Edit du 24/10/09
Tout le monde s'en fout mais le 13 octobre, ce blog fêtait ses 2 ans.... eh ben, si on m'avait dit ça...lol
Bon, vu l'abyssal retard que j'ai, je ne vais pas attendre dimanche pour poster la suite.
Donc ce chapitre n'est pas relu, pas corrigé, pas... tout ce que vous voulez.
Encore une fois je m'excuse platement pour ces longues semaines d'absence. Il reste donc un chapitre pour cette 2ème partie après laquelle je ferai une pause pour cette histoire. Je ne vous le promets pas pour dimanche prochain, c'est pari impossible, mais promis, je fais au mieux.
Une fois Royale Destinée en pause, je terminerai mes autres fics et enfin je pourrai commencer mes nouvelles histoires.
J'espère que le programme vous convient.
Merci à ceux qui sont encore là, merci à ceux qui postent, merci à Skorpan (je veux la suite de ta suite de ma fic!!!...euh, c'est compréhensible?!!...lol). Je vous invite à lire l'article précédemment posté (intitulé « retard ») car j'y ai mis quelques édits où j'explioque certaine choses, pour ceux que ça intéresse. Je ne vous laisse pas languir plus longtemps.
Très bonne lecture à tous!
La marche se fit en silence. Louis avait pris la tête, tenant Henri contre lui et se tournait de temps en temps pour surveiller son ami qui suivait en silence, le visage pâle et défait. Suzanne marchait à ses côtés avec Hector dans les bras. Louis avait l’impression que son cerveau s’était mis en pause de tout sentiment. La seule chose qui comptait pour le moment était de trouver un endroit sûr pour la nuit. Il avait complètement occulté les évènements de la journée pour éviter de s’écrouler sur place. Au lieu de cela, il avançait un pas après l’autre, sans interruption autre que les brefs coups d’œil jetés en arrière. Au bout d’un petit moment, Suzanne le rattrapa et lui demanda où il les emmenait.
-Dès demain nous prendrons la route mais aujourd’hui, il est trop tard. Je pense que nous ne serons pas en sécurité tant que nous serons entourés d’habitations. La somme pour notre capture est élevée. Pas un paysan ne passerait à côté, chaque personne que nous croiserons sera donc un danger potentiel. Il faut que nous allions dans un endroit où personne ne va jamais.
-Je ne connais aucun endroit qui soit totalement isolé de la population, Louis. reprit Suzanne après quelques instants de réflexion.
Pour la premières fois en plus de deux heures de marches, Louis s’arrêta. Il régula sa respiration et remonta Henri contre lui.
-Je pensais aller chez le druide…
Lothaire qui les avait rejoint ouvrit la bouche pour la première fois depuis leur départ.
-Tu oublies que les gardes sont déjà allés chez le druide. Tu m’as dit toi même que la maison avait été dévastée dans un premier temps et abandonnée par la suite.
-Je sais bien, Lothaire… mais je crois… je pense que puisqu’ils ont déjà fouillé et retourné cet endroit, il n’y reviendront pas. C’est sûrement le dernier endroit où ils s’attendent à nous voir… Et honnêtement, à part là, je ne vois pas du tout où aller. Je ne connais que très peu de monde qui ne vive pas au château… Et puis, c’est juste l’histoire d’une nuit… Qu’en pensez-vous ?
Lothaire hocha la tête doucement.
-Tu as sans doute raison. De toutes manières, nous n’avons pas le choix, la nuit va tomber et cela serait de la folie de rester dehors avec les garçons. Et je nous vois mal allumer un feu avec le monde qui nous recherche...
La marche repris son cours, toujours en silence et la petite troupe finit par atteindre la maisonnette autrefois habitée par le druide. Ils restèrent tous les trois un instant immobile sur le seuil, n'osant troubler la quiétude du lieu. Louis se demandait où les meubles avaient pu être emmenés. Il ne restait rien qui aurait pu prouver la présence récente d'un être humain à cet endroit. Lothaire et Suzanne s'assirent dans un coin et les deux garçons se retrouvèrent avec plaisir.
-Je vais vous laisser un peu seuls, dit Louis, je te présente toutes mes condoléances et toutes mes excuses Lothaire... sincèrement.
-Tu n'y es pour rien, Louis... absolument pour rien. Répondit Lothaire d'une voix morne.
Louis, peu convaincu hocha la tête et, ne voulant pas les déranger plus longtemps, sortit de la maison.
