir, l'enfant était bien accroché et rien ne semblait pouvoir le décider à se déloger. Louis continuait de refuser tout contact avec son époux. D'ailleurs il refusait tout contact avec qui que ce soit. Même Lothaire avait des difficultés à percer la carapace de son ami.

 

Les premiers temps, Philippe se retrouva complètement dépassé, mais un jour, n'en pouvant plus de cette situation et ayant peur à tout moment de perdre à la fois son époux et son enfant, il prit la décision de changer les choses. Cela ne serait pas facile, mais il se savait bien entouré par François, par Lothaire, mais aussi, plus subtilement par son père, qui se chargeait d'un grand nombres d'affaires qui lui revenaient d'ordinaire, qui ne cessait de l'encourager à ne pas perdre espoir et qui lui permettait d'avoir beaucoup plus de temps libre, pour pouvoir retrouver ses appartements et son époux.

 

Alors, à grand renfort d'amour et de tendresse, Philippe s'efforça dans un premier temps d'ouvrir les yeux de Louis, lui faisant accepter avec plus ou moins de difficulté la réalité de sa grossesse. Puis il s'imposa de lui même dans leur lit commun, tenant son époux contre lui. Et si les premiers temps, Louis se tenait raide comme un piquet et empêchait ses mains de se poser sur son ventre, il finit par se détendre, constatant qu'il ne s'agissait que de simples étreintes.

Philippe s'efforça également d'apprendre à Louis, les joies que la première grossesse, de part ses risques n'avait pas pu lui apporter. Il fit construire un nouveau berceau pour éviter les mauvais souvenirs, il avait régulièrement un petit présent à offrir pour Louis ou pour le bébé, il parlait d'un futur, qui dans sa bouche paraissait merveilleux, abordant le sujet des prénoms, de l'éducation, mais aussi de beaucoup d'autres choses n'ayant pas forcément trait à la grossesse. Il n'avait jamais de réponse, mais se contentait de son monologue qu'il soufflait à l'oreille de Louis, appréciant sa chaleur et le fait qu'il ne fuyait plus lorsque ses bras se refermaient autour de lui. Il le protégeait de la froideur de sa belle mère, l'envoyant souvent sur les roses avant même qu'elle n'ait eu le temps de dire quoique ce soit, évitant ainsi toute parole blessante. Il força également Louis à sortir de la chambre, d'abord sur le balcon, puis à faire quelques pas dans les jardins et enfin, il l'invitait à faire de longues ballades à pied ou à cheval, juste tous les deux, comme la première fois, ou bien accompagnés de Lothaire et de François, rajoutant ainsi de la bonne humeur à leur journée. Grâce à son époux, Louis apprit avec beaucoup de difficultés à redécouvrir son corps, sans gène, sans avoir honte de ses nouvelles rondeurs qui s'accentuaient un peu plus chaque jour, recevant sans cesse des compliments de sa part. Il commença par de simples caresses, à peine des effleurements, sur les bras, sur le torse, puis au fur et à mesure des semaines, il s'égarait plus ou moins sur son corps, sans jamais approfondir quoique ce soit, en s'arrêtant toujours juste avant que Louis n'ait à le lui demander. Il ne cessait d'attiser ses envies, sans jamais y répondre, osant un peu plus à chaque fois, mais ne dépassant jamais certaines limites. Philippe finit ainsi de nombreuses fois condamné à se soulager seul, chose qu'il avait en horreur, mais il sentait que tout cela finirait par payer.


Effectivement, petit à petit et bien malgré lui, Louis réapprit à être détendu, puis à sourire, à rire. Une étincelle de vie avait reprit place dans ses yeux, fragile, mais bien présente. Il lui arrivait même de passer plusieurs heures sans penser à ses enfants perdus. Il s'épanouissait doucement sous le regard de la cour, mais encore bien davantage dans l'intimité de la chambre conjugale. Et c'est lui qui un jour, au creux des bras de Philippe qui babillait encore sur l'éducation de l'enfant à naître, posa ses lèvres sur les siennes, l'empêchant ainsi de continuer son discours. Au début surpris, le prince s'empressa d'y répondre avec plaisir. Ce fut un baiser assez bref et peu poussé, mais c'était Louis qui en était l'instigateur et cela pour la première fois depuis bien longtemps. Et Philippe sentit son cœur accélérer grandement alors que ses yeux ne quittaient pas ceux de son époux. Il tentât néanmoins de rester le plus calme possible et reprit la parole.

