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  • : 13/10/2007

Royale destinée

Vendredi 23 octobre 2009

Edit du 24/10/09

Tout le monde s'en fout mais le 13 octobre, ce blog fêtait ses 2 ans.... eh ben, si on m'avait dit ça...lol


Bon, vu l'abyssal retard que j'ai, je ne vais pas attendre dimanche pour poster la suite.

Donc ce chapitre n'est pas relu, pas corrigé, pas... tout ce que vous voulez.

Encore une fois je m'excuse platement pour ces longues semaines d'absence. Il reste donc un chapitre pour cette 2ème partie après laquelle je ferai une pause pour cette histoire. Je ne vous le promets pas pour dimanche prochain, c'est pari impossible, mais promis, je fais au mieux.

 

Une fois Royale Destinée en pause, je terminerai mes autres fics et enfin je pourrai commencer mes nouvelles histoires.

J'espère que le programme vous convient.

 

Merci à ceux qui sont encore là, merci à ceux qui postent, merci à Skorpan (je veux la suite de ta suite de ma fic!!!...euh, c'est compréhensible?!!...lol). Je vous invite à lire l'article précédemment posté (intitulé « retard ») car j'y ai mis quelques édits où j'explioque certaine choses, pour ceux que ça intéresse. Je ne vous laisse pas languir plus longtemps.

Très bonne lecture à tous!

 

La marche se fit en silence. Louis avait pris la tête, tenant Henri contre lui et se tournait de temps en temps pour surveiller son ami qui suivait en silence, le visage pâle et défait. Suzanne marchait à ses côtés avec Hector dans les bras. Louis avait l’impression que son cerveau s’était mis en pause de tout sentiment. La seule chose qui comptait pour le moment était de trouver un endroit sûr pour la nuit. Il avait complètement occulté les évènements de la journée pour éviter de s’écrouler sur place. Au lieu de cela, il avançait un pas après l’autre, sans interruption autre que les brefs coups d’œil jetés en arrière. Au bout d’un petit moment, Suzanne le rattrapa et lui demanda où il les emmenait.

 

-Dès demain nous prendrons la route mais aujourd’hui, il est trop tard. Je pense que nous ne serons pas en sécurité tant que nous serons entourés d’habitations. La somme pour notre capture est élevée. Pas un paysan ne passerait à côté, chaque personne que nous croiserons sera donc un danger potentiel. Il faut que nous allions dans un endroit où personne ne va jamais.

 

-Je ne connais aucun endroit qui soit totalement isolé de la population, Louis. reprit Suzanne après quelques instants de réflexion.

 

Pour la premières fois en plus de deux heures de marches, Louis s’arrêta. Il régula sa respiration et remonta Henri contre lui.

 

-Je pensais aller chez le druide…

 

Lothaire qui les avait rejoint ouvrit la bouche pour la première fois depuis leur départ.

 

-Tu oublies que les gardes sont déjà allés chez le druide. Tu m’as dit toi même que la maison avait été dévastée dans un premier temps et abandonnée par la suite.

 

-Je sais bien, Lothaire… mais je crois… je pense que puisqu’ils ont déjà fouillé et retourné cet endroit, il n’y reviendront pas. C’est sûrement le dernier endroit où ils s’attendent à nous voir… Et honnêtement, à part là, je ne vois pas du tout où aller. Je ne connais que très peu de monde qui ne vive pas au château… Et puis, c’est juste l’histoire d’une nuit… Qu’en pensez-vous ?

 

Lothaire hocha la tête doucement.

 

-Tu as sans doute raison. De toutes manières, nous n’avons pas le choix, la nuit va tomber et cela serait de la folie de rester dehors avec les garçons. Et je nous vois mal allumer un feu avec le monde qui nous recherche...

 

La marche repris son cours, toujours en silence et la petite troupe finit par atteindre la maisonnette autrefois habitée par le druide. Ils restèrent tous les trois un instant immobile sur le seuil, n'osant troubler la quiétude du lieu. Louis se demandait où les meubles avaient pu être emmenés. Il ne restait rien qui aurait pu prouver la présence récente d'un être humain à cet endroit. Lothaire et Suzanne s'assirent dans un coin et les deux garçons se retrouvèrent avec plaisir.

 

-Je vais vous laisser un peu seuls, dit Louis, je te présente toutes mes condoléances et toutes mes excuses Lothaire... sincèrement.

 

-Tu n'y es pour rien, Louis... absolument pour rien. Répondit Lothaire d'une voix morne.

 

Louis, peu convaincu hocha la tête et, ne voulant pas les déranger plus longtemps, sortit de la maison.

 

-Ne t'éloigne pas trop, lui lança Suzanne, et sois bien prudent.

 

Louis referma la porte derrière lui et fit quelques pas, respirant profondément l'air pur de la forêt et fermant fort les yeux pour empêcher ses larmes de couler. Cette journée resterait gravée au fer rouge dans sa mémoire. Il fit quelques pas mais à peine avait-il atteint la margelle du puis qu'un bras le ceinturait et qu'une main bloquait sa bouche. Louis fut rapidement trainé vers la forêt, hors de vue de quelconque habitant de la maisonnée. Louis sentit la terreur revenir au grand galop et ce fut comme ci toutes les émotions de la journée remontaient en lui et explosaient sous forme d'une haine sans nom et d'une violence qu'il ne se connaissait pas. Il se mit à se débattre de toutes ses forces, se tortillant, lançant ses coudes, ses pieds et sa tête dans tous les sens, cherchant à atteindre n'importe quel point du corps de l'homme qui le retenait. Son assaillant sembla un premier temps surpris de cette brusque réaction mais se ressaisit rapidement en resserrant sa prise. Il sembla à Louis que son agresseur lui disait quelque chose mais c'est comme si il avait perdu ses sens et continuait à se débattre avec fureur. Enfin il mordit férocement la main qu'il avait à portée, frappa un violent coup de coude en plein milieu des côtes et sentit son corps libéré de l'étreinte. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, il s'effondra, n'étant plus porté par ses jambes. Mais immédiatement, l'adrénaline agissant toujours, il se saisit de la première branche qu'il trouva et se releva en se retournant et en assenant un coup sur la tempe de son ennemi le plus fort possible. L'homme s'effondra dans un grand cri mais lorsque Louis s'approcha de lui en levant sa branche, prêt à frapper une seconde fois, l'homme leva la main en signe de protection.

 

-Louis!

 

Louis s'immobilisa. Il connaissait cette voix. La branche toujours prête à s'abattre et tous les sens en alerte, Louis s'approcha du corps agenouillé de l'homme et lorsque celui-ci releva sa tête ensanglantée, Louis eut un hoquet de stupeur.

 

-François?

 

-Lui même... heureux que vous vous en rendiez compte avant de m'achever...

 

Louis laissa tomber la branche et tomba à genoux à côté du duc, passant ses bras autour de ses épaules.

 

-Je suis désolé, je suis désolé... mais que faites-vous ici? Vous m'avez fait peur, j'ai cru... j'ai cru... je suis désolé, pardonnez moi...

 

François posa une main sur son épaule et de l'autre, tenta d'essuyer le sang qui maculait une partie de son visage.

 

-Ça va... les plaies au crâne sont souvent impressionnantes, mais celle ci devrait être sans gravité... quoique j'avoue que vous ne m'avez pas raté. Vous avez drôlement progressé en combat rapproché...

 

-Je...je vous demande pardon! Venez, nous allons vous soigner...

 

Mais François se releva en secouant doucement la tête.

 

-Non Louis, je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis venu ici en espérant vous trouver, mais je dois vite retourner au château.

 

-Comment avez-vous su que nous viendrions ici?

 

-J'ai appris à te connaître Louis et je savais que tu chercherais à joindre Lothaire... je savais aussi que vous ne pouviez pas rester bien longtemps chez eux... j'ai appris pour ses parents, transmet lui toutes mes condoléances.

 

Louis hocha la tête.

 

-Peut-être aurais-je du venir vous trouver d'abord?

 

-Vous seriez mort! Les soldats sont venus chez moi avant de se rendre compte que vous étiez parti chez Lothaire. Cette décision vous a sauvé la vie.

 

-Ce n'était pas une décision, j'étais paniqué, je ne savais pas où aller, il est la seule personne qui m'est venu à l'esprit... et maintenant sa famille est aussi détruite que la mienne... quel glorieux roi je fais....

 

-Louis... je suppose que ce que je vais vous dire ne changera rien à l'idée que vous avez de vous même... mais lorsque les gardes étaient chez moi, je les ai entendu parler. Les ordres sont sans appel, Henri et vous êtes recherchés morts ou vifs. Et si vous êtes tués, vos cadavres doivent être ramenés comme preuve. Si Lothaire et son épouse étaient restés chez eux, leur sort aurait été le même. Adélaïde ne veut personne en travers de son chemin...

 

-Oui et la reine l'a bien aidé... répliqua Louis, haineux.

 

-Hmm... je ne sais pas... Je crois que la reine avait fini par prendre son parti de vous voir au pouvoir... Certes elle ne vous aimez pas, et c'est peu de le dire, mais elle savait que Philippe vous aimait...

 

-Elle était à ses côtés François... quand ils l'ont...

 

Louis s'interrompit pour éviter de fondre en larmes une fois de plus.

 

-Louis... je n'excuse en rien son comportement... mais Philippe pensait qu'elle était manipulée par Adélaïde et très honnêtement je le pense aussi. Adélaïde lui donne l'impression qu'elle a du pouvoir, mais c'est elle qui tire toutes les ficelles. Elle contrôle son petit monde et si vous n'étiez pas arrivé au château, je peux parié que Philippe aurait fini par tomber dans ses filets, lui aussi... C'est elle le cerveau et la reine est dépassée par les évènements. Je peux jurer sur ce que j'ai de plus cher qu'elle n'aurait jamais permis que Philippe soit...qu'on lui fasse du mal.

 

Louis hocha la tête doucement. La douleur était palpable chez les deux hommes.

 

-Suivez moi, reprit François.

 

Ils s'enfoncèrent un peu dans la forêt et François lui désigna une monture particulièrement chargée.

 

-J'ai pris tout ce que j'ai pu, mais je ne pouvais pas me permettre de prendre un autre cheval, cela aurait été trop évident. J'espère que cela suffira. Vous avez des vêtements chauds, de la nourriture, quelques armes et j'ai aussi pris un sac d'écus. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour tout votre voyage, mais c'est un début...

 

-C'est... merci beaucoup, François, c'est déjà bien plus que nous ne pouvions espérer.

 

-Vous ne devez pas trainer. Les gardes sont à vos trousses et ils ratisseront chaque centimètres de cette forêt.

 

-Nous partirons demain dès l'aube, mais cette nuit, nous avons besoin de repos. Je pensais rejoindre...

 

-NON! Surtout ne me dites rien. Comme cela, même si je dois être interrogé, je ne pourrais rien révéler.

 

-François, vous devez venir avec nous! Vous êtes... vous étiez le meilleur ami de Philippe, vous serez en danger si vous restez là. Vous l'avez dit vous même, Adélaïde ne permettra à personne de se mettre sur son chemin.

 

-J'en suis bien conscient mon ami, mais jamais je ne laisserai cette vipère mettre la main sur Mésancourt sans réagir. Mon père fait partie des Grands de ce monde et il siège au conseil des ministres, Adélaïde a suffisamment besoin d'eux pour que je ne sois pas trop inquiété pour le moment. Mais une chose est sûre, je ne lui faciliterai pas la tache.

 

-Votre patriotisme est au moins égal à celui de Philippe...

 

-C'est un bien beau compliment que vous me faites, mon ami.

 

-Je suis un lâche... je ne devrai pas fuir de la sorte.

 

-Vous faites la chose la plus raisonnable pour le moment. Philippe ne me pardonnerait pas si je vous laissais exposé au danger de la sorte. N'oubliez pas que vous êtes l'héritier légitime et que vous avec avec vous le dauphin de la couronne. Tant que vous serez en vie, Adélaïde n'aura pas une vraie légitimité sur ce trône. Elle le sait et n'aura aucune pitié si elle vous découvre. Un jour, Louis, un jour vous reviendrez pour reprendre la place qui vous est due et ce jour la, vous pourrez me compter parmi vos alliés, soyez en certain. Mais en attendant, vous devez partir. Loin d'ici, le plus loin possible et élever votre fils dans le respect des traditions de Mésancourt pour qu'il soit prêt à son tour. C'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour que le décès de Philippe ne soit pas vain...

 

Louis, ému, ne put répondre quoique ce soit. François reprit doucement.

 

-Comment va Henri?

 

Louis haussa les épaules.

 

-Je suppose qu'il ne se rend pas vraiment compte de la situation... Je... je ne sais pas quoi faire, si je dois lui parler ou laisser les choses venir... Il finira par me poser des questions sur ses origines et...

 

Une main sur son épaule l'interrompit.

 

-Vous trouverez. Au moment venu, vous saurez quoi faire. Ne vous en faites pas, vous êtes une excellent père... Je dois y aller maintenant ou mon absence sera trop remarquée. Et n'oubliez pas, Louis, que vous avez une autre vie que la votre à protéger. Je préfère vous savoir loin et en sécurité que proche et en danger. Tant que j'aurai la certitude qu'un descendant légitime de Mésancourt vivra, alors tout espoir ne sera pas perdu. Allez maintenant!

 

François avait déjà amorcé son départ quand Louis le retint et l'attira contre lui pour le serrer fortement.

 

-Vous êtes un homme bien Monsieur le Baron de Devrant. Je l'ai su dès le premier jour où je vous ai rencontré. Promettez moi d'être prudent.

 

-Je vous le promets.

 

François déposa un baiser sur le front de Louis et s'éloigna à vive allure. Louis le regarda s'éloigner avec la quasi certitude que jamais il ne le reverrai. Puis lorsqu'il eut complètement disparu de son champs de vision, il s'approcha du cheval et attrapa sa longe pour le ramener auprès de ses amis et de son fils.

 

Malgré la fatigue cumulée, la soirée fut longue ce soir la, dans la petite chaumière. Louis, Lothaire et Suzanne firent un bilan des évènements et tentèrent de démêler le vrai du faux. Puis ils prirent la décision de la destination finale. Allumer un feu leur était impossible au risque de signaler leur présence et le froid et l'humidité de la forêt n'aidaient pas à l'endormissement. Heureusement, les fourrures apportées par François étaient épaisses et les couvertures chaudes. Ils formèrent un cercle serré et fermé au milieu duquel dormait profondément les deux jeunes enfants. Ainsi, ils se tenaient chaud et se réconfortaient.

 

Le lendemain, le soleil se levait à peine qu'ils étaient déjà prêts au départ. Ils se mirent d'accord pour ne pas monter le cheval et lui laisser uniquement le matériel et les provisions pour ne pas le fatiguer inutilement. Les deux jeunes hommes proposèrent bien à Suzanne de prendre place mais elle les rembarra soigneusement. Ce qu'ils pouvaient faire, elle le pouvait aussi, foi de Suzanne! Le chemin s'annonçait long et difficile, et l'avenir incertain.

 

Et le périple commença.

 

L'avancée fut difficile. D'un commun accord ils empruntèrent de petits sentiers, évitant les routes trop fréquentées. Ils évitaient également les villages, tentant de se faire le plus discret possible lorsqu'une traversée était inévitable. Mais leur petit groupe était facilement repérable et ils se doutèrent qu'avant la fin de la journée, les gardes seraient prévenus de leur passage. Aussi il s'accordèrent peu de repos malgré la présence de deux enfants en bas âge qui exprimèrent plusieurs fois au cours de la journée leur mécontentement d'être obligés de rester dans les bras de leurs parents. Ils décidèrent tout de même de marquer une pause au moment du repas du midi, laissant les enfants gambader un peu et le cheval souffler. Ils entamèrent les réserves que François leur avait fourni et ils purent faire un bref calcul du temps qui leur restait avant d'être obligés de se mêler à la population pour acheter des vivres. Ils avaient facilement de quoi tenir plusieurs jours et espéraient être suffisamment éloignés du château le moment venu. Malgré le paisible endroit qu'ils avaient trouvé, ils ne s'attardèrent pas et reprirent rapidement la route. Les enfants s'étant endormi, le groupe devint moins bruyant et les trois adultes purent avancer plus rapidement et plus discrètement. Le soir venu, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'il leur fut difficile de tenir encore sur leurs jambes. Ils étaient dans un renfoncement au cœur d'une petite colline boisée et décidèrent de monter un petit campement de fortune. Après une brève hésitation, ils décidèrent d'allumer un feu, pensant être assez éloignés de leurs poursuivants.

 

Mais au milieu de leur frugal repas, ils furent interrompu par un craquement sourd, caractéristique des brindilles sèches qui jalonnaient le bois. Aussitôt, les trois adultes sortirent chacun une arme et s'immobilisèrent à l'affut du moindre mouvement.

 

-Halte, qui vive?! S'écria Lothaire.

 

-Montrez-vous! Reprit-il après quelques secondes d'un silence pesant.

 

Alors, les pas se rapprochèrent et les buissons s'ouvrir, laissant place à un vieil homme en tenue plus que douteuse. Lothaire et Louis restèrent bouche bée tandis que Suzanne passait son regard de l'un à l'autre tentant de repérer si le nouvel arrivant devait être considéré comme ennemi ou ami.

 

-Le druide.... souffla Louis, estomaqué.

 

-Bonsoir, jeune Louis. Je pense que vous pourriez m'appeler Ernest à présent. Après tout, vous et moi avons les mêmes ennemis.

 

-Vous n'étiez pas mort? demanda Lothaire avant de mettre rapidement sa main devant sa bouche sous le regard accusateur de son épouse en se rendant compte de ses paroles.

 

-Pardonnez moi. rajouta-t-il penaud.

 

-Il n'y a pas de mal Monsieur Buys. C'est effectivement ce que j'ai voulu faire croire.

 

-Comment cela? Expliquez-vous. demanda Louis.

 

-J'ai effectivement simulé ma propre disparition en laissant volontairement du sang de porc chez moi afin de faire penser à une mort certaine. Il y a de nombreuses choses que je n'ai pas le droit de vous révéler jeunes gens, sur mes différentes capacités ainsi que certains de mes dons mais disons que j'ai senti le vent tourner pour moi et je savais que je n'avais plus beaucoup de temps avant que les ennuis ne viennent frapper à ma porte... ou plutôt qu'ils viennent l'enfoncer pour m'éliminer.

 

-Aviez vous vu quelque chose pour nous? Aviez vous su que Philippe serait exécute? demanda Louis froidement après quelques secondes de silence.

 

-Cela, jeune Louis, fait partie de ce que je ne peux vous révéler. Sachez tout de même que même si je l'avais su, je n'aurai pu intervenir...

 

-Alors à quoi cela vous sert-il? A quoi bon voir les choses venir si l'on ne peut les changer?

 

-Et qui serais-je, pour juger de ce qu'il faut laisser venir ou non? De quel droit puis-je me permettre de choisir qui je laisse mourir et qui je sauve d'une mort certaine?

 

-Vous... vous auriez pu sauver mon époux! répliqua Louis d'une voix brisée et hargneuse.

 

-Je comprends votre peine et votre colère jeune Louis. Et même si cela n'apaise pas votre chagrin, sachez que j'ai déjà outrepassé mes droits en vous venant en aide la première fois ou nous nous sommes rencontrés. Sans cela, croyez moi, vous auriez perdu beaucoup, très rapidement...

 

-Et à quoi bon, si c'est pour tout me reprendre par la suite?

 

Le druide ancra ses yeux dans ceux de Louis et reprit d'une voix douce en regardant Henri.

 

-Êtes vous certain que vous y avez tout perdu?

 

A son tour, Louis regarda son fils qui lui offrit un sourire de toutes ses dents et un petit coucou de la main. Presque malgré lui, Louis laissa un léger sourire s'inscrire sur son visage.

 

-Expliquez nous ce que vous faites ici.

 

-Je vous attendais. Je souhaite faire route avec vous. Malgré mon âge, je peux vous apporter encore quelques petites aides...

 

-Je suppose que vous avez... vu quelque chose que nous ne pouvons pas savoir...

 

-Vous le saurez très bientôt jeune Louis... très bientôt... répondit le druide avec un petit sourire et les yeux pétillants.

 

-N'êtes vous pas en train d'outrepasser vos fonctions?

 

-Pensez-vous?

 

Louis et le druide échangèrent un sourire complice et tous s'installèrent à nouveau pour le dîner.

 

-Oh et avant que j'oublie, reprit le druide, je vous conseil d'éteindre ce feu dès que vous aurez fini le repas, vous n'êtes pas seuls dans ces collines et les soldats sont juste sur l'autre versant. Ils vont également camper et je ne pense pas qu'il soit assez proches pour apercevoir la fumée, mais vous connaissez le proverbe: « nous ne sommes jamais trop prudents ».

 

Louis, Lothaire et Suzanne acquiescèrent et finirent rapidement de préparer le souper.

 

-Puis-je savoir où vous comptez vous rendre?

 

-Nous voulons atteindre la Castille, c'est sans doute le seul endroit où nous ne risquons rien.

 

-Voila une idée excellente, mais le chemin est long...

 

-Oui, d'autant plus que nous voulons à tout pris éviter les grandes villes. Nous allons donc devoir faire un détour et passer par la montagne et certains cols sont très hauts et très escarpés. La route ne sera pas évidente, mais cela sera toujours moins risquer que de se faire repérer.

 

-Il va vous falloir du matériel.

 

-Nous en avons déjà un certain nombre grâce à François de Devrant, mais nous comptions nous arrêter dans la dernière grande ville avant la montagne pour acheter les derniers préparatifs. D'ici là, nous espérons avoir pris suffisamment d'avance pour pouvoir nous mêler à la population le temps de quelques achats. Ensuite, nous ferons une escale en ressortant des montagnes, pour refaire le plein de provisions, la ville la plus adaptée me semble être Rakjav. De là, nous pourrons remonter le fleuve Pansor qui nous mènera jusqu'aux portes de la Castille.

 

-Je vois que vous avez pensé à tout.

 

-Je pense à une chose, intervint Suzanne, sur la route des montagnes, nous allons devoir traverser de petits villages. Nous serons certes mieux protégés des soldats, mais n'avez-vous pas entendu parlé de ces villageois qui vivent reclus. On dit qu'ils sont violents et sauvages...

 

-Ne t'en fait pas, dit Lothaire, nous sommes plusieurs et nous savons nous défendre. Si nous ne les cherchons pas, il n'y a pas de raison qu'ils s'en prennent à nous... et quand bien même ils le feraient, je crois pouvoir affirmer que je préfère une bonne raclée de leur part que la douloureuse vengeance que nous réserve Adélaïde...

 

-Je suis d'accord avec Lothaire, reprit Louis. Elle doit être folle de rage de ne pas avoir réussi à nous mettre la main dessus. J'espère simplement que lorsque nous aurons atteint les montagnes, les soldats abandonneront la poursuite.

 

Ce soir la, le repas fut rapidement avalé et les adultes épuisés durent se battre pour endormir les deux garnements qui eux, avaient gardé toute leur énergie en réserve avant de pouvoir sombrer dans un sommeil léger et agité. Le lendemain, ils furent à nouveau prêts au départ avant que le soleil ne soit levé et prirent la route. Forts de leur expérience de la veille, ils laissèrent à plusieurs reprises les deux garçonnets marcher seuls à leur côtés pour qu'ils se dégourdissent les jambes, quitte à prendre un peu de retard.

 

Les jours se succédèrent, anormalement calmes vu les évènements. Et même si la menace restait présente dans l'esprit de chacun, l'expédition aurait presque pu passer pour des vacances. Les journées étaient longues et fatigantes, mais le soir, autour d'un feu allumé juste le temps de cuire le repas, l'ambiance se faisait plus détendue, les parents câlinant les enfants à l'écoute des histoires du druide, toutes plus farfelues les unes que les autres.

 

-Crois-tu qu'elles son véridiques? demanda un jour Lothaire à son ami, discrètement.

 

-Je n'en ai aucune idée, pouffa Louis, à l'entendre raconter tout cela, on pourrait croire qu'il a vécu neuf vies entières... mais Henri est toujours captivé par ses histoires et encore davantage par ses tours de magie. Je pense qu'il nous fait du bien, à tous...

 

Lothaire acquiesça, un petit sourire aux lèvres. Les plaies étaient loin d'être cicatrisées, mais les jeunes gens avaient l'impression que la distance aidait à surmonter la peine. Chaque jour les rapprochaient un peu plus du pied des montagnes où ils espéraient être enfin débarrassés de leurs assaillants. Enfin, ils arrivèrent en vue de Karjav, dernière étape avant l'ascension, mais étape cruciale car il leur faudrait se mêler à la population, qu'ils évitaient consciencieusement depuis le début de leur périple, pour se réapprovisionner. Chacun espérait qu'ils avaient pris suffisamment d'avance sur les gardes pour avoir le temps d'effectuer tous leurs achats et de se réfugier dans les hauteurs avant de se faire dénoncer, ou pire, arrêtés pour être livrés.

 

Ce matin la, Lothaire se réveilla doucement, serrant toujours dans ses bras son épouse qu'il avait enlacé avant de s'endormir. Sans bruit, il se glissa hors de leur couverture et la rabattit sur les épaules de la jeune femme. Il vérifia les autres couches et s'amusa de voir le druide ronfler, s'émerveilla de voir les petits garçons presque collés l'un à l'autre et s'inquiéta de constater que Louis n'était pas à sa place. Aussitôt, ses yeux, qui s'étaient habitués à se tenir à l'affut, analysèrent l'horizon et tombèrent sur son ami un peu plus loin. Après avoir vérifié que personne ne rodait autour du campement, Lothaire rejoint Louis qui semblait pensif, le regard dans le vague. Ils étaient au sommet d'une petite bute et la vue était belle, surplombant les champs de récoltes prochaines avec en arrière plan les prémices d'un soleil levant.

 

-Louis, est-ce que tout va bien?

 

Le jeune homme tourna la tête vers lui et lui sourit.

 

-Oui. C'est beau n'est-ce pas?

 

-Oui, magnifique.

 

-La dernière fois que j'ai pris le temps d'admirer la nature, c'était dans la roseraie du château, avec Philippe...

 

Lothaire ne répondit rien, conscient que les mots seraient inutiles à apaiser la peine qui transperçaient dans ces paroles.

 

-Tu sais, j'avais l'impression que Philippe ne m'avait pas vraiment laissé tout seul...

 

Lothaire fronça les sourcils, mais n'eut pas le temps d'exprimer sa surprise.

 

-... et j'avais raison...

 

Le regard du valet descendit et tomba sur la main de son ami qui caressait son ventre, doucement, un doux sourire éclairant son visage.

Par Meryl
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Dimanche 13 septembre 2009

Bonjour à tous!

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, vous l'avez sous les yeux, c'est ce chapitre, dans lequel vous trouverez la plupart des réponses à vos questions précédentes.

La mauvaise, c'est que j'ai été malade comme un chien toute la semaine (grippe A, vous connaissez?!..lol) et que j'ai pas écrit une ligne donc le prochain chapitre n'est pas écrit et avec mon boulot je ne suis pas sûre de pouvoir le finir pour dimanche prochain. Si tel était le cas, je le publierai dès que je le pourrai, avec toutes mes excuses par avance. Je vous promets quand même de faire tout mon possible....

Et sinon, il reste normalement deux chapitres pour finir la deuxième partie (il ne devait y en avoir qu'un à l'origine, mais je pense qu'il y aura trop de choses à mettre pour un seul chapitre...)

Sur ce, bonne lecture...

 

P.S: avec la maladie dont j'ai parlé plus haut, vous devriez pouvoir deviner où je me trouve actuellement...lol

 

 

A leur arrivée à Mésancourt, Louis et Lothaire constatèrent que la ville était en plein effervescence. Le soleil était à peine levé et pourtant les gens couraient déjà dans tous les sens. Les rumeurs couraient:

 

«une exécution...» «le roi Philippe...» «un traitre...» «impossible....» «j'ai une source qui travail au château...» «les gardes l'ont arrêté cette nuit...» « il tentait d'envoyer des armes à nos ennemis...» «un homme si bon...» «je n'y crois pas...» «la reine elle même l'aurait affirmé...» «il paraissait si attentionné...» «et son époux...» «un étranger venu pour piller nos réserves...» «il avait l'air gentil...» «il faut se méfier de l'eau qui dort...» «alors il serait de mèche...» «j'ai toujours dit qu'il fallait s'en méfier de celui la...» «il serait en fuite, si ce n'est pas une preuve de culpabilité, ça...» «les rue ne seront plus sure tant qu'il n'aura pas été attrapé...» «il doit être loin à l'heure qu'il est...»

 

Lothaire surveillait du coin de l'œil les réactions de Louis, mais celui ci ne réagissait pas. Il se contentait de serrer les poings. De quel droit ces gens le jugeait-il? De quel droit condamnait-ils son époux à une mort certaine? Ils ne savaient rien, rien du tout de ce qui se tramait entre les murs du château. Louis serra les dents. Il ne devait surtout pas intervenir sous peine de se faire remarquer. Aussi il suivit Lothaire dans les dédales des ruelles afin d'atteindre enfin la place centrale de la ville. Cette place qui accueillait aussi bien les marchés et les forains que les exécutions. L'échafaud était déjà monté et Louis réalisa alors à cet instant que ces planches de bois allaient accueillir son époux pour son dernier voyage. Une violente douleur lui vrillât le ventre et il fut incapable de bouger, cherchant à respirer sans se souvenir de la technique. Lothaire, en voyant son ami entrer dans une sorte de crise l'attrapa par les épaules et l'emmena un peu à l'écart, caché entre deux murs. Là, Louis réussit enfin à avaler de grandes goulées d'air. Les larmes lui montèrent aux yeux.

 

-Louis, calme toi, je t'en prie... on va se faire repérer.

 

Louis ferma la bouche et tenta de respirer le plus normalement possible. Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux, qu'il essuya rageusement. Il s'assit par terre.

 

-Qu'est-ce que je peux faire Lothaire? Il y a des gardes partout et j'ai l'impression que toute la population est contre moi.

 

-J'aurai du me douter que tu n'avais pas abandonné l'idée de tenter quelque chose!

 

Louis se redressa, furieux.

 

-Et tu ferais quoi, toi, Lothaire, si Suzanne devait être exécutée sous tes yeux, hein?

 

-Je t'avais dit de ne pas venir, Louis. Tu vas te faire encore plus de mal!

 

-... Je... Je l'aime, tu comprends... je ne peux pas juste tourner le dos et m'en aller... il va être... ils vont le...

 

Un sanglot l'empêcha de continuer et Lothaire le prit dans ses bras.

 

-Je ferai sans aucun doute la même chose que toi, Louis. Mais je sais aussi que dans la situation inverse, tu ferais tout pour que Hector et moi restions en sécurité. Tu ne peux rien faire Louis. A la moindre tentative ils te tomberont dessus... je suis vraiment désolé...

 

A cet instant, résonnèrent au loin des trompettes, annonçant l'arrivée du cortège funèbre. Déjà les badauds s'agglutinaient sur la place et bientôt, elle fut remplie. Lothaire garda ses bras autour de Louis, autant pour le soutenir que pour l'empêcher de faire quelque folie. Soudain, la foule se tut et les regards furent attitrés par des personnes qui s'installaient sur les gradins des «invités d'honneur». Lothaire et Louis eurent le souffle coupé.

 

-Louis est-ce que c'est....

 

-Adélaïde... souffla Louis, abasourdi.

 

-Mais que fait-elle là?! Enfin elle n'était pas....bannie?

 

Louis resta un moment silencieux, la bouche toujours à moitié ouverte sous la surprise, avant de reprendre la parole, en chuchotant.

 

-Je me suis trompé... depuis le début... Lothaire, je me suis trompé de coupable... ce n'est pas la reine, c'est elle!

 

-Oui, tu as rais.... non attends regarde...

 

En effet, peu après Adélaïde, la reine fit son apparition sur l'estrade et s'installa à ses côtés.

 

-Bon sang, elle sont de mèche! siffla Lothaire.

 

Louis toujours sous le choque ne disait rien, mais il sentit son sang bouillir dans ses veines.

 

-Je vais la tuer.... crachat-il avant de se ruer vers l'estrade.

 

Heureusement, Lothaire, qui s'attendait à une réaction de la sorte, le ceintura et lui posa une main sur la bouche pour le faire taire. Puis il l'attira à nouveau dans leur cachette. Malgré quelques regards curieux, le valet était intervenu suffisamment tôt pour éviter d'être repéré. Et les capes à capuches protégeaient leur visage. Il plaqua Louis contre le mur mais garda sa main sur sa bouche.

 

-Es-tu complètement fou?! Tu veux mourir c'est ça?!

 

Les larmes s'ajoutèrent à la haine dans les yeux de Louis et précautionneusement, Lothaire retira ses main de la bouche de son ami, tout en veillant à le maintenir contre le mur.

 

-Louis... regarde la... elle porte la couronne... elle a le pouvoir... même si tu tentais d'intervenir en tant que souverain, tu ne ferais pas le poids.

 

Effectivement, Adélaïde arborait fièrement la parure royale sur sa tête alors que quelque jours plus tôt, elle appartenait encore à Louis. A côté d'elle se tenait un homme d'une forte stature, qui portait la couronne de Philippe. Louis sentit une nouvelle vague de fureur le traverser et Lothaire du le maîtriser à nouveau en le replaquant contre le mur. Heureusement pour lui, Louis n'avait pas sa carrure, ni sa force et il pouvait aisément le maîtriser, même si la colère semblait avoir décuplé ses capacités.

 

-Qui est cet homme? Est-ce que tu le connais? demanda-t-il les dents serrées.