-Ne t'éloigne pas trop, lui lança Suzanne, et sois bien prudent.
Louis referma la porte derrière lui et fit quelques pas, respirant profondément l'air pur de la forêt et fermant fort les yeux pour empêcher ses larmes de couler. Cette journée resterait gravée au fer rouge dans sa mémoire. Il fit quelques pas mais à peine avait-il atteint la margelle du puis qu'un bras le ceinturait et qu'une main bloquait sa bouche. Louis fut rapidement trainé vers la forêt, hors de vue de quelconque habitant de la maisonnée. Louis sentit la terreur revenir au grand galop et ce fut comme ci toutes les émotions de la journée remontaient en lui et explosaient sous forme d'une haine sans nom et d'une violence qu'il ne se connaissait pas. Il se mit à se débattre de toutes ses forces, se tortillant, lançant ses coudes, ses pieds et sa tête dans tous les sens, cherchant à atteindre n'importe quel point du corps de l'homme qui le retenait. Son assaillant sembla un premier temps surpris de cette brusque réaction mais se ressaisit rapidement en resserrant sa prise. Il sembla à Louis que son agresseur lui disait quelque chose mais c'est comme si il avait perdu ses sens et continuait à se débattre avec fureur. Enfin il mordit férocement la main qu'il avait à portée, frappa un violent coup de coude en plein milieu des côtes et sentit son corps libéré de l'étreinte. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, il s'effondra, n'étant plus porté par ses jambes. Mais immédiatement, l'adrénaline agissant toujours, il se saisit de la première branche qu'il trouva et se releva en se retournant et en assenant un coup sur la tempe de son ennemi le plus fort possible. L'homme s'effondra dans un grand cri mais lorsque Louis s'approcha de lui en levant sa branche, prêt à frapper une seconde fois, l'homme leva la main en signe de protection.
-Louis!
Louis s'immobilisa. Il connaissait cette voix. La branche toujours prête à s'abattre et tous les sens en alerte, Louis s'approcha du corps agenouillé de l'homme et lorsque celui-ci releva sa tête ensanglantée, Louis eut un hoquet de stupeur.
-François?
-Lui même... heureux que vous vous en rendiez compte avant de m'achever...
Louis laissa tomber la branche et tomba à genoux à côté du duc, passant ses bras autour de ses épaules.
-Je suis désolé, je suis désolé... mais que faites-vous ici? Vous m'avez fait peur, j'ai cru... j'ai cru... je suis désolé, pardonnez moi...
François posa une main sur son épaule et de l'autre, tenta d'essuyer le sang qui maculait une partie de son visage.
-Ça va... les plaies au crâne sont souvent impressionnantes, mais celle ci devrait être sans gravité... quoique j'avoue que vous ne m'avez pas raté. Vous avez drôlement progressé en combat rapproché...
-Je...je vous demande pardon! Venez, nous allons vous soigner...
Mais François se releva en secouant doucement la tête.
-Non Louis, je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis venu ici en espérant vous trouver, mais je dois vite retourner au château.
-Comment avez-vous su que nous viendrions ici?
-J'ai appris à te connaître Louis et je savais que tu chercherais à joindre Lothaire... je savais aussi que vous ne pouviez pas rester bien longtemps chez eux... j'ai appris pour ses parents, transmet lui toutes mes condoléances.
Louis hocha la tête.
-Peut-être aurais-je du venir vous trouver d'abord?
-Vous seriez mort! Les soldats sont venus chez moi avant de se rendre compte que vous étiez parti chez Lothaire. Cette décision vous a sauvé la vie.
-Ce n'était pas une décision, j'étais paniqué, je ne savais pas où aller, il est la seule personne qui m'est venu à l'esprit... et maintenant sa famille est aussi détruite que la mienne... quel glorieux roi je fais....
-Louis... je suppose que ce que je vais vous dire ne changera rien à l'idée que vous avez de vous même... mais lorsque les gardes étaient chez moi, je les ai entendu parler. Les ordres sont sans appel, Henri et vous êtes recherchés morts ou vifs. Et si vous êtes tués, vos cadavres doivent être ramenés comme preuve. Si Lothaire et son épouse étaient restés chez eux, leur sort aurait été le même. Adélaïde ne veut personne en travers de son chemin...
-Oui et la reine l'a bien aidé... répliqua Louis, haineux.
-Hmm... je ne sais pas... Je crois que la reine avait fini par prendre son parti de vous voir au pouvoir... Certes elle ne vous aimez pas, et c'est peu de le dire, mais elle savait que Philippe vous aimait...