 

-Je disais donc que je pensais supprimer la géo-politique du programme d'apprentissage. C'est trop barbant pour un enfant, crois-en mon expérience! Par contre je lui apprendrai tout ce que je sais au combat rapproché. Je suis plutôt doué... mais mieux vaut que tu ne t'occupes pas de ça, il risquerait de se faire battre par tout le monde, sinon! ajoutât-il avec un petit sourire qui lui fut rendu.

 

Louis n'était effectivement pas très doué au combat rapproché, et c'était peu de le dire.

 

-Par contre, reprit Philippe, intarissable, tu lui apprendras le tire, là, tu es nettement plus doué que moi. Je crois que je serai capable de rater une vache dans un couloir, même avec le meilleur arc de la région! Et puis tu sais...

 

-J'aime bien Henri!

 

-...

 

-...

 

-Pardon?... demanda le prince en retenant son souffle, n'osant pas croire qu'il avait bien entendu son époux.

 

-Je disais que j'aimais beaucoup Henri comme prénom... la dernière fois tu m'as proposé Bartholomé... et il est hors de question que mon fils s'appelle comme cela!

 

Philippe se tut. Pour la première fois, Louis abordait le sujet de leur enfant. Et il proposait même un prénom. Le prince déglutit et sa voix trembla légèrement lorsqu'il reprit la parole.

 

-Et si c'est une fille?

 

-Alors, ce sera à toi de choisir.

 

Philippe acquiesça lentement, sentant ses yeux s'embuer à cette conversation si semblable à celle qu'ils avaient eu durant la première grossesse. Il avait réussi! La bataille n'était certes pas encore totalement gagnée, mais le plus dur était passé. Le temps était venu de se reconstruire. Il passa sa main sur la joue de son époux et ses mots ne furent absolument pas prémédités lorsqu'ils passèrent ses lèvres.

 

-Je t'aime, Louis.

 

Le silence se fit durant quelques secondes pendant lesquelles les paroles de Philippe s'inscrivaient dans la tête de Louis, puis le jeune homme plongea à nouveau sur les lèvres de son époux. Il retrouvait un désir enfoui et le besoin d'unir leur corps trop longtemps séparés. Cette fois, Philippe le savait, il n'aurait pas besoin de se soulager seul.

 

Deux mois plus tard naquit le petit Henri de Mésancourt, un beau bébé en bonne santé que le druide déposa dans les bras de Philippe avec émotion. Mais lorsque celui-ci s'approcha de Louis avec le poupon, il eut droit à un sourire mais Louis n'effectua pas un geste envers son fils. Étonné, Philippe lui tendit le petit paquet de lange, mais Louis le repoussa et détourna la tête. En lui, le sournois serpent de la culpabilité éclatait à nouveau. Il avait détesté cet enfant de toute son âme, il avait essayé de le tuer, refusant de lui donner une chance. Comment aurait-il pu être digne de le prendre dans ses bras? Comment pourrait-il être digne de la tache qui l'attendait? Mais cette fois ci, Philippe n'attendit pas que les choses s'enveniment et il plaça d'autorité le bébé dans ses bras. Puis il s'éloigna chercher un biberon** qu'une femme de chambre avait préparé. Louis fut stupéfait de constater à quel point la forme de ses bras semblait être faite pour accueillir ce petit être là. Comme si il avait poussé dans le moule de ses bras, s'emboitant parfaitement dans les creux. Philippe revint avec le biberon et le tendit à Louis. Celui-ci hésita puis l'attrapa avant de le porter aux lèvres de l'enfant. A l'instant ou la petite bouche se referma avide sur l'embout, Henri ouvrit grand ses yeux et ancra ses prunelles dans celles de Louis. Deux paires d'yeux presque parfaitement identiques. A cet instant précis, Louis tomba irrémédiablement sous le charme de son fils et quelques larmes de joie firent leur apparition. Enfin, une sorte de déclic se fit chez Louis. Il serrait dans ses bras son enfant. Leur enfant. Bien vivant, bien portant: une promesse, un avenir, un espoir. Philippe s'installa à ses côtés et passa ses bras autour de ses épaules. Le druide s'éclipsa discrètement, laissant au passage les instructions pour la convalescence de Louis à Lothaire et François qui attendaient nerveusement dans le couloir et referma la porte sur une famille petite et blessée, mais solide.