 

Louis jeta un coup d'œil rapide à la scène, tout en maintenant Louis fermement, sentant bien que celui ci sauterait sur la moindre occasion pour tenter de se libérer.

 

-Je crois que oui... si mes souvenirs sont bons... c'est l'oncle d' Adélaïde...

 

-Quoi, le frère de la reine?

 

-Non, le frère du père d'Adélaïde. Cela fait des années qu'il n' a pas mis les pieds à Mésancourt. Il était en très mauvais terme avec le Roi Philippe... avec les deux rois Philippe d'ailleurs... C'est un homme mauvais, avide d'argent et de pouvoir...

 

-Regarde les comme ils jubilent! dit Louis avec hargne.

 

-Oui... quoique... la reine n'a pas l'air très à l'aise...

 

Louis n'eut pas le temps de répondre qu'une nouvelle cargaison de soldats arrivèrent, avec au milieu d'eux, tirant avec eux trois hommes cagoulés.

 

-Non... Philippe...

 

Lothaire renforça sa prise sur Louis alors que les trois hommes étaient placés sur des plates formes, au milieu de l'estrade principale. Le bourreau leur passa la corde au cou et fixa les nœuds.

 

-Louis es-tu sûr que c'est lui? Nous ne voyons pas leur visage... et ils sont très loin...

 

-Ce sont ses vêtements Lothaire...

 

Louis se souvenait de la nuit de sa fuite et du fait que Philippe s'était retrouvé nu et complètement désarmé face à ses assaillants. Il eut la fugace pensée qu'au moins ils avaient eu la décence de le rhabiller.

 

-Oh, pitié, pas ça... bon sang c'est un cauchemar... je vais me réveiller...je vous en prie... gémit Louis, toujours soutenu par les bras de son ami.

 

Louis regarda du côté d'Adélaïde et il put la voir, jubilant, toiser la foule du regard.

 

-Elle me cherche...

 

-Quoi? demanda Lothaire interloqué.

 

-Elle sait que je suis là. Toute cette mise en scène, c'est pour être certaine que je ne raterai rien. Elle savait que je viendrai... elle savait que je n'aurai pas pu faire autrement que de venir... Elle veut me jeter sa victoire au visage... je la hais!!!

 

Lothaire allait répliquer mais l'homme qui semblait avoir épousé Adélaïde se leva et annonça les sentences.

 

-Rénald Criovois, vous avez été jugé coupable de crime contre la famille marchande de Tessin, d'agression sur des agents de la garde royale, d'évasion du pénitencier de Réauvant. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison jusqu'à ce que mort s'en suive.

 

Une acclamation s'éleva de la foule des badauds.

 

-Silvayn Criovois, vous avez été jugé coupable de complicité de crime contre la famille marchande de Tessin, d'agression sur des agents de la garde royale, d'évasion du pénitencier de Réauvant. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison jusqu'à ce que mort s'en suive

 

Une deuxième acclamation s'éleva de la foule.

 

-Philippe de Mésancourt, vous avez été jugé coupable de haute trahison envers le royaume de Mésancourt, envers son peuple et envers sa couronne ainsi que de complicité avec les territoires ennemis. De part ce fait, le Royaume de Mésancourt vous condamne à la pendaison, jusqu'à ce que mort s'en suive.

 

Philippe sembla s'agiter un instant en entendant ses paroles, mais un garde lui assena un coup de crosse dans le ventre qui le plia en deux. Et la foule poussa une troisième acclamation qui donna la nausée à Louis.

 

-Ils vont l'exécuter avec des voleurs et des assassins! Il n'est rien de tout ça! Lothaire laisse moi y aller, je dois y aller...

 

Louis se dégagea de la prise de son ami et se précipitât vers la sortie de leur cachette, mais à nouveau, Lothaire fut plus rapide que lui et cette fois ci, il le plaqua contre son torse et remit sa main sur sa bouche. Louis se débattit mais Lothaire tenait fermement sa prise.

 

-Bourreau, à vous. Annonça l'homme sur les gradins.

 

L'homme, s'avança vers le premier prisonnier et abaissa la manette, laissant tomber son corps par la fente sous les hourras de la foule.

Puis il s'avança vers le deuxième et effectua la même manœuvre. Cette fois la foule fut encore plus bruyante et il y eut quelques applaudissements.

Le bourreau s'approcha de Philippe. Louis s'agitait de plus en plus, tentant vainement de se détacher de la poigne de son ami, ne retenant plus ses larmes qui inondaient ses joues. Et criant son désespoir, la main de Lothaire faisant office de barrage.

La main du bourreau se posa sur la manette, puis elle l'actionna. Louis hurla tendit que les jambes de son époux s'agitaient dans le vide, à la recherche d'un soutient qui ne viendrait pas, cherchant en vain à faire entrer un peu d'air dans ses poumons. La main de Lothaire et les hurlements de joie de la foule couvrirent son cri et quelques temps après, les trois corps cessèrent de s'agiter, pour tout simplement pendre au gré du vent. Le spectacle était terminé, chacun pouvait retourner à ses activités.

 

Louis s'écroula par terre et Lothaire l'accompagna. Louis était secouait de spasme et pleurait toujours, mais malgré cela, Lothaire ne le lâcha pas, ni n'enleva sa main avant d'être complètement sûr que plus personne n'était sur la place. Enfin il relâcha doucement sa prise et Louis s'éloigna aussitôt de lui, se collant contre le mur et rendit son repas de la veille. Lothaire essuya ses propres larmes et voulut s'approcher pour le consoler, mais Louis le repoussa du bras, se recroquevillant un peu plus contre le mur en gémissant.

 

-Louis.... reprit Lothaire doucement. Louis je t'en prie... je n'avais pas le choix... s'il te plait, pardonne moi...

 

Mais Louis secoua la tête, toujours gémissant, toujours tremblant, incapable de se relever.

Lothaire jeta quelques coups d'œil autour de lui et décida qu'ils étaient pour le moment suffisamment en sécurité pour laisser un minimum de temps à son ami. A nouveau il s'approcha de lui et s'accroupit à ses côtés, sans pour autant le toucher. Mais au bout de quelques minutes, ce fut le jeune homme lui même qui vint se blottir dans les bras de son valet, seule source de réconfort.

 

-Comment ont-il pu... ils ont applaudit Lothaire... ils ont applaudit la mort de leur roi alors qu'il y a encore quelques jours il était une sorte d'idole pour eux... comment ont-ils pu!

 

-Ce sont les effets de foule, Louis. Personne n'ose contester le pouvoir en place, et les délations seraient nombreuses si ils ne participaient pas aux «encouragements». Alors chacun se laisse entrainer par son voisin... c'est comme cela qu'une foule peut devenir une meute!

 

Louis ne répondit pas et Lothaire n'insista pas. Ils savaient tous les deux que l'Homme pouvait parfois être complètement dénué d'humanité. Lothaire passait sa main dans les cheveux de son ami, attendant patiemment qu'il se calme tout en priant pour ne pas être découvert. Plus le temps passait et plus ils avaient de risque de se faire attraper, mais il ne se résignait pas à secouer Louis alors qu'il traversait à nouveau une terrible épreuve. Tant pis si il devait passer la journée assis dans cette ruelle. Il s'était fait un jour la promesse de toujours être là pour lui et il comptait bien la tenir, quelqu'en soit le prix à payer.

 

Après un petit moment, Louis se releva et redressa la tête. Il essuya ses larmes rageusement, ravala sa haine et regarda son ami droit dans les yeux.

 

-Rentrons, Lothaire. Ils m'ont suffisamment pris, je ne les laisserai avoir mon fils.

 

Le valet souffla de soulagement en entendant les paroles de son ami et ils reprirent le chemin inverse, toujours en restant sur leur garde. Une fois sortis de la ville, le flot de badauds était moins important, chacun étant occupé à sa tache. Malgré cela, le trajet se fit en silence, parfois entrecoupé d'un léger reniflement que Louis, malgré lui, n'arrivait pas à retenir. A nouveau, à l'entrée du village des parents de Lothaire, ils choisirent d'emprunter la foret. Vu l'état actuel des choses, il était bien plus prudent de rester au maximum hors de vue. Louis était plongé dans ses pensées, avançant un pied après l'autre, par automatisme. Il revoyait sans cesse le corps de son époux gesticuler vainement dans le vide, repassant en boucle les évènements, cherchant par quel moyen il aurait pu intervenir. Et malgré tous les scénarios qu'il fomentait dans son esprit, il devait reconnaître que Lothaire avait raison. Il n'aurait rien pu faire, la moindre tentative aurait résulté à son arrestation et, sans aucun doute, à son exécution. Son ami lui avait sauvé la vie, une fois de plus et malgré la douleur qui comprimait son corps, il savait qu'il ne pouvait pas baisser les bras. Un peu plus loin, juste à la sortie du village, l'attendait un petit garçon qui comptait sur lui et désormais, plus rien d'autre ne comptait. Louis passa une main sur ses joues pour effacer ses larmes. Il pleurerait plus tard, lorsqu'il serait en sécurité. Là, il pourrait porter le deuil de son époux, mais pour le moment il devait rester fort, encore un peu. Ses réflexions furent brutalement coupées par une exclamation étouffée de Lothaire. Louis releva la tête sur son ami et constata que celui ci écarquillait les yeux, une main sur sa bouche. Louis suivit des yeux la direction du regard de Lothaire et il sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Un peu plus loin, à l'orée du bois, la maison des parents de Lothaire était en flammes.

 

Après une demi seconde de choc, les deux jeunes hommes se mirent à courir en direction de l'habitation. Ils arrivèrent sur place et Lothaire s'effondra en apercevant le corps de son père, pendu à un poteau au dessus de celui de sa mère qui gisait à ses pieds, égorgée, les yeux grands ouverts, un air de pure terreur inscrit à jamais sur son visage. Il suffisait de regarder ses vêtements pour constater que les personnes qui avaient fait cela ne s'étaient pas contentés de la tuer, il avaient profané son corps et l'avaient torturé. Pour la deuxième fois de la journée, ils étaient confrontés aux pires horreurs que l'être humain est capable d'accomplir. Lothaire rampa en larmes auprès du corps de sa mère et chercha une prise pour pouvoir la serrer contre lui mais plus aucune parcelle de son corps n'était vierge de coup, de trace ou de coupure. Il enfonça donc ses poings dans la terre encore humide et laissa échapper un sanglot. Encore sous le choc, Louis se laissa tomber à genoux à côté de lui et passa son bras autour de son cou, l'attirant contre lui. Lothaire posa ses poings contre sa poitrine et se laissa aller à la douce étreinte de son ami. Mais rapidement il releva la tête et passa doucement sa main sur les yeux de sa mère pour les refermer et posa un baiser tremblant sur son front. Louis le tira de ses pensées macabres.

 

-Lothaire... où sont les enfants?

 

Le valet se releva et regarda autour de lui.

 

-SUZAAAAAAAAANNNNEE......... SUZAAAAAAAANNNNEEE.....

 

Lothaire hurlait à s'en casser la voix tout en effectuant des rotations sur lui même à la recherche du moindre indice pouvant prouver que la jeune femme était encore en vie. Rapidement Louis en fit de même et ils se mirent à appeler ensemble. Ils se fichaient éperdument de pouvoir attirer l'attention sur eux. De toutes manières il semblait évident que ceux qui étaient à leur poursuite savaient où chercher. Plus rien d'autre ne comptaient pour chacun des garçons de retrouver ce qu'il leur restait de leur famille. Après ce qu'il sembla être de longues minutes, Louis aperçut une forme à l'autre bout du terrain, semblant sortir des bois environnants.

 

-Lothaire! Là-bas!

 

-SUZANE!

 

Aussitôt ils se mirent à courir de toutes leurs forces vers la lisière de la forêt et au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient, ils pouvaient distinguer plus clairement la jeune femme. Elle semblait en bonne santé et surtout, elle avait les deux petits garçons dans les bras. Elle se précipita dans les bras de son époux, en larmes. Il la serra fort contre elle et l'embrassa à plusieurs reprises sur la bouche, le front, le nez, la bouche à nouveau.

 

-Tu es vivante, tu es vivante....

 

Suzanne hocha la tête et lorsqu'il la libéra pour serrer son fils dans ses bras, Louis enserra la jeune femme à son tour avant de récupérer Henri. Il vérifia que le petit garçon n'avait aucun séquelle physique et embrassa ses cheveux et son visage, tout à la joie de le retrouver sain et sauf. Après ces intenses retrouvailles, les trois jeunes gens regardèrent la maison qui finissait d'être consumée par les flammes et un peu plus loin, les corps du couple qui les avait accueilli sans la moindre hésitation malgré le danger. Ils avaient payé le prix fort pour cet acte.

 

-Que s'est-il passé, Suzanne? demanda Lothaire d'une voix sourde.

 

-Lothaire....pas maintenant... l'interrompit Louis. Je suis vraiment désolé mon ami. Mais ils vont revenir... il faut partir d'ici et trouver un endroit pour la nuit avant toute chose.

 

Lothaire hocha la tête doucement sans quitter des yeux le paysage apocalyptique qui leur faisait face.

 

-Tu as raison. Mais je ne sais pas où nous pouvons aller, maintenant...

 

-J'ai mon idée là-dessus. reprit Louis. Allons-y.

 

Après un dernier regard en arrière, ils se remirent en route, le cœur lourd. Les seules paroles qui furent prononcés venaient de Lothaire.

 

-Je ne pourrai même pas leur offrir une sépulture décente...

 

 

L'auteur s'éclipse discrètement et est heureuse d'être hors de portée de vos projectiles!

N'oubliez pas que je vous aime!

Par Meryl
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Dimanche 6 septembre 2009

Bonjour à tous et à toutes!

Et voilà le chapitre 21, rien que pour vous... il ne s'y passe pas énormément de choses. C'est plus un peu un chapitre transitoire, mais il est nécessaire. La plupart de vos questions trouveront des réponses la semaine prochaine!

Bonne lecture!

 

P.S: je tiens quand même à signaler que tous les chapitres de cette deuxième partie n'ont presque pas été corrigés, ou très peu... donc il y a surement pas mal de fautes. Ils ont également beaucoup moins été retravaillés que ceux de la première partie. Il se peut donc que l'écriture soit moins bonne. Mais pas de panique (!!!), ça sera fait au fur et à mesure. De toutes façons, ça ne change rien au fond de l'histoire. C'est juste certaines formulations ou tournures de phrases à modifier. L'important est que la trame de l'histoire ne bougera pas d'un pouce. Et si cela n'a pas été fait avant d'être publié c'est tout simplement que je n'avais pas le temps et que je n'avais pas envie de vous faire attendre trop longtemps...

 

P.P.S: ça y'est mes vacances sont finies...déjà... pfff... retour au boulot demain... pas envie, pas envie, pas envie!!!!

 

 

Une fois séché, Louis enfila quelques vêtements que Lothaire lui avait prêté. Puis il retrouva Suzanne dans sa chambre pour aller chercher Henri. Lui aussi avait été changé et Louis le trouva craquant dans sa tenue de petit paysan. Et il eut un petit sourire en imaginant la tête qu'aurait tiré Philippe si il l'avait vu habillé ainsi. Mais penser à son époux lui fit reprendre conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient et le sourire s'évanouit aussi rapidement qu'il était arrivé.

 

Ils emmitouflèrent les deux garçonnets dans des couvertures légères pour les protéger de la pluie qui tombait à flot sans pour autant les faire étouffer. L'air restait lourd malgré une chute sérieuse des températures.

 

Dès qu'ils furent prêts, Lothaire ouvrit précautionneusement la porte et vérifia les alentours. La brume était encore épaisse et jouait en leur faveur. Rapidement, Suzanne et Louis sortirent à leur tour, chacun portant un petit paquet de lange entre les bras. Ils avançaient le plus vite possible, tout en s'arrêtant à chaque coin de rue pour vérifier d'une part que la route était dégagée et d'autre part qu'ils n'étaient pas suivis. Heureusement, ils réussirent à atteindre la sortie du village sans aucun problème. Le temps et l'heure matinale favorisaient l'absence de toute personne à l'extérieur.

 

Ils continuèrent leur route et ne se permirent de ralentir légèrement l'allure que lorsqu'ils eurent atteint la lisière du bois, qu'ils longèrent en silence. Chacun était trop angoissé et à l'affut du moindre bruit pour pouvoir émettre le moindre son. La marche était assez rapide mais malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir, personne ne tenta de ralentir le pas. Le danger était présent à chaque virage, et chacun priait pour ne croiser personne. La pluie finit par cesser, aussi rapidement qu'elle était venue. Enfin, ils aperçurent au loin le village des parents de Lothaire. Ils leur restait encore à le traverser sans être vu et la tâche ne serait pas aisée. La matinée avait déjà commencé et les premiers artisans étaient sur le point de se mettre au travail. Les paysans partaient aux champs, les femmes sortaient laver leur linge. Lothaire qui connaissait bien les lieux leur donna les explications nécessaires.

 

-Nous ne pouvons pas traverser le village maintenant, nous nous ferions voir bien trop rapidement. Le village est beaucoup plus petit qu'à Mésancourt, les étrangers sont vite repérés. Nous allons devoir contourner les habitations. La bonne nouvelle est que mes parents vivent un peu à l'écart du reste du village, juste à côté du bois. La mauvaise est qu'ils sont à l'opposé de là où nous sommes, il nous faut donc contourner tout le village. Nous allons passer par la forêt, je vous dirai à quel moment il faut être encore plus prudent. Certains sentiers sont beaucoup utilisés par les habitants.

 

Après un hochement de tête de la part de Suzanne et de Louis, Lothaire prit les devants de la marche. Ils durent se cacher une ou deux fois dans les fourrées pour éviter quelques passants, mais dans l'ensemble, ils furent plutôt chanceux et ne firent pas de mauvaise rencontre. Enfin une petite maisonnette en bois apparut dans leur champs de vision. Une femme étendait des draps sur un fil tendu entre deux arbres. Après un bref coup d'œil aux alentours, Lothaire fit signe à sa femme et son ami d'attendre cachés et il courut vers elle.

 

De loin, Louis put observer la femme sursauter en apercevant un homme courir vers elle, puis avoir un grand sourire en reconnaissant son fils et en le serrant contre elle, puis mettre une main devant sa bouche en entendant le succin récit de Lothaire et enfin, tourner la tête en suivant le doigt de Lothaire qui pointait vers eux. Aussitôt, elle hocha frénétiquement la tête et se précipitât vers la maison tandis que Lothaire revenait vers nous.

 

-C'est bon, venez!

 

Tous les trois se mirent à courir le plus vite possible et enfin ils furent à l'intérieur, la mère de Lothaire refermant la porte derrière eux. Un feu de bois brûlait dans l'âtre et Louis harassé, s'écroula devant, toujours serrant son fils contre lui. Suzanne vint le rejoindre et ils restèrent ainsi quelques minutes, épaule contre épaule, laissant leur corps se réchauffer et leur cœur reprendre un rythme normal. Deux petits hommes toujours endormis dans les bras. Lothaire vint les rejoindre peu de temps après et sa mère leur offrit un bol de soupe bien chaude qu'ils avalèrent en silence, mais la tête remplie de question. Une fois vide, les bols furent ramassés.

 

-Ton père est parti vendre quelques armes* du côté de Mésancourt, il sera de retour dans la journée. Vous allez vous reposer et lorsqu'il reviendra, vous nous raconterez ce qu'il se passe. Suivez moi, je vais vous montrer votre chambre, je suis navré, nous n'en avons qu'une à vous proposer pour tous. C'est celle que partageaient Lothaire et sa sœur lorsqu'ils étaient enfants.

 

-Ce sera très bien, merci beaucoup Madame. Dit louis qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'ils étaient partis de chez Lothaire.

 

-Oh, c'est tout naturel... j'aurai aimé vous offrir mieux, votre Altesse, un homme de votre rang...

 

-S'il vous plait! Je vous assure que c'est parfait! J'ai juste besoin... je souhaite juste me reposer un peu et je crois bien que de la compagnie me rassurera de toutes manières.

 

La matrone hocha la tête et les invita à entrer dans la pièce. Celle ci était effectivement assez petite, mais les matelas paraissaient douillets. Louis s'installa d'office sur le plus petit avec Henri pour laisser le plus grand à Lothaire, Suzanne et Hector, sans quoi, il était certain qu'ils le lui auraient proposé. L'épuisement avait fait son entrée et rapidement les jeunes gens se laissèrent aller dans les bras de Morphée. Pour la première fois depuis longtemps, Louis dormit profondément et sans aucune interruption pendant plusieurs heures. Lorsque ses paupières papillonnèrent, le jour commençait déjà à céder sa place à la nuit. Il resta ainsi quelques secondes, le temps de réaliser que, non, ce n'était pas un cauchemar mais bel et bien la réalité, avant de constater que son fils n'était plus dans ses bras. Immédiatement il se redressa, le cœur battant, guettant chaque recoin de la pièce, espérant apercevoir la chevelure blonde de son petit garçon. Ne voyant toujours rien, il se leva et se précipitât sur la porte, l'ouvrant à la volée, réveillant Lothaire et Suzanne en sursaut par la même occasion.

 

Il fit quelques pas dans la pièce principale de la maison et découvrit enfin son fils, assis à côté du petit Hector et face à la mère de Lothaire qui les nourrissait . Au bruit de la porte, les deux garçons tournèrent vers lui et Henri lui fit un grand sourire, dévoilant une bonne partie de ses dents et ce qui ressemblait à de la compote qu'il avait dans la bouche et qui coulait maintenant sur son menton et lui tendit les bras en babillant un « papa! ». Louis traversa la pièce à toute vitesse et prit son fils dans les bras, l'embrassant un nombre incalculable de fois et le serrant contre lui.

 

-Tu es là! Bon sang, j'ai eu une peur bleue...

 

Lothaire et Suzanne arrivèrent derrière lui et Lothaire vint poser un baiser sur la joue de sa mère qui tenait toujours un bol de compote dans les mains.

 

-Je suis désolé monseigneur, les petits se sont levés tous les deux tout à l'heure et j'ai pensé qu'ils auraient faim, je n'ai pas pensé que cela vous contrarierez...

 

Louis secoua la tête.

 

-Non, je... vous n'y être pour rien... vous avez bien fait, c'est juste... quand je me suis réveillé il n'était plus là et j'ai... un peu paniqué... mais vous avez eu raison... d'ailleurs il a l'air de se régaler!

 

Effectivement, Henri, après avoir rendu quelques baisers à son père en le barbouillant de fruit, tendit les bras vers le bol de compote, semblant trouver que les retrouvailles qui coupaient son repas duraient un peu trop longtemps. Louis le reposa à côté de Hector et la mère de Lothaire put continuer à les nourrir.

 

Louis s'essuya les traces de compote et Lothaire vint poser sa main sur son épaule.

 

-Ça va aller?

 

-Oui, oui... je suis désolé, j'ai...

 

-Ça va, ce n'est rien, tu n'as pas à t'en faire, je comprends.

 

Louis lui fit un petit sourire reconnaissant et à cet instant, la porte s'ouvrit sur un homme à la forte carrure.

 

-Bonsoir Monseigneur.

 

-Bonsoir Monsieur.

 

-Bienvenue dans notre humble demeure, c'est un honneur pour nous... même si les circonstances sont tragiques et ne se prêtent pas à la réjouissance.

 

Louis ne répondit pas, se contentant de hocher la tête. A nouveau son cœur semblait être broyé dans un étau. Un léger silence se fit dans la pièce.

 

-Bien, si vous nous expliquiez la raison de votre venue. Les nouvelles de la ville ont l'air d'être très mauvaises. Nous pouvons parler à table si vous le voulez. Vous devez avoir faim.

 

Tout le monde s'installa et les plats arrivèrent. Mais chacun semblait attendre autre chose avant de commencer. Lothaire prit enfin la parole, crevant l'abcès.

 

-Je ne connais que la deuxième partie de l'histoire, Louis... le reste tu ne me l'as que partiellement raconté.

 

Le jeune homme poussa un soupire et entreprit de raconter ses vingt-quatre dernières heures.

 

-Nous nous sommes couchés assez tard hier. Et avec la chaleur que nous avons eu ces derniers jours, je n'arrivais pas à dormir. Aussi quand Henri s'est réveillé au milieu de la nuit, je suis allé le voir et je lui ai donné un peu d'eau. Il y avait... enfin quelque chose me tracassait depuis plusieurs jours et j'ai voulu aller en parler à Philippe... mais quand je suis arrivé dans la chambre...

 

Lothaire posa sa main sur le bras de son ami pour l'encourager à continuer.

 

Le récit continua. Louis expliqua la situation dans laquelle il avait retrouvé son époux et la manière dont il avait échappé de peu aux gardes, puis sa fuite, interminable. Son arrivée chez Lothaire, puis leur mise en route vers leur village, espérant y trouver un abris, au moins pour quelques temps.

Il aborda aussi les doutes qu'il l'assaillaient depuis plusieurs jours. Cette sensation d'être suivi, épié, l'étrange décès du roi, la disparition du druide, les doutes sur sa belle mère.

 

Et il fut écouté, religieusement, par toute la famille de son valet. Même les garçons semblaient comprendre que l'heure était grave car ils ne firent pas un bruit, jouant silencieusement dans un coin de la pièce.

 

Un lourd silence suivit le récit, coupé par les légers reniflements de Louis, qui tentait au mieux de ne pas craquer à nouveau, gardant ses yeux rivés sur son fils pour ne pas croiser les regards de ses hôtes. Puis le père de Lothaire prit la parole.

 

-Voilà qui explique beaucoup de choses. Maintenant je vais vous donner les nouvelles qui sont parvenues à mes oreilles dans la journée, alors que j'allais livrer mes marchandises. Et il n'y a rien de réjouissant, croyez moi. L'arrestation du prince a vite fait le tour des chaumières. Tout le monde en parle et les gardes sont plus présents que jamais dans la ville. Ils sont sans aucun doute à votre recherche Monseigneur.

 

-Mais pourquoi? Je ne comprends pas leur motivation!

 

-Eh bien... ne soyez pas offensez Majesté, mais il semblerait que... votre époux... le roi Philippe II soit arrêté pour... haute trahison...

 

-QUOI? Comment cela haute trahison?

 

-Eh bien... il aurait fourni des informations confidentielles à des pays ennemis, ainsi que des armes leur permettant d'envahir le royaume...

 

-C'EST RIDICULE!!! Philippe serait prêt à sacrifier sa vie pour Mésancourt! Jamais il ne ferait quelque chose qui pourrait porter du tort à son royaume ou a son peuple!

 

-Je suis bien conscient que c'est faux, Votre Altesse, je ne fais que vous répéter ce que j'ai entendu...

 

-Haute trahison! Non mais je rêve! Comment pourrait-on imaginer Philippe être capable de trahir son pays! Il ne vit que pour lui depuis sa naissance!

 

Louis tournait en rond dans la pièce, plongé dans ses pensées. Personne n'osant l'interrompre. Puis il se tourna à nouveau vers le père de Lothaire.

 

-Savez vous si il va bien?

 

-Je l'ignore Majesté! Il semblerait qu'il soit pour le moment enfermé dans un cachot...

 

-Qui pourrait avoir assez de pouvoir pour réussir à enfermer le roi dans son propre cachot?

 

Louis releva les yeux et croisa ceux de Lothaire. Et d'une même voix, l'évidence s'imposa.

 

-La reine!

 

Louis serrait ses poings et son visage rougissait de fureur. Le père de Lothaire, lui, pâlissait à vue d'œil. Lorsque Louis s'en aperçu, il s'approcha de lui.

 

-Vous ne m'avez pas tout dit, n'est-ce pas?

 

-Je... je suis désolé Altesse, je... ce ne sont que des rumeurs et...

 

-Parlez! S'il vous plait dites moi tout.

 

-Je suis vraiment désolé... son exécution est prévue demain.... sur la grande place... à la première heure...

 

A ces mots, Louis sentit ses jambes le lâcher et il se retrouva par terre, aux pieds du forgeron.

 

-Ce n'est pas possible... ce n'est pas possible...

 

Lothaire qui s'était précipité à ses côtés en le voyant chuter, le tint par les épaules.

 

-Louis... nous devons partir. Nous ne pouvons pas rester là, c'est trop dangereux pour toi.

 

-Hors de question! Je dois faire quelque chose. Après tout je suis le roi, moi aussi! Je ne les laisserai pas faire, Lothaire. Cette salope m'a déjà beaucoup trop prit! Je vais la tuer! Je te jure que je vais la tuer!

 

Louis tremblait de fureur contenue. Et Lothaire ne savait pas trop quelle attitude adopter. Mais son père reprit la parole.

 

-Je ne vous conseil pas de vous montrer Altesse. N'oubliez pas que vous venez d'un pays lointain et... la raison de la trahison du roi viendrait en fait.. .de vous...

 

-Expliquez vous!

 

-Eh bien, d'après ce que j'ai entendu dire... vous auriez fait perdre la tête du prince en... l'enjôlant... et vous... l'auriez monté contre le royaume...

 

Le pauvre forgeron n'osait plus regarder son roi tant il avait honte des mots qu'il prononçait. Mais la vérité lui avait été demandé et elle était difficile à entendre. Louis secouait la tête, sidéré par ces rumeurs.

 

-Les gardes ont pour ordre de vous retrouver, vous et votre enfant. reprit le forgeron. Vous êtes recherchés morts ou vifs et la rançon est élevée...

 

Louis hocha la tête doucement.

 

-Bien, alors nous ne pouvons pas rester ici. Si on découvre que vous nous avez caché, vous risquez d'avoir de gros ennuis.

 

Lothaire bondit sur l'occasion.

 

-Nous pouvons descendre vers le sud. Il y a...

 

-Non, Lothaire. Je reste.

 

-Quoi? Mais tu as dit que...

 

-J'ai dit que nous ne pouvions pas rester chez tes parents. Je vais me cacher dans les bois, mais il est hors de question que je ne tente rien pour le sauver, c'est clair?!

 

-Louis, c'est de la folie et un véritable suicide! Si réellement l'exécution est prévue demain.... c'est à dire dans à peine quelques heures maintenant, nous n'avons absolument pas le temps de préparer un plan. En plus de cela, tu es recherché. Les gardes seront partout, à la moindre tentative tu seras arrêté et tué, toi aussi! Je t'en prie, pense à ton fils!!!

 

Le ton de Lothaire avait monté au fur et à mesure de ses paroles et ses derniers mots résonnèrent dans la demeure, provoquant les pleurs des petits garçons. Louis, dont les larmes recommençaient à couler, se releva, chancelant légèrement et alla serre son fils dans ses bras, tout en regardant par la fenêtre. Lothaire, qui en avait fait de même avec Hector vint se placer à ses côtés.

 

-Louis... je suis vraiment de tout cœur avec toi, tu le sais. Je sais que c'est sans doute la décision la plus douloureuse de ta vie, mais tu ne peux plus rien faire pour lui. Tu dois penser à sauver ton fils et à te sauver toi. Tu dois fuir, maintenant!

 

Louis laissa le silence s'installer quelques temps avant de répondre.

 

-Je reste Lothaire. Je... je sais que je ne pourrais pas le sauver, mais je ne le laisserai pas mourir seul. Il faut au moins que j'aille lui dire au revoir. Sans quoi je serai indigne d'avoir été son époux... Après... après si tu veux... nous partirons...

 

Lothaire soupira longuement.

 

-Alors je viens avec toi.

 

Louis ouvrit la bouche pour protester, mais son valet le coupa.

 

-Ce n'est pas discutable, Louis...

 

Un petit sourire triste naquit sur les lèvres du jeune roi à ces paroles. Louis se laissa bercer un petit moment par son ami.

 

-Je garderai les enfants pendant votre absence. dit Suzanne, la mine grave. Mais je vous en prie... faites attention à vous et revenez vite!

 

Les deux jeunes hommes hochèrent la tête.

 

-Je vais vous préparer un petit coin dans la grange. dit le père de Lothaire.

 

-Non, c'est trop dangereux, nous devons partir de chez vous immédiatement.

 

-Et laisser mon petit fils et mon prince attraper froid? Il en est hors de question! J'admets que rester dans la maison n'est pas la meilleure solution, mais tant que j'aurai la possibilité de vous aider, Majesté, je le ferai.

 

Louis hocha la tête doucement.

 

-Merci. Mais, appelez moi Louis.

 

-Alors moi, c'est Baudoin et ma femme Attala.

 

Louis hocha la tête d'un air entendu.

 

-Je ne pourrez sans doute jamais assez vous remercier pour tout cela!

 

-Vous pourrez en prenant soin de vous, de votre fils et de ma famille. répondit le forgeron en pointant Lothaire, Suzanne et Hector du menton. J'espère qu'un jour vous aurez la possibilité de revenir et de reprendre ce trône. Il vous appartient, il vous revient de droit.

 

-Ce trône ne m'a apporté que des soucis... il ne me manquera pas.

 

Baudoin posa une main paternelle sur l'épaule de Louis.

 

-Louis, nous devons partir maintenant, si nous voulons être à Mésancourt à l'aube. lui signala Lothaire.

 

-Bien, Suzanne, suis moi, nous allons t'installer avec les petits dans la grange. reprit Baudoin.

 

Louis embrassa son fils et le confia à Suzanne et Lothaire serra ses parents dans ses bras.

 

-Merci pour tout. Soyez prudents!

 

-Vous aussi, mon fils, vous aussi. répondit son père.

 

-Quand nous reviendrons, nous passerons chercher Suzanne et les enfants et nous partirons directement.

 

Baudoin hocha la tête et se dirigea vers la sortie arrière, suivi par Suzanne qui portait un garçonnet dans chaque bras.