-Elle était à ses côtés François... quand ils l'ont...
Louis s'interrompit pour éviter de fondre en larmes une fois de plus.
-Louis... je n'excuse en rien son comportement... mais Philippe pensait qu'elle était manipulée par Adélaïde et très honnêtement je le pense aussi. Adélaïde lui donne l'impression qu'elle a du pouvoir, mais c'est elle qui tire toutes les ficelles. Elle contrôle son petit monde et si vous n'étiez pas arrivé au château, je peux parié que Philippe aurait fini par tomber dans ses filets, lui aussi... C'est elle le cerveau et la reine est dépassée par les évènements. Je peux jurer sur ce que j'ai de plus cher qu'elle n'aurait jamais permis que Philippe soit...qu'on lui fasse du mal.
Louis hocha la tête doucement. La douleur était palpable chez les deux hommes.
-Suivez moi, reprit François.
Ils s'enfoncèrent un peu dans la forêt et François lui désigna une monture particulièrement chargée.
-J'ai pris tout ce que j'ai pu, mais je ne pouvais pas me permettre de prendre un autre cheval, cela aurait été trop évident. J'espère que cela suffira. Vous avez des vêtements chauds, de la nourriture, quelques armes et j'ai aussi pris un sac d'écus. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour tout votre voyage, mais c'est un début...
-C'est... merci beaucoup, François, c'est déjà bien plus que nous ne pouvions espérer.
-Vous ne devez pas trainer. Les gardes sont à vos trousses et ils ratisseront chaque centimètres de cette forêt.
-Nous partirons demain dès l'aube, mais cette nuit, nous avons besoin de repos. Je pensais rejoindre...
-NON! Surtout ne me dites rien. Comme cela, même si je dois être interrogé, je ne pourrais rien révéler.
-François, vous devez venir avec nous! Vous êtes... vous étiez le meilleur ami de Philippe, vous serez en danger si vous restez là. Vous l'avez dit vous même, Adélaïde ne permettra à personne de se mettre sur son chemin.
-J'en suis bien conscient mon ami, mais jamais je ne laisserai cette vipère mettre la main sur Mésancourt sans réagir. Mon père fait partie des Grands de ce monde et il siège au conseil des ministres, Adélaïde a suffisamment besoin d'eux pour que je ne sois pas trop inquiété pour le moment. Mais une chose est sûre, je ne lui faciliterai pas la tache.
-Votre patriotisme est au moins égal à celui de Philippe...
-C'est un bien beau compliment que vous me faites, mon ami.
-Je suis un lâche... je ne devrai pas fuir de la sorte.
-Vous faites la chose la plus raisonnable pour le moment. Philippe ne me pardonnerait pas si je vous laissais exposé au danger de la sorte. N'oubliez pas que vous êtes l'héritier légitime et que vous avec avec vous le dauphin de la couronne. Tant que vous serez en vie, Adélaïde n'aura pas une vraie légitimité sur ce trône. Elle le sait et n'aura aucune pitié si elle vous découvre. Un jour, Louis, un jour vous reviendrez pour reprendre la place qui vous est due et ce jour la, vous pourrez me compter parmi vos alliés, soyez en certain. Mais en attendant, vous devez partir. Loin d'ici, le plus loin possible et élever votre fils dans le respect des traditions de Mésancourt pour qu'il soit prêt à son tour. C'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour que le décès de Philippe ne soit pas vain...
Louis, ému, ne put répondre quoique ce soit. François reprit doucement.
-Comment va Henri?
Louis haussa les épaules.
-Je suppose qu'il ne se rend pas vraiment compte de la situation... Je... je ne sais pas quoi faire, si je dois lui parler ou laisser les choses venir... Il finira par me poser des questions sur ses origines et...
Une main sur son épaule l'interrompit.
-Vous trouverez. Au moment venu, vous saurez quoi faire. Ne vous en faites pas, vous êtes une excellent père... Je dois y aller maintenant ou mon absence sera trop remarquée. Et n'oubliez pas, Louis, que vous avez une autre vie que la votre à protéger. Je préfère vous savoir loin et en sécurité que proche et en danger. Tant que j'aurai la certitude qu'un descendant légitime de Mésancourt vivra, alors tout espoir ne sera pas perdu. Allez maintenant!
François avait déjà amorcé son départ quand Louis le retint et l'attira contre lui pour le serrer fortement.