 

Quelques jours plus tard, le petit garçon fut baptisé dans les plus pures traditions de Mésancourt, l'intégrant à la cour et annonçant son destin de futur roi. Les félicitations arrivèrent de toutes part, et Louis fut très ému en recevant un colis de son père et de son frère qui semblaient tous les deux très heureux pour lui et lui souhaitaient beaucoup de bonheur. Accompagnant la missive, un certain nombres de spécialités de la Castille dont Louis raffolait et qu'il put faire découvrir à son époux. Ce jour la, lorsqu'ils se retrouvèrent à nouveau tous les trois, Philippe ôta son collier, celui qui s'emboitait dans la parure de Louis et qu'ils n'avaient jamais retiré, ni l'un ni l'autre, depuis le bal. Il le passa autour du cou de son fils, ajustant la chaine.

 

-Ainsi, dit-il, vous avez chacun une partie de moi.

 

Peu à peu, la vie reprit ses droits à Mésancourt. Louis et Philippe apprenaient à être parents tout en endossant à nouveau les responsabilités qui leur était assignées. Et ils étaient heureux.

 

 

Fin du flash back


 

Louis soupira à ses souvenirs, toujours devant le berceau de son fils. Il sentit deux bras enlacer sa taille et une bouche taquine s'aventurer dans son cou.

 

-Il va très bien, ne t'en fais pas.

 

Louis hocha la tête, mais ne quitta pas son fils du regard.

 

-Je le sais bien. Je prends simplement plaisir à l'observer, c'est tout.

 

-Hmm... toute ton attention est tournée vers lui, je pourrai bien être jaloux.

 

-Tu pourrais... cela serait parfaitement ridicule, mais tu pourrais!

 

-Eh! Je ne te permets pas!

 

Louis posa sa tête en arrière et Philippe attira vers lui la bouche tentatrice pour échanger un baiser tendre.

 

-Je t'aime.

 

-Je t'aime aussi.

 

Ces quelques mots, il avait eu du mal à les sortir. Même alors que Philippe les lui disait régulièrement. Mais comme pour le reste, grâce à la tendresse de son amant, il avait finit par surmonter sa crainte. D'abord sous le coup de la jouissance, comme pour pouvoir excuser ses mots, puis dans des moments de tendresse et de complicité, puis enfin, dans la vie de tous les jours. Comme maintenant.

 

Bien sur, toutes les plaies n'étaient pas encore totalement cicatrisées. Louis devaient encore se battre chaque jour contre lui même pour apprendre à se pardonner la perte de ses enfants. Perte dont il se sentait entièrement responsable, engendrant parfois des crises d'angoisse et un besoin irrépressible de voir son fils, de s'assurer que tout allait bien, qu'il respirait, qu'il était bien vivant. Alors il pouvait parfois passer de longues heures comme il le faisait actuellement, à regarder son fils dormir, manger, s'amuser... parfois il se réveillait angoissé au milieu de la nuit et se précipitait dans la chambre voisine, la peur au ventre de n'y trouver qu'un corps figé et froid. Mais chaque fois, une respiration régulière le rassurait. Et chaque fois, une paire de bras bien connus et chaleureux finissait par venir le chercher pour le ramener dans leur lit commun. Et bien à l'abri, dans le cocon de ces bras, il pouvait alors se rendormir serein.

 

Louis resta un moment dans les bras de son époux, à contempler leur enfant. Puis son regard dévia jusqu'au mur. Quelques dizaines de fleurs de lys y étaient accrochées. Chaque fois que Philippe avait du s'absenter, une de ces fleurs avait pris sa place pour rester continuellement dans le cœur de son époux. Louis finit par se tourner pour faire face à Philippe et leur lèvres se retrouvèrent à nouveau, avant qu'il n'attire son époux dans leur chambre. Il avait en tête des activités qu'il ne pouvait pas décemment faire juste devant leur fils, même endormi.

 

Alors que ses vêtements tombaient un à un au sol, Louis poursuivit sa méditation avant de perdre la tête de plaisir. Finalement, après la soumission, l'indignation, la peur, la douleur et la haine, il avait réussi à trouver une raison de se relever et de continuer à avancer. A présent il avait une famille. Pour elle il vivrait, il se battrait, il sacrifierait tout. Il ne savait pas à quel point cette phrase serait vraie.

 

 

 

*Ouais, à l'époque les enfants n'étaient pas vraiment considérés comme des personnes à part entière avant un certain âge, donc le deuil ne se faisait pas vraiment, il n'étais pas utile.

 

**Eh oui! Aussi étonnant que ça puisse paraître, les biberons étaient déjà là à l'époque. Ils étaient en bois ou bien taillés dans des cornes de vaches. Ils avaient des trous creusés au bout et les familles aisées avaient des tétines en cuir tanné.

Par Meryl - Publié dans : Royale destinée
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