 

Louis et Lothaire se couvrirent d'une cape avec capuche et partirent dans la nuit. Retraçant à l'envers le chemin qu'ils avaient parcouru la veille. En silence, le cœur battant à tout rompre, essayant de ne pas penser à ce qui risquait de se passer une fois arrivé au château. Louis était tiraillé. La révolte de ne pas tenter quelque chose pour sauver son époux entrait en conflit avec sa raison qui le poussait à penser avant tout à son fils et à l'emmener loin d'ici pour le protéger. Comment pourrait-il décemment regarder son époux se faire exécuter sans réagir? C'était inhumain, impensable...et pourtant, ses pas continuait à le porter un peu plus près de cet instant à chaque fois.

 

* Pour rappel, le père de Lothaire est forgeron.

Par Meryl
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Dimanche 30 août 2009

Bonjour, bonjour !

Voilà la suite de l’histoire. Et je pense pouvoir affirmer avec certitude qu’à partir de maintenant, vous allez me haïr jusqu’à la fin de la 2ème partie…lol

Sinon, je n’ai toujours pas eu beaucoup de temps pour écrire, donc j’espère pouvoir trouver le temps de finir cette partie dans les temps.

Bonne lecture. Bisous

 

Malgré le réconfort apporté par Philippe et Lothaire, Louis ne put s’empêcher de rester inquiet sur les évènements qui avaient pu se passer chez le druide. Et même si il n’abordait plus le sujet, il se tourmenta toute la semaine qui suivit, sentant une angoisse sournoise s’insinuer dans ses veines.

 

Pour l’heure, il était allongé contre un Philippe endormi et caressait distraitement son torse. Ils avaient fait l’amour et avait discuté un moment avant que Philippe ne ferme ses yeux, vaincu par la fatigue. Lui n’arrivait pas à trouver le sommeil, la chaleur était trop étouffante et son angoisse trop présente. Comme à chaque fois, cette période lui rappelait de mauvais souvenirs. Il repoussa le drap qui, malgré sa finesse et sa légèreté, paraissait beaucoup trop chaud et se remit sur le dos. Il ferma les yeux et tenta de vider son esprit. Mais quelques minutes plus tard, des chouinements se firent entendre dans la pièce d’à côté. Louis se leva, enfila rapidement un vêtement et pénétra dans la chambre de son fils en repoussant la porte derrière lui pour ne pas réveiller son époux. Il se pencha sur son fils vêtu uniquement de son lange et lui passa un linge humide sur le visage et le corps.

 

-Mon pauvre amour, toi aussi tu as trop chaud.

 

Il le prit dans ses bras pour calmer les pleurs et s’installa contre la fenêtre, profitant d’une douce bise pour lui donner un biberon d’eau. Bien malgré lui, même la présence de son fils ne parvint pas à apaiser ses craintes, aussi, il cala le petit Henri dans ses bras et se décida à parler à Philippe. Tant pis si il devait le réveiller, cette angoisse lui bouffait la vie et il avait besoin d’être rassuré. Il poussa la porte et fut surpris de constater que le lit était vide.

 

Aussitôt la peur s’intensifia. Il resserra sa prise sur son fils, provoquant un grognement à moitié endormi chez celui-ci et fit quelques pas dans la chambre. Un léger bruit de frottement de métal le fit sursauter et attira son regard du côté de la porte donnant sur le couloir. Louis resta tétanisé devant la vision qui s’offrait à lui.

 

Philippe, nu, se trouvait debout et immobile, entouré et tenu par trois gardes, une lame pointée sur sa gorge. Il avait sans aucun doute été tiré du lit par surprise, sans avoir le temps de réagir. Quatre autres gardes se trouvaient dans la chambre et tout le monde regardait dans la direction de Louis. Les yeux de Philippe, qui jusque la jetaient des éclairs, croisèrent les siens et ils se remplirent d’inquiétude.

 

-Qu’est-ce qu’on fait de lui, chef ? demanda l’un des gardes en pointant Louis du menton.

 

Il y eut un petit instant de flottement pendant lequel Philippe retint sa respiration. Il ne se faisait pas d’illusion. C’était le trône qui était visé, lui allait sans doute être tué et Louis et Henri étaient les héritiers légitimes de la couronne. Philippe supplia Louis en pensée de s’enfuir rapidement, mais son époux semblait figé de terreur.

 

-Attrapez le et tuez l’enfant ! répondit le chef.

 

A ses mots, Philippe se débattit avec violence, faisant fi de la lame qui menaçait à tout moment de lui taillader la gorge.

 

-NON ! LOUIS, SAUVE TOI ! SAUVE HENRI !!!!

 

En entendant les cris de son époux, Louis sembla sortir de sa torpeur et aperçu deux gardes qui se dirigeaient droit sur lui. Il jeta un dernier coup d’œil à Philippe qui avait été frappé et maintenu à terre et d’un mouvement de rotation, évita le garde qui arrivait droit sur lui. Le mouvement brusque réveilla Henri en sursaut, qui se mit à hurler de peur. Louis se précipitât dans la chambre de son fils et eut tout juste le temps de bloquer la porte avant que ses assaillant ne se jettent dessus. Complètement paniqué, il entendit les ordres fuser à travers le bois.

 

-Ouvrez cette porte ! Ne le laissez pas s’échapper !

 

Sans trop savoir comment ni pourquoi, Louis se précipita sur le berceau de son fils, attrapa un long morceau de tissus qui faisait office de doudou, enroula Henri dedans et se jeta sur la torche murale qu’il tira vivement, dévoilant ainsi l’étroit escalier qui n’avait plus servi depuis son escapade avec Lothaire. Les indications de son ami lui revenaient à toutes vitesses dans sa tête et la porte était sur le point de céder aux assauts des gardes lorsqu’il referma le passage sur lui. Louis ne fut plus éclairé que par la torche qu’il avait eu le réflexe de garder à la main et se mit à dévaler les escaliers. Si à l’extérieur la chaleur était étouffante, dans cet étroit passage, l’air était toujours aussi froid et humide. Et si lui était toujours en bas de pyjama en soie et pied nu, Henri, lui était au moins légèrement couvert. Louis ne ralentit pas l’allure. La porte de la chambre devait avoir cédée, maintenant et Louis ne savait pas combien de temps il faudrait aux gardes pour découvrir le passage secret et pour trouver le moyen de l’ouvrir. Après être arrivé en bas de l’escalier, il continua sa course, les pas de ses pieds nus résonnants sur les pavés humide et parsemés de flaques. Lorsqu’il fut à bout de souffle, Louis s’autorisa à arrêter de courir pour simplement marcher à vive allure.  Son cœur battait la chamade et sa gorge le brûlait mais le reste de son corps était frigorifié. Seulement à cet instant, il s’aperçut que son fils pleurait encore, inquiet de la folle course poursuite qu’ils venaient d’avoir. Tout en continuant sa marche, Louis serra Henri contre lui, lui parlant doucement à l’oreille jusqu’à ce qu’il se calme, tandis que dans sa tête une multitude de questions arrivaient dans le désordre et à toute vitesse et que dans son ventre, un nouveau nœud se nouait. Qu’allait-il arriver à Philippe ? Pourquoi avaient-ils étaient la cible des gardes ? Philippe lui avait déjà plusieurs fois parlé de personnes cherchant à prendre le pouvoir de toutes les manières possibles et imaginables, mais jamais Louis n’aurait imaginé être attaqué de la sorte, en pleine nuit. C’était pourtant la manière la plus logique de se débarrasser du roi. Louis sentit un frisson d’horreur en se rendant compte que Philippe ne respirait peut être déjà plus. Il raffermit sa prise autour de son fils qui recommençait à somnoler légèrement. Si le trône était visé, il devait mettre son fils à l'abri. Peut importe que lui soit attrapé ou non, tant que son fils restait en vie. Et pour cela, il ne devait pas se faire prendre avant de l’avoir mis en sécurité.

 

Il l’avait senti. Il aurait du écouter son instinct qui, jamais encore, ne l’avait trahi. Mais non, il avait laissé les personnes qu’il aimait le convaincre qu’il fabulait. Il n’en voulait pas à Lothaire et Philippe qui avait juste voulu l’aider et le rassurer, il s’en voulait personnellement d’avoir attendu au lieu d’agir. Et maintenant il était trop tard. « Faites qu’il ne lui arrive rien », se répétait le jeune homme. Tout avait été manigancé depuis longtemps. Les pièces du puzzle se mettaient doucement en place dans sa tête. Le roi avait été empoisonné, le druide tué, toutes les personnes qui étaient susceptibles d’aider Louis et Philippe à rester au pouvoir avaient été méthodiquement écartées une à une. Et lui, n’avait pas eu l’intelligence de faire le lien. Mais Louis ne voulait pas du trône. Il le laissait à qui voulait bien le prendre pourvu qu’on lui rende son mari et qu’on les laisse vivre en paix avec leur fils. Mais il savait bien que ça ne marchait pas comme ça. Philippe et Henri étaient les successeurs directs de Philippe 1er et lui devait assurer l’intermède si Henri était trop jeune et que Philippe était tué ou dans l’incapacité de gouverner. Et même si cela était possible, Louis savait que Philippe préférerait mourir que de laisser son royaume aux mains de personnes malveillantes.

 

Soudain l’image de la reine Anne s’imprima dans l’esprit de Louis. Se pourrait-il…. ? Non, impossible. Elle n’aurait pas pu faire ça….elle aimait son fils… à sa manière bien entendue, mais elle l’aimait… Et Henri aussi. Elle n’aurait pas pu faire tuer son petit fils de sang froid, c’était impossible…. La reine le détestait lui, mais elle ne pouvait avoir fait du mal à Henri…non…

 

Louis secoua la tête. Plus il se répétait que la reine était incapable de faire du mal à son petit fils, moins il en était sûr. Après tout, elle avait essayé de briser son couple plusieurs fois. Elle avait même souhaité la perte de ses enfants lors de sa première grossesse. Chose parfaitement accomplie, d’ailleurs… Louis serra les dents et s’interdit de pleurer une fois de plus sur cet événement. Ce n’était pas le moment de se laisser aller, il fallait continuer à avancer. Il ne savait pas du tout à quel endroit du tunnel il se trouvait mais il se rappelait les paroles de Lothaire : « il y a forcement une sortie »… « je suppose que la sortie est le plus éloignée possible du château, mais aussi des villages alentours. Si la famille avait fuit pendant un combat et qu’elle s’était retrouvé en plein milieu des troupes ennemies, je suppose que l’effet n’aurait pas été celui recherché »… Il s’accrochait à ces paroles de toutes ses forces, mais au fur et à mesure que l’adrénaline redescendait, le désespoir le gagnait. Si il n’avait pas eu son petit garçon blottit dans ses bras, somnolant et confiant, il se serait sans doute arrêté là, au milieu de cette grotte froide et sombre, à attendre que les soldats lui tombent dessus… quoiqu’il serait sans doute mort de froid avant.

 

Enfin, après ce qui lui sembla être une éternité, Louis aperçu une lueur. Une légère flamme se ralluma en lui et il accéléra le pas. Arrivé au bout, il posa la torche par terre et laissa l’humidité de la pierre l’éteindre. Il se fit le plus silencieux possible afin de vérifier que personne ne l’attendait à l’arrivée. Puis, discrètement, il sortit du fourré. L’aube pointait au loin et Louis sut qu’il fallait qu’il se dépêche. Désormais, la seule personne vers qui il pouvait se tourner en toute confiance était Lothaire et il devait arriver chez lui avant que le jour ne soit trop haut dans le ciel. Louis remonta Henri qui s’était finalement endormi, la tête sur son épaule et reprit la route, restant sur le bas côté, prêt à plonger dans les fourrés au moindre bruit suspect.

 

La chaleur de la nuit avait laissé place à un orage matinal, provoqué par plusieurs jours d'un air lourd, accompagné d'un brouillard assez épais. Louis avançait avec l’impression que ses sens étaient surdéveloppés. Il avait l’impression d’entendre chaque bruit de façon distincte, de l’identifier et de le trier dans son crâne en fonction de sa possible nuisance.

 

Un crapaud qui croasse : pas de danger.

 

Un ruisseau qui coule: pas de danger.

 

Une branche qui craque : danger ! - immobilisation du corps - prêt à bondir sur le côté - un lapin qui sort du bois - fausse alerte ! – reprise de la route.

 

La pluie qui tombe dans une souche d'arbre creuse: pas de danger.

 

Louis remerciait les divinités de lui amener cette purée de pois qui lui offrait une protection, relative certes, mais une protection tout de même. Il restait malgré tout sur le qui vive, le corps en alerte, sursautant au moindre froissement de feuille. Il avançait tel un automate vers la maison de son ami, commençant à ressentir la fatigue qui lui tombait sur les épaules.

 

Enfin, il arriva à destination, ne cherchant plus à feindre une quelconque discrétion, il se précipita sur la propriété et se mit à tambouriner sur la porte en bois. Après quelques minutes d’une attente remplie d’angoisse, Louis entendit enfin des pas à l’intérieur de la maison et le bruit caractéristique d’un verrou qui s’ouvre. La porte pivota sur ses gonds, laissant apparaître un Lothaire mal réveillé et armé d’un long couteau pointu qu’il brandit devant lui.

 

Louis sursauta en voyant la lame et recula d’un pas en serrant d’avantage Henri contre lui.

Lothaire qui reconnut enfin son ami baissa son arme et ouvrit grand les yeux.

 

-Louis ?! Mais enfin, que fais-tu ici ? Le jour est à peine levé !

 

-Lothaire… s’il te plait, laisse moi entrer…

 

Voyant le visage remplit de terreur de son maître, Lothaire se poussa aussitôt et Louis s’engouffra dans la demeure, le valet refermant la porte derrière lui.

Suzanne sortit à ce moment la de la chambre, tenant Hector serré contre elle. Le couple avait craint une attaque quelconque en entendant les bruits sourds contre la porte. Soulagée de reconnaître l’ami de son mari, la jeune femme se détendit un peu et repartit coucher son fils. Lorsqu’elle revint dans la pièce principale, Louis s’était assis sur un banc, tenant toujours fermement Henri dans les bras et semblait regarder de tous les côtés. Lothaire s’approcha doucement de lui et posa ses mains sur ses épaules. A ce contact auquel il ne s’attendait pas, Louis sursauta violemment en poussant un petit cri et aussitôt, Lothaire retira ses mains.

 

-Louis… que se passe-t-il ? Tu arrives à moitié nu et trempé chez moi à l’aube…. Bon sang, mais tu es gelé ! Suzanne, tu veux bien…

 

Le jeune homme n’eut pas le temps de finir sa phrase, son épouse s’était précipité dans la chambre et elle en ressortit quelques instants plus tard avec une couette épaisse, pliée en quatre. Elle la tendit à Lothaire qui s’approcha de Louis comme d’une bête sauvage et blessée, doucement, sans geste brusque, pour ne pas l’effrayer davantage.

 

-Louis je vais poser cette couverture sur tes épaules, d’accord ?! Tu es trempé et tu sembles à moitié congelé.

 

Louis cessa de regarder chaque recoin de la maison pour poser ses yeux sur son ami. Sa respiration se calma légèrement et il hocha la tête. Le valet put alors s’approcher de lui et l’enrouler dans la couverture.

 

-Je vais réchauffer la soupe. dit Suzanne en se dirigeant vers le coin cuisine de la pièce, s’arrêtant au passage pour allumer un feu dans la cheminée.

 

Lothaire s’installa à côté de son ami et lui passa la main dans le dos pour le réchauffer. Puis Suzanne s’approcha d’eux et se pencha vers Louis pour attraper Henri.

 

-Je vais le coucher avec Hector, il…

 

Mais elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, Louis s’était projeté en arrière, resserrant son emprise sur le petit corps, toujours enroulé dans son doudou. Ses yeux reflétaient à nouveau une puissante angoisse. Suzanne s’accroupit alors en face de lui et encra ses yeux dans ceux du jeune roi.

 

-Louis… ce n’est que moi, Suzanne. Je crois que Henri est sans doute aussi fatigué que toi et qu’il a vraiment besoin d’un peu de repos. Sans compter qu'il faut le changer pour ne pas qu'il tombe malade. Je veux juste le coucher avec Hector, je ne veux pas te l’enlever…

 

-Tu sais que nous ne te voulons pas de mal, Louis. reprit Lothaire.

 

Louis hocha la tête doucement et avec réticence, tendit le petit paquet à la femme de chambre et le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la chambre.

 

 Lothaire posa sa main sur l’avant bras de son ami en signe de réconfort, puis l’incita à lui expliquer la raison de sa présence. Après un temps de silence, Louis ouvrit enfin la bouche et se replongea dans la nuit cauchemardesque qu’il venait de vivre. Et au fur et à mesure qu’il poursuivait son récit, toute l’horreur de la situation s’imposait à lui. Lothaire et Suzanne, qui était revenue entre temps, étaient bouche bée, n’arrivant pas à croire ce qui s’était passé seulement quelques heures plus tôt.

 

-Et tu dis qu’ils étaient des gardes du château ?

 

-Je.. je ne suis pas sur… je regardais davantage leurs armes que leur tête… mais ils avaient… je suis presque certain qu’ils portaient le blason de la couronne sur leurs vêtements. Mais je ne comprends pas… qui a pu…

 

Louis s’interrompit, un sanglot en travers de la gorge.

 

-Tu n’as… tu n’as aucune idée de qui peut être derrière tout cela ?

 

Louis croisa les yeux de son ami et il sut qu’ils pensaient à la même hypothèse.

 

-Je… je ne sais pas, Lothaire. Je ne peux pas imaginer qu’elle puisse… c’est son fils, tu comprends ! Et Henri… elle voulait passer du temps avec lui, elle voulait participer à son éducation… réellement… elle ne m’a pas donné l’impression de feindre cela ! Je sais qu’elle me hait sans doute à un point que je ne suis pas sûr de bien imaginer, mais dans ce cas, il aurait suffit qu’elle s’en prenne à moi. Un accident à cheval, un traquenard… ça aurait été très facile de me faire disparaître…

 

Lothaire hocha la tête, songeur.

 

-Qu’est-ce que tu vas faire ?

 

Louis secoua la tête.

 

-Je n’en sais rien du tout. Je suis complètement perdu. Je n’arrive pas à réaliser ce qu’il s’est passé, je ne sais pas comment je dois réagir, ce que je dois faire…

 

-Calme toi, Louis. Ce n’est pas le moment de paniquer ! Tout d’abord nous ne devons pas rester ici.

 

-Pourquoi ?

 

-Louis. Tu as pris la fuite et selon ce que tu m’as dis, ils ne vont pas abandonner les recherches maintenant. Surtout si c’est bien le trône qui est visé. Alors maintenant dis moi, si vraiment ces gens sont du château, il doivent te connaître un tout petit peu ou au moins connaître les « racontars ». Où crois-tu qu’ils viendront chercher en premier lorsqu’il se rendront compte que tu n’as pas réapparu ?

 

Louis regarda un instant son ami et soudain, son visage se décomposa.

 

-Bon sang, Lothaire… je dois partir d’ici, tout de suite !

 

Il se leva d’un bond, rejetant la couverture et se dirigea à grands pas vers la chambre. Lothaire le retint par le bras.

 

-Louis, qu’est-ce que tu fais ! Attend !

 

-NON ! Tu ne comprends pas. Je t’ai mis en danger ! j’ai mis toute ta famille en danger en venant ici ! Mais quel imbécile j’ai été ! Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ! Quel idiot, mais quel idiot !

 

-Louis, attends.

 

-Non, lâche moi Lothaire. Je ne resterai pas une minute supplémentaire chez toi ! Si il t’arrivait malheur par ma faute, je… Laisse moi partir, ça vaut mieux pour tout le monde.

 

Lothaire saisit Louis par les épaules fermement et l’obligea à se rasseoir.

 

-Louis, écoute moi ! A partir du moment ou ta vie est menacée, la mienne l’est également… et ma famille aussi par extension. Tout le royaume est au courant de notre amitié. Même si tu n’étais pas venu, nous aurions reçu de la visite !

 

-Oui, mais en voyant que je ne suis pas là, ils partiront et…

 

-Tu crois cela ? Tu penses vraiment qu’ils nous laisseront en vie, nous ? Alors qu’ils viennent d’attenter à la vie du roi ?

 

Louis se tut, vaincu par les arguments de son ami.

 

-Je suis tellement désolé !

 

-Ne te reproches pas ce dont tu n’es pas responsable. Nous allons prendre quelques affaires et partir immédiatement. Mes parents habitent le village voisin, nous y seront en sécurité pendant quelques temps… tout du moins, je l’espère. Une fois là-bas, tu dormiras un peu et ensuite nous verrons ce que nous pouvons faire, d’accord ?

 

Louis hocha la tête. Il avait la sensation d’être tombé dans une sorte d’immense tourbillon où tout allait beaucoup trop vite et surtout, où tout allait de travers. Il pensa à nouveau à Philippe et ses yeux se remplirent de larmes. Il aurait donné n’importe quoi pour retrouver son époux… en un seul morceau.

 

Lothaire posa une main compatissante sur son épaule, le faisant sortir de ses pensées.

 

-Je suis vraiment désolé, Louis.

 

-Je sais.

 

-Tu sais que tu peux compter sur moi, n’est-ce pas ?!

 

-Sur nous ! reprit Suzanne, un petit aire bravache inscrit sur le visage.

 

Louis eut un petit sourire et hocha la tête.

 

-Je le sais, oui.

 

Et c’était vrai !

 

 

Voilà, voilà… vos impressions ?! Vous pouvez envoyer toutes les munitions que vous avez car cette fois, je suis réellement très loin… je suis intouchable ! lol
Par Meryl
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Dimanche 23 août 2009

Bonjour à tous!

Je ne sais pas si vous êtes tous en vacances ou si le dernier chapitre n'a pas été à la hauteur de vos attentes... quoiqu'il en soit, j'espère que celui-ci vous plaira davantage.

Bonne lecture, bisous!

 

 

Louis resta un instant immobile, le ventre serré d’angoisse, l’oreille au aguets, puis il descendit de son cheval et se décida à aller voir à l’intérieur.

 

-Il y a quelqu’un ? lança-t-il sans oser pénétrer dans la chaumière.

 

Quelques secondes de silence suffirent et Louis se décida finalement à pousser la porte. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’ils tombèrent sur l’état de la maison. Si à sa dernière visite, l’état général ressemblait à un joyeux capharnaüm, cette fois ci, le jeune homme eut l’impression qu’une tempête avait eu lieu. Les meubles étaient retournés, les papiers jonchaient partout par terre, des objets avaient été brisés. Il y avait clairement eu lutte dans cette pièce et Louis paniqua réellement quand, après avoir fait deux pas à l’intérieure de la chaumière, il découvrit des traces de sang sur le sol, en quantité assez importante. Sans chercher à en savoir plus, il fit rapidement demi-tour, se précipita sur sa monture et rentra au château au grand galop.

 

Une fois arrivé, Louis confia exceptionnellement le soin à un palefrenier de s’occuper de son cheval et se précipita vers ses appartements. N’y trouvant personne, il se précipita vers la salle de jeux et il y trouva Lothaire, Suzanne et les deux garçons. Louis se précipitât vers son fils et le serra fortement dans ses bras. Le petit prince profita un instant de la tendresse de son père, mais rapidement il se tortilla pour rejoindre son compagnon. Lothaire, qui avait remarqué l’état de détresse de son ami, le fit s’asseoir sur un sofa et le fit enlever sa cape d’extérieur.

 

-Que se passe-t-il, Louis ?

 

-Je… je suis allé… il n’y avait personne, mais… du sang et….

 

-Oh, Louis, attends, je ne comprends rien du tout… respire et reprends, s’il te plait.

 

Louis inspira et expira plusieurs fois profondément pour s’apaiser un peu et reprit ses explications.

 

-Tu sais que j’étais avec Philippe lorsque son père est décédé.

 

Lothaire hocha la tête gravement. La pâleur de son ami l’inquiétait. Dans son esprit à lui aussi, certains évènements étaient encore frais.

 

-A un moment, Philippe a du s’absenter et… je suis resté seul avec le roi… je… j’ai trouvé ça…

 

Louis sortit son mouchoir plié et montra les petits cristaux à Lothaire.

 

-C’était à la commissure de ses lèvres… je ne sais pas exactement ce que c’est… mais… je trouve ça très étrange que le roi soit mort si rapidement alors qu’il y a encore quelques temps, il était en pleine santé.

 

-Louis… tu sais, certaines maladies son fulgurantes… nous ne pouvons pas toujours tout prévoir. Ce n’est pas comme si nous avions… je ne sais pas, moi… une machine qui permettrait de regarder dans le corps et de détecter des maladies*

 

-Et les cristaux ?!

 

-Peut être que ce sont juste des miettes, des restes de son dernier repas, que sais-je d’autre encore?!

 

-Attends, je n’ai pas fini. J’ai effectivement pensé que peut être je m’emballais un peu rapidement alors j’ai voulu aller voir le druide pour lui demander de les examiner et de me dire ce que c’était. Et lorsque je suis arrivé sur place, je n’ai trouvé personne.

 

-Il était sans douté parti faire un tour. Cela lui arrive régulièrement de disparaître pendant plus ou moins longtemps.

 

-Il y avait des traces de lutte…

 

-Un voleur qui a été pris sur le fait… un animal blessé qui recherchait un coin au chaud ou de la nourriture… tout cela arrive fréquemment.

 

-Il y avait du sang…

 

-Es-tu sûr que c’était bien du sang ?

 

-Je sais reconnaître du sang lorsque j’en vois, Lothaire.

 

Le valet poussa un soupire et se passa une main dans le cheveux, l’air ennuyé.

 

-Écoute, Louis… je sais que tu as vécu des moments difficiles ici… et tu t’es senti persécuté… mais c’est fini tout cela, aujourd’hui. Tu es entouré de gens qui t’aiment, tu as ta famille, des amis… il ne faut plus penser que le mal tourne autour de toi en attendant le moment propice pour frapper ! Parmi toutes les possibilités sur ce qu’il s’est passé, pourquoi avoir choisie celle-ci ?

 

Louis resta muet de stupeur pendant quelques secondes.

 

-Tu me prends pour un fou!

 

-Non, pas du tout.

 

Le prince secoua la tête, un sentiment de trahison lui broyant l’estomac. Lothaire attrapa ses mains et s’agenouilla face à lui.

 

-Louis, je t’en prie, ne dis pas de telles choses. Si je t’ai blessé je m’en excuse, ce n’était pas mon intention. J’ai juste… Louis, il y a trois ans, j’ai failli te perdre… et… et j’ai tellement peur pour toi. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé chez le druide, mais je sais que ça te bouleverse. Je n’aime pas te voir ainsi alors je préfère penser à toutes les autres options plausibles, parce que…. Parce que si réellement le roi est mort empoisonné et si réellement le druide a été tué… alors cela signifie que mon ami est en danger à nouveau. Et ça, je ne le conçois pas !

 

Louis hocha la tête, les larmes au bord des yeux et il serra les mains de Lothaire dans les siennes.

 

-En as-tu parlé à ton époux ?

 

Louis secoua la tête en signe de négation.

 

-Je ne veux pas l’embêter davantage. Il est bien assez occupé comme cela en ce moment.

 

-Parles lui en, Louis. Il saura sans doute te rassurer mieux que moi et tu sais qu’il préfère que tu lui parles plutôt que tu gardes tout pour toi… ou même pour moi.

 

-Oui, tu as raison. Je lui parlerai ce soir.

 

Lothaire lui sourit et le serra doucement dans ses bras.

 

Le soir même, Louis somnolait déjà à moitié lorsque Philippe vint le rejoindre. Après s’être déshabillé entièrement, il se glissa sous les draps dans un long soupir de contentement et se rapprocha de son époux pour lui picorer le cou. Louis ouvrit les yeux avec un sourire.

 

-Philippe…

 

Le prince répondit un « hmmm » très éloquent tout en continuant à parcourir le corps tout contre le sien.

 

-Philippe, arrête une minute, il faut que je te parle.

 

Le prince grogna mais releva la tête.

 

-Louis, je n’ai absolument pas envie de parler maintenant. J’ai eu une journée éreintante et je voulais juste retrouver un… petit moment de détente…on parlera demain… fit-il en replongeant pour mordiller la clavicule qui semblait l’appeler à grands cris.

 

Louis réprima un gémissement, se cambra légèrement et failli oublier la raison pour laquelle il voulait parler. Cependant, il respira un grand coup et repoussa son époux suffisamment pour qu’il n’ait plus accès aux endroits si sensibles de son corps.

 

-C’est important…

 

Philippe laissa tomber sa tête dans l’oreiller dans un soupire mélodramatique puis se redressa pour poser sa tête sur sa main, le coude reposant sur le traversin.

 

-Si nous parlons maintenant, tu me laisseras te faire tout ce que je veux après ?

 

Louis eut un petit sourire lubrique en anticipant avec délectation la fin de la soirée. Il hocha la tête vivement.

 

-Alors, fais vite… j’ai énormément de choses en tête !

 

Louis, qui avait déjà très chaud, se sentit durcir sous le regard explicite et les promesses de son époux. Il passa sa langue sur ses lèvres, le temps de retrouver un minimum de constance pour ne pas échapper un gémissement lorsqu’il prendrait la parole. Malheureusement pour lui, ce geste ne passa pas inaperçu et Philippe ne quittait plus des yeux ces lèvres purpurines qu’il aimait tant.

 

-Je suis allé voir le druide aujourd’hui… pendant mon petit tour… et j’ai peur qu’il lui soit arrivé quelque chose de grave, il a disparu.

 

-Le druide est réputé pour s’absenter régulièrement et pour des durées inconnues de tous. Il n’y a rien d’inquiétant la dedans.

 

-Je sais, Lothaire m’en a parlé. Mais il y avait du sang et la maison était sans dessus-dessous…

 

Philippe avait fait glissé sa main sur le torse de son époux et commençait à lui déboutonner son haut.

 

-Une blessure de chasse, une bagarre d’ivrogne… si le druide est parti, il y a sans doute des squatteurs qui ont trouvé refuge dans sa chaumière. La garde mobile est à la recherche de fugitifs qui ont réussi à s’enfuir de la prison d’une ville voisine, qui sait, ils ont peut être fait le chemin jusqu’ici. Il n’y a pas à s’en faire Louis, tu es en sécurité, ici.

 

Sur ces mots, le prince reparti à l’assaut du cou de sa victime et prit soin d’y laisser sa marque, tout en laissant ses mains se balader sur son corps.

 

-Philippe… je… haannn, attend, s’il te plait… hmmm… je suis vraiment inquiet…

 

Philippe redressa la tête et planta ses yeux dans ceux de son époux.

 

-Bien, écoute, si cela peut te rassurer, j’enverrai une patrouille demain et ils me feront un rapport.

 

Louis sentit comme un poids être retiré de son ventre et il se redressa sur les coudes pour embrasser l’homme qui le surplombait.

 

-Merci.

 

-Puis-je profiter de mon époux, maintenant ?

 

-Il est tout à toi…

 

Louis s’était rallongé et avait mis ses bras en croix dans une invitation explicite. Philippe plongea pour ravir les lèvres du dit époux et mit tant d’ardeur dans leur baiser que le jeune homme oublia rapidement tout le reste. Lorsque Louis sentit le bassin de Philippe se frotter avec indécence contre sa cuisse, il l’attira entre ses jambes et leur virilité se rencontrèrent enfin, tout juste séparées par le pantalon de pyjama en toile de Louis, et provoquant un gémissement chez les deux hommes. Philippe se redressa à genoux et retira rapidement le morceau de vêtement gênant, mais au lieu de replonger sur son époux, il lui attrapa les hanches pour les tirer vers lui et les poser sur ses cuisses. Ainsi exposé, Louis dévoilait toute son intimité et il sentit ses joues rosir. Cependant, si quelques années plus tôt il se serait servi de ses mains pour se cacher, cette fois ci il se contenta de fixer son époux d’un regard provocateur.

 

Depuis que Philippe lui avait fait retrouver le plaisir de partager sa couche, Louis devait admettre que leurs rapports étaient souvent d’une violente intensité et il était régulièrement plus que ravi que Lothaire ne partage plus leur aile du château sans quoi, il aurait été sans arrêt taquiné à ce sujet. Lui même se sentait plus libre dans son corps et dans sa tête et se permettait de plus en plus de choses que jamais il n’aurait imaginé oser faire. Des choses qui, lorsqu’il y repensait le lendemain à tête reposée, le faisaient rougir de gêne. Philippe de son côté ne se lassait pas de ces changements et rien ne l’excitait plus que de voir son époux se laisser totalement aller à ses pulsions, et à nouveau, cette fois-ci, son regard le fit durcir davantage. Doucement, il fit glisser sa main à plat en partant du bas-ventre et remontant vers le visage de Louis, appréciant de sentir son souffle erratique, jusqu’à atteindre sa bouche ou il fit glisser quelques doigts qui furent goulûment sucés. Philippe adorait cette bouche accueillante et tout particulièrement lorsqu’elle s’affairait autour de son sexe. Mais pour l’heure, ce n’était pas dans son programme. Il se contenta donc de vérifier que ses doigts étaient bien humidifiés avant d’en insérer un dans l’antre chaude de son compagnon qui ne se priva pas d’aller à sa rencontre d’un petit mouvement de bassin. Sans attendre, il en ajouta un deuxième, faisant soupirer son amant de plaisir et effectua quelques vas et viens en alternance avec des mouvements de ciseaux, pour s’assurer de ne pas blesser son époux.

Louis se mordit les lèvres inconsciemment et effectuait déjà des mouvements d’accompagnement du bassin. Rapidement, il voulut beaucoup plus et dans un gémissement il réussi à trouver le souffle nécessaire pour prononcer quelques mots.