-Vous êtes un homme bien Monsieur le Baron de Devrant. Je l'ai su dès le premier jour où je vous ai rencontré. Promettez moi d'être prudent.
-Je vous le promets.
François déposa un baiser sur le front de Louis et s'éloigna à vive allure. Louis le regarda s'éloigner avec la quasi certitude que jamais il ne le reverrai. Puis lorsqu'il eut complètement disparu de son champs de vision, il s'approcha du cheval et attrapa sa longe pour le ramener auprès de ses amis et de son fils.
Malgré la fatigue cumulée, la soirée fut longue ce soir la, dans la petite chaumière. Louis, Lothaire et Suzanne firent un bilan des évènements et tentèrent de démêler le vrai du faux. Puis ils prirent la décision de la destination finale. Allumer un feu leur était impossible au risque de signaler leur présence et le froid et l'humidité de la forêt n'aidaient pas à l'endormissement. Heureusement, les fourrures apportées par François étaient épaisses et les couvertures chaudes. Ils formèrent un cercle serré et fermé au milieu duquel dormait profondément les deux jeunes enfants. Ainsi, ils se tenaient chaud et se réconfortaient.
Le lendemain, le soleil se levait à peine qu'ils étaient déjà prêts au départ. Ils se mirent d'accord pour ne pas monter le cheval et lui laisser uniquement le matériel et les provisions pour ne pas le fatiguer inutilement. Les deux jeunes hommes proposèrent bien à Suzanne de prendre place mais elle les rembarra soigneusement. Ce qu'ils pouvaient faire, elle le pouvait aussi, foi de Suzanne! Le chemin s'annonçait long et difficile, et l'avenir incertain.
Et le périple commença.
L'avancée fut difficile. D'un commun accord ils empruntèrent de petits sentiers, évitant les routes trop fréquentées. Ils évitaient également les villages, tentant de se faire le plus discret possible lorsqu'une traversée était inévitable. Mais leur petit groupe était facilement repérable et ils se doutèrent qu'avant la fin de la journée, les gardes seraient prévenus de leur passage. Aussi il s'accordèrent peu de repos malgré la présence de deux enfants en bas âge qui exprimèrent plusieurs fois au cours de la journée leur mécontentement d'être obligés de rester dans les bras de leurs parents. Ils décidèrent tout de même de marquer une pause au moment du repas du midi, laissant les enfants gambader un peu et le cheval souffler. Ils entamèrent les réserves que François leur avait fourni et ils purent faire un bref calcul du temps qui leur restait avant d'être obligés de se mêler à la population pour acheter des vivres. Ils avaient facilement de quoi tenir plusieurs jours et espéraient être suffisamment éloignés du château le moment venu. Malgré le paisible endroit qu'ils avaient trouvé, ils ne s'attardèrent pas et reprirent rapidement la route. Les enfants s'étant endormi, le groupe devint moins bruyant et les trois adultes purent avancer plus rapidement et plus discrètement. Le soir venu, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'il leur fut difficile de tenir encore sur leurs jambes. Ils étaient dans un renfoncement au cœur d'une petite colline boisée et décidèrent de monter un petit campement de fortune. Après une brève hésitation, ils décidèrent d'allumer un feu, pensant être assez éloignés de leurs poursuivants.
Mais au milieu de leur frugal repas, ils furent interrompu par un craquement sourd, caractéristique des brindilles sèches qui jalonnaient le bois. Aussitôt, les trois adultes sortirent chacun une arme et s'immobilisèrent à l'affut du moindre mouvement.
-Halte, qui vive?! S'écria Lothaire.
-Montrez-vous! Reprit-il après quelques secondes d'un silence pesant.
Alors, les pas se rapprochèrent et les buissons s'ouvrir, laissant place à un vieil homme en tenue plus que douteuse. Lothaire et Louis restèrent bouche bée tandis que Suzanne passait son regard de l'un à l'autre tentant de repérer si le nouvel arrivant devait être considéré comme ennemi ou ami.
-Le druide.... souffla Louis, estomaqué.
-Bonsoir, jeune Louis. Je pense que vous pourriez m'appeler Ernest à présent. Après tout, vous et moi avons les mêmes ennemis.
-Vous n'étiez pas mort? demanda Lothaire avant de mettre rapidement sa main devant sa bouche sous le regard accusateur de son épouse en se rendant compte de ses paroles.
-Pardonnez moi. rajouta-t-il penaud.
-Il n'y a pas de mal Monsieur Buys. C'est effectivement ce que j'ai voulu faire croire.