 

-Viens… s’il te plait…

 

Sans attendre, Philippe retira ses doigts et plaça son sexe à l’entrée avant de le pénétrer tout doucement, faisant gémir Louis d’impatience. Celui-ci voulut s’empaler de lui même tant l’envie lui brûlait le ventre, mais son époux maintenait ses hanches fermement, le rendant totalement dépendant de son bon vouloir. Philippe adorait ce moment si spécial ou il sentait cet étroit fourreau de chaire s’écarter au passage de son sexe, il trouvait que c’était l’un des moments les plus jouissifs de l’acte, entrer en communion parfaite avec son amant, ne faire plus qu’un et surtout, voir Louis entièrement ouvert à lui, en toute confiance, sans qu’aucune crainte ne vienne le perturber. Il était à lui, rien qu’à lui. Il lui appartenait corps et âme.

A cette idée, une décharge de plaisir traversa le corps de Philippe qui entama de rapides vas et viens, faisant crier son amant de surprise et de plaisir mêlés. Louis n’avait plus que les épaules et le crane qui reposaient sur le matelas, le reste de son corps étant cambré ou entre les mains de son époux. Philippe l’aida ensuite à se redresser pour l’asseoir sur lui et cette fois, ce fut Louis qui mena la danse, montant pour mieux redescendre sur le sexe qui vibrait en lui et retrouvant avec gourmandise les lèvres de son époux qui lui faisaient perdre la tête.

Enfin, lorsqu’il se sentit prêt à rendre les armes, Philippe recoucha son époux et s’allongea sur lui pour le pénétrer plus profondément encore et sa main alla caresser la hampe de Louis pour l’accompagner dans la jouissance.

Louis sentit Philippe accélérer une dernière fois avant de se crisper et de gémir dans son cou alors qu’il libérait en lui sa semence. Sa main, elle, continuait à caresser le jeune homme qui ne tarda pas à se libérer à son tour.

 

Philippe, se redressa sur ses coudes qui entouraient la tête de son époux et il descendit butiner ses lèvres, tout doucement, comme pour ne pas briser l’instant de flottement qui régnait toujours après un orgasme. Patiemment, il retraça le contour des lèvres de son amant, puis passa sa langue entre elles, pour finalement retrouver sa consœur qui l’accueillit avec enthousiasme. Louis avait toujours ses jambes autour des hanches de Philippe et il passa ses main derrière sa nuque pour les faire glisser le long de son dos. Philippe mordillait sa lèvre inférieure et Louis eut un petit sourire lorsqu’il sentit le sexe de son époux reprendre de la vigueur, toujours en lui.

 

-Je croyais que tu étais fatigué ? lui demanda-t-il à moitié moqueur.

 

-Je rattraperai mon sommeil plus tard. lui répondit le prince.

 

Et à nouveau le baiser s’intensifia.

 



 Le lendemain, comme promis, Philippe envoya une petite équipe de gardes mobiles patrouiller du côté de chez le druide. A leur retour, le rapport était clair : la maisonnée était complètement vide et paraissait être abandonnée depuis de longues années. Ce compte rendu laissa Louis perplexe, mais rapidement le couple princier eut d’autres préoccupations en tête. En effet, l’enterrement du monarque et l’intronisation de Philippe approchait à grands pas.

 

Le roi Philippe 1er fut mis en terre dans le caveau royal, dans une basilique transformée en nécropole avec le temps. La cérémonie fut difficile pour beaucoup de personne, Philippe 1er était un roi aimé et respecté et son décès avait été brutal. De nombreuses marques de sympathie venait de tous les pays voisins et parfois même d’autres continents, mais également des villageois qui venaient déposer par centaines des gerbes de fleur, des bougies et des prières aux portes du château. Philippe, digne et droit, prenait la tête du cortège funéraire aux côtés de sa mère, mais pendant la cérémonie, Louis s’installa près de lui et ne lui lâcha pas la main une seconde. Philippe lui fit un petit sourire de remerciement avant de se concentrer à nouveau sur le discours prononcé. Le soir, rompus de fatigues, le couple eut tout juste la force d’aller embrasser leur fils avant de s’écrouler dans les bras de Morphée presque tout habillés. Le lendemain, une autre journée difficile les attendait.

 


 

Louis se tenait droit, mal à l’aise dans un costume bien trop sophistiqué et épais pour lui. Devant lui, Philippe, un genou à terre, la tête courbée recevait la bénédiction des différents ministres et du chef religieux afin de succéder à son père. Puis vint le couronnement et le serment prononcé face à tous les grands de la cour. Ensuite, Philippe s’approcha de Louis et, voyant l’air terrifié de son époux, lui fit un petit sourire d’encouragement en lui tendant la main. Louis l’attrapa et se fit conduire face au conseil. Il s’agenouilla et à son tour reçu la bénédiction. Le chef religieux tendit la couronne à Philippe qui vint lui même la poser sur la tête de Louis en prononçant quelques mots.

 

-Pour ce long chemin, je te veux toi, Louis de Mésancourt, à mes côtés. Si il devait m’arriver quelque chose, tu serais le souverain de ce royaume et chef des armées. Par cette couronne, je te fais mon égal et mon successeur légitime jusqu’à ce que notre fils aîné soit en âge de gouverner.**

 

Philippe passa sa main sous le bras de Louis pour l’aider à se relever et ils se dirigèrent tous les deux vers la sortie, sous les ovations de la foule. Ils étaient à présent, rois de Mésancourt.

Le soir venu, Louis se dévêtit avec un sentiment de soulagement intense. Il avait mal au dos et aux pieds, il avait trop chaud et il avait une sensation bizarre au ventre. Une sensation qu’il connaissait déjà et qui lui faisait peur.

 

-Quelque chose ne va pas ? demanda Philippe en constatant que son époux s’était immobilisait dans la pièce.

 

Louis sursauta et sembla reprendre conscience de l’endroit où il était.

 

-Je ne sais pas… j’ai un rôle de pressentiment. J’ai eu l’impression d’être…. épié toute la journée. C’était très désagréable.

 

-Évidemment, les yeux de tous étaient braqués sur nous. Un couronnement est toujours un événement, sans doute certains cherchaient encore à t’évaluer sur ta prestation d’aujourd’hui. Et tu as été parfait !

 

Philippe qui était venu enlacer Louis en parlant, avait terminé sa phrase en l’embrassant tendrement.

 

-Oui, tu as sans doute raison. Mais c’était quand même très étrange… j’avais comme une impression de danger… imminent… et en même temps assez diffus…

 

-Un grand nombre de responsabilités nous attendent et je sais que c’est très angoissant, mais je suis là, avec toi.

 

Louis hocha la tête et eut un petit sourire.

 

-Oui, cela, je le sais.

 

-Je t’aime.

 

-Cela aussi je le sais ! répondit Louis d’un air malicieux.

 

Il passa ses bras autour du cou de Philippe et profita de l’étreinte et du baiser de son époux avant d’être dérangé par des pleurs venant de la chambre voisine, son ancienne chambre. Philippe releva la tête, un sourire moqueur gravé sur le visage.

 

-Il semblerait qu’un petit monstre ne veuille pas comprendre qu’il est l’heure de dormir !

 

-Oui, toute cette agitation ces derniers temps, l’ont sûrement un peu bousculé, lui aussi. Je vais aller voir ce qu’il a.

 

-Tu n’as qu’à l’inviter à partager notre chambre !

 

-Ce n’est pas vraiment une attitude qui plairait à votre mère, majesté ! railla Louis.

 

-Juste cette nuit… et puis… elle n’est pas obligé de l’apprendre.

 

Louis éclata de rire et se dirigea vers la porte communicante alors que Philippe lançait d’un air enjoué :

 

-A situation exceptionnelle, moment familial exceptionnel. Mon fils est devenu aujourd’hui officiellement dauphin du royaume de Mésancourt ! Cela mérite bien de dormir avec nous.

 

Louis revint avec un Henri les yeux tout ensommeillés dans les bras.

 

-Pour ton information, mon cher, il est aussi mon fils ! Après tout, je n’ai fait que le porter ! Et puis la dernière situation exceptionnelle était il y a quinze jours !

 

-Bien sur, il avait réussi à gravir les trois marches du perron, seul !

 

-Et celle d’avant, encore cinq jours plus tôt.

 

-Il avait dit « Mésancourt » ! C’était un signe du destin!

 

-Je crois me souvenir qu’il avait à moitié bafouillé un « gnanbouile » et vu qu’il désignait son assiette de tambouille, je ne pense pas que ses aspirations fussent très royale à cet instant !

 

Philippe souffla d’un air dédaigneux en faisant un petit mouvement du poignet.

 

-Tu n’y comprends rien ! Notre fils se prépare déjà à monter sur le trône et toi tu rabaisses ses progrès à un niveau à peine digne des autres enfants de cette cour !

 

Sur ces mots, Philippe prit Henri dans ses bras qui se recroquevilla dans son cou et il partit l’allonger au centre de leur lit, s’allongeant à ses côtés. Devant cette attitude exagérément puérile, Louis pouffa.

 

-Laisse le donc grandir tranquillement, son tour viendra bien assez tôt !

 

Louis rejoignit sa place du lit et Philippe l’attira à lui pour l’embrasser. Assez rapidement, le baiser se fit plus vorace et Louis dut repousser légèrement son époux.

 

-Je crois qu’il vaudrait mieux s’arrêter là, sinon TON fils ne sera pas capable de monter sur le trône tant il aura été traumatisé par ses parents…

 

Philippe eut un petit sourire et relâcha son époux qui reprit sa place de l’autre côté de leur enfant.

 

-Tu as raison… mais tu sais quoi… si cette nuit, il pleure… alors, il sera TON fils !

 

-Évidemment ! répondit Louis en riant et en levant les yeux au ciel.

 

Le jeune homme ferma les yeux et un peu plus tard, il s’endormit un grand sourire aux lèvres.

 

 

 

*Vive les progrès de la médecine!!! lol

 

** Ca fait un peu vœux de mariage, vous trouvez pas ?!! lol

Par Meryl
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Dimanche 16 août 2009

Edit du 22/08/09:

Bon, je reprends la publication une fois par semaine (toujours le dimanche). je n'ai pas encore terminé la partie 2, mais je vais essayer de le faire dans les temps. Et si non.... ben tant pis, il faudra attendre un peu...lol

A dimanche! (ah tiens, c'est demain...lol, j'avais pas capté!)


Bonjour à toutes et à tous!

Y'a pas à dire, vous m'avez manqué! Comme je l'ai dit précédemment, je suis en vacances et même si ça va pas durer longtemps, ça fait quand même du bien!!!

Je suis donc partie quelques jours et je dois avouer que je n'ai pas écrit une ligne depuis 15 jours... alors moi qui voulait passer à une publication par semaine... c'est pas gagné! Je vais essayer de m'y remettre à partir d'aujourd'hui, même si j'ai pas mal de trucs à faire...

Je voulais vous dire aussi qu'il y aura une autre pause dans cette histoire, entre la 2ème et la 3ème partie et qu'elle risque d'être plus longue que la précédente. En effet, je ne fais que ça depuis mars et j'ai besoin de faire un petit break avec cette histoire pour pouvoir me concentrer sur mes autres fics que j'aimerai terminer et aussi commencer à mettre en place mes projets de futures fics.

Sur ce, bonne lecture à tous!

Je vous embrasse, merci d'être encore là!

 

Louis, après avoir suivi quelques cours en compagnie de Philippe et François remonta en compagnie de Lothaire dans la chambre de son fils qu’il avait confié à Suzanne. Même si il avait confiance en la femme de son ami, il n’arrivait pas à s’empêcher de retourner plusieurs fois par jour dans leurs appartements pour vérifier que tout allait bien. C’était encré en lui, la peur de perdre son enfant restait sa plus grande hantise et à chaque fois qu’il s’éloignait, il y avait toujours une infime partie de son cerveau qui lui soufflait que peut être, il ne le reverrait jamais.

On ne se remet jamais tout à fait de la perte de ses enfants, on apprend à vivre avec la douleur et la peine.

Pourtant il savait que Suzanne veillait sur Henri avec le même amour qu’elle avait pour son propre fils. Fils qui partageait d’ailleurs la plupart de ses journées avec le jeune prince. Ils étaient élevés ensemble dans la plus parfaite harmonie et les deux bambins étaient déjà complices dans les bêtises, malgré leur jeune âge.

Louis se souvenait avec un grand sourire, la tête qu’avait fait Philippe quand il avait essayé d’intégrer son fils à un groupe de jeunes enfants de la cour de son âge. Le petit Henri, bien enroulé dans ses langes et ses robes royales les avaient superbement ignorés pour rester presque parfaitement immobile et n’avait daigné réagir que lorsque deux heures plus tard, Philippe avait abdiqué et placé le petit Hector en sa compagnie. Les deux compères avaient alors repris leurs activités comme si rien ne les avait dérangé, n’accordant aucune attention à tous les petits lords qui les entouraient. Philippe avait secoué la tête d’un désespoir feint alors que Louis et François avaient éclatés de rire au comportement du petit prince qui, selon le Baron, « était encore plus têtu que son père à son âge ». Philippe, dans un grand moment de maturité lui avait tiré la langue et avait serré Louis dans ses bras.

 

-Il semblerait que notre fils ait les mêmes goûts que toi en matière de relations sociales…

 

-Cela te déplait-il tant que ça ? avait répondu Louis, un petit sourire aux lèvres.

 

Philippe avait jeté un coup d’œil à Lothaire avant de se concentrer à nouveau sur son époux.

 

-Absolument pas !

 

Philippe n’avais plus tenté de séparer Henri de Hector et les deux garçons semblaient prendre un malin plaisir à leur en faire voir de toutes les couleurs, en particulier depuis qu’ils avaient compris comment faire fonctionner leurs jambes tout en restant debout. Du haut de leurs vingt-et-un et vingt-quatre mois, ils galopaient déjà partout, nécessitant une surveillance constante et les prochaines années promettaient d’être mouvementées.

 

C’est pour cela que lorsqu’il arriva dans la chambre, Louis pila net. Il ne s’attendait pas à trouver sa belle mère présente, son fils dans les bras. Suzanne se tenait dans un coin de la pièce, Hector dans les bras, semblant très gênée et dépitée, la reine semblait la sermonner.

 

-…et je ne permettrais pas que tu me manques de respect, souillon !

 

Suzanne rougit sous l’insulte mais garda son calme, tout en maintenant Hector qui s’était mis à pleurer. Henri dans un bel élan de solidarité envers son ami le suivit immédiatement. Suzanne tenta de se défendre, parlant par dessus les cris des enfants mais tout en gardant les yeux baissés.

 

-Je suis désolée votre altesse, le prince Louis m’a demandé de ne sortir de la pièce sous aucun prétexte.

 

-Je suis là, vous pouvez partir tranquille, je veillerai sur l’enfant.

 

Suzanne semblait vraiment mal à l’aise. Elle se devait de désobéir à l’un des ordres qu’elle recevait, position toujours très désagréable pour un domestique.

 

-Je… je suis vraiment navrée, il m’a bien spécifié « aucun prétexte ».

 

La reine Anne sembla sur le point d’exploser devant ce manque de respect, mais elle fut coupé.

 

-C’est exact, Madame. Je lui ai demandé de ne quitter mon fils sous AUCUN prétexte. Puis-je vous aider en quoique ce soit ?

 

La reine toisa Louis et jeta un regard dédaigneux sur Lothaire qui alla se placer aux côtés de son épouse et passa un bras autour d’elle. Henri, toujours dans les bras de sa grand mère, semblaient tester la capacité vocale de sa gorge tout en se tortillant de tout son long. La reine semblait avoir du mal à gérer l’asticot qu’elle avait dans les bras et Hector ajoutait sa voix à celle du prince.

 

-Vous pourriez peut être calmer cet enfant ?! lança la reine sèchement mais complètement dépassée par les évènements.

 

Louis s’approcha d’elle et reprit d’autorité son fils dans ses bras. Henri se calma aussitôt et se mit à gazouiller en jouant avec le pendentif de son père. Hector, constatant que son compagnon était à nouveau en sécurité se tut également, soulageant les tympans de chaque personne présente dans la pièce. La reine sembla un instant déconfite par sa défaite évidente face à Louis mais elle se reprit rapidement.

 

-Je suis venu voir mon petit fils, j’aurais aimé être seule avec lui. Est-ce trop demander ?

 

-Je suis navré, Madame, mais les consignes que j’avais donné à Suzanne étaient très claires, allez vous lui reprocher d’avoir obéi ?

 

-….Non… bien sûr que non.

 

-Si vous nous aviez fait part de votre intention de passer voir Henri, les consignes auraient été différentes. Mais sachant que cela fait plusieurs mois que vous ne lui aviez pas rendu visite, comprenez que je ne pouvais pas prévoir que vous passeriez aujourd’hui.

 

Si la perte de ses enfants avaient servi en une chose à Louis, c’était bien son comportement face à la reine. Il avait décidé qu’il avait suffisamment souffert pour lui plaire et que désormais, il agirait comme il le voulait et en particulier en ce qui concernait son fils. Puisque de toutes évidences elle n’approuvait aucun de ses actes, autant ne pas se plier en quatre pour elle. Louis avait donc développé une assurance vis-à-vis de la reine Anne et n’était plus le jeune homme docile et craintif qu’elle avait pu avoir face à elle au début. Constatant cela, elle évitait désormais de l’affronter directement.

 

-Votre fils approche de ses deux ans, je voulais donc commencer à l’habituer à ma présence puisque désormais, nous allons passer beaucoup de temps ensemble.

 

-Je vous demande pardon ?

 

-Eh bien oui, je vais prendre en charge son éducation à partir de maintenant. Ne vous en faites pas, les meilleurs précepteurs sont avertis et m’accompagneront.

 

-Je vous remercie… mais non merci. Je vais continuer à m’occuper de lui.

 

-Comment cela ? Mais il en est hors de question ! La tradition veut que je…

 

-J’ai dit non !

 

Le ton de Louis était calme, mais ses yeux ne laissaient pas la place au doute.

 

-Écoutez, je ne pense pas que vous soyez apte à décider…

 

-Je crois qu’il l’est mieux que quiconque, mère.

 

Philippe, qui avait profité d’une pause pour aller rejoindre son époux et son fils, avait assisté à une partie de la conversation et avait décidé d’intervenir avant que les choses ne se gâtent.

 

-Si Louis souhaite continuer à s’occuper d’Henri, cela se fera ainsi.

 

-Mais, enfin, la tradition, veut que… je… j’ai une place auprès de cet enfant! Je dois lui apprendre son rôle en tant que futur roi, j’ai des obligations envers lui. Vous ne pouvez pas balayer ainsi des siècles de traditions!

 

-Mère, je suis sûr que Louis ne souhaite en aucun cas vous évincer de la vie d’Henri. Et vous pourrez le voir et passer du temps avec lui comme il vous plaira. Vous aurez votre place à ses côtés, simplement, ce n’est pas celle à laquelle vous vous attendiez. N’est-ce pas Louis ?

 

-…

 

-Louis !

 

-…Oui… bien sûr… je n’ai jamais prétendu vouloir priver mon fils de sa grand mère.

 

A choisir, Louis aurait préféré éloigner au maximum la reine de son fils. Mais il savait qu’il n’en avait pas le droit. Comme il l’avait dit, il ne voulais pas que sa relation avec sa belle mère complique celle que son enfant aurait avec elle. Peut être serait-elle bien différente avec son propre petit fils qu’elle ne l’avait été avec lui. Après tout, Henri était également le fils de son fils. Et puis il devait admettre qu’il était encore loin de maîtriser toutes les règles et les us et coutumes de Mésancourt, qui différaient souvent en bien des points avec la Castille. La reine était sans doute la mieux placée pour enseigner un certain nombre de choses à Henri, simplement, Louis ferez en sorte de veiller au grain.

 

La reine Anne sembla furieuse, mais se retint de faire des commentaires. Elle se contenta d’un « très bien » prononcé sèchement et se retira.

Personne ne l’entendit jurer vengeance pour cet affront.

 

Quelques semaines plus tard, Louis partageait à nouveau son après midi avec son fils, Lothaire et Hector. Suzanne avait été appelée en cuisine et Philippe était occupé avec son père qui depuis quelques temps montrait des signes de faiblesse évidente.

Le prince surgit dans la salle, faisant sursauter les deux amis ainsi que les enfants. Ses traits étaient tirés et l’inquiétude était gravée sur son visage.

 

-Louis, il faut que tu viennes avec moi immédiatement. Mon père est au plus mal, il nous réclame tous les deux.

 

A peine avait-il fini sa phrase qu’il faisait déjà demi-tour. Louis hésita quelques secondes, jetant un coup d’œil à son fils.

 

-Vas-y, je m’occupe de lui. lui dit Lothaire.

 

Louis lui jeta un regard incertain.

 

-Tout va bien aller pour ton fils, Louis, je veille sur lui, ne t’en fais pas. Vas-y, ton époux a sans doute besoin de toi en ce moment.

 

Louis hocha la tête et parti déposer une bise sur le doux duvet de son fils avant de se précipiter à l’extérieur de la pièce pour rejoindre Philippe.

 

Ils traversèrent une bonne partie du château avant d’arriver aux appartements du roi. Là ils furent introduits par un majordome qui s’éclipsa ensuite rapidement. Philippe s’approcha doucement du lit de son père et posa sa main sur la sienne. Celle du patriarche était gelée, son souffle était irrégulier et faible et le prince leva les yeux au ciel pour que ses larmes ne sortent pas de ses yeux. Louis s’approcha derrière lui et l’entoura de ses bras, posant sa tête contre son dos. Cette douce étreinte fit du bien à Philippe qui put alors prendre la parole d’une voix douce.

 

-Père, Louis est avec moi, comme vous me l’avez demandé.

 

Le monarque bougea lentement la tête et au prix d’un effort qui paraissait être insoutenable ouvrit les paupières, pausant ses yeux sur son fils et son gendre, serrés l’un contre l’autre. Malgré sa faiblesse et la douleur, cette image réussit à le faire sourire. Il était serein face à la mort inévitable qui l’attendait. Il savait que son royaume reposait entre de bonnes mains. Il saisit avec difficulté la main de chacun des jeunes hommes qui lui faisaient face et les rassembla en une seule poigne.

 

-Mes enfants, il est l’heure pour moi de rejoindre nos ancêtres.

 

-Père, ne dites pas ça et reposez vous. Il faut que vous repreniez des forces.

 

-Philippe… mon fils… nous savons tous les deux que demain je ne serai plus là, alors écoute moi attentivement. Il est temps pour toi de prendre ta place parmi les grands de ce monde*. Je sais que tu as vécu des moments éprouvants mais j’ai entièrement confiance en toi… en vous deux. Ensemble vous saurez affronter le monde et offrir à ce peuple ce qu’il mérite de mieux. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, mes enfants et j’ai l’immense joie de partir en ayant connu mon petit fils, quel plus grand bonheur pouvais-je espérer ?

 

-Père, je vous en prie, taisez-vous… les sanglots étaient bien présent dans la voix de Philippe mais il arrivait encore à contenir ses larmes.

 

-Te souviens-tu de notre conversation, mon fils, quelques temps après l’arrivée de ton époux ?

 

Philippe hocha la tête. Comment oublier. Cette journée avait été le début d’un changement dans sa relation avec Louis et également dans celle avec sa mère. La leçon de moral de son père lui avait ouvert les yeux et c’était en partie grâce à lui qu’aujourd’hui il pouvait vivre pleinement heureux avec son époux.

 

-Eh bien sache que tu m’as comblé au delà de mes espérance et que n’importe quel homme serait très fier de t’avoir pour fils.

 

Philippe ferma les yeux et les perles salées firent leur entrée.

 

-Partez en paix, père. Je prendrai soin de votre royaume.

 

Le roi hocha légèrement la tête puis se tourna vers Louis.

 

-Je suis heure de t’avoir côtoyé, fils. Fut-ce un si bref moment.

 

Louis serra doucement la main du roi qui tenait toujours les leurs emmêlées.

 

-Vous êtes un exemple pour tous, monseigneur. J’espère être à la hauteur de la tache qui m’incombe.

 

-Je n’ai aucun doute la dessus. Puissiez vous vivre heureux, tous les deux.

 

Le roi lâcha les mains des deux époux et reposa les siennes sur son ventre. Peu après, il se figea définitivement. Philippe serra les dents et noua ses bras autour des hanches de Louis pour pouvoir blottir sa tête dans son cou. Ils restèrent ainsi de longues minutes, jusqu’à ce qu’un homme pénètre à pas feutrés dans la chambre.

 

-Votre Majesté ? Veillez me pardonner de vous interrompre…

 

Aussitôt, Philippe se redressa et essuya ses larmes.

 

-Que voulez-vous ?

 

-Il faudrait que vous me suiviez un instant, pour régler les papiers sire.

 

-Ça ne peut pas attendre quelques minutes ?

 

-Je suis désolé Altesse, mais vous savez qu’il vaut mieux tout régler rapidement afin d’éviter tout débordement…

 

Louis posa sa main sur la nuque de son époux en preuve de soutien et Philippe souffla un coup avant de hocher la tête.

 

-Je sais… vous avez raison, c’est juste que… c’est si rapide…

 

-Je sais majesté. Je vous promets que je vais faire le plus vite possible.

 

-Bien… je vous suis… Louis…

 

-Ne t’en fais pas, je te retrouve plus tard.

 

Louis posa un baiser sur la joue de Philippe qui lui fit un petit sourire triste avant de se diriger à la suite du notaire.

 

Louis resta un petit moment seul face au corps inerte du roi tentant de reléguer au fond de sa mémoire ses pires souvenirs, que ce décès ravivait. Il s’approcha et délicatement il posa ses lèvres sur le front du défunt dans un dernier adieu. Alors qu’il voulait se relever, Louis fut attiré par un minuscule cristal blanc qui brillait à la commissure des lèvres du roi. Louis se pencha davantage et put constater qu’il y en avait plusieurs. Sans réellement savoir pourquoi, Louis prit son mouchoir et essuya les lèvres du roi, récoltant ainsi les cristaux sur le tissus. Puis il sortit de la chambre, non sans avoir effectué une dernière révérence en direction du lit.

 

La journée passa et Louis ne put se retirer ces cristaux de la tête. Il avait un mauvais pressentiment et avait peur de savoir ce que ces petits cailloux pouvaient révéler. Philippe était complètement submergé par la tonne de travail qu’il avait à faire pour assurer la succession de son père, si bien qu’il s’absenta énormément pendant quelques jours, laissant Louis seul en proie avec ses doutes. Le jeune homme n’osa en parler à personne, pas même à Lothaire. Il ne voulait pas créer la panique pour rien et puis il passerait sans doute pour un fou. Il essaya donc d’oublier cette histoire, mais rien n’y fit. Et le troisième jour après le décès, la veille de l’enterrement, Louis profita que Philippe soit encore une fois occupé avec le notaire pour agir. Il trouva son époux dans son bureau, entouré de quelques ministres et s’approcha pour lui parler à l’oreille.

 

-Excuse moi de te déranger, je voulais juste te dire que je vais sortir faire un tour. J’ai besoin de m’aérer l’esprit.

 

Philippe hocha la tête, ses traits étaient tirés.

 

-Bien sur, je comprends, si seulement je pouvais en faire autant…. Sois prudent, surtout.

 

-Bien sur !

 

Louis salua d’un signe de tête les ministres qui lui rendirent une révérence et s’éclipsa. Il alla à l’écurie et prépara son cheval. Lorsqu’il était avec Philippe, ils préféraient tous les deux ne partager qu’une selle, en souvenir de leur premier réel échange, mais étant seul, Louis aimait bien monter son propre pur-sang. Une bête puissante mais douce que Philippe lui avait offert après la naissance d’Henri. Il partit au petit trot, tentant de maîtriser sa nervosité pour ne pas angoisser sa monture. Il se força à maintenir une allure tranquille, ne voulant pas risquer un accident stupide.

 

Louis traversa plusieurs villages, saluant les paysans au passage avant de s’engager sur un petit chemin de terre qui le mènerait à l’orée du bois. Une fois la lisière atteinte, Louis frissonna malgré lui. L’endroit lui avait semblé beaucoup plus accueillant la dernière fois qu’il était venu. Il se houspilla mentalement, l’éclairage devait sans doute être différent, voilà tout !

 

Louis s’avança jusqu’à apercevoir la maisonnée du druide. La cheminée ne crachait pas de fumée, l’endroit semblait désert et calme…. Trop calme…

 

 

 

* Vous croyez que je vous ai pas entendu dire « prendre ta place dans le cycle de la vie ?!! » lol

Par Meryl
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Mercredi 29 juillet 2009
Edit du 13/08/09:
Non, je ne suis pas morte, je suis juste (enfin) en vacances (depuis le week end dernier pour être précise) et je suis allée passer quelque jours dans ma famille pour un retour aux sources revigorant et bien mérité!!! Comme promis la suite de Royale destinée arrivera dimanche, mais vu que je n'ai rien écrit depuis le dernier édit, c'est pas encore gagné pour passer à une publication par semaine... vous serez, bien sur, tenus au courant.
Bisous


Edit du 31/07/09:
La suite sera là dans 15 jours. J'ai encore pas mal de boulot pour cette semaine (eh non, je ne suis malheureusement pas en vacances!) donc pas vraiment le temps d'écrire.  Enfin peut être que je trouverai une inspiration subite... et dans ce cas, vous aurez la suite dimanche prochain... je verrai!
Bizz

Bonjour les gens
, je suis heureuse de vous retrouver pour la deuxième partie de royale destinée (on dirait un show télévisé!!! lol). Elle n'est pas totalement finie mais ça avance petit à petit. J'espère sincèrement qu'elle sera à la hauteur de vos espérances... Je vous tiendrai au courant pour vous dire si les publications se feront toutes les semaines ou toutes les deux semaines.
Encore une fois merci à tous pour vos commentaires! Le 600ème a été atteint il y a quelques jours par  "K"... encore une centaine de franchie...
Bonne lecture à toutes et à tous!
Bisous


DEUXIEME PARTIE
: Machination


Louis fit quelques pas dans la chambre pour enfant, s'arrêtant devant le berceau blanc. Avec tendresse, il remonta le drap de soie sur le corps du petit garçon endormi. Puis il resta debout, immobile, guettant les respirations paisibles, replongeant dans d'obscures pensées.

 

 

Flash back


 

Il était toujours allongé, ordre du druide ainsi que des médecins du royaume. Philippe avait dans un premier temps refusé de lui amener Aliénor, mais son époux était entré dans un tel état de crise qu'il avait finit par abdiquer et avait tenu sa promesse. Louis tenait donc dans ses mains tremblante un petit corps frêle et sans vie, entouré d'un linceul blanc. Et les larmes coulaient sur ses joues en ayant l'impression que jamais il ne pourrait les arrêter. D'ailleurs il n'essayait même pas. Il fixait avec angoisse le petit visage figé et tellement blanc. Espérant un miracle qui redonnerait la vie à sa petite fille, ne voulant pas croire qu'elle puisse être morte avant même d'avoir vécu, avant même qu'il ait pu lui dire à quel point il l'aimait; à quel point il l'avait désiré et rêvé. Il ne sut pas combien de temps il tint ce corps contre lui, mais au bout d'un moment, deux mains s'approchèrent pour le récupérer. Louis resserra sa prise et fusilla Philippe du regard, les yeux toujours remplis de larmes. Le prince soupira doucement et s'assit à côté de son époux.

 

-Louis, il faut que vous me la laissiez, maintenant. Ils attendent pour... ils l'attendent.

 

Comment annoncer à un parent qu'un cercueil attend son enfant avant de se refermer pour l'éternité?

 

Le jeune homme ne répondit rien, fixant à nouveau son regard sur sa fille. Philippe passa doucement une main derrière sa nuque et l'attira contre lui, sa tête dans son cou et Louis laissa éclater un sanglot. Philippe referma ses bras autour de son époux et de sa fille, tentant de rester fort pour deux. Louis pleura ainsi un long moment contre son époux puis à bout de force, il embrassa sa fille sur le front et lui confia l'enfant et se coucha en chien de fusil, fermant les yeux le plus fort possible pour ne pas la voir disparaître. Lorsque Philippe revint dans la chambre, les bras vides et le cœur lourd, la vision de son époux le brisa encore un peu plus. Il se dirigea vers la chambre adjacente et récupéra un deuxième corps, vivant celui-ci, mais tout juste. Philippe serra les dents. Il refusait de croire à cette vie fragile car il avait l'intime conviction que son fils ne tarderait pas à rejoindre sa sœur. Il était trop petit, trop fragile et sa respiration était irrégulière. Et il se maudissait d'avoir promis à Louis qu'il lui apporterai les enfants car, lui, s'accrocherait au moindre espoir qu'il pourrait trouver. Et le fait que leur fils, contrairement à toute attente, ait survécu à sa première nuit, serait sans doute pour Louis une raison largement suffisante pour y croire de tout son cœur. Malheureusement, Philippe savait également que si il s'avisait d'essayer d'empêcher Louis de voir son enfant restant, celui-ci ferait fi de toute interdiction, médicale ou non, et viendrait de lui même le chercher, quitte à devoir ramper sur les mètres qui les séparaient, à cause de sa cicatrice. Alors, le prince ravala ses larmes et prit délicatement le petit garçon contre lui avant de se diriger vers son époux. Effectivement, lorsque Louis le vit s'approcher, Philippe put distinguer une lueur s'allumer dans ses iris clairs. Louis se redressa et Philippe se réinstalla à côté de lui, pour lui tendre le petit homme. Louis le prit délicatement et le cala aux creux de ses bras, retenant se respiration. Il contempla en silence pendant de longues minutes son petit garçon, laissant échapper quelques larmes, mélangeant la joie et la peine. Philippe pour sa part, contempla son époux, ses yeux cernés et rougis révélaient toute sa détresse mais n'enlevaient rien à la bonté qui semblait émaner de lui. Au contraire, il semblait presque entouré d'une aura, comme si la douleur ne pouvait que sublimer l'être qu'il était.