-Comment cela? Expliquez-vous. demanda Louis.
-J'ai effectivement simulé ma propre disparition en laissant volontairement du sang de porc chez moi afin de faire penser à une mort certaine. Il y a de nombreuses choses que je n'ai pas le droit de vous révéler jeunes gens, sur mes différentes capacités ainsi que certains de mes dons mais disons que j'ai senti le vent tourner pour moi et je savais que je n'avais plus beaucoup de temps avant que les ennuis ne viennent frapper à ma porte... ou plutôt qu'ils viennent l'enfoncer pour m'éliminer.
-Aviez vous vu quelque chose pour nous? Aviez vous su que Philippe serait exécute? demanda Louis froidement après quelques secondes de silence.
-Cela, jeune Louis, fait partie de ce que je ne peux vous révéler. Sachez tout de même que même si je l'avais su, je n'aurai pu intervenir...
-Alors à quoi cela vous sert-il? A quoi bon voir les choses venir si l'on ne peut les changer?
-Et qui serais-je, pour juger de ce qu'il faut laisser venir ou non? De quel droit puis-je me permettre de choisir qui je laisse mourir et qui je sauve d'une mort certaine?
-Vous... vous auriez pu sauver mon époux! répliqua Louis d'une voix brisée et hargneuse.
-Je comprends votre peine et votre colère jeune Louis. Et même si cela n'apaise pas votre chagrin, sachez que j'ai déjà outrepassé mes droits en vous venant en aide la première fois ou nous nous sommes rencontrés. Sans cela, croyez moi, vous auriez perdu beaucoup, très rapidement...
-Et à quoi bon, si c'est pour tout me reprendre par la suite?
Le druide ancra ses yeux dans ceux de Louis et reprit d'une voix douce en regardant Henri.
-Êtes vous certain que vous y avez tout perdu?
A son tour, Louis regarda son fils qui lui offrit un sourire de toutes ses dents et un petit coucou de la main. Presque malgré lui, Louis laissa un léger sourire s'inscrire sur son visage.
-Expliquez nous ce que vous faites ici.
-Je vous attendais. Je souhaite faire route avec vous. Malgré mon âge, je peux vous apporter encore quelques petites aides...
-Je suppose que vous avez... vu quelque chose que nous ne pouvons pas savoir...
-Vous le saurez très bientôt jeune Louis... très bientôt... répondit le druide avec un petit sourire et les yeux pétillants.
-N'êtes vous pas en train d'outrepasser vos fonctions?
-Pensez-vous?
Louis et le druide échangèrent un sourire complice et tous s'installèrent à nouveau pour le dîner.
-Oh et avant que j'oublie, reprit le druide, je vous conseil d'éteindre ce feu dès que vous aurez fini le repas, vous n'êtes pas seuls dans ces collines et les soldats sont juste sur l'autre versant. Ils vont également camper et je ne pense pas qu'il soit assez proches pour apercevoir la fumée, mais vous connaissez le proverbe: « nous ne sommes jamais trop prudents ».
Louis, Lothaire et Suzanne acquiescèrent et finirent rapidement de préparer le souper.
-Puis-je savoir où vous comptez vous rendre?
-Nous voulons atteindre la Castille, c'est sans doute le seul endroit où nous ne risquons rien.
-Voila une idée excellente, mais le chemin est long...
-Oui, d'autant plus que nous voulons à tout pris éviter les grandes villes. Nous allons donc devoir faire un détour et passer par la montagne et certains cols sont très hauts et très escarpés. La route ne sera pas évidente, mais cela sera toujours moins risquer que de se faire repérer.
-Il va vous falloir du matériel.
-Nous en avons déjà un certain nombre grâce à François de Devrant, mais nous comptions nous arrêter dans la dernière grande ville avant la montagne pour acheter les derniers préparatifs. D'ici là, nous espérons avoir pris suffisamment d'avance pour pouvoir nous mêler à la population le temps de quelques achats. Ensuite, nous ferons une escale en ressortant des montagnes, pour refaire le plein de provisions, la ville la plus adaptée me semble être Rakjav. De là, nous pourrons remonter le fleuve Pansor qui nous mènera jusqu'aux portes de la Castille.
-Je vois que vous avez pensé à tout.
-Je pense à une chose, intervint Suzanne, sur la route des montagnes, nous allons devoir traverser de petits villages. Nous serons certes mieux protégés des soldats, mais n'avez-vous pas entendu parlé de ces villageois qui vivent reclus. On dit qu'ils sont violents et sauvages...