 

Le petit Philippe poussa un petit soupir qui ressemblait à s'y méprendre à un soupir de bien être. Et en regardant le sourire de son époux, Philippe sut que son chagrin serait insurmontable. Il n'aurait pas du le lui apporter, il aurait du le convaincre que leur fils ne pouvait pas survivre dans ces conditions, que les quelques heures qu'ils avaient n'étaient qu'un maigre répit avant la deuxième vague de douleur. Une brève accalmie avant que la tempête ne se déchaine à nouveau et n'emporte tout sur son passage. Mais le prince n'osait pas troubler la tranquillité du tableau qui s'offrait à lui et il n'avait pas la force nécessaire pour briser les espoirs de son époux. Pour la première fois de sa vie, le prince Philippe s'autorisa à être faible. Juste un peu. Juste le temps de pleurer silencieusement ses enfants. Juste le temps de reprendre suffisamment courage pour être certain de pouvoir apporter le réconfort nécessaire à son époux quand l'heure fatidique viendrait, anéantissant toute parcelle d'espoir. Alors, comme quelques minutes plus tôt avec Aliénor, il enlaça Louis et le petit Philippe et il les berça doucement. Et malgré la promesse qu'il s'était faite, il accepta ce petit être comme étant son enfant et il sut qu'il allait l'aimer, au moins pour les quelques heures qu'il lui restaient à vivre.

 

Cette nuit là, le tout jeune Philippe III de Mésancourt cessa de respirer dans son sommeil. En entendant le cri de son époux, Philippe se réveilla en sursaut et immédiatement, il sut. Il se leva aussi vite que le lui permettait sa douleur et se précipita dans la chambre voisine. Louis, à genoux devant le berceau, continuait de hurler, ses mains s'accrochant compulsivement au bord du petit lit, alors qu'à l'intérieur, reposait le petit garçon. Philippe s'approcha de son époux mais Louis le repoussa. La deuxième tentative eut le même résultat. A la troisième, Philippe l'attrapa de force, l'empêchant de se débattre et l'attira contre lui pour le serrer fortement. Louis se débattit furieusement mais Philippe tint bon et au bout de quelques minutes, le plus jeune se laissa aller à l'étreinte chaleureuse de son époux, laissant une fois de plus couler ses larmes. Philippe aperçut quelques domestiques qui étaient arrivés, alertés par les cris. D'un signe de main, il les renvoya, voulant accorder un minimum de temps à Louis avant qu'on ne lui retire le corps de leur deuxième enfant.

 

Lorsque les sanglots se calmèrent, le jour pointait déjà son nez. Philippe releva doucement la tête de son époux, pensant que celui ci s'était endormi, rompu par le chagrin, mais il constata que ses yeux étaient ouverts. Ils étaient juste... vides... et ternes. Délicatement, il passa un bras derrière son dos et l'autre sous ses jambes et sans grosse difficulté, il le souleva. Louis, apathique, passa juste ses bras autours du cou de son époux par automatisme et se laissa porter dans leur lit. Là, Philippe l'allongea, le couvrit d'un drap et, constatant qu'il ne bougerait pas, il se permit de s'absenter deux petites minutes pour aller autoriser le personnel à récupérer le corps. Rapidement, il revint auprès de son époux et s'allongea à ses côtés, le serrant contre lui. L'état apathique de Louis l'inquiétait et malgré toute sa douceur, il ne parvint pas à le faire réagir. Lorsqu'une énième tentative échoua à nouveau, Philippe craqua nerveusement et les larmes qu'il avait refoulé s'invitèrent d'elles mêmes.

 

-Louis...

 

-...

 

-Louis, je vous en prie... ne faites pas ça.... ne me laissez pas... ne me laisse pas, s'il te plait... j'ai besoin de toi... tellement besoin de toi.

 

-...

 

Philippe finit par s'allonger contre son époux, l'enserrant par la taille et reposant sa tête dans son cou, tentant de maîtriser les sanglots qui le secouaient. Et lorsque, n'y croyant plus, Philippe s'apprêta à se relever pour se sécher les yeux et aller s'occuper des funérailles de ses enfants, Louis passa ses bras autour de sa taille et le ramena contre lui. Son regard était toujours aussi vides, mais au moins, il avait réagi. Philippe se cala à nouveau contre lui et ensemble, ils purent pleurer leurs enfants, unis dans la douleur.

 

Les funérailles eurent lieu le lendemain. Mais Louis, toujours cloué au lit ne put y assister. Il passa la journée allongé, alternant les moments de somnolence et les pleurs. Suivant de loin les évènements à l'aide des sonneurs de trompettes et de cors. Au moment de la marche funèbre, il sentit son ventre se contracter violemment. Malgré tout l'amour qu'il leur avait donné, ses enfants n'avaient pas survécu. Louis eut tout juste le temps d'attraper un récipient avant de vomir de la bile, n'ayant rien pu avaler depuis longtemps. Lothaire qui avait tenu à rester à ses côtés puisque Philippe se devait d'être présent à l'enterrement, le regarda, impuissant. Il se contenta de poser sa main sur l'épaule de son ami, les mots paraissant bien trop dérisoires.

 

Les jours qui suivirent furent un calvaire pour Louis. Le seul et unique avantage à cette situation était le rapprochement entre les époux. Depuis le « dérapage » de Philippe qui avait tutoyé Louis dans un moment de détresse, les deux hommes n'étaient plus revenu au vouvoiement, abattant ainsi de nouvelles barrières entre eux. Mais malgré cela, louis n'eut bientôt plus qu'une idée en tête, mourir à son tour pour pouvoir rejoindre ses enfants. A nouveau, il était très entouré et Philippe, Lothaire et François se relayaient sans cesse pour ne jamais laisser le jeune homme seul. Cependant, Louis se renfermait considérablement, refusant tout contact et rejetant la nourriture. Il périssait à vue d'œil, laissant ses amis dans une grande inquiétude et indécis. Malgré sa propre souffrance, Philippe se faisait un devoir de rester auprès de son lui le plus possible, déléguant les taches qui lui étaient assignées, cherchant par tous les moyens à lui redonner goût à la vie, mais les règles de Mésancourt ne prenaient pas en compte la douleur, ni les sentiments.

 

Et si la période puerpérale fut douloureuse pour Louis, l'horreur fut à son comble lorsque la reine refit son entrée. Elle toisa Louis d'un regard méprisant, alors qu'il était une fois de plus couché, et son ton avait sonné tel un glas morbide.

 

-La royaume de Mésancourt est en attente d'un héritier. Il vous faut vous remettre au travail.

 

Elle avait lâché cela comme une bombe, sans laisser paraître la moindre once de sympathie ni même d'empathie. Mais ses paroles eurent au moins l'effet de sortir Louis de sa torpeur.

 

-Comment pouvez-vous me dire cela maintenant? Mes enfants sont à peine enterrés!

 

-Vous traversez une épreuve, j'en conviens. Mais la vie est aussi faite de souffrance. N'oubliez pas que votre rôle dans ce château est de donner des héritiers à la couronne. Vous avez échoué une fois, vous vous devez de recommencer... et de réussir, cette fois!

 

Le jeune homme était scotché. Mais avant qu'il n'explose, Philippe intervint.

 

-Mère, le moment est fort mal venu. Vous auriez au moins pu attendre que la période de deuil soit passée.

 

-Le deuil pour de si petits enfants est négligeable, mon fils*. Et vous le savez pertinemment! Vous avez fauté, tous les deux. Malgré cela, j'ai déjà eu l'obligeance de vous accorder plus d'une demi lune. Vous ne pouvez plus reculer davantage. Vous savez ce qu'il adviendra du royaume si vous tardez trop à lui offrir un successeur! Les prédateurs sont nombreux et...

 

-Je sais, mère! Tous les prédateurs attendent la moindre brèche pour s'emparer du trône. Sachez que je suis le premier concerné. Nous allons voir ce que l'on peu faire. Merci de votre... visite!

 

La reine se retira et Philippe se mit à faire les cent pas. Puis, semblant avoir une idée, il s'approcha de Louis, toujours dans le lit. Croyant qu'il allait devoir s'unir à son époux, Louis se recroquevilla dans un coin du lit et se couvrit avec son drap, levant la main devant lui en signe de protection.

 

-Non...

 

Philippe secoua la tête tristement.

 

-Calme toi, Louis. Je ne vais rien faire aujourd'hui. Nous allons faire venir les médecins et je suis certain qu'ils prouveront que tu n'es pas apte à réitérer une grossesse si tôt. Nous pourrons ainsi gagner du temps.

 

Louis baissa doucement sa main mais lorsque Philippe voulut l'attraper pour y déposer une caresse, il la retira vivement. Philippe sentit son cœur se contracter. Il avait beaucoup de mal à supporter que son époux ne tolère plus son contact. Même la nuit, il se serrait le plus près possible du bord pour l'éviter. Philippe se gardait bien de tenter de le toucher pour ne pas empirer sa crainte, mais cette attitude le brisait un peu plus à chaque fois. Les seuls moments ou il l'acceptait était lors de ses crises de larmes et d'angoisse. Louis se réfugiait alors dans ses bras, se laissant bercer et pouvait rester de longues heures ainsi. Mais si Philippe tentait le moindre contact qui pouvait un temps soit peu faire penser à une avance, Louis le repoussait immédiatement. Non pas qu'il ait eu particulièrement envie de faire l'amour ces derniers temps, non, il avait bien d'autre choses à penser, mais il savait que le jour où il devrait reprendre les essais de grossesse arriverait. Il avait juste espéré avoir plus de temps. Le jeune prince soupira en constatant le nouveau rejet de son époux.

 

-Louis... je ne te veux pas de mal, tu le sais, n'est-ce pas?

 

Louis hocha la tête, cherchant à comprendre où il voulait en venir.

 

-Les médecins vont surement nous donner un peu de temps mais... d'une certaine manière ma mère a raison. Un jour ou l'autre, il nous faudra songer à offrir cet héritier tant attendu. Et cela me paraît fort compromis si tu n'acceptes même pas que je te touche.

 

Les yeux de Louis se remplirent de larmes et Philippe se maudit d'être toujours la personne qui le faisait souffrir. A nouveau il soupira.

 

-Acceptes-tu que je t'embrasse?

 

-...

 

-Juste un baiser, Louis. Rien de plus.

 

Louis hocha doucement la tête. Une peur insidieuse montait en lui, mais il se raisonna. Il avait confiance en son époux. Il avait simplement développé une peur panique du rapport sexuel. Comme si ce simple fait pouvait déclencher une nouvelle grossesse et l'amener à revivre les horreurs de ces derniers temps. Il avait beau se dire qu'il lui faudrait du temps avant de pouvoir retomber enceinte, il ne pouvait s'empêcher de paniquer à chaque approche de son époux. Il savait qu'il le blessait et il se blessait aussi lui même. Son époux lui manquait cruellement. Mais il n'arrivait pas à se contrôler, la peur était plus forte que lui.

 

Philippe s'approcha et passa délicatement une main sur sa joue en une douce caresse. Puis il approcha sa tête de celle de Louis, prenant soins d'éviter les gestes brusques. Ses lèvres caressèrent celles de son époux avant de s'imposer un peu plus fermement. Malgré lui, Philippe sentit une bouffée de désir embraser ses reins alors qu'il intensifiait le baiser. Il arriva tout de même à se contrôler en constatant que Louis répondait à peine au baiser. Et il s'écarta de lui lorsque sa main, toujours sur la joue de son époux, fut mouillée par ses larmes. Il essuya les perles d'eau et posa un baiser sur le front de son époux avant de se lever.

 

-Je vais chercher les médecins... Et effectivement, les médecins conseillèrent à Louis de rester allongé et au repos encore un moment et de ne surtout pas retenter une grossesse maintenant. Ce délai le rassura autant qu'il le paniqua, au fur et à mesure que les jours filaient. La reine passait régulièrement, s'assurant de l'évolution de l'état de santé de Louis et malheureusement, un jour arriva où les médecins le déclarèrent complètement guéri physiquement. Ce jour arriva à peine trois mois après la perte des enfants et la réaction ne se fit pas attendre, la reine Anne fut à nouveau dans leur chambre et les ordres furent clairs. Plus rien ne les empêchaient de mettre en route le prochain roi de Mésancourt. Plus rien sauf Louis, qui restait encore très réticent aux contacts physiques avec son époux. Pourtant il savait qu'il le fallait. Il savait aussi que les rumeurs grondaient au château et dans les campagnes. Les vues sur le trône étaient nombreuses et seule l'arrivée d'un héritier pouvait calmer les esprits. Louis le savait et s'efforçait de se raisonner, mais son corps restait totalement bloqué.

 

Le soir même, comme souvent ces derniers temps, Philippe se pencha sur lui pour le câliner un peu. Ses lèvres trouvèrent les siennes et Louis répondit par automatisme au baiser, sans parvenir à y trouver du plaisir. Aussi lorsque la main de son époux s'aventura sous sa chemise, il se tendit, appréhendant la suite. Philippe ne se découragea pas et tout en continuant ses douces caresses sur son torse, sa bouche partit en explorations dans le cou de Louis, allant taquiner les zones qu'il savait sensibles, avant de remonter à son oreille.

 

-Je vais aller doucement. Ça va aller.

 

Louis ferma les yeux, tentant de retrouver les sensations qu'il avait pu connaître dans les bras de Philippe, mais aussitôt les images de deux petits corps immobiles lui sautèrent aux yeux. Alors il les rouvrit et tourna la tête, espérant que son époux finirait rapidement. Mais au bout de quelques minutes, voyant que Louis ne ressentait rien, Philippe se redressa.

 

-Je ne peux pas faire ça... pas comme ça... nous attendrons le temps qu'il faudra, Louis, ne t'en fais pas. Et je m'occupe de ce que ma mère dira!

 

Effectivement, Louis ne fut pas ennuyé. Et malgré les regards haineux et méprisants qu'elle pouvait lui lancer, la reine Anne n'ouvrit jamais la bouche à se sujet. Mais quand, deux semaines plus tard, trois tentatives de prises de pouvoir furent avortées successivement, dont une de justesse, Louis sut qu'il n'avait plus le choix. L'inquiétude dans les yeux de son époux ne le trompait pas et le soir même, il l'entraina sur lui et lui fit comprendre ce qu'il attendait.

 

-Non, Louis, tu n'es pas prêt.

 

-S'il te plait, Philippe. Fais le... il le faut.

 

Après un instant d'hésitation, Philippe se pencha pour embrasser son époux et assez rapidement, il sentit cette douce chaleur qui lui manquait tant se répandre dans son corps. Et avec douceur, ils s'unirent à nouveau, chacun tentant d'ignorer les larmes de Louis qui inondaient l'oreiller.

 

Ainsi reprit une certaine routine. Les deux hommes faisaient régulièrement l'amour et malgré toute l'attention et la tendresse de Philippe, cela tournait au véritable fiasco. Louis, qui se forçait à chaque fois à ouvrir les jambes ne supportaient plus aucun autre contact avec Philippe, refusant même de partager sa couche. Et Philippe qui sentait sa culpabilité grandir un peu plus chaque jour, coincé entre son époux et son devoir, essayait de réduire ces séances le plus possible, d'en faire des moments doux et non des actes barbares et répétés. Il avait l'impression d'être revenu des mois en arrière et ne pouvait plus se regarder en face. Les époux s'éloignaient l'un de l'autre aussi sûrement qu'ils se détruisaient.

 

Malgré les efforts conséquents de son époux, Louis eut envie de tout envoyer promener, Mésancourt, la reine Anne, la cour. Et il était arrivé à un point où il les avaient haïs. Ils les avait haïs de ne pas comprendre sa peine et son désespoir. Il les avait haïs de ne pas le laisser pleurer ses enfants en paix. Il les avaient haïs de ne pas lui laisser le temps de faire son deuil. Et rapidement, pour son plus grand malheur, il se retrouva enceinte à nouveau. La scène aurait pu être identique à la première fois. Debout au milieu de sa salle d'eau, Louis posa soudainement une main sur son ventre et à nouveau, il sut que la vie était présente dans son ventre. A la différence près qu'au lieu de se précipiter vers son ami pour lui annoncer l'heureuse nouvelle, il s'effondra en sanglot sur le carrelage étincelant. C'est ainsi que Philippe le trouva, recroquevillé sur lui même, la main toujours sur son ventre. En apprenant la nouvelle, le prince avait senti un immense soulagement l'envahir et arrêta aussitôt d'imposer des rapports à Louis, souhaitant lui laisser du temps.

 

Louis, quant à lui, n'en revenait pas. Il avait eut tellement de difficultés à tomber enceinte la première fois. Il avait du attendre des mois et recourir à des potions pour avoir la moindre de chance d'offrir un héritier à son époux. Et là, alors qu'il n'en voulait pas, l'enfant s'imposait à lui, profanant son corps, déjà meurtri. Y avait-il plus grand injustice? Alors il avait nié en bloque cette grossesse, refusant de parler d’avenir, de leur futur enfant, il avait tout rejeté et s’était enfermé dans sa douleur, souhaitant perdre cet enfant qui l’habitait et dont il ne voulait pas. Pas si tôt, pas comme ça. Combien de fois il se surprit à s'acharner sur son ventre avec ses poings, avec des objets, voulant chasser cet être qu'il n'avait pas désiré, qui osait prendre la place de ses enfants. Mais cette fois ci, et à son plus grand désespoir, l'enfant était bien accroché et rien ne semblait pouvoir le décider à se déloger. Louis continuait de refuser tout contact avec son époux. D'ailleurs il refusait tout contact avec qui que ce soit. Même Lothaire avait des difficultés à percer la carapace de son ami.

 

Les premiers temps, Philippe se retrouva complètement dépassé, mais un jour, n'en pouvant plus de cette situation et ayant peur à tout moment de perdre à la fois son époux et son enfant, il prit la décision de changer les choses. Cela ne serait pas facile, mais il se savait bien entouré par François, par Lothaire, mais aussi, plus subtilement par son père, qui se chargeait d'un grand nombres d'affaires qui lui revenaient d'ordinaire, qui ne cessait de l'encourager à ne pas perdre espoir et qui lui permettait d'avoir beaucoup plus de temps libre, pour pouvoir retrouver ses appartements et son époux.

 

Alors, à grand renfort d'amour et de tendresse, Philippe s'efforça dans un premier temps d'ouvrir les yeux de Louis, lui faisant accepter avec plus ou moins de difficulté la réalité de sa grossesse. Puis il s'imposa de lui même dans leur lit commun, tenant son époux contre lui. Et si les premiers temps, Louis se tenait raide comme un piquet et empêchait ses mains de se poser sur son ventre, il finit par se détendre, constatant qu'il ne s'agissait que de simples étreintes.

Philippe s'efforça également d'apprendre à Louis, les joies que la première grossesse, de part ses risques n'avait pas pu lui apporter. Il fit construire un nouveau berceau pour éviter les mauvais souvenirs, il avait régulièrement un petit présent à offrir pour Louis ou pour le bébé, il parlait d'un futur, qui dans sa bouche paraissait merveilleux, abordant le sujet des prénoms, de l'éducation, mais aussi de beaucoup d'autres choses n'ayant pas forcément trait à la grossesse. Il n'avait jamais de réponse, mais se contentait de son monologue qu'il soufflait à l'oreille de Louis, appréciant sa chaleur et le fait qu'il ne fuyait plus lorsque ses bras se refermaient autour de lui. Il le protégeait de la froideur de sa belle mère, l'envoyant souvent sur les roses avant même qu'elle n'ait eu le temps de dire quoique ce soit, évitant ainsi toute parole blessante. Il força également Louis à sortir de la chambre, d'abord sur le balcon, puis à faire quelques pas dans les jardins et enfin, il l'invitait à faire de longues ballades à pied ou à cheval, juste tous les deux, comme la première fois, ou bien accompagnés de Lothaire et de François, rajoutant ainsi de la bonne humeur à leur journée. Grâce à son époux, Louis apprit avec beaucoup de difficultés à redécouvrir son corps, sans gène, sans avoir honte de ses nouvelles rondeurs qui s'accentuaient un peu plus chaque jour, recevant sans cesse des compliments de sa part. Il commença par de simples caresses, à peine des effleurements, sur les bras, sur le torse, puis au fur et à mesure des semaines, il s'égarait plus ou moins sur son corps, sans jamais approfondir quoique ce soit, en s'arrêtant toujours juste avant que Louis n'ait à le lui demander. Il ne cessait d'attiser ses envies, sans jamais y répondre, osant un peu plus à chaque fois, mais ne dépassant jamais certaines limites. Philippe finit ainsi de nombreuses fois condamné à se soulager seul, chose qu'il avait en horreur, mais il sentait que tout cela finirait par payer.


Effectivement, petit à petit et bien malgré lui, Louis réapprit à être détendu, puis à sourire, à rire. Une étincelle de vie avait reprit place dans ses yeux, fragile, mais bien présente. Il lui arrivait même de passer plusieurs heures sans penser à ses enfants perdus. Il s'épanouissait doucement sous le regard de la cour, mais encore bien davantage dans l'intimité de la chambre conjugale. Et c'est lui qui un jour, au creux des bras de Philippe qui babillait encore sur l'éducation de l'enfant à naître, posa ses lèvres sur les siennes, l'empêchant ainsi de continuer son discours. Au début surpris, le prince s'empressa d'y répondre avec plaisir. Ce fut un baiser assez bref et peu poussé, mais c'était Louis qui en était l'instigateur et cela pour la première fois depuis bien longtemps. Et Philippe sentit son cœur accélérer grandement alors que ses yeux ne quittaient pas ceux de son époux. Il tentât néanmoins de rester le plus calme possible et reprit la parole.

 

-Je disais donc que je pensais supprimer la géo-politique du programme d'apprentissage. C'est trop barbant pour un enfant, crois-en mon expérience! Par contre je lui apprendrai tout ce que je sais au combat rapproché. Je suis plutôt doué... mais mieux vaut que tu ne t'occupes pas de ça, il risquerait de se faire battre par tout le monde, sinon! ajoutât-il avec un petit sourire qui lui fut rendu.

 

Louis n'était effectivement pas très doué au combat rapproché, et c'était peu de le dire.

 

-Par contre, reprit Philippe, intarissable, tu lui apprendras le tire, là, tu es nettement plus doué que moi. Je crois que je serai capable de rater une vache dans un couloir, même avec le meilleur arc de la région! Et puis tu sais...

 

-J'aime bien Henri!

 

-...

 

-...

 

-Pardon?... demanda le prince en retenant son souffle, n'osant pas croire qu'il avait bien entendu son époux.

 

-Je disais que j'aimais beaucoup Henri comme prénom... la dernière fois tu m'as proposé Bartholomé... et il est hors de question que mon fils s'appelle comme cela!

 

Philippe se tut. Pour la première fois, Louis abordait le sujet de leur enfant. Et il proposait même un prénom. Le prince déglutit et sa voix trembla légèrement lorsqu'il reprit la parole.

 

-Et si c'est une fille?

 

-Alors, ce sera à toi de choisir.

 

Philippe acquiesça lentement, sentant ses yeux s'embuer à cette conversation si semblable à celle qu'ils avaient eu durant la première grossesse. Il avait réussi! La bataille n'était certes pas encore totalement gagnée, mais le plus dur était passé. Le temps était venu de se reconstruire. Il passa sa main sur la joue de son époux et ses mots ne furent absolument pas prémédités lorsqu'ils passèrent ses lèvres.

 

-Je t'aime, Louis.

 

Le silence se fit durant quelques secondes pendant lesquelles les paroles de Philippe s'inscrivaient dans la tête de Louis, puis le jeune homme plongea à nouveau sur les lèvres de son époux. Il retrouvait un désir enfoui et le besoin d'unir leur corps trop longtemps séparés. Cette fois, Philippe le savait, il n'aurait pas besoin de se soulager seul.

 

Deux mois plus tard naquit le petit Henri de Mésancourt, un beau bébé en bonne santé que le druide déposa dans les bras de Philippe avec émotion. Mais lorsque celui-ci s'approcha de Louis avec le poupon, il eut droit à un sourire mais Louis n'effectua pas un geste envers son fils. Étonné, Philippe lui tendit le petit paquet de lange, mais Louis le repoussa et détourna la tête. En lui, le sournois serpent de la culpabilité éclatait à nouveau. Il avait détesté cet enfant de toute son âme, il avait essayé de le tuer, refusant de lui donner une chance. Comment aurait-il pu être digne de le prendre dans ses bras? Comment pourrait-il être digne de la tache qui l'attendait? Mais cette fois ci, Philippe n'attendit pas que les choses s'enveniment et il plaça d'autorité le bébé dans ses bras. Puis il s'éloigna chercher un biberon** qu'une femme de chambre avait préparé. Louis fut stupéfait de constater à quel point la forme de ses bras semblait être faite pour accueillir ce petit être là. Comme si il avait poussé dans le moule de ses bras, s'emboitant parfaitement dans les creux. Philippe revint avec le biberon et le tendit à Louis. Celui-ci hésita puis l'attrapa avant de le porter aux lèvres de l'enfant. A l'instant ou la petite bouche se referma avide sur l'embout, Henri ouvrit grand ses yeux et ancra ses prunelles dans celles de Louis. Deux paires d'yeux presque parfaitement identiques. A cet instant précis, Louis tomba irrémédiablement sous le charme de son fils et quelques larmes de joie firent leur apparition. Enfin, une sorte de déclic se fit chez Louis. Il serrait dans ses bras son enfant. Leur enfant. Bien vivant, bien portant: une promesse, un avenir, un espoir. Philippe s'installa à ses côtés et passa ses bras autour de ses épaules. Le druide s'éclipsa discrètement, laissant au passage les instructions pour la convalescence de Louis à Lothaire et François qui attendaient nerveusement dans le couloir et referma la porte sur une famille petite et blessée, mais solide.

 

Quelques jours plus tard, le petit garçon fut baptisé dans les plus pures traditions de Mésancourt, l'intégrant à la cour et annonçant son destin de futur roi. Les félicitations arrivèrent de toutes part, et Louis fut très ému en recevant un colis de son père et de son frère qui semblaient tous les deux très heureux pour lui et lui souhaitaient beaucoup de bonheur. Accompagnant la missive, un certain nombres de spécialités de la Castille dont Louis raffolait et qu'il put faire découvrir à son époux. Ce jour la, lorsqu'ils se retrouvèrent à nouveau tous les trois, Philippe ôta son collier, celui qui s'emboitait dans la parure de Louis et qu'ils n'avaient jamais retiré, ni l'un ni l'autre, depuis le bal. Il le passa autour du cou de son fils, ajustant la chaine.

 

-Ainsi, dit-il, vous avez chacun une partie de moi.

 

Peu à peu, la vie reprit ses droits à Mésancourt. Louis et Philippe apprenaient à être parents tout en endossant à nouveau les responsabilités qui leur était assignées. Et ils étaient heureux.

 

 

Fin du flash back


 

Louis soupira à ses souvenirs, toujours devant le berceau de son fils. Il sentit deux bras enlacer sa taille et une bouche taquine s'aventurer dans son cou.

 

-Il va très bien, ne t'en fais pas.

 

Louis hocha la tête, mais ne quitta pas son fils du regard.

 

-Je le sais bien. Je prends simplement plaisir à l'observer, c'est tout.

 

-Hmm... toute ton attention est tournée vers lui, je pourrai bien être jaloux.

 

-Tu pourrais... cela serait parfaitement ridicule, mais tu pourrais!

 

-Eh! Je ne te permets pas!

 

Louis posa sa tête en arrière et Philippe attira vers lui la bouche tentatrice pour échanger un baiser tendre.

 

-Je t'aime.

 

-Je t'aime aussi.

 

Ces quelques mots, il avait eu du mal à les sortir. Même alors que Philippe les lui disait régulièrement. Mais comme pour le reste, grâce à la tendresse de son amant, il avait finit par surmonter sa crainte. D'abord sous le coup de la jouissance, comme pour pouvoir excuser ses mots, puis dans des moments de tendresse et de complicité, puis enfin, dans la vie de tous les jours. Comme maintenant.

 

Bien sur, toutes les plaies n'étaient pas encore totalement cicatrisées. Louis devaient encore se battre chaque jour contre lui même pour apprendre à se pardonner la perte de ses enfants. Perte dont il se sentait entièrement responsable, engendrant parfois des crises d'angoisse et un besoin irrépressible de voir son fils, de s'assurer que tout allait bien, qu'il respirait, qu'il était bien vivant. Alors il pouvait parfois passer de longues heures comme il le faisait actuellement, à regarder son fils dormir, manger, s'amuser... parfois il se réveillait angoissé au milieu de la nuit et se précipitait dans la chambre voisine, la peur au ventre de n'y trouver qu'un corps figé et froid. Mais chaque fois, une respiration régulière le rassurait. Et chaque fois, une paire de bras bien connus et chaleureux finissait par venir le chercher pour le ramener dans leur lit commun. Et bien à l'abri, dans le cocon de ces bras, il pouvait alors se rendormir serein.

 

Louis resta un moment dans les bras de son époux, à contempler leur enfant. Puis son regard dévia jusqu'au mur. Quelques dizaines de fleurs de lys y étaient accrochées. Chaque fois que Philippe avait du s'absenter, une de ces fleurs avait pris sa place pour rester continuellement dans le cœur de son époux. Louis finit par se tourner pour faire face à Philippe et leur lèvres se retrouvèrent à nouveau, avant qu'il n'attire son époux dans leur chambre. Il avait en tête des activités qu'il ne pouvait pas décemment faire juste devant leur fils, même endormi.

 

Alors que ses vêtements tombaient un à un au sol, Louis poursuivit sa méditation avant de perdre la tête de plaisir. Finalement, après la soumission, l'indignation, la peur, la douleur et la haine, il avait réussi à trouver une raison de se relever et de continuer à avancer. A présent il avait une famille. Pour elle il vivrait, il se battrait, il sacrifierait tout. Il ne savait pas à quel point cette phrase serait vraie.

 

 

 

*Ouais, à l'époque les enfants n'étaient pas vraiment considérés comme des personnes à part entière avant un certain âge, donc le deuil ne se faisait pas vraiment, il n'étais pas utile.

 

**Eh oui! Aussi étonnant que ça puisse paraître, les biberons étaient déjà là à l'époque. Ils étaient en bois ou bien taillés dans des cornes de vaches. Ils avaient des trous creusés au bout et les familles aisées avaient des tétines en cuir tanné.

Par Meryl
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Dimanche 7 juin 2009

Et voici le chapitre 16, le dernier de la première partie qui marque un tournant de l'histoire !

En plus il est assez long (environ 2,5 fois plus que les chapitres habituels...lol, c'est normal, j'ai fait fusionner (fuuuuuuusion) les deux derniers chapitres pour vous éviter un suspens à couper le souffle...lol !

J'espère d'avance qu'il vous plaira. Quelques indications sur la suite des évènements à la fin du chapitre !

Bonne lecture à tout le monde !

 

 

Une douce paix régnait entre les deux époux qui apprenaient à se connaître un peu plus chaque jour. Le passé tumultueux et violent disparaissait petit à petit pour faire place à une relation plus épanouie. Il arrivait encore à Philippe d'avoir des coups de sang, surtout lorsque les affaires du royaume n'allaient pas aussi bien qu'il le souhaitait, mais il tentait au maximum de ne pas reporter ses colères et ses frustrations sur Louis. De son côté, le jeune homme doutait encore fréquemment de sa capacité à plaire à son époux et de l'engagement de celui-ci à son égard, mais Lothaire était toujours là pour le rassurer et Philippe à grand renforts de tendresse et de patience remontait chaque jour d'avantage dans l'estime de Louis et de son entourage.

 

Cependant les bonnes choses durent rarement et ce fut également la cas pour eux. La nouvelle tomba le lendemain de l'équinoxe d'été : Adélaïde avait accouché. Elle avait mis au monde un beau bébé bien portant : un garçon. Elle refusa de lui attribuer un nom sans la présence de Philippe et la reine Anne imposa à son fils la corvée de prendre soin de la mère de son enfant. Philippe fulmina mais obéit. Cependant il refusa de s'impliquer plus qu'il ne le fallait. Il promis à Adélaïde une rente suffisante pour subvenir aux besoins de son fils. Elle n'en avait certes, pas besoin, mais le prince avait pour habitude d'assumer ces erreurs, aussi grosses soient-elles, et celle-ci battait à coup sur tous les records. Adélaïde était prête à hurler de frustration lorsqu'elle se rendit compte que Philippe ne choisirait pas de prénom pour son enfant. Aussi elle le baptisa seule et le petit Léopold put être intégré à la cour royale. Adélaïde fut coincée dans sa couche trois jours durant, pendant lesquelles les médecins lui interdirent de se lever. Elle eut tout son temps pour ruminer sa rage. Elle avait fait tout ce qu'il fallait, elle avait attiré le prince dans ses filets, elle était tombée enceinte de lui et elle lui avait donné un fils ! Pourtant Philippe semblait encore préférer ce jeune étranger venu d'un pays si ridiculement petit qu'elle se demandait comment il pouvait encore exister. Et lui aussi portait ses enfants. Il était fragile, certes et elle pourrait sans aucun doute l'écraser, mais il était également bien surveillé. Philippe était en sa compagnie dès que ses affaire le lui permettaient. Son valet, un bon à rien de domestique aussi insignifiant que dégoûtant était à son chevet et surtout, François la surveillait elle. Où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse, il se trouvait toujours quelque part dans son sillage. Il avait l'air, lui aussi de tenir à ce petit fils de nulle part au sourire ravageur. Car elle ne pouvait se mentir, Louis était très beau et portait sur lui une innocence presque enfantine qui renversait bien des têtes. Nombreux étaient les jeunes gens de la cour qui auraient bien aimé goûter un peu cette tendre chaire fraîche, mais Louis ne semblait même pas s'en apercevoir et Philippe veillait au grain. Adélaïde abandonna alors l'idée de pousser Louis dans les bras d'un autre. Ce faux jeton était bien incapable de tromper son époux. Mais Adélaïde n'était pas femme à laisser tomber. Elle voulait la place qui lui était due. Elle avait tout fait pour l'atteindre depuis sa plus tendre enfance et ce n'est pas si près du but qu'elle allait y renoncer. Et puis, elle avait une alliée de taille en sa faveur. Certes, la reine semblait légèrement en froid avec Philippe ces derniers temps, mais elle restait sa mère et la reine du royaume. Elle pouvait encore l'aider pour un certain temps. Adélaïde se mit alors en quête d'un plan visant à lui restituer son trône. Elle donnerait une dernière chance au prince de lui offrir sa place de son plein gré, sous peine de quoi elle agirait. Le quatrième jour, en sortant de couche, Adélaïde sut exactement quoi faire et quand le faire. Et elle s'en fit la promesse, le prochain roi de Mésancourt serait Léopold 1er et elle serait derrière pour tirer les ficelles !

 

Les effets de la naissance de Léopold sur Louis en se firent pas attendre. Et si il put cacher pendant quelques jours les crampes qui le clouaient parfois sur place, il fut rapidement démasqué par Lothaire et Philippe. A nouveau le prince prit sa monture un matin pour aller chercher le druide, tandis que le valet restait aux côtés de son maître. Louis restait allongé, légèrement recroquevillé sur lui même pour tenter d'apaiser les douleurs de son ventre tandis que Lothaire tournait en rond comme un lion en cage.

 

-Lothaire, prends un siège, tu me donnes le tournis.

 

Le valet s'arrêta juste au pied du lit et posa une fesse sur le matelas.

 

-Je m'inquiète Louis. Tu n'as pas pu desserrer les dents une seule minute depuis deux jours tant la douleur est présente.

 

-Ca va aller.

 

-Je sais bien que toute cette histoire te pèse.

 

-Elle lui a donné un fils Lothaire, un fils ! Et moi je ne suis même pas capable de lui promettre que l'un de ses enfants arrivera à terme !

 

-Tu sais bien ce que le prince a dit sur cet enfant. Il n'en veut pas pour héritier.

 

-Parce que j'en porte deux en moi. Comment réagira-t-il si je les perds, hein ? Crois tu qu'il va risquer de laisser son trône vaquant au profiteurs extérieurs ?

 

-Ca n'arrivera pas, Louis. Le druide va arriver et il va arranger cela, comme d'habitude. Tu n'as pas à t'en faire pour ce qu'il peut se dire à l'extérieur et...

 

-Qu'est-ce qui se dit à l'extérieur ?

 

Lothaire écarquilla les yeux quand il se rendit compte de son erreur.

 

-Oh, rien, tu sais, des rumeurs, sans fondement...

 

-Lothaire, dis moi ce qu'il se dit hors de cette chambre !

 

Le valet semblait très mal à l'aise. Les rumeurs que la reine et Adélaïde faisaient courir dans le château n'avaient rien de réjouissantes pour Louis et il avait peur de voir son maître encore plus mal que depuis quelques jours. Mais il savait également qu'il en avait trop dit pour pouvoir se taire maintenant. Et il préférait en informer Louis lui même plutôt que celui-ci les entende par hasard, au détour d'un couloir.

 

-La reine annonce à qui veut bien l'entendre que tu n'es pas capable d'assumer le rôle qui t'attend si tu n'es pas capable de porter un héritier quelques mois. Et elle...

 

Le valet s'arrêta, jetant un coup d'œil anxieux à son maître qui palissait à vue d'œil.

 

-Lothaire, parle !

 

-Elle n'hésite pas à annoncer à qui veut l'entendre qu'elle souhaite que le prince te... te répudie...et épouse dame Adélaïde.

 

Louis se redressa d'un bond dans son lit, les yeux brillants de colère. Il repoussa les draps qui le recouvraient et s'apprêta à se lever.

 

-C'en est assez, je commence à en avoir plus que marre ! Elle va voir si je n'en suis pas capable !

 

Lothaire essaya de le retenir, mais Louis était déjà debout.

 

-Louis, attend, c'est dangereux, reste allongé..

 

-NON ! Il est hors des question que je la laisse me prAAAaaaaaahhhh...

 

Louis tomba à genoux à quelques pas à peine du lit, se tenant le ventre et Lothaire se précipita à ses côtés pour le se soutenir. Louis éclata en sanglot dans les bras de son ami.

 

C'est ainsi que Philippe et le druide les trouvèrent lorsqu'ils entrèrent dans la chambre. Philippe s'empressa d'aider Lothaire à recoucher Louis et il sentit un poids remplir son estomac en voyant le visage ravagé par les larmes de son époux. Il s'approcha du bord et saisi sa main comme à son habitude mais son étreinte ne lui fut pas rendue. Et ce fut pire encore quand Louis ouvrit la bouche.

 

-Je voudrais que ce soit Lothaire qui reste cette fois-ci... s'il vous plait.

 

Philippe resta muet de stupeur et quand Louis refusa de croiser son regard, il sentit ses entrailles se serrer. Il lâcha la main de son époux et sortit sans un mot. Une fois dans le couloir il sentit ses yeux le piquer désagréablement et leva les yeux au plafond pour endiguer les larmes qu'il sentait proches. Il décida de faire quelques pas pour ne pas avoir à attendre devant la porte et commença à déambuler dans les couloirs, s'appliquant à repasser régulièrement devant leur chambre.

 

Au détour d'un couloir, il croisa sa mère.

 

-J'ai vu que vous aviez à nouveau fait appel à ce druide ! Votre époux serait-il encore souffrant ?

 

Philippe souffla longuement par le nez pour tenter de ne pas s'énerver et ainsi perdre la joute verbale face à sa mère.

 

-Il est effectivement souffrant. Que voulez-vous, mère ?

 

-Avez vous réfléchi à notre dernière conversation ?

 

Philippe serra les dents. Toutes les récentes conversations qu'il avait eu avec sa mère récemment avait le même thème : le renvoi de Louis et la « montée en grade » d'Adélaïde, et finissait invariablement en dispute.

 

-Non, et je n'ai absolument pas envie de m'y attarder. Maintenant, excusez moi, je vais rejoindre mon époux.

 

-Je croyais que vous assistiez aux consultations ? lança-t-elle d'un ton ironique.

 

Philippe qui avait fait quelques pas s'immobilisa et se tourna vers sa mère.

 

-Il... il n'a pas voulu.

 

-Qui, le druide ? insista-t-elle faussement innocente.

 

-Non, Louis. Louis n'a pas voulu que j'y assiste.

 

-Oh, il préfère assumer cela tout seul, voilà qui change de sa couardise habituelle.

 

-Il n'a rien d'un couard, mère. Et Lothaire est avec lui !

 

-Tsss, son valet ! Comme c'est... étrange qu'il le préfère à vous.

 

La voix de la reine débordait de mépris et moquerie, chacune de ses phrases était remplie de sous-entendus déplaisants et malfaisants. Philippe serra les poings.

 

-Ils sont amis, et Louis a eu besoin de son soutien.

 

-Biens sur, bien sur... enfin vous ne viendrez pas vous plaindre que je n'ai pas essayé de vous prévenir !

 

-Qu'insinuez-vous à la fin ?!

 

- Mais rien. Simplement, vous savez aussi bien que moi que ce jeune homme n'est pas à la hauteur de la tache qui lui incombe. Vous vous devez de le répudier. Et le plus tôt possible !

 

-Mais bien sûr et provoquer ainsi une guerre !

 

-C'est une guerre que nous gagnerions aisément. Dois-je vous rappeler la taille de son pays ?

 

-Et dois-je vous rappeler à combien de grandes puissances ils sont alliés ? Nous ne pouvons pas nous permettre cela. Nous avons déjà risqué de fortes représailles lorsque le prince Jean de Castille est rentré chez lui. Nous ne devons la paix qu'à la diplomatie de nos envoyés accompagnée d'excuses officielles. Et je crois bien que même tout cela n'aurait servi à rien si Louis n'avait pas de lui même envoyé des missives à sa famille pour les rassurer sur son état.

 

-Je vois que vous lui faites tellement confiance que vous surveillez son courrier !

 

- Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Je vous l'ai déjà dit : j'ai fait des erreurs.

 

-Peut importe tout cela ! Ces noces n'étaient absolument pas ce que nous avions prévu. Vous deviez épouser Adélaïde. Tout cela est la faute de votre père ! Quand allez-vous ouvrir les yeux sur ce qui est bon pour vous ?

 

-Non mère, le mariage avec Adélaïde était ce que VOUS aviez prévu. Pas moi. Je n'ai jamais eu l'intention de l'épouser. Jamais ! Elle ferait une mauvaise épouse mais également et surtout  une mauvaise reine ! Et c'est vous qui êtes aveugle de ne pas voir qu'elle vous manipule pour arriver à ses fins.

 

-Jamais personne ne m'a manipulé, mon fils. Et jamais personne n'y arrivera. Je vous prie de croire que j'ai absolument toute ma raison et que je suis seule maîtresse de mes actes.

 

-Alors c'est encore pire que ce que je craignais !

 

-Comment osez-vous me parler ainsi. N'oubliez pas que je reste votre mère !

 

-JUSTEMENT !

 

Philippe s'adossa contre le mur du couloir et passa une main lasse sur son visage. Il aurait tant aimé revenir quelques années en arrière et juste se blottir dans les bras de sa mère et croire aveuglement tout ce qu'elle pouvais lui dire. Il avait toujours pris pour argent comptant ses paroles car il savait qu'elle le faisait pour son bien. Depuis son mariage, il avait perdu la seule complicité qu'il avait eu avec elle. Anne n'avait jamais été une mère particulièrement aimante, laissant l'éducation de son fils aux nourrices et aux précepteurs. Leur seule relation se limitait au projets qu'Anne avait pour son fils et qu'il avait jusqu'alors toujours respecté, s'accrochant à ce mince lien entre eux. Son enfance était bien loin et Philippe sut qu'il ne pouvait plus compter sur sa mère désormais. Il secoua la tête et reprit d'une voix triste.

 

-Ne pourriez vous pas être juste heureuse pour moi ?

 

Anne de Mésancourt sembla un instant déstabilisée par les paroles de son fils. Ne comprenait-il pas qu'elle faisait tout cela pour lui ? Comment pourrait-elle être satisfaite de laisser son fils dans les mains de cet homme qu'elle considérait de seconde classe ?

 

-Tout ce que je fais est en votre intérêt. Un jour vous m'en remercierez.

 

Philippe secoua à nouveau la tête.

 

-Vous ne le connaissez pas. Louis est quelqu'un de bien. Je sais qu'il fera un très bon roi. Et il est un très bon époux. Je vous en prie, donnez lui une chance...

 

Anne grinça les dents en entendant son fils supplier. Il ne s'était jamais abaissé à prier quiconque d'accéder à ses requêtes, ce qui l'alerta sur le degré d'importance que son gendre avait pour son fils.

 

-Vous vous êtes entiché de lui ! lui cracha-t-elle.

 

-Et quand bien même ce serait le cas ! Où serait le mal ? Mère, il est mon époux, il porte mes enfants ! Mon père a fait un excellent choix et le fait que j'apprenne à l'aimer devrait vous combler ! s'emporta Philippe.

 

En entendant son fils parler d'amour, la reine grimaça.

 

-Adélaïde vient de vous offrir un fils.

 

-Je me moque d'Adélaïde et de son fils ! Louis porte mes enfants, les héritiers de la couronne. J'assume la paternité de cet enfant que je n'ai jamais voulu et je prendrai en charge son éducation, mais jamais il n'approchera le trône ! J'en suis désolé pour lui car il n'y est pour rien, mais il restera un bâtard !

 

Les éclats de voix faisaient échos dans le couloir et un lourd silence succéda aux paroles de Philippe. Le prince, qui avait quelques minutes auparavant montré quelques signes de faiblesse face à la seule femme dont il aurait aimé recevoir de l'amour, s'était repris et Anne ne faisait maintenant plus face à son petit garçon, mais au futur roi de Mésancourt. Implacable et sûr de lui !

 

-A présent je vous laisse, mon époux doit sans doute avoir besoin de moi.

 

Anne ne put rien y répondre, Philippe s'éloignait déjà.

 

Lorsqu'il arriva devant la porte de leur chambre, Philippe croisa le druide qui en sortait. Il en profita pour lui demander des nouvelles de son époux.

 

-Je dois avouer que je suis inquiet ! Sa douleur est atténuée, mais je ne peux pas continuer à lui fournir de la potion comme cela, elle serait plus néfaste que bénéfique... Il doit rester allongé maintenant. Il ne doit plus se lever, sous aucun prétexte et il faut espérer que vos enfants s'accrochent. Faites attention à lui jeune homme, je lui avais préconisé du repos et pas de stress !

 

Philippe regarda le vieil homme sans vraiment savoir comment prendre sa dernière phrase. Le druide était bien la seule personne du royaume à lui parler comme s'il était un gamin des champs et pourtant il y avait une intonation presque paternelle dans sa voix. A quel point connaissez-t-il la vie du château ? Il vivait à l'écart de tout et pourtant il semblait toujours au courant des moindres évènements !

 

-Croyez bien que j'aimerai pouvoir le protéger de tout, monsieur. Mais il est plus têtu qu'une mule. Et cela va déjà être un clavaire de le garder allongé jusqu'au terme de la grossesse !

 

Le druide eut un petit sourire amusé.

 

-Je n'en doute pas un seul instant ! Pourtant il va le falloir. Si une telle crise devait se reproduire, je serai impuissant...

 

Philippe hocha la tête gravement. L'insinuation était suffisamment explicite et il avait bien trop à perdre !

 

-Bonne journée jeune homme !

 

-Bonne journée à vous. Merci d'être venu.

 

Le druide écarta les remerciements de Philippe d'un revers de la main et s'éloigna en sifflotant une chanson paillarde. « Vraiment spécial » pensa Philippe.

 

Le prince ouvrit la porte de la chambre, une légère boule au ventre. Lothaire était assis sur le bord du lit, tenant la main d'un Louis toujours recroquevillé sur lui même. Lothaire leva la tête vers lui et lui fit un petit sourire triste. Louis, quant à lui, restait immobile, amorphe.

 

-Lothaire, laisse nous, veux-tu ?

 

Le valet hocha la tête et se leva, faisant glisser sa main en dehors de celle de Louis qui n'eut aucune réaction, puis il sortit de la pièce. Philippe se tritura nerveusement les doigts quelques instants. A nouveau il se trouvait gêné de la situation. Il n'avait pas l'habitude de réconforter les gens et ne savait pas comment s'y prendre. Il s'approcha doucement de son époux qui ne réagit pas, puis délicatement, il s'allongea face à lui et passa un bras autour de sa hanche. Enfin, Louis posa ses yeux sur lui et alors que Philippe cherchait ses mots pour apporter son soutien à son époux, celui ci le prit de court en enfouissant son visage dans le creux de son épaule. Philippe resserra son étreinte et sa main glissa dans les boucles soyeuses de Louis, geste qu'il avait adopté depuis que son époux s'était révélé à lui le soir du bal. Depuis ce jour, il ne cessait de contempler la beauté innocente de l'homme qui partageait sa vie, tentant de graver à jamais ses traits dans son esprit, à tel point que lorsqu'il fermait les yeux, il pouvait sans difficulté continuer à l'admirer, le dessin de son corps se formant sous ses paupières.

 

-Pourquoi faites-vous cela ?

 

Philippe resta interloqué par la question.

 

-Pardon ?

 

-Pourquoi ne faites-vous pas ce que votre mère vous demande ? Après tout, elle a raison, Adélaïde vous a donné un fils que je n'arrive même pas à faire naître et elle est sans aucun doute bien plus à même d'occuper le poste de reine que moi. Pourquoi continuez-vous à refuser ?

 

La voix de Louis était atone, comme s'il était anesthésié, son débit était lent et il mâchait un peu le début de ses phrases. Philippe pensa que le druide devait lui avoir donné un anti-douleur assez puisant. Cependant, il avait peur que ces paroles irréfléchies soient le véritable fond de pensée de son époux.

 

-Louis, je...

 

-Est-ce pour éviter un conflit avec mon père ? Vous savez, je ferai en sorte que cette histoire reste discrète. Je disparaîtrai de votre vie sans heurt, je peux même lui dire que c'est une décision commune et ainsi il vous laissera en paix.

 

-Louis...

 

-Je ne comprends pas...

 

-Je vous en prie, vous ne savez pas ce que vous dites.

 

-...nous savons tous les deux que je n'y arriverai pas...

 

-Louis, s'il vous plait...

 

-...à quoi puis-je bien vous servir, vous avez déjà tout ce qu'il vous faut...

 

-Louis...

 

-Une femme, un fils, un royaume...

 

-Taisez-vous maintenant !

 

Philippe avait saisi les épaules de son époux et l'avait secoué fortement, le faisant sursauter et ouvrir brusquement les yeux, comme s'il sortait d'une transe connue de lui seul. En croisant les yeux furieux et malheureux de son époux, Louis ne put empêcher les larmes de rouler sur ses joues et de longs sanglots sortirent de sa gorge. Philippe, complètement perdu face aux réactions de son époux fut tenté de fuir. Mais alors qu'il s'apprêtait à se lever et à aller chercher de l'aide auprès du valet de son époux, Louis serra convulsivement ses vêtements en replongeant dans son cou. Sans réellement savoir pourquoi, Philippe eut la profonde conviction que si il partait maintenant, il perdrait son époux à jamais. A cette idée, il sentit son ventre se contracter violemment et il du faire un gros effort pour contenir la nausée qui l'envahissait. Ses bras se refermèrent fermement sur le corps de Louis, tentant de lui communiquer toute sa chaleur et son affection. Mais en voyant que les pleurs de son époux ne se tarissaient pas, Philippe sut que cette fois, les gestes ne seraient pas suffisants.

 

-Je ne fais pas ça par devoir, Louis. Je ne fais pas ça pour éviter une guerre ou pour favoriser les accords économiques que nous avons mis en place avec votre pays. Je ne fais pas ça parce que j'ai peur de la réaction de votre père. Au début, peut être que tout cela entrait en compte, mais aujourd'hui, je le fais parce que je le veux. Je vous veux près de moi, je veux partager mon royaume et ma vie avec vous. Je le fais parce que je crois que vous êtes la personne qui est faite pour moi et que pour rien au monde je ne veux vous perdre. Est-ce que vous comprenez cela ?

 

Louis qui s'était calmé au fur et à mesure des paroles de son époux, hocha la tête en silence, mais resta enfoui dans le cou de Philippe.

 

-J'ai peur...

 

En disant cela, sa main s'était posée sur son ventre.

 

-A chaque fois que j'y pose ma main, j'ai peur de ne plus les sentir bouger. J'ai l'impression de marcher sur un fil tendu au dessus du vide et que le moindre faux pas pourrait leur être fatal...

 

Philippe posa sa main à côté de celle de son époux et ne put empêcher un doux sourire de flotter sur son visage en sentant les mouvements et les coups qui venaient de l'intérieur.

 

-Regardez, ils sont en pleine forme !

 

Louis hocha à nouveau la tête, mais cette fois ci, il se recula légèrement pour pouvoir regarder les petites bosses se formant à la surface de son ventre. Lorsqu'il releva le regard, il croisa celui de Philippe et d'un sourire de son époux, il se sentit légèrement rassuré. Et lorsque sa bouche fut attrapée par les lèvres tendres, son cœur se réchauffa. Philippe décida d'oublier ses affaires royales pour le reste de la journée dans le but de la passer à câliner et cocooner son époux.

 

O0o0­­­­O__________O0o0O

 

Philippe tournait en rond devant le lit conjugal. Louis allongé par dessus les draps à cause de la chaleur boudait pour la forme.

 

-Louis, nous en avons déjà parlé, vous n'avez pas l'autorisation de vous lever.

 

-Mais c'est son mariage, Philippe ! Je ne peux pas manquer cela, pas après tout ce qu'il a fait pour moi.

 

-Il est parfaitement d'accord avec moi sur ce point, vous ne pouvez pas y aller.

 

-Je lui ai promis...je resterai assis...

 

-Louis...

 

Le jeune homme poussa un soupir. Trois semaines qu'il était cloué au lit et si en temps normal, il pouvait à peu près prendre sur lui pour le bien de ses enfants, il avait été plus que déçu en se rendant compte que sa condition ne lui permettrait pas d'assister au mariage de son valet et ami.

 

-Je n'ai même pas de cadeau pour eux.

 

-Vous n'avez pas eu le temps de vous en occuper, vous ne pouviez pas prévoir que vous seriez alité. Ce sont des choses qui arrivent et Lothaire le sait. Il ne vous en tiendra pas rigueur.

 

-Je le sais bien, simplement... j'aurai au moins aimé faire cela pour lui. Il m'a été d'une aide précieuse.

 

Philippe soupira en voyant le visage déconfit de son époux et au moment ou il croisa ses yeux embués, il sut qu'il ferait tout son possible pour lui redonner le sourire.

 

-Ecoutez, si vraiment, cela vous tiens à cœur, je peux me débrouiller pour leur trouver une présent.

 

-C'est vrai, vous feriez cela ?! Et... vous iriez là-bas en mon nom ?

 

Le visage de Louis avait retrouvé son éclat habituel et Philippe se rendit compte avec un petit sourire qu'il s'était fait avoir. Louis arrivait toujours à avoir ce qu'il voulait. Heureusement, il n'était pas exigeant et n'abusait jamais de ce système d'attaque auquel Philippe n'arrivait pas à résister.

 

-Je le ferai, si c'est ce que vous souhaitez et à la condition que vous restiez sagement ici.

 

-Je vous le promets. Merci beaucoup !

 

-Je vous en prie. Pour être honnête, j'ai déjà pensé à quelque chose. Je peux leur offrir un petit terrain à quelques pas du château et un petit pécule pour y construire leur maison. C'est un endroit agréable et Lothaire sera suffisamment proche pour venir vous voir et même continuer à travailler pour vous si vous le souhaitez...

 

Les yeux de Louis brillaient de reconnaissance.

 

-C'est une excellente idée. Merci !

 

Philippe hocha la tête et s'éloigna.

 

-Je m'en charge immédiatement.

 

 

O0o0O__________O0o0O

 

Ce jour la, Adélaïde se leva de fort bonne humeur. Son plan était prêt à être exécuté. Elle se leva et s'habilla comme d'habitude, fit exactement les mêmes gestes que chaque matin. Rien dans son attitude ne laissait paraître le moindre signe de tension, d'anxiété ou d'énervement. Elle était sereine et prête à prendre sa revanche.

___

 

Philippe desserra légèrement son col, la chaleur était étouffante. Il était mal à l'aise.Louis avait énormément insisté pour que Philippe le représente au mariage de Lotahire et il avait cédé. Il avait réussi à convaincre François de l'accompagner sans trop de problème et le valet avait été ravi de les accueillir tous les deux. Le cadeau et le message de Louis avait beaucoup ému son valet, tout allait bien ! Les gens l'avaient regardé avec assez d'insistance au début, étant légèrement déplacé au milieu des villageois, mais cela il pouvait s'y faire, c'était plutôt logique. Mais malgré cette bonne humeur festive et estivale, quelque chose gênait Philippe. Il n'aurait pas su dire exactement quoi. Il avait comme une drôle de boule au ventre. Il s'était levé avec le matin même et elle n'avait pas voulu se déloger depuis. Philippe sentit une goutte de sueur couler dans sa nuque. Il faisait vraiment très chaud et pourtant il se sentait glacé de l'intérieur. Il avait du attraper un petit rhume. Il but une gorgée d'un breuvage alcoolisé qu'on lui avait servi et se concentra sur ce que lui disait François, tentant de reléguer au fond de lui ses pensées désagréables.

___

 

A l'orée du bois, dans sa petite maison isolée, le druide passa une main fatiguée sur ses yeux las. Combien de fois aurait-il voulu intervenir sur le destin pour ne pas briser des vies ? Encore aujourd'hui, il était contraint à rester assis, à attendre que les évènements se passent. Il revoyait sa première rencontre avec le nouveau jeune prince de Mésancourt, puis toutes celles qui suivirent. Une fois de plus il se jura de ne plus s'attacher autant à ses clients. Surtout avec un si lourd destin. Il se leva et avança vers une petite armoire qui débordait d'objets hétéroclites. Il prépara son sac. Au moins, quand on viendrait le chercher, il serait prêt tout de suite. Une bien maigre consolation qui, le druide le savait, serait complètement inutile pour la suite des évènements.

 

___

 

Louis somnolait à moitié, allongé torse nu sur son lit, sans rien pour le couvrir. La chaleur était étouffante et il avait sur son front un tissus imbibé d'eau que Philippe lui avait déposé avant de partir pour le mariage. Louis eut un petit sourire alors que son esprit divaguait entre rêve et réalité, en repensant à son époux. Inconsciemment, sa main passa sur son ventre et passa au endroits où il sentait ses enfants bouger. Ces petits gestes quotidiens lui apportaient une sérénité qu'il n'avait jusque là que peu connu. Il avait tellement hâte de pouvoir les voir et les serrer contre lui.

 

___

 

Adélaïde regardait au loin par la fenêtre, la place du village ou un nombre assez impressionnant de personnes était réuni pour fêter le mariage de deux domestiques. Philippe avait décidément de bien drôle de fréquentations. Elle lui pardonnait. Elle le remettrait dans le droit chemin lorsqu'elle serait son épouse. A cette pensée, elle s'aperçut qu'elle n'avait pas été rendre visite à son fils depuis deux ou trois jours. Qu'importe, des nourrices étaient payées pour cela. Elle avait bien mieux à faire que de s'occuper d'un marmot braillard. Son regard se tourna à nouveau vers l'horizon. Le prince était là bas, elle le savait. Elle avait assisté de loin à son départ et François l'avait accompagné. Le champs était libre. Un sourire cruel se dessina sur son visage et elle s'éloigna de son poste d'observation pour se diriger vers une autre aile du château.

 

___

 

Philippe posa son verre sur une table formée par une longue planche plate et quelques tréteaux. La boule qu'il avait au ventre s'était transformée en une douleur lancinante qui ne le quittait plus. Sa gorge était serrée, il était inquiet. Il tituba légèrement et fut rattrapé par deux bras solides.

 

-Eh bien mon ami, as-tu déjà tellement bu que tu ne tiens plus debout ?

 

Mais en voyant la pâleur du prince, François perdit aussitôt sa jovialité.

 

-Philippe, quelque chose ne va pas ?

 

Philippe posa une main sur l'épaule de son ami.

 

-Louis...

 

-Quoi, Louis ?... Réponds!

 

-Je ne sais pas... il faut que j'y aille, je dois le trouver. Dis à Lothaire que je suis désolé, mais je dois y aller, maintenant !

 

Philippe s'éloigna à grand pas de son ami. Et François décida d'aller prévenir leur hôte avant de s'éclipser à son tour. Il n'avait pas l'intention de laisser son ami seul dans cet état.  L'alcool ne lui réussissait pas vraiment. Mais François se fit la réflexion que Philippe n'avait bu que très peu au court de l'après midi. Une drôle d'impression lui comprima l'estomac. Il devait trouver Lothaire rapidement pour l'informer de leur départ.

 

___

 

Le druide prit quelques fioles et les rangea précautionneusement dans sa sacoche en cuir. Il alla couper quelques plantes fraîches à l'extérieur et en fit deux tas distincts. Il tria et rangea le premier tas enveloppé dans un mouchoir dans une petite poche de sa sacoche et il pila le deuxième tas avant d'en verser dans quelques unes des fioles à disposition. Peut être que cette fois ci, il se serait trompé. Peut être qu'il pourrait effectivement faire quelque chose. Il secoua la tête douloureusement. Il commençait à se faire trop vieux pour toute cette souffrance. Parfois, il haïssait son don.

 

___

 

Louis se retourna dans son lit, faisant glisser le tissus de son front. Il faisait bien trop chaud pour pouvoir dormir et l'inactivité lui manquait beaucoup. Cependant, pour rien au monde il ne voulait désobéir au druide. Rien n'était plus important à ses yeux que la survie de ses enfants. La porte de sa chambre grinça, lui faisant ouvrir un œil. Les seules personnes qui entraient dans sa chambre sans frapper n'étaient pas sensées être au château actuellement. Il se redressa légèrement et un frisson glacé lui parcouru l'échine lorsqu'il croisa le regard à moitié fou d'Adélaïde.

 

___

 

La jeune femme était extatique. Elle était enfin seule avec lui et personne pour l'empêcher de mener son plan à exécution. Elle put reconnaître avec un frisson d'excitation la peur se refléter dans les yeux du jeune homme qui lui faisait face. 

 

-Bonjour Louis.

 

-... Bonjour, Dame Adélaïde... Puis-je faire quelque chose pour vous ?

 

Le sourire d'Adélaïde s'agrandit d'avantage.

 

-Bien sur que vous le pouvez...

 

___

 

Philippe marchait à vive allure sur le chemin de terre. Mais pourquoi n'avait-il pas pris son cheval ? Ils avaient voulu suivre la procession avec tout le monde, tentant de se fondre parmi les invités. Quel idiot il avait été. Avec sa monture, il aurait été au château en quelques minutes seulement. Louis était en danger. Il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas comment. Il avait juste l'intime conviction que son époux avait besoin d'aide, sur le champs. Le prince accéléra le pas jusqu'à se mettre à courir, un nœud puissamment serré au niveau de ses tripes.

 

___

 

Le druide faisait des vas et viens dans sa petite chaumière. Il avait déjà vérifié trois fois ses affaires, tout y était. Il regarda par la fenêtre le soleil commencer à décliner lentement à l'horizon. Il lui faudrait attendre encore un long moment avant que quelqu'un n'arrive pour le chercher. Après un soupire, il rouvrit sa sacoche et se mit à vérifier ses ustensiles pour la quatrième fois.

 

___

 

Louis s'était figé. Il n'avait jamais été à l'aise en présence d'Adélaïde. Elle dégageait quelque chose d'inquiétant. Mais jamais encore Louis ne s'était senti physiquement en danger. Hors à cet instant précis, la menace était bien réelle. Pourtant Adélaïde semblait sereine. Ses gestes étaient mesurés, sa voix posée. Mais Louis avait plongé ses yeux dans les siens et il n'y avait trouvé que de la folie. Une folie qu'il ne pouvait qualifier que de meurtrière. Plus aucune trace d'humanité n'émanait de cette femme.

 

-Bien sur que vous le pouvez...

 

-Je vous écoute.

 

-Vous devez disparaître.

 

Elle avait dit cela d'une voix banale, comme si elle parlait du beau temps.

 

-Je vous demande pardon ?

 

-Ecoutez, je n'ai pas envie de vous faire du mal. Alors soyez gentil et partez. Ce serait dommage que vous perdiez ces enfants n'est-ce pas.

 

Son regard fixait le ventre de Louis et celui ci regretta de ne pas avoir de haut sur le corps. Ses mains se placèrent instinctivement autour pour le protéger. Adélaïde eut un petit rire et continua.

 

-Ecoutez, c'est très simple en réalité. Philippe va m'épouser. C'est comme cela que c'était prévu, depuis avant même votre naissance !

 

-Philippe m'a épousé, moi.

 

-Oui, vous avez, je l'avoue, légèrement contrarié mes plans. Mais ce n'est que partie remise, je saurai être magnanime avec lui. Il s'est légèrement égaré, le pauvre. Sans doute, vos formes affriolantes y sont pour quelque chose. Mais avouez que cela ne l'a pas empêcher de passer du bon temps avec moi. Quoiqu'il en soit, je lui ai donné ce dont il avait besoin et il n'a absolument pas besoin de vous ! C'est pour cela que je vous demande de partir.

 

___

 

Philippe courait de toutes ses forces et il avait l'impression de faire du sur place. Il n'avait pourtant pas autant marcher à l'aller, si ? Il venait de sortir du village et voyait le château se rapprocher à une allure bien trop lente à son goût. A bout de souffle, il tenta d'accélérer encore le rythme. Il pénétra dans les jardins du palais et continua sa course sous l'œil stupéfait des jardiniers et des promeneurs. Ses poumons semblaient prêts à éclater et sa gorge le brûlait, mais pour rien au monde il n'aurait ralenti.

 

___

 

Louis sentait la rage grondait en lui. Et, ignorant la douleur qui le lançait dans le ventre, il bondit du lit pour se retrouver face à son ennemie. Il ne la laisserait pas le dominer !

 

-Je n'ai pas l'intention de partir. Philippe est mon époux et il m'a clairement fait comprendre qu'il ne souhaitait pas mon départ.

 

-Bien sur que non, le pauvre chéri, il n'a pas voulu vous blesser. Il est comme cela, bien trop gentil. Mais je vous garantis que vous n'êtes qu'une gène pour lui. Un caillou dans les bons rouages du royaume. Vous savez que je finirais tôt ou tard par prendre votre place et que vous serez répudié. Quelqu'en soit les moyens. Mais voyez-vous, je suis bonne joueuse, je vous laisse l'occasion de partir de vous même, et en vie !