-Ne t'en fait pas, dit Lothaire, nous sommes plusieurs et nous savons nous défendre. Si nous ne les cherchons pas, il n'y a pas de raison qu'ils s'en prennent à nous... et quand bien même ils le feraient, je crois pouvoir affirmer que je préfère une bonne raclée de leur part que la douloureuse vengeance que nous réserve Adélaïde...
-Je suis d'accord avec Lothaire, reprit Louis. Elle doit être folle de rage de ne pas avoir réussi à nous mettre la main dessus. J'espère simplement que lorsque nous aurons atteint les montagnes, les soldats abandonneront la poursuite.
Ce soir la, le repas fut rapidement avalé et les adultes épuisés durent se battre pour endormir les deux garnements qui eux, avaient gardé toute leur énergie en réserve avant de pouvoir sombrer dans un sommeil léger et agité. Le lendemain, ils furent à nouveau prêts au départ avant que le soleil ne soit levé et prirent la route. Forts de leur expérience de la veille, ils laissèrent à plusieurs reprises les deux garçonnets marcher seuls à leur côtés pour qu'ils se dégourdissent les jambes, quitte à prendre un peu de retard.
Les jours se succédèrent, anormalement calmes vu les évènements. Et même si la menace restait présente dans l'esprit de chacun, l'expédition aurait presque pu passer pour des vacances. Les journées étaient longues et fatigantes, mais le soir, autour d'un feu allumé juste le temps de cuire le repas, l'ambiance se faisait plus détendue, les parents câlinant les enfants à l'écoute des histoires du druide, toutes plus farfelues les unes que les autres.
-Crois-tu qu'elles son véridiques? demanda un jour Lothaire à son ami, discrètement.
-Je n'en ai aucune idée, pouffa Louis, à l'entendre raconter tout cela, on pourrait croire qu'il a vécu neuf vies entières... mais Henri est toujours captivé par ses histoires et encore davantage par ses tours de magie. Je pense qu'il nous fait du bien, à tous...
Lothaire acquiesça, un petit sourire aux lèvres. Les plaies étaient loin d'être cicatrisées, mais les jeunes gens avaient l'impression que la distance aidait à surmonter la peine. Chaque jour les rapprochaient un peu plus du pied des montagnes où ils espéraient être enfin débarrassés de leurs assaillants. Enfin, ils arrivèrent en vue de Karjav, dernière étape avant l'ascension, mais étape cruciale car il leur faudrait se mêler à la population, qu'ils évitaient consciencieusement depuis le début de leur périple, pour se réapprovisionner. Chacun espérait qu'ils avaient pris suffisamment d'avance sur les gardes pour avoir le temps d'effectuer tous leurs achats et de se réfugier dans les hauteurs avant de se faire dénoncer, ou pire, arrêtés pour être livrés.
Ce matin la, Lothaire se réveilla doucement, serrant toujours dans ses bras son épouse qu'il avait enlacé avant de s'endormir. Sans bruit, il se glissa hors de leur couverture et la rabattit sur les épaules de la jeune femme. Il vérifia les autres couches et s'amusa de voir le druide ronfler, s'émerveilla de voir les petits garçons presque collés l'un à l'autre et s'inquiéta de constater que Louis n'était pas à sa place. Aussitôt, ses yeux, qui s'étaient habitués à se tenir à l'affut, analysèrent l'horizon et tombèrent sur son ami un peu plus loin. Après avoir vérifié que personne ne rodait autour du campement, Lothaire rejoint Louis qui semblait pensif, le regard dans le vague. Ils étaient au sommet d'une petite bute et la vue était belle, surplombant les champs de récoltes prochaines avec en arrière plan les prémices d'un soleil levant.
-Louis, est-ce que tout va bien?
Le jeune homme tourna la tête vers lui et lui sourit.
-Oui. C'est beau n'est-ce pas?
-Oui, magnifique.
-La dernière fois que j'ai pris le temps d'admirer la nature, c'était dans la roseraie du château, avec Philippe...
Lothaire ne répondit rien, conscient que les mots seraient inutiles à apaiser la peine qui transperçaient dans ces paroles.
-Tu sais, j'avais l'impression que Philippe ne m'avait pas vraiment laissé tout seul...
Lothaire fronça les sourcils, mais n'eut pas le temps d'exprimer sa surprise.
-... et j'avais raison...
Le regard du valet descendit et tomba sur la main de son ami qui caressait son ventre, doucement, un doux sourire éclairant son visage.