 

-Non.

 

Adélaïde serra les poings et grinça des dents.

 

-Partez Louis. Partez, sinon je peux vous assurer que votre mort sera extrêmement lente et douloureuse. J'arracherais de mes propres mains les immondices qui se cachent dans votre corps et vous aurez le temps de les voir découpés en morceau avant de me supplier d'achever votre misérable vie.

 

Louis sentit une terreur sans nom le clouer sur place. Elle en était capable. Il le savait, elle était sincère. La panique le gagna, faisant trembler légèrement ses membres, et en même temps il sentit une force inconnue gronder en lui. Elle venait de menacer ses enfants !

 

-Ecoutez, je commence à en avoir plus qu'assez de vous et de vos piètres tentatives pour me séparer de mon époux. Au début j'y ai cru. J'avoue, vous avez bien mené votre barque. Mais Philippe est bien plus sensé que cela. Je n'ai aucune raison d'être répudié. Je n'ai rien fait de mal, je porte les héritiers de la couronne et j'ai bien l'intention de les élever dans les traditions de la famille royale de Mésancourt.

 

A ses mots, Adélaïde éclata d'un rire froid. Louis s'en retrouva décontenancé et son ventre qui devenait de plus en plus tendu et douloureux ne l'aidait pas à se concentrer.

 

-Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.

 

Il criait presque maintenant. Il se sentait épuisé, physiquement et moralement. Adélaïde arrêta de rire et le regarda méchamment.

 

-Vous croyez vraiment à ce que vous venez de dire ? Vous êtes pathétiques ! Vous pensez vraiment que vous serez la personne qui s'occupera de vos enfants ? Ne rêvez pas mon pauvre. Dès leur naissance ils seront confiés à une nourrice, vous aurez droit à une heure de visite quotidienne jusqu'à l'âge de trois ans, après quoi la reine mère prendra en charge leur éducation avec des précepteurs et vos visites se restreindront à une par semaine, si leur emploi du temps le permet.

 

Louis tremblait de tous ses membres maintenant. Il savait qu'il avait changé de couleur et il sentait son front s'embraser tandis qu'un marteau tapait sur une enclume au milieu de sa tête. Il avait l'impression que son ventre était aussi dur que la pierre.

 

___

 

Philippe traversa le jardin à toute vitesse, renversant quelques personnes au passage mais sans prendre la peine de s'excuser. Il franchit les portes d'entrée en trombes et se précipita dans les escaliers qui menaient à ses quartiers. Il se mit à supplier toutes les divinités qu'il connaissait pour ne pas arriver trop tard, pour que tout ceci ne soit qu'un mauvais pressentiment sans importance et que Louis, en le voyant arriver si essoufflé, se moque gentiment de lui, avec ce petit sourire sur le côté et ses dents mordillant sa lèvre inférieure. Et alors il pourrait l'embrasser encore et encore en lui racontant la peur stupide qui l'avait pris aux tripes en plein milieu du mariage de son valet. Et peut être, si Louis s'en sentait capable, il lui ferait l'amour, tout doucement, pour ne pas le blesser ni l'épuiser, s'appliquant à le faire crier son nom de cette voix si particulière qu'il avait lorsque l'orgasme le terrassait et dont Philippe se délectait. Le prince arriva à son étage. Encore quelques couloirs et il y serait, ses pas claquaient sur le sol de marbre.

 

___

 

-VOUS MENTEZ !

 

-Pourquoi mentirais-je ? Vous vouliez vivre votre vie royale, je ne fais que vous exposer ce qui vous attend ! Mais peut être Philippe ne vous avait-il pas mis au courant de ces petites formalités !

 

Un sourire jubilatoire ne quittait plus le visage d'Adélaïde, maintenant entièrement en position de supériorité. Louis se tenait à moitié courbé, les mains plaquées sur le ventre, cloué sur place par de longues crampes abdominales.

 

-Je ne vous crois pas !... Allez vous-en !... PARTEZ !!!

 

Louis perçu le regard d'Adélaïde sur ses pieds et il en suivit le cheminement. Du sang coulait abondamment le long de ses jambes, tachant son pantalon et formant une flaque à ses pieds. Louis sentit la nausée lui monter à la gorge et il vacilla.

 

-NOOOOOOOONNNNN !!!

 

Il s'écroula.

 

___

 

Le druide ferma les yeux douloureusement et son cœur se serra. Il ne s'était jamais trompé... Il ferma son sac et se tint prêt, devant la porte de sa maison. Il leva la tête vers les étoiles et tenta d'endiguer les quelques larmes qui montaient à ses yeux.

 

___

 

Philippe entendit un « NON » déchirant et il reconnut sans peine la voix de son époux suivit d'un bruit sourd. Il accéléra encore et ouvrit les portes de sa chambre avec fracas. Ce qu'il vit le terrifia. Louis était allongé par terre, torse nu, baignant dans une mare de sang. Il se précipita sur lui et constat qu'il avait toujours un pouls. Il se releva et agrippa Adélaïde par les épaules.

 

-Que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu lui as fais ?

 

-Mais rien, mon amour. Il nous empêchait de vivre notre vie, je l'ai juste encourager à prendre le large. Voilà qui est résolu, tu n'as plus à faire semblant maintenant. Je suis là et notre fils a nous attend ! Je peux parfaitement prendre sa place ! Je serai une bien meilleure reine !

 

Ivre de rage, Philippe lui asséna un violent soufflet qui la propulsa par terre.

 

-Toi et ton bâtard, je veux que vous quittiez immédiatement ce château, je vous bannis ! Estime toi heureuse de ne pas être pendue haut et cour pour trahison envers la famille royale! Maintenant DISPARAIS !

 

A ces mots, le visage d'Adélaïde se crispa en une hideuse grimace, elle éclata en sanglot et pleine de rage, fit volte face et s'éloigna en courant. Philippe se précipita auprès de Louis.

 

-DE L'AIDE ! VITE !

 

Alertés par les bruits de dispute et l'appel au secours, rapidement un certain nombre de personnes arrivèrent dans la chambre du couple. François, qui avait couru presque autant que Philippe arriva à ce moment la et Philippe l'aperçu.

 

-François, va chercher le druide, vite ! Je t'en prie, dépêche toi !

 

Aussitôt, le baron fit demi-tour et se précipita en direction des écuries. Philippe porta précautionneusement Louis sur le lit, faisant fi des taches de sang que cela engendrerait.

 

-Que les femmes de chambre les plus expérimentées restent avec moi dans cette chambre, vous pourrez aider le druide. Toutes les autres personnes, tenez vous à leur entière disposition et préparez tout ce dont elles pourraient avoir besoin ainsi que le druide lorsqu'il arrivera ! Allez, exécution !

 

Malgré l'urgence, Philippe savait que le druide ne serait pas là avant un petit moment et il était absolument impuissant. Dans le cas d'une grossesse féminine, il aurait pu agir, ou au moins laisser les femmes de chambre travailler, mais la, seul le druide pouvait les aider. Il s'attarda un instant sur le visage de son époux, inconscient mais contracté par la douleur et brûlant. Malgré sa pâleur et ses traits tirés, Philippe ne pouvait s'empêcher de l'admirer et il se maudit mille fois de s'être privé d'un si beau visage pendant si longtemps. Il avait été un piètre mari et il ne pouvait que prier pour qu'on lui laisse la chance de profiter plus longtemps de son époux.

 

 

 

O0o0O__________O0o0O

 

Louis ouvrit brusquement les yeux, ouvrit la bouche et après quelques longues secondes de silence, un cri guttural en sortit. Malgré l'immense douleur qui lui coupait la respiration, il se redressa immédiatement sur son lit, ses mains se posant sur son ventre. Il le tâta, la respiration rapide, sanglotant. Il était plat, désespérément plat et vide.

 

-Non, non, non, non......

 

Philippe qui était assis au bord du lit attrapa les poignets de son époux pour le forcer à le regarder. Ses yeux étaient cernés et rougis.

 

-Louis...

 

-Où sont-ils ? Philippe où sont-ils ?

 

Louis avait les yeux brillants de larmes et de fièvre et le front bouillant, cependant, Philippe savait qu'il ne pouvait pas retarder la nouvelle.

 

-Je vous en prie, dites moi qu'ils vont bien, dites le moi ! Par pitié !

 

La voix entrecoupée de sanglot et les mains s'agrippant convulsivement à celles de Philippe, Louis s'accrochait à la moindre parcelle d'émotion que son époux laissait filtrer. Et il n'arrivait à y lire que de la peine et de la souffrance. Il sentit une angoisse sourde et indicible se diffuser dans ses veines et les larmes dévalèrent ses joues.

 

-Je vous en prie... je vous en supplie...

 

Louis secouait la tête, tout en parlant, à moitié sanglotant, à moitié délirant, mais quand Philippe ouvrit la bouche, il se tut, attentif au paroles de son époux.

 

-Le druide est arrivé et il m'a dit que si vous gardiez les enfants en vous, vous alliez mourir. Il fallait les faire sortir alors il vous a ouvert, mais la grossesse n'était pas assez avancée, les bébés n'étaient pas suffisamment matures...

 

Philippe fit une courte pose, le temps de ravaler un sanglot.

 

-Aliénor...

 

-Une petite fille ?

 

Philippe hocha la tête douloureusement.

 

-Elle est décédée dès qu'elle est sortie, elle n'a pas eu le temps de pousser un seul cri. Elle s'est éteinte dans mes bras.

 

Louis se courba à nouveau de douleur autant physique que psychologique, expulsant un cri silencieux puis il tenta de reprendre une goulée d'air après de longues secondes en apnée. Son visage était ravagé par la douleur et le chagrin.

 

-... le deuxième ?...

 

-Philippe.

 

-Un petit garçon ?

 

A nouveau Philippe hocha la tête.

 

-Il a mis un peu de temps mais il a crié. Le mage s'en est occupé au maximum, mais il dit que le pronostic est très mauvais. Il pense qu'il ne devrait pas passer la nuit. Ils.. ils sont merveilleusement beaux, tous les deux !

 

A son tour, Philippe ne put retenir ses sanglots et ses larmes. Louis repoussa violemment les couvertures et tenta de se lever, mais la douleur le fit s'effondrer dans les bras de son époux.

 

-Vous ne devez pas bouger, votre corps doit se rétablir.

 

-Je dois les voir ! Il faut que je les vois !

 

-Je vous les amènerai, je vous le promets. Pour le moment restez, allongé, vous avez besoin de repos.

 

Louis à bout de force et encore violemment lancé par sa cicatrice se laissa retomber sur son lit et se roula en boule, laissant échapper un long sanglot déchirant. Philippe s'allongea à ses côtés et le serra fort dans ses bras.

 

 

O0o__________o0O

 

Deux jours plus tard, le tout jeune Philippe III de Mésancourt cessa de respirer au milieu de son sommeil. Cette nuit la, un cri de désespoir déchira le ciel.

 

 

 

...Euh... hé hé... amusant, hein, comme fin !    *esquive un frigo*

 Vous trouvez pas ?!    * esquive un four*

Eh ben, vous en avez des munitions !!    *se prend une poêle à frire, aïeuh !*

Mais euh, je vous avez prévenu que vous alliez me haïr à la fin de la première partie, ce n'est donc pas une surprise ! Vous n'aviez  qu'à pas lire, na !   * se prend une brique, ouch*

Bon rassurez vous, l'histoire ne se finit pas là ! La suite viendra dans la partie 2...je dis pas qu'elle sera plus drôle par contre...lol Quoi sadique ! Non, pas sadique, c'est juste un peu d'action. Sinon vous vous seriez ennuyé et vous seriez plus revenu et j'aurai été triste.   * qui a dit bien fait ?!*


Donc comme prévu, je fais maintenant une pause dans cette histoire, juste le temps de bien organiser la partie 2 et de prendre un peu d'avance sur l'écriture. Par contre je vais reprendre UPPDB et Dépendance. Les MAJ ne seront pas régulières, elles viendront comme elles pourront (comme avant quoi), en essayant tout de même de respecter un certain rythme d'écriture, en fonction de ce que me permettra le boulot. Sachez juste que les 3 prochaines semaines sont déjà remplies et donc je ne pense pas pouvoir écrire du tout. Après, ça devrait être jouable.


Je vous embrasse donc, et merci d'avance de me laisser vos impressions sur ce chapitre mais également sur toute cette première partie, une sorte de petit bilan ! Si je pouvais ne pas avoir que des promesses de mort lente et douloureuse, ça serait sympa ! mdr


Bisous à tous et à toutes, je vous nem très fort (si, si, c'est vrai...après tout, qui aime bien, châtie bien... donc vous voyez, je vous adore !). Merci de me suivre et merci à ceux qui laissent leur trace!
Par Meryl
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Dimanche 31 mai 2009

Salut, salut !

Et voici le chapitre 15 !

Un petit peu plus long que d'habitude, en espérant qu'il vous plaise ! J'ai bon espoir que le chapitre 16 soit terminé pour dimanche et je pense que ça sera le dernier de la première partie (je pense fusionner les deux derniers chapitres sinon le 17ème serait trop court), ce qui devrait, à priori, en faire un très long chapitre...

Bonne lecture à tous et toutes !

Bisous

 

P.S: nous somme le lundi 1er juin, il est 3h25 du matin et j'ai la joie de vous annoncer que je viens de terminer le prochain chapitre de Royale destinée, qui sera également la fin de la première partie. Il sera donc publié dimanche comme convenu!

 

Philippe avait passé une matinée plus qu'agréable en compagnie de son époux. Ils étaient sortis du lit assez tard et avaient partagés un frugal petit déjeuner en prévision du déjeuner qui n'allait pas tarder. Il finit par prendre congé de Louis, peu avant midi pour aller retrouver François. Il devait lui parler de toutes urgences. Les deux amis se retrouvèrent auprès des box.

 

-Eh bien, qu'as-tu ? Cela s'est mal passé avec Louis ?

 

-Quoi ?.. Non, je... écoute, si nous faisions un tour, tu veux bien ?

 

-Bien sur.

 

Philippe et François préparèrent chacun leur monture et laissèrent les chevaux prendre le chemin qui leur plaisait.

 

-Bien, quand tu es partis hier, j'ai voulu te rejoindre, mais Louis m'a demandé de le laisser y aller. Et à priori, il n'est pas ressorti de ta chambre... Alors, que s'est-il passé pour que tu tires cette tête ? demanda François au bout de quelques minutes.

 

Philippe sembla méditer un instant, comme pour choisir ses mots avant de prendre la parole.

 

-Rien... enfin rien de mal. Tout s'est très bien passé. J'ai même enfin réussi à lui présenter mes excuses...

 

-Ouah !! Même moi je n'y ai jamais eu droit !

 

-Toi je ne t'ai pas violé ! répondit Philippe sèchement, presque méchamment.

 

François, surpris par le ton employé, attrapa les rennes de Philippe et arrêta la marche des deux chevaux. Son ami avait vraiment l'air mal.

 

-Que se passe-t-il Philippe ? Il n'a pas voulu te pardonner ? Ca peut se comprendre, tu sais, il lui faut un peu de temps pour...

 

-Non, ce n'est pas ça, le coupa le prince. Enfin, je veux dire, je lui ai dit que de toutes façons je ne méritai pas son pardon... mais il m'a dit que c'était du passé et qu'il voulait apprendre à me connaître mieux...

 

-Eh bien c'est une bonne nouvelle ! Qu'est-ce qui te chagrine la dedans ?

 

-J'ai voulu lui enlever son voile, tu sais !

 

-Enfin !

 

-Il a refusé.

 

-Quoi ?

 

Philippe hocha la tête doucement, semblant toujours tourmenté par l'événement.

 

-Je n'ai pas compris... dès le premier jour il m'a demandé de l'enlever et moi... évidemment j'ai refusé. Quel imbécile je fais ! Tu parles d'un futur roi ! Et là, je voulais vraiment qu'il l'enlève, je voulais le voir... ça fait longtemps que j'en ai envie, mais je n'osais pas...

 

-Pourquoi tu n'osais pas ?

 

-J'avais peur qu'il me rejette... et c'est ce qu'il a fait... Et c'est bien fait pour moi, c'est tout ce que je mérite de toutes façons !

 

François sembla un instant déconcerté face à l'attitude de son ami. Philippe avait toujours était assez exigeant envers lui même et il ne se pardonnait que difficilement ses échecs. Pourtant, jamais encore François ne l'avait vu aussi en colère contre lui même. Il avait les poings serrés et fulminait. Sa monture qui ressentait son énervement, commença à s'agiter, aussi, ils reprirent la route, toujours côte à côte. Et François posa une main sur le bras de son ami. Philippe reprit son récit.

 

-Tu l'aurais vu... il semblait apeuré... je n'ai pas compris, il n'avait pas eu cette réaction depuis... depuis que je l'ai...

 

-Oui, je sais depuis quand. Et comment as-tu réagi ?

 

-J'ai voulu m'approcher de lui pour le calmer, mais il semblait paniquer de plus en plus. Alors je lui ai dit que si il ne le voulait pas, je lui laisserai son voile. Et ce n'est que lorsqu'il m'a fait promettre de ne pas y toucher qu'il s'est enfin calmé.

 

-Et après ?

 

-Après... tout est redevenu comme avant. Il était bien, détendu, on a discuté et on a fait l'amour...

 

-Oui et plusieurs fois, si j'en crois l'heure à laquelle vous êtes sortis de la chambre.

 

Philippe eut un petit sourire triste à la tentative d'humour de son ami.

 

-Oui, c'est vrai... mais je ne comprends pas.

 

-Il y a en tout cas une bonne nouvelle.

 

-Laquelle ?

 

-Il a eu suffisamment confiance en ta parole pour te laisser l'approcher sans avoir peur que tu retouches au voile !

 

-Oui, c'est vrai.

 

-Et il n'a pas peur de toi puisqu'il te laisse le toucher et l'embrasser sans soucis.

 

-Oui.

 

François resta un petit moment à tourner la situation dans sa tête avant de reprendre la parole.

 

-Tu sais, je pense que ce n'est pas contre toi qu'il a fait ça. Et comme tu lui as demandé cela sous le coup, sa réaction n'était pas préméditée. Mets toi à sa place. Depuis qu'il est ici, tu lui as imposé ce voile.

 

Philippe grimaça, mais ne fit pas de commentaire, laissant son ami finir sa théorie.

 

-Donc, personne n'a pu voir son visage. Il vit dans ce château depuis un certain temps sans que personne ne sache à quoi il ressemble. C'est une sorte de... barrière de protection entre lui et le monde qui l'entoure. Une barrière qu'inconsciemment tu lui as toi même fourni. Il t'a vu évolué récemment. Ton comportement vis-à-vis de lui a beaucoup changé, ce qui doit être assez perturbant pour lui. Alors si en plus, tu veux lui ôter sa protection... ça doit faire beaucoup d'un seul coup, tu ne trouves pas ?

 

-Oui, mais il n'en a plus besoin de cette protection, comme tu dis. Je ne lui ferai pas de mal.

 

-Toi, tu ne lui en feras plus et ne t'en fais pas, il le sait. Mais n'oublie pas que tu n'as pas été le seul à mal te comporter avec lui dans ce château. Et puis tu as évolué positivement pour lui étant caché... il doit avoir peur de... je ne sais pas... que tu changes en le voyant... que tu sois déçu...

 

-C'est exactement ce qu'il m'a dit...

 

-Eh bien voilà. Je crois que sa peur principale, c'est qu'il ne te plaise pas et que votre relation régresse à un stade précédent.

 

-C'est ridicule ! Il me plaira, je le sais. Tout en lui me plait déjà. Il me manque juste... je veux juste voir son visage...

 

-Tu lui as dit ?

 

Philippe secoua la tête négativement.

 

-Laisse lui le temps de s'habituer à cette idée. Et n'oublie pas, que ce voile est devenu son rempart. L'enlever reviendrait à s'exposer.

 

-Oui, tu as sans doute raison.

 

-Comme toujours, reprit François en retrouvant son sourire, mais ne t'en fais pas, Louis est loin d'être un couard. Il ne tardera pas à se dévoiler, si tu continues à prendre soin de lui et à le rassurer. J'y pense, tu pourrais peut être...

 

-Quoi ?

 

-L'as-tu invité au bal ?

 

-Non, pas encore. J'avais l'intention de le faire, mais l'occasion ne s'est pas présentée.

 

-Tu devrais te dépêcher, il a lieu à la fin de la semaine et nous partons quelques jours dans le sud dès demain.

 

-Oui, je vais lui demander tout à l'heure.

 

-Ne penses-tu pas que ce serait l'occasion idéale ? Après tout, c'est un bal costumé...

 

Philippe hocha la tête, songeur.

 

Les deux amis finirent par changer de conversation, puis il firent la course jusqu'au retour à l'écurie que Philippe remporta de justesse, preuve qu'il avait l'esprit bien loin de là. Puis ils s'occupèrent de leur monture en parlant de la future mission qui les ferait partir le lendemain et rentrer juste avant le bal.

 

Louis  retrouva son époux le soir même au dîner. Lothaire s'était absenté pour aller dîner dans la famille de Suzanne, et François, en apprenant cela, s'était subitement souvenu qu'il avait un rendez-vous important avec son père. Le repas se passa tranquillement, mais Philippe semblait légèrement tendu et Louis le sentit. Ils réussirent malgré cela à converser tranquillement et en fin de soirée, ils remontèrent à leur étage. Arrivé devant la porte de Louis, ils marquèrent un temps d'arrêt. Puis Philippe prit la parole en lui tendant la main.

 

-Vous venez avec moi ?

 

Louis hocha la tête et posa sa main dans celle de son époux et se laissa conduire dans ses appartements. Mais le malaise de Philippe persistait et Louis, n'y tenant plus, décida de mettre les pieds dans le plat.

 

-Philippe, souhaitez-vous... me dire quelque chose ?

 

Le prince qui avait commencé à faire les cent pas dans sa chambre s'arrêta subitement, aux paroles de son époux. Il le regarda quelques instants en se mordillant la lèvre, comme indécis, puis il sembla se décider et se dirigea à grand pas vers une armoire et en sortit deux objets. Il la referma et se dirigea à côté de Louis, déposant sur un buffet devant lui ce qu'il était allé récupérer. Louis regarda quelques instants le loup et le médaillon puis ses yeux se reportèrent sur Philippe, attendant l'explication.

 

-Je pars demain vers l'est.

 

-Oui, je le sais, vous m'en avez déjà parlé...

 

-Je sais. Je ne serai absent que cinq jours. Mais le soir de mon retour, il y a un bal organisé au château.

 

-Oui, Lothaire m'en a parlé.

 

-Je ne pourrai pas vous retrouver avant, j'aurai tous mes rapports à faire et après, j'aurai tout juste le temps de me préparer pour la soirée... Je voudrai que vous veniez à ce bal avec moi. Je voudrai que vous soyez à mon bras.

 

-Oui, d'accord.

 

-Non, Louis... je vous veux entièrement, sans barrière... sans voile.

 

Louis frémit mais avant qu'il ne puisse émettre la moindre objection, Philippe leva la main pour l'en empêcher et reprit la parole.

 

-Ne répondez pas maintenant. Je veux que vous preniez le temps d'y réfléchir pendant mon absence. J'ai demandé à ce qu'on vous rende tous vos vêtements ainsi que ceux que nous avions prévu pour vous. Quelqu'un vous les apportera demain.

 

Philippe laissa flotter quelques instant de silence avant de reprendre.

 

-C'est un bal costumé, c'est pour cela que je vous ai pris ce loup. La tradition veut que chacun retire son masque au douzième coup de minuit. J'espère vous retrouver à ce bal, Louis. Vraiment ! Avec juste ce loup sur le visage... Réfléchissez-y, d'accord ?

 

Louis hocha la tête, doucement puis ses yeux se posèrent sur le médaillon. Philippe le saisit et le fit pivoter pour détacher les deux morceaux qui s'emboîtaient, créant ainsi deux médaillons identiques*.

 

-Ce médaillon est dans ma famille depuis des générations. Il se transmet à chaque mariage, c'est la tradition. J'aimerai que vous le portiez.

 

Louis hocha la tête et Philippe lui accrocha autour du cou avant de mettre le sien. Louis passa doucement sa main sur son médaillon qui pendait maintenant contre sa poitrine. Sans trop savoir pourquoi, il lui réchauffait le cœur et le rassurait légèrement. Philippe acheva de le mettre à l'aise en l'embrassant tendrement, puis il lui prit la main et l'entraîna vers leur lit. Ils avaient tous les deux envie de profiter de leur nuit avant d'être à nouveau séparés par les obligations du prince. Le lendemain, Louis se réveilla seul, une fleur de lys posée sur l'oreiller qu'avait occupé son époux.

 

Louis passa les cinq jours qui suivirent à tourner et retourner la situation dans tous les sens. Il décida d'aller au bal... puis de ne plus y aller... puis d'y aller... peut être... Il avait l'impression d'être revenu aux jours précédant son mariage, il espérait juste que la suite serait différente. Il savait ce que Philippe attendait de lui, il savait aussi qu'à partir du moment ou il enlèverait son voile, il pourrait assumer pleinement son rôle au château mais aussi aux yeux de tout le royaume. Philippe lui avait déjà redonné sa place aux yeux du monde, c'était à lui de s'imposer à présent. Le seul soucis était qu'il se sentait terrorisé. Lothaire, malgré sa présence et son soutient n'avais pas réussi à le rassurer et le valet, qui avait failli faire une attaque en apprenant que Louis avait refusé d'enlever son voile une première fois, avait bien du mal à comprendre son maître. Louis lui même s'embrouillait dans ses explications. Sa seule certitude étant qu'il était juste terrifié.

 

Pour l'heure, Louis se trouvait devant les grandes portes et tentait de respirer profondément. Un malaise ne serait sans doute pas un très bon effet pour une première apparition publique démasqué... ou presque. La présence du loup en satin noir qui lui couvrait le contour des yeux, l'arrête du nez et les tempes** le rassurait légèrement, mais sa chevelure et le reste de son visage était à nu et il avait l'impression d'être totalement désarmé et lâché au milieu des fauves. Lothaire n'avait, bien sur, pas pu l'accompagner jusqu'à la salle de bal. Mais il l'avait aidé à se préparer, lui faisant essayer différentes tenues et lui répétant régulièrement qu'il était très beau et qu'il était heureux de pouvoir le voir sans voile en toute légalité cette fois ci. Finalement, la tenue était blanche et bleue et avait la même coupe que celle qu'il avait au mariage, épousant son corps et mettant les rondeurs de son ventre en valeur. Effet renforcé par une large ceinture noire qui lui entourait la taille, nouée sur le côté et dont les pans tombaient jusqu'à la mi-cuisse. Ses cheveux châtains clairs lui chatouillaient la nuque et envoyaient des reflets dorés sous les lumières du château. Le médaillon posé contre sa poitrine lui apportait une légère sérénité, mais ne suffisait pas à empêcher ses membres de trembler. Il décida finalement que de venir à ce bal était une très mauvaise idée et d'ailleurs il ne savait pas comment Lothaire avait réussi à le convaincre d'y aller. Mais au moment ou il avait décidé de faire demi tour, un domestique lui ouvrit la porte en grand et il ne put qu'avancer. Il fit quelques pas dans la salle et remercia toutes les divinités qu'il connaissait en constatant que personne ne faisait attention à lui. Il n'était pas très en avance et de nombreux groupes de personnes étaient déjà occupés à discuter, parfois un verre à la main, tandis que d'autres dansaient sur le rythme de l'orchestre présent dans un coin de salle. Tout le monde portait un masque.

 

Louis inspira profondément et fit encore quelques pas. Il était perdu et ne reconnaissait personne. Quand deux mains se posèrent sur ses hanches et qu'une odeur bien connue s'infiltra dans ses narines, il ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement et se laissa enlacer par son époux avec un plaisir non dissimulé. Philippe passa sa bouche contre son oreille.

 

-Je savais que vous étiez magnifique.

 

Louis laissa échapper un petit rire.

 

-Vous ne m'avez même pas encore vu totalement.

 

-Je n'en ai pas besoin, je le sais.

 

Sur ces mots, Philippe attrapa les épaules de Louis et le fit bifurquer doucement pour l'avoir face à lui. Et pour la première fois, leurs yeux se croisèrent. Philippe contempla les iris d'un bleu profond de son époux et eut un grand sourire.

 

-Qu'est-ce que je disais ! Magnifique !

 

Philippe posa doucement ses lèvres sur celles de Louis.

 

-Vous... m'avez manqué.

 

-Vous aussi.

 

Ils s'embrassèrent à nouveau et rapidement, les voix se turent. Lorsqu'ils se séparèrent, toute la salle les fixait.

 

-Je suis désolé Louis, mais vous allez être le point de mire de cette soirée.

 

Louis soupira.

 

-Puisqu'il le faut... mais restez près de moi.

 

-Bien sur. M'accorderiez-vous cette danse ?

 

Louis hocha la tête avec un sourire. Tant qu'il était avec son époux, tout irait bien. Philippe lui tendit son bras et Louis posa le sien par dessus, recouvrant sa main avec la sienne. Ils se dirigèrent vers le centre de la piste et Philippe positionna leurs mains pour entamer leur danse sous les yeux rageurs d'Adélaïde et de la reine Anne.

 

Finalement après un petit moment, les conversations reprirent et d'autres couples vinrent se joindre à eux et Louis se détendit légèrement. La soirée continua et Philippe restait tout à côté de Louis, lui évitant les pièges de la cour et le protégeant des questions indiscrètes, malgré le harcèlement presque incessant d'Adélaïde qui, loin de lâcher prise s'acharnait à réclamer une danse qui selon elle lui était due. Finalement après avoir repoussé maintes et maintes fois la prétendante, Philippe ne put qu'accepter sous peine de déclencher un scandale public. Il se tourna vers François.

 

-Puis-je te confier mon époux, mon ami ?

 

-Bien sur, vas-y.

 

-Prends soins de lui !

 

-Tu peux compter sur moi. Vous m'accorderez bien un petite danse, Louis ?

 

-Oui, bien sur... mais n'étiez vous pas occupé avec cette jeune femme ?

 

-Je l'étais, je ne le suis plus. Croyez moi, elle n'a aucune importance. Que ne ferais-je pas pour un ami ? reprit François avec un ton tragique, laissant planté là une jeune fille abasourdie par la manière dont le jeune homme s'était désintéressé d'elle alors que la seconde d'avant, il la flattait pour sa beauté.

 

Louis se laissa emporter par la bonne humeur de François et par le son des musiciens.

 

-Je ne peux que vous complimenter, Louis. Vous êtes vraiment resplendissant !

 

Le jeune homme rougit sous le compliment, ce qui fit rire le baron.

 

-Merci beaucoup.

 

-C'est sincère. C'est dans ces instant que je trouve fort dommage d'être attiré par le sexe opposé...

 

Louis ne put s'empêcher de rire et encore davantage lorsque François rajouta :

 

-Si cette phrase pouvait ne pas être répétée à Philippe, cela m'arrangerait... Il serait capable de me faire tuer pour cela !

 

-Je vous le promets, je ne dirai rien. Après tout, vous avez gardé de nombreux secrets pour moi.

 

-C'est vrai... mais si Philippe apprenait cela, ma mort serait non seulement très lente mais également très douloureuse... finalement j'y gagne autant que vous ! Mais dîtes moi, Louis, maintenant que la cour est à vos pieds, vous n'avez plus rien à craindre !

 

-Je ne sais pas... Dame Adélaïde m'inquiète...un peu...

 

-Hmm... méfiez vous d'elle. Adélaïde est une vipère et une garce et je crois qu'elle est capable des pires bassesses ! Mais j'espère que cette fois, elle aura compris que la place qu'elle convoite est la votre.

 

-Oui... j'espère que Philippe en est aussi sûr que vous.

 

-Vous êtes encore inquiet à son sujet ?

 

Louis jeta un coup d'œil à Philippe qui tout en faisant danser Adélaïde, la maintenait à distance. Il haussa les épaules.

 

-Il vous a offert le médaillon du partage! Dit François en désignant du menton le médaillon qui battait contre la poitrine de Louis.

 

-C'est la tradition.

 

François éclata de rire et fit virevolter Louis avant de l'attirer à nouveau contre lui.

 

-Ca ne m'étonne pas qu'il vous ai dit cela. Les médaillons sont effectivement une tradition... un très vieille tradition que la famille royale n'applique plus depuis des générations. Le dernier en date à avoir offert ce médaillon à son épouse était un des aïeux de Philippe... le même qui offrait chaque jour une rose à sa dulcinée... Ce présent est synonyme d'un engagement fort et profond et... si ce n'est encore d'amour, au moins d'une grande tendresse. Soyez-en convaincu. Oh ! Et il est évident que cette conversation n'a jamais eu lieu !

 

Louis laissa un petit sourire s'afficher sur son visage et hocha la tête.

 

-Comment vous croire ?

 

-Avez-vous déjà vu le roi ou la reine porter ce bijou ?

 

Louis ne répondit rien, vaincu par le dernier argument de François.

 

-Dans quelques minutes il sera minuit. Etes-vous prêt à vous révéler ?

 

A ce moment, Louis sentit ses entrailles se geler.

 

-Quoi ? Déjà  minuit ? Non, je... je ne peux pas...pas devant tout le monde, je...

 

Louis commençait à paniquer et à manquer d'air, cherchant des yeux une issue en s'agitant. François tentait de le calmer et de le tenir, mais il finit par lâcher prise. Louis se détourna et se retrouva dans les bras de Philippe. Ce dernier le regarda quelques secondes et Louis comprit qu'il avait entendu la fin de la conversation qu'il avait eu avec François. Sans un mot, Philippe lui saisit la main et l'amena à l'extérieur, sur un balcon caché du regard des autres.

 

Là, Louis put respirer longuement et profondément pour retrouver une respiration normale, la main de Philippe frottant doucement son dos en signe de réconfort. Lorsqu'il se sentit mieux il se tourna vers son époux et il restèrent un long moment face à face, en silence, Philippe ayant posé ses mains sur les épaules de Louis et faisant de légères caresses le long de ses bras. Au loin, les cloches se mirent à sonner et les deux amants purent entendre les invités décompter en cœur les douze coups de minuit qui se soldèrent par de grands cris de joies. Philippe ôta doucement son loup et le posa sur la balustrade du balcon. Puis voyant que Louis, la respiration saccadée, ne bougeait pas, il posa délicatement les mains sur son visage, remontant doucement vers le loup.

 

-Puis-je ? demanda-t-il d'une voix rauque, cassée par l'émotion.

 

Louis posa ses mains sur celles de son époux et ensemble, ils firent glisser la pièce de soie rigide, révélant ainsi le visage du jeune homme. Philippe resta muet un instant et Louis baissa la tête, mais du la redresser quand deux doigts de son époux relevèrent son menton. Philippe passa une main autour de son époux dans le but de rapprocher leur corps puis il lui offrit un sourire et pencha la tête, découvrant de son souffle le visage de son époux avant de retrouver ses lèvres avec douceur puis avec avidité. Louis passa les bras autour du cou de Philippe et laissa la passage à la langue de son époux, répondant avec ardeur à ses attentions. Ils s'embrassèrent ainsi longuement et de plus en plus fougueusement, sans remarquer le regard haineux posé sur eux, qui avait assisté à toute la scène.

 

Philippe accula Louis contre la rambarde du balcon et les baiser s'intensifièrent. Les mains osèrent des caresses et les corps se frottèrent l'un contre l'autre, faisant se cambrer Louis au dessus du vide, la sensation de danger renforçant l'excitation grandissante. Lorsque la décence ne leur permit pas d'aller plus loin, ils se séparèrent à bout de souffle. Ils restèrent encore quelques temps sur le balcon, profitant de leur solitude, avant d'être interrompus par François.

 

-Je suis désolé de vous déranger, mais...ouah ! Louis, vous êtes...vraiment... magnifique !

 

-Bien sur qu'il l'est, il est mon époux ! dit Philippe en passant un bras autour des hanches de Louis tandis que celui-ci rougissait fortement.

 

François hocha la tête, sans quitter Louis des yeux, un grand sourire plaqué sur son visage.

 

-Comment vous sentez-vous ?

 

-Beaucoup mieux, merci. Même s'il me reste encore une arène à affronter.

 

Mais Philippe agrippa sa main et François se plaça de l'autre côté. Ainsi escorté, il pénétra à nouveau dans la salle de bal ou tous les yeux étaient braqués sur lui. Il garda la tête haute et droite, le pouce de son époux caressant sa main et ralentissant très légèrement les battements de son cœur. Son estomac semblait faire des triples sauts dans son ventre, mais il ne baissa pas les yeux. Il marcha à côté de son époux et François se mit de côté, avec les gens de la cour qui formaient une haie d'honneur jusqu'au trône où les attendaient le roi, la reine et Adélaïde. Louis avait l'impression que ses pieds étaient en plomb et il se demandait comment il arrivait à avancer. Un léger regard vers Philippe et un petit sourire rassurant de sa part et il sut ce qui le faisait tenir : il n'était plus seul.

 

Arrivé aux pieds du trône, Philippe lâcha sa main. La coutume voulait que les présentations se fassent seul. Il se retrouva devant le roi de Mésancourt, Philippe 1er et face au sourire chaleureux du patriarche, il s'inclina. Le roi lui rendit et presque immédiatement la foule agglutinée dans la salle en fit de même. Un royaume entier se prosternait face à leur futur roi sous les yeux aimants de Philippe qui s'inclina à son tour. Le roi avait parlé et les deux femmes qui avaient représenté l'enfer pour Louis ne purent qu'abdiquer. Et à leur tour, elles courbèrent le buste, en soumission face au jeune homme. Louis avait remporté la bataille, il venait de ravir le cœur de la cour de Mésancourt en plus d'avoir ravi celui de leur prince dauphin.

 

Louis parcouru du regard l'assemblée et il put voir François qui, tout en restant courbé, lui fit un clin d'œil. Il lui sourit et son tour d'horizon continua. Enfin il trouva le visage qu'il cherchait. Les domestiques étaient à moitié caché derrière les piliers du fond de la salle. Personne n'avait voulu manquer l'événement et ils étaient tous là, tous ceux qui l'avaient servi depuis son arrivée au château, ceux qui l'avaient aidé à échapper aux assauts de la reine, ceux qui par leur présence muette, lui avait fait sentir qu'il n'avait pas que des ennemis à Mésancourt. Et au milieu d'eux, serrant Suzanne dans ses bras, Lothaire le regardait avec un grand sourire et, Louis en était presque sur, des larmes dans les yeux. Louis posa sa main droit sur son cœur et murmura un « merci » inaudible. Lothaire posa à son tour sa main sur son cœur et hocha la tête.

 

Puis Louis refit face au roi qui n'avait rien manqué de l'échange alors que les gens se relevaient progressivement. A la grande surprise de Louis le roi s'approcha de lui et le serra dans ses bras.

 

-Je suis très heureux de faire enfin votre connaissance, Louis de Mésancourt. J'ai entendu énormément de bien de vous, et pas seulement de la part de mon fils.

 

Louis jeta un petit coup d'œil à Philippe toujours à quelques pas de lui. Le roi enchaîna :

 

-Je n'ai pas encore eu le temps de vous féliciter pour votre grossesse que déjà, on m'annonce que ce sont deux bonnes nouvelles plutôt qu'une. Croyez bien que j'en suis ravi.

 

-Merci beaucoup, votre altesse.

 

Le roi accrocha du regard le médaillon qui reposait toujours sur la poitrine de Louis avant de faire un petit sourire de connivence à son fils. Philippe s'approcha alors d'eux et passa ses bras autour de la taille de son époux, posant ses mains sur son ventre. Il était rare que de telles démonstrations publiques se voient au sein de la famille royal et encore plus de la part de Philippe et les yeux du roi pétillèrent de bonheur. Il avait fait le bon choix. Un nœud se relâcha dans le cœur du monarque. Il avait réellement eu peur au début du mariage de son fils. Peur d'avoir commis la plus grosse erreur de sa vie, d'avoir détruis deux vies et mis en danger le royaume de Mésancourt. Il avait même envisagé, dans les pires moments, que son épouse avait raison et qu'il aurait du accepter le mariage de son fils avec Adélaïde, malgré sa répugnance. Mais aujourd'hui, il contemplait avec un bonheur évident les deux jeunes hommes enlacés et il était fier d'avoir su rendre son fils heureux tout en assurant un avenir prometteur à son royaume. Philippe 1er sut que dès lors, il pourrait mourir sereinement, son rôle avait été remplis et le temps qui lui restait n'était que du bonus.

 

Philippe après avoir discuté encore un peu avec son père, attira Louis pour danser, sans se priver pour l'embrasser régulièrement. Et cette fois ci, rien ni personne ne parvint à le décoller de époux. Ils semblaient tous les deux plongés dans un monde qui n'appartenait qu'à eux et rapidement, ils s'éclipsèrent de la fête sous le regard complice de François et mauvais d'Adélaïde. Ce soir la, ils firent l'amour passionnément et plusieurs fois, sous la lumière des bougies, nouant un lien puissant qui s'encra de leur cœur et dans leur chaire, mêlant la tendresse, le respect et aussi, chacun s'en rendait compte, le début d'un amour partagé.

 

 

 

 

*Une sorte de Yin et de Yang !


**Un peu ce genre la, mais en noir:

 

 

 

 

 

 








P.S: Vous le voyez arriver ? Je parle du nuage... vous savez, le nuage noir, très, très noir, qui annonce des mauvaises nouvelles et beaucoup, beaucoup de souffrance !!! Vous le sentez n'est-ce pas qui se rapproche ? Et vous ne pouvez rien faire contre ça ! Pire, vous allez continuer à lire en espérant que ce mot ne soit qu'une petite blague de ma part pour vous foutre les chocottes !!!

Mdr, je parle comme une psychopathe !!! Ah, je vous jure, c'est kiffant d'être l'auteur et de savoir précisément ce qu'il va se passer et surtout... quand ça va se passer !!!

A la prochaine !!!

*fait une brillante pirouette pour éviter les frigos en acier trempé et s'esquive avec toute la grâce qui la caractérise (donc en se vautrant par terre ou en se cognant le petit doigt de pied contre un meuble !!!)*

P.P.S: Désolée, un peu de retard aujourd'hui aussi... je l'avais misen publication différée...mais il semblerait qu'il y ait eu un bug...
Par Meryl
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Dimanche 24 mai 2009

Saluuuut !

Désolée de poster si tard, mais j'ai eu une soirée hier qui s'est terminée... il y a quelques heures seulement...lol, donc je ne suis pas très fraîche !

Quoiqu'il en soit, voici le chapitre 14, j'espère qu'il va tout autant vous plaire que les précédents !

Par contre je suis très inquiète car le chapitre 15 est écrit, mais le 16 n'en est qu'au début... et j'ai bien peur de ne pas réussir à l'écrire pour dans 15 jours... je vous avoue que ça me fais ch*er au possible. Je vais essayer vraiment de l'écrire à temps, mais j'ai toujours autant de boulot et ça ne s'arrêtera pas avant au moins 15 jours...donc je ne peux rien vous promettre... Si vous aviez un truc pour augmenter le nombre d'heures dans une journée, je suis preneuse !!! lol

Pour les prochaines fictions, la première (celle qui n'a pas encore de titre...lol) remporte pour l'instant les suffrages haut la main avec 8 voix contre 2 ! La principale raison étant semble-t-il parce que vous avez peur de souffrir avec la deuxième ! Alors premièrement, est-ce que c'est mon genre de faire souffrir mes personnages ? Hein, franchement ? Deuxièmement, si ça se trouve la première sera vachement plus triste que la deuxième!!! Lol  Enfin bon, à priori, donc la première histoire à voir le jour serait la n°1.

Bonne lecture à vous, bisous !

 

 

 

Philippe traversa tout le château avant de trouver enfin son ami. François était occupé à conter fleurette à deux jeune filles de la cour qui semblaient suspendues à ses lèvres. Philippe en fut amusé. La réputation de son ami n'était pas usurpée, il était un vrai charmeur et savait convaincre n'importe qu'elle fille ou femme de l'accompagner pour une nuit ou une semaine. Tout le monde le savait et François n'ayant jamais promis la lune à qui que ce soit, elles savaient toutes à quoi s'attendre. Mais il réussissait encore à faire fondre les cœurs de ses dames qui tentaient leur chance, chacune leur tour.  Philippe s'approcha du petit groupe.

 

-Eh bien, mon ami, combien as-tu payé pour ces deux donzelles ?

 

Les deux jeunes filles prirent un regard outré mais ne purent vilipender le responsable de ces accusations quand elles se rendirent compte de qui il était. Elles durent ravaler leurs insultes et partir la tête haute. François secoua la tête, d'un air accablé.

 

-Tu m'ennuis, Philippe. Ces demoiselles étaient à point.

 

-Ne t'en fais pas, tu sauras les convaincre que tu n'y es pour rien et elle seront à nouveau tout à toi. Dans le cas contraire, tu en trouveras deux autres, tout aussi cruches, prêtes à passer un agréable moment en ta compagnie.

 

-C'est certain ! Que me vaut cette visite ?

 

-Nous avons cours, il me semble.

 

-Tu ne vas pas me faire croire que tu viens juste pour cela. Ce serait la première fois dans toute ta royale vie que tu serais à l'heure pour un cours. Alors si tu me disais plutôt ce qu'il s'est passé avec Louis ?

 

-Comment sais-tu que....

 

-Tu as un sourire idiot scotché sur le visage depuis que tu es arrivé ! Ce qui est assez rare pour être mentionné. La première fois tu avais sept ans, tu avais eu le cheval de tes rêves, la deuxième fois tu avais treize ans, tu venais de t'envoyer en l'air pour la première fois avec notre maître d'arme qui a admirablement résisté à tes assauts trois semaines avant de céder, la troisième fois, tu avais seize ans et tu venais d'être nommé prince régent par ton père et les seules autres fois depuis... sont celles que tu as depuis que tu te rapproches de ton époux.

 

-Tu ne sais pas ce que tu dis ! Tout d'abord je n'ai jamais l'air stupide et niaiseux. Ensuite, je ne vois pas de quoi tu parles.

 

-L'annonce de la grossesse fut ton premier sourire stupide lié à ton époux. Le deuxième fut votre petite escapade à cheval, gracieusement suggérée par moi, d'ailleurs ! Le troisième eut lieu le lendemain, c'est à dire, juste après avoir passé une nuit de rêve en sa compagnie. Le dernier est celui que tu arbores aujourd'hui même ! Ce qui nous fait un total de sept sourires niaiseux et stupides sur dix-neuf années de vie, dont quatre ces derniers mois et uniquement liés à Louis... il doit vraiment être exceptionnel !

 

François arborait son petit sourire narquois qui ne le quittait que rarement lorsque le sujet de Louis était abordé avec Philippe. Il trouvait très amusant la manière dont le prince se dépatouillait avec ses sentiments et depuis le soulagement qu'il avait ressenti en voyant que louis n'était pas vraiment rancunier envers Philippe, il prenait un plaisir manifeste à se moquer de son ami. Ami qui, pour l'heure, tentait de lui lancer un regard sévère et fâché... effet quelque peu gâché par la joie qui transpirait de tous ses pores.

 

-Allez, dis moi ce qui te met dans cet état !

 

Philippe haussa les sourcils.

 

-Non ! Tu as été désagréable, tu ne le sauras pas !

 

Sur ces mots il s'éloigna. François savait que Philippe mourrait d'envie de lui annoncer la nouvelle qu'il venait semble-t-il de recevoir. Mais Philippe de son côté savait également que François adorait tout savoir et n'aimait pas qu'on lui cache des choses. Un de leur nombreux bras de fer mental se mit donc en place. C'était à celui qui craquerait le premier !

 

-Oh, d'accord ! Pardonne moi ! Tu as toujours l'air splendide et magnifique, même en arborant ton sourire crétin ! Dis moi !

 

-Non, je n'ai jamais l'air crétin !

 

-D'accord, tu n'as jamais l'air crétin ! Parfois un peu stupide, mais.... non, non très bien, jamais stupide, non plus ! Dis moi, maintenant... s'il te plaiiitt !

 

Philippe prit un air de vainqueur qui fit râler son ami dans sa barbe !

 

-Il y a deux bébés ! Nous allons avoir des jumeaux !

 

Toute trace de bouderie disparue du visage de François, laissant place à une joie presque enfantine.

 

-C'est vrai ?

 

-Bien sur que c'est vrai ! Je ne te mentirai pas la dessus.

 

-Mais comment le sais-tu ?

 

-Louis n'allait pas très bien hier et ce matin je suis allé chercher le druide pour qu'il l'ausculte. C'est lui qui nous l'a dit.

 

-Et Louis va mieux ?

 

-Oui, mais il faut qu'il se repose davantage. Sinon, tout va bien.

 

François serra Philippe dans se bras.

 

-Eh bien, mes sincères félicitations mon ami !

 

-Merci.

 

-Bon sang, deux comme toi... le royaume court à sa perte ! Tous aux abris !

 

Les deux amis éclatèrent de rire.

 

-Allez, futur père, nous sommes en retard pour notre leçon, maintenant !

 

-Bah, ils ont l'habitude, maintenant !

 

Philippe et François finirent tout de même par arriver en salle d'armes ou ils se firent sermonner pour leur retard puis il purent commencer l'entraînement. Malgré le fait que Philippe appréciait énormément ce cours, il eut beaucoup de mal à se concentrer et ce fut encore pire pour le suivant, qui était un cours d'histoire. L'esprit du prince se tournait constamment vers son époux et ses enfants à naître. Ils sentaient son cœur gonfler de joie à chaque fois qu'il revoyait le sourire que Louis lui avait offert à cette nouvelle mais se sentait particulièrement frustré de n'avoir vu que cela. Il se promit d'enlever le voile de son époux le soir même. Il n'en pouvait plus d'essayer de deviner son visage.

 

Louis avait passé un calme après midi en compagnie de son valet. Ils étaient descendus dans les jardins où ils avaient passé un agréable moment avec Suzanne, puis ils étaient remontés tous les deux à la bibliothèque. Lorsque l'heure du repas fut annoncé, ils se dirigèrent vers le petit salon et s'installèrent comme à leur habitude. Mais avant même que les premiers plats n'arrivent, la porte fut ouverte et Philippe entra.

Lothaire se releva de sa chaise tellement précipitamment qu'elle se renversa, mais il était trop tard. Ils avaient été surpris et le valet ne put que baisser la tête et rougir fortement sous l'œil de son prince. Louis se mordit la lèvre d'appréhension tandis que Philippe s'approchait d'eux. Louis prit la parole.

 

-Ecoutez, je suis désolé, je lui ai autorisé à s'asseoir avec moi, nous ne faisions pas de mal...

 

Philippe le coupa.

 

-Ne vous en faites pas. Rasseyez-vous Lothaire, après tout, vous n'êtes pas non plus sensé appeler votre maître par son prénom, ni le tutoyer...

 

-Je ne le fais pas, votre altesse, osa intervenir Lothaire.

 

-Ne me prenez pas pour un imbécile. dit Philippe les sourcils surélevés et un petit sourire en coin.

 

-... enfin, pas devant vous... reprit Lothaire avant d'écarquiller les yeux et de plaquer la main sur sa bouche en se rendant compte de ce qu'il venait de dire.

 

Mais Philippe éclata de rire, rejoint par Louis très rapidement.

 

-Je dois avouer que vous êtes plutôt habile en publique pour vous contrôler, mais lorsque vous êtes stressés, vous perdez tous vos moyens. Et je vous ai donc déjà entendu... enfin, je suppose que c'est vous qui lui avez demandé ? reprit-il à l'intention de Louis.

 

-Oui, c'est moi. Je vous l'ai dit, c'est un ami, avant tout... mais nous faisons attention, personne ne le sait...

 

Philippe le coupa à nouveau.

 

-Bah, de toutes façons, j'ai perdu espoir de vous faire un jour respecter le protocole à la lettre... ce que moi même je ne fais pas.

 

Ils échangèrent un sourire complice.

 

-En fait, reprit Philippe. Je suis là pour vous demander si je peux partager votre repas. Je vous avoue que les mondanités me pèsent en ce moment.

 

Lothaire écarquilla à nouveau les yeux.

 

-Vous... vous voulez manger avec moi à table ?

 

-Bien sur !

 

Et devant l'état de surprise de Lothaire et de Louis, le prince s'expliqua.

 

-Vous êtes l'ami de mon époux, je me dois donc... d'apprendre à vous connaître !

 

Louis lui fit un grand sourire et Philippe sut qu'il venait de grappiller quelques points dans l'estime de son époux. Louis lui présenta le siège à ses côtés et au moment ou il s'assit, la porte s'ouvrit à nouveau à la volée sur François qui s'approcha de la table en pointant Philippe du doigt.

 

-Te voilà, traître ! Bonsoir messieurs, dit-il à l'intention de Louis et Lothaire avant de se retourner vers son ami. Tu me laisses donc seul à affronter ces loups alors que monsieur se fait un petit dîner privé ! Tu te rends compte qu'Adélaïde est venu s'asseoir juste à côté de moi ! Et elle n'a pas arrêté de parler et de parler et de parler encore... je crois que ma tête résonne encore... je peux t'assurer que je vais faire des cauchemars cette nuit.

 

-Que veux-tu mon ami, je sais que je te suis indispensable !

 

-Je n'irai pas jusque là, mais j'avoue que ces dîners ne sont déjà pas très marrants, alors sans toi...

 

Louis les interrompit.

 

-Vous n'avez qu'à vous joindre à nous, François, le dîner n'est pas encore commencé.

 

François lui fit un magnifique sourire.

 

-Vous avez l'âme noble mon ami, je ne l'oublierai pas.

 

Puis il se tourna à nouveau vers Philippe.

 

-Je crois que je vais changer de meilleur ami, assurément, celui-ci est bien plus agréable à vivre !

 

La tablée éclata de rire et Philippe reprit.

 

-Je lui donne trois jours avant de ne plus pouvoir supporter ton caractère de cochon !

 

François vint s'asseoir en posant la main sur son front d'un air de tragédie.

 

-Mon cœur se broie mon ami, de t'entendre me vilipender ainsi.

 

-Mange au lieu de raconter tes âneries !

 

Le repas continua ainsi dans la bonne humeur. Même après le dessert, ils restèrent un petit moment attablés, continuant à bavarder. Et si Louis et Lothaire étaient, au premier abord, légèrement, gênés, ils furent vite mis à l'aise par les deux aînés. Ce fut à ce moment que la reine et Adélaïde firent leur entrée, accompagnées d'une petite cour. Instantanément les conversations cessèrent. Anne de Mésancourt jeta un coup d'œil dédaigneux sur la tablée qu'occupait son fils.

 

-Eh bien, mon fils, je constate que vous êtes en... charmante compagnie ! ses yeux fusillaient Lothaire qui se faisait tout petit. Puis-je connaître la raison pour laquelle nous ne vous avons pas vu à nouveau ce soir au dîner ?

 

-Parfaitement mère. Ce soir j'ai préféré dîner en famille !

 

Un lourd silence s'abattit sur la salle. Louis n'osa plus bouger un muscle, retenant sa respiration. La reine serra les poings et sa mâchoire se contracta, faisant grincer ses dents.

 

-Votre famille vous a attendu dans la grande salle pour le repas. Vous n'avez pas daigné y assister.

 

Le prince se leva de sa chaise et toisa sa mère.

 

-Ma famille est ici, mère. Croyez bien que je suis navré que vous ne souhaitiez pas en faire partie.

 

-Vous délaissez la femme qui porte votre enfant. Un héritier au trône !

 

Louis tressaillit légèrement et Philippe posa sa main sur son épaule.

 

-Mon époux porte l'héritier du trône. Non, d'ailleurs, il en porte deux. Et même si ce n'était pas le cas, cet enfant est un bâtard et ne sera jamais considéré comme un possible descendant du royaume de Mésancourt. Je vous rappelle que je suis marié !

 

-Il semblerait que vous l'ayez vous même oublié pendant un temps, dit-elle en pointant Adélaïde du menton.

 

Philippe, à présent hors de lui, frappa violemment son poing libre sur la table.

 

-C'est assez ! Taisez vous !

 

Philippe posa les yeux sur Louis, toujours immobile, un bref instant avant de reprendre en regardant à nouveau sa mère.

 

-J'ai fait des erreurs dans le passé que je regrette sincèrement. Mais cet enfant ne sera jamais plus que cela : une erreur. Et moi vivant, de même que mon époux et mes enfant, Adélaïde n'approchera jamais, de près ou de loin, le trône de Mésancourt ! Maintenant je vous remercie d'avoir gâcher notre soirée et je vous prie de partir. Et ce n'est pas négociable ! rajouta Philippe en voyant sa mère prête à ouvrir la bouche.

 

La reine tourna les talons, suivit d'Adélaïde et de sa troupe. Et le silence se fit à nouveau dans la salle.

 

-Excusez moi. dit Philippe avant de sortir à son tour en claquant la porte. 

 

Le prince monta dans ses appartements d'un pas rageur et claqua à nouveau la porte, libérant ainsi légèrement la rage qui l'habitait. Puis il fit les cent pas dans sa chambre, passant nerveusement sa main dans ses cheveux à un rythme régulier. Quelques coups à sa porte le tirèrent de ses réflexions.

 

-Laisse moi François, j'ai besoin d'être seul un moment !

 

-...Ce n'est pas François... c'est Louis...

 

Philippe s'immobilisa un instant avant d'aller ouvrir sa porte. Il invita Louis à entrer.

 

-Je suis désolé de vous déranger, je voulais juste savoir comment vous alliez et... vous présenter mes excuses.

 

-Des excuses ?

 

-Oui, je sais que vous aimez beaucoup votre mère et que c'est à cause de moi que vous êtes en froid avec elle. Je sais bien que je ne suis pas ce qu'elle aurait aimé pour vous. Je m'en veux de ne pas réussir à la satisfaire.

 

Philippe secoua la tête.

 

-Louis... bon sang, vous n'y êtes absolument pour rien ! Enfin, vous vous rendez-compte de ce que vous me dites ?

 

Louis baissa la tête mais ne rajouta rien. Philippe s'approcha de lui et passa sa main dans son dos.

 

-Venez vous asseoir, reprit le prince en entraînant Louis sur le lit et en s'asseyant à ses côtés.

 

-Ecoutez, Louis. Si une personne doit faire des excuse ici, c'est moi. Ce n'est pas vous... non, certainement pas vous !

 

-Vous n'avez pas à...

 

-Non... s'il vous plait, laissez moi finir... j'ai déjà assez de mal comme cela...

 

Philippe poussa un soupir et passa sa main sur son visage.

 

-Louis... la manière dont je vous ai traité est... purement inqualifiable. Et je peux vous promettre que jamais une telle chose ne se reproduira. Jamais ! Mon comportement a été inadmissible et je ne comprends pas comment vous pouvez encore m'adresser la parole. Je vous ai blessé... physiquement et mentalement... et je sais que je ne mérite pas votre pardon... Je peux simplement vous présenter toutes mes excuses les plus sincères et espérer que vous me laisserez vous montrer que je ne suis pas cet homme la.

 

Un léger silence suivit la tirade du prince et Philippe crut qu'il venait définitivement de perdre son époux et qu'il allait se faire rejeter une fois pour toutes. Mais Louis après quelques secondes de méditation reprit la parole d'une voix douce.

 

-J'ai déjà eu un aperçu de l'homme que vous étiez réellement ces derniers temps... et j'avoue que je suis curieux d'en savoir davantage...

 

Philippe leva les yeux vers lui, n'arrivant pas à croire la chance qu'il avait d'avoir cet homme pour époux. Puis il se pencha doucement pour poser ses lèvres sur celles de Louis, lui laissant l'initiative d'approfondir ou non, ce qu'il fit rapidement. Mais avant de se laisser emporter par l'excitation, il rompit le baiser en se souvenant de la décision qu'il avait pris plus tôt dans la journée.

 

-Laissez moi vous enlever ça...

 

Il attrapa le bord du voile pour le remonter. Mais au dernier moment, Louis attrapa ses poignets et s'éloigna vivement en criant un :

 

-NON !

 

Stupéfait Philippe resta un instant interdit, ne sachant pas quelle attitude adopter. Louis quant à lui, s'était mis à faire des vas et viens rapides, plaquant ses mains sur son voile. Voyant l'état de nervosité de son époux, Philippe se leva précautionneusement et s'approcha de lui. Quand Louis s'en rendit compte, il se mit à reculer jusqu'à être bloqué par le mur.

 

-Non, s'il vous plait, ne faites pas ça...

 

Philipe leva doucement les mains en signe de paix mais continua à s'approcher.

 

-Je croyais que c'était ce que vous vouliez ?

 

-Oui, non, je ne sais pas... ne le faîtes pas, s'il vous plait...

 

Louis cramponnait de plus en plus son voile au fur et à mesure que Philippe s'avançait vers lui. Voyant cela, le prince essaya de le calmer.

 

-Très bien, je n'y toucherai pas.

 

Louis hésita un instant. Philippe s'approchait toujours et il n'était plus qu'à quelques pas.

 

-Vous me le promettez ?

 

-... Oui, je vous le promets.

 

Louis se détendit alors et laissa Philippe le prendre dans ses bras et lui caresser le dos en signe de réconfort.

 

-Pourquoi refusez-vous ? Ce voile vous gâche la vie depuis votre arrivée...

 

-Je... je ne sais pas... je ne veux pas vous décevoir...

 

Philippe lui releva la tête et effleura ses lèvres.

 

-Vous ne me décevrez pas...

 

Cependant, il ne tenta pas de retoucher le voile, laissant à Louis le temps de la réflexion.

 

-Je... c'est juste que... Laissez moi du temps, s'il vous plait...

 

Philippe restait étonné, il allait devoir en parler à François, il ne s'attendait pas du tout à cette réaction, mais il ne fit aucune réflexion, se contentant d'hocher la tête.

 

-Très bien... Vous dormez avec moi, ce soir ?

 

-Quoi, ici ? Dans votre chambre ?

 

-Oui.

 

-... D'accord.

 

Philippe attrapa à nouveau les lèvres de Louis et très vite, l'intensité augmenta, les faisant de déshabiller sur le chemin qui les amenait au lit. Malgré ses mains qui le démangeaient, Philippe ne tenta à aucun moment de profiter de l'abandon de son époux pour lui enlever le voile. Lorsqu'ils furent nus et allongés tous les deux, Philippe, après avoir passé avec ravissement sa main sur le ventre de Louis, le fit se tourner doucement, provoquant une subite tension chez son époux qui plaqua la main sur le matelas pour arrêter le mouvement de rotation.

 

-Il y a un problème ? demanda-t-il

 

Louis, à moitié tourné, baissa la tête, sa respiration rapide n'était plus due à l'excitation, mais bel et bien à la peur.

 

-Je... pas sur le ventre, s'il vous plait... pas comme ça...

 

Philippe s'interrogea un instant avant de comprendre la peur de son époux.

 

-Louis... je vous ai dit que jamais plus vous n'auriez à subir ce que je vous ai infligé à votre arrivée...

 

-Je sais... mais je... je ne peux pas, c'est trop... tôt...

 

-Néanmoins, le coupa Philippe, je ne voulais pas vous demander de vous allonger sur le ventre. Je voulais juste que vous soyez sur le côté. Nos enfants commencent à me laisser trop peu de place pour... ce genre d'activité et j'aurai peur de vous faire mal.

 

La voix douce de Philippe et l'évocation de leurs enfants firent se détendre Louis, qui accepta finalement de rester sur le côté, repliant son coude sous sa tête et gardant une des mains de Philippe dans celle qui lui restait*.

 

Philippe redoubla ses caresses et ses baisers pour être sûr que son époux retrouve du plaisir et que tout inquiétude le quitte avant de lui faire l'amour avec passion, s'appliquant à faire crier Louis de plaisir et se délectant d'entendre son prénom sortir de ses lèvres lorsque la jouissance l'emporta. Philippe resta le torse contre le dos de Louis, continuant ses caresses, cette fois apaisantes et embrassant son épaule et la base de son cou, petites parcelles de peau que le voile lui permettait d'atteindre. Enfin, il reprit la parole d'une voix douce. Le temps était venu d'aborder en toute franchise plusieurs sujets qui le perturbait.

 

-Louis... pourquoi n'avez-vous pas respecté les consignes que le druide vous avez donné pour la potion ?

 

Louis se tendit légèrement et se mordit la lèvre avant de répondre, peu sûr de lui.

 

-Je...vous vouliez un héritier... plus que tout au monde... c'était mon rôle en tant qu'époux de vous offrir cela... Je sais que vous étiez contre ce mariage et je ne voulais pas vous décevoir davantage...

 

Philippe serra les dents en se traitant de tous les noms.

 

-Vous avez mis votre vie en danger !

 

-Je ne pensais pas qu'elle vous importait.

 

Philippe eut l'impression qu'on lui versait un bac d'eau glacée sur le corps. Il tira l'épaule de Louis pour qu'il se retrouve à nouveau sur le dos et se pencha sur lui tout en caressant sa joue par dessous le voile..

 

-Ne dites pas ça ! Ne dîtes plus jamais cela... Je suis désolé, tellement désolé...

 

Louis observa les yeux de Philippe remplis de remords et se rendit compte du quiproquo de sa phrase.

 

-Je voulais dire... à l'époque, c'était ce que je pensais...

 

Philippe posa sa tête dans le cou de Louis et celui ci referma les bras autour de son époux, prenant pour la première fois le rôle de protecteur et de dominant. Mais Philippe continua à parler, soufflant ainsi dans son cou, le faisant frissonner.

 

-Si vous l'avez fait dans le but de me contenter, pourquoi ne pas m'avoir annoncer que vous aviez réussi ? Je n'ai appris votre grossesse qu'à la venue du druide lorsque vous avez fait votre crise.

 

Louis tenta de maîtriser sa voix et son corps qui s'embrasait à nouveau sous la chaleur de son amant.

 

-Je voulais attendre d'en avoir la certitude pour ne pas vous faire une fausse joie. Et j'avais terriblement peur de perdre notre enfant... nos enfants... la potion pourrait leur faire du mal, je ne me le pardonnerait jamais si il leur arrivait malheur par ma faute.

 

Philippe passa sa main sur le ventre de Louis, la tête toujours dans son cou.

 

-Ca n'arrivera pas... Je suis désolé, Louis. Tellement désolé... pour tout...

 

Louis passa sa main dans les cheveux de son époux.

 

-Je sais... C'est du passé, maintenant.

 

Philippe hocha doucement la tête.

 

-Louis ?..

 

-Oui.

 

-J'ai... encore envie de vous.

 

Louis sourit et attira le visage de son époux pour l'embrasser avant de se repositionner sur le côté.

 

Lorsque Louis ouvrit les yeux le lendemain matin, il fut très surpris et heureux de constater que son époux était toujours là et qu'il le serrait contre lui de manière possessive et si comme il le sentait, son époux était aussi dur que lui, la matinée promettait d'être mouvementée.

 

* c'est la position de la cuillère (je précise parce que je ne suis pas douée pour la description des positions des corps...lol).

 

 

 

 

Par Meryl
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